Un an après la sortie en salle de son dernier long-métrage, The Neon Demon, Nicolas Winding Refn revient aujourd’hui avec une compilation intitulée : The Wicked Die Young.
Sortie le 17 avril 2017 en France, cette compilation marque la continuation de la collaboration entre Nicolas Winding Refn et le label Milan Records. Un label avec lequel il a déjà sorti la bande originale de ses précédents films mais aussi sous la signature « Refn presents » les bandes originales de It Follows, Terminator ou encore Robocop.
Nicolas Winding Refn est donc un cinéaste qui travaille énormément le lien entre l’image et la musique, souhaitant faire de ses films des opéras. Ici, avec cet album, il livre les musiques qui l’ont inspiré pour écrire et réaliser The Neon Demon. La pochette de l’album rappellera d’ailleurs à certains une scène du film. On y retrouve différents genres musicaux, comme de l’electro, du punk ou encore du disco.
Ainsi, la compilation comporte des morceaux d’artistes comme Suicide, 999, Giorgio Moroder ou encore Claudio Gizzi et Amanda Lear. On y retrouve également un artiste danois, Tommy Seebach avec Bubble sex, un morceau que le réalisateur essaie de placer dans l’un de ses films depuis Drive mais sans succès.
L’édition Vinyle de l’album
L’album comporte aussi des morceaux tirés de bandes originales de films, comme Theme from the Valley of the Dolls, tiré du film La vallée des poupées réalisé par Mar Robson en 1967. Ou encore Dressed to Kill : The Shower, un morceau de Pino Donaggio tiré du film Pulsions de Brian De Palma.
Enfin, trois titres présents sur l’album sont inédits. Il s’agit tout d’abord du morceau Good Blood d’Electric Youth, un groupe canadien de synthpop dont A Real Hero, l’un de leurs précédents morceaux avait été utilisé par Nicolas Winding Refn dans Drive. On retrouve également un morceau de Cliff Martinez, le compositeur de la musique des films de Nicolas Winding Refn depuis Drive; Becoming, un morceau originellement composé pour The Neon Demon mais qui n’a finalement pas été retenu au montage final. Pour finir, When You Want To Hurt Someone, un nouveau morceau du neveu de Nicolas Winding Refn, Julian Winding qui avait déjà composé The Neon Dance, un morceau utilisé par le réalisateur dans The Neon Demon.
Cette compilation permettra donc au fan de patienter jusqu’à la sortie l’année prochaine du prochain projet de Nicolas Winding Refn, Too Old To Die Young, une série développée avec Amazon Studio qui suivra la criminalité de Los Angeles.
Une 70ème Palme d’Or verra le jour dimanche à l’issu de la 70ème édition du Festival de Cannes. Le point commun de tous les films primés jusqu’ici : un générique, qu’il soit d’ouverture ou de fin (ou les deux pour certains) et surtout une musique.
Souvent décriée par les spectateurs car trop jugée trop arty, intello voire élitiste, la palme d’or a quand même pour elle d’être la récompense des récompenses quand on parle de cinéma. Saint Graal des réalisateurs loin devant les Oscars et autres Césars ou Ours d’or, la récompense du festival de Cannes fait toujours rêver. Qu’en est-il alors des musiques des génériques des Palmes d’Or. Réponse en quelques titres phares choisis parmi les 69 films primés avant de connaître le nom de la 70ème palme d’or.
Taxi Driver (1976)
Mélancolique le générique jazzy de Bernard Hermann précède la désormais célèbre diatribe de De Niro dans la peau d’un homme à bout, en colère contre la crasse des rues, la noirceur des hommes et l’injustice. Un titre morose et sombre ou le saxo qui domine marque les esprits et continue de raisonner bien longtemps après le visionnage de ce chef d’œuvre de Martin Scorsese âpre, inégalé et incontournable.
Apocalypse Now (1979)
En plaçant The End du groupe mythique The Doors en début de film, Coppola prépare à l’apocalypse. La guerre dans toute sa rage et sa folie font mouche sur l’écran, de même qu’un Brando crépusculaire dans un final barré en diable. Arrivant après le bruit des rotors des hélicoptères, jamais la voix de Morrison ou les compositions de ces trois acolytes n’auront une meilleure place.
Paris Texas (1984)
Sous le soleil du désert texan, Wim Wenders ouvre son film par une guitare slide signée Ry Cooder. Désenchantée sans être déprimante, les accords glissent jusqu’au générique imprimée en capitales rouge sur les images d’un Harry Dean Stanton évoluant paumé dans les étendues arides. Une histoire d’amour triste et bizarre à la bande son bluesy.
Pulp fiction (1994)
Tarantino avait créé l’évènement avec Reservoir dogs en 1991, sortant de nulle part (où plutôt des salles obscures d’un vidéo-club de Los Angeles) et bousculant les codes du film noir sur fond de musique pop-rock. En 1994, il fait un doigt d’honneur en recevant la Palme d’Or des mains du géant Eastwood (alors président du jury) à une furie snobinarde énervée de voir le nouvel enfant terrible du ciné indépendant US recevoir le Saint Graal. Comme pour son précédent film, Pulp fiction rend hommage au film de gangsters en y injectant plus d’humour, le tout arrosé d’une bande son aux relents des 50’s et 60’s. Tarantinomixe son générique comme les vignettes pulps qui se croisent et s’entrecroisent sur l’écran dans un ballet sanglant, cinglé et surtout hilarant. Au double picking cinglé de Misirlou version Beach Boys (chanson populaire grecque dont l’auteur ou les auteurs originaux restent flous), vient se coller abruptement l’ultra cool et funky Jungle Boogie de Kool and the Gang. L’histoire allait propulser son réalisateur sur orbite.
Shigeru Umebayashi compose un thème d’une beauté et d’une morosité qui rend hommage à la densité du film de Wong Kar-Wai qu’il ouvre. Toutes les fragrances de l’amour sont contenues dans ce violon, tour à tour lent ou sautillant, qui ne se départit jamais de son intensité quand, en parallèle, le mouvement répétitif des autres instruments imite un cœur qui bât. La palme d’or du cœur en matière de musique originale.
Le pianiste (2002)
A l’heure où Roman Polanski est interdit de présidence du jury pour une sombre histoire, dont on ne resservira pas le couvert ici, revenons plutôt à sa palme d’or. La musique de Chopin ouvre et clôture ce film qui relate l’histoire d’un musicien juif (superbe Adrian Brody) caché par des résistants qui survivra à la guerre alors que sa famille sera déportée. Mêlé aux bruits des bombes, le piano, joué par l’acteur, ouvre un film puissant s’inscrivant dans la droite ligne des grandes œuvres telles que La liste de Schindler (Steven Spielberg).
Parfois le poids des images se suffit à lui-même. C’est sans musique que s’ouvre le film de Jacques Audiard. Pourquoi diable, le citer parmi les musiques de génériques des Palmes d’or ? Pour rappeler que la musique doit être utilisée à bon escient, qu’elle ne doit pas être là pour combler un vide mais pour appuyer une idée, un thème ou une atmosphère et aussi pour saluer le travail de Nicolas Jaar qui, s’il n’ouvre pas le meilleur film de son réalisateur, vient ponctuellement en renforcer la puissance.
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Du 9 au 18 juin 2017 aura lieu la 19e édition du Très Court International Film Festival. Cet évènement consacré aux courts métrages, remet chaque année à l’honneur ce genre artistique en pleine expansion.
Une courte évasion
Créé en 1999, le Très Court International Film Festival est un événement cinématographique récompensant tous les ans différents réalisateurs internationaux. Pendant dix jours, de nombreuses projections de courts métrages sont diffusées dans une trentaine de pays. Au-delà des frontières, ce festival est un moment de rencontres intenses, de découvertes artistiques et d’émotions éphémères. Un très court métrage est un genre cinématographique durant moins de quatre minutes. C’est ainsi que le temps d’un bref instant, ces créations artistiques tentent de nous transporter au cœur de leur univers. Micro documentaire, clip vidéo ou encore fiction, ces œuvres sont de véritables objets à la fois artistiques et culturels.
La Compétition Internationale apparaît comme le moment emblématique du Très Court International Film Festival. Une cinquantaine d’œuvres cinématographiques sont mises à l’honneur, représentant le meilleur et surtout le plus court de la production audiovisuelle mondiale de l’année. Voici un léger aperçu des films sélectionnés dans cette catégorie :
La singularité de ce festival tient en partie à la richesse de son programme. Outre la catégorie internationale, nous pouvons également retrouver la Compétition La Parole de Femmes, entièrement consacrée aux réalisatrices et aux films ayant comme personnage principal une héroïne. Cette dernière permet de découvrir un univers féminin un tant soit peu dans l’émotion et la douceur :
Le Très Court International Film Festival, c’est également l’occasion de découvrir de purs ovnis cinématographiques. C’est le cas de la Sélection Ils ont osé « Trash & Glam », récompensant les nouveaux talents et les derniers courants créatifs. Insolite et énigmatique, c’est le moment de s’ouvrir à un programme quelque peu transgressif :
Un jury composé de sept spécialistes du cinéma départagera la trentaine de courts métrages en compétition dans la catégorie Internationale. Le jury sera cette année présidé par Nicolas Boukhrief, réalisateur, producteur et scénariste français. Le prix du droit des femmes sera quant à lui discerné suite au vote des membres d’un collectif de femmes.
Derrière la caméra
À un mois de l’ouverture du festival, nous avons rencontré Damien D. Richard, le réalisateur de Sandbox, un court-métrage sélectionné dans la Compétition Internationale :
Votre film Sandbox figure dans la catégorie internationale du Très Court International Film Festival. C’est un court-métrage à la fois sombre et psychologique. Quel message souhaitiez-vous faire passer ?
Les scénaristes Kevin Lafargue, Anton Likiernik et moi-même avions l’intime désir de vouloir mettre en perspective par ce court-métrage, la vie carcérale via la technologie. Ainsi, dans la lignée de l’excellente série anglaise Black Mirror notre message, ou plutôt notre interrogation, pourrait être : vaut-il mieux un paradis virtuel qu’un enfer réel ?
Vous réalisez essentiellement des courts-métrages. Qu’est-ce qui vous plaît dans cette démarche artistique ?
Oui, j’aime réaliser et écrire des fictions de tous genres et tous aspects. C’est formidable les histoires ! C’est la nourriture de l’âme et une vraie nécessité dans notre monde… Donc une priorité viscérale pour moi !
Spots digitaux, clips vidéos ou encore courts-métrages… Vous êtes un artiste polyvalent, où puisez-vous toute cette inspiration ?
À mon sens, l’inspiration c’est beaucoup beaucoup beaucoup d’observation et ceci partout, tout le temps. C’est simple : absolument tout est sujet à étude et tout est potentiellement matière à création. N’est-ce pas merveilleux ! Finalement, tout est sous nos yeux : que ce soit dans le monde réel ou à travers le prisme du virtuel avec Internet, les livres, les peintures etc…
Comment qualifieriez-vous votre univers ?
Si l’on considère que j’ai un « univers » à proprement parler je dirais qu’il est encore neuf, mais peut-être qu’avec beaucoup de travail et d’acharnement ça pourrait devenir quelque chose de plutôt pas mal. C’est une suggestion mais le mieux ne serait-il pas de laisser place aux images plutôt qu’aux mots avec par exemple le dernier clip que j’ai conceptualisé, réalisé (et un peu joué dedans) : « Sphinx » de FYRKAT. Vous serez bien meilleur juge que moi !
Vous travaillez actuellement sur votre premier long métrage. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ?
Les nouvelles vont vite ! Alors oui, je travaille actuellement sur un long-métrage en tant que scénariste avec un autre grand GRAND monsieur du cinéma mais ce n’est pas mon long-métrage. Et désolé, mais je ne peux pas vous en dire plus. Après évidement, de mon côté, je développe tranquillement de mon premier long-métrage qui n’en est encore qu’aux balbutiements mais je peux vous donner le thème : un conte sur la dignité de la Vie doublé d’une fable psychologique.
Désormais, il ne reste plus qu’à attendre l’ouverture de la 19e édition du Très Court International Film Festival, afin de se laisser emporter par la magie du court-métrage.
Avec Je ne suis pas votre nègre, Raoul Peck signe à la fois un hommage émouvant à un grand romancier et un portrait sans fard de l’Amérique.
Synopsis : en 1957, l’écrivain américain James Baldwin, qui s’était exilé en France pour fuir la politique ségrégationniste des États-Unis, décide de revenir dans son pays pour participer à la lutte pour l’égalité des droits.
Trop peu connu de ce côté de l’Atlantique, James Baldwin a été un des grands écrivains américains du XXème siècle, inspirant, entre autres, la romancière et Prix Nobel de littérature Toni Morrisson. Il a longtemps souhaité faire un grand livre sur les États-Unis, un portrait sans fard de cette société américaine dont il a été un des plus fins analystes. Ce livre, il n’a jamais pu l’écrire.
Le cinéaste haïtien Raoul Peck a eu accès à tous les textes, tous les documents concernant Baldwin, et il a tenté de reconstituer ce livre à partir des lettres de l’écrivain, de ses discours, ses débats, ses apparitions télé, etc.
Je ne suis pas votre nègre est donc, d’abord, le portrait passionné et passionnant d’un homme. Un homme engagé, militant, qui portait un regard acéré sur son pays. Il s’agit, pour Raoul Peck, de faire revivre le romancier, de présenter aux spectateurs toute la force de son écriture, de « prendre sa parole en plein visage ». Ainsi donc, le documentaire ne présente que les propos de James Baldwin, que ce soit lors de documents d’archives (émissions télé, conférences) ou en voix-off (les textes de l’écrivain étant lus par Samuel L. Jackson en anglais, et Joey Starr en français). Une de ces rencontres émouvantes et stimulantes dont on sort enrichi.
Et comme le propos de Baldwin est de militer pour l’égalité des droits aux États-Unis, le documentaire va forcément aborder frontalement ce sujet. Le romancier souhaitait que son livre tourne autour de trois personnalités parmi les plus représentatives de ce combat, Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King Jr, tous trois assassinés. Baldwin ne cache pas les différences qui opposaient les personnalités, entre le combat pacifique de Martin Luther King et la recherche d’un affrontement prôné par Malcolm X. Mais au-delà de ces différences, c’est toute la question de l’engagement qui se pose.
Selon le romancier, être engagé ne signifie pas s’enfermer dans un clan pour s’opposer à d’autres clans. Être pour les droits des Noirs ne signifie pas que l’on soit contre les droits des Blancs. Et Baldwin montre, à travers son parcours, que sa volonté est bien celle d’une unité. Vivre ensemble, pas vivre les uns contre les autres. Mais cette unité est rendue impossible. C’est là que le propos du documentaire dépasse la simple lutte des Noirs pour l’égalité des droits pour se transformer en un portrait amer de l’Amérique, voire de l’Occident tout entier.
« L’histoire des Noirs en Amérique, c’est l’histoire de l’Amérique, et ce n’est pas une belle histoire. »
Ce formidable documentaire présente une double narration. D’un côté, en voix-off, nous avons les paroles de Baldwin. De l’autre côté, nous avons les images choisies par Raoul Peck. Et ce choix n’est jamais innocent. En décidant de nous montrer des archives sur le tabassage de Rodney King par des policiers de Los Angeles en 1991, en mettant en parallèle les conflits raciaux de Birmingham (Alabama) de 1963 et de Ferguson (Missouri) en 2014, le cinéaste démontre manifestement que la lutte est loin d’être finie. « L’Amérique n’est pas le pays des hommes libres », nous dit Baldwin. A l’émotion intense qui se dégage du documentaire, on peut comprendre à quel point ce constat est amer. Le « rêve américain » est un cauchemar social pour une partie de la population.
L’Amérique, selon Baldwin c’est une société blanche et immature. « Le Blanc est une métaphore du pouvoir », affirme le romancier. Et il nous montre comment « être nègre » est une construction mentale et sociale, une invention des Blancs. Une classe blanche terrifiée, repliée sur elle-même, qui a besoin d’inférieurs pour se sentir forte, pour ressembler enfin aux images de héros à la John Wayne que lui renvoie le cinéma. Le Noir, comme les Indiens, c’est l’Autre. Celui que l’on ne veut pas côtoyer, que l’on ne cherche pas à connaître. Celui contre lequel on cherche à se construire.
Partant des textes de l’écrivain, Raoul Peck fait donc un documentaire formidable, émouvant, passionnant, d’une grande intelligence, mais aussi un film choc, qui se veut brutal dans son propos pour mieux pouvoir nous interroger sur notre conception du monde, sur l’image que nos médias nous envoient de nous-mêmes, sur la notion d’engagement, sur la liberté et les combats qu’il faut mener pour la mériter. « Nous n’avons pas le droit d’être libres, nous avons le devoir d’être libres », affirme Martin Luther King au début du film. Un devoir qui justifie toute la lutte menée par Baldwin et qui continue à être d’actualité.
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Je ne suis pas votre nègre : Bande annonce
Je ne suis pas votre nègre : fiche technique
Titre original : I am not your negro
Réalisateur : Raoul Peck
Scénario : Raoul Peck, d’après les écrits de James Baldwin
Interprètes : Samuel L. Jackson/Joey Starr (voix off de Baldwin), James Baldwin, Malcolm X. Martin Luther King Jr, Marlon Brando, Samy Davis Jr, Charlton Heston, Bobby Kennedy, Barack Obama…
Photographie : Henry Adebonojo, Bill Ross, Turner Ross
Montage : Alexandra Strauss
Musique : Alexei Aigui
Production : Raoul Peck, Hébert Peck, Rémi Grellety
Société de production : Velvet Film
Société de distribution : Sophie Dulac Distribution
Genre : documentaire
Sortie en France : 10 mai 2017
Durée : 93 minutes
Après This is Orson Welles, Et Hollywood créa la femme, les sœurs Kuperberg reviennent nous compter une petite histoire du cinéma Hollywoodien avec leur dernier documentaire diffusé sur OCS Géants, Hollywood Gossip, les commères d’Hollywood.
Quand on les avait rencontrées en 2015 à Cannes, les sœurs Kuperberg (Clara et Julia) y présentaient un documentaire sur Orson Welles.Dans leur dernier documentaire, le réalisateur réapparaît, mais aurait pu ne jamais entrer dans la légende si l’entreprise de lynchage de son film, Citizen Kane, par Louella Parsons avait abouti à l’oubli du chef d’œuvre. Le documentaire ne s’intéresse pas de nouveau à Wells, mais justement à Louella Parsons, l’une des deux « commères » d’Hollywood présenté dans le film Hollywood Gossip. Les commères d’Hollywood. La seconde commère, plus vindicative et politisée, est Hedda Hopper (actrice à l’origine, qui d’ailleurs apparaît dans son propre rôle dans le célèbre Sunset Boulevard). Les deux opposées écrivaient tout ce qui a pu se raconter de potins entre 1930 et 1960 avant d’être supplantées par le magazine Confidential, lui même très vite dépassé par la presse à scandale telle qu’on la connaît aujourd’hui et qui dépasse très clairement le petit monde du cinéma et de ses stars internationales (qui ne sont d’ailleurs plus seulement fabriquées par les studios).
Véritables monstres du silence (qui pouvait faire plus de mal que le commérage) et du commérage, les deux femmes, dont l’une fut créée de toutes pièces pour surpasser l’autre avant d’échapper à son créateur même, avaient le pouvoir d’encenser ou de détruire une carrière cinématographique. Au temps de la bonne morale et du désir du public d’en savoir plus sur des acteurs autrefois peu mis en avant (on apprend en effet qu’au début du 20e siècle, les noms des acteurs n’apparaissent pas au générique), Louella et Hedda furent à la tête d’un empire, qui se compte en millions, fait de petits secrets et de révélations en tout genre. Hedda allait plus loin que Louella (notamment au moment de la lutte contre le communisme avec McCarthy), qui faisait figure de « tante » ou de « grand-mère » tout en effrayant tout le gratin du cinéma hollywoodien.
Au-delà de son caractère croustillant et de son histoire de la naissance des tabloïds, le documentaire de Clara et Julia Kuperberg vient de nouveau apporter un éclairage bienvenu sur le cinéma comme industrie, sur la puissance des studios et l’éternelle machine à stars que le cinéma représente aussi. A l’heure où les salles se battent contre Netflix pour redonner du pouvoir à la diffusion des films dans les cinéma et non pas seulement en VOD, le documentaire nous rappelle aussi que le cinéma est une immense machine à rêves et à scandales et que les plus beaux films comme ceux de Chaplin ou comme Citizen Kane sont capables de traverser le temps, plus longtemps qu’une photo en Une de « Closer » ou sur « TMZ », où une rumeur en balaie une autre. Ils captent quelque chose de plus profond, de plus beau et de plus intense, que nul petit potin ne serait éclabousser. Bien documenté et toujours agréablement illustré, le film des sœurs Kuperberg met de nouveau en lumière deux femmes, peut-être sous un jour moins flatteur que dans leurs précédents opus, mais pour mieux éclairer notre cinéma actuel et le monde dans lequel nous vivons. A voir sur OCS Géants le 7 mai à 1945 (et rediffusé par la suite le 20 mai à1 6h45 et le 30 mai à 13h00).
Ce mardi 9 mai sort en coffret DVD & Blu-ray Nocturnal Animals, un thriller vertigineux signé Tom Ford. Un drame psychologique, frôlant de près la perfection visuelle.
À livre ouvert
« Les liens du passés ne se dénouent jamais »
Une œuvre esthétique glaçante. Voici comment pourrait être défini ce long-métrage virtuose. Nocturnal Animals est l’adaptation du roman Tony and Susan d’Austin Wright. L’intrigue, construite psychologiquement autour de la thématique de la vengeance, emporte le spectateur au coeur d’un jeu de piste fascinant. La froideur qui faisait la singularité de A Single Man (2009), se retrouve une nouvelle fois dans la deuxième réalisation de Tom Ford. L’artiste, novice dans l’art du cinéma, affiche désormais un univers empli de psychose.
Mais la réussite de ce thriller tient véritablement de son remarquable casting. Amy Adams y joue une galeriste de Los Angeles, mariée à un mari volage, qui reçoit un matin un livre signé par son ex, Jake Gyllenhaal. Elle débute la lecture.
Thriller intemporel, Tom Ford construit son scénario en trois temporalités : un présent retraçant la nostalgie d’un amour perdu, un passé se structurant autour des révélations qui ont causé la rupture, et enfin, un troisième axe construit de manière fictionnelle. Simple narration, fiction ou encore flash-back, Nocturnal Animals est un film aux multiples facettes. Mais où se situe la limite entre le songe et la réalité ? Jusqu’au dernier instant, le doute persiste et l’incompréhension guette le spectateur. Mais n’est-ce pas la définition même du thriller ?
Nous retrouvons dans le coffret DVD & Blu-ray, trois bonus permettant de rentrer dans l’intimité du film. Entre découvertes scénaristiques et interview avec le réalisateur, ces additionnels offrent aux spectateurs une façon de prolonger ce voyage, à livre ouvert.
Posé, soigné et maîtrisé, Nocturnal Animals est une œuvre cynique autour de la double vengeance. Entre psychologie et drame, ce thriller venimeux réussit un challenge difficile : nous troubler jusqu’aux dernières secondes.
Nocturnal Animals : Bande Annonce
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DU DVD
Réalisation : Tom Ford Interprétation : Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon, Aaron Taylor-Johnson, Armie Hammer, Isla Fisher… Image : Seamus McGarvey Montage : Joan Sobel Musique : Abel Korzeniowski Décors : Shane Valentino Producteur : Tom Ford et Robert Salerno Distributeur : Universal Pictures Durée : 116 minutes Genre : Thriller Date de sortie : 4 janvier 2017
Date de sortie : 9 mai 2017
Éditeur : Universal
Édition : Blu-ray + Copie digitale, Blu-ray, PAL, Tous Publics
Région : 2
Vidéo : Format 16/9 compatible 4/3, Format cinéma respecté 2.40, Format BD-50, Film en Couleurs
La nouvelle peut paraître surprenante : David Fincher serait aux premières loges pour réaliser World War Z 2 et donc, en course retrouver son ami Brad Pitt. Surprise. Ou pas. Revoir le réalisateur américain possiblement se relancer dans les affres du blockbuster peut étonner au regard de ses dernières œuvres, qui caressaient avec finesse et classicisme la déliquescence du monde 2.0. De la beauté sombre et analogique d’un The Social Network ou de la souffrance psychanalytique d’un Gone Girl, David Fincher alimentait sa sève artistique d’une même griffe. En ce sens-là, les trois précédentes œuvres de Fincher avaient, par exemple, un point commun : la provenance de leur bande originale, composée par Trent Reznor et Atticus Ross.
Les deux musiciens, au travers des différents personnages ou multiples environnements qui leur étaient proposés, ont su parfaitement modeler leurs écueils aux exigences du réalisateur et surtout s’inscrire dans l’ambiance générationnelle et déshumanisante de l’entreprise menée par le cinéaste : ce qui donne une plus forte homogénéité au propos de David Fincher (« Hand Covers Bruise »). Atticus Ross et la tête pensante de Nine Inch Nails sont comme Fincher : des artistes, qui ont su redéfinir le monde moderne tant dans ses scènes de liesse collective que dans son introspection intime, avec leurs propres moyens. Quand on regarde de plus près les thèmes qui composent les derniers métrages du cinéaste, ils dégagent tous des caractéristiques en rapport avec les fêlures des années dans lesquelles nous vivons : incommunicabilité, vacuité des relations humaines, réseaux sociaux, informatisation de la vie privée, conscience collective et manipulation de la notoriété publique.
Ce qui frappe, d’emblée, dès les premières minutes deThe Social Network, c’est le rapport presque fusionnel entre le son et l’image, cette solitude qui se pétrifie entre la froideur élégante de Fincher et le minimalisme tortueux de l’électro de Trent Reznor. Pourtant, on a connu les deux hommes beaucoup plus enragés et pétaradants dans leurs registres : Fincher avec le côté clippesque de ses débuts (« Seven ») et Trent Reznor avec « l’Indus » bruyante de NIN. Sauf que les années passent et l’expérience agit sur leur manière de procéder, une maturité s’acquière et influe sur leur méthode de création. Les deux artistes ont affiné leur art pour définir une ligne directrice à leur collaboration et se comprendre mutuellement : la combinaison de sons numériques et électroniques avec de simples mélodies de piano est l’accompagnement parfait pour des films sur une jeunesse en mutation et la double nature incorporant Facebook, si l’on reprend la trame de The Social Network (« The Gentle Hum of Anxiety »).
Une notion parcourt avec force ce sentiment d’étouffement sourd : celle de la distance ou de l’isolement presque maladif. La distance qui est émotionnelle, ou intériorisée à son paroxysme (« What Have We Done to Each Other ? ») : comme si le score de Trent Reznor était translucide, nocturne et réalisé dans le but de développer un monde futuriste, comme avait essayé de le faire Daft Punk pour Tron l’héritage. Sauf, que ce monde-là, c’est le nôtre. De là, de cette parenthèse sonore entre le futur et notre présent qui déchante, toute la puissance sensorielle de ces scores, aussi longs que monolithiques (« What if We Could ? »), résonnent avec encore plus de prégnance, pour émanciper une tristesse palpable : avec ces structures drone pesantes et ces synthétiseurs menaçants. Par exemple, The Girl with the Dragon Tattoo raconte une histoire de secrets : la combinaison des vérités troublantes et de l’innocence perdue est orchestrée brillamment dans le score par la présence d’une texture shoegaze neigeuse (« She Reminds Me Of You »).
Trent Reznor et Atticus Ross utilisent parfois des carillons qui semblent adoucir la peur qui s’avance, tout en étant soulignés par des synthétiseurs inquiétants. Le contraste saisissant entre les fines notes électro et la mélodie tendre du piano reflète la juxtaposition du film social et antisocial, l’effilement digital du son affublé à la mécanisation menaçante des relations humaines que Fincher et Sorkin décrivent par exemple dans The Social Network. De cet univers musical, Trent Reznor et Atticus Ross ne construisent pas seulement un miroir décoratif, mais accentuent la cinématographie même de l’œuvre, en ajoutant à leurs sonorités une anxiété urgente, une folie post-industrielle sur un son de mère noire à l’instar de Mica Levi (Under the Skin et Jackie), des brûlures de beats lents et un souffle numérique («Great Bird of Prey ») .
C’est assez visible dans The Social Network ou Millenium, où la bande originale se place à la fois comme objet de description du monde moderne et comme support du genre cinématographique en insufflant une dramaturgie ou une tension organique aux métrages. A l’image d’Elisabeth Salander, la bande originale de Millenium se veut plus excentrique, plus rock’n’roll, moins cathartique que dans Gone Girl, avec une grosse influence NIN, en usant parfois de grosses basses et de guitares stridentes : comme en témoigne le générique de début avec en Guest Karen O (« Immigrant Song »). La bande sonore deGone Girl, elle, s’accommode de son environnement et parait beaucoup plus réflexive et vaporeuse dans son approche traductrice de l’œuvre : moins organique, plus ambiante, détachée mais dont la folie se veut rampante et assujettie à une paranoïa claustrophobe et aliénante.
Avec des compositions qui sont tournantes et calmes, proches de la ritournelle ambiante (« Like Home »), la bande sonore de Gone Girl est autant psychologiquement intense que son personnage principal mais tout aussi imprévisible dans ses vrillements incandescents («Appearances ») : en guise de méditation sur le voyeurisme, la tromperie et la psychopathie, cela fonctionne exactement comme prévu. Et ce n’est pas anodin si certaines œuvres contemporaines se réfèrent de plus ou moins près à cette osmose cinématographique : avec par exemple la série Mr Robot qui s’inspire autant de David Fincher dans ses thèmes ou son visuel, que de Trent Reznor et Atticus Ross par le biais des compositions électroniques de Mac Quayle.
Cette alliance glaciale et iconique formée par Fincher et son duo de musiciens a su réincarner de façon sensitive les traumas du monde contemporain. Entre soubresauts électriques et caresses de nappes électroniques lymphatiques, Trent Reznor et Atticus Ross ont mis en place un univers nocturne, parfois même autiste, qui déforme avec ténacité les démons de l’humain moderne. Bien que monolithiques, ces trois bandes originales sont passionnantes à écouter et décortiquent les inquiétudes aveugles d’un monde en chute libre.
Succès estival au box-office coréen en août 2016, Tunnel, qui a depuis été présenté dans de nombreux festivals (Locarno, Beaune, Valenciennes, festival du film coréen à Paris et film fantastique de Bruxelles), est un thriller claustrophobique qui mélange habilement les codes du survival et de la satire sociale pour livrer une vision acerbe et critique de la société et des pouvoirs publics sud-coréens.
Synopsis : En rentrant du travail pour célébrer l’anniversaire de sa fillette, Jeong-soo, employé chez un concessionnaire automobile, emprunte un tunnel moderne construit à flanc de colline. Mais à mi-parcours, l’installation s’effondre totalement et Jeong-soo se retrouve pris au piège, enseveli sous des tonnes d’éboulis. C’est le début d’une opération de sauvetage d’envergure nationale, ultra-médiatisée et suivie par le peuple tout entier. Problème : les dégâts sont considérables, l’intervention coûte cher et les chances de survie de la victime s’amenuisent au fil des jours…
Un anti film catastrophe
Certes, Tunnel est un film catastrophe, puisque l’intrigue raconte l’écroulement d’un tunnel et la façon dont un homme pris au piège dans les éboulis tente de survivre. En ce sens, le long métrage emprunte aussi aux codes du survival, claustrophobique et oppressant, où le héros est enfermé dans un lieu confiné sans eau ni nourriture, prisonnier d’un espace hostile mais également victime du temps qui passe, puisque chaque seconde qui s’écoule est cruciale. Mais là où Tunnel se démarque, c’est que le réalisateur ne cherche pas à instaurer de décor, à installer une quelconque histoire ni même à nous présenter ses personnages comme l’aurait fait un film américain. Ici, on entre directement dans le vif du sujet, c’est presque un début in medias res : cela rend difficile tout processus d’identification ou d’empathie, mais le refus de tomber dans toute forme de racolage émotionnel renforce l’impact et la puissance du film en nous plongeant directement au cœur de l’inattendu pour plus de réalisme. C’est une mécanique bien huilée, qui prend le contre-pied du genre hollywoodien. En revanche, les frissons et l’angoisse sont au rendez-vous puisque le spectateur finit par être au supplice, emmuré six pieds sous terre avec le personnage, et on suffoque, et on compte ce qu’il reste en sa possession pour se raccrocher au monde extérieur tandis que ses chances de s’en sortir s’amenuisent. Un fort suspense et une grande tension dramatique se dégagent du film, grâce à des éléments pourtant anodins : la jauge de batterie d’un téléphone, une radio, deux bouteilles d’eau, un morceau de gâteau et une poignée de croquettes pour chien. Ce minimalisme radical, qui évite aussi les effets d’emphase et les moments de tragédie larmoyante, rendent Tunnel assez implacable dans son mécanisme narratif. On notera à titre anecdotique la présence d’un carlin, hérité d’une autre victime de l’éboulement qui n’a pas survécu : l’idée d’appliquer les codes du survival à un chien fonctionne étonnement et fait naître en nous une certaine tendresse envers l’animal.
Une satire politique
L’autre point fort de Tunnel, c’est son propos politique sous-jacent. Car en signant ce film, le réalisateur brosse un portrait peu flatteur de la Corée du Sud, quasiment grotesque, à travers ce qu’il fustige. Incapacité totale des pouvoirs publics, inaptitude des secouristes à sauver leur victime (l’opération dure des mois, les secouristes creusent au mauvais endroit, etc.), avidité des journalistes qui se pressent comme des vautours pour avoir une miette du spectacle, et incompétence de la classe politique qui ne pense qu’à récolter les lauriers d’une opération qui n’est pas la leur… La question du développement poussif des infrastructures du pays, construites à la-va-vite et en dépit des règles, la corruption, la nullité et la mauvaise foi des ouvriers, et l’avidité meurtrière des entrepreneurs qui sont prêts à sacrifier une vie pour limiter les pertes financières sont tant de problématiques honteuses et révoltantes qui dressent un constat peu flatteur pour la Corée du Sud. Mais plutôt que d’adopter un ton grave, moralisateur ou engagé, le cinéaste désamorce l’importance de ce qu’il dénonce avec un humour permanent. A la fois très farcesque dans les situations qu’il dépeint et dans le jeu de ses acteurs, mais aussi très noir dans certaines de ses répliques, Tunnel mélange le drame à la satire sociale pour en réalité montrer comment les rouages politiques, administratifs et économiques de toute une nation peuvent s’avérer criminels. Cet aspect peu parfois s’avérer déroutant car on quitte la détresse du héros pour rire d’un gag idiot ou se moquer des personnages secondaires, oubliant presque le drame qui se joue sous terre, ce qui nous pousse à nous interroger sur notre degré de compassion et d’implication : comment peut-on s’amuser pendant qu’un homme agonise sous nos pieds ? C’est là tout le paradoxe et la complexité de la nature humaine et c’est ce que cherche à dévoiler le réalisateur, en nous mettant en face de nous-mêmes. Les choix et les décisions qui incombent à chacun deviennent alors cruciaux et s’imposent comme des miroirs qui reflètent toutes les sociétés, toutes les cultures et tous les gens. En prenant des héros ordinaires, en mettant en scène des messieurs et mesdames tout-le-monde, Tunnel nous pousse dans nos retranchements et nous pose en acteurs : et nous, qu’aurions-nous fait ?
Tunnel : Bande Annonce (vostfr)
Tunnel : Fiche Technique
Titre original : 터널 (Tunnel)
Réalisateur : Kim Seong-hoon
Scénario : Kim Seong-hoon, d’après le roman homonyme de So Jae-won
Interprétation : Ha Jeong-woo (Jeong-soo) ; Bae Doona (Se-hyeon) ; Oh Dal-soo (Dae-kyeong) ; Jeong Seok-yong (le commissaire Choi) ; Park Hyeok-kwon (le gouvernement) ; Nam Ji-hyeon (Mi-na) Seong Byeong-sook (la mère de Se-hyeon)
Photographie : Kim Tae-seong
Montage : Kim Chang-joo
Musique : Mok Yeong-jin
Direction artistique : Lee Hwo-kyeong
Production : Billy Acumen, Lee Taek-dong
Sociétés de production : Showbox ; Another Sunday ; BA Entertainment ; History E&M
Distribution : Showbox (Corée du Sud) ; Version Originale / Condor (France)
Genre : Drame, thriller, survival
Durée : 126 minutes
Date de sortie en France : 3 mai 2017
Comme à son habitude, Ryan Murphy révèle au compte-gouttes et par métaphores les quelques informations qui touchent à American Horror Story saison 7. Récemment, le showrunner postait un doodle de monstre éléphant sur son compte Instagram, confirmant ainsi le nouveau thème de la série.
On sait d’ores et déjà que la prochaine saison d’AHS s’inspirera des dernières élections présidentielles aux Etats-Unis. En postant un croquis d’éléphant monstrueux sur Instagram, Mr Murphy est très clair cette fois et fustige le parti républicain dirigé par Donald Trump. Mixant le symbole du parti au faciès effrayant du clown Twisty de la saison 4 Circus, le showrunner lui confère un aspect maléfique et confirme queAmerican Horror Story saison 7 sera bien liée à la saison 4. Rappelons qu’en octobre 2016, Ryan Murphy avait déclaré :
«L’année prochaine, nous reviendrons sur des personnages de Freak Show, les histoires et les mythologies plus profondes. En quelque sorte, nous explorerons la saison 4 au travers de la saison 7. «
Récemment, le créateur a révélé à E Online les premières 10 minutes de la série :
« Cette saison prend place dans un contexte très inquiétant et macabre lors de la nuit des élections. Quelque chose de terrible interviendra dans la vie de nos personnages au cours de cette nuit où ils verront tout leur petit monde s’écrouler. »
Depuis, les fan-made trailer et autres fan arts se multiplie et le site iHorror nous donne un bref aperçu de ce que pourrait être l’affiche de la promo :
Qu’en sera-t-il alors des personnages de la série ? Sarah Paulson, Evan Peter, Billie Lourd (Scream Queens) et Billy Eichner (Difficult People) sontconfirmés au casting d’American Horror Story saison 7 depuis un moment. Interviewé par The Hollywood Reporter, Evan Peters a expliqué l’intérêt de Sarah Paulson pour le rôle de Donald Trump :
“Sarah peut tout jouer, elle peut donc aisément interpréter Trump. J’adorerais la voir dans le rôle de Trump car il y a tellement d’aspects visibles dans lesquels elle peut se retrouver. Et si Sarah peut incarner Trump, je jouerai Ivanka.”
De son côté, Ryan Murphy a confié à E News que, en effet, Sarah Paulson n’interprétera pas Hillary Clinton :
« Je crois que les gens pensent littéralement que Sarah Paulson va jouer Hillary Clinton et je voulais préciser que ce n’est pas vrai. AmericanHorror Story a toujours été une allégorie, et ces élections seront aussi une allégorie. Ceci n’est que notre point de départ. Il s’agit des élections qui ont eu lieu, de ce qui s’est passé cette nuit-là et des retombées qui, pour un grand nombre de chaque parti, forment une histoire d’horreur. Et vous savez, ce spectacle est toujours aussi amusant dés lors que c’est dans l’air du temps (…) Toutefois, Donald Trump et Hillary Clinton seront bien présents – juste à la télé. »
Quant aux autres acteurs d’AHS saison 7, les spéculations vont bon train. Dans une interview pour E Online, Emma Roberts avait déclaré qu’elle souhaitait revenir dans une nouvelle saison, de préférence aux côtés de Lady Gaga. On peut donc espérer que si l’une vient, l’autre suivra :
« L’an dernier, ça n’a pas fonctionné car je tournais encore Scream Queens. Mais maintenant que Scream Queens est bouclée à Los Angeles et pas à la Nouvelle-Orléans, je vais sans doute revenir sur le plateau et m’impliquer dans le show ! »
American Horror Story saison 7 est prévue sur FX pour la rentrée 2017 et la série a déjà été renouvelée pour les saisons 8 et 9 !
Impossible de ne pas évoquer l’incontournable Festival de Cannes dans notre édito du mois de mai. La rédaction a souhaité lire entre les lignes d’une sélection qui s’engage à vouloir réformer la chronologie des médias, point de discorde depuis des décennies du paysage audiovisuel français.
70 ans. 70 ans que le mois de mai continue de faire rêver les cinéphiles de la planète entière avec la tenue de la plus grande manifestation cinématographique (certains diront même « culturelle ») mondiale, le Festival de Cannes. Lieu de l’effervescence, de l’opulence et de la température du cinéma international, Cannes est aussi depuis soixante-dix ans l’événement de tous les scandales. Après une affiche vivement critiquée pour son culte pro-minceur, le festival a dû faire face aux premières critiques face aux choix de la sélection officielle. S’il est de coutume de pester contre les inconditionnels habitués en compétition de la Croisette ou le manque de femmes réalisatrices, la polémique de cette année est bien différente. A l’instar de l’élection présidentielle et d’un résultat du premier tour qui oppose le statu quo hollandien à l’extrémisme nationaliste, on note un statu quo dans les critiques qui sont faites au Festival de Cannes. Soit un manque flagrant d’ouverture à la nouveauté et un respect désormais archaïque de la tradition cinématographique hexagonale.
Petit rappel, pour la première fois dans l’histoire de la manifestation, deux films Netflix, seront en Compétition Officielle. Cela implique deux choses : la première est que l’équipe du Festival reconnait à sa juste-valeur l’importance du géant américain de la SVOD dans le paysage audiovisuel d’aujourd’hui ; la deuxième est que l’un de ses deux films peut repartir avec la Palme d’Or et que Netflix n’a aucun intérêt (économique) à le diffuser en salles et gardera vraisemblablement l’exclusivité sur son réseau. Il n’a pas fallu attendre une demi-journée pour que la profession (plus précisément les exploitants de salles) ne s’offusquent d’une telle considération pour une plate-forme en ligne et d’un mépris à l’égard de « l’exception culturelle » française. Pourtant,en 2017, ignorer Netflix aurait été une erreur et une preuve du mépris impardonnable et élitiste d’un festival fermant les yeux sur la qualité remarquable des programmes de la firme américaine. Placer ces films hors-compétition aurait été le meilleur terrain d’entente pour les deux partis. Néanmoins, Pierre Lescure et Thierry Frémaux sont même allés plus loin en les plaçant directement en compétition. Un choix audacieux et engagé qui ne pouvait qu’attiser le feu de la controverse. Après l’annonce, c’est Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la fédération nationale des cinémas français (FNCF), qui déclara : « On ne remet pas en cause la qualité artistique des films, mais plutôt leur statut. Pour qu’un long-métrage soit considéré comme une œuvre de cinéma, il faut qu’il sorte en salles ». Effectivement, les deux films sélectionnés que sont Okja et The Meyerowitz Stories ont été réalisés respectivement par Bong Jon-joo et Noah Baumbach, soit des auteurs remarquables et appréciés dans le milieu qui ont légitimement toute leur place dans la compétition.
Faire ce choix était donc le meilleur moyen de lancer un débat sur le bien-fondé actuel de la chronologie des médias. En France, un film ne peut être diffusé sur une plateforme de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) comme Netflix, Amazon ou Canalplay, que 36 mois après la sortie en salles. Pour information, Amazon sera également présent à Cannes puisqu’il a produit et distribuera Wonderstruck de Todd Haynes. L’an passé, le géant de la distribution tous secteurs confondus avait soutenu The Neon Demon de Nicolas Winding Refn et Paterson de Jim Jarmusch. Mais contrairement à son rival Netflix, Amazon ne souhaite pas – pour l’instant – bouleverser les traditions et propose une exploitation classique en salles de ses films. Il faut savoir que cela fait des années que Netflix a en ligne de mire le Festival de Cannes. Pour se faire, la plate-forme s’est entourée des meilleurs auteurs, réalisateurs, talents de la profession pour offrir au public des programmes originaux. Plus que les séries pour lesquelles elle n’a plus à prouver son impact considérable et son génie créatif, c’est désormais son implication dans le cinéma qui est observée. Avec cette sélection, plus que jamais Netflix s’impose dans le paysage audiovisuel mondial. L’entreprise a donné un sérieux coup de boost à une profession qui avait du mal à se renouveler. Donner la possibilité à Netflix d’être présente à Cannes, c’est tout simplement une révolution et ça méritait d’être salué. Ce qui ressort de cette polémique, c’est que la FNCF estime qu’il faudrait que toutes les œuvres en compétition à Cannes puissent être d’abord diffusées dans les cinémas pour obtenir le label « œuvre cinématographique ». Il faut savoir que que le distributeur Metropolitan a acheté les droits de Okja mais dans le même temps, Netflix s’oppose à toute éventualité d’une sortie dans les salles, ce qui donne lieu à cette situation inédite et sans doute absurde. Effectivement, ce serait un bouleversement sans précédent s’il s’avérait que le vainqueur de la Palme d’Or ne sorte pas dans les salles hexagonales. Et après ? N’est-ce-pas là un signe qu’il y a un problème dans notre pays ? Que la chronologie des médias est devenue obsolète à l’heure d’internet ? Il y a quelques années, les exploitants reprochaient à internet de tuer le cinéma. Plus que jamais, il en est ressorti grandi. Les bénéfices des grands studios et des exploitants n’ont jamais été aussi forts et les blockbusters dépassant la barre ultime du milliard de dollars de recettes tendent à se généraliser (Fast and Furious 8, La Belle et la Bête rien qu’en 2017). Selon les statistiques de la FNCF, 213 millions de spectateurs se sont rendus au cinéma en 2016 ; soit une augmentation de 3,6 %, qui situe l’exercice à quelques millions d’entrées du record de 2011. Pourquoi donc s’offusquer de ce choix alors qu’à côté les salles réalisent leurs meilleurs chiffres ? C’est la légitimité de la salle obscure qui est surtout débattue car il paraît indissociable qu’un chef d’œuvre du septième art ne puisse pas être vu dans les conditions de projection qui n’ont pas changé depuis plus d’un siècle. Plutôt que vouloir , c’est une solution qu’il faut trouver. Pourquoi ne pas trouver un terrain d’entente entre les exploitants, les distributeurs et les plate-formes de diffusion comme Netflix pour mettre en place un système qui verrait les services de diffusion en streamingobtenir une exclusivité d’une semaine avant que le film ne soit enfin distribué en salles. Chacun y gagnerait dans l’affaire et les cinéphiles amoureux de la salle de cinéma pourraient toujours voir leurs chefs d’œuvres dans de bonnes dispositions.
Netflix ne tuera pas le cinéma, comme le support dématérialisé, la télévision et internet n’ont pas tué le cinéma. Au contraire, Netflix fait vivre le cinéma, et donne désormais la chance aux plus indépendants de créer en toute liberté, ce que d’autres studios ont tendance à oublier. Ne faut-il pas y voir un signe pour la créativité si de grands auteurs comme Woody Allen, David Fincher, Martin Scorsese, Duncan Jones ou Cary Fukanaga décident de s’éloigner des grands studios pour trouver un espace propice à leur liberté artistique ? Les exploitants crient au scandale mais dans l’histoire, ce qui en ressortira le plus grandi, c’est le cinéma en tant qu’art. Mettons un terme à ce débat conservateur et puéril, Netflix est un acteur incontournable de la scène audiovisuelle. Il n’en faut pas plus pour qu’il ait l’entière légitimité d’être présent à Cannes, qui plus est en compétition. Thierry Frémaux dira d’ailleurs lors de la conférence de presse annonçant la sélection officielle : « Ce sont de vrais films de cinéma ». Tout est dit.
MaJ 02/05/2017 :Suite à la controverse entre le festival, Netflix et le FNCF, une concession a été trouvée par le CNC qui délivrera des visas temporaires d’exploitation pour une diffusion limitée en salles pour les deux films du géant de la SVoD en compétition à Cannes. En utilisant ce dispositif, Netflix échapperait à la chronologie des médias et proposerait à un nombre évidemment réduit de cinémas une exposition d’une semaine maximum.Une exception qui ne satisfait évidemment pas les exploitants qui estiment qu’il s’agit de « bricolage ». L’affaire est loin d’être terminée. Source: Numerama
Il est des décennies importantes dans l’Histoire du 7ème art. Les années 30 en sont une. Faisant la parenthèse entre la démocratisation du cinéma parlant et les premiers grands succès en couleurs, ces dix années ont vu un bouleversement important du cinéma, et ce aux quatre coins du monde. Petit florilège des films des années 1930 à 1939 :
La révolution du parlant a pour principaux effets de rendre désuet cet humour burlesque qui dominait jusque là les comédies et de voir apparaitre les premières comédies musicales. Autre élément important, la crise de 29 marque un besoin pour le cinéma d’être l’expression du malaise social. D’abord ici, en France, où la mode du « Réalisme Poétique » voit l’émergence de grands réalisateurs : René Clair, Julien Duvivier, Jean Renoir… Comme cela avait déjà été fait plus tôt en Russie, des pouvoirs autoritaires mettent un coup de frein brutal aux productions très inspirées du Japon (Yasujirō Ozu, Kenji Mizoguchi…) et de l’Allemagne (Friedrich W. Murnau, Fritz Lang, Josef von Sternberg…) où le média cinéma va devenir le support de vastes campagnes de propagande telles que l’on n’en avait jamais vues auparavant. De leur côté, les studios hollywoodiens doivent repenser leurs propres codes, limités par le Code Hays qui va notamment mettre fin à la mode des films de gangsters, et se lancer dans de nouvelles expérimentations où, là encore, une nouvelle génération de réalisateurs va faire ses premiers coups d’éclat : Frank Capra, John Ford… Partout, le cinéma évolue, se modernise et offre des œuvres qui, aujourd’hui encore, restent des modèles.
Alors que le monde traverse une crise sans précédent et que les autocraties nationalistes et militaristes plongent des pays entiers dans l’obscurité, le cinéma reste un refuge, et les cinéastes s’affirment plus que jamais comme des visionnaires.
Les membres de la rédaction ont voté en interne pour sélectionner leurs films phares parmi ceux produits au cours de cette période très prolifique. 6 d’entre eux en sont ressortis.
Le top 5 des films des années 1930 à 1939
1/ M Le Maudit (Fritz Lang, 1931) : Fritz Lang a certes réalisé plusieurs films qui ont su esquisser sa superbe carrière, il reste toutefois convaincu que son plus beau chef d’œuvre réside en M le maudit. Un film policier, criminel et noir qui vient se dresser parmi les incontournables classiques du cinéma et qui vient surtout dénoncer la nature et le comportement humain. Pourquoi tuer une jeune fille innocente ? Qui est le Mörder ? Qui pour lui rendre justice ? Quelle justice ? M le Maudit est le premier film parlant de Lang et ce dernier a fait de ses dialogues et de ses sons un usage méticuleux afin de créer une ambiance oppressante, angoissante et dérangeante. On note le multiple usage du célèbre ‘In the hall of the mountain king’ siffloté par le tueur. Un grand classique, pièce maitresse du cinéma, à consommer sans modération. Myriam
2/ Freaks (Tod Browning, 1932) :
La monstruosité est un thème récurrent dans la carrière de Tod Browning avec des films comme Dracula notamment. Dans la plupart de ses récits, les “monstres” sont dépeints comme des personnes normales confrontées aux mêmes problèmes que n’importe qui. Avec Freaks, Il tente de faire passer le message que la normalité n’est pas forcément propre au physique, mais qu’elle se situe plutôt au niveau de l’âme. Si le personnage de Cléopâtre paraît correspondre aux critères de la normalité, elle se révèle être bien plus monstrueuse que les « monstres » qui composent le cirque en question dans le film. Les thèmes abordés par Freaks étaient d’une extrême modernité par rapport à l’époque à laquelle ils étaient traités. Browning n’a pas eu peur de choquer l’opinion publique. C’est également un des premiers réalisateurs à montrer les “monstres” avec une vraie dimension humaine. Damien
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3/ Les temps modernes (Charles Chaplin, 1936) : Pionniers du cinéma muet, les chefs d’œuvres de Charlie Chaplin resteront universels. Il est d’ailleurs évident que, des années après, nous ressentons encore vivement la critique et l’engagement de ses films, toujours valables aujourd’hui. Les temps modernes dénonce le modernisme et l’industrialisation du travail à la chaîne. Le personnage de Charlot enchaîne les gags et nous fait rire du début à la fin, grâce à un comique de situation toujours important dans le cinéma muet. C’est aussi le premier film dans lequel on entend la voix de l’acteur lorsqu’il chante. Chaplin est définitivement un des plus grands artistes que le cinéma ait connu : il sait mêler mélancolie, lyrisme, comique tout en critiquant clairement la société. Il a toujours aimé l’humain, et il faudrait être difficile pour ne pas admirer Chaplin. Gwenaëlle
4/ King Kong (Ernest B. Schoedsack, Merian C. Cooper, 1933): Le film peut être rapproché avec Le monde perdu, film de 1925 réalisé par Harry O. Hoyt dont il est une continuation du travail sur les effets spéciaux. En effet, on retrouve sur les deux films la même équipe qui s’occupe des effets spéciaux avec à sa tête Willis O’Brien. Il va développer à travers ces films des techniques comme la transparence ou l’animation stop motion. Mais là où Le monde perdu est une adaptation du roman d’Arthur Conan Doyle, King Kong est une œuvre originale écrite pour le cinéma. C’est une version moderne du conte de La belle et la bête. Le film propose également une véritable mise en abîme du cinéma et surtout un personnage majeur pour l’Histoire du cinéma qui connaîtra énormément de succès et qui perdurera jusqu’à aujourd’hui. Thomas
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5/ Frankenstein (James Whale, 1932): « Il est vivant ! Il est vivant ! » cette réplique de Frankenstein est désormais l’une des plus cultes de l’histoire du cinéma. Adapté de l’œuvre de Mary Shelley, le film de James Whale introduit le monstre le plus iconique du 7ème art. La créature déambule à travers le long-métrage comme une figure discrète et inadaptée au monde qui l’entoure. Le docteur Frankenstein est au courant de la terreur qu’il est en train de créer tout comme James Whale est conscient du monument culturel qu’il est en train d’enfanter. Le long-métrage manie avec anticipation la création du monstre pour ensuite maîtriser son suspense autour du potentiel ravage que le monstre pourrait causer. A le revoir aujourd’hui, on peut se demander en quoi le monstre a pu terrifier son audience à l’époque. Néanmoins, on ne peut que souligner l’atmosphère gothique et angoissante maîtrisée par James Whale, qui inspirera le cinéma pendant plus de 80 ans. Roberto
5/ ex-aequo/ Scarface (Howard Hawks, 1932) : Avec Le Petit César et Public Enemy, Scarface est l’un des films de gangster les plus emblématiques des années 30. L’oeuvre étant sortie avant que le code de censure ne soit mis en place, la violence y est montrée frontalement et l’érotisme est à peine voilé. Tony Camonte est bestial, pervers et impulsif, un Tommy DeVito (Les Affranchis) avant l’heure. Il tente par tous les moyens d’avoir sa part du rêve américain dans une Amérique urbaine en pleine crise économique. Son destin funeste sert alors de catharsis à un peuple plein de ressentiments et de désillusions. Ne s’embarrassant pas de la morale, Scarface est un film noir à la violence crue qui, à la fois, discrédite la figure du gangster dans un disclaimer mais qui aussi, paradoxalement, la propulse au rang de légende. A l’image de l’Amérique donc, extrêmement puritaine mais qui glorifie pourtant ces antihéros qu’elle aime tant. Perrine
Ils ont failli y être : Quai des Brumes (Marcel Carné, 1938), Blanche-Neige et les sept nains (Walt Disney, 1937), Dracula (Tod Browning, 1931), L’impossible monsieur Bébé (Howard Hawks, 1938), Les Trente-neuf marches (Alfred Hitchcock, 1935)…
Le spectateur français, déjà inondé des critiques américaines, toutes plus dithyrambiques les unes que les autres, ne sera pas volé avec Get Out, cette première œuvre de l’américain Jordan Peele, un thriller sous haute tension, plus social qu’horrifique.
Synopsis : Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable…
The Visit
Précédé de ce côté-ci de l’Atlantique par des avis ultra-favorables, le film de Jordan Peele, Get Out est sorti sous une pression maximale liée à son succès. Tourné avec un petit budget de 5 M de $, il en a ramené en deux mois déjà autant que, au hasard, Bienvenue chez les chtis (Dany Boon – 2008), benchmark franco-français certes, mais une référence absolue tout de même en matière de succès commercial, et deux fois plus que The Visit (M. Night Shyamalan – 2015) de Blumhouse, la même maison de production que Get Out.
C’est donc toujours avec appréhension qu’on va voir de tels films-phénomènes, dont on ne sait jamais vraiment les raisons pour lesquelles on se précipite pour y aller.
Premier film de son réalisateur Jordan Peele, qui officie plutôt sur Comedy Central dans un duo hilarant Key & Peele, Get Out n’a pourtant rien de drôle, ou pas que. C’est l’histoire de Chris (Daniel Kaluuya), un jeune photographe noir qui part en week-end dans sa belle-famille Wasp pour la première fois. Après un préambule mystérieux et déjà inquiétant, le film démarre (un peu) comme tous ces teenage movies dont l’Amérique a le secret de fabrication. Chris et sa petite amie Rose (Allison Williams) sont riches et beaux, s’aiment d’amour tendre, traversent une forêt dans une nuit noire pour s’enfoncer dans ce qui aurait pu être un cliché de cabane dans les bois de film d’horreur.
Mais le film est bien plus subtil que ça. Une grande première partie, correspondant à la rencontre de Chris avec ses beaux-parents Dean (Bradley Whitford) et Missy (Catherine Keener), puis plus tard, avec son beau-frère Jeremy (Caleb Landry Jones) est surtout une satire sociale des rapports toujours difficiles entre les noirs et les blancs dans le pays. Jordan Peele fait par exemple dire à Rod (LilRel Rowery), un ami de Chris : « ne va pas dans cette maison de blancs », ou encore il affuble les Armitage (c‘est le nom de la famille de Rose) de domestiques noirs, alors que « s’il avait pu », le père de famille aurait voté une troisième fois pour Barack Obama… Jeremy, le frère de Rose, particulièrement belliqueux, demande, « vu ses gènes », si Chris pratique le free-fight. Un des invités du grand raout plus blanc que blanc qui a lieu plus tard dans le week-end, un golfeur, affirme auprès de Chris connaître et aimer « Tiger ». Tout est à l’avenant, pas toujours d’une grande subtilité, mais reflète assez bien le manque de finesse dans la vraie vie de ce type de réflexions et de cette condescendance d’une élite blanche à tendance suprémaciste vus en tout cas du point de vue de Jordan Peele, et sans doute vus du point de vue des nombreuses minorités, pas seulement ethniques, d’Amérique et d’ailleurs.
Le réalisateur combine donc cette sorte d’étude du racisme ordinaire et larvé avec les codes d’un vrai film de genre qui instaure le malaise à tous les plans, un malaise glaçant à la Rosemary’s Baby (Roman Polanski – 1968), avec des personnages très inquiétants dans leur normalité même. Ainsi, Missy la mère, une psy qui n’hésite pas à faire une séance sauvage d’hypnose et très éprouvante sur Chris pour le faire arrêter de fumer, ainsi les domestiques au comportement étrange et robotique et qui semblent sortis d’un ancien temps, ou encore les amis de la famille qui scrutent le jeune homme devenant de plus en plus paranoïaque, de plus en plus persuadé qu’une énormité en rapport avec lui se cache derrière la façade lisse de son entourage de ce funeste week-end.
Il n’y a pas de temps mort dans le film du jeune cinéaste qui réussit à faire du neuf et de l’original avec un genre largement surexploité. Un rythme soutenu qui alterne scènes de pure terreur psychologique et d’autres plus sibyllines qui ne font qu’épaissir le mystère de ce thriller de très bonne facture. Malgré son statut de comique (stand up, sketches désopilants), Jordan Peele a fait montre d’un grand sérieux pour la mise en scène de son premier film. Mais grâce à ce même statut, la comédie n’est pas totalement absente de Get Out, bien au contraire, et le personnage de Rod, un drôle d’employé de TSA (« TS – f*ing A ») en est l’étendard.
Qualifié d’ « essentiel » , de « nécessaire » par des journalistes américains à fleur de peau par les (sales) temps qui courent dans le pays, Get Out est un film qui interpelle chaque personne interloquée par la notion même de race, chaque personne qui est agacée par une certaine conscience de classe excellemment interprétée ici par les différents acteurs, et bien sûr tout cinéphile en quête du genre, mais également tout cinéphile tout simplement exigeant. Un succès entièrement mérité donc pour ce premier film audacieux et un rien provocateur.
Get out – Bande-annonce
Get Out : Fiche technique
Titre original : Get Out
Réalisateur : Jordan Peele
Scénario : Jordan Peele
Interprétation : Daniel Kaluuya (Chris Washington), Allison Williams (Rose Armitage), Catherine Keener (Missy Armitage), Bradley Whitford (Dean Armitage), Caleb Landry Jones (Jeremy Armitage), Marcus Henderson (Walter), Betty Gabriel (Georgina), Lakeith Stanfield (Andrew Logan King), Stephen Root (Jim Hudson), LilRel Howery (Rod Williams)
Musique : Michael Abels
Photographie : Toby Oliver
Montage : Gregory Plotkin
Producteurs : Jason Blum, Edward H. Hamm Jr., Sean McKittrick, Jordan Peele, Coproducteurs : Phillip Dawe, Gerard DiNardi, Beatriz Sequeira
Maisons de production : Blumhouse Productions, QC Entertainment
Distribution (France) : Universal Pictures International France
Budget : 5 000 000 USD
Durée : 104 min.
Genre : Horreur, Thriller
Date de sortie : 3 Mai 2017