Entre portrait à charge de l’establishment reaganien, rise & fall à la Scorsese et mix entre Lord of War et Pain and Gain, Doug Liman signe avec Barry Seal une virée sous speed et furieusement jouissive dans l’une des histoires les plus délirantes et débridées de l’Oncle Sam.
Un pilote de ligne au sourire Colgate ravageur ayant convolé pour la DEA, la CIA, Pablo Escobar & qui a vécu le rêve américain ? Un peu plus et on serait tenté de croire que ce Barry Seal n’a jamais existé
; qu’il est de cette trempe de personnage déluré servant à rappeler à quel point l’imagerie du rêve américain infuse jusque dans son propre cinéma. Mais là ou le bât blesse, c’est que ce Barry Seal a vraiment existé. Un anti-héros d’un autre temps, qui chance et culot aidant, s’est vu devenir un des rouages les plus importants dans l’ascension de Pablo Escobar et la traque malheureuse que tenta la DEA et la CIA pour arrêter le trafiquant colombien. Et si sur le papier, tout indiquait que Barry Seal : American Traffic allait emprunter un chemin au moins égal si ce n’est similaire à Argo : celui d’un fait divers « bigger than life » impliquant le gouvernement traité avec suffisamment de recul pour en percevoir toute la gravité, il n’en est heureusement rien. La chance à Doug Liman & Tom Cruise, tous deux responsables de ce rail cinématographique délirant et débridé qui rappelle curieusement un Lord of War coupé à l’absurdité de Pain and Gain.
Un portrait à charge nappé de cool de l’administration reaganienne
Quiconque connait ainsi Doug Liman sait que le bougre, entre deux morceaux de peloches guindées grand public, se plait à dessouder subtilement ou non les instances gouvernementales américaines. Que ça soit son récent The Wall ou l’acclamé Fair Game, l’américain a ainsi toujours cru bon de mêler divertissement et réquisitoire dans un même film. Le voir donc s’approprier l’histoire de ce pilote de ligne n’avait à priori rien d’anormal, tant celle-ci au travers des exploits de son pilote révèle en filigrane les failles béantes d’un système reaganien la plupart du temps corrompu ; le reste du temps impuissant face à la menace de la drogue. Fatalement, voir donc au milieu de ce marasme bureaucratique, la success-story de ce monsieur tout le monde un brin entreprenant qui va duper le système et s’en mettre plein les poches, a quelque chose de grisant. De comique même. Et c’est sans doute parce qu’il doit prendre un malin plaisir à dessouder le gouvernement de manière détournée, que Liman y va franco quitte à transformer le tout en un sommet de cynisme et d’opportunisme.
Dès l’entame ça se sent d’ailleurs. Patine rétro assumée, logo des studios qui crame et se remet à la page des années 80 ; bref tout sent l’anti-conformisme à plein nez. Un peu comme si Liman réitérait ce qui avait fait le succès de son Edge of Tomorrow, un délire SF qui brillait non seulement par son concept mais surtout par son montage qui lui conférait toute sa force comique. Là, même rengaine, l’auteur se plaisant à user à fond du média montage pour appuyer encore plus loin les délires de son pilote devenu bien malgré lui millionnaire. Et ça marche. Du moins suffisamment pour souligner l’absurdité de la situation et poser sur le film, un sentiment d’irréalité, de fantasme, de cool. Si bien que la véhémence du message initial, à savoir pointer du doigt des instances US dépassées et qu’on se le dise franchement incompétentes s’en retrouve éclipsé au profit d’une leçon de cool vivifiante.
Un opéra à la gloire du talent comique de Cruise
Et question cool, Liman peut compter certes sur son montage mais surtout sur Tom Cruise. L’acteur qui laisse le temps d’un film son costume d’action-man du cinéma US apparait ici transfiguré. Fini les abdos saillants de son Ethan Hunt (Mission Impossible) et bonjour la bedaine et l’insouciance qui va de pair avec l’américain moyen. Une surprise d’autant plus forte qu’elle marque son retour dans la composition dira-t-on normale.
Celle qui requiert plus que la simple belle gueule ou le charisme ravageur. Et c’est marrant car ça nous rappelle à quel point Cruise est bon quand il est en confiance. Puisque si il joue à merveille la carte du pilote déboussolé en proie au doute quand on lui propose de convoyer pour la CIA, on ne peut feindre le rire hilare quand le doute du personnage s’envole pour laisser place à l’assurance tue la mort, du genre qu’il a quand il doit faire décoller un avion d’une piste minuscule ou mieux encore, se poser en catastrophe dans une banlieue résidentielle, la DEA aux fesses. Mais au-delà de ça, c’est bien pour sa prédisposition à embrasser les embardées du film que Cruise se révèle dément. Quand le film se veut grave, il joue la poker face. Et quand il fonce à 200 à l’heure et souligne l’heureux destin de cet escroc, pas besoin de longtemps avant de voir Cruise décocher un sourire qui ferait pâlir une Miss France. Tout ça a pour résultante de voir un acteur qu’on croyait connaitre par cœur et jouer la carte de l’arnaqueur professionnel avec tellement d’aisance et de naturel que l’on en viendrait à vraiment réévaluer son potentiel comique.
A mi-chemin entre l’absurdité de Pain and Gain et le cynisme de Lord of War, Barry Seal : American Traffic permet à Tom Cruise de jouer la carte du self-made man déluré dans ce brulot délibérément comique envers l’establishment reaganien. Rafraichissant et furieusement fun !
Barry Seal – American Traffic : Bande-annonce
Synopsis : L’histoire vraie de Barry Seal, un pilote arnaqueur recruté de manière inattendue par la CIA afin de mener à bien l’une des plus grosses opérations secrètes de l’histoire des Etats-Unis.
Barry Seal – American Traffic : Fiche technique
Titre original : American Made
Titre français : Barry Seal : American Traffic
Réalisation : Doug Liman
Casting : Tom Cruise (Barry Seal), Sara Wright (Lucy Seal), Domhnall Gleeson (Monty Schafer), Jama Mays (Dana Sibota), Jesse Plemons (le shérif Downing), Lola Kirke (Judy Downing), Caleb Landry Jones (JB), Connor Trineer (George W. Bush)
Scénario : Gary Spinelli
Direction artistique : Kelley Burney
Décors : Dan Weil
Costumes : Jenny Gering
Photographie : César Charlone
Montage : Dylan Tichenor
Musique : Christophe Beck
Production : Doug Davison, Brian Grazer, Ron Howard, Brian Oliver et Tyler Thompson
Producteurs délégués : Ray Angelic, Michael Bassick, Jean-Luc De Fanti, Terry Dougas, Michael Finley, Paris Kasidokostas Latsis, Kim Roth, Lauren Selig et Christopher Woodrow
Sociétés de production : Cross Creek Pictures, Imagine Entertainment, Quadrant Pictures et Vendian Entertainment
Sociétés de distribution : Universal Pictures (États-Unis), Universal Pictures International France (France)
Budget : 80 000 000 $
Genre : thriller, policier, comédie
Durée : 115 minutes
Date de sortie : 13 Septembre 2017
Etats-Unis – 2017






C’est au final à travers ce climat très pesant qu’on finira par adhérer de plus en plus au regard de la jeune femme car on rentre dans son état d’esprit. Grâce à ce solide procédé d’identification, on se retrouve à totalement faire corps avec elle lors des derniers actes du film. Plus la folie escalade et plus on se retrouve autant psychologiquement agressé que le personnage principal, au point que cela en devienne presque physique. Intense, c’est le mot qui convient le mieux à ce qu’est Mother! dans ses derniers instants. Après cette intensité fait que l’on n’échappe pas à une certaine lourdeur par moments et il devient vite clair où le film veut en venir mais c’est dans la manière de nous y conduire que l’ensemble retourne. La dernière grosse
Quête de création et de reconnaissance à travers l’obsession de ses personnages, Darren Aronofsky interroge tout autant son cinéma que le rapport d’un artiste face à ce qu’il crée et la réception des gens par rapport à celle-ci. Dans cet hurlement du cœur, car c’est indubitablement ce qu’est le film, il ne fait de cadeaux à personne. Ni à lui, dépeignant l’artiste comme un irresponsable naïf qui répète encore et encore les mêmes erreurs, ni envers ses spectateurs qu’il dépeint comme des êtres désespérés de laisser leurs traces, en essayant de s’approprier l’œuvre des autres ou de dégrader le travail d’une vie. Car comme souvent chez Aronofsky, la création d’une chose vient de la destruction d’une autre. Ce pessimisme ambiant pourra donc facilement rebuter mais le cinéaste arrive pourtant à toucher beaucoup de vérités dans sa critique très claire du fanatisme mais aussi dans son regard sur le délaissement que cause l’obsession. Il se révèle même assez magnanime dans le traitement qu’il offre au personnage de Jennifer Lawrence, représentation de la vie. Une vie qui donne, une vie qui attend qu’on l’embrasse à pleines mains, une vie qui essaye de nous offrir un environnement pour nous épanouir, mais une vie qu’on délaisse au profit de nos ambitions. Elle est la Mère du titre, mais une mère au sens beaucoup plus large que son simple aspect maternel. C’est d’ailleurs avec ce lien très mystique qu’elle partage avec sa demeure que le film trouve ses pistes de réflexion les plus intéressantes. Le cinéaste assoit ici sa démarche avec intelligence, il est même amusant de constater qu’il tire son film-somme où toutes ses thématiques explosent comme jamais auparavant au sein de son septième long-métrage. Comme Dieu qui créa le monde en 7 jours, il vient à l’aboutissement d’un pan de sa filmographie avec ce septième film. Il revisite d’ailleurs son cinéma mais aussi l’histoire de l’humanité et de la bible dans ce Mother!. C’est d’ailleurs un acte biblique qui sonne le début de la descente aux enfers pour le couple. Quand Adam et Eve brisent le fruit défendu du créateur.
Brillamment pensé dans tout ses aspects, le film brille aussi par son casting et sa réalisation. Jennifer Lawrence est de chaque plan, Aronofsky la filmant ici comme jamais on ne l’avait filmée auparavant et l’actrice en profite pour livrer sa meilleure performance. Totalement habitée par son personnage, elle crève l’écran avec sa prestation fiévreuse et nuancée. Le reste du casting, même si très bon, ne tient pas la comparaison face à elle. Sauf peut être un Javier Bardem ambigu qui s’impose par son charisme. Pour ce qui est de la réalisation, Aronofsky opère des changements significatifs au sein de son cinéma. Offrant une mise en scène très proche de son personnage principal, avec une caméra portée à l’épaule, il favorise les plans plus longs et se fait plus posé dans sa démarche. Ici moins d’inserts et il joue plus sur une ambiance qui s’étire sur la longueur que sur quelque chose qui se jouerait sur la frénésie du montage. Plus immersif, il signe donc un huit clos éprouvant où il filme la maison comme un personnage à part entière. Car paradoxalement, même si sa mise en scène apparaît plus calme dans son montage, il signe son film le plus hystérique. Et toujours autant fasciné par l’aspect volatil des organismes, il offre des visions fantasmagoriques comme lui seul en a le secret, ici très ancré sur le cœur et le sang, moteurs de la vie. Avec aussi un travail sur le sound design impressionnant, il préfère jouer sur l’ambiance sonore et délaisse un peu les grandes partitions musicales. Avec la photographie très épurée de Matthew Libatique, le cinéaste joue plus sur un registre intimiste que sur ses habituelles grandes fresques épiques.

les griffes de l’administration pénitentiaire pour un crime dont il n’était pas franchement responsable. Dès lors, tout s’enchaîne à une vitesse folle, comme si le héros vivait déjà en sursis, dans ce New-York nocturne à la fois onirique et cauchemardesque. Les personnages de cette histoire sont tristes et pathétiques : Jennifer Jason Leigh campe une pauvre fille hystérique prête à dilapider l’argent de sa mère pour s’attirer les faveurs d’un Connie qui ne l’utilise que pour servir son seul intérêt, Nick est attardé mental et donc incapable de s’en sortir seul, Ray (Buddy Duress) est un raté sans beaucoup de jugeote qui préférera se défenestrer plutôt que de se faire prendre, et Crystal est une jeune adolescente livrée à elle-même qui vit dans un taudis avec ses grands parents dépassés. Tant de protagonistes apparemment voués à l’échec, l’anonymat et la pauvreté, avec pas ou peu d’avenir. Good Time, c’est une fresque urbaine survitaminée mais terriblement tragique, qui fait la part belle aux rebuts et aux cas sociaux.
et viscéral qui a d’ailleurs valu au film le



Divisé en trois parties, le récit prend faussement la forme d’une lutte à travers les âges d’un homme qui tente de sauver sa femme, atteinte d’un cancer. Sa femme qui écrit un livre et qui lui demandera de le finir pour elle une fois qu’elle sera partie. L’apparition du titre au début se fera d’ailleurs par la jaquette du livre, car celui-ci porte le même nom que le film. C’est une manière assez symbolique discrète pour signifier que l’intégralité du récit se passe dans le livre même et que donc la plupart des choses qui nous sont montrées sont fictives, nous racontant une histoire dans une histoire. Le cinéaste va appuyer cela avec subtilité, grâce à la mise en scène en adoptant un code de formes et de couleurs selon que l’on se retrouve dans la fiction ou la réalité du film. Ce qui symbolisera l’obsession de son personnage et la fiction du livre sera représenté ici soit par des halos de lumières dorés, signe de divinité et donc de croyance, soit sous forme d’éclairages naturelles ou de sources de lumières plus abstraites, tandis que ce qui symbolise la réalité est représenté par des lumières blanches rectangulaires, signe de révélation et de vérité. C’est seulement après avoir repéré cet astucieux procédé de mise en scène que The Fountain est plus en mesure de révéler tout ses secrets.
Aronofsky déploie une audace et un savoir-faire hors du commun dans sa réalisation. Esthétiquement l’ensemble est sublime, arrivant à faire cohabiter plusieurs ambiances et époques sans jamais tomber dans un mélange dissonant. Au contraire, The Fountain est un patchwork fabuleux, aidé par une photographie somptueuse notamment dans sa gestion brillante de la lumière et de la composition des plans qui les font souvent passer pour des toiles de maîtres. Avec sa direction artistique sans fausse note et sa mise en scène appliquée, Darren Aronofsky signe une odyssée épique et vertigineuse enveloppée à merveille par le score mémorable de Clint Mansell et du Kronos Quartet. Et le brio vient du fait que la forme ne sert pas qu’à emballer le fond, elle lui donne sens parce que The Fountain est indissociable de ses visuels ; en effet, pour le comprendre il se doit d’être vu. Car comme il le montre, la révélation passe par la vue et c’est donc par ce procédé que le cinéaste raconte son histoire. Une histoire qui finit par dépasser les questions de vie et de mort. Même si l’on est face à une œuvre délicate sur le deuil et l’acceptation, The Fountain est avant tout un formidable récit à propos de la création et d’héritage. Ici la création est sous une forme artistique, qui vit au delà de son créateur et qui représente la forme ultime d’héritage. La réponse du cinéaste à ce qu’est l’immortalité.
Car sous ses airs de récit biblique, le scénario parle avant tout de l’enfant qu’un homme et une femme mettent au monde pour que leur amour et leurs vies perdurent même après leur mort. Un enfant qui n’est pas de chair et de sang mais d’encre et de papier. La période du conquistador est ici la partie du livre qui est écrite par la femme, la période dans le présent est le moment où elle passe le flambeau à son mari qui le reprend et écrit cette transition entre fantasme et réalité. Cette partie oscillant visuellement entre les teintes jaunes liées à la fiction et les passages réels éclairés par des lumières blanches plus cliniques. D’ailleurs le moment où le mari décide de se tatouer avec la plume de sa femme symbolise bien le moment où il accepte d’achever son roman. Et la dernière partie avec le « cosmonaute » est le récit entièrement imaginé par le mari, qui accepte enfin la mort de sa femme et sa propre mortalité, faisant son deuil. Ce n’est que dans l’épilogue que l’intrigue vient se situer hors du livre. Après un plan entièrement immaculé de blanc, symbole de réalité, on retrouve le mari sur la tombe de sa femme pour lui faire ses adieux et annoncer qu’il a terminé son écrit assurant ainsi leur héritage. Il accomplit son deuil, il lève les yeux au ciel et une étoile dorée s’éteint pour laisser place à un éblouissant éclair de lumière blanche. La mari ayant vaincu ses peurs, son obsession et trouvé la vraie réponse à l’immortalité.
