The Wrestler, 4e long métrage de Darren Aronofsky, se distingue des autres films du cinéaste par un style en apparence plus « normal ». Le résultat est simple et épuré, sans effets ni maniérisme, avec une image crue et sans filtre, à l’image du quotidien de son héros, ancienne gloire du catch déchue confrontée à sa ruine et à sa solitude.
Synopsis : Ancienne gloire du catch, Randy « The Ram » Robinson galère désormais à joindre les deux bouts. Sa carrière bat de l’aile, il écume les tournois miteux, vit seul dans une caravane dont il peine à payer le loyer, travaille comme manutentionnaire dans un supermarché, n’a plus aucun contact avec sa fille et passe ses nuits dans des bars de seconde zone. Sa situation empire lorsqu’il se trouve terrassé par une crise cardiaque, physiquement éreinté. Il se retrouve alors confronté à sa solitude et se met en quête de rédemption.
Randy et Mickey
The Wrestler n’est pas un beau film : l’image est terne, crue, les décors sont sinistres, les paysages déprimants. Les combats de catch sont tristement grotesques, entre mascarade à peine déguisée, effets ridicules, têtes d’affiche ringardes, promoteurs véreux, public irrespectueux. C’est l’envers du décor, le revers de fortune. Ici, pas de paillettes, les feux de la rampe ne brillent plus depuis longtemps : c’est l’oubli et la lutte. Le tombeau des vedettes.
Le long métrage retraduit, à travers son image cafardeuse, la réalité du quotidien de son héros, Randy, ancienne star du ring qui se retrouve condamnée à cachetonner dans des tournées miteuses, pour une bouchée de pain. Avant, il était une légende, désormais, il n’est plus rien. Similitude troublante avec son acteur, Mickey Rourke, qui revient ici dans un film qui fait étrangement écho à son statut de star maudite, écornée et abimée par une traversée du désert dévastatrice qui fait de lui une sorte de martyr du 7e Art. Impossible de ne pas faire une telle analogie, et c’est à travers une lecture méta que The Wrestler prend un sens encore plus fort, et nous touche au cœur. C’est un film qui blesse.
Le corps et le sang
Randy est périmé, exténué, au bout de sa vie : il porte un sonotone qui témoigne des coups qu’il a encaissés, souffle comme un buffle pendant l’effort, et souffre chaque instant dans un corps monstrueusement usé qui ne suit plus la cadence. D’ailleurs, lors d’une séance de dédicace, il se rend violemment compte de sa situation : entre un ancien collègue en fauteuil roulant et un autre affublé d’une poche urinaire, Randy s’aperçoit qu’il ressemble davantage à un vieillard décrépit qu’à un athlète invaincu. Le tableau est triste. Et c’est justement ce corps, dans lequel le héros est condamné à vivre, qui va se faire l’expression de son mal-être et de sa haine de lui-même.
Témoin d’une existence ravagée, ce corps qui saigne, qui se contorsionne, se plie, se perce, pour finalement céder sous le poids d’une vie d’excès, s’impose comme le pilier du récit. Le spectateur se trouve face à un film charnel, qui
explore les blessures de l’âme à travers la chair et la mutilation. Randy n’a plus rien à perdre, il dépasse ses limites, d’une part car il ne sait rien faire d’autre, mais aussi parce qu’il se raccroche à ce semblant de gloire pour continuer à vivre. Alors il se dope, se pique, se jette dans des barbelés, s’entaille, se coupe, se troue et s’agrafe la peau, tout ça pour la beauté du spectacle. Mais si son attitude cachait en réalité un véritable désarroi ? Car Randy ne s’exprime pas par les mots, c’est un animal, une bête, un « Bélier », qui encaisse les coups sans rien dire, en attendant d’être abattu. Car la réalité est ainsi : il se suicide à petits feux, jusqu’à ce que son calvaire s’achève. Et sa souffrance nous brise le cœur.
Pour preuve, malgré une crise cardiaque presque fatale, il continue, il remonte sur le ring, et va même jusqu’à faire exploser sa rage et sa frustration en se tranchant la main sur une machine à jambon. Tant de sang et de peine, de giclures, de cris et de sueur qui peuvent s’interpréter comme de nombreux appels au secours, les râles de détresse d’un héros seul et oublié, qui n’est plus que lambeaux. En ce sens, Aronosfky explore la souffrance au niveau corporel et primal pour aborder un thème cher à son cinéma : la folie et l’autodestruction.
Seul au monde
Mais si Randy néglige son hygiène et met à mal son corps (qui est aussi son outil de travail), c’est aussi car il est seul. Comme il le dira à plusieurs reprises, il ne compte pour personne : « The world doesn’t give a fuck about me ». Alors pourquoi continuer ? Sans amis, sans attache et sans famille, il tente de renouer le dialogue avec sa fille sans y parvenir, car il fait encore tout tomber à l’eau, comme d’habitude. C’est une épave, un déchet qui n’a plus rien à donner ni à recevoir. Un héros résiduel. Même les enfants avec qui Randy s’amusait parfois délaissent progressivement sa compagnie, ses fans ne sont plus au rendez-vous, et la femme envers qui il éprouve des sentiments, -une mère au foyer gogo-danseuse-, ne cesse de le repousser.
Alors, The Wrestler pose une question difficile : quel est le sens de tout cela ? Pourquoi se battre, lorsqu’on a tout raté, tout perdu ?
Randy traîne dans les rues, les bars, mais a-t-il réellement un but ? On peut légitimement s’interroger sur le sujet, d’autant qu’il semble clair qu’Aronofsky, en filmant son héros de dos avec une caméra qui le suit partout, souhaite que l’on s’identifie à cet homme pour qui toutes les portes paraissent fermées. Restent la déprime, la détresse et le sentiment d’isolement, la misère d’une vie gâchée, le vide que l’on laisse derrière soi. De là, on en revient à cette idée de destruction : Randy tente en vain de s’amender, sa rédemption est un échec. Quelles perspectives d’avenir s’offrent alors à lui ? Visiblement aucune, d’où son choix final : remonter encore et toujours sur le ring, pour un dernier baroud d’honneur, ou bien jusqu’à la mort.
Métaphore du star-system Hollywoodien qui broie les destins de ceux qui s’y engouffrent, parabole d’une machine à rêves qui s’enraye et allégorie d’une industrie qui repose sur des artifices et du faux, The Wrestler est un film poignant et pessimiste qui décrit sans détour la déchéance d’une gloire oubliée, mais aussi d’un homme, à travers les blessures d’un corps usé, miroir d’une âme tout aussi mutilée. Déchirant.
The Wrestler : Bande-annonce VO
The Wrestler : Fiche Technique
Réalisateur : Darren Aronofsky
Scénario : Robert D. Siegel
Casting : Mickey Rourke (Robin Ramzinski alias Randy « Le Bélier » Robinson) ; Marisa Tomei (Pam / Cassidy) ; Evan Rachel Wood (Stephanie Ramzinski) ; Mark Margolis (Lenny)
Photographie : Maryse Alberti
Montage : Andrew Weisblum
Décors : Tim Grimes
Costumes : Amy Westcott
Musique : Clint Mansell
Producteur(s) : Darren Aronofsky, Scott Franklin, Evan Ginzburg, Ari Handel, Mark Heyman, Vincent Maraval, Agnès Mentre, Jennifer Roth
Production : Wild Bunch, Protozoa Pictures
Distributeur : Mars Distribution
Genres : Drame, sport
Durée : 1h 49min
Date de sortie : 18 février 2009
Nationalité : États-Unis

On avait quitté la réalisatrice de Dans la tête de maman en 2011 avec le très ludique et doux Du vent dans mes mollets. Le film racontait le passage éclair à l’âge adulte d’une petite fille plus mature que ses propres parents. Elle devait alors faire face au deuil et comprendre que la vie continuait, bref grandir. Avec Ôtez-moi d’un doute, c’est donc de nouveau à la filiation que Carine Tardieu fait appel pour raconter l’histoire d’Erwan et de ses deux pères. Voilà ce démineur breton face à une bombe plu complexe à déterrer que toutes celles auxquelles il a eu affaire jusqu’alors. Et c’est sans compter sur toute une galerie de personnages hauts en couleurs et tous un peu loufoques pour lui mettre des bâtons dans les roues. A leur tête, la belle et toujours aussi épatante de sincérité Cécile de France alias Anna qui trouble le plus Erwan. Demi-sœur ou future amante ? Difficile à dire pour celui qui côtoie son tout nouveau père depuis peu tout en cachant la vérité à son père adoptif et en gérant la grossesse de sa fille. Les mères d’ailleurs sont quasiment absentes du tableau, défaillantes. Ce sont les pères qui rassurent ici, qui câlinent et qui cuisinent. Un bel hommage au rapport père-fille/fils s’écrit aussi en filigrane.
Le décor breton donne au film une saveur de tempête brestoise, tout est toujours prêt à exploser telles les bombes, souvenirs de la guerre, que désamorce Erwan. La force du film de Carine Tardieu est son authenticité et sa douceur. Tous les acteurs offrent une simplicité bienvenue à des personnage simples, un peu décalés, loin d’être performants avec leurs vies respectives. On s’attache donc à eux et à leurs petites frasques, à leurs regards qui se croisent et à ce désir tenace de retrouver le plaisir d’être ensemble. Pourtant, le film manque cruellement de rythme et l’accroche sur la filiation perd de son sens dès lors que la relation entre Erwan et son « vrai » papa semble réglée d’avance. On se désintéresse donc presque de leurs échanges. L’humour tombe parfois un peu à plat, car il manque de surprise. Demeure une petite ritournelle entraînante (la musique est signée Eric Slabiak), quelques belles scènes de confrontation entre les personnages, toujours filmées en plans rapprochés, avec en ligne de mire les réactions physiques des protagonistes.
Poussant la réflexion autour de la religion et sur les questionnements existentiels comme la place de l’Homme sur terre, Aronofsky énonce les thèmes qui serviront d’ébauches à ses grands films qui suivront. L’addiction, l’acte de création, la paranoïa etc… tout cela se confronte dans une œuvre dense mais qui, par moments, s’éparpille un peu trop. En peu de temps, Pi raconte beaucoup. Et même si il a l’intelligence d’offrir les clés de réflexion sans jamais asseoir de réponses claires, faisant de la quête de réponses et ses répercussions le cœur de son film, il en vient un peu trop à négliger ses personnages et son récit. En dehors de Max, aucun personnage à la possibilité d’exister en dehors de leur fonction. Le film, privilégiant plus sa partie métaphorique que concrète, s’enlise dans des rebondissements téléphonés et des dialogues trop appuyés. Surtout que les acteurs, même si convaincants, n’ont pas vraiment le talent pour transcender ce qui leur est demandé de jouer. C’est vraiment la forme qui ici dynamise un peu l’ensemble. Aronosky montre déjà ce qu’il a dans le ventre avec une mise en scène appliquée et qui digère assez bien ses influences. On pensera à
Pi est donc une première œuvre fascinante pour ce qu’elle apporte mais maladroite dans sa manière de l’amener. Le cinéaste tombe dans les travers du premier film, à savoir, voulant trop en faire et se perdre un peu dans sa démarche. Mais malgré tout, Pi reste une expérience majeure et originale dans la façon dont il aborde ses thématiques. Le cinéma d’Aronofsky est unique en son genre et Pi s’apparente encore aujourd’hui comme un de ses travaux les plus optimistes (avec son plus récent



La caméra du réalisateur sublime cette folie et retranscrit l’ambiance oppressante à la perfection pour faire ressentir au public autant d’angoisse que son personnage. Comme précédemment dans