Accueil Blog Page 570

Gomorra de Matteo Garrone : Naples, une certaine vision de l’Enfer par le prisme de la Camorra

0

Gomorra est une plongée brutale et sans glorification au cœur de l’emprise des organisations criminelles dans la région de la Campanie en Italie. Ce film policier transalpin de Matteo Garrone fut une véritable claque à sa sortie en 2008 à la manière de La Cité de Dieu de Fernando Meirelles et Kátia Lund ou bien encore des films de Mathieu Kassovitz comme La Haine ou Assassin(s).

Synopsis : « On ne partage pas un empire d’une poignée de main, on le découpe au couteau ». Cet empire, c’est Naples et la Campanie. Gomorrhe aux mains de la Camorra. Là-bas, une seule loi : la violence. Un seul langage : les armes. Un seul rêve : le pouvoir. Une seule ivresse : le sang. Nous assistons à quelques jours de la vie des habitants de ce monde impitoyable. Sur fond de guerres de clans et de trafics en tous genres, Gomorra raconte les destins croisés de Toto, Don Ciro, Maria, Franco, Roberto, Pasquale, Marco et Ciro. Cette fresque brutale et violente décrit avec une incroyable précision les cercles infernaux de la Camorra napolitaine pour mieux nous y entraîner.

Cette critique contient des révélations sur l’intrigue du film. ATTENTION AUX SPOILERS.

Le mot camorra n’existe pas, c’est un mot de flic, utilisé par les magistrats, les journalistes et les scénaristes. Un mot qui fait sourire les affiliés, une indication vague, un terme bon pour les universitaires et appartenant à l’histoire. Celui que les membres d’un clan utilisent pour se désigner est Système : « J’appartiens au Système de Secondigliano ». Un terme éloquent, qui évoque un mécanisme plutôt qu’une structure. Car l’organisation criminelle repose directement sur l’économie, et la dialectique commerciale est l’ossature du clan. (Gomorra, Roberto Saviano, Editions Folio, p.67)

Ici, il n’est pas une seconde où le métier de vivre ne ressemble à la prison à perpétuité, une peine qu’on accomplit en menant une existence sauvage, immuable, rapide et violente. (Gomorra, Roberto Saviano, Editions Folio, p.243)

gomorra-roberto-saviano-protection-policiere-menaces-de-mort-camorra-naplesLe pavé de Roberto Saviano semblait inadaptable au cinéma et pour le petit écran. Des réalisateurs italiens ont pourtant eu le courage et l’audace de se livrer à cet exercice fascinant. Le mérite est d’autant plus grand que les tournages du film et de la série se sont déroulés dans des décors naturels et à Naples même.

Matteo Garrone s’est emparé du livre-enquête édifiant de Roberto Saviano, publié en 2006. Le cinéaste italien dresse un constat monstrueux avec ce film amer et engagé sur les ravages de la mafia à Naples. Roberto Saviano vit depuis la sortie de son livre sous protection policière suite aux menaces de mort proférées à son encontre par la Camorra et par le clan des Casalesi au cours du procès « Spartacus ». Saviano a fait partie d’un groupe de chercheurs de l’Observatoire sur la Camorra. Il a notamment travaillé dans ce cadre avec les rédactions de La Repubblica et de L’Espresso. Gomorra, son premier livre, s’est vendu en Italie à plus d’un million d’exemplaires. Cet ouvrage est devenu un best-seller dans plus de trente pays.

Les principales organisations mafieuses en Italie ont des ancrages dans des régions géographiques bien spécifiques. La Camorra étend son empire en Campanie. La Cosa Nostra sévit en Sicile. La Stidda est basée dans le sud de la Sicile. La ‘Ndrangheta est implantée en Calabre. L’organisation Sacra Corona Unita s’est développée dans les Pouilles. Roberto Saviano, natif de Naples, s’est attaqué spécifiquement à la Camorra en publiant son livre coup de poing, Gomorra, en 2006.

Une vision sidérante de la ville de Naples

Matteo Garrone embarque les spectateurs de manière magistrale dans le quotidien d’hommes et de femmes qui vivent un véritable calvaire sous la coupe de la Camorra au cœur des quartiers sensibles de Naples. Gomorra ressemblerait presque à s’y méprendre à un documentaire, à une plongée sans filtre dans les bas-fonds de la ville. Les spectateurs n’ont malheureusement pas le temps de s’attacher aux personnages. Les victimes et les vagues de violence se multiplient dans la folle course au profit et sans code d’honneur de la Camorra. Le montage découpé et segmenté du film, en fonction des différents personnages principaux, renforce cet aspect documentariste. Les plans serrés ainsi que les séquences tournées caméra à l’épaule contribuent à renforcer l’atmosphère étouffante et à l’effet de réel du film.

A l’occasion d’une conférence de presse au Festival de Cannes, Matteo Garrone avait évoqué sa vision du film et ses choix pour retranscrire l’atmosphère unique qui règne dans certains quartiers de Naples.

Pour recréer l’impact émotionnel que j’ai ressenti en me rendant dans ces territoires, il m’a semblé que ma réalisation devait être la plus discrète possible. L’histoire suggérait elle-même ce langage très simple. Toute volonté de beaux cadrages, de beaux mouvements de caméra était rejetée assez naturellement par le film. Les reportages de guerre que j’ai vus m’ont influencé aussi. Je voulais donner aux spectateurs la sensation qu’ils se situent au cœur de l’action. Je voulais qu’ils puissent ressentir les odeurs.

Le film s’apparente également aux pièces de théâtre antique. Les drames et la fatalité s’abattent aveuglement dans les faubourgs de la ville sur la destinée des hommes et des femmes broyés par le système mafieux des camorristes. Matteo Garrone parvient à retranscrire l’atmosphère oppressante et suffocante des quartiers de Naples où la criminalité rampante, liée à l’activité de la Camorra, dicte sa loi. Le film confronte les spectateurs à la réalité inavouable des méfaits du crime organisé. Le public a la sensation d’être dans un cauchemar dont on ne peut pas se réveiller. Rien ne semble échapper en effet à l’emprise et au contrôle de la Camorra.

L’incarnation de l’enquête de Roberto Saviano à l’écran

Le découpage du film présente les différents visages de la « pieuvre » et les multiples prismes des activités de la toute puissante organisation criminelle napolitaine, la Camorra. Le long-métrage est constitué d’une succession de scénettes qui oscillent entre les différents personnages.

Le film s’attaque à ces activités illégales variées tout en reprenant des pans entiers et fidèlement retranscrits de l’enquête de Roberto Saviano : le trafic de stupéfiants, les assassinats, le racket, l’usure, la distribution de sommes d’argent aux quartiers sous domination des clans camorristes, les ateliers de confection dans le textile et de contrefaçon de qualité avec des travailleurs clandestins d’origines asiatiques ainsi que la collecte et l’enfouissement des ordures et des déchets sensibles (toxiques, radioactifs ou extrêmement polluants).

Les quartiers de Scampia et de Secondigliano avec les fameuses tours Vele servent de « terrain de jeu » aux camorristes dans le cadre du trafic de stupéfiants et des assassinats programmés pour le contrôle du territoire. Les quartiers de Naples, l’architecture de la ville et les tours d’immeubles constituent une présence et un personnage à part entière. Ces décors austères et saisissants contribuent à la force, à l’identité et au poids du film. Matteo Garrone avait également évoqué lors de son passage à Cannes, les relations particulières de l’équipe du film avec la population locale. Il était également revenu sur la complémentarité de son film avec l’enquête édifiante de Roberto Saviano.

De la part de la population, il y a eu une grande disponibilité, une grande participation. Ils ont sûrement été les premiers spectateurs de ce film. Ils étaient toujours derrière l’écran de contrôle, ils nous donnaient des conseils. Souvent, c’est le cinéma qui forme le goût de ces gens et non le contraire. Même si ce film dénonce une réalité, on a choisi une direction différente du livre : ce n’est pas une enquête. Donc, je ne me sens pas en danger personnellement. Le film et le livre sont complémentaires, ils s’entraident.

Les différents avatars de l’organisation mafieuse

Les séquences liées au personnage de Pasquale (l’ouvrier dans le textile aux doigts de fée) constituent des moments cultes du film. La visite et la leçon de couture dans l’atelier clandestin est une scène magistrale. La poursuite en voiture est un modèle de réalisme dans le découpage et la réalisation des scènes d’action au cinéma. L’épilogue déchirant des scénettes de Pasquale, qui a depuis changé de branche pour oublier ce passé funeste, démontre encore une fois l’emprise et le pouvoir de la Camorra en Italie ainsi que ses ramifications à l’échelle internationale. Pasquale reste médusé devant les images de la télévision d’un café. Il découvre sa robe à l’écran, qui a été contrefaite dans les ateliers clandestins dans la région de Naples, suite à ses instructions et à ses techniques. La robe en question est portée par une star de cinéma lors d’une cérémonie prestigieuse à l’occasion du traditionnel tapis rouge.

gomorra-le-film-pasquale-salvatore-cantalupo-mafia-du-textile

Même si son personnage n’a pas de sang sur les mains, le comédien Toni Servillo (La Grande Bellezza, Il Divo, Loro) incarne de son côté avec maestria la perfidie et toute l’abomination du mafieux à col blanc. Il va tenter de former un jeune homme « au métier » dans le business du recyclage des déchets. Les convictions du jeune homme seront ébranlées alors que l’entreprise pourrait conquérir le marché du traitement des déchets de Venise. Le personnage de Toni Servillo dresse un constat cynique et effroyable sur son activité lors d’un échange tendu avec son jeune « apprenti ».

– Grâce à des gens comme moi, ce pays de merde est dans l’Europe. J’ai sauvé des emplois en faisant économiser du fric aux boîtes.

– Tu sauves un ouvrier à Maestre en tuant une famille à Mondragone.

– C’est comme ça que ça marche. Je n’y suis pour rien. On résout les problèmes que les autres ont créés. Le chrome, l’amiante… Ce n’est pas moi qui les ai créés.

 

gomorra-matteo-garrone-toni-servillo-camorra-dechets-toxiques

Sous emprise camorriste, les frontières de la légalité seront bafouées par cette entreprise qui va enfouir des déchets toxiques dans des carrières. Les dirigeants n’ont aucune considération et aucun respect pour les travailleurs du groupe. Les camionneurs sont payés au lance-pierre et mettent leur vie et leur santé en péril. Les patrons malhonnêtes ne reculeront devant rien et confieront la conduite des camions à des enfants, sans permis, suite au débrayage des conducteurs après un grave accident de travail.

gomorra-dechets-toxiques-mafia-des-dechets-camorra-naples-roberto saviano-matteo-garrone

Le sacrifice d’une génération : Quand la jeunesse napolitaine cède au chant des sirènes de la Camorra

Le film s’attarde également sur la « formation » d’un jeune enfant à « l’école du crime ». Il suit les différentes étapes pour être enrôlé comme « soldat » et porte-flingue. L’organisation mafieuse va devoir faire face à l’hostilité et au courage de sa mère qui va tenter d’arracher son fils des griffes de la Camorra.

gomorra-le-film-jeunesse-sacrifiee-400-coups-camorra-naplesComme le démontre le film, la jeunesse italienne sert de véritable chair à canon pour les organisations criminelles dans la course au profit et pour la conquête de nouveaux territoires. Gomorra s’attarde également sur la destinée de deux jeunes amis. Ces adolescents fougueux n’en feront qu’à leur tête. Ils vont rapidement faire les 400 coups et tenter de brûler la vie par les deux bouts. Ils vont ainsi multiplier les braquages sauvages dans des commerces, faire main basse sur le stock d’armes des membres plus âgés du clan. Ils iront même jusqu’à dérober des stupéfiants dans des zones de deals concurrentes, dans des squats appartenant à la communauté noire de Naples. Ces actions, qui vont bafouer le code d’honneur du clan, vont également provoquer l’ire des plus anciens, des « tontons flingueurs ». La revanche des vieux briscards du clan sera terrible face à ces deux têtes brûlées qui ne respectent pas les règles. Ces deux jeunes insouciants qui repoussent les limites et vivent enfin leur vie rêvée de gangsters en suivant la voie de leur modèle Tony Montana dans Scarface vont malheureusement finir par se brûler les ailes. L’appât du gain, les luttes intestines entre les clans, la guérilla urbaine, l’argent facile, le trafic de stupéfiants et les réputations de caïds à bâtir sont les tentacules de la pieuvre qui étouffent cette jeunesse et la population sous le joug des organisations mafieuses à Naples. La Camorra parvient aisément à séduire une jeunesse à la dérive.

Cette jeunesse italienne est littéralement envoyée à l’abattoir dans un final saisissant qui laisse un gout amer dans la bouche et des larmes dans les yeux. Les dernières images du film font terriblement froid dans le dos. Elles démontrent le peu de valeur de la vie humaine aux yeux de la Camorra.

Matteo Garrone porte ensuite le coup de grâce avec des messages qui apparaissent avant le générique de fin. Les spectateurs peuvent alors méditer sur les ravages de la mafia.

En Europe, la Camorra a tué plus que toute autre organisation criminelle. 4 000 morts en trente ans. Un tous les trois jours. Scampia est l’endroit au monde où l’on vend le plus de drogue. Le chiffre d’affaires par clan est d’environ 500 000 euros par jour. En empilant les déchets toxiques traités par la Camorra on atteint 14 600 mètres de haut, deux fois l’Everest. Il y a 20 % de cancers en plus dans les zones contaminées.

gomorra-le-film-matteo-garrone-roberto-saviano-ak47-kalachnikov

Gomorra a obtenu le Grand Prix au 61ème Festival de Cannes en 2008. La musique et la bande-son du film seront supplantées et bonifiées dans la série. Ce long-métrage étouffant a marqué des générations entières de spectateurs. Gomorra a participé au renouveau du polar italien au cinéma ces dernières décennies à la manière de Romanzo Criminale de Michele Placido (2005), Arrivederci Amore Ciao de Michele Soavi (2006), A.C.A.B. – All Cops are Bastards et Suburra de Stefano Sollima (2012 et 2015).

gomorra-matteo-garrone-grand-prix-festival-de-cannes-roberto-saviano

Le réalisateur de Gomorra, de Tale of Tales et de Reality, Matteo Garrone, travaille actuellement sur Dogman. Ce nouveau polar sur un fait divers particulièrement violent des années 1980 en Italie risque de faire couler beaucoup d’encre. Le film devrait retracer le jour où la vie de Pietro De Negri, un toiletteur pour chiens, a basculé à Rome. Sous l’emprise de la drogue, De Negri va torturer et amputer un chef de gang, Giancarlo Ricci, pendant près de sept heures !

Gomorra, le film : Bande Annonce

Gomorra, le film : Fiche Technique

Genre : Drame, Film Policier
Réalisation : Matteo Garrone
Assistant réalisateur : Gianluigi Toccafondo
Scénario : Maurizio Braucci, Ugo Chiti, Gianni Di Gregorio, Matteo Garrone, Massimo Gaudioso, Roberto Saviano
D’après l’ouvrage de Roberto Saviano
Mise en scène : Paolo Bonfini
Interprétation : Toni Servillo (Franco), Gianfelice Imparato (Don Ciro), Maria Nazionale (Maria), Salvatore Cantalupo (Pasquale), Gigio Morra (Iavarone), Salvatore Abruzzese (Toto), Marco Macor (Marco), Ciro Petrone (Ciro), Carmine Paternoster (Roberto), Zhang Ronghua (Xian), Simone Sacchettino (Simone), Salvatore Ruocco (Boxer), Vincenzo Fabricino (Pitbull), Gaetabo Altamura (Gaetano), Italo Renda (Italo), Salvatore Striano (Scissionista), Carlo del Sorbo (Don Carlo), Vincenzo Bombolo (Bombolone)
Casting : Teatri Uniti
Producteur : Domenico Procacci
Producteur délégué : Laura Paolucci
Sociétés de production : Sky, Fandango, Rai Cinema
Montage : Marco Spoletini
Monteur son : Daniela Cassani
Directeur de la photographie : Marco Onorato
Décors : Paolo Bonfini
Costumes : Alessandra Cardini
Coordinateur des cascades : Daniele Nguyen
Musique originale : Matthew Herbert
Pays d’origine : Italie
Durée : 2h15
Année de production : 2008

Paris Manga & Sci-fi Show 24ème édition en abrégé et en images !

La Convention des geeks et des otakus a réouvert ses portes les 30 septembre et 1er octobre derniers pour le bonheur des passionnés. Au programme du Paris Manga & Sci-fi Show 24ème édition : des acteurs de séries (Arrow, Buffy contre les VampiresPower Rangers…), des artistes japonais (Sailor Moon, Hunter X Hunter), des YouTubers, des Catcheurs, des zicos, des Cosplayers et des stands kawaii en veux-tu en voilà !

Côté Sci-fi, Manu Bennett, le Deathstroke de Arrow, mais aussi Crixus dans la série Spartacus ou Allanon dans Les Chroniques de Shannara était l’un des grands invités de ce Paris manga & Sci-Fi Show 24ème édition. Juliet Landau, Marc Blucas, Emma Caulfield et Clare Kramer se sont réunis sur scène pour fêter, avec leur public, les 20 ans de Buffy contre les vampires (photo à droite). Ils ont ensuite cédé la place à la jeune équipe des Power Rangers version USA qui disposaient eux-aussi d’un bon nombre de fans.

Côté Japan, les chara-designer Shigeru Fujita (Monster) et Takahiro Yoshimatsu (Hunter x Hunter, Trigun) étaient conviés aux côtés du réalisateur des Sailor Moon R et S, Kunihiko Ikuhara. Jay, l’auteure du manga Sherlock a quant à elle annulé sa venue à l’événement pour des raisons de santé.

Ce fut aussi le cas de l’acteur britannique John Rhys-Davies (Le Seigneur des Anneaux, Les Chroniques de Shannara, Indiana Jones…), absent pour cause de tournage, et de Teryl Rothery (Docteur Janet Fraiser dans Stargate SG-1).

Chez les YouTubers, étaient présents Thomas Cyrix, TartinEx, Frigiel et Sora. Les stars de la toile ont su faire honneur à leur followers en jonglant entre photos et dédicaces ! Les stands mitoyens accueillaient les artistes de Comics et BD (Emanuel Simeoni, David Lafuente, Mike Grell…) et les doubleurs voix de nos séries préférées.

Les YouTubers Sora & TartinEx et l’équipe de Buffy contre les Vampires :

Les stands pour faire le plein de goodies et autres souvenirs made in Japan :

Et notez bien le prochain rendez-vous : la 25ème Edition de Paris Manga et Sci-Fi Show se tiendra les 3 et 4 février 2018 !

Blade Runner 2049 : Denis Villeneuve rêve aussi de moutons électriques

Dire que l’on redoutait Blade Runner 2049 tenait du plus pur euphémisme tant son aîné avait jadis ébranlé le milieu de la science-fiction. Et, pourtant, passé le générique, un seul constat : Denis Villeneuve a réussi son pari, faisant de son film une splendeur visuelle entrecoupée de questionnements existentiels & politiques lancinants. 

Pari impossible, attentes démesurées, pression insoutenable : ça n’est pas pour rien que Blade Runner 2049 convoquait déjà tous les superlatifs, et ce avant même sa sortie. Puisque, outre de marquer l’énième preuve qu’Hollywood aime à se complaire dans l’update de ses fleurons de la SF (Robocop, Total Recall), pour des résultats plus ou moins dispensables, la résurgence de Blade Runner amenait avec elle une question : comment créer une continuité à une œuvre ayant déjà tant apporté ? Il était là le défi. Car pour beaucoup, le nom Blade Runner renvoie à cette image nauséabonde des studios dans lesquels les cols blancs auront empêché Ridley Scott d’apposer sa vision à une œuvre renvoyant à un futur purulent et inquiétant mais tout à fait réel. Pour d’autres, ce nom fait écho à cette œuvre visionnaire dépeignant un Los Angeles aux airs de melting pot d’influences, dont auraient surgi des caniveaux encrassés par la pollution, les prémices du cyberpunk. Un héritage colossal donc et qu’on se le dise effrayant. Mais dans le cas de Denis Villeneuve, jamais en reste pour jouer son numéro de démiurge, l’effroi s’est mué en stimulus, en moteur ; quitte à faire de ce pari insensé une réussite sur tous les points. Car la plus belle idée tissée dans cette relecture (et pas suite) de l’univers de Philip K Dick, c’est bien de voir Villeneuve s’approprier l’héritage du film initial et oser le mélanger à un style déjà rompu au numéro de funambule : le sien.

Blade Runner 2049 : film d’auteur ou vraie suite ? 

Et ce qui prime chez lui, c’est bien la modestie. On en avait déjà eu un aperçu quand, affairé sur le tournage, il osait dire avoir fait le deuil du succès du film. Constat de faiblesse ? Complète omniscience face à des fans pouvant développer des réactions épidermiques ? Peu importe. Toujours est-il que Villeneuve a tenu bon ; quitte à imposer son style et mieux encore ses intentions. Et quoi de mieux pour cela que de démarrer avec le symbole par lequel l’original pourrait se voir résumer ; l’œil. Déjà dans le premier film, ou la bande à Roy Batty cherchait un moyen de subsister malgré leur péremption imminente, l’œil était au cœur des débats. Après tout, il est le miroir de l’âme comme disent certains et c’était par eux qu’Harrison Ford pouvait deviner s’il avait affaire à un Repliquant ou un banal être humain. Un œil donc, mais différent du premier. Car, si celui de 1982 était zébré de flammes et de lumière, l’œil de 2017 est d’un blanc immaculé. Comme une allusion au début du film de 1982 ? Possible. Comme la preuve que Villeneuve donne de sa personne et pose « son regard » (forcément différent) sur le mythe ? Assurément. Et par regard, on lui préférerait presque le terme d’écho car le film a la bonne idée de reprendre les pistes laissées par Scott et les pousser en fonction du ressenti du Québécois. Et dans un sens, c’est logique. Le film est passé de main en main, d’une génération à l’autre, quitte à inspirer pléthore de fans et mieux encore de cinéastes. Ça a donc quelque chose de grisant de voir ce constat dans la première phrase du film que prononcera K (bluffant Ryan Gosling) ; qui en menant son enquête « s’excuse de s’introduire » chez une personne. Un peu comme Villeneuve qui semble déjà s’excuser de son intrusion dans la « franchise » et d’amener sa vision. Pourquoi ? Car celle-ci diverge de celle de Scott. Tout simplement. Chez le Britannique, on causait volontiers âme, conscience, humanité, le tout noyé dans une Los Angeles suffocante. Coté canadien, Los Angeles est toujours aussi inhospitalière mais l’univers voit l’arrivée de nouveaux thèmes, de nouvelles idées, lesquelles une fois auditionnées donnent davantage l’impression de voir un film de Villeneuve qu’une suite (aussi bonne soit-elle). En ça, le film déjà intriguant, devient passionnant. Suffisamment en tout cas pour nous absorber pendant 2h30 dans une atmosphère où respire encore le spleen, la désillusion et les affres d’un futur certes impossible mais paradoxalement tangible.

Plus qu’un hommage, Blade Runner 2049 est un écho au film de 1982

Puisque oui, le film ne perd en rien de sa portée et de son charme malgré le changement de bord. Mieux encore, il s’en retrouve sublimé. Que ça soit le versant politique ou existentiel qui découle de l’intrigue, les réflexions sous-jacentes à la technologie, la création & la mémoire qu’il développe, et le soin qu’il a à les lier avec des imageries très « villeneuviennes » (le tunnel de Sicario, le coté minéral de Premier Contact), le rendu sidère par sa maîtrise du fond. Côté forme, même rengaine. Ne lésinant pas sur les moyens, Villeneuve peut donner corps à son fantasme de cinéphile et construire un pont entre la vision de Scott et la sienne. Résultat, on retrouve toujours avec plaisir cette Los Angeles muée en mégapole grouillante, plongée dans une nuit éternelle, constamment balayée par la pluie ou la neige, traversée par des engins volants, quadrillée de publicités luminescentes & d’hologrammes géants. Mais les décors n’ont pas qu’une vocation picturale chez Villeneuve. Ils servent un propos, et dans la langueur que certains trouvent au film, on serait tenté d’y voir un certain sens ; le long-métrage passant tantôt de pur trip formaliste à une quête sur soi en passant par une recherche de l’intériorité ou du « moi » profond. Une double approche donc, hybride. En ce sens, trouver des décors qui rappellent autant Scott que Villeneuve tient du génie (une décharge qui rappellerait tout le nihilisme de Cartel ; l’antre du magnat Wallace (terrifiant Jared Leto) baigné de reflets dorés, ou le décor orangé et uni de la tanière d’Harrison Ford) ; les personnages féminins forts de Villeneuve (puissantes Ana de Armas et Sylvia Hoeks) … Tout concourt finalement pour donner au film une forme faisant écho (toujours l’écho) au fond, comme on en voit désormais trop peu. Et fatalement, à la fin, on se retrouve avec un anti-blockbuster (ou tout du moins un blockbuster introspectif, profond, rare, maîtrisé & halluciné qui met à l’amende 95% de ses pairs) dont on aimerait bien rêver à la place de moutons électriques. 

Évitant l’écueil de la simple suite sans idée, Blade Runner 2049 doit beaucoup à son auteur qui, en préférant raconter sa version qu’une énième suite, tisse une histoire magnifiant la richesse déjà insondable de l’univers de Philip K Dick. De quoi le hisser comme l’un des films les plus virtuoses, gargantuesques et sidérants de l’année. Chef d’œuvre ! 

Blade Runner 2049 : Bande-annonce

Synopsis : À Los Angeles, en 2049, l’officier K du LAPD, un blade runner, mène une enquête qui l’oriente vers Rick Deckard, disparu depuis trente ans.

Blade Runner 2049 : Fiche Technique

Réalisation : Denis Villeneuve
Scénario : Hampton Fancher et Michael Green, sur une idée d’Hampton Fancher et Ridley Scott, d’après les personnages créés par Philip K. Dick
Casting : Ryan Gosling (officier K du LAPD), Harrison Ford (Rick Deckard), Ana de Armas (Joi), Sylvia Hoeks (Luv), Robin Wright (lieutenant Joshi), Jared Leto (Neander Wallace, un fabricant de réplicants), David Bautista (Sapper), Mackenzie Davis (Mariette), Edward James Olmos (Gaff), Carla Juri
Décors : Dennis Gassner
Costumes : Renée April
Photographie : Roger Deakins
Musique : Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch
Production : Andrew Kosove, Broderick Johnson, Ridley Scott, Bud Yorkin et Cynthia Sikes Yorkin
Sociétés de production : Alcon Entertainment, Scott Free Productions, 16:14 Entertainment, Thunderbird Films et Torridon Films
Sociétés de distribution : Warner Bros, Sony Pictures Releasing France
Budget : 185 millions de dollars
Langue originale : anglais
Genre : science-fiction
Durée : 163 minutes
Dates de sortie : 4 Octobre 2017

États-Unis – 2017

La Mante : Carole Bouquet dans la peau d’une tueuse en série

0

La Mante est l’une des dernières créations originales de TF1 en huit épisodes avec Carole Bouquet en ex-tueuse en série. Verdict ?

Synopsis : Jeanne Deber est en prison depuis plus de vingt ans : elle est connue pour être la célèbre tueuse en série La Mante. Un copycat de ses vieux crimes étant dans les parages, Jeanne Deber doit collaborer avec la police pour les aider. Elle n’accepte qu’à une condition : pouvoir travailler avec le flic Damien Carrot… son fils qui refuse tout contact avec elle depuis son arrestation.

TF1 et ses séries, ce n’est pas encore ça en ce qui concerne l’originalité et la prise de risques. Pour beaucoup, TF1 reste la chaîne qui diffuse Camping Paradis et Joséphine, Ange Gardien. Pourtant, depuis quelques années, la première chaîne tente de s’ouvrir à des projets plus audacieux, comme le fait par exemple (pour rester à ce qui se fait en France) Canal + (Le Bureau des Légendes, Les Revenants). La mini-série La Mante a alors tout pour séduire sur le papier notamment avec un sujet formidable qui n’a rien à envier aux séries américaines et un casting qui donne envie d’y jeter un œil.

On a envie d’applaudir et d’encourager ce type de création sur une chaîne très regardée. La Mante  est un divertissement assez sombre voire même violent, ce qui peut étonner vu sa chaîne et son heure de diffusion. On s’intéresse volontiers aux épisodes dans le sens où on a envie de connaître la suite à la fin de l’un d’entre eux (cela est une des bases du concept même de série télévisée), à la psychologie des personnages et leur passé ou à la relation touchante entre une mère indigne et son fils paumé. La mise en scène n’est certes pas révolutionnaire (on n’est pas encore face à la qualité des séries Canal +) mais elle est tout à fait correcte, mieux que la moyenne des séries de la première chaîne.

Pourtant, La Mante est un objet télévisuel en six épisodes décevant et frustrant. La bande-annonce a su faire vendre du rêve : on s’attend à voir une Carole Bouquet glaciale et impériale. Mais une fois qu’on a lancé les différents épisodes, le rendu est très différent. Jeanne Deber est présentée comme une sorte de Dexter à la française, version femme. Même les modes opératoires nous rappellent la série américaine. La force dans Dexter, c’était ce dilemme intérieur qui rongeait le personnage : oui, il tuait des pourris mais ses crimes étaient avant tout un moyen de contrôler ses pulsions criminelles. Il n’a jamais été présenté comme un gentil.

Or, dans le cas de La Mante, les scénaristes nous expliquent par a+b, jusque dans les dernières révélations, pourquoi Jeanne a commis ses crimes odieux en nous la présentant totalement comme une victime. Ils veulent à tout prix l’humaniser par sa douceur extrême, douceur qui prend le dessus sur le ton glacial pourtant attendu. Ils insistent lourdement sur sa relation ratée avec son fils. S’intéresser à la psychologie d’une tueuse était donc une jolie idée, on n’en doute pas. Mais, par sa grande gentillesse exposée sans cesse sans la moindre once de dangerosité et d’ambiguïté à l’horizon, le personnage de Jeanne Deber ne paraît pas tout simplement pas crédible.

Carole Bouquet est certes investie mais, par une écriture maladroite de son personnage, elle ne parvient pas à rendre totalement le meilleur d’elle-même, même si sa performance reste tout de même intéressante. En revanche, Fred Testot est plutôt étonnant dans le rôle du flic brisé par son histoire familiale qui aura des conséquences sur une éventuelle paternité qu’il refuse. Son personnage est même mieux écrit, même si on n’évite pas quelques facilités, que celui de Jeanne Deber, pourtant le personnage principal de la série.

Enfin, autre problème : le rythme. Il n’y a que six épisodes mais les quatre premiers paraissent trop longs. Heureusement, malgré l’identité du tueur révélée suivant un modèle d’une ringardise sans nom (on ne pensait plus que cette solution était encore utilisée par des scénaristes), les deux derniers épisodes sont bien plus palpitants sur tous les points, laissant place à une émotion bienvenue. Il est vivement regrettable que la mini-série n’ait pas eu cette régularité dans tous ses épisodes.

La Mante : bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=LfjVPeqvh8k

Mini-série La Mante : Fiche technique

Créée par Alice Chegaray-Breugnot, Grégoire Demaison, Nicolas Jean, Laurent Vivier
Casting : Carole Bouquet, Fred Testot, Pascal Demolon, Manon Azem, Jacques Weber, Frédérique Bel
Genre : Drame, policier
Format : 52 minutes
Premier épisode (France) : 4 septembre 2017
Chaîne d’origine : TF1

Logan Lucky, le retour fracassant de Steven Soderbergh

Critique de Logan Lucky, nouveau film mordant et attachant de Steven Soderbergh qui met en scène le succulent trio formé par Channing Tatum, Adam Driver et la révélation comique, Daniel Craig dans un rôle à contre-emploi.

Synopsis : Deux frères élaborent un plan pour commettre un braquage durant la légendaire course de NASCAR Coca-Cola 600 sur le circuit du Charlotte Motor Speedway en Caroline du Nord, durant le Memorial Day.

Country Roads

Alors qu’il avait annoncé en avoir fini avec la réalisation de films lors de la sortie de Ma vie avec Liberace (un téléfilm qu’il a fait pour HBO), et après une excursion à la télé avec la réalisation de l’excellente série The Knick puis la production de The Girlfriend Experience, une superbe série issue d’un de ses propres films, voilà que Steven Soderbergh revient finalement dans les salles obscures.  De ses propres mots, le scénario de Logan Lucky lui a donné une inspiration nouvelle, il a donc décidé de reprendre sa carrière cinématographique en le réalisant alors qu’il devait juste recommander un réalisateur adapté au projet. Logan Lucky devient donc instantanément un long métrage intéressant, son script ayant réussi à faire revenir sur les devants de la scène un metteur en scène talentueux qui a en plus beaucoup appris de son passage sur petit écran en y gagnant une nouvelle maturité.

Logan-Lucky-Daniel-Craig-Adam-Driver-Channing-TatumIl suffit juste de lire le synopsis pour comprendre ce qui a intéressé Soderbergh dans le projet. Hormis l’évidence qu’il réalise un peu son Ocean’s Eleven version redneck, on constate que le film brasse un bon nombre de thématiques qui lui sont chères. L’étude des classes sociales dans une Amérique déphasée, des personnages en quête d’évasion de leur quotidien, etc. Plus qu’un divertissement haut de gamme sous sa forme de « heist movie » déluré, Logan Lucky est avant tout une satire sociale grinçante et diablement efficace. Jouant la carte de l’ironie à tout les niveaux, symbolisée même à travers le titre qui souligne le caractère chanceux de la famille Logan alors qu’ils sont, selon les superstitions du plus jeune frère, maudits, Soderbergh brosse un portrait au vitriol d’une Amérique rongée par l’hypocrisie et la pauvreté. L’argent vient des institutions, des religions fiduciaires imposées à un peuple abruti par la publicité qui ne s’impose qu’en consommateur et acheteur de sa propre déchéance. Le réalisateur joue d’ailleurs habilement du placement de produits pour mettre ses personnages en position de victime de la société de consommation mais par extension venir aussi piéger son spectateur en le mettant face à son propre besoin de consommer. Il ré-interroge intelligemment le rêve américain qui s’impose plus que jamais comme une promesse de capitalisme et montre au final sa réussite, qui se fait au détriment de ceux destinés à se faire exploiter.

Logan-Lucky-Daniel-Craig

Le gouvernement est présenté comme une bande d’incompétents préférant fermer les yeux sur leur médiocrité et s’en prendre aux autres pour leurs fautes, ou encore comme des actionnaires prêt à la moindre entourloupe pour se faire de l’argent et des agents calculateurs, froids et obsessionnels. Donc plus encore que l’efficacité simple de son récit, qui voit ses personnages planifier un casse et le mettre en œuvre, Logan Lucky trouve vraiment sa particularité à travers son sous-texte. L’Amérique ici est symbolisée à travers le NASCAR et chaque personnage vient apporter une symbolique à cette Amérique qui s’est perdue dans ses valeurs faussées, régit par le diktat de l’image et la célébrité. Les deux frères Logan représentent les laissés pour compte, l’un payant le prix de son handicap alors qu’il était destiné à devenir un talentueux et célèbre footballeur américain tandis que l’autre subit les conséquences d’avoir été faire la guerre pour son pays. La parcours du personnage principal devient donc particulièrement intéressant, lui qui aurait dû être une des idoles de son pays qui se voit devenir un paria à cause d’un malheureux accident. Un pays où soit on est quelqu’un, soit on n’est personne. Le film en devient passionnant à être décortiqué et se montre plus habile et pertinent qu’il ne peut le laisser paraître de prime abord. Mais sans cela, Logan Lucky reste une histoire souvent drôle et touchante qu’on prend plaisir à suivre grâce à son trio principal relativement attachant. Néanmoins, à trop se tourner sur la symbolique certains personnages se voient sous exploités, notamment les personnages féminins, et le film vient à souffrir d’un troisième acte et d’une conclusion plus confuse et beaucoup trop longue.

Logan-Lucky-Channing-Tatum-Riley-KeoughTout n’est donc pas parfait et l’ensemble se montre nettement prévisible dans les mécaniques de son scénario, reprenant même à l’identique la formule déjà vu dans un Ocean’s Eleven et donc on attend assez vite les limites de l’entreprise. Mais Logan Lucky peut quand même compter sur un casting impeccable avec des seconds rôles solides et des caméos plutôt sympathiques. On regrettera juste que l’excellente Riley Keough ne soit pas plus mise en avant. Par contre le trio principal formé par Channing Tatum, qui n’est jamais aussi doué que lorsqu’il travaille avec Soderbergh, Adam Driver et Daniel Craig est excellent. Craig offre d’ailleurs une performance à contre-emploi savoureuse et dévoile un talent comique insoupçonné qui en fera incontestablement l’attraction du film. Mais avec son attitude de Droopy et son naturel sidérant, Adam Driver est aussi un atout de poids et crée souvent l’hilarité arrivant par la même occasion à voler pas mal de scènes à ses comparses. Soderbergh est lui aussi plutôt inspiré dans sa mise en scène, montrant qu’il est toujours un esthète hors pair en enchaînant les plans brillamment élaborés mais pourtant impressionnants de simplicité. Le réalisateur à un œil particulier lorsqu’il s’agit de filmer les gestes du quotidien et arrive souvent à les magnifier comme personne. Soutenu par son montage dynamique, même s’il ralentit un peu trop la cadence dans le dernier tiers, et sa photographie léchée, le film s’appuie aussi sur des musiques intradiégétiques plaisantes à l’oreille mais qui soulignent aussi que Logan Lucky est un long métrage astucieusement pensé et qui ne laisse rien de côté.

Logan Lucky est donc une réussite. Steven Soderbergh revient en grande forme et signe un film bien pensé et encore mieux exécuté mais qui apparaît néanmoins comme assez mineur dans sa filmographie. Même si son sous-texte est particulièrement bien senti et qu’il apporte une ironie salvatrice à l’ensemble, Logan Lucky s’embourbe quand même dans le cahier des charges du film de casse. Celui-ci est toujours efficace mais ne semble plus capable de livrer des surprises et on voit assez vite venir la finalité du récit. C’est assez dommage car avec un peu plus d’énergie et d’inventivité, le film avait toute les cartes en mains pour être un grand moment de cinéma. Reste une œuvre construite avec intelligence et menée par un très bon casting et les spectateurs qui ne relèveront pas l’étendue de sa charge sociale y verront quand même un divertissement maîtrisé et rondement mené, même si un peu attendu. Du bon cinéma qui devrait facilement plaire à un large public.

Logan Lucky : Bande annonce

Logan Lucky : Fiche technique

Réalisation : Steven Soderbergh
Scénario : Rebecca Blunt
Casting : Channing Tatum, Adam Driver, Daniel Craig, Riley Keough, Katie Holmes, Sebastian Stan, Katherine Waterston, Seth MacFarlane, Hilary Swank,…
Décors : Howard Cummings
Costumes : Ellen Mirojnick
Photographie : Steven Soderbergh (sous le pseudonyme Peter Andrews)
Montage : Steven Soderbergh (sous le pseudonyme Mary Ann Bernard)
Musique : David Holmes
Producteurs : Reid Carolin, Gregory Jacobs, Channing Tatum et Mark Johnson
Production : FilmNation Entertainment, Free Association et Trans-Radial Pictures
Distribution : ARP Sélection
Budget : 29 millions de dollars
Durée : 119 minutes
Genre : thriller, espionnage, action
Dates de sortie : 25 octobre 2017

États-Unis – 2017

Le Sens de la fête, dernière fable de l’incroyable duo français

Avec ce projet né après les événements dramatiques qu’ont connu la France et le monde, les deux frères de la comédie française se sont demandés comment ils allaient encore pouvoir faire rire et ressouder les esprits. En piochant dans leurs histoires personnelles de jeunesse et les petits boulots qu’ils avaient faits ensemble, Toledano et Nakache réussissent le pari en sortant Le sens de la fête qui divertit tout en faisant, comme toujours, passer un message.

Synopsis : Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes, il en a organisées des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd’hui c’est un sublime mariage dans un château du XVIIème siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d’habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l’orchestre, arrangé la décoration florale, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie… Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d’émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos. Des préparatifs jusqu’à l’aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête.

Après Nos Jours Heureux ou Tellement Proches, les réalisateurs renouent avec le film choral en plongeant leur nouvelle comédie dans l’organisation d’une soirée de mariage. Risquant de devenir un méli-mélo d’intrigues en perte de sens et un casting plutôt qu’un film, Toledano et Nakache déjouent le piège avec brio pour le plus grand plaisir du public. À croire que ces deux là ont la formule idéale pour toujours nous faire passer un bon moment devant leurs films, qui ne se manquent jamais. Ils vont plus loin que la simple comédie du dimanche en famille et s’arrangent toujours pour chasser le désespoir au galop en faisant sourire avec des choses des plus banales et quotidiennes. La routine c’est ce dont ils s’amusent en jouant avec les humeurs et les défauts de leurs personnages. Dans un espace-temps resserré, le duo n’ennuie jamais entre les allées et venues en cuisine. À la manière d’un plateau de tournage, chacun occupe son poste : cuisiniers, serveurs, assistante, tout le monde subit les galères des autres et tous coopèrent pour faire du mariage de Pierre et Héléna une soirée magique ; ou pas…

Sans aucun cliché, les réalisateurs livrent les portraits d’une dizaine de personnages formant cette brigade de soirée dirigée par Jean-Pierre Bacri, dans l’un de ses rôles les plus drôles. On retrouve Jean-Paul Rouve qui avait été directeur de colo dans Nos Jours Heureux et Gilles Lellouche, fidèle à lui même mais surprenant (il ne veut qu’une femme pour une fois). Au milieu de ce casting masculin, deux femmes existent dont Suzanne Clément,le-sens-de-la-fete-jean-pierre-bacri l’actrice fétiche de Xavier Dolan, que l’on aurait aimé voir un peu plus. Puis Eye Haidara, que les réalisateurs font découvrir au grand public qui ne restera pas insensible face à ce caractère bien trempé dans le rôle de l’assistante de Max (Bacri). Les plus jeunes et les petits nouveaux du cinéma français comme William Lebghil ou Kévin Azaïs rythment les gags de cette fine équipe souvent au bord de l’explosion. La scène d’éclatement, elle ressemble d’ailleurs de près à celle mythique déjà réalisée dans Nos Jours Heureux.

Toledano et Nakache s’attachent au particulier, au singulier et pourtant ce qui ressort du film c’est le collectif. Comment l’enchaînement des gaffes individuelles finit par souder une équipe qui pourtant, part de loin ? Chacun a ses défauts, ses humeurs et de cette manière les réalisateurs ont tout compris à l’être humain. Mais le tout lié et uni, on oublie les mauvais côtés pour ne garder que la solidarité qui en émane. C’est véritablement la force du duo de cinéastes et la force du groupe en général : ne former plus qu’un malgré toutes les singularités qui le composent et repousser tous les défauts pour ne dégager que l’entraide et le vivre ensemble. De Nos Jours Heureux à Intouchables en passant par Tellement proches ou Samba, Toledano et Nakache réunissent toujours les esprits autour d’un thème commun : la cohésion justement. Entre différentes classes sociales, entre des personnalités totalement opposées, les deux cinéastes montrent à chaque fois qu’il y a toujours quelque chose qui nous rassemble. Et si ce n’est pas la vie alors qu’est-ce ? Dans Intouchables, un jeune à problème aide un tétraplégique, dans Samba c’est Charlotte Gainsbourg qui aide un sans papiers. Par tous les sujets, ils ont toujours diffusé fraternité et solidarité. Et tout ça, sans jamais passer pour des donneurs de leçon, sans jamais faire la morale ou tomber dans le pathos ; toujours avec humour et légèreté. C’est bien en cela qu’ils sont efficaces.

Alors ce n’est peut être pas le film le plus drôle du duo, mais Le sens de la fête réussit à rassembler avec légèreté.

[irp posts= »21394″ name= »Samba, un film d’Olivier Nakache et Eric Toledano : Critique »]

Le Sens de la fête : Bande Annonce

Le Sens de la fête : Fiche technique

Réalisation : Olivier Nakache, Eric Toledano
Scénario : Olivier Nakache, Eric Toledano
Interprètes : Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche, Vincent Macaigne, Eye Haidara, Suzanne Clément
Montage : Dorian Rigal-Ansous
Musique : Avishai Cohen
Producteurs : Nicolas Duval-Adassovski, Yann Zenou, Laurent Zeitoun
Distributeur : Gaumont Distribution
Genre : comédie
Durée : 117 minutes
Date de sortie : 4 octobre 2017

France – 2017

Latifa, le cœur au combat : un documentaire nécessaire

Les réalisateurs Olivier Peyon et Cyril Brody, pour leur troisième collaboration ont suivi Latifa Ibn Ziaten pendant plus d’un an. Ils en tirent Latifa, le cœur au combat, une œuvre porteuse de paix d’une grande force.

Synopsis: Le combat de Latifa Ibn Ziaten pour la jeunesse des quartiers avec écoute et tolérance.

Tout le monde se souvient de Mohamed Merah qui a défrayé la chronique en 2012 en tuant sept personnes dont trois enfants juifs. Mais peu connaissent le combat de la mère d’une des victimes, Latifa Ibn Ziaten, pour se battre contre l’obscurantisme. Si beaucoup se seraient effondrés face à cette tragédie, elle a su tirer de sa peine une force incroyable pour mener à bien ses convictions. Celles de défendre la jeunesse des quartiers par un message de paix et de bienveillance avec son association.

Ce documentaire sur Latifa Ibn Ziaten est rythmé par ses différentes interventions, aussi bien dans des collèges, lycées qu’un centre de détention. On la retrouve même à l’assemblée nationale. Montrer ses combats quotidiens permet de diffuser son message de paix et d’amour. On comprend dans ses discours que ce qu’elle souhaite est d’aider les jeunes des quartiers difficiles à s’accepter et s’insérer dans la société française. Mais les réalisateurs ne l’érigent pas en Sainte pour autant, ils la montrent sous différents aspects, tels que celui d’une activiste ou d’une mère. Car on retrouve plusieurs passages, très touchants, où elle se montre entourée des siens. 

On retiendra d’ailleurs deux images marquantes: tout d’abord celle de son mari, qui reste très discret durant tout le documentaire. Alors que sa fille parle de l’absence de son frère, tué d’une balle par le terroriste, on le voit assis, l’air abattu. Lui qu’on ne voit presque pas, apparaît soudain comme un être rongé par la tristesse qui a touché sa famille. L’autre passage significatif concerne sa femme. Quand elle est au Musée Grévin entourée de femmes arabes ayant perdu un proche dans différents attentats. Elle reçoit un appel d’une personne lui rappelant la mort de son fils de manière brutale. Brusque retour à la réalité. Mais elle reste digne. On passe de l’amusement à la tristesse.

La force du long-métrage est d’arriver à montrer des passages positifs et émouvants en rappelant le combat qu’il reste à mener. En témoigne les insultes que cette femme reçoit. Et pourtant à aucun moment la mise en scène n’insiste sur le pathos en forçant le trait. Il est touchant sans en faire trop. Et équilibrer les deux est un exercice périlleux.  Et même si le film reste très positif, il montre aussi les moments de découragements, comme celui où Latifa se rend en Palestine.

Même si le film souffre de quelques longueurs, il n’en reste pas moins un témoignage de la vie de cette femme incroyable. Un documentaire nécessaire sur le combat pour la paix et contre l’obscurantisme religieux. A nous de prendre le relais et diffuser ce message.

Latifa, le cœur au combat : Bande Annonce

Latifa, le cœur au combat : Fiche Technique

Réalisation: Olivier Peyon, Cyril Brody
Scénario: Olivier Peyon, Cyril Brody
Interprétation: Latifa Ibn Ziaten
Montage: Lizi Gelber, Catherine Birukoff
Musique originale: Mike et Fabien Kourtzer
Producteurs: Carole Scotta, Laurence Petit, Julie Billy
Société de production: Haut et Court
Durée: 1h37
Genre: Documentaire
Date de sortie: 4 octobre 2017

France – 2017

Sortie de ‘The Jane Doe Identity’ en DVD et Blu-ray chez Wild Side

Le mercredi 4 octobre sort en DVD et Blu-ray chez Wild Side, The Jane Doe Identity. Le long métrage signé André Ovredal (The Troll Hunter), tente de réveiller l’effroi des années 80s mais échoue dans un final bien d’aujourd’hui.

Synopsis : Quand la police leur amène le corps immaculé d’une jeune fille inconnue, surnommée alors Jane Doe, Tommy Dilden et son fils, médecins légistes, pensent que l’autopsie ne sera qu’une simple formalité. Mais à mesure que la nuit avance, leurs découvertes deviennent de plus en plus étranges. D’inquiétants phénomènes surviennent dans le crématorium.

The (Next) Autopsy of Jane Doe

Les lumières de la salle s’éteignent. La projection est lancée. The Autopsy of Jane Doe (titré en France The Jane Doe Identity) réveille plus ou moins bien d’anciens effrois. Paranoïa, brouillard habité par la mort, un corps à ausculter pour en découdre avec le mystère de l’intrigue… Le long métrage « événement » d’épouvante/horreur réactivait d’anciens concepts du genre (de Fog à The Ring) et ses effets dans un récit à la fois de réactualisation et d’hommage.

Mais le film de Ovredal fonctionne hélas comme bien de films de genre d’aujourd’hui (Conjuring, par exemple). Ces derniers fonctionnent aujourd’hui sur un procédé industriel important : la licence. « Tout film doit donner naissance à une licence« , vient probablement de déclarer à nouveau un producteur alors qu’il tient par la main gauche sa tasse de café chaud et par la droite une liasse de billets verts. Super-héros, monstres, kaijus, épouvante-horreur… De nombreux genres subissent ce vieux procédé industriel. Mais ce dernier est aujourd’hui de plus en plus employé de manière cynique et non à des fins créatives (on pense à la saga Mad Max, Avatar, entre autres). The Autopsy of Jane Doe / Jane Doe Identity ne résout pas son mystère, et ne respecte pas sa logique fantastique. (Attention aux SPOILERS ici 🙂 non seulement un personnage se sacrifie pour rien malgré la compréhension et le respect de l’entité et de ses consignes, mais l’autre meurt de manière absurde. Avant cela bien sûr, le labo a pris feu, les preuves ont brulé. Après la mort des deux hommes, la police arrive, et le corps, qui semble être revenu à son état premier est envoyé dans une université où il sera à nouveau autopsié. Le slogan du prochain doit probablement être déjà prêt dans la tête des producteurs : « vous n’aviez encore rien vu » ou « la fin du mystère est proche ». Ainsi The Jane Doe Identity propose  l’expérience d’un prologue. Est-ce que ce dernier introduit une œuvre d’envergure monstrueuse ? Ou allons-nous devoir supporter le second film comme le deuxième DLC d’un véritable récit qu’on ne pourra qu’imaginer ?

The Blu-ray anatomy

Du côté des éditions DVD / Blu-ray, force est de constater à nouveau que Wild Side n’a pas soigné les bonus de leur nouvelle sortie. Du côté de l’image – visuel et son -, rien à redire, à l’inverse des bonus qui ne comptent qu’une featurette de dix-neuf minutes.

The Autopsy of Jane Doe (The Jane Doe Identity) – Bande-Annonce

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Format image : 2.40, 16/9ème compatible 4/3 – Format son : Anglais DTS 5.1 & Dolby Digital 2.0, Français Dolby Digital 5.1 – Sous-titres : Français – Durée : 1h30

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Format image : 2.40 – Résolution film : 1080 24p – Format son : Anglais & Français DTS Master Audio 5.1 – Sous-titres : Français – Durée : 1h33

COMPLÉMENTS (communs aux deux éditions)

– Dans les Entrailles de Jane Doe (19’)

Happy End de Michael Haneke : Bonjour tristesse du monde bourgeois

Douzième film du cinéaste autrichien, Happy End est un joyeux massacre bourgeois qui manque cependant de cœur et d’audace..

Synopsis : « Tout autour le Monde et nous au milieu, aveugles. » Instantané d’une famille bourgeoise européenne.

Happy-End-2017-michael-haneke-affiche-critiqueEn 2012, Michael Haneke était devenu le cinéaste européen le plus accompli internationalement. Palme d’Or, Oscar du Meilleur Film en langue étrangère, BAFTA et Golden Globe pour Amour, le réalisateur autrichien obtenait à 70 ans la consécration de toute une profession en même temps qu’il plaçait le couple Jean-Louis-Trintignant/Emmanuelle Riva dans l’un des récits les plus émouvants du septième art. Pendant ces cinq ans, Michael Haneke s’est concentré sur la mise en scène de son second opéra (Così fan tutte de Mozart, présenté au Teatro Real de Madrid), en même temps qu’il préparait son douzième long métrage, Flashmob, ce qui devait être un état des lieux actuel sur les rapports entre réseaux sociaux et réalité. On attendait Michael Haneke sur la Croisette pour l’édition 2015 mais après un an de gestation, une pré-production compliquée et l’absence d’une actrice pour son personnage principal, le film est annulé. Il lui faudra deux ans de plus pour mettre sur pied ce Happy End, tourné dans le Nord-Pas-de-Calais, qui dresse un portrait d’une famille bourgeoise actuelle confrontée à la problématique des migrants. Casting de taille pour le retour du maestro autrichien puisqu’il retrouve sa muse Isabelle Huppert et le doyen Jean-Louis Trintignant, en même temps qu’il accueille Matthieu Kassovitz et l’anglais Toby Jones. La soixante-dixième édition du Festival de Cannes s’apprêtait à accueillir une nouvelle fois l’un des rares réalisateurs à avoir obtenu par deux fois la Palme d’Or, et la possibilité de le voir repartir avec une troisième récompense suprême. Mais à l’instar des cinéastes habitués présents cette année-là (Todd Haynes, Michel Hazanavicius, Naomi Kawase, Hong Sang-soo), Michael Haneke repart bredouille, avec en prime un accueil des plus glacials. Car si Happy End n’est pas une déception en soi, elle l’est au regard de son immense filmographie et de ce qui s’avère n’être qu’une énième version froide et cynique d’une bourgeoisie en fin de vie, symptomatique d’un réalisateur qui ne sait plus comment se renouveler.

En restant focalisé sur un monde bourgeois à l’agonie, Michael Haneke en oublie malheureusement de conserver la part d’émotions qui émanaient de ses précédents films.

happy-end-michael-haneke-film-review-cannes 2017-selection-officielle-photo1L’ouverture de Happy End se fait par le prisme d’un format contemporain. Il s’agit d’une vidéo enregistrée sur le téléphone de Eve Laurent, la benjamine de cette famille. Froide et figée, la séquence est étirée jusqu’à ce que l’on devine le drame qui se déroule sous nos yeux, et nous explique grossièrement le point de départ de la crise qui va frapper cette famille bourgeoise. A l’instar de Caché, Michael Haneke interroge notre nouveau rapport aux images et nos comportements en lien avec ces nouvelles technologies. Du haut de ses 75 ans, le cinéaste semble bien décider à montrer son mépris pour ces nouvelles images, consternantes de banalité de son propre aveu, dans un élan limite réactionnaire. Happy End pourrait être un film qui condense toutes les critiques de l’autrichien, de la récession du sens des images à la crise des réfugiés en passant par le mépris d’une caste obnubilée par ses petits problèmes mais le cinéaste ne fait qu’effleurer ces thématiques pour se concentrer sur la fin d’un monde. Bien moins anxiogène que le reste de sa filmographie, Happy End n’en reste pas moins un film froid et calculateur qui apparaît comme la somme des thématiques propres au cinéaste, soit l’éclatement d’une famille aisée et la fin de vie. Le synopsis évoque « le Monde » – référence aux migrants débarqués – mais ils seront à peine visibles à l’écran. Le rapport entre migrants et bourgeois semble moins intéresser Michael Haneke que la réaction d’une élite en proie aux bouleversements du monde. Et ce n’est pas l’humour noir manié maladroitement qui va satisfaire les amateurs du cinéaste autrichien qui peine à renouveler les intentions de son cinéma. Habitué au perfectionnisme, des cadres aux décors en passant évidemment par la direction d’acteurs, Happy End dégage une certaine lassitude de la part du cinéaste qui semble avoir expédié son film pour le présenter à temps lors du soixante-dixième anniversaire du Festival de Cannes.

happy-end-michael-haneke-film-review-cannes 2017-selection-officielle-photo2Pourtant, cela ne veut pas dire qu’Happy End manque le coche et les inconditionnels du cinéaste retrouveront les thématiques récurrentes du cinéaste.  Car si le réalisateur manque d’inspiration, il arrive néanmoins à nous tenir en haleine devant le destin tragique qui attend cette famille. L’ensemble du casting est toujours dirigé de main de maître et leurs interactions à l’écran permettent d’étayer avec finesse les rapports entre personnages. Signalons tout de même que Michael Haneke a tenté une connexion avec son précédent film, et dont on vous laisse l’entière surprise. Isabelle Huppert conserve son aura froide et complexe qui correspond en tout point à cette femme d’entreprise au bord du plus beau jour de sa vie mais dont le passé ne va pas tarder de l’envoyer, tandis que Matthieu Kassovitz. Ce qui marque surtout et vaut assurément le coup d’œil, c’est cette performance froide et incarnée de Jean-Louis Trintignant, qui avait mis un terme à sa retraite annoncée après Amour pour revenir une ultime fois avec Michael Haneke. Ainsi, et plus que le film lui-même, c’est Jean-Louis Trintignant qui vaut assurément le coup d’œil. Quoi de plus beau que d’offrir à cet immense acteur un adieu aux plateaux de cinéma avec cette « joyeuse fin ». Moins dérangeant et provocateur, Michael Haneke livre avec Happy End une fable épurée de toute émotion qui dresse le portrait récurrent mais toujours habile de la classe bourgeoise à l’agonie.  Même s’il a été -logiquement- retenu par l’Autriche pour la représenter à la prochaine cérémonie des Oscars, Happy End reste un Haneke mineur qui, au mieux intéressera ses plus fidèles fans grâce à ses indéniables qualités de cinéaste, au pire infligera deux heures d’ennui au spectateur dont le sort de cette famille lui saura totalement indifférent. Cela fait deux films que Michael Haneke donne l’impression que l’ultime plan de ses films sera son dernier plan. A 75 ans, cette joyeuse fin l’est-elle également pour son géniteur ? Si on souhaite évidemment revoir Michael Haneke, il faut reconnaître que l’ultime plan d’Happy End serait une conclusion symbolique forte d’une filmographie remarquable et homérique.

Happy End : Bande-Annonce

Happy End : Fiche Technique

Réalisation : Michael Haneke
Scénario : Michael Haneke
Interprétation :  Isabelle Huppert (Anne Laurent), Jean-Louis Trintignant (Georges Laurent), Mathieu Kassovitz (Thomas Laurent), Fantine Harduin (Eve Laurent), Franz Rogowski (Pierre Laurent), Toby Jones (Lawrence Bradshaw)
Photographie : Christian Berger
Montage : Monika Willi
Musique : /
Costume : Catherine Leterrier
Décors : Olivier Radot
Producteurs : Stefan Arndt, Christopher Granier-Deferre, Michael Katz, Margaret Ménégoz, Olivier Père
Sociétés de Production :
Distributeur : Les Films du Losange
Budget : 13 600 000 $
Festival et Récompenses : Compétition Internationale au Festival de Cannes 2017
Genre : Drame
Durée :  108 minutes
Date de sortie : 04 octobre 2017

France, Autriche, Allemagne – 2016

Message From The King en DVD & Blu-Ray le 4 Octobre !

Dans la droite lignée des revenge-movies des 70’s, Message From The King est le nouvel uppercut du belge Fabrice du Welz. Ou l’occasion de voir le Black Panther de Marvel, Chadwick Boseman, se confronter a une Los Angeles froide et désespérée alors qu’il cherche les meurtriers de sa soeur. Violent, jusqu’au-boutiste et peut-être aussi un peu classique sur les bords, vous pourrez apprécier Message From The King en DVD & Blu-Ray le 4 Octobre.

Jacob King débarque du Cap à Los Angeles à la recherche de sa sœur disparue. Il n’est qu’un étranger dans un monde dont il ne connait rien, avec seulement 600 dollars en poche et un billet de retour pour Le Cap 7 jours plus tard. Au bout de 24 heures, il découvre que sa sœur est morte dans des circonstances étranges. Voici ce qui s’est passé les 6 jours suivants…

King à vélo 

Pour quiconque aime le bis, le nom de Fabrice du Welz n’est pas inconnu. Le réalisateur belge est en effet de cette race de cinéaste à la carrière émaillée de films percutants (Calvaire, Alleluia) et de funestes accidents (Colt 45). Ce qui ne manque pas de conférer une véritable aura à ses films. Alors quand on a appris que le bougre avait emballé un revenge-movie à Los Angeles, qui plus est porté par un casting 5 étoiles, force est d’admettre qu’on était impatients. Et ça n’a pas manqué. Nappé dans une atmosphère désespérée, fataliste et glaciale, Message From The King semble tout droit venir des 70’s. Un personnage principal au passé inconnu qui, en même temps que le spectateur découvre les événements, une violence exacerbée et brutale (vous ne verrez jamais une chaine de vélo de la même manière) et une galerie de personnages troubles et moralement inquiétants : bref, tout concorde pour donner une ambiance old-school à laquelle se greffe à merveille le style du cinéaste belge. Tour à tour grisant, sensible, puissant, intime et fort, le film se plait à donner le meilleur de ses acteurs (Chadwick Boseman est stupéfiant) et finit dans une amertume déconcertante. Peut-être pourra-on calmer cet enthousiasme en rappelant que le film n’évite pas certains écueils propre au genre, quitte à sombrer dans sa dernière partie dans un classicisme surprenant de la part de du Welz. Ça n’enlèvera pas la qualité du film qui, de la sorte, devient le film le plus accessible de son auteur mais peut-être qu’un poil plus de jusqu’au-boutisme aurait pu faire de Message From The King une virée totalement démente dans la Cité des anges.

Message From The King en DVD & Blu-Ray : des bonus pas du tout King (size)

Côté bonus, on regrettera que les modules proposés, en plus d’être peu nombreux (seulement un commentaire audio et une plongée dans les coulisses), soient si pauvres. Le fait de voir du Welz s’emparer d’une histoire épousant ses thématiques, dans une grosse machinerie de la trempe Netflix, ça laissait songeur. On aurait voulu en savoir plus, voulu revoir par exemple l’accueil que le film a reçu lors de sa présentation aux Hallucinations Collectives de Lyon ou il était proposé en avant-première française. Mais on devra se contenter des paroles mesurées du belge qui, malgré la faible marge de manœuvre conférée sur le projet, a su s’amuser et nous divertir par la même occasion.

Caractéristiques DVD

 

Son : D.D 5.1 & 2.0

Langues : Français – Anglais – Audiodescription

Sous-titres : Français – Sourds et malentendants

Image : 16/9 – 2.39 – Couleur / Durée : 142 min

 Distibution : The Jokers / Les Bookmakers

Commentaire audio de Fabrice du Welz et Manuel chiche

Les coulisses du film

Caractéristiques Blu-Ray

Son : DTS-HD Master audio 5.1 & 2.0

Langue : Français – Anglais – Audiodescription

Sous-titres : Français – Sourds et malentendants

Image : 16/9 -2.39 / Durée : 142 min

Commentaire audio de Fabrice du Welz et Manuel chiche

Les coulisses du film

Bande-annonce : Message From The King 

Albert Dupontel : Portrait d’un cinéaste unique et décalé

0

Albert Dupontel le crie haut et fort, ses années à faire le trublion pour Canal + et sur scène n’étaient là que pour lui permettre de réaliser son rêve : le Cinéma. Portrait d’un auteur Français unique et décalé.

Premier des comiques made-in Canal + à passer à la réalisation et à l’écriture (Chabat ne réalise Didier que deux ans plus tard), Dupontel lance sa carrière cinématographique avec Bernie en 1996. Coups de pelles sur les écrans et coups dans la gueule pour le cinéma français qui s’enlise entre comédies franchouillardes filmées comme des téléfilms et drames lourdingues et prétentieux n’ayant rien de bien nouveau à proposer.
Albert le cinglé débarque avec ses personnages loufoques et bigger than life développant des aspects vus dans ses sketchs tout en élargissant le débat. Loin d’un one-man show allongé, le cinéma de Dupontel offre durant 20 ans, soit cinq longs métrages, sa vision de la société.

Un marginal au cœur tendre

Albert aime la rue et ses occupants les plus pauvres. Il aime confronter le sérieux des costards-cravates cyniques et le plus souvent sans morale à la bonne humeur et l’humour des SDF comme ce sniffeur de colle qui prend les frusques d’un flic suicidé pour aller se goinfrer à la cantine du coin.

« J’ai une compassion et une empathie pour tous ces gens démunis. Ils n’ont rien, et tout d’un coup ça devient frappant à l’écran, la moindre tomate devient spectaculaire à l’écran ! »

Derrière les allures de cartoon endiablé, shooté avec brio (le métrage ravit son ami Terry Gilliam), se dessine une vraie critique de société. Les accents Monty-Pythesques s’allient à une sensibilité proche des meilleurs films de Capra sans jamais verser dans un négativisme sévère.

Dupontel prêche pour les plus faibles, broyés par une machine consumériste infernale (autre point commun avec Terry Gilliam et son célèbre Brazil) via quelques scènes hilarantes (un costard-cravate qui sort de l’affiche publicitaire vantant des taux bas pour agresser les gens, les personnages de pourris rachetant à bas-prix des maisons pour y construire une galerie commerciale dans Le vilain).

Les cibles d’un clown vachard

Albert Dupontel jouait déjà sur scène très souvent les marginaux, voire des débiles profonds, pour égratigner certaines sacro-saintes institutions. Les flics visés dans Enfermé dehors étaient déjà passés à la moulinette de l’humour revanchard façon Rambo dans Burt le superflic ; la justice dans 9 mois ferme ; les agents immobiliers dans Enfermé dehors et Le vilain ; les costards-cravates comme celui du sketch Les pourris d’or repris dans presque chaque long métrage ; la télé et les journalistes… Tous condamnés pour manque d’humanité, bêtise à répétition et finalement un grand manque de cœur et d’âme, au contraire de ses personnages de gens simples proches de la rue et bataillant contre une société qui voudrait les plier à son gré.

«  »Enfermés dehors », c’est une satire sociale, comme un cartoon. La fin est très chaplinesque. Mais dès que tu veux parler des différences sociales, c’est indirectement politique. Si je voulais faire un vrai film politique, je m’inspirerais des films de Raymond Depardon, Ken Loach. Le social est un terreau dans le lequel je puise, voilà tout. »

Un nouveau virage ?

Après vingt ans à adapter ses propres histoires, Albert Dupontel adapte aujourd’hui un ouvrage littéraire et non le moindre : Au revoir là-haut. Le film débarquera dans nos salles obscures le 25 octobre prochain d’après le roman de Pierre Lemaître vainqueur du Goncourt en 2013.

Bande-annonce : Au revoir là-haut

Après la projection privée de Canal +, Albert Dupontel nous explique avoir voulu adapter l’œuvre, non parce qu’il s’agissait d’un grand roman (ce qu’il pense tout de même), mais surtout parce qu’il se reconnaissait dans les personnages décalés du livre. A l’image des grands auteurs-réalisateurs ayant adapté un ouvrage littéraire au milieu d’œuvres personnelles, comme Tarantino avec Jackie Brown, Albert passe le cap de l’adaptation sans perdre son style visuel ou son sens du dialogue incisif et jubilatoire.

« C’est génial ! Quelque soit ton discours, tu te dois de divertir les gens. Chose que certaines personnes ont tendance à oublier. Je suis co-producteur je fais ce que je veux, heureusement. »

Si le film est plus sérieux et dense que d’habitude, on retrouve tout ce qui a fait son cinéma jusqu’ici. Le résultat est une réussite de bout en bout qui, si elle s’octroie quelques libertés par rapport au roman, lui rend en tout cas un bel hommage. Si Dupontel en modifie la fin, c’est pour mieux l’adapter à sa sensibilité, idem pour ce personnage féminin qui ne figure pas dans le livre ou ces quelques scènes permettant de mêler l’univers de Lemaître à celui de l’ex-humoriste.

Le cinéma français tient un sérieux prétendant au titre de meilleur film de l’année et Dupontel signe l’un de ses meilleurs films.

Le château de verre en demi-teinte de Destin Cretton

L’état de grâce n’est pas de mise pour Le Château de verre, le nouveau film de l’américain Destin Cretton. Le cinéaste peine à la mise en scène du livre autobiographique de Jeannette Walls, mais le film vaut le détour pour la prestation tonitruante de Woody Harrelson et la justesse des enfants qui finit par toucher sans forcément tirer les larmes.

Synopsis : Jeannette Walls, chroniqueuse mondaine à New-York, a tout pour réussir et personne ne peut imaginer quelle fut son enfance. Élevée par un père charismatique, inventeur loufoque qui promet à ses enfants de leur construire un château de verre mais qui reste hanté par ses propres démons, et une mère artiste fantasque et irresponsable, elle a dû, depuis son plus jeune âge, prendre en charge ses frères et sœurs pour permettre à sa famille dysfonctionnelle de ne pas se perdre totalement. Sillonnant le pays, poursuivis par les créanciers, et refusant de scolariser leurs enfants, les Walls ont tout de même vécu une vie empreinte de poésie et de rêve, qui a laissé des marques indélébiles mais qui a créé des liens impossibles à renier…

Jeannette, l’enfance de Walls

Il est difficile d’oublier que Destin Cretton est un ancien éducateur. Avec son States of Grace, sorti en 2014, il traitait déjà d’un groupe de jeunes en foyer d’accueil d’une manière extrêmement empathique et juste. Brie Larson y jouait le rôle de Grace, une bleue de l’éducation spécialisée, lumineuse dans le supplément d’humanité du personnage et l’humilité de l’actrice. Une vraie révélation.

Dans ce nouveau film, Le Château de verre, il rempile à nouveau, et pas qu’un peu, avec les enfants, car suivant l’autobiographie de Jeannette Walls que le cinéaste a adaptée, on va les retrouver à différents âges. Trois actrices vont interpréter Jeannette Walls, une enfant (Chandler Head) et une adolescente (Ella Anderson), toutes deux parfaites, puis Brie Larson, de nouveau.

Le livre de Jeannette Walls, vendu à plusieurs millions d’exemplaires, raconte son enfance et celle de ses trois frères et sœurs auprès de Rex (Woody Harrelson) et Rose Mary (Naomi Watts) Walls, des parents très objectivement très irresponsables. Une des scènes du début du film montre en flashback la petite Jeannette en flammes sur le sol, après qu’elle a essayé de faire cuire le repas familial : sa mère était à deux mètres, préoccupée par rien si ce n’est par son « art », par sa peinture dans laquelle elle semble s’être enfoncée telle dans une robe de bure opaque pour échapper à la réalité. Rex Walls est la réalité, avec son chômage chronique dû à un alcoolisme plus qu’avancé et un caractère de cochon. Rex Walls qu’elle ne veut et ne peut pas quitter, avec qui elle mène une existence atypique.

Et pourtant, cet homme qui a  mis ses enfants en danger, notamment par une pauvreté et une famine aux accents très dickensiens, est, dans les souvenirs de l’écrivaine, également un homme admirable et intelligent avec ses bons préceptes, énoncés à tour de bras par un Harrelson flamboyant égal à lui-même ; un homme romantique qui offre une étoile à chaque enfant en guise de cadeau de Noël (plutôt une sorte d’arnaque absolue dans le souvenir de Brian, le frère de Jeannette) et un château de verre en bois de pipeau en guise de toit ; un homme qui passe pour fort enfin quand les accès de rage avinée le conduisent à la brutalité… Destin Cretton essaie tant bien que mal de faire des allers-retours entre  ces deux images de Rex Walls, l’image factuelle d’un homme détestable, un vrai monstre, et l’image idéalisée par sa petite fille favorite, sa biquette, d’un père bon et aimant malgré tout, prisonnier de ses propres démons, à qui elle trouvera même des excuses. Un exercice difficile donc que ce grand écart permanent, pour un cinéaste qui a filmé de manière plutôt académique son précédent film, States of Grace, film dont la structure par ailleurs était simple et linéaire.

A l’instar du Captain Fantastic de Matt Ross, où le père joué par Viggo Mortensen mettait lui aussi d’une certaine manière la vie de ses enfants en danger, l’absence de prise de position nuit à l’ambiance générale du film, et même si Viggo Mortensen jouait la carte du minimalisme, alors qu’Harrelson est dans son outrance habituelle, devenant l’atout principal du film au demeurant, ces deux films ont ces mêmes faiblesses dans la mise en scène. Des films où on frise la maltraitance d’enfants et qui pourtant passent presque pour des feel-good movies avec leur improbable happy-end…

Brie Larson qui porte la résilience du personnage devenu adulte est surtout remarquable quand elle est dans la colère et la révolte. Elle est beaucoup plus lisse, presque ennuyeuse, quand elle est toutes larmes dehors dans les séances de catharsis spectaculaire, peu aidée par une musique trop présente et trop sucrée, et des costumes des années 80 (où l’histoire se situe) qui l’apparentent à une héroïne de mauvais soap opera. Le personnage de la mère, campé par Naomi Watts, n’est pas assez développé (ni pour tout dire très crédible), face à celui de Rex Walls, présent dans presque toutes les scènes, alors que visiblement, ce dysfonctionnement familial majeur est à mettre au crédit autant de l’un que de l’autre. Il reste que ce film accroche par la place prépondérante laissée aux enfants, dont la grande souffrance ne semble pas être jetée en pâture pour tirer les larmes du spectateur, mais plutôt comme un quasi-documentaire, le regard de Jeannette Walls sur ses parents venant en plus saupoudrer le tout d’un discours sans doute très auto-persuasif sur le côté positif d’une telle éducation. Dans les souvenirs de Jeannette Walls repris par Cretton, il est ainsi question d’un arbre décharné sur leur nouveau « terrain vague », devant lequel Rose Mary est, comme souvent, exaltée et qu’elle s’empresse de peindre. Jeannette lui demande : « pourquoi peins-tu cet arbre en particulier ? », « It’s the struggle that gives it its beauty » lui répond-elle, ou, pour le dire vite, Jeannette Walls croit dur comme fer que ce qui ne l’a pas tuée l’a rendue plus forte…

Destin Daniel Cretton a globalement réussi à traduire à l’écran la très vive émotion suscitée par ce livre. Par une mise en scène imprécise et assez plate, il a cependant perdu en route tout le retentissement psychologique qu’une telle existence doit laisser – et a effectivement laissé – sur l’écrivaine et toute la fratrie. Et surtout, même si le scénario a été validé par Walls, il a trop chargé la mule en ce qui concerne la deuxième partie du film où la résilience et le pardon semblent disproportionnés, voire indécents au regard de la réalité des choses, et rend son film un peu indigeste.

Le Château de verre : Bande annonce

Le Château de verre : Fiche technique

Titre original : The Glass Castle
Réalisateur : Destin Cretton
Scénario : Destin Cretton, Andrew Lanham , d’après le livre de Jeannette Walls, The Glass Castle
Interprétation : Brie Larson (Jeannette), Woody Harrelson (Rex), Naomi Watts (Rose Mary), Ella Anderson (Jeannette adolescente), Chandler Head (Jeannette enfant), Max Greenfield (David), Josh Caras (Brian), Charlie Shotwell (Brian Adolescent), Iain Armitage (Brian enfant), Sarah Snook (Lori), Sadie Sink (Lori adolescente), Olivia Kate Rice (Lori enfant), Brigette Lundy-Paine (Maureen), Shree Crooks (Maureen adolescente), Eden Grace Redfield (Maureen enfant)
Musique : Joel P. West
Photographie : Brett Pawlak
Montage : Nat Sanders
Producteurs : Gil Netter, Ken Kao, Coproducteur : Tami Goldman
Maisons de production : Lionsgate, Netter Productions
Distribution (France) : Metropolitan Filmexport
Durée : 128 min.
Genre : Drame, Biographie
Date de sortie : 27 Septembre 2017
USA – 2017