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Detroit de Kathryn Bigelow : Un grand film que les américains n’ont pas voulu affronter

Une fois de plus, Kathryn Bigelow frappe fort avec Detroit, un film moins innocent que son label de film d’action/guerre ne le laisse supposer. Une fois de plus, elle use de son vecteur, le cinéma, pour participer et faire participer aux réflexions majeures de l’Amérique.

Synopsis : Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation.

À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés…

Bang bang, you’re dead

La ligne directrice de Kathryn Bigelow semble incroyablement enfermée dans les balises du film d’action, voire de plus en plus exclusivement du film de guerre, et pourtant elle excelle à la diversifier en l’appliquant à des sujets différents. Aujourd’hui, elle le consacre carrément à une cause, celle de la dénonciation des ségrégations raciales qui gangrénaient son pays, et le rongent encore aujourd’hui, malgré la présidence d’un homme noir, Barack Obama, pendant huit bonnes et belles années.

La manière sèche que la cinéaste a l’habitude d’adopter pour traiter son sujet, et le traitement cinématographique de Barry Ackroyd qui délivre une photo très proche des vraies images d’archives qui sont intercalées dans le film, confèrent à Detroit un aspect documentaire qui convient à un film inspiré de faits qui se sont réellement produits à Detroit pendant quelques jours du mois de Juillet 1967. Divisé en trois parties, dont la plus importante se déroule au Motel Algiers, possédé par et majoritairement fréquenté par des Noirs, le film d’une violence terrifiante, ou plus exactement qui montre la violente terrifiante d’une partie de la police, parvient à ses fins, celle d’informer, et de manière plus militante que jamais de la part de la cinéaste, de dénoncer.

Le film retrace dans sa première partie l’origine de ce qu’on appelle la « révolte de Detroit » dans un style documentaire très percutant où on voit la dégradation très rapide d’un contrôle de police plus ou moins abusif dans un établissement emblématique de ce quartier de Detroit qui a entraîné l’embarquement non justifié de noirs par tombereaux dans les fourgons de police.  Il s’attarde ensuite pendant près de 50 minutes sur la situation particulière à l’Algiers Motel qui a entraîné la mort de trois jeunes Noirs, un épisode très peu connu des américains eux-mêmes.

Source de toutes les polémiques aux États-Unis, son précédent film Zero Dark Thirty a été accusé de faire l’apologie de la torture, et Bigelow elle-même d’être en collusion avec la CIA. Dans Detroit, on l’accuse de maux différents, d’être trop blanche et trop bourgeoise pour s’approprier du sujet correctement et de manière empathique, d’être trop indulgente avec la police où on disait que les moutons étaient bien plus nombreux que ce qui est suggéré dans le film, ou au contraire d’être trop anti-flic dans la représentation qu’elle a faite de la violence des forces de l’ordre impliquées dans la tuerie du Motel Algiers.

Dans tous les cas, ces controverses montrent à quel point la cinéaste a appuyé là où ça fait mal avec son nouveau film. Sans concession, au risque, là encore, de se faire taxer de voyeurisme, Bigelow montre avec une précision implacable à la fois la violence policière et l’impuissance des Noirs face à la haine raciste et même au-delà, l’impuissance de l’homme face aux « guns », deux thématiques qui brûlent les américains. Sorti aux États-Unis en plein drame de Charlottesville (un suprémaciste blanc venu rejoindre le défilé raciste contre le déboulonnement programmé de la statue de l’esclavagiste Robert Lee a foncé dans la foule des contre-manifestants et a tué une jeune femme), Detroit y a fait un relatif flop commercial qui ne reflète pas la qualité de ce grand film où Kathryn Bigelow installe une hallucinante atmosphère de guerre dans les rues d’une ville qui était alors la 5ème puissance américaine, et qui était alors en état d’insurrection, des termes mêmes du président Johnson. Mais la période estivale et le drame live de Charlottesville n’expliquent pas tout, et c’est sans doute le refus de voir la réalité en face, comme la cinéaste le dit elle-même, qui fait que de l’autre côté de l’Atlantique, on détourne son regard de ces scènes qui mettent face-à-face des Noirs opprimés par des policiers racistes.

Contrairement à ses deux précédents films, Démineurs et Zero Dark Thirty, caractérisés par des scènes d’action sans relâche, Detroit connaît quelques respirations qui installent les personnages noirs dans leur quotidien : leur travail, les fêtes, la Motown, la bonhomie générale des protagonistes qui ne masquent pas non plus leur partie sombre (des activités illégales suggérées ici et la prison que beaucoup ont connu). Ce souci de leur donner un vrai relief, une vraie humanité est la seule manière de montrer la nature profondément injuste des exactions dont ils sont les victimes. De même, Kathryn Bigelow et son scénariste Mark Boal évitent le manichéisme, avec des scènes positives impliquant tel garde national ou tel autre policier. Le film est ainsi tout à fait cohérent avec les précédents, tout en apportant ce plus nécessaire sur un sujet aussi sensible.

detroit-kathryn-bigelow-film-critique-algee-smithAu-delà de son apport majeur à la démocratisation de cette histoire qui, comme la cinéaste le dit elle-même, n’attendait qu’à être racontée depuis 50 ans maintenant, Kathryn Bigelow , une artiste qui a évolué sous l’égide de personnalités telles que l’immense Susan Sontag, emmène désormais son cinéma d’action au rang d’un art majeur ; elle choisit le film de guerre pour provoquer émotions et réflexion. La présence de Barry Ackroyd derrière la caméra permet de donner à Detroit la nervosité et le réalisme des films comme Jason Bourne, en même temps que le spectateur se trouve pétrifié par le message que la cinéaste lui transmet. Et même quand le film devient plus calme dans sa dernière partie, après les longues séquences agitées du Motel Algiers, la violence de ce qui s’y noue le frappe (le spectateur) tout autant, si ce n’est plus. Comme on le dit un peu trop facilement aujourd’hui, c’est une vraie claque qu’on est content d’avoir reçu, une leçon d’histoire et de cinéma qu’il serait dommage d’ignorer, comme les concitoyens de Kathryn Bigelow l’ont ignoré à trop grande échelle.

Detroit – Bande Annonce

Detroit – Fiche Technique

Titre original : Detroit
Réalisateur : Kathryn Bigelow
Scénario : Mark Boal
Interprétation : John Boyega (Dismukes), Will Poulter (Krauss), Algee Smith (Larry), Jacob Latimore (Fred), Jason Mitchell (Carl), Hannah Murray (Julie), Jack Reynor (Demens), Kaitlyn Dever (Karen), Ben O’Toole (Flynn), John Krasinski (Auerbach), Anthony Mackie (Greene), Nathan Davis Jr. (Aubrey)
Musique : James Newton Howard
Photographie : Barry Ackroyd
Montage : William Goldenberg, Harry Yoon
Producteurs : Kathryn Bigelow, Mark Boal, Matthew Budman, Megan Ellison, Colin Wilson, Coproducteurs : Jonhatan Leven, Jillian Longnecker
Maisons de production : Annapurna Pictures, First Light Production, Page 1
Distribution (France) : Mars distribution
Budget : 34 000 000 USD
Durée : 143 min.
Genre : Drame, Histoire
Date de sortie : 11 Octobre 2017
USA – 2017

The Killing, le triomphe du polar nordique

Consacrée Meilleure Série Internationale par les BAFTA en 2011, The Killing, un des plus gros succès de la télévision scandinave, est un polar nordique efficace et passionnant.

Synopsis (saison 1) : Une lycéenne, Nanna Brik Larsen, 19 ans, disparaît un vendredi soir. Son cadavre est retrouvé le lundi matin, dans le coffre d’une voiture, au fond d’un étang. Alors qu’elle s’apprête à quitter la police de Copenhague, Sarah Lund accepte quand même d’enquêter sur ce meurtre en compagnie de son remplaçant, Meyer.

Depuis des années maintenant, les romans policiers venant du Nord de l’Europe connaissent un succès sans précédent (et généralement mérité). De la Suède d’Henning Mankell à l’Islande d’Arnaldur Indridason, les recettes semblent plus ou moins identiques : crimes sordides, flics empêtrés dans leurs soucis personnels et tiraillés entre leur famille et leur travail, description sombre du pays, aussi bien socialement, moralement que politiquement.

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Forcément, le cinéma et la télévision se sont vite emparés de ce succès. Nous nous retrouvons avec les adaptations de ces romans : les séries Wallander (d’abord en Suède, puis au Royaume Uni avec Kenneth Branagh dans le rôle titre), les films Millenium ou Jar City, etc.

Sarah Lund

Bien que n’étant pas une adaptation officielle de roman, la série danoise The Killing reprend les schémas narratifs classiques des polars nordiques. D’un coté, nous avons donc une enquêtrice toujours un peu borderline. Sarah Lund est le genre de fliquesse qui, lorsqu’elle suit une piste, ne s’embarrasse pas de protocole ou de bienséance. Elle fonce droit devant elle, tête haute. Et tant pis si, pour rattraper un criminel, il faut remuer dans les milieux de la politique ou des grandes entreprises. Elle a d’ailleurs du mal, on s’en doute, à respecter les ordres venant d’en haut et relayés par son supérieur direct, le pauvre Lennart Brix, qui se retrouve souvent coincé entre les remontrances de la direction et l’obstination de son inspectrice.

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Mais il n’y a pas qu’avec sa hiérarchie que Lund a des difficultés. Elle semble rencontrer des problèmes avec toute forme de relation sociale, y compris au sein de sa famille. Incapable de maintenir un couple, elle est aussi en conflit ouvert avec son fils, qui n’a plus vraiment envie d’entendre parler d’elle.

L’actrice Sofie Gråbøl est formidablement efficace dans ce rôle de femme qui cache ses fêlures derrière une insensibilité de façade. La réussite de la série lui doit beaucoup (ainsi qu’à l’ensemble d’un casting irréprochable).

Qualités d’écriture

L’autre grande qualité de la série, c’est son écriture.

The Killing contient trois saisons. Chaque saison représente une seule enquête, et l’action d’un épisode s’étend sur 24 heures. La première saison fait vingt épisodes d’une heure (vraiment une heure, et pas 40 minutes comme dans les séries étatsuniennes). Et l’enquête progresse tout au long de ces vingt heures, explorant les différents aspects de l’affaire, que ce soit auprès de la famille de la victime, du lycée, et remontant même jusqu’à la mairie de Copenhague. On explore une piste, on aboutit à un suspect, puis on se rend compte que ce n’est sûrement pas lui mais on découvre une autre piste, et ça continue comme cela. Le mécanisme est un peu trop systématique dans la première saison (il faut fournir de quoi occuper vingt heures de spectacle), et les répétition entraîne une baisse de la tension.

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Le problème sera résolu dans les deux saisons suivantes, qui sont plus courtes de moitié. La saison 2 se concentre autour du meurtre d’une avocate au passé trouble, et la saison 3 débute sur l’assassinat de trois marins, dont l’un est retrouvé en petits morceaux. Ces deux saisons, ne faisant que dix épisodes chacune, possèdent un rythme plus rapide et une tension dramatique plus forte. A ce titre, la troisième saison est absolument remarquable, sûrement la meilleure, il est impossible de décrocher une seule seconde, les rebondissements s’enchaînent de façon plus spectaculaire, et le final est grandiose et inoubliable.

Aspect politique

Dans les trois saisons, l’enquête se retrouve compliquée par un aspect politique de plus en plus important. Dans la saison 1, Sarah Lund va devoir enquêter sur le personnel de la mairie de Copenhague en pleine élection municipale, schéma qui se retrouvera dans la saison 3, sauf qu’il s’agira carrément du bureau du premier ministre lors de la campagne des législatives. Cela permet aux scénaristes de donner une vision réaliste mais désabusée de la politique au Danemark, des accords entre partis, des lobbys industriels, des soucis de communication, du rôle des grandes entreprises (et de ce qui se déroule au sein des Conseil d’Administration), etc. La série sait se nourrir de l’actualité sociale, avec la crise économique, les menaces de délocalisations… Ce contexte permet d’augmenter la tension dramatique dans laquelle se déroule l’enquête.

A cela, il faut rajouter la qualité d’une bande son vraiment remarquable, qui sait ménager de grandes plages d’un silence angoissant tout autant qu’employer une musique qui instaure une ambiance lourde.

En bref, malgré un rythme lent, The Killing est une série policière très efficace, qui propose une forte tension dramatique, mais aussi des personnages attachants. Une réussite qui donnera lieu à un remake aux Etats-Unis.

The Killing : bande-annonce

The killing : fiche technique

Titre original : Forbrydelsen
Créateur : Søren Sveistrup
Réalisation : Kristoffer Nyholm, Fabian Wullenweber, Charlotte Sieling, Henrik Ruben Genz
Scénario : Søren Sveistrup, Torleif Hoppe, Michael W. Horsten
Interprètes : Sofie Gråbøl (Sarah Lund), Morten Suurballe (Lennart Brix), Lars Mikkelsen (Troels Hartmann), Søren Malling (Jan Meyer)
Musique : Frank Bak
Photographie : Rasmus Arrildt, Bo Tengberg, Magnus Nordenhof
Montage : Steen Schapiro, Ghita Beckendorff
Production : Piv Bernth, Sandra Foss
Société de production : Danmarks Radio, Norsk Rikskringkasting, Sveriges Television, ZDF Entreprises, Nordvision, Nordisk Film.
Distribution : KLB Group
Première diffusion en France : 18 mai 2010
Nombre d’épisodes : 40 (en trois saisons)
Durée d’un épisode : 55 minutes

Danemark-2007

Coexister : Enfin une comédie française réussie !

Troisième projet de Fabrice Eboué et premier film réalisé en solo (après Case départ en 2011 co-réalisé avec Lionel Steketee et Thomas Ngijol et Le Crocodile du Botswanga en 2014, sans Ngijol à la réalisation), Coexister marque le grand retour de cet humoriste issu de la première saison du Jamel Comedy Club et spécialisé dans le stand up provocateur et rentre dedans.  Il est donc tout à fait logique qu’il en soit de même pour ses films ! Il livre pour l’occasion une comédie alerte, intelligente et, forcément, borderline, tout en réussissant le pari périlleux de ne (presque) jamais se vautrer avec ce sujet pourtant extrêmement casse gueule. Chapeau bas !

Il a déjà prouvé à deux reprises qu’on pouvait réussir à évoquer des sujets sensibles dans la comédie en poussant les curseurs du mauvais goût et de l’humour grinçant. En effet, après deux premiers essais concluants, Fabrice Eboué prouve, une fois n’est pas coutume, que l’on peut réussir une comédie avec tous ces ingrédients même si certains anciens aspects négatifs de ses œuvres précédentes ne sont pas encore gommées … Effectivement, en racontant l’histoire d’un directeur de label musical (Eboué lui-même) et sa collaboratrice (Audrey Lamy) qui doit, pressé par sa patronne (Mathilde Seignier), trouver un concept musical pouvant remplir l’Olympia et qui a donc l’idée de réunir sur scène un rabbin (Jonathan Cohen), un imam (Ramzy Bedia) et un prêtre (Guillaume de Tonquédec), le réalisateur-acteur-scénariste n’évite pas certains écueils. Par exemple, l’intrigue avec la compagne du personnage incarné par Eboué (Amelle Chabi) qui le fout à la porte de chez eux suite à une infidélité de Monsieur, est absolument dispensable et sans intérêt puisqu’elle n’apporte rien au scénario et fait même perdre du rythme à l’ensemble. De plus, les gags et références sexuels sont souvent en trop et reviennent très régulièrement (il n’y a que ça dans les parodies musicales et les principaux enjeux tournent beaucoup autour de cette question également), ce qui enlève un peu de finesse au long métrage. En même temps, c’est désormais la marque de fabrique obligatoire dans les comédies françaises actuelles et, franchement, ce n’est pas dans ce film qu’on a vu les pires blagues sur la question mais plutôt dans Alibi.com, Gangsterdam ou encore A bras ouverts, pour ne pas les citer.

Mais malgré ces défauts et sans être renversant au niveau de la réalisation (c’était plus pêchu et inventif avec Steketee), Coexister est plus malin que certains puisque plutôt que de nier ce qu’il raconte comme le faisait si bien  Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu, la purge réalisée par Philippe de Chauveron, il ne tape pas tant sur les religions que sur les religieux qui sont sans arrêt en désaccord alors que, finalement, ils croient tous en un dieu et à des textes, aussi différents soient-il. C’est la croyance et la religion qui les réunissent tous. Et, comme à son habitude, le comique sait tirer une morale pas trop conne malgré une happy end, tout de même désamorcée par des blagues qui continuent, jusqu’au bout, de piquer là où ça fait mal. Justement, ce qui rend ses films réussis si on excepte quelques facilités, c’est cette capacité d’emballer proprement le paquet mais de truffer le contenu de pièges. Eboué bouscule tout et ne s’excuse jamais en proposant une petite réflexion sans prétention toujours évacuée par un humour coup de poing qui dit finalement qu’on peut avoir des idées différentes si on décide d’en rire en évitant le blasphème car ça fait aussi partie de la richesse et de la valeur des religions qui prônent le partage, l’écoute et le dialogue, le rire y aidant en partie. En disant ça de façon simple et efficace, sans trop s’attarder sur le côté larmoyant et les bons sentiments de son script, le métrage sait toujours prôner la drôlerie lorsqu’il aborde les erreurs, les paradoxes et les désaccords de ces trois chanteurs qui sont loin d’être des saints.

D’ailleurs, pour incarner ce groupe, le trio de comédiens s’en donne à cœur joie en sachant ne jamais tomber dans la caricature et en leur ayant créé des histoires personnelles intéressantes, à défendre. En plus, chose importante, aucun des comédiens ne tire la couverture à soi, ils se partagent bien les rôles, avec des intrigues concernant chacun d’entre eux, qui se rejoignent habilement, Eboué sachant toujours se mettre en retrait pour incarner un personnage qui est le liant entre les autres, en offrant un terrain de jeu infini et une liberté sans borne à ses acteurs tout en soignant le rôle féminin principal, élément souvent absent pour le surligner dans ces lignes. Enfin, le monde de la production musicale et la crise du disque sont largement abordés dans la première partie et ne quittent jamais l’histoire, vecteurs originaux pour évoquer les questions religieuses. Le détournement des goûts et codes musicaux de nos jours est très drôle, constituant les séquences les mieux réalisées et soignées du film, rattrapant ainsi les simples champs-contrechamps un peu mécaniques et un style parfois un peu trop télévisuel. Ce qui n’empêche pas ce délire d’exploser à plusieurs reprises en étant impertinent, marquant, touchant et avec un réel sens de la rupture qui lui permet de se hisser en tête des meilleures comédies hexagonales de l’année avec Problemos de Eric Judor, cultivant le même esprit anar divertissant que n’aurait pas renié un certain Jean Yanne.          .

Ce n’était pas gagné de réussir à aller au-delà de ce postulat qui ressemble au début d’une mauvaise blague racontée en fin de cérémonie de mariage et, pourtant, ça fonctionne ! En dépit de quelques faiblesses d’écriture, d’une réalisation trop basique et de certaines lourdeurs, Coexister ne s’interdit rien en faisant preuve d’une insolence et d’un culot devenus bien trop rares dans le cinéma comique bien de chez nous ! C’est construit,  bien que classique dans le développement et la forme pour ne pas brusquer les spectateurs assidus de ce genre même s’ils risquent d’être surpris tout de même tant le film dégomme tout ce qui bouge, surtout les contradictions et le cynisme qui règnent dans le monde. Certains diront qu’il est rempli de clichés mais justement, Eboué préfère en rire et se moquer de ces personnes percluses de clichés. Du divertissement qui oublie d’être bête sans pour autant se prendre la tête, c’est rare et quand, en plus, le politiquement incorrect y est majoritairement présent, c’est encore mieux. A voir !

Coexister : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=488YDTh6OH4

Synopsis : Sous la pression de sa patronne, un producteur de musique à la dérive décide de monter un groupe constitué d’un rabbin, un curé et un imam afin de leur faire chanter le vivre-ensemble. Mais les religieux qu’il recrute sont loin d’être des saints…

Coexister : Fiche technique

Réalisateur : Fabrice Eboué
Scénariste : Fabrice Eboué
Casting : Fabrice Eboué, Audrey Lamy, Ramzy Bedia, Jonathan Cohen, Mathilde Seigner, Amelle Chahbi..
Soundtrack Compositeur : Guillaume Roussel
Directeur de la photographie : Philippe Guilbert
Chef monteur : Alice Plantin
Ingénieur du son : Antoine Deflandre
Mixage : François-Joseph Hors
Distributeur : EuropaCorp Distribution
Genre : Comédie
Durée : 1h 30min
Date de sortie : 11 octobre 2017

France 2017

Auteur : Ugo T

 

 

Numéro Une, Tonie Marshall met une femme au pouvoir

Avec Numéro Une, Tonie Marshall imagine l’ascension d’une femme à la tête d’une entreprise du CAC 40. Son entreprise cinématographique à elle n’est pas si folle que ça et elle est portée par une Emmanuelle Devos très juste, qui n’en fait jamais trop pour camper cette executive woman en quête de pouvoir, et peut-être aussi d’utilité.

This is a (wo)man’s world…

Il aurait été facile pour Tonie Marshall de faire de son héroïne, Emmanuelle (prénom de l’actrice et du personnage qu’elle campe), un cliché d’excutive woman telle qu’on aime à se l’imaginer : très carrée, parfaite, capable de contenter son mari, d’aimer ses enfants et de réussir. Pourtant, sans les exagérer, mais avec de jolies petites nuances, la réalisatrice montre aussi, et ce dès la toute première séquence de Numéro Une, les faiblesses de la femme dont elle fait le portrait. Elle lui dessine une petite fêlure, un besoin d’innocence volée trop tôt. En résumé, Emmanuelle est moins froide, moins stéréotypée et déshumanisée que sa sœur de cinéma, Emilie qui officiait dans Corporate. Pourtant, ces deux femmes seront confrontées au broyage de l’humain par l’entreprise, au suicide et à ses conséquences. Pour autant, les combats des deux films, sortis à quelques mois d’intervalle, ne sont pas les mêmes. Si Corporate tient plus ou moins pour acquis ou du moins ne s’interroge pas sur la place d’une femme à un haut poste de l’entreprise, Numéro Une en fait le cœur de son action. Brillante, polyglotte, investie, Emmanuelle Blachey est repérée par un groupe féministe pour être nommée à la tête d’une entreprise du CAC 40. Une première, l’achèvement d’un combat mené depuis longtemps par Olympe, sorte de condensé des réseaux de femmes qui se construisent un peu partout dans le monde de l’entreprise. Un féminisme sans intersectionnalité certes, mais tout de même un petit monde de femmes bien nées qui revendiquent la parité, mais mieux encore l’égalité. Avoir, à compétences égales, chances égales de réussir. La force du film est de ne pas faire d’Emmanuelle une chantre du féminisme, elle est partante pour le CAC 40, mais sans trop vouloir forcer sur le côté féminin de son ascension, elle qui a « toujours voulu faire oublier [qu’elle] était une femme ». Or, là il n’est plus question de se cacher, mais bien de se montrer, quitte à oublier en chemin d’autres combats, comme celui de déjouer les pièges de l’accès au pouvoir : magouilles, petits contrats, et destruction instantanée de la carrière du concurrent.

Combattantes, un passage obligé ?

L’intérêt de Numéro Une n’est pas tant de savoir si Emmanuelle accédera au pouvoir, mais comment elle y accédera. Telle une Borgen sur grand écran, l’héroïne du film est une combattante, une femme qui ne cède pas un quart de sa vie privée aux médias, qui tente de garder la tête hors de l’eau, d’éviter les blagues sexistes, de se fondre dans la masse de ses collègues. Emmanuelle le dit d’ailleurs très bien à son patron qui la félicite de son contact aisé avec des clients chinois : « boire comme eux, s’habiller comme eux, manger comme eux », en résumé elle explique que c’est par le mimétisme qu’elle crée des liens. Cela va même jusqu’à connaître sur le bout des lèvres une chanson d’enfance chinoise qu’elle fredonnera avec ses hôtes d’un soir, en pleine mer. Si le combat qu’Emmanuelle tente de gagner ne changera peut-être rien pour toutes les femmes, il permet au moins d’engager pleinement l’idée qu’une femme patronne d’entreprise n’est pas un problème. A ce titre, le discours de Rita (Suzanne Clément) lors de l’enterrement de la patronne d’Olympe est exquis, déconstruisant les discours machistes sur les femmes et la réussite, en dressant le portrait d’une femme singulière. C’est que la mise en scène de Numéro Une est habile, s’interrogeant autant sur le côté abyssal du monde de l’entreprise (avec des plans vertigineux sur des buildings, des quartiers d’affaires), que sur la place des femmes dans différents lieux (assemblées d’hommes, lieux publics).

Enfin, ce que le film ne dit pas mais fait ressentir, c’est qu’aujourd’hui une nouvelle injonction s’offre aux femmes : pour être digne d’être femme il faudrait vouloir se battre, être une combattante, ne rien lâcher, ne pas abandonner, mettre une partie de soi entre parenthèses pour satisfaire une réussite. Bref, il s’agit-là d’être la meilleure, d’être utile. Et c’est pour cela que l’histoire d’une noyée inconnue, faisant écho à la mère disparue en mer de l’héroïne, devient bouleversante. Non pas pour ce qu’elle évoque de la tristesse, de la solitude et de la mort, mais pour la possibilité de s’effacer, d’avoir juste envie de vivre, pas forcément de se sentir utile (on peut passer sa vie à aider les autres sans se croire utile). Se battre n’est pas une ligne de conduite unique, et Emmanuelle n’est pas un modèle, elle ne prétend jamais l’être, Tonie Marshall ne tombe pas dans ce piège, fort heureusement. C’est pourquoi elle multiplie les scènes où des femmes toutes différentes se mélangent, dès la scène d’ouverture dans la gare, donne aux femmes même la possibilité de ne pas s’excuser (d’être ce qu’elles sont ?), fait porter leurs voix dans une scène discrète mais déterminante qui fait basculer l’envie d’Emmanuelle (et auxquelles de « vraies » féministes ont participé). Un plafond de verre est certes brisé, mais il reste mille combats, que certaines mèneront pendant que d’autres traverseront la vie, avec, on l’espère, plus de douceur que leurs aînées, non pas dans un monde de femmes, mais prenons-nous à rêver, dans celui de l’égalité.

Numéro Une : Bande annonce

Numéro Une : Fiche Technique

Synopsis : Emmanuelle Blachey est une ingénieure brillante et volontaire, qui a gravi les échelons de son entreprise, le géant français de l’énergie, jusqu’au comité exécutif. Un jour, un réseau de femmes d’influence lui propose de l’aider à prendre la tête d’une entreprise du CAC 40. Elle serait la première femme à occuper une telle fonction. Mais dans des sphères encore largement dominées par les hommes, les obstacles d’ordre professionnel et intime se multiplient. La conquête s’annonçait exaltante, mais c’est d’une guerre qu’il s’agit.

Réalisation : Tonie Marshall
Scénario : Tonie Marshall, Marion Doussot, Raphaëlle Bacqué
Interprètes : Emmanuelle Devos, Suzanne Clément, Richard Berry, Sami Frey, Benjamin Biolay, Francine Bergé, Anne Azoulay, John Lynch
Photographie : Julien Roux
Montage : Marie-Pierre Frappier
Musique : Mike et Fabien Kourtzer
Producteurs : Véronique Zerdoun, Tonie Marshall
Distribution : Pyramide
Genre : comédie dramatique
Durée : 110 minutes
Date de sortie : 11 octobre 2017

France – 2017

Kingsman : Le Cercle d’Or, un concentré d’adrénaline en costume trois pièces

N’évitant pas les pièges classiques d’une suite basculant dans la facilité et le manque d’originalité, Kingsman : Le Cercle d’Or surprend toutefois par son jusqu’au-boutisme irrévérencieux et des scènes d’action toujours aussi incroyables. Ce qui en fait une suite de bonne facture soutenue par des interprètes en totale roue libre.

Synopsis : KINGSMAN, l’élite du renseignement britannique en costume trois pièces, fait face à une menace sans précédent. Alors qu’une bombe s’abat et détruit leur quartier général, les agents font la découverte d’une puissante organisation alliée nommée STATESMAN, fondée il y a bien longtemps aux Etats-Unis. Face à cet ultime danger, les deux services d’élite n’auront d’autre choix que de réunir leurs forces pour sauver le monde des griffes d’un impitoyable ennemi, qui ne reculera devant rien dans sa quête destructrice.

« C’est à ses manières qu’on juge un homme ! »

Matthew Vaughn est de ces réalisateurs qui, dans ces films, aiment s’approprier un genre pour y apporter sa touche personnelle. Après le film noir (Layer Cake), le conte fantastique (Stardust), et les super héros (Kick Ass, X-Men – Le Commencement), c’est au film d’espionnage qu’il s’est attaqué il y a deux ans avec Kingsman – Services Secrets. Et ça lui a réussi : avec plus de 400 millions de dollars au box-office, pour un budget quatre fois moins élevé, et un bouche à oreille des plus efficaces, le film fut une véritable cure de jouvence dans le milieu du blockbuster et gagna quasi instantanément ses galons de film culte. Et une petite victoire pour Vaughn car son succès le plus colossal. A tel point qu’une suite fut immédiatement envisageable. Ni une ni deux, Vaughn accepte de briser sa propre règle de ne jamais réaliser de suite pour se lancer dans la nouvelle aventure de la crème des espions britanniques.

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Le problème d’une suite est, par essence, de venir après, de ne pas ouvrir le bal, et donc de ne pas potentiellement proposer le même niveau d’innovation qui a participé au succès du premier opus. Car s’il y a un bien un défaut qui caractérise bon nombre de suites, c’est avant tout l’absence de l’effet de surprise, quitte à ce que le second souffre irrémédiablement de la comparaison avec le premier film. Malheureusement, Kingsman : Le Cercle d’Or n’échappera pas à la règle. Le ton déjanté enveloppé d’un drap d’élégance qui faisait la saveur de Services Secrets est bien sûr présent … mais familier. Le spectateur le retrouve, un sourire au coin des lèvres à la place des yeux pétillants de surprise. Il avance en terrain déjà conquis, où, en plus d’en connaître la majorité des codes et des ficelles, bute sur quelques problèmes. Les principaux sont des facilités scénaristiques auxquelles ne nous avait pas habitués Vaughn jusqu’à maintenant. Bien qu’épousant l’atmosphère globale du film, elles restent pour la plupart assez risibles. Une balle dans la tête ? Pas de problème, les Kingsman ont ce qu’il vous faut : une substance permettant de l’extraire, et hop, un agent remis sur pied et (presque) paré au combat ! Un personnage secondaire encombrant ? Qu’à cela n’tienne, une petite erreur de sa part, et le voilà vite éliminé par la grande bad girl du film, Poppy Adams (Julianne Moore), véritable psychopathe aux allures de ménagère idéale. D’ailleurs, malgré une interprétation somme toute correcte, et une extraordinaire planque sous forme de petit coin d’Amérique tendance fifties (cinéma rétro, fast food dinner…), cette dernière a un peu de mal à passer après Samuel L. Jackson.

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Il n’est certes pas évident pour un film d’action tendance comédie de se réinventer, à part la traditionnelle accentuation bigger and louder, notamment symbolisée par la planque de Julianne Moore décrit ci-dessus Et si c’était justement ça qui fait le sel de ce Kingsman ? Conscient de son excentricité, c’est en se refusant tout effet de renouvellement et revendiquant pleinement son outrance que Le Cercle d’Or puise en ce qu’il a de meilleur.

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Et en cela, autant dire qu’on est servi ! Le film fonctionne en grande partie sur le principe du buddy movie opposant les distingués et maniérés Kingsman en costumes trois pièces, chargés de travailler avec les bruts de décoffrage et indomptables Statesman. Ayant l’intelligence de ne pas aligner systématiquement les blagues de choc des cultures, Kingsman : Le Cercle d’Or préfère privilégier l’excentricité même de ses personnages. En plus de ceux que l’on connaît déjà, les petits nouveaux en imposent, que ce soit Jeff Bridges en impayable texan ascendant républicain, un Pedro Pascal maniant le lasso comme personne, ou un caméo tordant d’Elton John semblant s’amuser comme un fou. Dans son coté outrancier, le long métrage trouve également son rythme de croisière au travers d’incroyables séquences clés. Les scènes d’action dans un premier temps : encore plus impressionnantes que dans le premier, elles semblent franchir un nouveau pas dans le côté cartoon et la folie visuelle de son réalisateur. Au menu, vous démarrerez en trombe avec une course poursuite en plein Londres pour terminer sur un combat final sous les notes dansantes de Word up version country, en passant par une télécabine en pleine montagne devenue totalement incontrôlable. Mais également dans des séquences plus fortes émotionnellement parlant dans un second temps, dont l’exagération est telle qu’elles en deviennent réussies, là où certaines suites se plantent, dû à un manque de recul et une trop grande prise au sérieux annihilant tout effet dramatique (coucou Les Gardiens de la Galaxie Vol 2 !). Un comble quand on sait que cette fameuse élite se doit de ne dégager aucun semblant d’émotion !

Plus émouvant, plus trash, plus fou, Kingsman : Le Cercle d’Or se vit comme un véritable shot d’adrénaline, dopé aux fusillades démentielles et instants comiques savoureux. S’il marquera moins les esprits que son illustre aîné, son excentricité no limit reste rare dans le paysage actuel des blockbusters. Et fichtre que ça fait du bien !

Kingsman : Le Cercle d’Or : Bande-annonce

Kingsman : Le Cercle d’Or : Fiche technique

Réalisation : Matthew Vaughn
Scénario : Jane Goldman et Matthew Vaughn, d’après l’œuvre de Mark Millar et Dave Gibbons
Casting : Taron Egerton (Eggsie/Agent Galahad), Colin Firth (Harry Hart/L’ancien agent Galahad), Mark Strong (Agent Merlin), Julianne Moore (Poppy Adams), Halle Berry (Ginger Ale), Channing Tatum (Agent Tequila), Pedro Pascal (Agent Whisky), Jeff Bridges (Champagne)…
Costumes : Arianne Phillips
Photographie : Georges Richmond
Musique : Henry Jackman et Matthew Margeson
Production : Adam Bohling, David Reid (V), Matthew Vaugh, Dave Gibbons, Mark Millar, Pierre Lagrange, Claudia Schiffer, Stephen Marks
Sociétés de production : Marv Films, Cloudy Production
Sociétés de distribution : 20th Century Fox
Budget : 104 millions de dollars
Langue originale : anglais
Genre : Action, espionnage, comédie
Durée : 141 minutes
Dates de sortie : 11 Octobre 2017
Etats-Unis – Royaume-Uni – 2017

Sortie DVD/Blu-Ray Rodin, le « bouc sacré » dans vos télés

Après avoir fait une apparition peu remarquée (hélas) sur la Croisette lors du dernier Festival de Cannes, Rodin s’invite dans votre salon dès le mercredi 11 octobre avec la sortie en DVD et Blu-Ray du dernier film de Jacques Doillon. Biopic sur l’artiste et récit d’une histoire d’amour destructrice avec Camille Claudel, l’œuvre rend dignement hommage au sculpteur à l’occasion du centenaire de sa mort.

Synopsis : À Paris, en 1880, Auguste Rodin reçoit enfin à 40 ans sa première commande de l’État : ce sera La Porte de L’Enfer composée de figurines dont certaines feront sa gloire comme Le Baiser et Le Penseur. Il partage sa vie avec Rose, sa compagne de toujours, lorsqu’il rencontre la jeune Camille Claudel, son élève la plus douée qui devient vite son assistante, puis sa maîtresse. Dix ans de passion, mais également dix ans d’admiration commune et de complicité. Après leur rupture, Rodin poursuit son travail avec acharnement. Il fait face au refus et à l’enthousiasme que la sensualité de sa sculpture provoque et signe avec son Balzac, rejeté de son vivant, le point de départ incontesté de la sculpture moderne.

Quelle plus belle relation que celle de l’amour qui côtoie l’art ? C’est l’histoire d’Auguste Rodin et Camille Claudel. Maître et élève puis amants fougueux, l’aventure devenue mythique des deux artistes est sublimée par Vincent Lindon et Izïa Higelin. Le toucher de la matière n’a jamais été aussi charnel, et l’on croirait à chaque geste du sculpteur que c’est une femme qu’il caresse ou qu’il enlace. L’acteur est renversant de vérité et entraîne le public dans son procédé de création passionnant. Accompagné de deux femmes vivement présentes que sont Séverine Caneele et Izïa Higelin, le triangle amoureux est saisissant. Saisi, c’est par la caméra de Jacques Doillon qu’il l’est. Le réalisateur fait un travail incroyable qui rend non seulement, un digne hommage à Rodin mais aussi aux femmes qui l’ont tant inspiré et qui en inspirent encore beaucoup. Magnifiant l’amour et les corps, le cinéaste livre une œuvre sobre, calme mais douce et touchante.

Récemment, dans Un beau soleil intérieur, l’un des amants de Juliette Binoche dit avoir besoin d’admirer pour aimer. Il semble que Claudel et Rodin auraient été d’accord avec cette phrase, parce que si leur duo formé rassemble également amour et inspiration, inutile de préciser qu’il est né sous une admiration réciproque. De l’admiration, c’est d’ailleurs le spectateur qui peut en avoir pour la qualité de ce biopic qui ne fait pas que raconter la vie d’un homme-artiste ou du moins qui la livre avec finesse et délicatesse. Doillon offre un point de vue raffiné sur l’homme qu’était Rodin et sur l’érotisme dont il était le maître dans son art.

Avec un complément intéressant et satisfaisant, Wild Side (distributeur) offre en bonus, un entretien croisé entre Jacques Doillon et Véronique Mattiussi (Responsable du fonds historique du musée Rodin). Cette dernière a beaucoup aidé Vincent Lindon à connaître le sculpteur et à rentrer dans la peau de l’homme qu’il devait être et qu’il avait pour tâche d’interpréter. Pour le centenaire de la mort d’Auguste Rodin (1840-1917) : beaucoup d’hommages ont été présentés, quelques expositions également au Grand Palais ou au Musée Rodin lui même. Cet entretien revient sur quelques œuvres de l’artiste vues par Doillon et surtout sur la manière dont il s’est saisi des traits de l’artiste pour le représenter le mieux possible et pour filmer l’art de sculpter. L’entretien est très enrichissant lorsqu’on s’intéresse à la sculpture bien que l’on puisse regretter de ne pas en apprendre assez sur le film et sur ses acteurs. Il est dommage de ne pas pouvoir assister à l’apprentissage de Vincent Lindon par exemple, véritablement transformé dans la peau de Rodin.

Rodin : Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=AxnsnNqN36I

[cbtabs][cbtab title= »Caractéristiques DVD »]Image : 2.40, 16/9ème compatible 4/3.

Son : français DTS 5.1 & Dolby Digital 2.0

Sous titres : français

Durée : 1h55

Bonus : Sculpter Rodin (31 minutes)

[/cbtab][cbtab title= »Caractéristiques Blu-Ray »]Image : 2.40

Résolution 1080, 24p

Son : français DTS HD Master Audio 5.1

Sous tires : français

Durée : 2h

Bonus : Sculpter Rodin (31 minutes)[/cbtab][/cbtabs]

Rodin-Jacques-Doillon-sortie-DVD

 

Prix public indicatif commun aux deux éditions : 19,99€

Sortie du film Churchill en DVD et Blu-Ray chez Orange Studio

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Le mardi 10 octobre sort en DVD et Blu-Ray Churchill, chez Orange Studio. C’est l’occasion de se replonger dans une partie de l’Histoire autour de cette personnalité incontournable avant la sortie du très attendu Les Heures sombres en janvier 2018, autre biopic sur Churchill.

Synopsis : Juin 1944. 48 heures avant le Débarquement. Le Premier ministre britannique Winston Churchill s’oppose à l’opération Overlord soutenue par le général américain Dwight Eisenhower. Churchill ne parvient pas à oublier l’échec de Gallipoli en 1915 dont il est tenu responsable, une opération similaire qui avait entraîné la mort des dizaines de milliers de jeunes soldats britanniques et australiens.

Winston Churchill est décidément la personnalité qui attire les studios ces derniers temps. En effet, Les Heures Sombres de Joe Wright (Orgueil et Préjugés, Reviens-moi, Anne Karénine) est attendu dans les salles obscures françaises en janvier 2018. S’il est encore trop tôt pour parier quoi que ce soit, nous ne serions guère surpris de voir Gary Oldman dans la course aux Oscars et même de le voir décrocher la fameuse statuette. On entendra parler plus de cette œuvre que de celle de l’Australien Jonathan Teplitzky (Les Voix du Destin), intitulé sobrement Churchill.

Le remarquable acteur écossais Brian Cox (The Jane Doe Identity, Zodiac), méconnaissable sous sa couche de maquillage et ses prothèses, livre une interprétation indéniablement convaincante même s’il n’évite pas par moments le mimétisme et le cabotinage. Mais pour être honnête, on a vu ailleurs des incarnations de Churchill plus mémorables : un comble pour un film qui s’intitule Churchill justement ! On se souvient finalement mieux par exemple des apparitions de Timothy Spall dans Le Discours du Roi (réalisé par Tom Hooper) ou de John Lithgow dans la série Netflix The Crown. Cela dit, son interprétation reste certainement un des seuls atouts de ce long métrage qui ne marquera pas les esprits.

Malgré son titre, Churchill n’est pas un biopic retraçant toute sa longue et riche vie (mais on a envie de dire que les biopics traditionnels existent de moins en moins : ne retracer qu’un épisode de la vie d’une personnalité est devenu très courant). Il se concentre uniquement sur deux journées avant le Débarquement. Au-delà d’évoquer une page de l’Histoire ou plutôt ses coulisses, le film a pour volonté de se plonger dans l’esprit vieillissant de cet immense homme politique face à ses souvenirs et à ses tourments. Bref, c’est à l’origine un film qui a pour but de mêler la sphère intime à la sphère publique. Il y a également la noble envie de désacraliser le mythe (là encore, il n’y a pas de nouveauté : c’est la tendance des pseudo biopics actuels). Churchill n’est pas un film inintéressant : la mise en scène est tout à fait correcte (surtout par rapport à ce qu’on attend de ce type de production), les images sont soignées et l’angle en lui-même pouvait attirer l’attention.

Hélas, Churchill reste un film trop sage et académique. On le regarde au mieux avec un intérêt poli, au pire avec indifférence. Il faut dire qu’il n’est pas aidé par un scénario peu palpitant, construit autour d’un faux suspense qui reste jusqu’au bout… un faux suspense, ni par son rythme mou du genou ni plus globalement par sa lourdeur constante. Heureusement pour les spectateurs, le film dépasse à peine les 90 minutes.

DVD et Blu-Ray

Churchill étant sorti dans la discrétion dans les salles françaises en mai dernier, il ne fallait pas s’attendre à une édition en DVD et Blu-Ray très développée. Il n’y a donc aucun bonus à l’horizon : cette édition se contente de proposer deux versions, française et anglaise, en 5.1. et 2.0., ainsi que des sous-titres possibles pour les sourds et malentendants.

Réalisation : Jonathan Teplitzky
Scénario : Alex Von Tunzelmann
Acteurs : Brian Cox, Miranda Richardson, John Slattery, Ella Purnell, James Purefoy
Musique : Lorne Balfe

Contenu du DVD :

churchill-film-sortie-dvdDate de sortie : 10 octobre 2017

Éditeur ORANGE STUDIO – Public légal tous publics – Langue 1 anglais – Sous-titrage 1 français Qualité Pal – Durée : 98 Minutes- Couleur/noir blanc couleur – Stéréo / Mono stéréo

Churchill : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=ltqAYCPRpu4

Chucky agrandit son Culte en DVD et Blu-ray

Le mardi 24 octobre marque le retour en France en DVD et Blu-ray de Chucky, la poupée tueuse culte inventée par Don Mancini en 1988 dans Jeu d’enfant (Child’s Play). Septième volet de la franchise, Cult of Chucky – retitré en France Le Retour de Chucky – fait revivre la célèbre créature le temps d’un ride d’une heure et trente minutes à la fois chaotique et enthousiasmant.

Synopsis : Internée dans un hôpital psychiatrique depuis quatre ans, Nica Pierce est convaincue à tort d’avoir tué – à la place de Chucky – toute sa famille. Mais la terreur s’empare des lieux après une série d’événements sanglants. La poupée tueuse au sourire diabolique n’est peut être pas si étrangère que cela à ces événements… 

Psycho’Chucky

Le scénariste-réalisateur du film, Don Mancini, explique dans l’une des featurettes bonus qu’il a voulu amener sa poupée tueuse dans un nouveau terrain de chasse : un asile psychiatrique. Deux raisons justifient son choix : faire évoluer Chucky dans un espace au nouveau potientiel comico-horrifique ; et amener une nouvelle imagerie dans la saga. Mancini parle dans le même document d’une image moderne, désaturée et monochrome. Et il l’obtient parfaitement. L’asile est clinquant, neuf. Tout semble lisse, droit, sans aucun débordement. Mais c’était bien sûr sans compter sur Chucky. La poupée incarne le désordre dans cet établissement qui tend à rétablir l’ordre psychique chez ses patients. Ainsi les couleurs enfantines du tueur jurent dans cet espace homogène. Et comme le voulait aussi le scénariste-réalisateur, le sang n’en ressort que plus rouge. Enfin, alors que Chucky a gagné en importance dans l’établissement – notamment par l’agrandissement de son culte -, le cinéaste le ramène alors dans un environnement à l’imagerie chaude, eightie, propre à son personnage. On remarque alors un élément essentiel : en cherchant à amener son invention dans un nouvel espace et surtout une nouvelle imagerie, Mancini confirme l’identité visuelle chaude de sa poupée tueuse.

Chucky s’amuse comme un petit fou en asile.

La personnalité comique du personnage est aussi mise en avant grâce à l’environnement et ses patients. On retiendra par exemple une conversation drôlement absurde entre une schizophrène et Chucky. On regrettera toutefois l’écriture psychédélique d’une bonne partie du récit. En effet, ce dernier ne cesse – pendant un un certain temps – de jouer sur la réalité et la perception. « Est-ce que je vois est bien réel ? », « suis-je fou ? », « est-ce la réalité ou une fiction produite par mon imagination ? » : autant de questions qui viennent alourdir un script empli d’ellipses parfois justifiées par des prises de médicaments ou injections de somnifères. Cet élément de l’intrigue est adéquat lorsqu’on considère l’environnement du film. Mais il est suremployé de telle manière que le long métrage frôle la série B télévisuelle. Le sentiment est renforcé par une scène de mort – par chute de verrière – à la construction visuelle surnumérique cheap. Et toute intervention de Chucky pendant ce long moment is-it-real-? est un véritable plaisir. Cela, parce qu’une certaine tendance à ne plus regarder un film labélisé Chucky a pu légèrement se faire ressentir. Une impression aussi vite disparue qu’apparue, rassurez-vous.

The Chucky Puppet Show

Car Cult of Chucky propose certaines des plus folles séquences de la saga. Préparez-vous en effet à découvrir trois poupées Chucky réunies dans un seul espace (et un seul plan), discutant, riant, et bien sûr assassinant ensemble. Si Chucky manipule les patients de l’asile tels des figurines articulées, Mancini n’oublie pas de réaliser littéralement un film de marionnettes. Ainsi le cinéaste et son équipe ont fait le pari technique de mettre en scène de multiples poupées Chucky intéragissant ensemble, proposant ainsi un véritable spectacle de marionnettes. À ce propos, Universal a inséré dans les bonus du Blu-ray une excellente featurette consacrée à la formidable construction technique de ce macabre et tordant show de guignols.

Cult of Chucky arrive d’ailleurs en France en DVD et Blu-ray avec une image et un son formidables, le tout agrémenté de plusieurs bonus très intéressants. Loin d’être le chef d’oeuvre de la saga, le film de Don Mancini a tout de même le mérite de la renouveler. Un renouvellement qui touche même le fan service du film assuré par la présence de la fiancée tordue de Chucky Jennifer Tilly / Tiffany, et celle du héros de la saga depuis le premier volet Alex Vincent / Andy Barclay. Mancini a veillé à l’évolution de ses personnages. On pourrait cependant regretter un manque de clarté concernant la présentation / l’intégration de ces vieux personnages dans le film. En effet, le spectateur qui n’aurait pas vu l’ensemble de la saga pourrait se sentir perdu, et même considérer leur présence comme des fan-sketches liés à l’intrigue principale de manière quelque peu fortuite. Toutefois le même afficionado saura certainement, comme l’amateur du genre, prendre du plaisir face à la dernière demi-heure du long métrage, ensanglantée, cinglée et jouissive.

Cult of Chucky (Le Retour de Chucky) – Bande-Annonce

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Image : PAL 625 50hz 1.78:1 – 16/9ème – Durée : 1h28

Audio : Anglais, Espagnol, Français, Allemand, Italien Dolby Digital 5.1, Anglais Dolby Digital 2.0 (bonus audio) – Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Arabe, Espagnol, Danois, Néerlandais, Finnois, Français, Allemand, Hindi, Islandais, Italien, Norvégien, Portugais, Suédois et Turc

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray

Image : 1080/23.98PsF 1.78:1 – 16/9ème – Durée : 1h31

Audio : Anglais, Espagnol, Français, Allemand, Italien DTS Digital Surround 5.1, Anglais Dolby Digital 2.0 (bonus audio) – Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Arabe, Espagnol, Danois, Néerlandais, Finnois, Français, Allemand, Grec, Hindi, Islandais, Italien, Norvégien, Portugais, et Suédois

BONUS DVD & Blu-ray

Scènes coupées / Les coulisses de la folie du retour de Chucky / Good Guy devient méchant : Les incarnations de Chucky / La maison des poupées / Commentaire sur le film de Don Mancini et Tony Gardner

 

Gomorra, saison 2 : L’échiquier mortel de la Camorra

Après le final à couper le souffle de la saison 1 de Gomorra, le clan Savastano va devoir renaître de ses cendres tel le Phénix. Les hommes de Salvatore Conte ont bien l’intention de s’emparer de Naples après une nouvelle vague de règlements de comptes et des jeux d’alliances tactiques et perfides. Le plus Napolitain des Catalans a bien l’intention de faire avancer ses pions sur l’échiquier géant que sont devenues les places fortes du trafic de drogue à Scampia et Secondigliano. Stefano Sollima, Claudio Cupellini, Francesca Comencini et Claudio Giovannesi relatent l’Enfer qu’est devenu Naples suite à la guerre ouverte entre les clans Conte et Savastano dans Gomorra, saison 2.

Synopsis : La deuxième saison reprend là où s’est terminée la première. Ciro Di Marzio, après avoir fait une alliance avec Salvatore Conte, met en sécurité sa compagne, Debora, et sa fille, Maria Rita, en vue de la revanche à venir des Savastano. Pendant ce temps, Genny lutte pour sa survie à l’hôpital. Les médecins tentent par tous les moyens de le ranimer. Don Pietro, après avoir été libéré par ceux qui lui sont restés fidèles, apprend la nouvelle de la fusillade qui a opposé Ciro Di Marzio à son fils, Genny. Il découvre alors l’état de santé critique de Genny et l’état de délabrement du clan Savastano. Ciro devra payer pour ses fautes et pour la destruction de l’intérieur de l’organisation. La défaite momentanée de la famille de Don Pietro laisse un énorme vide du pouvoir, que Ciro a bien l’intention d’occuper avec l’aide de Salvatore Conte. Ciro promet fidélité à Conte, mais étant donné son passé, il lui est difficile de lui faire totalement confiance. Ciro est aussi un manipulateur habile et est en mesure d’obtenir la confiance des hommes de Conte. Les problèmes de Ciro ne se terminent pas là. Sa femme Debora ne parvient plus à supporter d’être sous la coupe des actions criminelles de son mari et envisage de tout avouer à la police, mais à quelques pas du commissariat, elle hésite à franchir le Rubicon et elle revient sur ses intentions.

Cette critique contient des révélations sur la saison 2. ATTENTION AUX SPOILERS.

La fin de la toute première saison annonçait une victoire à la Pyrrhus du clan Conte. Le mafieux barcelonais à la queue de cheval et qui ne se sépare jamais de sa cigarette électronique s’apprêtait à redevenir le « roi du pétrole » et des places de deals à Naples après avoir manipulé Ciro Di Marzio. De rares anciens du clan Savastano (Malamore notamment) qui ont survécu à la purge des chiens fous de l’entourage de Genny, sont parvenus à réaliser un véritable miracle avec la libération de Don Pietro. La vengeance de Genny, perdu dans les limbes de son coma à l’hôpital, promet également d’être terrible. Certains mafieux expérimentés ont malheureusement trahi Don Pietro pour rejoindre Conte.

Don Pietro part se mettre au vert et se faire oublier en Allemagne après sa libération. Genny, remis de ses blessures, va découvrir que son père travaille dorénavant pour une faction du Système à l’étranger dans le cadre d’un trafic de diamants. Après Conte en Espagne, ces séquences en Allemagne dévoilent à nouveau les ramifications de la Camorra dans toute l’Europe.

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Les désillusions d’un fils

gomorra-la-serie-saison-2-ciro-di-marzio-genny-savastano-marco-d-amore-salvatore-espositoGenny Savastano sera face à de nombreux choix cornéliens dans cette saison 2. Il sera littéralement tiraillé entre plusieurs personnages. Ses décisions vont lui permettre de mûrir définitivement et de devenir un leader important au sein de l’organisation mafieuse. Entre la haine naissante envers son père qui se détache de lui, sa volonté de se venger de la terrible fusillade avec Ciro Di Marzio, qui a failli l’envoyer six pieds sous terre, et sa passion amoureuse naissante avec la fille d’un entrepreneur véreux dans le bâtiment offrent au comédien Salvatore Esposito de très beaux moments dans cette saison 2. Son incompréhension et son mal être face au rejet et à la dureté de son père, qui tente de s’accrocher au pouvoir, offrent de très belles séquences dans ces douze nouveaux épisodes. Genny Savastano va même s’épanouir et profiter de nouvelles opportunités positives en quittant la situation étouffante et oppressante de Naples. Par l’intermédiaire du père de sa petite amie, Genny va en effet démarrer des  affaires dans le BTP et le trafic de drogue à Rome.

Toute l’explication du terrible voyage de Genny Savastano en Amérique Centrale sera également dévoilée au début de cette saison 2 dans une séquence magistrale et effroyable. La transformation radicale sur le plan humain, physique et psychique de Genny prend alors tout son sens. Cette scène permet d’étendre l’analyse sur le trafic de drogue à grande échelle entre les camorristes de la région de la Campanie et les cartels sud-américains. Après Gomorra, Roberto Saviano s’est d’ailleurs attaqué au business de la drogue dans son dernier ouvrage Extra pure : Voyage dans l’économie de la cocaïne.

La guerre des clans aura bien lieu

A Naples, la violence est le moyen le plus compliqué mais aussi le plus pratique de devenir un entrepreneur qui gagne ; et l’atmosphère de ville en guerre qu’on respire chaque jour à l’odeur rance de la sueur ; comme si les rues étaient des salles de sport à ciel ouvert où chacun exerce sa capacité à voler, à braquer, à saccager et à tester les mécanismes du pouvoir, l’ivresse de la croissance économique. (Gomorra, Roberto Saviano, Editions Folio, p.79)

Cette saison 2 se présente donc comme un habile jeu de pouvoir et d’affrontements tactiques voire politiques. Les ravages de la fin de la première saison ont eu pour conséquences indirectes de renouveler le casting. De nouveaux personnages charismatiques font donc leur apparition tout au long de ces douze épisodes. La plupart sont des camorristes à la tête des places de deals ou dans des postes clés de l’organisation comme le chimiste responsable des « coupes » parfaites de la drogue. L’affaiblissement du clan Savastano et les pratiques de Salvatore Conte vont soulever une vague d’indignation et de révolte chez les principaux responsables des places fortes du trafic de drogue à Naples. Ciro Di Marzio va une nouvelle fois tenter de tirer les marrons du feu.

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Les choix scénaristiques radicaux de la saison 2 pour les personnages de Ciro di Marzio et de Salvatore Conte risquent de choquer et de ne pas laisser les téléspectateurs indifférents. Bon nombre de fans de la série Gomorra pourraient même crier au scandale face aux évolutions de l’intrigue. Les rebondissements scénaristiques entre Genny et Ciro Di Marzio pourraient aussi en surprendre plus d’un. La tension qui règne entre les différents personnages est passionnante. Les intrigues politiques et stratégiques transforment les rues et les quartiers de Naples en un véritable échiquier géant dans cette nouvelle saison.

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Des mafieux romantiques ?

En situation de guerre, il n’est plus possible d’avoir des relations amoureuses ni de liens d’aucune sorte, tout peut devenir un point faible. (Gomorra, Roberto Saviano, Editions Folio, p.140)

La saison 2 permet d’aborder des thèmes plus intimes et s’intéresse notamment à la sphère de la vie privée des camorristes. Cet angle intéressant est abordé notamment à travers la fougue amoureuse de Genny Savastano avec Azzurra Avitabile. La série propose même une relecture habile de La Belle et la Bête avec les personnages de Don Pietro, replié sur lui-même dans sa tour d’ivoire, et son informatrice, Patrizia.  Ces thématiques amoureuses et intimes seront explorées sous un angle plus trouble avec les personnages de Ciro Di Marzio et de Salvatore Conte. Le déchirement personnel de Ciro et ses tourments concernant son amour pour sa femme et sa fille ainsi que sa nécessité de fuir Naples feront naître en lui de véritables sueurs froides et des idées nihilistes. Ciro Di Marzio après la fin de la saison 1 est l’homme le plus recherché de toute la Campanie. Ses actes ont fait basculer à tout jamais le quotidien de sa fille et de sa compagne. Ils seront désormais traqués sans relâche par les Sicaires du clan Savastano. Cette trame narrative va permettre au personnage de Ciro de laisser une empreinte indélébile dans l’imaginaire des téléspectateurs. La performance du comédien Marco D’Amore est exceptionnelle et fascinante avec cette partition qui n’est vraiment pas facile à assumer et qui est proprement injouable une nouvelle fois pour cette saison 2. La face cachée du personnage de Salvatore Conte, assez insoupçonnée durant la saison 1, va être également dévoilée dans ces nouveaux épisodes. Ce pan de l’intrigue permet d’ailleurs de faire également un tabou dans les milieux criminels et dans les intrigues policières. Ce personnage fascinant, très porté sur la religion, mène la vie dure depuis une saison au clan Savastano.

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Les femmes dans les griffes de la Mafia

gomorra-la-saison-2-cristina-donadio-annalisa-scianel-magliocca-place-de-deals-femmes-dans-la-mafia-camorra-naplesLe rôle des femmes est plus que jamais central dans la saison 2 de Gomorra. Les scénaristes ont proposé différents portraits saisissants de personnages féminins pour ces douze nouveaux épisodes. Ces rôles démontrent encore une fois, par le prisme de la fiction, l’importance que les camorristes accordent aux femmes. Debora, la compagne de Ciro Di Marzio et Nina, la bien-aimée de Salvatore Conte, apportent des rebondissements saisissants et poignants au début de la saison 2. D’autres personnages féminins illuminent les nouveaux épisodes de Gomorra : de la jeune femme amoureuse du chauffeur de clan adverse, à la perfide camorriste qui contrôle une place de deal, sans oublier Azmera (la jeune femme noire à la tête d’un commerce et qui partage sa vie avec le brillant chimiste qui fait des merveilles), jusqu’à l’inoubliable Patrizia, qui sera au service de Don Pietro pendant sa cavale ubuesque. L’ensemble des comédiennes livrent une partition exceptionnelle, sublimée par une écriture ciselée et les détails diaboliques du scénario. Ces nouveaux personnages apportent une touche bénéfique à la série et interrogent sur le rôle des femmes dans la mafia et sur le féminisme. Ce rôle majeur des femmes dans la saison 2 est d’ailleurs lié aux conséquences des nombreuses arrestations et suite à la vague impitoyable d’assassinats. Les femmes se retrouvent alors en première ligne pour gérer les affaires du clan suite à la perte d’un proche ou lorsqu’un mari ou un frère est décédé ou emprisonné.

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Sortez les mouchoirs !

Cette vague d’épisodes s’apparente à une saison lacrymale. De nombreux personnages trépassent. La violence franchit encre un nouveau cap dans cette saison expéditive sur la guerre des clans à Naples. Le rythme est beaucoup plus soutenu. Le sacrifice est une notion importante dans cette saison. De nombreux personnages traverseront de terribles rites de passage. Le désir et la peur ou bien encore Eros et Thanatos animent les camorristes cette saison. Ces nouveaux épisodes présentent des personnages aux multiples facettes qui se battent et luttent contre des démons intérieurs.

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La saison 2 n’est donc pas un calque des douze premiers épisodes. De nombreux événements inattendus changeront totalement les protagonistes de la série, leur personnalité, leurs relations et leurs univers. Le foisonnement de personnages inédits et la violence expéditive de cette saison 2 pourraient déboussoler un grand nombre de fans de la toute première salve d’épisodes en 2014. Cette fièvre criminelle et sanguinaire qui touche les clans à Naples dans la saison 2 fait écho malheureusement à des faits réels évoqués dans l’ouvrage de Roberto Saviano (des vagues d’assassinats pour des contrôles de place de deals dans les années 1990 et 2000) et même à des faits divers (le règlement de compte à Duisbourg en Allemagne 2007).

La saison 2 est en effet assez impitoyable pour les nerfs des téléspectateurs. Certains choix au niveau du scénario sont très clivants. La violence froide et implacable de la saison 2 laisse bouche bée à de nombreuses reprises. La mise en scène de certaines séquences contribue à des moments cultes de la série (notamment la cérémonie religieuse avec Conte et la fusillade dans le restaurant en Allemagne).

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« Je suis ton père ! »

Le final à couper le souffle fait partie des cliffhangers les plus intenses de l’année 2016 pour une série télévisée. L’ultime épisode s’apparente à une relecture camorriste survitaminée des scènes cultes entre Luke Skywalker et Dark Vador dans la trilogie Star Wars d’origine, signée George Lucas.

Le bémol concernant l’absence d’un véritable générique, qui forge généralement l’identité d’une série et marque à jamais les téléspectateurs, n’a malheureusement pas été corrigé pour cette saison 2. La bande-son de la série et les titres de musique urbaine, distillés tout au long des douze nouveaux épisodes, sont en revanche toujours de bonne qualité.

Stefano Sollima (la série Romanzo Criminale, ACAB, Suburra) a réalisé les épisodes 1, 2 et 3. Francesca Comencini (Une journée à Rome, La lumière du lac, Pianoforte, A Casa Nostra) a repris le flambeau pour les épisodes 4, 9 et 10. Claudio Giovannesi (Fiore, Ali à les yeux bleus) s’est attaqué aux épisodes 7 et 8. Claudio Cupellini (Une vie tranquille, Alaska) s’est consacré aux épisodes 5 et 6. Il s’est également chargé du final époustouflant de la saison 2 avec les épisodes 11 et 12.

gomorra-saison-2-ciro-di-marzio-salvatore-conte-roberto-savianoCette seconde saison a pu bénéficier d’un rythme un peu plus soutenu. Cette nouvelle plongée dans l’univers de la Camorra et dans l’enfer des quartiers sensibles de Naples laissera une empreinte assez indélébile aux spectateurs. Le niveau de violence a été également revu à la hausse. La série parvient malgré tout à se renouveler et tient toutes ses promesses. Le pari était difficile à relever après la qualité des douze premiers épisodes.

Tournée au printemps 2017,  la saison 3 de Gomorra sera programmée dès le 17 novembre 2017 en Italie. Les rues de Naples vont être malheureusement encore une fois maculées par des rivières de sang. La guerre des clans s’annonce impitoyable. Un énorme twist, né sur Internet, pourrait bien concerner l’un des personnages principaux et réserver bien des surprises aux fans de la série et du FC Barcelone. Canal + devrait diffuser la saison 3 de Gomorra en France dans la foulée de sa programmation en Italie.

Les saisons 3 et 4 s’annoncent particulièrement passionnantes pour les amateurs de polars et de fictions policières. Cette série européenne, même si elle ne boxe pas dans la même catégorique que Game of Thrones ou The Walking Dead, parvient malgré tout à damer le pion aux grosses productions américaines par son réalisme, ses thématiques et ses qualités indéniables. La série Gomorra signe définitivement le grand retour de l’Italie avec des œuvres de fiction de qualité pour le septième art et le petit écran comme lors de l’âge d’or de CineCittà et des Poliziotteschi, le néo-polar italien, avec notamment les acteurs emblématiques comme Tomás Milián, Fabio Testi, Luc Merenda, Henry Silva ou bien encore Maurizio Merli.

Gomorra, en deux saisons, est devenue une nouvelle série de référence du genre policier et dans les fictions à tonalité dramatique. La qualité principale de ce programme tient essentiellement grâce à la force des personnages, à son côté authentique et à la toile de fond fascinante de la vie des quartiers sensibles à Naples. Gomorra met en scène de nouveaux modèles de gangsters beaucoup plus proches de l’action et du terrain. Ces mafieux de la série possèdent tous les codes de la rue sur le plan de leur mode de vie, de leur attitude, de leurs consommations licites et illicites ainsi que du vocabulaire.

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Le succès de Gomorra en Italie est tel qu’un film parodique a vu le jour. Gomorroide est sorti en mars 2017 en Italie. Le film est une idée du trio Ditelo Voi, les humoristes napolitains Francesco De Fraia, Raffaele Ferrante et Domenico Manfredi.

Après son implication sur les adaptations de Gomorra au cinéma et pour la télévision, Roberto Saviano travaillerait actuellement à l’écriture d’une série télévisée sur la vie du colonel Mouammar Kadhafi.

Gomorra – Saison 2 : Bande Annonce

Gomorra – Saison 2 : Fiche Technique

Genre : Drame, Série policière
Réalisation : Stefano Sollima (3 épisodes), Claudio Cupellini (4 épisodes), Francesca Comencini (3 épisodes), Claudio Giovannesi (2 épisodes)
Assistant réalisateur : Enrico Rosati
Histoire : Stefano Bises, Leonardo Fasoli, Roberto Saviano
Scénario : Stefano Bises, Leonardo Fasoli
D’après un livre et une idée originale de Roberto Saviano
Interprétation :
Marco D’Amore (Ciro Di Marzio), Pina Turco (Debora Di Marzio), Fortunato Cerlino (Don Pietro Savastano), Salvatore Esposito (Genny Savastano), Marco Palvetti (Salavatore Conte), Cristina Donadio (Annalisa « Scianel » Magliocca), Lino Musella (Rosario), Fabio de Caro (Malammore), Antonio Folletto (Gabriele O’Principe), Liana Balogun (Azmera), Luca Gallone (O’Mulatto), Gianluca Di Gennaro (O’Zingariello), Ivana Lotito (Azzurra Avitabile), Gianfranco Gallo (Giuseppe Avitabile), Francesco Meoni (Mico), Alessandra Langella (Nina), Cristiana Dell’Anna (Patrizia Santoro), Denise Capezza (Marinella), Riccardo Ciccarelli (Nicola), Giovanni Buselli (Capaebomba), Vincenzo Fabricino (Pitbull), Vincenzo Pirozzi (Raffaele Magliocca)
Distribution des rôles : Laura Muccino
Directeur artistique : Stefano Sollima
Producteurs : Riccardo Tozzi, Giovanni Stabilini, Marco Chimenz, Gina Gardini
Producteur exécutif : Matteo de Laurentis
Producteurs délégués Fandango : Laura Paolucci, Andrea Salerno
Producteurs exécutifs Sky : Nils Hartmann, Roberto Amoroso, Sonia Rovai
Directeur de la photographie : Paolo Carnera
Directeur de la photographie (Costa Rica) : Ivan Casalgrandi
Société de production : Sky Atlantic, Cattleya, Beta, Fandango
Montage : Patrizio Marone en collaboration avec Andrea Prosperi
Coordination des effets spéciaux : Luca Ricci
Coordinateur des cascades : Alessandro Borgese
Décors : Paki Meduri
Costumes : Veronica Fragola
Son : Maricetta Lombardo
Ingénieur du son : Davide D’Onofrio
Musique originale : Mokadelic
Pays d’origine : Italie
Chaîne de diffusion en France : Canal +, Arte
Nb. De saisons : 4
Nb. D’épisodes :  12
Format : 45 – 50 mn
Année de production : 2016

Sortie DVD de Planète animale : une immersion au cœur de la nature

Lors de sa diffusion sur France 2, Planète Animale avait rassemblé plus de quatre millions de spectateurs. Le documentaire animalier, présenté par François Morel, sort ce mercredi 11 octobre en DVD. Une nouvelle qui a de quoi ravir les passionnés de la faune ! 

Au plus près de l’espèce animale

Produite par l’Unité d’Histoire naturelle, Planète animale est une ode à la vie. Et ce succès est pour beaucoup dû à un équilibre parfait de la réalisation : une scénarisation brillante, un dispositif à la pointe de la technologie et une incroyable musique, composée par Hans Zimmer, et qui nous plonge en un rien de temps, au plus près de la nature. Porté à l’écran par la voix de François Morel, le documentaire s’immisce dans la vie de plusieurs espèces exceptionnelles.

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En l’espace d’un instant, le spectateur se retrouve aux côtés des animaux. Voici le pari fou mais véritablement relevé par les producteurs de la série, comme l’explique le coproducteur, Tom Hugh-Jones :

« Notre but était de rendre l’expérience beaucoup plus immersive, en impliquant le public au plus près du règne animal. Si vous voulez une réaction émotionnelle de la part des téléspectateurs, il faut leur montrer les choses du point de vue de l’animal, leur faire ressentir qu’ils sont tout près de l’action. Ce type d’approche est utilisé au théâtre et au cinéma depuis des années. »

Mais Planète animale n’est pas qu’un simple documentaire. C’est une fiction qui joue énormément sur l’aspect narratif. Les épisodes sont dosés d’une pointe d’humour, d’émotion et de suspense. Les animaux se retrouvent personnifiés, ce qui apporte une certaine légèreté à l’intrigue. C’est une immersion au cœur du quotidien insoupçonné de ces milliers d’espèces animales. Contrairement à certains documentaires, Planète animale ne se focalise pas simplement sur l’aspect visuel. Le film utilise la technologie pour faire parler les animaux. Les caméramans ont placé des pièges photographiques à des points stratégiques, afin de filmer l’animal au plus près de son environnement respectif. C’est ainsi qu’on découvre, avec stupeur, d’incroyables moments de la vie de l’espèce. Et nous sommes là, au cœur de l’action. 

Planète animale est un documentaire immersif. Formateur et initiatique, drôle et reposant… la série composée de deux DVD est une incroyable découverte de la faune. Alors vivez, dès à présent, cette magnifique expérience visuelle ! 

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Format image : 1,77:1 – Format son : Français Dolby Digital 2.0 – Durée : 180 minutes

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Planète Animale est également disponible à l’unité en DVD et Blu-Ray Le 11 octobre 2017 en coffrets 2 DVD et 2 Blu-Ray 2 films de 90 minutes – Français – PVC : 19,99 € le coffret DVD et 24,99 € le coffret Blu-Ray PVC de Planète Animale à l’unité : 14,99 € le DVD et 19,99 € le Blu-Ray

Gomorra, saison 1 : Chronique acérée de la guerre des clans napolitains

A l’heure où Narcos et El Chapo cartonnent sur Netflix et après les programmes phares comme The Wire et Les Soprano, une série européenne a récemment fait basculer les codes du genre de la série policière. Le phénomène Gomorra, saison 1 dépoussière les grandes figures de la mafia et du crime organisé en embarquant les téléspectateurs dans une immersion brute au cœur des zones sensibles de Naples, territoire de prédilection de la Camorra. Stefano Sollima, Claudio Cupellini et Francesca Comencini adaptent avec maestria l’enquête édifiante de Roberto Saviano. Ces douze épisodes, à l’odeur de soufre, posent les jalons d’une série culte.

Synopsis : En Italie, la famille Savastano, dirigée par l’impitoyable Don Pietro, domine la mafia napolitaine. En concurrence avec un autre clan de la Camorra et confronté à une nouvelle génération décidée à prendre de l’importance sans respecter les codes, Don Pietro doit penser à préparer sa succession. Mais Genny, son fils, est loin d’avoir la maturité pour lui succéder. Ciro Di Marzio, bras droit loyal de Don Pietro, homme de main efficace et mentor de Genny, devra user de malice, de courage et d’influence pour défendre les intérêts de son chef.

Cette critique contient des révélations sur la saison 1. ATTENTION AUX SPOILERS.

Là où le film exposait des tranches de vie qui se finissaient rapidement dans un bain de sang, la série permet de raconter l’affrontement de clans à travers des personnages charismatiques. Le format de plusieurs saisons de douze épisodes ainsi que le scénario, ponctué de nombreux rebondissements diaboliques, vont tenir les téléspectateurs en haleine. La succession d’épisodes permet de découvrir l’envers du décor des quartiers populaires de Naples, gangrenés par le Système et la guerre des clans. Les quartiers de Secondigliano et de Scampia avec leurs tours fascinantes en forme de voile et de paquebot n’auront plus de secrets pour vous après le visionnage de la série Gomorra.

Cette volonté de coller au plus près de la réalité et des pratiques de la Mafia était déjà visible et de manière quasi documentaire dans le film de Matteo Garrone en 2008, adapté du livre de Roberto Saviano. Le spectre très diversifié des activités criminelles de la Camorra est abordé au travers des douze épisodes. La démonstration édifiante et la leçon de cinéma de Matteo Garrone s’attardaient à la contrefaçon dans les ateliers textiles clandestins, le recyclage des déchets toxiques ou bien encore l’usure, les scénaristes de la série sont allés encore plus loin. La très grande diversité des activités criminelles de la Camorra est abordée froidement et sans aucun tabou : le trafic de drogue, les assassinats, le contrôle des territoires et des places de deals, les jeux dangereux de la Camorra dans la politique locale ou lors des élections, ses acquisitions et ses investissements démesurés dans l’immobilier (l’épisode fascinant à Milan avec Genny et sa mère, Donna Imma, qui découvrent l’ampleur de l’empire immobilier qu’ils détiennent). De rares activités criminelles semblent échapper à la Camorra au regard de l’intrigue. Les prises d’otages, les paris illégaux ou bien encore la prostitution n’ont pas été abordés par les scénaristes.

Le Trône de Fer… à Naples !

Les douze épisodes dévoilent ainsi l’apprentissage de la vie à travers le prisme des plus grandes familles camorristes. Deux factions majeures s’affrontent dans la série Gomorra : le clan Savastano et le clan Conte.

Pietro Savastano, Don Pietro, est le puissant leader du clan le plus redouté en Campanie. Don Pietro est le « big boss » de la mafia. Il officie en tant que parrain depuis une vingtaine d’années à Naples. Il se prépare à laisser le champ libre peu à peu à son fils Genny, qui ne semble pourtant pas prêt à reprendre le flambeau. Genny répond en effet plus au profil d’un fiston choyé par sa maman qu’à un intraitable chef de clan susceptible de faire peur à sa propre ombre. Tel le Bouddha, Genny va devoir sortir de sa tour d’ivoire afin d’apprendre sur le terrain les ficelles de la Camorra et les codes de la rue. Don Pietro décide de confier l’apprentissage de l’école du crime à son plus fidèle porte-flingue, à l’écorché vif Ciro Di Marzio, l’un des personnages les plus emblématiques de la série. Ce rôle est interprété magistralement par le comédien Marco D’Amore, récemment vu avec un look improbable de rasta à l’affiche de Ugly Dirty People (Brutti e Cattivi), un polar déjanté signé Cosimo Gomez, présenté à l’Etrange Festival 2017. Ciro perd son père spirituel dans un règlement de compte qui tourne mal au début de la saison 1. Le personnage de Ciro, véritable homme à tout faire et larbin du clan Savstano, aura alors très vite des velléités de changement. Ciro, à la manière de Jean Le Baptiste, aura la lourde tâche d’accomplir la « cérémonie » du premier sang de Genny, le Fils prodigue du clan Savastano. Il devra l’aider à accomplir son premier homicide afin de devenir un homme, de connaître le poids d’une vie humaine et pour accéder ainsi au statut du véritable camorriste.

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A force de le rabaisser plus bas que terre et de lui confier des missions impossibles qui vont contribuer à lui donner un surnom qui impose le respect dans le milieu, Ciro Di Marzio va tout faire pour tirer les ficelles d’un plan machiavélique. Ciro est un bon petit soldat, une véritable tête brulée de la Camorra. Il rêve de gloire et de bâtir un empire pour lui, son épouse, sa fille et son frère d’arme, Rosario (interprété par Lino Musella).

Ciro Di Marzio… Ciro L’Immortel !

J’ai toujours entendu les affiliés au Système se faire appeler par leur surnom, au point que nom et prénom finissent souvent par s’effacer, par disparaître. On ne choisit pas son surnom, c’est le produit de circonstances particulières, repris ensuite par quelqu’un. Dans la camorra, les surnoms sont donc le fruit du hasard. […] Le surnom est au parrain ce que les stigmates sont au saint : un signe d’appartenance, en l’occurrence au Système. (Gomorra, Roberto Saviano, Editions Folio, p.92)

Ciro finira par se brûler les ailes. Il éprouve en réalité une haine sourde pour le clan Savastano. Ciro pourrait être tenté de se comporter en Judas. Ciro Di Marzio, malgré son physique d’ange, est l’un des personnages les plus terrifiants et les plus surprenants de la série. Sa pulsion de mort lui permet paradoxalement de garder toute sa santé mentale et son équilibre sur le fil de la vie du camorriste le plus incendiaire du clan Savastano, un véritable chien fou prêt à tout pour parvenir à ses fins.

Tel père, tel fils ?

La partition de Marco Palvetti est exceptionnelle sous les traits du boss intraitable, taiseux et bougon de la Camorra. Le personnage de Don Pietro entre ainsi au panthéon des plus grands mafieux dans une œuvre de fiction pour les besoins du cinéma ou de la télévision à la manière de James Gandolfini pour Les Soprano ou bien encore de Marlon Brando en Vito Corleone dans Le Parrain. La série se permet même le luxe avec le personnage de Don Pietro de s’attaquer avec malice, succès et moults twists à la thématique pourtant très casse-gueule des prisons et de l’enfer carcéral. Des exemples similaires et aussi brillants sont nombreux comme dans Braquo, The Night Of ou Un Prophète. Les Savastano vivent dans une propriété luxueuse à l’esthétique rococo démesurée, à quelques mètres des tours emblématiques de Secondigliano et de Scampia. Cette demeure a d’ailleurs été perquisitionnée dans le cadre d’une enquête après le tournage, dans la vraie vie, comme le précise le générique de fin de la série.

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La Mafia ? Une affaire de femmes !

La femme de Don Pietro est l’une des figures marquantes de la série également. Elle ne reste pas dans l’ombre du puissant leader à la main de fer du clan Savastano. Les décisions de Donna Imma seront lourdes de conséquences dans la saison 1. Elle va jouer un jeu stratégique et politique assez habile pour l’avenir du clan. Donna Imma permettra notamment à son fils de passer définitivement à l’âge adulte en lui confiant une mission suicide : aller négocier dans un contexte très défavorable un deal de drogue avec les cartels depuis l’Amérique Centrale. Le rôle de la mère de Genny permet à la série de disposer d’un important et très beau rôle de femme. Dans ce monde très fermé et très machiste de la criminalité et de la mafia, la Camorra est réputée pour laisser une place de choix aux femmes lorsque les circonstances l’imposent.

gomorra-la-serie-saison-1donna-imma-maria-pia-calzone-don-pietro-savastano-fortunato-cerlinoLe terrible constat des effets désastreux de l’enfermement de son mari vont pousser Donna Imma à assumer son rôle de dirigeante de l’institution face à un fils encore capricieux et immature. Donna Imma désapprouve l’influence de Ciro sur son fils et ses choix. La femme de Don Pietro jouera avec le feu avec le personnage de Ciro Di Marzio. Les vagues d’humiliation et la succession de missions périlleuses vont insuffler chez ce porte-flingue fidèle des désirs de vengeance, des accès de colère incontrôlés et des déferlements de violence insensés. Donna Imma saura également se montrer ferme et impitoyable face à l’homme de paille du clan, Franco Musi, responsable d’une erreur financière monumentale. Donna Imma tient également à contrôler les fréquentations de son fils et ne voit pas d’un bon œil notamment sa nouvelle petite amie. A force de vouloir briser Ciro et de tirer les ficelles, Donna Imma pourrait bien être dépassée par les événements. La femme à la tête du clan Savastano va malheureusement exacerber les tensions dans la saison 2 entre Genny, Don Pietro et Ciro. La comédienne Maria Pia Calzone marquera les téléspectateurs par son interprétation fascinante d’une véritable lionne dans cet univers impitoyable.

Le feu nucléaire s’abat sur Naples en pleine guerre des clans

Le clan Savastano mène une croisade impitoyable contre le clan de Salvatore Conte (prestation dantesque et savoureuse du comédien Marco Palvetti). La séquence d’ouverture de la série avec l’incendie de l’appartement sera la déclaration de guerre entre les deux factions du Système.

Ce personnage permet de dévoiler l’étendue des ramifications et du pouvoir de la Camorra bien au-delà des frontières de la baie de Naples. Conte est effectivement un mafieux napolitain de sang mais qui s’est exilé pour exercer ses activités criminelles. Il est notamment à la tête d’une boîte de nuit à Barcelone. Il est surtout responsable en sous-main de l’importation de la drogue la plus pure en provenance d’Amérique Centrale avant de parachever son acheminement pour le compte de la Camorra et d’inonder ainsi le marché italien à travers la place forte de Naples. Les discours de Conte, son côté intraitable en affaires, son catogan et sa passion pour les cigarettes électroniques participent beaucoup au charisme et à la crédibilité du personnage qui tient un peu le rôle de « bad guy ». Il va mener la vie dure au clan Savastano. Il mettra notamment les nerfs de Ciro Di Marzio à rude épreuve (la scène inoubliable du bateau, les négociations dignes de Voyage au Bout de l’enfer avec les Russes) avant de tenter de se servir de lui comme d’un bras armé dans ses projets d’éradication de la famille Savastano.

Le casting de la série est très réussi. Les « seconds couteaux » de l’organisation criminelle, des jeunes pour la plupart, sont très crédibles. Les « tontons flingueurs » du clan Savastano, les mafieux les plus âgés, sont également très attachants et crédibles grâce à l’interprétation au cordeau des acteurs. Une partie des figurants et des jeunes sont des comédiens amateurs et des habitants de Naples tout simplement. Le tour de force de la série consiste à rendre «  attachant » des anti-héros, qui ont du sang sur les mains, le sang des innocents. Tout le mérite revient au talent des acteurs qui interprètent avec maestria des petites frappes souvent aux abois,  de simples jouets entre les mains de Don Pietro et de Salvatore Conte.

Une guerre générationnelle entre les anciens du clan Savastano et les jeunes loups, proches de Genny, va plonger les rues de Naples dans L’Enfer de Dante. Une rebellion se met en place à la fin de la saison 1 entre les jeunes du clan Savastano et les mafieux plus âgés. En l’absence de Don Pietro et face à la menace du retour de Conte, le clan est tiraillé. Le code d’honneur des anciens est bafoué par la jeunesse qui ne respecte plus rien. Les mafieux les plus âgés du clan vont alors être tentés de trahir Don Pietro et de rejoindre Conte. Le final de la saison 1 se termine en apothéose digne d’un western moderne.

Y a-t-il un policier dans la salle ?

Les atouts majeurs de la série Gomorra reposent principalement sur son réalisme et sur l’absence de manichéisme. A la différence des séries américaines de qualité dans des univers criminels qui donnent la part belle à des rôles de flics inoubliables, les personnages de Gomorra sont tous impliqués dans le crime organisé. La police est reléguée à une institution secondaire aux pouvoirs limités. Les forces de l’ordre semblent totalement impuissantes pour endiguer l’influence de la Camorra. Même lorsque les chefs et les pontes des clans sont arrêtés et plongent pour une banalité lors d’un contrôle routier ou d’une saisie, une nouvelle tête apparaît dans l’organigramme du Système à la manière de l’hydre de Lerne.

La police n’est présente qu’en toile de fond. Les forces de l’ordre dans la série Gomorra sont un peu comme la machine infernale dans les tragédies grecques, des forces désincarnées venues briser le destin d’ascension des mafieux aux ambitions chevillées au corps. Les scénaristes n’ont pas souhaité confier de rôles majeurs à des inspecteurs ou à des policiers. Les amateurs de séries policières pourraient donc être surpris par cette impasse de taille dans Gomorra. La fameuse phrase « Mais que fait la police ? » pourra effectivement résonner dans la tête des spectateurs comme elle doit malheureusement traverser l’esprit de nombreux napolitains désemparés face à la violence et aux agissements de la Camorra.

Un réalisme brut

Les scènes d’action sont particulièrement réussies et intenses (la fusillade dans le bar dans les premiers épisodes, le premier assassinat de Genny, le crime atroce contre la communauté noire, l’affrontement générationnel à la fin de la saison 1). La mise en scène de ces séquences reste sobre. Il n’y a pas eu de volonté de transformer Gomorra en une guerre des gangs surréalistes avec des chutes à l’italienne dignes des westerns spaghetti, des litres de sang à la Tarantino ou des ‘bullet time’ et des ralentis à la manière du maître du polar hong-kongais, John Woo. Ces séquences d’action épurées, froides et brutales sont d’une efficacité redoutable tout au long de la série.

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L’aspect réaliste du programme et la qualité exceptionnelle de la mise en scène sont illustrées à merveille dans le cadre des épisodes sur les places de deals dans les tours et sur les toits des immeubles des zones sensibles. L’enfermement et la sensation d’étouffement des personnages impliqués dans cette dérive criminelle est d’autant plus renforcée par le cadre et l’environnement. L’architecture de Naples et les décors de Gomorra constituent presque un personnage à part entière et magnifient véritablement la série. L’essentiel du tournage s’est déroulé dans les quartiers de Scampia et de Secondigliano, au nord de Naples, avec leurs grands ensembles de béton. Ces deux quartiers, défavorisés et frappés par un taux de chômage endémique, sont les principaux fiefs de la Camorra. L’immeuble dans lequel ont été tournées les séquences de la maison des Savastano a d’ailleurs fait l’objet d’une saisie judiciaire à cause des délits de l’organisation mafieuse.

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Un scénario diabolique

La qualité de la série tient également grâce à l’évolution et aux bouleversements profonds que vont traverser les personnages. Le contexte dans lequel ils sont plongés et les tragédies auxquelles ils seront confrontées vont peu à peu forger leur caractère et permettre aux téléspectateurs de découvrir des facettes insoupçonnées et les ressources de chacun des personnages. Ces spécificités apportent ainsi un nouveau souffle au programme et dynamitent l’intrigue à de multiples reprises. La série Gomorra comporte des éléments fascinants sur l’aspect sacrificiel de la destinée et de la trajectoire des personnages.

Là où le film de Matteo Garrone adaptait avec maestria des pans entiers du livre, la série réutilise des situations et des allusions clés directement inspirées du travail d’enquête mené par Roberto Saviano à Naples et relatés dans ses écrits en 2006. Certaines scènes de la série sont des transpositions très fidèles du constat amer de Roberto Saviano sur le terrain. Parmi les exemples les plus marquants dans la saison 1 concernant les transpositions directes entre le livre et la série, la séquence de l’enterrement avec le curé rouge, qui a le courage de dénoncer dans son homélie les dérives mafieuses, est très marquante. Le lourd tribut payé par cette jeunesse sacrifiée sur l’autel du crime ainsi que les actes de tortures atroces pour envoyer un signal ou obtenir des renseignements sont des aspects également directement évoqués dans le livre. Ces pratiques révoltantes prennent une tournure malsaine et macabre à la fin de la saison 1. Les épisodes de la série Gomorra parviennent à égaler le tour de force du film de Matteo Garrone concernant le triste sort de la jeunesse napolitaine, livrée aux tentacules de la « pieuvre », qui cède à l’emprise de la mafia.

Une série sociale et critique

La télévision était la meilleure façon de suivre le déroulement de la guerre en temps réel, sans devoir passer de coups de téléphone compromettants. De ce point de vue, l’attention que les médias accordaient à Scampia alimentait les stratégies de combat. (Gomorra, Roberto Saviano, Editions Folio, p.165)

« The Revolution Will Not Be Televised » chantait pourtant Gil Scott-Heron. La saison 1 de Gomorra s’attaque donc à la télévision et à son voyeurisme. La série porte un regard critique sur le rôle des médias et des chaînes d’information en Italie vis-à-vis du traitement médiatique des agissements de la Camorra. Les assassinats et les activités liées au trafic de drogue apparaissent souvent dans des reportages à la télévision dans le cadre de la sacro-sainte course à l’audimat. Les malfrats et les camorristes eux-mêmes sont littéralement biberonnés, drogués et attirés par ces images de tragédies et de crimes dans de nombreux épisodes. La série dénonce ainsi le rôle des médias, leur manque d’éthique et les conséquences négatives à terme sur l’image de la ville de Naples et des quartiers  sensibles.

La série interroge également sur les frontières poreuses en Europe lorsque Salvatore Conte revient à Naples avec un faux passeport. Il traverse l’Espagne, la France et l’Italie sans encombre malgré un contrôle routier effectué par notre Gendarmerie nationale sur la Côte d’Azur lors d’une scène savoureuse.

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Une ambiance sonore unique

La bande-son exceptionnelle de la série constitue un autre atout majeur de Gomorra. La musique originale de Mokadelic et les thèmes principaux en fond sonore sont d’une justesse fascinante. L’atmosphère musicale renforce la dureté, l’aspect tragique et évoque malheureusement la chape de plomb qui fait partie du quotidien des camorristes et des habitants des quartiers défavorisés de Naples.

Même si certains titres de musique électronique sont joués lors de scènes dans des boîtes de nuit ou si certains jeunes napolitains écoutent des ballades italiennes dans quelques épisodes, la série baigne principalement dans une influence musicale issue de la culture hip-hop napolitaine avec plusieurs titres de rap en italien, tous plus exceptionnels les uns que les autres. Même les personnes les plus réfractaires au genre pourraient se laisser séduire tant ces titres collent parfaitement à l’esthétique de la série et à l’environnement dépeint.

La série connait effectivement un véritable succès auprès des fans de hip hop et dans les quartiers populaires du monde entier. A la manière de La Haine de Mathieu Kassovitz ou de La Cité de Dieu, la série Gomorra se focalise sur la dure réalité suffocante des zones sensibles de Naples sous l’emprise de la Mafia. Le quotidien des camorristes, leurs codes, la vie de caïds qui se brûlent les ailes constituent une tragédie des temps modernes qui peut fasciner une partie de la jeunesse ébahie devant Scarface.

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Gomorra ne cherche pas pour autant à glorifier la violence ou ses personnages de malfrats. L’argent ne coule pas à flot. Les chances de sortir de son milieu social et de quitter Naples sont maigres. Les filles en bikini sont plutôt dans les clips de rap qu’aux pieds des tours de Scampia et de Secondigliano. La mort est souvent au rendez-vous. Lorsque la guerre est déclarée, les codes d’honneur semblent être définitivement oubliés. La vie des principaux protagonistes ne tient alors plus qu’à un fil. De nombreux personnages sont ainsi abattus froidement. La saison 2 sera d’ailleurs le cadre d’actes particulièrement violents et clivants.

La série Gomorra est totalement sans filtre comme le démontrent certaines séquences dans la saison 1 comme l’attitude du personnage de Ciro Di Marzio dans le terrible final. Il remuera ciel et terre afin de retrouver la trace de son jeune protégé, Danielino, quitte à recourir à l’intimidation, la violence et la torture. Les tensions communautaires et le racisme de certains truands sont également clairement abordés d’ailleurs à travers la séquence qui fait froid dans le dos lors de la fusillade dans le quartier où réside une forte proportion d’immigrés originaires d’Afrique noire.

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Il est vivement recommandé de visionner la série en version originale. Même si la langue de Dante et le patois napolitain vous sembleront étrangers, les échanges musclés en Italien de la série Gomorra constituent un véritable atout.

Un des rares points faibles de la série concerne l’absence d’un générique principal digne de ce nom. Les lettres de la série Gomorra, qui se dessinent sur une plaque rouillée, et l’absence d’une musique phare dénotent un peu. Cette absence criante de générique au début de chaque épisode aura au moins le mérite de ne pas perturber les amateurs de binge watching, qui pourront ainsi enchaîner les douze épisodes sans recourir à la fonction avance-rapide sur leur télécommande. Le titre emblématique du programme, signé NTO’ et Lucariello (Nuje Vulimme ‘na Speranza) intervient en réalité au moment du générique de fin de chaque épisode, qui est ponctué d’ailleurs d’instantanés de l’épisode suivant. Ce détail risque d’ailleurs d’irriter les personnes qui cherchent à éviter les spoilers à tout prix.

Stefano Sollima (la série Romanzo Criminale, ACAB, Suburra) a réalisé les épisodes 1, 2, 3, 4, 6, 11 et 12. Francesca Comencini (Une journée à Rome, La lumière du lac, Pianoforte, A Casa Nostra) était derrière la caméra pour les épisodes 5 et 7. Claudio Cupellini (Une vie tranquille, Alaska) a repris la casquette de réalisateur pour les épisodes 8, 9 et 10.

Hollywood tremble devant Gomorra

La série rivalise avec les grosses productions américaines. Gomorra est notamment parvenue à réaliser de meilleures audiences en Italie que Game of Thrones. Gomorra est un peu l’anti Breaking Bad. La série italienne délivre en effet une véritable approche quasi sociologique du trafic de drogue et des places de deals à Naples dans de très nombreux épisodes, là où son modèle américain se cantonnait uniquement au parcours fou des personnages emblématiques (Pinkman et Heisenberg) face aux cartels de Tuco et Gustavo Fring. La réalité concrète du trafic à Naples, la transformation des quartiers, les files d’attente des « clients » en manque ou bien encore le travail des guetteurs sont dévoilés de manière brute avec un souci de réalisme constant. Gomorra met en place une analyse en profondeur (économique, politique et sociologique) qui fait mouche. La série s’attache à démontrer la vision capitaliste des truands de Scampia et de Secondigliano.

La saison 1 de Gomorra est une totale réussite. Les téléspectateurs sont tenus en haleine tout au long des douze épisodes sans aucun temps mort. Cette série sans concession et très réaliste sur l’emprise de la Camorra à Naples est une production européenne de grande qualité à découvrir de toute urgence si ce n’est pas déjà fait. Gomorra est un véritable coup de maître. Ce programme dévoile l’envers du décor sur la vie dans les quartiers sensibles de Naples. Les personnages charismatiques de la série hantent littéralement les téléspectateurs par leur présence et leur magnétisme. Gomorra est rapidement devenue une nouvelle référence du genre dans la catégorie série policière. Le programme a gagné le statut de série culte depuis sa diffusion en Italie, puis sur Canal + et Arte en France.

Gomorra – Saison 1 : Bande Annonce

Gomorra – Saison 1 : Fiche Technique

Genre : Drame, Série policière
Réalisation : Stefano Sollima (7 épisodes), Claudio Cupellini (3 épisodes), Francesca Comencini (2 épisodes)
Assistant réalisateur : Enrico Rosati
Histoire et Scénario : Leonardo Fasoli
Directeur d’écriture : Stefano Bises
D’après le livre et une idée originale de Roberto Saviano
Interprétation : Marco d’Amore (Ciro Di Marzio), Fortunato Cerlino (Don Pietro Savastano), Maria Pia Calzone (Donna Imma), Salvatore Esposito (Genny Savastano), Marco Palvetti (Salavatore Conte), Domenico Balsamo (Massimo), Massimiliano Rossi (Zecchinetta), Elena Starace (Noemi), Antonio Milo (Attilio O’trovatello), Carmine Battaglia (Pino), Christian Giroso (O’Cardillo), Giovanni Buselli (Capaebomba), Carmine Monaco (O’Track), Alessio Gallo (Tonino Spiderman), Emanuele Vicorito (O’Pop), Fabio De Caro (Malammore), Pina Turco (Debora Di Marzio), Claudia Veneziano (Maria Rita Di Marzio), Gaetano Di Vaio (Baroncino), Giovanni Allocca (Zingaro), Ivan Boragine (Michele Casillo), Oscar Di Maio (Fabbretti), Walter Lippa (Pisciavindola), Lino Musella (Rosario), Alfonso Postiglione (Fringuello), Salvatore Presutto (Mino Migliavacca), Vincenzo Esposito (Danielino), Denise Perna (Manu), Antonio Orefice (Bruno), Sidy Diop (Tokumbo), Susy Benedetto (Marta), Antonio Zavatteri (Franco Musi)
Distribution des rôles : Laura Muccino
Développement de la série : Giovanni Bianconi, Stefano Bises, Leonardo Fasoli, Ludovica Rampoldi, Roberto Saviano
Directeur artistique : Stefano Sollima
Directeur de la photographie : Paolo Carnera
Producteurs : Riccardo Tozzi, Gina Gardini, Andrea Salerno, Giovani Stabilini, Marco Chimenz
Producteur exécutif : Matteo de Laurentis
Producteur associé : Maurizio Tini
Sociétés de production : Sky Atlantic, Fandango, Cattleya, Beta
Montage : Patrizio Marone, Andrea Prosperi
Coordination des cascades : Alessandro Borgese
Coordination des effets spéciaux : Luca Ricci
Son : Maricetta Lombardo
Ingénieur du son : David D’Onofrio, Luca Novelli
Décors : Paki Meduri
Costumes : Veronica Fragola
Musique originale : Mokadelic
Pays d’origine : Italie
Chaîne d’origine : Sky Atlantic
Chaînes de diffusion en France : Canal +, Arte
Nb. De saisons : 4
Nb. D’épisodes par saison : 12
Format : 45-50 mn
Année de production : 2014

Blade Runner 2049, Le Sens de la Fête… les films du week-end

Confident Royal, Va, Toto !, Téhéran tabou, Dans la forêt enchantée, Fantasmes et fantômes, Vienne avant la nuit, Capitaine Superslip… Chaque semaine, une dizaine de nouveaux titres se partagent l’affiche. Que faut-il voir cette semaine au cinéma ? La rédaction fait le tri pour vous. Ce week-end on vous conseille…

Blade Runner 2049, de Denis Villeneuve avec Ryan Gosling, Harrison Ford, Ana de Armas (2h43)

Dire que l’on redoutait Blade Runner 2049 tenait du plus pur euphémisme tant son aîné avait jadis ébranlé le milieu de la science-fiction. Et, pourtant, passé le générique, un seul constat : Denis Villeneuve a réussi son pari, faisant de son film une splendeur visuelle entrecoupée de questionnements existentiels & politiques lancinants.

Le Sens de la Fête, de Olivier Nakache et Eric Toledano avec Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche (1h57)

Avec ce projet né après les événements dramatiques qu’ont connu la France et le monde, les deux frères de la comédie française se sont demandés comment ils allaient encore pouvoir faire rire et ressouder les esprits. En piochant dans leurs histoires personnelles de jeunesse et les petits boulots qu’ils avaient fait ensemble, Toledano et Nakache réussissent le pari en sortant Le sens de la fête qui divertit tout en faisant, comme toujours, passer un message.

Happy End, de Michael Haneke, avec Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Matthieu Kassovitz (1h48)

Douzième film du cinéaste autrichien, Happy End est un joyeux massacre bourgeois qui manque cependant de cœur et d’audace. Bien moins anxiogène que le reste de sa filmographie, Happy End n’en reste pas moins un film froid et calculateur qui apparaît comme la somme des thématiques propres au cinéaste, soit l’éclatement d’une famille aisée et la fin de vie.

Latifa, le cœur au combat, de Olivier Peyon et Cyril Brody (1h37)

Les réalisateurs Olivier Peyon et Cyril Brody, pour leur troisième collaboration ont suivi Latifa Ibn Ziaten pendant plus d’un an. Ils en tirent Latifa, le cœur au combat, une œuvre porteuse de paix d’une grande force, et un documentaire nécessaire.