Happy Birthdead a cartonné dès la première semaine de sortie au États-Unis, détrônant au box office en première semaine d’exploitation Blade Runner 2049. Ce slasher-movie Blumhouse – n’ayant amassé que 71 millions – fonctionne à tous les points de vue et on vous dit pourquoi…
Synopsis : Tree Gelbman est une étudiante contrainte de vivre la même journée tout en étant confrontée à un tueur masqué. Elle doit donc vivre cette même journée encore et encore, afin de découvrir l’identité du tueur au masque de bébé.
Malgré un sujet très succinct: revivre le même jour jusqu’à arrêter de mourir, une mise en scène dynamique et maîtrisée digne d’un épisode d’une série TV (pour ne citer que « Life Serial » 05×06 de Buffy), et surtout les pointes d’humour quasi référencées, sans oublier le jeu de Jessica Rothe (La la land, Mary + Jane) inconnue jusqu’alors au bataillon, Happy Birthdead ne peut que faire mouche et ce auprès de tous les publics, malgré un habillage teenage éculé.
Who dunnit : quand Scream ou Destination Finale rencontre Un Jour sans fin
Le réalisateur est le fils de l’acteur producteur Michael Landon (La Petite maison dans la prairie) et a déjà fait ses armes en travaillant aux scénarios de Paranormal Activity 2, 3, 4, jusqu’à réaliser le spin-off. Alors ce n’est pas certes un gage de qualité de prime abord, et pourtant, s’il y a des talents à signaler, il faut le faire : David F. Sandberg, Fede Alvarez, James Wan qui depuis plus d’une décennie est déjà culte grâce ses trois sagas, Saw, Insidious, The Conjuring… Christopher Landon en est à son troisième long métrage, après le film de fantômes de la saga créée par Oren Peli, (P.A. The Marked Ones), et le film de zombies (Manuel de survie à l’apocalypse zombie uniquement sur Netflix), il se tourne au slasher sur des bases et un fond « déjà-vu », le milieu post- teenage et la fac américaine. On comprend très vite qu’il a dévoré tous les opus de Destination Finale, tant le macabre est habilement tissé de dérision sur les possibles morts de Tree Gelbman. A la fois donc léger et sérieux dans ce qu’il traite, le long métrage, à l’humour noir salvateur, se calque sur le supplice d’une mort certaine en fin de journée si justice n’a pas été faite, jusqu’à possiblement user des clichés propres aux films d’horreur pour les contourner.

Concernant l’article en lien ci-dessus, bon nombre sont donc d’usage. La fille qui tombe, l’autorité inefficace, le piège de la voiture, le message sur l’abstinence (très US by the way), la fausse fin, le couteau, le masque etc, en rajoutant la fausse cachette de la baignoire, se croire en sécurité chez soi, l’homosexuel qui se cache, la beuverie, la réconciliation avec la figure paternelle… De la part d’un cinéphile, la réception est plus compréhensible, d’autant plus que la référence à Sueurs Froides et l’escalier en spirale est évidente. Le plaisir devient coupable lorsque le titre « Confident » de Demi Lovato vient rythmer la séquence d’enquête durant laquelle Tree tente de démasquer les potentiels suspects. On est proche de la dynamique d’How to Get Away with Murder qui, sur une musique sexy et électrisante, restitue l’essence captivante d’un who dunnit agatha christinien. Cette séquence se termine par un effet de transition remarquable qui la replonge dans ce lit de départ étudiant. Les plus acariâtres se plaindront d’univers, figures ou détails déjà-vu : le médical, l’amphithéâtre, la course poursuite au parking ou la musique montée en puissance à la Bernard Hermann, circulaire angoissante très travaillée relativement stridente à la Death Silence qui utilisait les sonorités du jouet carrousel pour enfant, ponctuée ici de poussées abyssales. Le compositeur Bear McCreary compose essentiellement pour la télévision avec les bandes originales de Battlestar Galactica, Defiance, Davinci’s Demon, Marvel : Les Agents du S.H.I.E.L.D, Black Sails, Outlander ou encore Damien. Nous remarquerons que la séquence intérieure avec sa coloc est jouée en fond sur « Ophelia« de The Lumineers proposant une brève rupture indie folk réconfortante.

Il faut remarquer que le co-scénariste, Scott Lobdell, est spécialiste de science-fiction. Il a travaillé sur nombre de comics notamment sur les albums de la franchise X-Men et soumet ici, un récit à la fois pêchu et ambitieux. S’adressant à la génération Y ayant baigné dans les séries américaines adolescentes où le campus universitaire est le principal lieu de tous les crimes (Dawson, Buffy, Beverly Hills, La Guerre des Stevens, Sauvé par le gong ou plus récemment Smallville, Community, Greek, Friday Night Lights…), Happy Birthdead s’articule comme une série MTV(+)/Netflix(-) avec le courage et les moyens d’un blockbuster. Critiquons le ressassé, mais remarquons l’ingéniosité aux multiples influences de ce pop corn slasher movie qui s’attaque à l’utile et l’agréable comme une oeuvre de Poe, Gautier, K. Dick ou Lovecraft ferait matière noble du concept freudien de l’inquiétante étrangeté.

Nous ne sommes jamais laissés de côté et le plaisir donc coupable est entier. Christopher Landon propose un slasher movie plus intelligent qu’il n’y paraît. A la manière d’une fable un peu déconcertante, Happy Birthdead, confirmant que l’horreur est devenu le genre le plus rentable d’hollywood, s’adresse à tous ceux qui ne prennent pas le temps de renouer avec leur parent, de se regarder vraiment dans un miroir pour prendre conscience de toute la superficialité que notre société, régie par les apparences, nous conduit à admettre comme seule loi. Mais aussi et surtout de faire le deuil des mauvais choix quitte à devoir lutter pour notre propre survie. Le prince charmant est loin d’être synonyme de beauté ou d’intelligence. Le grand méchant loup n’est pas seulement le psychopathe tueur en série. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois et notre anniversaire est loin d’être le plus beau jour de l’année. Ça tout le monde l’avait compris…
Happy Birthdead – Bande Annonce
Happy Birthdead – Fiche Technique
Titre original : Happy Death Day – Bonne fête encore ! (titre québéquois)
Réalisateur : Christopher B. Landon
Scénario : Christopher B. Landon et Scott Lobdell
Interprétation : Jessica Rothe (Tree Gelbman), Israel Broussard (Carter Davis), Ruby Modine (Lori), Annika Harris (Jodie), Rachel Matthews (Danielle), Charles Aitken (Gregory)…
Photographie : Toby Oliver
Montage : Gregory Plotkin
Musique : Bear McCreary
Décors : Gretchen Gattuso
Producteurs : Jason Blum, Angela Mancuso, Ryan Turek, John Baldecchi et Seth William Meier
Société de production : Blumhouse Productions pour un budget de 5 millions $
Distributeur : Universal Pictures
Durée : 95 minutes
Genre : horreur – slasher – thriller
Date de sortie : 13 octobre 2017 (usa) – 15 novembre 2017 (France)
L’institution qu’il embrasse cette fois-ci est la NYPL (New York Public Library), une bibliothèque pas si municipale, en tout cas pas si publique puisqu’en plus de ceux de la Mairie de New-York, des fonds privés la financent. Avec son bâtiment phare bordant Bryant Park vers la Cinquième avenue, la bibliothèque possède plus de 90 autres annexes disséminées sur Manhattan, Staten Island et le Bronx, Brooklyn et le Queens ayant quant à eux leur propre structure. C’est dire si Wiseman a eu de la matière, c’est dire si les opportunités d’anecdotes sont pléthoriques.
Mais Ex-Libris n’est pas un pamphlet. Frederick Wiseman ne le limite pas à cette seule thématique, même si encore une fois, elle est assez centrale dans le film. C’est une immersion totale dans cet univers de connaissances qu’il propose, au point que le passage d’une annexe à l’autre aux quatre coins des trois boroughs new-yorkais concernés n’est matérialisé que par les panneaux de signalisation verts au croisement des rues. Aucun cartel ne fera sortir le spectateur de la bibliothèque et de ses annexes, depuis ses entrailles, où on voit les employés trier la masse impressionnante des retours et des prêts de livres, jusque dans ses salles de réunions, où des seniors racontent leur lecture de l’Amour aux temps des Choléras de Garcia Marquez au travers de leurs émouvantes vies, depuis ses halls où des sans-abri cherchent de la chaleur, ou encore depuis ses grandes salles de lecture où une personne intéressée par le cancer colorectal en côtoie une autre, intéressée par des personnes particulières vivant dans une ville particulière en Autriche. Aucune distraction ne perturbera le spectateur dans sa rencontre avec les invités d’un jour, Elvis Costello ou Patti Smith, avec le Conseil d’Administration de la bibliothèque, préoccupé essentiellement par le budget et le moyen d’en disposer de plus pour exercer ce qui s’apparente à un vrai devoir citoyen. La beauté du savoir telle que donnée à voir par le grand cinéaste donne des frissons, un morceau de musique au piano, un texte lu par un célèbre céramiste britannique, un groupe de femmes senior esquissant des pas de danse sur le Celebration des Kool & the Gang, des lecteurs de tout poil, tout ça et tant d’autres petites pépites encore font partie d’Ex-Libris, un film qui parle certes des livres, mais tellement d’autres choses que la NYPL offre et qui font du lien entre les usagers, entre les hommes, rebondissant ainsi sur le leitmotiv du cinéaste.
A 87 ans, et près de 100 films plus tard, Frederick Wiseman étonne encore par sa capacité à nous emmener dans ses voyages poético-politiques, sociologiques, humains tout simplement. Ses films en général, et Ex-Libris en particulier redonne du sens aux institutions qu’il étudie, et redonne du sens à nos existences qui se trouvent ainsi ancrées dans les balises que Wiseman trace. Et même si son ambition est de faire un portrait critique de plus en plus exhaustif de son pays, les États-Unis, tout finit toujours par retentir auprès d’un public largement international, dont la France qui semble s’intéresser de plus en plus à son œuvre, pour notre plus grand bonheur…



M est un premier film qui n’hésite pas à foncer dans les clichés des histoires d’amour grandiloquentes, impossibles et qui finissent bien en général. Pourtant, Sara Forestier y distille de la douceur comme de la brutalité et donne au personnage de Lila une interprétation plutôt touchante. On regretta seulement un sens de la mise en scène plutôt minimaliste voire absent, les plans se succèdent sans audace particulière, et surtout sans construction savante. Cependant, ce n’est peut-être pas ce que recherche Sara Forestier qui décide avec M de se placer du côté de l’émotion, en refusant de prendre des postures et en osant même la naïveté assumée dans la construction de son histoire d’amour centrale : du coup de foudre au rabibochage express. Le film finalement lui ressemble : fougueux et naïf, doux et rugueux, fonçant dans le corps à corps des gens qui s’aiment, qui se racontent et qui s’écorchent, toujours à vif. La mise en scène est une mise en scène du corps, sans cesse clouée à eux, à leurs désirs, à leurs douleurs. Ainsi, Mo (le fameux « M » du titre, mais pas que) est un homme sec et nerveux. Sara Forestier répète ainsi à loisir (en interview) que Redouanne Harjane a dû perdre 20 kilos pour ce rôle. C’est d’ailleurs son tout premier rôle qu’il interprète tel un animal en cage. Il dessine un être blessé, un gueulard qui roule à fond dans sa bagnole de « sale type » ou de « frimeur » comme dirait sœur de Lila, petite fille sauvage, elle aussi. Pourtant, il joue surtout une fêlure, un gars qui veut une toute petite souris à protéger et qui ne supporte pas trop quand elle sort de sa cage, s’épanouit. Mais Lila n’est pas prête à se ratatiner devant lui. Elle va aller percer son secret, l’émouvoir comme jamais, l’accompagner. S’aimer c’est aussi parfois être la béquille de l’autre, son cocon, un peu à la « toi et moi contre le reste du monde ».
L’originalité ou du moins l’intérêt du propos de Sara Forestier tient peut-être dans sa réflexion sur le langage ou du moins l’impossibilité à le faire émerger. Quand Mo rencontre Lila, elle ne parle pas ou plutôt elle refuse de parler, par peur du ridicule, par crainte de ne pas parvenir à terminer sa phrase à temps. Elle est bègue et en a honte. Elle veut alors faire un dessin à Mo, écrire, mais lui qui ne sait pas lire et ne veut pas le dire le prend très mal. Il se jette donc sur elle, la griffe, l’emprisonne, la force à sortir un cri. C’est le temps du corps à corps, des séances de lutte doucereuses entre les deux amants (avant les séances de lutte tout court). Il a 30 ans, elle en a 18 (même si on peine un peu à croire à cette histoire de Sara Forestier qui passe le bac). On sent très bien les influences d’une actrice qui a fait ses débuts auprès d’Abdellatif Kechiche. Il n’y a pas de concession. Il y a de la poésie (métaphorique et réelle, balancée comme ça sur un fond noir, ce sont les mots de Lila), sur les contraires qui s’attirent, le besoin de réconfort. Il y a donc beaucoup de déjà-vu dans M, mais aussi des scènes très atypiques, comme ce coup de foudre improbable, cette longue non-conversation dans la voiture, où rien ne sort, un dîner improbable dans un restaurant. Et tous ces moments où le corps ne peut plus rien quand se sont les mots qui doivent sortir et que rien ne vient, quand c’est trop dur, quand on ne veut plus. Récemment, Sara Forestier a dit combien

à son entourage et sa famille, et cela permet une meilleure respiration. Par conséquent, Bruno Todeschini ne tient pas le haut du podium tant il est effacé du tableau. Le personnage de la meilleure amie jouée par Anne Dorval peut sembler plus adjuvant que réelle entité, mais pourtant son implication est entière. La plus grande surprise vient de Marie Jule Baup et de son personnage, la nouvelle compagne de l’ex mari, qui ne semble pas avoir inventé l’eau chaude et pourtant d’une gentillesse et d’une humanité sans limite qui la rend la plus intelligente de tous. Karin Viard occupe tout l’espace, tout le champ. Si l’on se reconnait par ses traits sarcastiques et maladroits, dans ses propos peu réfléchis, l’empathie crève l’écran. Mais si le spectateur se tient à quelques lieux de ce genre de problème, la dépression, la maladresse, le mal être intériorisé, il sera probablement moins réceptif à toutes les nuances et les subtilités de l’écriture. Ce qui pose une question cinéphilique et théorique intéressante à (re)soulever : faut-il se reconnaître pour entrer dans la fiction?¹. François Mauriac déclare dans Le romancier et ses personnages en 1933 que les personnages de roman – à étendre à la fiction – « nous aident à nous mieux connaître et à prendre conscience de nous-mêmes. »

