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Si tu voyais son cœur : rencontre avec Joan Chemla et Karim Leklou

Découverte de Si tu voyais son cœur à l’occasion de l’Arras Film Festival édition 2017. Premier film de Joan Chemla, Si tu voyais son cœur suit un jeune homme qui, traumatisé par la mort accidentelle de son meilleur ami, sombre dans les bas-fonds et les méandres de la folie. Rencontre avec la réalisatrice et l’acteur Karim Leklou.

Synopsis : Suite à la mort accidentelle de son meilleur ami (Nahuel Perez Biscayart), Daniel (Gael Garcia Bernal) échoue à l’hôtel Métropole, un refuge pour les exclus et les âmes perdues. Rongé par la culpabilité, il sombre peu à peu dans la violence qui l’entoure. Sa rencontre avec Francine (Marine Vacth) va éclairer son existence.

Planète FM 99.9 – Bienvenue à l’Arras Film Festival pour sa dix-huitième édition. Peut-on revenir sur la genèse du film ?

« Le film est né d’un très court roman autobiographique cubain, Mon Ange, de Guillermo Gonzales que j’ai très librement adapté. L’histoire est celle d’un exilé cubain à Miami, et j’ai essayé de la recontextualiser pour raconter l’histoire d’un exilé gitan à Marseille. »

Le Quotidien du Cinéma – Le film est un univers mental autour du personnage. Il aurait pu être assez abstrait mais vous l’ancrez dans une réalité sociable tangible et reconnaissable. Est-ce que pour vous cette manière de ménager les deux était une priorité dès la conception ?

« Absolument. Il y a un maillage de tons assez singuliers dans le film. Et c’était quelque chose que j’ai eu envie de travailler dès le départ. Et les frontières entre le concret et l’onirisme, le lyrique sont assez poreuses. Par rapport à Marseille, je m’en suis vraiment servie comme un décor. J’ai davantage plié la ville à ma conception que l’inverse, c’est-à-dire cette impression d’être dans un pays qu’on ne reconnaît pas nécessairement, ce qui donne peut-être ce sentiment d’être à la fois ancré complètement dans une réalité pour finalement mieux s’en départir et raconter une histoire plus universelle. »

Daniel (Gael Garcia Bernal) face au cerbère de son enfer (Karim Leklou)

CineSeriesMag – Comment avez-vous travaillé le glissement qu’opère le film à partir de situations concrètes, réelles et plutôt festives vers cet espace mental et les bas-fonds ? Avez-vous l’idée du montage non linéaire dès le scénario ? Ou alors, est-ce venu lors du tournage ou de l’écriture du montage ?

« Dès le scénario, je savais que j’allais amener le film vers ce que vous venez de décrire, qui est très juste. En effet, c’est un film très sensoriel. Et cette sensorialité a été travaillée au montage images et sons. Le travail du son participe beaucoup à l’immersion, à cela s’ajoute le travail du compositeur, Gabriel Yared, qui a été assez complexe, très fin. Le film étant assez silencieux, Gaël y est très peu bavard, la musique devait permettre d’expliquer des choses assez complexes, mentales, sans souligner, surligner ce qui se jouait à l’écran. »

CineSeriesMag – Justement, le travail musical se fait ressentir dès le début. Il peut d’ailleurs nous faire penser à celle du Vertigo d’Hitchcock. Dans la première scène du film, le mariage, il y a déjà un vertige tangible. Comme si la chute du meilleur ami était déjà exposée…

« Oui, c’est vrai. Alors initialement dans le scénario, la scène d’exposition du mariage n’était pas située au début. Mais quand j’ai vu les images, je me suis dit que c’était évidemment une scène très forte et que cela ferait une scène d’introduction assez mélancolique puisqu’on est immergés dès le départ dans le passé, même si l’on ne sait pas que c’est un flashback. Pour reprendre sur Vertigo, je n’ai pas du tout pensé à ça. Cela dit, j’adore Ravel, qui est l’inspiration première des musiques d’Hitchcock. »

« Il y a du concret, de l’onirisme. Je travaille beaucoup par contraste, par opposition et équilibre. »

– Joan Chemla –

Planète FM 99.9 – Pouvez-nous parler du reste du casting et la galerie de personnages qu’ils constituent ?

« Quand j’ai commencé à travailler sur la recontextualisation de cette histoire, avant même d’avoir écrit une ligne, j’avais besoin de mettre un visage sur cet acteur important qui allait porter le film. Et je me suis dit que, dans cet univers assez radical et noir, dans lequel je ne comptais faire aucun compromis, il va me falloir un visage familier qui capte une certaine empathie et qui amène de l’émoi aux spectateurs. La première idée, et la seule qui m’est venue, est celle de Gael (Garcia Bernal) que j’avais d’ailleurs adoré dans la Mauvaise Éducation d’Almodovar. Donc j’ai écrit chaque ligne du scénario pour Gaël avec le risque que ça lui ne plaise absolument pas. Donc ça, ça a été un élément hyper-important. Ensuite Marine Vacth, on a tourné un court métrage ensemble, L’homme à la cervelle d’or, avant Jeune et Jolie, et la collaboration s’est extrêmement bien passée. Pour moi, c’était évident que c’était l’unique actrice à qui je voudrais proposer cette histoire. Elle a été associée au projet dès le départ. Pareil (que pour Gael Garcia Bernal), avant même l’écriture du scénario, j’avais une sorte de foi continuelle de sa part. Nahuel c’est quelqu’un que je connais depuis quatre ans. On a tourné le film avec 120 battements par minute et Au Revoir Là-Haut. Bon le film (Si tu voyais son cœur) sort après ces deux films. Mais c’est vrai que c’est un acteur qui m’avait tout de suite (…) Nahuel pouvait apporter cette fragilité (…) au personnage. Enfin Karim, c’est grâce à mon directeur de casting qui l’a rencontré, et j’ai un coup de cœur, une évidence immédiate après l’avoir vu. (…) c’était un rôle difficile à caster. (…) Enfin il y a quelques acteurs non professionnels dans le groupe, et cet échange entre les acteurs non professionnels et les professionnels était un challenge, sur le papier pas forcément évident. Et ça s’est avéré être extrêmement productif parce qu’il y a un échange entre un acteur qui peut avoir une très grande complicité et un non-professionnel qui peut être extrêmement intense, très généreux. Donc ça créé un équilibre parfait dans le travail.»

« C’est tellement atypique, avec ses personnages très forts, je trouve que c’est très rare dans le cinéma français d’avoir un objet comme ça, »

– Karim Leklou –

Le Quotidien du Cinéma – Karim, vous incarnez le cerbère de cet hôtel sordide. Vous dégagez beaucoup de violence et de menace et en même temps vous avez un côté assez attachant qui nous empêche de le détester. En tant qu’acteur, comment avez-vous ménagé cette dimension ? Était-ce réfléchi ou instinctif ?

« C’était plutôt quelque chose de réfléchi puisque j’avais la chance d’avoir une réalisatrice à mes côtés qui veillait aux deux aspects, malgré le côté violent du personnage, pas vraiment détestable, qui est en quand même quelqu’un lui aussi touché par la vie. Du coup, ça a été travail qui a été vraiment réfléchi et amené grâce à Joan, que ce soit à travers le jeu, la diction ou même sur les scènes où il y avait une direction d’acteur très présente qui permettait de sortir de ce qu’on sait faire au quotidien. Il n’y avait donc pas forcément quelque chose d’instinctif même s’il y avait beaucoup de liberté qui était offerte sur le plateau. On a beaucoup discuté avec Joan de l’écriture et sur le plateau, il y avait quelque chose d’hyper-agréable à pouvoir entrer en toute confiance dans des sentiments vis à vis des autres acteurs. Ce qui n’est jamais plaisant. (…) Pour moi, la contrebalance était justement importante sinon on tombait dans quelque chose de stupide (…) puisqu’il y avait effectivement cette part de fragilité chez le personnage qui m’intéressait beaucoup. »

Marine Vacth et Gael Garcia Bernal

CineSeriesMag – Peut-on revenir sur la place de Marine Vacth dans le film. Son personnage semble être sur le fil du rasoir. C’est-à-dire qu’elle a une présence angélique, même fantasmagorique, et en même temps, vous veillez à l’inscrire dans le théâtre de tordus qui est dirigé par notre cerbère ici présent. Comment avez-vous fait pour garder un équilibre sur sa présence et éviter de tomber d’un côté ou de l’autre ?

« Vous avez raison. Je me suis dit que c’était l’une des très grandes difficultés auxquelles j’allais être confrontée, et je savais que ça allait être, comme vous dites, l’ensemble du film, sur le fil du rasoir. Ça s’est vraiment joué au montage, comment trouver l’équilibre, trouver les parties, et les tons. En effet, Marine, le personnage féminin du film (…) son arrivée ouvre une ère, une partie totalement nouvelle que rien ne laissait présager. Concernant Marine, je trouve vraiment que c’est une actrice très belle mais ce qui m’intéressait, c’était de fouiller son âme, quelque chose de noir et d’intense. C’est une actrice hyper-intense. On était d’accords sur ça. »

Bande-Annonce – Si tu voyais son cœur

 

Sortie publique du film le 10 janvier

Arras Film Festival : J’ai même rencontré des Tziganes heureux

A l’occasion de l’Arras Film Festival, découverte du classique yougoslave J’ai même rencontré des Tziganes heureux. Sorti en 1967, le film met en lumière une communauté souvent réduite aux pires caricatures malgré l’absence de représentation, les Tziganes.

Synopsis : De nombreux Tziganes vivent dans la vaste plaine de la Voïvodine, en Serbie, où ils exercent de petits métiers. Vivant de son commerce de plumes d’oie, Bora, jeune et insouciant, se veut libre mais il est marié à une femme plus âgée. Il rencontre Tissa une jeune sauvageonne, et s’éprend d’elle. Mais Mirta, beau-père de Tissa, déjà son rival en affaires, devient aussi son rival en amour.

Une histoire du cinéma

Présenté au festival de Cannes en 1967, le film d’Aleksandar Petrovic est le favori du président de son jury, Claude Lelouch. Ce dernier veut lui décerner la palme d’or. Mais des hommes importants de l’événement lui demandent de ne pas le faire : Antonioni et son Blow Up doivent avoir l’ultime prix, lui dit-on. Furieux, Lelouch démissionne. Il ne peut cautionner une telle demande. Mais il ne part pas sans aider le réalisateur : il prend en charge la distribution de son film. Aussi, pour éviter le scandale, l’œuvre de Petrovic gagna le Grand Prix.

Cette année, J’ai même rencontré des Tziganes heureux a été mis à l’honneur lors du festival de Cannes. Projeté lors de l’événement dans les Cannes Classics, le long métrage est aujourd’hui célébré à l’Arras Film Festival.

« Manicheism out ! »

J’ai même rencontre des Tziganes heureux est violent, émouvant, amoral, beau, joyeux… Un film humain donc. Le docu-fiction d’Aleksandar Petrovic dresse un portrait sans concession de la communauté Tzigane. Le protagoniste principal, Bora, a déjà une femme mais qu’importe, il en veut une autre plus jeune, l’ancienne saura se taire. Le père de la jeune femme convoitée par le premier veut garder sa fille pour lui. Comprenez « pour lui » ainsi : il veut coucher avec elle. Leurs lieux de vie sont misérables : de la boue, partout ; des logements qui connaissent à peine le mot « isolation »… Malgré tout, Petrovic n’oublie pas le reste, soit leur quotidien qui se trouve aussi être drôlement absurde et joyeux.

Les Tziganes sont aussi exposés dans leur rapport à l’autre. Ils marchandent avec les yougoslaves qui les traitent avec respect malgré nombre de remarques associées aux préjugés de leur communauté.

Le commerce des plumes donne naissance à de beaux moments absurdes et drôles.

Un autre monde

Le film de Petrovic donne aussi une étrange sensation au spectateur, celle d’assister au récit d’un autre monde. Le spectateur pourra ainsi avoir le sentiment d’observer la fiction et les rites et coutumes d’un alter univers. Lelouch l’expliquait dans la vidéo d’introduction à la projection : tout semble insensé dans le film. Le personnage principal largue sur la route son achat de plumes et assiste ému à son spectacle blanc. Un prêtre devenu fou vend les matelas emplis de plumes d’oie de ses anciens confrères. Vulgaire, étrange, il ira jusqu’à prêter sa propre literie au couple qu’il vient à peine de marier dans des conditions tout aussi bizarres, cela afin que les mariés puissent accomplir l’acte sexuel. Le monde de J’ai même rencontré des Tziganes heureux permet à tous les extrêmes – et toutes les nuances – de co-exister. Bora a un autre rival dans le domaine de la vente de plume d’oie. Chacun, tel un mafieux, possède dix territoires. Les deux patrons boivent ensemble, et se lancent même dans une affaire. Leur accord est conclu au bar, autour de litres de mauvais vins. La dame du lieu se met alors à chanter, payée par le deuxième « parrain » qui demande au premier de ne pas la draguer. L’endroit devient alors festif, enivré par les plus simples plaisirs humains : notamment celui de chanter ensemble dans une ambiance évidente de joie et paix. Le protagoniste principal s’ouvre les mains, et verse son sang, comme s’il se donnait entièrement à la passion positive qui s’exerce ici. Ainsi Aleksandar Petrovic révèle ici que la communauté Tzigane – tant stigmatisée, moquée et exclue – est le cosmos de tous les possibles, de la joie extrême au plus maigre espoir présent dans la pire des misères.

Bande-Annonce – J’ai même rencontré des Tziganes heureux

The Walking Dead saison 8 : le zombie perd de son mordant

Après une bande-annonce au rythme massacré de plus de cinq minutes qui présageait le pire, The Walking Dead saison 8 continue sa descente et perd à nouveau de nombreux téléspectateurs avec ce début de saison catastrophique. 

Negan absent 

A peine quelques scènes dans le premier épisode et totalement absent dans le deuxième, Negan, le grand antagoniste de la série manque à ce début de saison. Arrivé à la fin de la saison 6 alors que la série s’essoufflait depuis quelques temps, Negan avait réussit en une scène (la scène mythique du dernier épisode de la saison 6) à nous ramener au début de la série, lorsque le sentiment de sécurité n’existait pas, que la tension était omniprésente et la mort à chaque recoin.  A lui seul, il avait réussit à rebattre les cartes et relancer l’intrigue de même que notre intérêt. Mais une série ne peut reposer entièrement sur un seul personnage et en l’absence de Negan, il ne reste plus grand chose à The Walking Dead pour nous captiver.

Affrontement final qui vire à la parodie

Annoncée comme étant l’affrontement final tant attendu entre Negan et Rick, la saison 8 était censée être un concentré d’action et de tension mais c’était sans compter sur toutes les mauvaises habitudes accumulées par la série. Se déroulant sur plusieurs timelines en simultané (avec non pas un mais deux flashfowards), le premier épisode alterne entre scènes d’action dynamiques et scènes lentes et contemplatives. Or ces bonds dans le temps ne font qu’une chose : casser le rythme. Voilà plusieurs saisons que The Walking Dead nous rabâche ce montage alterné, outre le fait que cette répétition de procédé scénaristique a tendance à agacer le spectateur, la série semble user de ce rythme dans le seul but d’allonger la sauce. Non pas pour apporter plus de suspense, mais par simple habitude scénaristique. Et cela se sent tout au long de ce début de saison sans originalité qui nous assomme avec une accumulation abusive de clichés. Si The Walking Dead a toujours été un mélodrame, elle en devient maintenant une parodie. La série qui se vantait d’être réaliste, violente et brutale nous sert dans le deuxième épisode une succession de gros plans sur les visages inquiets et pensifs des personnages, accompagnée d’une musique tire-larmes qui nous suivra tout au long de ces moments supposément émouvants. Même le jeu d’Andrew Lincoln qui s’est avéré très convaincant par le passé finit par devenir grotesque dans cette réalisation qui manque cruellement de subtilité.

Sans oublier toutes les incohérences qui parsèment la série. Doit-on parler du fait que Negan se tenait à portée de tir de Rick, totalement à découvert mais que le shérif a préféré vider son stock du munitions sur une baie vitrée ? Ou encore de l’effacement de Daryl depuis que les scénaristes sont à court d’idée quant au développement de leur personnage, mais se refusent à le tuer de peur d’irriter les fans ?

Zombies en décomposition

Dans The Walking Dead, le zombie a toujours été un prétexte pour parler des relations humaines (et n’est-ce pas là le propre du film et de la série de zombie ?), mais si à une époque elle s’en servait comme outil, pour dire quelque chose ou augmenter la tension, le zombie ne sert à présent qu’à remplir l’espace, ne dévorant qu’un ou deux personnages secondaires par épisode dans le seul but de remplir le quota de morts et ainsi continuer à prétendre que le zombie représente encore un danger. Devenus accessoires, les zombies sont maintenant contrôlés par les personnages, qui s’en servent de piège, d’arme. Et s’il eût été intéressant de creuser ça, la série reste à la surface de cette évolution qui n’apporte rien de nouveau au niveau de la psychologie des personnages et qui dépossède alors le zombie de tout caractère inquiétant et terrifiant. Le comble pour une série de zombie.

Il n’est pas exclu que la saison 8, malgré son ridicule ambiant, nous donne son lot de bons moments voire de très bons moments, elle est encore capable de quelques éclairs de génie, comme elle l’a prouvé dans le passé. Cependant, on gardera toujours ce goût amer qui nous suit depuis quelques saisons car on sait pertinemment que la série restera à jamais le fantôme de ce qu’elle a pu être.

The Walking Dead saison 8 – Bande-annonce

The Walking Dead saison 8 – Fiche Technique

Création : Frank Darabont, Robert Kirkman
Réalisation : Gwyneth Horder-Payton, Gregory Nicotero, Ernest Dickerson
Scénario : Charlie Adlard, Frank Darabont, Robert Kirkman, Tony Moore, Gregory Nicotero
Interprétation : Andrew Lincoln (Rick), Norman Reedus (Daryl), Chandler Riggs (Carl), Melissa McBride (Carol Peletier), Lauren Cohan (Maggie Greene), Danai Gurira (Michonne), Lennie James, Sonequa Martin-Green(Sasha Williams), Alanna Masterson (Tara Chambler), Josh McDermitt (Dr Eugene Porter), Christian Marie Serratos (Rosita Espinosa), Seth Gilliam (Gabriel Stokes), Ross Marquand (Aaron), Austin Nichols (Spencer Monroe), Tom Payne (Paul « Jesus » Rovia), Austin Amelio (Dwight), Xander Berkeley (Gregory), Jeffrey Dean Morgan (Negan), Khary Payton (Ezekiel).
Production : Robert Kirkman, Frank Darabont, David Alpert, Charles H. Eglee, Gale Anne Hurd, Gregory Nicotero
Genre : horreur, drame, science fiction
Diffusion : 22 Octobre 2017
Chaine : AMC
Format : 16 x 44 min

États-Unis 2017

Stranger Things saison 2 : Retour dans le monde à l’Envers

L’attente est enfin terminée. A Halloween, les fans de Stranger Things ont pu découvrir la saison 2 tant attendue de la série phare de Netflix. Retour sur la sensation de l’automne qui n’a pas fini de faire parler d’elle.  

Le bon équilibre

Sur un air de “Rock You Like A Hurricane” des Scorpions, une voiture arrive en dérapant sur le parking du lycée d’Hawkins. Billy, le nouvel arrivant, en sort, tout vêtu de jean et mulet au vent; sa petite sœur, “Mad Max”, championne des jeux d’arcades file dans le bâtiment sur son skateboard. Stranger Things est bel et bien de retour.

Mulets à foison, converses et bande son délicieusement kitsch (des morceaux de synthé emplis  de mélancolie créés à l’occasion par Kyle Dixon & Michael Stein qui alternent avec des chansons de Corey Hart ou de Bon Jovi), Stranger Things nous renvoie à nouveau dans le passé et arrive même à rendre nostalgiques les spectateurs n’ayant jamais connu les années 80. Les références s’enchaînent : Les Goonies, E.T., Alien, tout y passe. Et si certains lui ont déjà reproché cette accumulation de références, l’accusant d’être un simple patchwork, la série arrive étonnamment bien à trouver son équilibre, échappant à la nostalgie nauséabonde grâce à un bon dosage d’humour et d’émotion.

Car là repose toute l’essence de la série, sur l’émotion et la tendresse de son univers dues à sa panoplie de personnages plus attachants les uns que les autres. Que ce soit les personnages principaux comme Jim Hopper, chef de police cynique et fatigué, ou les personnages très secondaires comme Erica, la petite sœur insolente et hilarante de Lucas; tous arrivent à nous émouvoir et nous faire rire. Et si certains ne parviennent pas à être tout à fait sympathiques (comme Billy ou le père de Nancy et Will, le barbant Mr. Wheeler), ils compensent grâce à une bonne dose d’humour et de parodie.

Plus qu’une comédie, Stranger Things nous renvoie dans l’enfance, non pas parce qu’elle nous propulse dans les années 80 mais parce qu’elle met en scène l’adolescence, ses premiers émois amoureux et ses moments de solitude. On retiendra la dernière scène de cette saison, la bal de Noël, aussi banal qu’émouvant dans sa simplicité.

Abordant les sujets de la guerre froide et du racisme dans une saison peut être plus noire que la première, Stranger Things explore d’autres territoires à notre plus grand plaisir mais n‘échappe pas au piège du recyclage optimisé. Reprenant le même schéma que la première saison : Will qui est coincé dans l’Upside Down (ici coincé entre les deux mondes), les demogorgons (ou demodogs pour reprendre le terme de Dustin) qui envahissent petit à petit le monde et Eleven qui vient à la rescousse de tous : Stranger Things réutilise son intrigue de base, la rendant juste plus grande, plus impressionnante. Il aurait toutefois été intéressant de voir toutes les références et clichés  qui abondent dans la série contrecarrés par une intrigue plus ambitieuse et originale que ce qui nous a été donné à voir, bien que la série ne pâtisse pas réellement de ce manque de renouveau dans l’intrigue, tant elle a de richesses à nous offrir. Le seul réel point noir est l’épisode 7, concentré uniquement sur Eleven qui part à la recherche de sa “sœur”, coupant le récit à un moment culminant, frustrant le spectateur pour, au final, dire ce que nous savions déjà sur Eleven.

Efficace et rythmée, Stranger Things continue d’être la série feel good par excellence. Cette saison, peut être même meilleure que la première, pose les bases pour une suite alléchante. On espère voir Billy prendre plus d’importance à l’instar de Steve, personnage plus ou moins antipathique dans la saison 1, qui forme à présent un duo drolatique inattendu avec Dustin; ou encore voir une amitié naître entre Max et Eleven, qui rendrait la première un peu moins accessoire.

Stranger Things saison 2 – Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=vgS2L7WPIO4

Stranger Things saison 2 – Fiche Technique 

Créateurs : Matt Duffer, Ross Duffer
Réalisation : Matt Duffer, Ross Duffer, Andrew Stanton, Rebecca Thomas
Scénario : Matt Duffer, Ross Duffer
Interprétation : Winona Ryder (Joyce Byers), David Harbour (Jim Hopper), Matthew Modine (Dr Martin Brenner), Cara Buono (Karen Whiler), Finn Wolfhard (Mike Whiler), Millie Brown (Onze/Eleven), Gaten Matarazzo (Dustin), Caleb McLaughlin (Lucas), Noah Schnapp (Will Byers), Natalie Dyer (Nancy Whiler), Charlie Heaton (Jonathan Byers), Sadie Sink (Max), Dacre Montgomery (Billy)
Musique : Kyle Dixon, Michael Stein
Producteurs : Matt Duffer, Ross Duffer, Shawn Levy, Ian Paterson
Société de production : 21 Laps Entertainment
Société de distribution : Netflix
Date de sortie : 27 Octobre 2017
Format : 9 x 50 min
Genre : science-fiction, horrifique

ÉTATS-UNIS – 2017

Arras Film Festival 2017 : Je vais mieux, de Jean-Pierre Améris

Et si un terrible mal de dos vous permettait d’affronter tous vos problèmes ? Voici la question posée par la nouvelle comédie de Jean-Pierre Améris, Je vais mieux. Le long métrage, projeté en avant-première au Arras Film Festival, suit un architecte accablé par un mal de dos en réalité causé par toutes ses frustrations. Retour sur le film et la rencontre avec son réalisateur en quatre citations.

Synopsis : Un quinquagénaire est victime d’un mal de dos fulgurant. Tous les médecins, les radiologues et les ostéopathes du monde ne peuvent rien pour lui : la racine de son mal est psychologique. Mais de son travail, de sa femme ou de sa famille, que doit-il changer pour aller mieux ? 

« Un film, c’est comme une thérapie de groupe. »

– Jean-Pierre Améris –

Librement adapté du roman homonyme de David Foenkinos, Je vais mieux met en lumière les maux de notre société. Utiliser le prisme de la comédie pour révéler les petits tracas des êtres humains n’est pas une première pour Jean-Pierre Améris. Ce dernier s’y était parfaitement exercé sur Les Émotifs anonymes. Le cinéaste est également connu pour ses nombreuses névroses qu’il a mises en image pour mieux les vaincre. Soit partager pour rire ensemble et mieux avancer, dixit le réalisateur : « la seule thérapie, on le sait, c’est de rire de ses handicaps, de ses névroses (…), il s’agit de réussir à rire de nos souffrances pour aller au-delà ». Aujourd’hui, fini la timidité maladive des Émotifs, Améris nous revient avec le mal de dos. D’ailleurs, pourquoi a-t-on mal au dos ?

« Un film sur le petit être humain et sa souffrance. »

– Jean-Pierre Améris –

Le cinéaste le répéta plusieurs fois : « petit être humain » n’est pas une expression négative, bien au contraire. L’humain est une formidable machine certes, mais elle est fragile. Elle l’est d’ailleurs davantage dans notre société moderne qui soumet quotidiennement aux êtres leurs lots de pressions et de douleurs. Eric Elmosnino interprète un monsieur tout-le-monde. Et comme toutes et tous, le personnage subit – au travail, au foyer – au quotidien. Dès le début du film, Elmosnino est touché par une fulgurante douleur dorsale. Il se courbe, se replie sur lui-même. La réponse à son problème est déjà présente, dans sa position. Son corps se referme sur lui-même pour ne plus avoir à s’ouvrir au monde. Debout, Elmosnino avance courbé. La réponse à son mal est étendue : il est plié par le poids des pressions et douleurs de son quotidien. De son ordure de sous-chef à son couple en péril en passant par le départ de sa fille du domicile familial, le bonhomme est accablé de toutes parts. Mais alors, que faire ?

« J’aime que mes comédies soient des petits théâtres de zinzins. »

– Jean-Pierre Améris –

Eric Elmosnino a mal au dodo dans ‘Je vais mieux’.

Améris aime le burlesque, « les gros yeux », « les gens décalés ». Justement, la souffrance – notamment physique – de l’architecte interprété par Elmosnino est drôle, parfois tordante. De sa visite chez une magnétiseuse aux examens pratiqués à l’hôpital, en passant par son emménagement forcé dans un établissement miteux tenu par un maître d’hôtel inquiétant, la peine et les doutes du personnage sont accompagnés par les rires du spectateur. Son rétablissement a aussi lieu sous le signe de l’humour : un étrange psychologue (occupant un cabinet tout aussi bizarre digne de l’imagination d’un Terry Gilliam) lui conseille de dire tout ce qu’il a dire, de ne plus retenir aucune frustration. Ainsi l’homme décide d’avoir une réelle dispute avec sa femme. En effet, cette dernière l’avait quitté en lui demandant d’accepter sans dire mots. Il n’en a pas fini : l’architecte va régler ses comptes avec une coiffeuse qui avait échoué dans sa coupe. La femme n’est plus là, mais qu’importe, il doit vider son sac. Elmosnino retourne plusieurs fois à l’intérieur du cabinet. Son corps exalté n’est pas sans rappeler les grands acteurs burlesques. À ce propos, le réalisateur a déclaré : « Eric m’évoque un peu Buster Keaton, et on a beaucoup travaillé le corps ».

« J’adore les comiques, je trouve qu’ils sont toujours au bord du tragique, ils sont émouvants. »

– Jean-Pierre Améris –

Le cinéaste traite ses comédies comme il considère les comiques : émouvantes, elles sont au bord de la tragédie. Le fond de ses films humoristiques est toujours mélancolique. Aussi, tirées de sa propre expérience, ses comédies démarrent à partir d’une base inspirée par une réalité amère et triste. Mais le conteur n’est pas un homme désespéré. Au contraire, il ne cherche qu’à aller au-delà de ses névroses. Douces-amères qualifie justement les comédies du réalisateur. D’ailleurs, rencontrez-le, écoutez-le. Car Jean-Pierre Améris est, à l’image de ses films, sincère, humain, émouvant et hilarant.

Je vais mieux est un film réalisé par Jean-Pierre Améris avec Eric Elmosnino, Ary Abittan, Alice Pol, Maud Baecker…
Scénario : d’après l’œuvre de David Foenkinos
Distributeur France sortie en salle : EuropaCorp Distribution

Je vais bien sortira le 10 janvier 2018 sur l’ensemble des écrans français.

https://www.youtube.com/watch?v=wjEdNyNE5PQ&feature=youtu.be

 

5 anecdotes sur « Hellboy » de Guillermo Del Toro

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En attendant la sortie prochaine du reboot de Hellboy réalisé par Neil Marshall et avec David Harbour dans le rôle titre, revenons rapidement sur la première adaptation cinématographique du célèbre comics par Guillermo Del Toro avec quelques anecdotes.

1. Quelques changements entre le comics et le film :

Le film de Guillermo Del Toro est l’adaptation du premier comics Hellboy, « Les germes de la destruction » publié en 1994. Et comme toute adaptation, le réalisateur a fait des choix, des changements par rapport à l’œuvre initiale dont deux sont majeurs :

  • Tout d’abord il introduit le personnage de John Myers (Rupert Evans) qui n’existe pas dans le comics. Un personnage aux multiples fonctions, permettant d’avoir un point de vue humain, auquel le spectateur peut se rattacher mais également d’introduire l’univers de Hellboy à travers son point de vue qui, à la manière de celui du spectateur, découvre un univers qui lui est inconnu. L’introduction du personnage permet également de créer un triangle amoureux entre lui, Liz Sherman (Selma Blair) et Hellboy (Ron Perlman).
  • La seconde modification importante que fait Guillermo Del Toro est de développer le personnage du professeur Broom (John Hurt), le père d’Hellboy. Alors que dans le comics, le personnage meurt dès les premières pages, le metteur en scène fait ici le choix d’étoffer la relation qui unit Hellboy et son père et d’en faire le pivot dramatique du film, le rendant attachant au spectateur et permettant à Hellboy de passer de l’adolescence à l’âge adulte.

2. Pré-production :

Le développement du film fut très long, Guillermo Del Toro souhaitant faire une adaptation cinématographique de l’œuvre de Mike Mignola dès le milieu des années 90. Pour cela, le réalisateur rencontrera le dessinateur avec qui il deviendra ami et ils développeront le film ensemble. En 1998, le projet sera très abouti et proche de la version que nous connaissons aujourd’hui. Mais les studios refuseront de le produire pour diverses raisons notamment que ce soit un film de super-héros, que Ron Perlman soit l’acteur principal du film ou encore que l’histoire soit trop sombre et qu’elle ne soit pas une histoire traditionnelle dans la lignée de « La belle et la bête« , la bête ne se transformant pas en Homme à la fin. C’est pourquoi il faudra finalement attendre le succès du X-men de Bryan Singer en 2000 pour encourager un studio à donner son feu vert à la production du film.

3. Ray Harryhausen :

Lorsque Guillermo Del Toro commence à travailler sur le projet, il souhaite collaborer avec Ray Harryhausen, grand maître des effets spéciaux et célèbre par exemple pour son travail sur « Jason et les Argonautes« . Pour cela les deux individus se rencontrent autour d’un dîner et Guillermo Del Toro lui parle du projet mais Ray Harryhausen refuse, trouvant les films récents trop violents. Pourtant, au cours de ce dîner, Ray Harryhausen donnera malgré tout quelques conseils très utiles au réalisateur. Recommandant par exemple à ce dernier de ne pas animer les monstres comme des monstres mais comme des animaux. Conseil que Guillermo Del Toro appliquera sur la créature de Sammael notamment en la faisant glisser sur des flaques d’eau lorsque qu’elle court dans les égouts ou encore en lui faisant mâcher l’os d’un cadavre à la manière d’un chien.

4. Les élastiques :

Durant le long-métrage, une scène explicative entre le personnage de Myers et Liz explique au spectateur la raison pour laquelle, cette dernière a plusieurs élastiques à son poignée. Cette idée vient de Guillermo Del Toro lui-même qui, plus jeune, après avoir emmené quelqu’un à un hôpital psychiatrique suite à un accident, a voulu lui rendre visite quelques jours plus tard pour prendre de ses nouvelles. Mais quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvrit que l’individu en question s’était enfuit. Le jeune Guillermo est alors allé voir le directeur de l’hôpital qui lui a expliqué qu’il y avait un manque de personnel et qu’il serait très heureux de pouvoir embaucher de nouvelles recrues. Ce à quoi Guillermo Del Toro s’engagea en devenant membre de cet hôpital. C’est ainsi que le personnel hospitalier lui a appris la technique dite de l’élastique. Elle consistait, par manque de personnel, à donner des élastiques aux patients pour qu’ils puissent s’automédiquer et avoir conscience de leur état mental en permanence.

5. Diffusion :

Comme pour la pré-production, la diffusion du film, sera elle aussi assez compliquée. Le film sera rebaptisé dans certaines salles américaine « Hello boy » pour supprimé le préfixe « Hell ». D’autres salles quant à elles supprimeront des éléments du film qu’elles considéreront comme trop violents. Enfin, certaines salles iront jusqu’à refuser de le diffuser. Mais cela n’empêchera pas le film d’avoir un petit succès et de connaitre une suite quelques années plus tard, Hellboy 2 : Les légions d’or maudites.

Jeune femme, Laetitia Dosch survole le film

Récompensé par la Caméra d’Or au dernier Festival de Cannes, Jeune Femme livre les chroniques d’une femme seule entourée de plein de monde. Léonor Serraille trouve sa place dans le cinéma français avec un premier film marquant qui rappelle de multiples thèmes très actuels si l’on se laisse guider par les émotions et les aventures de l’héroïne.

Synopsis : Un chat sous le bras, des portes closes, rien dans les poches, voici Paula, de retour à Paris après une longue absence. Au fil des rencontres, la jeune femme est bien décidée à prendre un nouveau départ. Avec panache.

Parfois agaçante, parfois hilarante, l’instabilité dont Léonor Serraille fait le portrait à travers Paula ne peut pas passer inaperçue. Jeune Femme fait partie du cinéma français actuel que l’on aime et dont on a besoin : une femme au centre de l’écran, une femme peu banale et même différente qui erre entre son chat et sa recherche d’affection et de boulot. L’histoire d’une héroïne moderne à travers un quotidien qui semble répétitif malgré les épreuves qui ne font que s’accumuler. Le spectateur suit le chemin de cette trentenaire qui paraît souvent à côté de la plaque et perturbée. Enchaînant les maladresses et les coups de folie, ce qui semble la déconnecter parfois du monde réel et social n’est au final que sa plus grande force. De sa tristesse et son désespoir ressort une femme qui s’affirme et qui tente de dire non à l’homme qui ne fait que la mépriser. La réalisatrice place ici l’image de la femme que l’on aimerait voir plus souvent au cinéma : elle ne fait pas de son personnage une victime, elle façonne une guerrière. Et la force du film c’est cette figure féminine, seule et pourtant entourée par la vie et les gens, entre boulot et garde d’enfant, Paula n’a que son chat finalement. Partant de ce postulat très pessimiste mais réaliste qui rappelle à quel point l’on peut se sentir seul même accompagné, Léonor Serraille dresse le portrait d’une battante qui finira par avoir sa revanche sur la vie. Son caractère peu commun et souvent fou la protègera tant de fois contre la mélancolie et finira par la faire grandir en trouvant son indépendance.jeune-femme-laetitia-dosch

« Vous avez quelqu’un à qui parler ? Il y a plein de gens à qui parler. »

Si le film est une réussite, ce n’est pas uniquement pour ce qu’il dit des femmes. Parce qu’une femme, il fallait en trouver une capable de jouer cette héroïne aux yeux bicolores, au caractère fantasque qui manie aussi bien la folie que le fait de s’imposer. La réalisatrice trouve en Laetitia Dosch une parfaite représentation de ces multiples facettes. Et à vrai dire, heureusement, parce que c’est véritablement ceci qui donne la force au film : cette actrice au centre. La personnalité de l’héroïne porte le film sans qui, il aurait sûrement paru très long. Il faut soi même aller plus loin que ce qu’il n’y parait pour apprécier l’oeuvre, sinon, l’intrigue tourne assez vite en rond. C’est aussi à cela qu’on reconnaît le succès de Jeune Femme puisqu’il fait écho à la société, à nos expériences individuelles ou collectives d’ailleurs. Le film plante les graines dans nos esprits et le spectateur n’a qu’à s’approprier tout le reste. En revanche, bien que l’on puisse trouver certaines longueurs au scénario qui se répète très souvent, la cinéaste convainc grâce à ses images. En plaçant des intermèdes musicaux qui ramènent Paula à sa solitude au milieu des foules, le film prend quelques envolées célestes qui, à l’instar de 120 battements par minutes, donnent un second souffle à l’esprit. Techniquement également, beaucoup de plans à l’épaule, peu stables, rappellent le déséquilibre de l’héroïne : efficaces parce que l’on comprend ce qu’ils veulent dire mais dérangeants au niveau esthétique si l’on aime que tout soit carré.

Jeune Femme est vivant, amusant et important. Avoir récompensé ce film à Cannes ne laisse que de l’espoir pour les années à venir et pour le cinéma.

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Jeune Femme : Bande-Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=UdxXW__Obcs

Jeune Femme : Fiche Technique

Réalisation : Léonor Serraille
Scénario : Léonor Serraille
Interprétation : Laetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon, Souleymane Seye Ndiaye
Image: Emilie Noblet
Montage: Clémence Carré
Musique: Julie Roué
Producteur(s): Sandra Da Fonseca
Société de production: Blue Monday Productions
Distributeur: Shellac
Durée : 97 minutes
Genre : comédie dramatique
Date de sortie : 1er novembre 2017

France – 2017

Arras Film Festival 2017 : Borg/McEnroe, un film de Janus Metz

Lancé ce vendredi 3 novembre, l’Arras Film Festival promet nombres d’avant-premières, de projections de classiques, et de découvertes du monde. L’occasion de découvrir Borg/ McEnroe, film de Janus Metz qui remet en scène le duel au sommet des deux tennismen lors du tournoi de Wimbledon de 1980. Critique du film en trois sets.

Synopsis : la rivalité entre les tennismen Björn Borg et John McEnroe est de plus importante. D’un côté comme de l’autre, les deux sportifs se préparent à l’affrontement ultime, paroxisme de leur rivalité : le match Borg vs. McEnroe au tournoi de Wimbledon 1980.

Borg vs. McEnroe

Le titre original du film, Borg vs. McEnroe, annonce son enjeu : un duel. Le long métrage de Janus Metz, réalisateur du remarqué documentaire Armadillo, a pour but de reconstruire et de filmer un combat, celui de deux des plus grands tennismen (et sportifs) de tous les temps. D’un côté, Björn Borg, suédois déjà quatre fois champion du tournoi de Wimbledon, soit le champion du monde de tennis. De l’autre côté du court, John Patrick McEnroe, jeune tennisman en pleine montée en puissance réputé pour ses colères folles. Le deuxième doit, à l’image de Rocky dans le film homonyme, affronter le champion installé. Le cinéaste met en place ce combat à coup de flashbacks et présente les succès des deux jeunes hommes qui se préparent à une chose : le final.

Et quel final : le réalisateur réussit à créer une formidable tension quand bien même on connaît la fin du jeu. Le documentariste d’Armadillo capte les gestes, les petites fissures, les temps de concentration, les soupirs vaguement lâchés, et aussi les commentaires sportifs et les chiffres du tableau de score. Ces deux derniers éléments augmentent davantage la tension du duel que le réalisme de la reconstruction historique. Un spectateur a fait une remarque juste : il y a eu erreur dans le montage des plans sur le panneau du score. Mais qu’importe, l’enjeu n’est pas dans l’historicité de la scène, mais dans le combat. Ainsi l’affrontement est remarquable.

Janus Metz prépare ses deux acteurs pour la séquence du duel.

« Borg before McEnroe »

L’affrontement tend le spectateur aussi fort que le sont les raquettes du sportif suédois. Toutefois, le duel mis à part, un désenchantement s’invite dans l’expérience du film. Il y a une raison à cela : Borg est davantage exposé à l’écran que McEnroe. Le réalisateur et/ou le scénariste n’ont probablement pas pu s’empêcher de préférer un personnage à un autre (peut-être y-a-t-il une autre raison à cela, du côté des financiers du film, passons…). Contrairement à son rival, Borg a le droit à bien plus de flashbacks psychologisant le personnage, dont un en pleine forêt le mystifiant. Le cinéaste et son scénariste participent ainsi à la construction du mythe sportif Borg. Aussi, même si le film termine sur la naissance de l’amitié des rivaux, on notera qu’il s’attarde – même dans le présent diégétique du récit – surtout sur le suédois. Il doute, il écarte ses proches ; il se remémore des moments clefs de son enfance – qui vont en plus servir à réveiller le tigre en lui lors du grand final.

Malgré tout, et même si l’acteur Sverrir Gudnason ressemble comme jamais à Björn Borg, McEnroe tire ici son épingle du jeu. Gudnason joue le sportif nordique avec pudeur tout en tentant de lui apporter une profondeur. Shia LaBeouf incarne le rival américain avec une force sans pareil. Ce dernier semble ne pas jouer face à une caméra dont il aurait conscience de la présence et des enjeux. Ses flashbacks psychologisants ne lui apportent rien : LaBeouf construit le personnage sans ces artifices. Sa présence est si forte qu’il crée un deuxième film dans le film. Et disons-le haut et fort : on aimerait davantage le voir à l’écran. On aimerait voir McEnroe autant que Borg si ce n’est plus. Car le personnage de McEnroe n’a pas besoin des outils scénaristiques utilisés pour la construction cinématographique de Borg. Le sportif américain n’a pas besoin de devenir un mythe grâce à des séquences mystificatrices et, à d’autres moments, de psychologie de bistrot. Enfin, à l’inverse de Borg, le rival aux grandes colères n’a pas besoin de musique surdramatique pour creuser davantage la profondeur du personnage d’un côté et appuyer la tragédie humaine de l’autre en passant par son apologie. Non, John McEnroe a Shia LaBeouf, filmé sous la caméra de Janus Metz. Et cela donne naissance à de grands moments de cinéma.

Shia LaBeouf / John McEnroe

« Balle au centre. »

Si le film se concentre plus sur Borg que McEnroe, notons toutefois que Metz a su capter leurs différences : l’un est un golden boy taiseux et mystifié, et un sportif glorifié ; l’autre est considéré comme un petit bonhomme affreux, capricieux mais doué, un monstre médiatique malgré lui d’ailleurs surnommé « le nouvel Al Capone américain ». Surtout, le cinéaste danois a réussi à lier les parcours de ces champions. En effet, les deux sont des bombes à retardement. Borg « est prêt à imploser », déclare l’un des amis festifs de John. L’américain lui, est déjà bien connu pour ses frasques sur le court. Remises en cause de l’arbitrage, échanges violents avec le public, McEnroe semble un être en continuelle irruption. Mais comme le nota Borg face à la captation de l’un de ses matches, l’américain est loin d’être déconcentré, bien au contraire. En cela, les deux tennismen se rapprochent. Et comme nous l’enseigne l’Histoire, ils seront liés par une amitié aussi mythique que leur rivalité.

Bande-annonce – Borg/McEnroe

Fiche Technique – Borg/McEnroe

Titre original : Borg vs. McEnroe
Réalisation : Janus Metz
Scénario : Ronnie Sandahl
Interprétation : Sverrir Gudnason, Shia LaBeouf, Stellan Skarsgard, David Bamber, Tuva Novotny, Scott Arthur
Directeur de la photographie : Niels Thastum
Décors : Lina Nordqvist
Costumes : Kicki Ilander
Montage : Per. K. Kirkegaard et Per Sandholt
Musique : Vladislav Delay, Jon Ekstrand, Carl-Johan Sevedag, Jonas Struck
Production : Jon Nohrstedt et Fredrik Wikström Nicastro
Production : SF Studios, Danish Film Institute, Film i Väst, Finnish Film Foundation, Nordisk Film
Distribution : Nordisk Film, Pretty Pictures (France)
Genre : Biopic
Date de sortie française : 8 novembre 2017

Suède – Danemark – Finlande – 2017

Les femmes au cinéma : sexisme & rébellion

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Le cinéma populaire est-il sexiste ? La question se pose face au traitement que subissent ces dames une fois sur grand écran. Avec des succès comme Wonder Woman ou Hunger Games, la situation des femmes au cinéma semble évoluer…

Depuis le succès du blockbuster Wonder Woman, le débat sur les rôles forts féminins a été relancé dans l’industrie cinématographique. Débat essentiel quand on sait que, par exemple, seulement 30% des dialogues sont accordés aux femmes, selon une étude de Polygraph basée sur 8000 scénarios de film. Sur seulement 22% des films, les actrices ont autant de dialogues que les hommes. Et seulement 18% des films ont au moins deux femmes parmi les trois personnages principaux. Si certaines inégalités de dialogue se justifient par le contexte historique ou culturel du film, la tendance ne peut être niée. Dans le cinéma populaire où les hommes sont au premier plan, les femmes sont souvent relayées en tant que simples intérêts amoureux des personnages. Faisons un tour du côté de l’univers cinématographique Marvel. Doctor Strange, Ant-man, Spiderman : Homecoming : les rares rôles de femmes ne servent qu’à tomber amoureux du héros ou à l’assister. D’ailleurs, après 17 films, Marvel n’a toujours pas accordé une aventure à un héros féminin. Le studio va corriger le tir en 2018 avec le film Captain Marvel où Brie Larson tiendra le rôle titre. Mais alors comment expliquer cette réticence des producteurs à donner du pouvoir aux femmes au cinéma ?

Les héroïnes et le box-office

catwoman-halle-berry-film-femme-au-cinema-representationAvant tout, l’argument est financier. Du côté des super-héroïnes, des essais très peu concluants ont été effectués avec Elektra (2005) et Catwoman (2004). Les deux films ont été de grands échecs critiques et commerciaux. De quoi décourager les super-productions américaines. En plus d’être un mauvais film, Catwoman représentait son héroïne quasiment dénudée où elle devait faire face à une méchante de l’industrie cosmétique… Il faudra alors attendre 2017 avec Wonder Woman, pour qu’un nouveau film soit accordé à une super-héroïne. La production DC / Warner, ayant été un succès incroyable au box-office, va encourager les producteurs frileux à l’idée de mettre des femmes fortes en premier rôle. De plus, depuis quelques années, on assiste à une émergence de personnages féminins forts en premier plan. Katniss Everdeen de la saga Hunger Games est une icône rebelle et intrépide, dont on ne rappelle jamais son statut de femme. Avant d’être une femme forte, elle est un personnage fort. A l’image de Rey dans la nouvelle trilogie Star Wars. Courageuse et téméraire, elle n’a pas besoin de son compère masculin Finn pour s’en sortir. Et surtout, elle n’a pas besoin d’avoir une relation amoureuse avec qui que ce soit pour justifier sa présence dans le long-métrage. Des figures comme l’impitoyable Furiosa dans Mad Max : Fury Road, Hit-girl dans Kick-ass, Harley Quinn dans Suicide Squadl’androïde de Ghost in the shell donnent l’impression que le cinéma populaire est enfin prêt à accorder aux personnes féminins des films à grands budgets.

Déesse et misogynie

Vient alors le cas Wonder Woman. Movie-Wonder-Woman-heroine-DCEU-Gal-Gadot-Chris-PineCité précédemment, le film a été considéré comme une révolution féministe au sein du 7ème art. Un film gros budget avec une femme en personnage principal doublée d’une réalisatrice femme. Il est vrai que la situation est plutôt rare quand on sait qu’il y a seulement 7% de femmes réalisatrices à Hollywood et 20 % en France. Dans le long-métrage, Wonder Woman est un personnage divin, doux et puissant. Incarnée par l’actrice israélienne Gal Gadot, la déesse amazone est une femme chaleureuse mais impitoyable. Candide mais invincible. Elle ne tombe dans aucun cliché. Et dans ce film, les hommes et les femmes sont égaux. Le personnage a en effet un intérêt amoureux, incarné par un homme (Chris Pine). Mais il est brave et aide Wonder Woman dans son aventure. Leurs conversations ne tournent pas autour de querelles sentimentales, mais de leurs visions opposées de la justice. Bien qu’en situation d’infériorité, l’héroïne étant une déesse, son personnage n’est jamais représenté comme plus faible qu’elle. Voilà qui souffle un vent d’air frais dans le cinéma. Les princesses Disney s’émancipent aussi. Loin est le temps où elles attendaient leur prince charmant. Elsa de La Reine des neiges, Vaiana, Rebelle : les dernières héroïnes de Disney sont des guerrières qui n’ont besoin de personne. De beaux exemples pour les petites filles et petits garçons.

Le public a aussi une part de responsabilité dans la représentation des femmes au cinéma. Quand un reboot de Ghostbusters a été annoncé avec une équipe entièrement féminine, un flot de misogynie a envahi Internet. Sur les réseaux sociaux, les actrices du film ont du faire face à une vague d’insultes alors que rien n’avait été encore dévoilé sur l’intrigue du film. Visées seulement car femmes donc. Pourtant, le cinéma ne manque pas d’exemples de belles représentations de femmes dans des films à succès. De Brigitte Bardot à Jeanne Moreau, le cinéma français est parsemé de femmes libres, opposées au carcan masculin. Avec des films comme Tout sur ma mère, Almodóvar a toujours mis en avant ses rôles féminins, de Penelope Cruz à Rossy de Palma. En 1993 La Leçon de Piano de Jane Campion, sublime portrait d’une femme meurtrie et muette, a été la première Palme d’Or accordée à une femme. De l’intrépide Sigourney Weaver dans Alien à la sanglante Uma Thurman dans Kill  Bill, la culture populaire aussi possède ses personnages féminins en rôle titre. Si le cliché de la blonde qui court avant de se faire égorger circule dans les films d’horreur, c’est dans ce genre cinématographique qu’on retrouve la figure de la survivante. Prenez Scream, Vendredi 13, Halloween. Dans chacune de ces sagas d’horreur à succès, c’est la femme qui survit et se défait du monstre. La série Buffy contre les vampires jouait sur ce cliché en imposant une tueuse impitoyable, prête à survivre à toutes les menaces paranormales.

Le test de Bechdel

Dans l’idée, on pourrait donc penser que tout est joué et qu’il va juste suffire d’attendre pour voir une multitude d’œuvres portées par des femmes. Le test de Bechdel ramène à une triste réalité. Il a pour but d’évaluer le taux de présence du genre masculin. En aucun cas, cela permet de déterminer la taux de sexisme d’un film. Mais il s’agit d’un indicateur intéressant sur l’absence des femmes au cinéma. Pour réussir le test, un film doit répondre à trois affirmations simples. Est-ce qu’il y a deux femmes nommées dans le film ? Est-ce qu’elles discutent ? Et est-ce qu’elles discutent d’autre chose qu’un homme ? En janvier 2015 selon le site collaboratif bechdeltest, 40 % des films échouent au test, sur une base de 4000 films sortis depuis 1995. La prochaine fois que vous regardez un film, posez vous la question. La La Land ? Le film réussit le test. Rogue One ? Le film échoue bien qu’ayant un personne féminin dans le rôle titre. La trilogie originale Star Wars ? Elle échoue. Transformers ? Il réussit. Malgré le constat, les clichés persistent. Gilles Lellouche déclarait que dans les comédies françaises  » les femmes sont soit des potiches soit des castratrices « . Le cinéma populaire français n’offre pas toujours de très beaux rôles à ses actrices. Il suffit de voir les récents RAID-dingue-alice-pol-dany-boon-representation-femme-au-cinemaRaid Dingue ou Alibi.com pour s’en rendre compte.

La mauvaise représentation des femmes au cinéma vient avant tout d’une paresse d’écriture renforcée par un retard des mentalités. Imposer une femme docile et  interchangeable comme copine du héros relève de la facilité scénaristique, du cliché. Mais, le cliché du «  le héros tue le méchant à la fin  » est bien moins dangereux que représenter la femme comme un simple faire-valoir. Mais pourquoi vouloir représenter des femmes fortes et indépendantes sur grand écran ? Tout bêtement car elles le sont dans la vraie vie. Le cinéma, de la science-fiction à la comédie amoureuse, se doit être d’être le reflet de la société moderne. Il devient alors inacceptable que des grandes productions véhiculent encore des clichés sexistes quand il est si facile de faire autrement. Le cinéma est un vecteur culturel de valeurs, qui a une part de responsabilités dans les mentalités collectives autour du rôle de la femme. Et si les inégalités homme-femme sont présentes dans la société, le 7ème art peut les raconter et les dénoncer mais non les renforcer.

#9 : Leonardo DiCaprio, Brad Pitt & Samuel L. Jackson dans le prochain Tarantino ?

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Le nouveau film de Quentin Tarantino consacré au célèbre tueur en série Charles Manson pourrait une fois encore être doté d’un casting totalement fou, si l’on en croit les rumeurs venant de l’autre côté de l’Atlantique. 

Actuellement empêtré dans le scandale « Weinstein » sévissant à Hollywood (il a admis être au courant mais n’avoir rien fait pour l’empêcher), Quentin Tarantino n’en oublie heureusement pas de faire ce qu’il fait de mieux : des films. Après Les 8 Salopards, le réalisateur originaire du Tennessee a en effet décidé de s’emparer de l’histoire (sordide) du tueur en série Charles Manson, et du meurtre qui l’a rendu célèbre : celui de Sharon Tate, alors compagne de Roman Polanski. Pour le moment intitulé #9 (il s’agira de son neuvième film), on sait relativement peu de choses sur l’histoire (tout juste sait-on qu’elle prendrait place à la fin des années 1960 et qu’elle impliquerait les meurtres de Charles Manson. Pour autant, il ne s’agirait pas d´un biopic a proprement parler puisque selon le réalisateur, le film serait autant focalisé sur Charles Manson qu’Inglorious Basterds l’était sur Adolf Hitler. Cependant, on sait en revanche qui pourrait venir y faire une tête puisque selon Collider et Entertainment Weekly, ça ne sont pas moins que Leonardo DiCaprio (The Revenant, Le Loup de Wall Street, Django Unchained), Margot Robbie (Le Loup de Wall Street, Suicide Squad), Brad Pitt (Thelma et Louise, Inglourious Basterds) & Samuel L. Jackson (Pulp Fiction, Les 8 Salopards) qui seraient envisagés par Tarantino. Une brochette de choix donc, d’autant plus qu’elle est composée à 3/4 d’habitués du cinéaste qui rappelons le n’est jamais aussi bon que quand il compose avec son équipe fétiche. Cependant, rien ne dit pas encore que ce quatuor de dingue donnera de sa personne sous le scope de l’américain, mais on peut d’ores et déjà affirmer que ça nous excite ici à la rédaction et ça ne fait qu’ajouter à l’impatience de voir Tarantino enfin s’enticher d’une histoire vraie dans un ton que l’on espère une fois de plus très sanguinolent et référentiel. D’ici là, on pourra se consoler en se repassant encore sa dernière cuvée, Les 8 Salopards. 

Bande Annonce Les 8 Salopards (The Hateful Eight en anglais), dernier film en date de l’americain  :

Le Fidèle de Michaël R. Roskam, un polar romantique décousu et peu fiévreux

Avec son troisième film, Le Fidèle, Michaël R. Roskam rate le coche et met un peu les pieds dans le tapis avec un polar à la sève mélodramatique qui peine à trouver son souffle. Habité par une mise en scène toujours aussi à l’aise, le film trouve son talon d’Achille au niveau d’un scénario qui manque d’aspérité avec son intrigue digne d’un roman de gare.

Pourtant, Le Fidèle avait tous les ingrédients pour confirmer Michaël R. Roskam dans le haut du panier des réalisateurs du cinéma de genre. Alors qu’on remarque une certaine continuité dans la démarche du cinéaste avec ce rapport aux fêlures et à l’enfance, le récit initiatique et le mensonge, à l’adrénaline et le banditisme, l’amour et ses contrariétés, Le Fidèle marque un virage assez conséquent dans l’œuvre du belge. Bullhead et The Drop, avec leur mise en scène carré jusqu’au bout des ongles et ce mutisme masculin organique et presque asexué, avaient cette atmosphère âpre qui faisait doucement penser à Nicolas Winding Refn (sans l’aspect chromatique). Le Fidèle, lui, prend une autre tangente et devient un ersatz un peu bâtard des films de Jacques Audiard et s’accoutre du costume d’un polar brumeux qui mêle gangsters et amours dans la même salve : Gigi est un braqueur de banques qui dit travailler dans l’import/export et Bibi est conductrice automobile.

Le pari aurait pu être gagnant si le film avait su tirer de son héritage et de ses références (Heat), l’envergure crépusculaire de la construction même du récit. Ici, la mise en image est soignée, avec une photographie grisâtre, les scènes de braquages étalent le talent de Roskam dans le découpage et le cadrage de l’action mais le cheminement ne démontre aucune poésie : ce qui s’avère rédhibitoire pour une œuvre qui passe son temps à allumer les clignotants de la romance. Les qualités du cinéaste, on les connaissait déjà et avec Le Fidèle, on a l’impression qu’il a voulu viser plus haut mais qu’il n’a pas eu suffisamment les épaules pour cette ambition là. Alors que son cinéma faisait parler le corps, les courbures des muscles et les mimiques intériorisées, le cinéaste délave un peu son style pour adoucir son récit, effacer ses effets sensoriels et en faire une mécanique certes fluide mais terriblement convenue qui ne sait pas faire parler les mots : des dialogues assez insipides, une amourette qui se dévoile par ses scènes de sexe qui font plus office de remplissage malgré la beauté des protagonistes, cette rengaine du dernier braquage pour après repartir à zéro, les non-dits sur le passé, le poids des responsabilités et une empathie qu’on ne ressent jamais.

Durant tout le film, on se dit qu’il manque quelque chose, un déclic, cette électricité qu’on peine à voir dans Le Fidèle mis à part dans des séquences de bagnoles qui débarquent tout azimut sur les pistes de course ou sur le bitume des autoroutes, qui donnent un coup de peps à une histoire un peu endormie. Une partie du problème est que le film veut être à la fois une romance, un film de groupes, un film de hold-up, un film de prison, et un mélodrame ; en passant trop de temps à filer plusieurs fils génériques, il oublie de tisser une histoire cohérente. Le Fidèle est à l’image, non pas de ses protagonistes, mais de ses deux acteurs Adèle Exarchopoulos et Matthias Schoenaerts : élégant et photogénique, mais qui sonne faux, et dont le manque de folie et d’ambiguïté accouche au final d’une souris. Car même si le film a cette idée assez intelligente de s’éloigner de cette vision du polar qui fait de la femme un être fragile et en détresse, notamment dans un dernier tiers assez original mais gâché par un pathos guimauve, Le Fidèle est un coup de pistolet dans l’eau qui sauve les meubles par une mise en scène capable du meilleur. Certes, dans le monde polar, Le Fidèle aura toujours plus de puissance et de magnétisme qu’un Olivier Marchal, mais on s’attendait à beaucoup mieux de la part d’un espoir du genre.

Synopsis : Lorsque Gino rencontre Bénédicte, c’est la passion. Totale. Incandescente. Mais Gino a un secret. De ceux qui mettent votre vie et votre entourage en danger. Alors, Gino et Bénédicte vont devoir se battre envers et contre tous, contre la raison et contre leurs propres failles pour pouvoir rester fidèles à leur amour.

Le Fidèle : Bande Annnonce

Le Fidèle : Fiche Technique

Réalisateurs : Michaël R. Roskam
Scénario : Michaël R. Roskam, Noé Debré, Thomas Bidegain
Interprétation : Adèle Exarchopoulos, Matthias Schoenaerts
Photographie : Nicolas Karakatsanis
Montage : Alain Dessauvage
Producteurs : Pierre Ange Le Pogam
Maisons de production : Savage Film
Distribution (France) : Pathé Distribution
Durée : 130 min
Genre : Polar, tragédie
Date de sortie : 1er novembre 2017

France, Belgique  – 2017

Les Aventuriers de Robert Enrico reviennent en Blu-ray

Le beau film de Robert Enrico, Les Aventuriers, fait son grand retour dans une nouvelle version Blu-ray éditée chez M6. Le long métrage réalisé en 1967 revient avec un nouveau master 4K d’une formidable beauté. Retour sur l’œuvre en trois points.

Synopsis : En panne de succès, Roland et Manu, deux amis unis par leur passion de la vie, des sports extrêmes et… de Laetitia, partent à la recherche d’un trésor englouti. Ils vont emmener leur jeune nouvelle amie dans un périple plein de rebondissements qui les mènera des Champs-Elysées aux rives de la Méditerranée, en passant par l’Afrique, avant de trouver son épilogue au Fort Boyard…

L’Aventure avec un S

Dans une interview présente dans les bonus de l’édition, Enrico dit des Aventuriers qu’il est un film sur le terme « aventure ». Qu’est-ce que l’aventure ? Y en a-t’il différents types ?

Les Aventuriers travaille son titre sous bien des aspects. Les personnages principaux, Roland et Manu – géniaux Lino Ventura et Alain Delon -, sont des passionnés de sports extrêmes. Manu s’aventure là où personne n’est jamais allé avec son avion : il va remonter les Champs Elysées avec ses ailes de métal et tenter de passer sous l’arc de triomphe, moyennant une jolie somme. Roland met au point un moteur expérimental de voiture de course qui devrait dépasser tous les records de vitesse atteints jusque là. Finalement, rien ne fonctionne comme prévu, le premier perd sa licence ; le deuxième voit son véhicule brûler. Mais rien est grave, car Roland et Manu sont des aventuriers. Ils vont donc tester une combine au casino, puis se lancer dans une chasse au trésor au Congo.

L’aventure pour nos deux zouaves est aussi sentimentale. Les bonhommes rencontrent Laetitia (formidable Joanna Shimkus), une jeune femme qui crée des oeuvres à partir de férailles. Une amitié profonde se forme entre les trois individus. Enrico permet aussi à ses personnages de découvrir une vérité simple mais importante : l’amitié hommes/femmes sans attentes, ni désirs existe bien. La bienveillance et le rire dominent dans l’amitié de ces trois bons vivants. Bien sûr, la question de l’ambiguïté (et de la relation) amoureuse va arriver à un moment. Mais elle n’est pas le fruit d’un des trois membres du trio, même si elle semble parfois traverser l’esprit de l’un de nos aventuriers. La question est déclenchée par une quatrième personne, élément perturbateur du film incarné par l’inégalable Serge Reggiani. Le désastre arrive (alerte aux spoils), Laetitia est assassinée, le trio est alors détruit. Mais le duo formé par Manu et Roland continuera d’explorer leur relation avec Laetitia sous d’autres strates. Ils rencontreront sa famille, s’attacheront à un cousin germain. Cette incorruptible passion qui les a lié ne peut pas mourir.

De gauche à droite : Roland (Lino Ventura), Laetitia (Joanna Shimkus) et Manu (Alain Delon) s’amusent en plein chasse au trésor.

Le film d’Enrico est aussi un film d’aventures. Le long métrage nous donne à voyager et à expérimenter des séquences spectaculaires filmées dans un format large : les cascades aériennes de Manu ; le voyage en Afrique ; plusieurs séquences de plongée sous-marine ; une escarmouche dans un Fort Boyard à l’abandon. Le genre du film est aussi soutenu par l’une de ses sous-intrigues, révélée après l’installation du personnage de Reggiani : des belges liés au Congo cherchent aussi à récupérer le trésor, et ils sont prêts à tout, même à tuer.

Enfin revenons sur le rôle féminin, Laetitia. Enrico explique dans la même interview citée plus haut qu’il ne voulait pas faire un film d’hommes, sur l’amitié fraternelle de deux personnages masculins. Il a ainsi créé Laetitia, qui lui a aussi permis d’explorer d’autres types d’aventures. Comme il l’explique, celle de la jeune femme est notamment artistique. La créatrice cherche à apporter de nouvelles formes, à expérimenter artistiquement, en espérant trouver sa place dans le monde culturel. Si elle sera mal reçue par le milieu, elle sait qu’elle n’arrêtera pas d’explorer, de réinventer, de briser les conventions. Elle ne cessera d’être, à l’instar de Roland et Manu, une aventurière.

Une édition aventureuse

La nouvelle édition Blu-ray propose un nouveau master (4K) du film. Le grain est préservé sans être envahissant, les couleurs sont d’une beauté folle… En bref, l’image est savoureuse. Le son n’est pas en reste. En effet, la bande-sonore se révèle être aussi formidable que le visuel (les scènes sous-marines n’ont rien à envier au récent L’Odyssée), et donne une nouvelle jeunesse à la composition originale signée par le grand François de Roubaix. Du côté des bonus, l’opus est loin d’être mal accompagné. Certes, on trouve l’habituelle bande-annonce du film ainsi que celles de deux autres éditions M6 prêtes à la vente. Surtout, on obtient quatre intéressants documents vidéo : une interview de Robert Enrico (hélas courte si l’on met de côté les nombreux extraits du film qui y ont été dispersés) ; une autre rencontre – elle aussi très intéressante – de Joanna Shimkus) ; un court métrage documentaire sur le compositeur François de Roubaix réalisé par sa fille Patricia ; enfin, un retour sur le film et les cinéastes de « l’autre nouvelle vague » (Robert Enrico, Jacques Deray entre autres) par l’historien du cinéma Jean Ollé-Laprune. On regrettera concernant le dernier élément le nombre de coupes dans le montage du discours de l’historien. Ses propos ont été entrecoupés de scènes de films mais ont été aussi fortement coupés à tel point que le fil explicatif de son discours n’existe plus tout à fait. Enfin, nous avons l’éternel livret de vingt-quatre pages constitué de photographies de tournages qualifiées d’ « inédites ». On notera pour terminer l’absence – regrettable pour le public anglosaxon – de sous-titres anglais ; et on saluera l’éditeur pour la présence d’une piste d’audiodescription.

Bande Annonce – Les Aventuriers

Les Aventuriers, un film de Robert Enrico, 1967

Edition Digibook Collector Blu-ray + DVD + Livret

Prix indicatif public : 19,99 €

Film remasterisé haute définition 4K – LANGUE : Français – SON : Mono d’origine restauré – SOUS-TITRES : Sourds et malentendants – Audiodescription – IMAGE : Couleur – 2.35 – 16/9 comp. 4/3 – DUREE : 110 min environ