Jeune femme, Laetitia Dosch survole le film

Récompensé par la Caméra d’Or au dernier Festival de Cannes, Jeune Femme livre les chroniques d’une femme seule entourée de plein de monde. Léonor Serraille trouve sa place dans le cinéma français avec un premier film marquant qui rappelle de multiples thèmes très actuels si l’on se laisse guider par les émotions et les aventures de l’héroïne.

Synopsis : Un chat sous le bras, des portes closes, rien dans les poches, voici Paula, de retour à Paris après une longue absence. Au fil des rencontres, la jeune femme est bien décidée à prendre un nouveau départ. Avec panache.

Parfois agaçante, parfois hilarante, l’instabilité dont Léonor Serraille fait le portrait à travers Paula ne peut pas passer inaperçue. Jeune Femme fait partie du cinéma français actuel que l’on aime et dont on a besoin : une femme au centre de l’écran, une femme peu banale et même différente qui erre entre son chat et sa recherche d’affection et de boulot. L’histoire d’une héroïne moderne à travers un quotidien qui semble répétitif malgré les épreuves qui ne font que s’accumuler. Le spectateur suit le chemin de cette trentenaire qui paraît souvent à côté de la plaque et perturbée. Enchaînant les maladresses et les coups de folie, ce qui semble la déconnecter parfois du monde réel et social n’est au final que sa plus grande force. De sa tristesse et son désespoir ressort une femme qui s’affirme et qui tente de dire non à l’homme qui ne fait que la mépriser. La réalisatrice place ici l’image de la femme que l’on aimerait voir plus souvent au cinéma : elle ne fait pas de son personnage une victime, elle façonne une guerrière. Et la force du film c’est cette figure féminine, seule et pourtant entourée par la vie et les gens, entre boulot et garde d’enfant, Paula n’a que son chat finalement. Partant de ce postulat très pessimiste mais réaliste qui rappelle à quel point l’on peut se sentir seul même accompagné, Léonor Serraille dresse le portrait d’une battante qui finira par avoir sa revanche sur la vie. Son caractère peu commun et souvent fou la protègera tant de fois contre la mélancolie et finira par la faire grandir en trouvant son indépendance.jeune-femme-laetitia-dosch

« Vous avez quelqu’un à qui parler ? Il y a plein de gens à qui parler. »

Si le film est une réussite, ce n’est pas uniquement pour ce qu’il dit des femmes. Parce qu’une femme, il fallait en trouver une capable de jouer cette héroïne aux yeux bicolores, au caractère fantasque qui manie aussi bien la folie que le fait de s’imposer. La réalisatrice trouve en Laetitia Dosch une parfaite représentation de ces multiples facettes. Et à vrai dire, heureusement, parce que c’est véritablement ceci qui donne la force au film : cette actrice au centre. La personnalité de l’héroïne porte le film sans qui, il aurait sûrement paru très long. Il faut soi même aller plus loin que ce qu’il n’y parait pour apprécier l’oeuvre, sinon, l’intrigue tourne assez vite en rond. C’est aussi à cela qu’on reconnaît le succès de Jeune Femme puisqu’il fait écho à la société, à nos expériences individuelles ou collectives d’ailleurs. Le film plante les graines dans nos esprits et le spectateur n’a qu’à s’approprier tout le reste. En revanche, bien que l’on puisse trouver certaines longueurs au scénario qui se répète très souvent, la cinéaste convainc grâce à ses images. En plaçant des intermèdes musicaux qui ramènent Paula à sa solitude au milieu des foules, le film prend quelques envolées célestes qui, à l’instar de 120 battements par minutes, donnent un second souffle à l’esprit. Techniquement également, beaucoup de plans à l’épaule, peu stables, rappellent le déséquilibre de l’héroïne : efficaces parce que l’on comprend ce qu’ils veulent dire mais dérangeants au niveau esthétique si l’on aime que tout soit carré.

Jeune Femme est vivant, amusant et important. Avoir récompensé ce film à Cannes ne laisse que de l’espoir pour les années à venir et pour le cinéma.

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Jeune Femme : Bande-Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=UdxXW__Obcs

Jeune Femme : Fiche Technique

Réalisation : Léonor Serraille
Scénario : Léonor Serraille
Interprétation : Laetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon, Souleymane Seye Ndiaye
Image: Emilie Noblet
Montage: Clémence Carré
Musique: Julie Roué
Producteur(s): Sandra Da Fonseca
Société de production: Blue Monday Productions
Distributeur: Shellac
Durée : 97 minutes
Genre : comédie dramatique
Date de sortie : 1er novembre 2017

France – 2017

Festival

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Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

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