Accueil Blog Page 526

Cannes 2018 : Nos films coups de coeur et notre palmomètre

Le dernier jour de cette 71ème édition du Festival de Cannes a sonné et la rédaction en a profité pour faire un classement des films vus toutes sélections confondues. Avant que Cate Blanchett et son jury remettent ce soir la fameuse Palme d’Or, nos rédacteurs Sebastien Guilhermet et Gwennaëlle Masle ont eux aussi décidé de faire leur palmomètre.

Notre palmomètre

Gwennaëlle Masle 

Palme d’Or : Les Filles du Soleil, d’Eva Husson
Grand Prix : Blackkklansman, de Spike Lee
Prix du Jury : Le Poirier Sauvage, de Nuri Bilge Ceylan
Prix d’interprétation masculine : Vincent Lacoste pour Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré
Prix d’interprétation féminine : Zhao Tao pour Les Eternels (mais prix du cœur pour Golshifteh Farahani dans Les Filles du Soleil d’Eva Husson)
Prix de la mise en scène : Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez
Prix du scénario : Cold War, de Paweł Pawlikowski
Caméra d’Or (ex-aequo) : Girl, de Lukas Dhont et Carmen y Lola de Arantxa Echevarría

Sébastien Guilhermet :

Palme d’or : Burning de Lee Chang Dong
Grand Prix: Under The Silver Lake de David Robert Mitchell
Prix du Jury : Leto de Kirill Serebrennikov
Prix d’interprétation masculine : Triple prix pour Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps, et Denis Podalydès pour Plaire, Aimer et courir vite
Prix d’interprétation féminine : Joanna Kulig pour Cold War
Prix de la mise en scène : Les Eternels de Jia Zhang-Ke
Prix du meilleur scénario : Une affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda
Caméra d’or : Girl, de Lukas Dhont

Nos coups de cœur

Sebastien Guilhermet : 

1) The House that Jack Built de Lars Von Trier (Hors compétition)

Coup de cœur atomique du festival. Présenté hors compétition de la sélection officielle, le cinéaste danois signe un brulot vociférant de haine qui égratigne la médiocrité de l’humain. Violent et misanthrope, le film reprend le même montage philosophique que celui de Nymphomaniac et parle avec une infinie sincérité du rapport que LVT entretient avec l’art.

2) Burning de Lee Chang Dong (Sélection officielle)

Film qui s’apprécie au film du temps, un peu comme un bon vin qu’on doit laisser décanter. C’est beau, fort, extrêmement intelligent sur ce qu’a dit sur la Corée du Sud et son clivage social à travers des personnages sur la brèche. Mais le film est avant tout un délice de mise en scène, qui ponctue ses 2h30 de scènes mémorables.

3) Un grand voyage vers la nuit de Bi Gan (Un certain regard)

Kaili Blues n’était pas qu’un simple coup d’essai pour le cinéaste chinois. Avec son deuxième film, il pulvérise ce Festival de Cannes de toute sa splendeur. Voyage onirique à travers les sens et le temps, on voit de nos yeux hébétés par la plus belle mise en scène du festival, voire même de l’année. Incroyable.

4) Le Monde est à toi de Romain Gavras (Quinzaine des réalisateurs)

C’est l’énorme surprise du festival. Alors que son premier film avait laissé circonspect devant tant de sérieux et de maladresse juvénile, Le Monde est à toi est une bouffée d’air frais invraisemblable et hilarante. Un road movie où True Romance aurait rencontré Les Lascars.

5) Under The Silver Lake de David Robert Mitchell (Sélection officielle)

Ayant reçu un peu le même accueil que l’excentrique Southland Tales de Richard Kelly à l’époque, le film du jeune américain est une virée psychédélique et singulière dans l’antre de Los Angeles où les influences que sont Vertigo et Inherent Vice apparaissent de mille feux.

6) Girl de Lukas Dhont (Un Certain regard)

C’est le film déchirant du festival, sans qu’il soit pessimiste. On suit le parcours de cette jeune fille en pleine mutation. C’est le cri en silence d’un corps qui n’est pas le sien et un chemin de croix pour devenir soi. Puissant et émouvant.

7) Une Affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda (Sélection officielle)

Certains diront que le cinéaste japonais fait toujours le même film. Pourtant, ce n’est pas le cas. Malgré l’utilisation de son thème de prédilection qu’est la famille et la filiation, Une Affaire de famille arrive à nous faire rire autant qu’il nous émeut. Un portrait doux amer, voire sombre, sur les invisibles d’un pays aliénant.

8)  Leto de Kirill Serebrennikov (Sélection officielle)

Engagé, politique et surtout rock’n’roll, Leto est un magnifique portrait d’une jeunesse russe qui, au lieu de prendre les armes pour se faire entendre, joue de la gratte comme personne pour faire rugir cette soif de liberté. Sans parler de la sublime mise en scène du film.

9) Climax de Gaspar Noé (Quinzaine des réalisateurs)

Il est de retour. On l’attendait avec impatience et il n’a pas déçu. Moins provocateur qu’à l’accoutumée, Climax est un vrai morceau de cinéma, qui mêle film de zombie et film expérimental. Chaotique et démoniaque.

10) Les confins du monde de Guillaume Nicloux (Quinzaine des réalisateurs)

Ça a été l’un des premiers chocs de ce festival de Cannes. Un film âpre, sec et violent, ponctué d’une imagerie aussi ésotérique que cadenassée. Une guerre d’Indochine montrée comme l’Enfer d’une humanité à la recherche de fantôme initiatique. Puissant.

Gwennaëlle Masle :

Les filles du soleil , de Eva Husson:

Ancré dans l’actualité aussi bien face au terrorisme qu’en montrant cette solidarité entre les femmes, le film d’Eva Husson est important dans le combat qu’il expose et fait écho à cette année si particulière. Mais le film n’est pas seulement bon dans son engagement, il est porté par une Golshifteh Farahani déchirante dans ses cris et sa douleur et des scènes aussi belles que bouleversantes. Les paysages géorgiens sont filmés avec une telle grandeur que l’on est autant subjugués par les images que par la force de ces femmes.

Carmen y Lola, de Arantxa Echevarría :

 Même si on imagine rapidement comment les choses vont se dérouler, la cinéaste fait de cette histoire romantique un film rayonnant. Autant par la musique gitane que par la lumière posée sur ses deux actrices, issues elles-mêmes de la communauté gitane. Leur idylle est comme une bulle de coton au milieu des tags et de la vie autoritaire et patriarcale qu’elles subissent.

Girl, de Lukas Dhont :

Girl est l’une des premières larmes du Festival de Cannes 2018. Doux, délicat et sincère, le premier film de Lukas Dhont a remué la Croisette en mettant en scène une jeune adolescente transexuelle.

Sauvage, de Camille Vidal-Naquet :

Après 120 battements par minute, Felix Maritaud électrise la Semaine de la Critique cette année dans le rôle d’un jeune en quête de tendresse et de liberté. Servi par une mise en scène travaillée, le film émeut et frappe d’un grand coup en mettant en scène tout l’érotisme dont l’acteur fait preuve.

Blackkklansman, de Spike Lee :

Cannes 2018 : Les scènes marquantes du Festival

Après quinze jours trépidants, le Festival de Cannes 2018 se termine et va fermer ses portes. Mais la sélection officielle, comme les sections parallèles, ont laissé de nombreux souvenirs aux festivaliers. Des rires, des larmes, des coups de cœurs, de la colère… Les films dévoilés cette année n’ont pas laissé insensibles nos deux chroniqueurs Gwenaelle Masle et  Sébastien Guilhermet.

Pour ce faire, voici un petit récapitulatif des scènes marquantes, pour le meilleur et pour le pire, de ce Festival de Cannes 2018, qui aura apporté, comme chaque année, son lot de surprises et d’émotions.

Meilleure scène de danse : Climax, de Gaspard Noé.

Climax n’est pas le chef d’œuvre attendu de Gaspard Noé mais confirme une nouvelle fois le talent incroyable de mise en scène du cinéaste. Filmant une scène de danse d’au moins 15 minutes, sa caméra sublime toujours les corps en mouvement au rythme des chansons électroniques et propose une immersion totale dans l’univers de ces danseurs, réunis pour faire la fête. Elle est l’une des rares scènes chorégraphiées et préparées pendant le tournage de 15 jours et l’on comprend aisément pourquoi quand on la découvre, yeux grands ouverts.

Meilleure scène de sexe : Under the silver lake, de Robert David Mitchell.

Dans un festival de Cannes, il y a toujours une scène de sexe qui marque la rétine. Pourtant, cette année, ces scènes ont pour la plupart du temps été mortifères, violentes et déshumanisés. Celle d’Under the Silver Lake, est tout le contraire, s’avère même plutôt drôle et clinique dans son découpage : un petit coup vite fait bien fait alors que nos tourtereaux regardaient la télévision dans le même temps.

Meilleure histoire d’amour :

Gwennaëlle Masle : Carmen y Lola, de Arantxa Echevarría

C’est à travers des regards et un baiser d’essai que les deux adolescentes se découvrent pour la première fois. Puis, de rendez-vous secrets à la découverte d’une certaine tendresse et sensualité, leur histoire interdite s’envole et touche le public avec délicatesse. Cette romance homosexuelle entre les deux gitanes est une belle parenthèse dans ce Festival de Cannes et provoque un bain d’émotion. Toutes en silence et en suggestion, les deux jeunes femmes nous offrent tout leur amour.

Sebastien Guilhermet : Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré

Ce festival de Cannes s’est attaché à montrer l’amour sous toutes ses coutures. Et l’amour, même fugace, entre Arthur et Jacques a été l’un des grands moments de ce festival. Tout en douceur et gravité, cet amour existant malgré la maladie est teinté d’une vraie liberté de ton et d’une réelle drôlerie.

Meilleure scène de meurtre :

Gwennaëlle Masle : Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez

Ce premier crime laissait présager un énorme film de Yann Gonzalez. Ambigu, mystérieux et brut, l’acte révèle directement au spectateur la série B dans laquelle il s’embarque. Feintant le début d’une scène de sexe, le film s’ouvre au contraire sur un meurtre froid, douloureux et visuellement percutant.

Sebastien Guilhermet : The house that Jack built, de Lars Von Trier

Choquant et déroutant, The House That Jack Built de Lars Von Trier a marqué les esprits par sa folie machiavélique et narcissique. D’une grande noirceur, mais contrebalancé par ses effets burlesques hilarants (les TOC), le segment nommé « deuxième incident » est à n’en pas douter une scène inoubliable.

Scène la plus drôle :

Sebastien Guilhermet : Le monde est à toi, de Romain Gavras

Le Monde est à toi est l’une des meilleures comédies de l’année, à n’en pas douter. Le duo que forment Isabelle Adjani et Vincent Cassel est détonnant entre la bêtise complotiste de l’un et l’exubérance maladive de l’autre. C’est un régal de tous les instants, surtout que lorsque le personnage de Vincent Cassel parle dans le vide.

Gwennaëlle Masle : Le grand bain, de Gilles Lellouche

Il est difficile de choisir la scène la plus drôle du film tant les blagues y sont omniprésentes et toutes plus hilarantes les unes que les autres. Que ce soit les expressions de Benoit Poelvoorde, la tyrannie de Leïla Bekhti ou Almaric en quarantenaire déprimé, nombreux sont les éclats de rire déclenchés par le film. Lorsqu’Amanda, en fauteuil roulant, menace la bande de mecs de se lever pour leur en coller une, le public est hilare. C’est gros, c’est déjà fait et pourtant, ça reste très drôle.

Meilleure scène de bagarre : Les éternels, de Jia Zhang-ke

Étant l’un des meilleurs films de la sélection officielle de ce festival de cannes 2018, Les Eternels aura aussi fait parler de lui grâce à sa séquence de bagarre monumentale. La seule du film qui plus est. Un choc, les coups pleuvent, les lumières scintillent de mille feux, la caméra fait crépiter toute la violence et le bruit assourdissant des coups. Intense. Brutal.

Meilleure scène de larmes : Girl, de Lukas Dhont

Girl a déchiré des cœurs et fait lever la salle lors de sa projection en Debussy où tous, étions débout pour saluer le grand premier film de Lukas Dhont. Mettant en scène une ado transsexuelle, avec qui, son père entretient une relation pleine d’affection et de compréhension, les échanges entre les deux marquent le film d’une grande empreinte et livrent une des scènes les plus bouleversantes du film.

girl-lukas-dhont-cannes-2018-arieh-worthalter-victor-polster

 Meilleure scène musicale :

Sebastien Guilhermet : Leto, de Kirill Serebrennikov

Par son immense mise en scène, et son noir et blanc éclatant, la communion entre les personnages et la musique est l’un des charmes de Leto, notamment durant cette première scène solaire sur la plage faite de joie et de découverte.

Gwennaëlle Masle : Les filles du soleil, de Eva Husson

Il est de ces chants de combats qui donnent les frissons et bousculent l’esprit. Celui là, chanté par les femmes et rappelant leur slogan fort « La paix, la vie, la liberté » est essentiel dans ce film. À la manière de La belle saison et son hymne du MLF résonnant dans l’amphithéâtre, leur courage et leur volonté sont autant saisissants dans leurs regards remplis de détermination que dans leurs voix, pleines de rage.

Meilleure scène de dispute :

Gwennaëlle Masle : Carmen y Lola, de Arantxa Echevarría

Même si aucun prix ne lui a été décerné, Carmen y Lola aura bel et bien marqué de son empreinte cette 50ème Quinzaine des réalisateurs, notamment par le sujet qu’il aborde. Le film propose l’une des scènes les plus bousculantes de ce festival avec la découverte de l’homosexualité de Lola par ses parents, gitans. S’en suit une scène de cris, de larmes et de déshumanisation totale de la jeune femme reniée par son père et emmenée de force au culte pour confesser son pêché. À ce moment là du film, l’émotion est intense et l’empathie grande tant on absorbe la douleur de la jeune femme, impuissante face à tant de haine.

Sebastien Guilhemet : Wildlife, de Paul Dano

L’un des duos les mieux incarnés de ce festival est celui, passé par la semaine de la critique, dans le film de Paul Dano, Wildlife. Ce qui donne cette scène assez impressionnante, aussi prévisible que déchirante, lorsque le personnage de Jake Gyllenhaal revient du feu et se retrouve nez à nez devant celui de Carey Mulligan après quelques mois de séparation.

Meilleure scène :

Sebastien Guilhermet : Burning, de Lee Chang Dong

Burning est sans doute l’un des sommets de ce festival. Durant ces 2h30 qui passent à une vitesse folle, il  n’est pas possible d’oublier une scène en particulier : où Haemi, sous l’effet de l’alcool et du cannabis, danse dans le jardin de la maison. Magnifique séquence tant sur le plan visuel que sur le plan thématique où la jeune fille s’oublie pour se libérer de sa propre condition.

Gwennaëlle Masle : Les Filles du soleil, de Eva Husson

Malgré le retour très négatif de la critique envers le film, Les filles du soleil reste une fiction bouleversante pour encore quelques âmes sensible à cette œuvre. Émouvant du début à la fin et fort, la scène de grâce du film reste tout de même celle de l’évasion des femmes lors du flash-back de Bahar. Après avoir passé les gardes de justesse, son amie sur le point d’accoucher traverse l’un des moments les plus difficiles du film, devant lutter, corps et âme, pour retenir encore son bébé quelques mètres. Bahar l’accompagne dans cette épreuve avec des mots incroyables qui rappellent l’importance de leur combat pour la liberté, et la nécessité, vitale, de fuir.

Scène la plus ratée :

Sebastien Guilhermet : Donbass, de Sergei Loznitsa

Des scènes qui forcent le destin, il y en a eu un paquet durant ce festival. Notamment dans le bancal mais explosif Donbass. Aussi burlesque qu’allégorique, la scène de mariage tire en longueur comme jamais et s’effrite de minutes en minutes par la grossièreté de ses traits propagandistes.

Gwennaëlle Masle : Asako, de Ryusuke Hamaguchi

Asako a laissé un goût amer dans la bouche. Film et personnages fades, il a vraisemblablement livré l’une des scènes les plus fausses du festival. Basant son histoire sur les fantômes d’un premier amour, le spectateur s’attend à des retrouvailles chaleureuses et passionnelles pour n’obtenir qu’un simple « J’aime Ryohei – D’accord » Brève, faible, terne, la scène attendue durant tout le film est certes une grande surprise de la part du réalisateur mais surtout un gros raté.

Personnage préféré du Festival :

Sebastien Guilhermet : Le père de Lara dans Girl de Lukas Dhont

Girl est l’un des films les plus émouvants de ce festival de Cannes 2018. Derrière le portrait de cette jeune fille qui est née dans un corps d’homme et qui veut devenir une danseuse, c’est aussi et surtout le personnage du père qui s’avère magnifique. Bienveillant, sincère et stressant, il accepte la transsexualité de sa fille et se bat corps et âmes pour son avenir. D’une grande poésie.

Gwennaëlle Masle : Yasmina dans A genoux les gars,

Il aurait été facile de dire que le personnage préféré du Festival de Cannes reste Cate Blanchett, l’incroyable Présidente du Jury, qui, on l’espère, remettra une belle Palme d’or samedi 19 mai. Mais d’un point de vue purement fictionnel, un des personnages marquants de ce festival reste Yasmina dans À genoux les gars. Épatante de liberté, elle brise tous les complexes et les tabous de la société avec un naturel totalement charmant. Elle se veut la voix de beaucoup de femmes en cette année particulière, l’actrice est remarquable par sa performance.

La déception du festival :

Sebastien Guilhermet : Un couteau dans le cœur, de Yann Gonzalez

Dans une sélection officielle qui a vu beaucoup de films avec des intentions politiques et sociales, ça faisait plaisir de voir enfin un film qui s’attelait à montrer un cinéma de genre débrider. Le film tient la route, certes, mais au vue des attentes escomptées, Un couteau dans le cœur s’avère bien consensuel et manque de vigueur horrifique.

Gwennaëlle Masle : Plaire, aimer et courir vite, de Christophe Honoré

Plaire, aimer et courir vite avait tout pour être un film fort de cette 71ème édition. Un casting masculin brillant, un sujet fort et un réalisateur qu’on adore. Pourtant, le film sombre dans les clichés là où l’on attend une belle histoire d’amour. Il n’en reste pas moins bon et efficace mais ce n’est pas ce à quoi on pouvait s’attendre.

La surprise du festival :

Gwennaëlle Masle : En liberté !, de Pierre Salvadori

En liberté !  n’était pas vraiment prévue dans notre programme cannois des films que l’on attendait et voulait absolument voir. Pourtant, prendre du temps pour l’imprévu parfois a ses bons côtés et son lot de surprises. Le film révèle une Adèle Haenel étonnante et rayonnante en flic veuve essayant de réparer les erreurs de son mari, mort en héros. De gags en gags, le film reste d’une grande humanité et fait rire des salles entières.

Sebastien Guilhermet : Mandy, de Paul Cosmatos

Cette année, la quinzaine des réalisateurs a été une des sections les plus prolifiques en coup de cœur. Faisant partie de cette catégorie : Mandy de Panos Cosmatos, qui offre à ses spectateurs à la fois un délire 70’s démoniaque et un « Nicolas Cage movie », débridé, comique et violent à souhait. Un plaisir cinéphilique sans pareil.

 

 

 

La Légende de la Montagne nous est contée en Blu-ray chez Carlotta Films

Depuis le 9 mai 2018 est disponible pour la première fois en DVD et Blu-ray La Légende de la montagne. Édité par Carlotta Films, le film culte de King Hu nous plonge dans une fable visuellement grandiose portée par l’humour et le mystère…

Synopsis : He Yun-Tsing est missionné par le monastère Haiying pour recopier un canon bouddhiste qui permettrait de libérer les âmes des défunts. Pour mener à bien cette tâche, les moines lui suggèrent de se retirer dans un endroit isolé au cœur de la montagne. Yun-Tsing est alors accueilli à bras ouverts par les quelques habitants de la contrée. Mais le mystérieux canon bouddhiste devient rapidement la cible de toutes les convoitises…

La Légende de la Montagne : King Hu, un cinéaste magicien

On pourrait décrire de bien des mots La Légende de la Montagne, comme on pourrait l’analyser à travers de nombreux prismes. Cet article posera une question : King Hu ne serait-il pas un cinéaste magicien ? Approcher Hu comme une figure de magicien n’est pas une voie sans fondement. Car, comme le magicien, Hu monte avec La Légende de la Montagne, un spectacle amusant et touché par le surnaturel. Si l’homme de scène joue parfois avec telle ou telle légende pour contextualiser un tour, Hu démarre son film en nous causant d’un vieux récit qui a traversé les temps anciens et nouveaux. Cette histoire légendaire permet à Hu de proposer une expérience cinématographique forte. D’abord d’un point de vue visuel, le cinéaste propose des images incroyables purement cinématographiques car impossible à percevoir à travers nos perceptions humaines. Comme le magicien avec ses machines et autres trucs et astuces, c’est grâce à la mécanique du cinéma, ses outils (les modifications de couleur au montage ou possiblement directement sur le tournage) et ses artisans (le directeur de la photographie, le décorateur) que le réalisateur peut proposer ces visions. Ce qu’on regarde ne peut être perçu qu’au cinéma, quand bien même on imagine très bien Hu s’être inspiré de la peinture. Le film démarre d’ailleurs sur l’un des éléments essentiels du cinéma : une marche, et donc le mouvement.

la-legende-de-la-montagne-mystere-et-fantastique-par-king-hu
Entre le burlesque et le frisson du fantastique, il n’y a pas qu’un pas.

Le magicien réussit à passer d’un tour à un autre – ou d’une situation de base à la fin de son jeu d’illusion – en un geste occultant soigneusement l’astuce. Hu manie son personnage de telle manière qu’il réussit en un sourire, une interrogation ou un déplacement mystérieux mais pas étrange, à nous faire passer d’une situation inspirant la paix et la solennité à une autre respirant la comédie ou le fantastique. Ce glissement des genres qu’opère King Hu est stupéfiant de maîtrise tant le mouvement est invisible. Cette invisibilité concerne aussi la chorégraphie dont la conception et l’effort disparaissent au service du récit, à l’inverse de nombre de productions modernes qui n’hésitent pas à employer ces éléments – mêlés à une certaine violence graphique – comme des objets d’attraction du film. On peut par exemple penser à John WickEt il y a cet humour empli de bonté, d’humanité qui se forme dans le burlesque des corps ; dans l’absurdité ou l’excentricité d’une situation ; ou encore directement dans le mystère grâce au savant melting pot des genres de Hu. Le sourire et le rire provoqués par le cinéaste et ses trucs sont justement comparables à ceux qu’amène le magicien aux petits et grands. Parce qu’aussi dantesque soit-il – le film dure trois bonnes heures -, La Légende de la Montagne s’adresse, comme tout spectacle à la fois magique et de magie aux petits et aux grands.

D’ailleurs, ce magicien de King Hu nous est revenu le 9 mai dernier avec sa Légende de la montagne dans une édition Blu-ray soignée. On aurait apprécié voir l’expérience filmique complétée par davantage de bonus, mais le bat blesse ailleurs, au niveau audio du long métrage. En effet, la musique tend souvent à être criarde ; plus globalement, la piste sonore est loin d’être aussi merveilleuse que le somptueux rendu visuel. Enfin, on peut noter la présence de quelques plans certes détériorés mais qui ne viendront pas entacher cette merveilleuse et riche aventure cinématographique de 1979 signée King Hu.

Bande-Annonce – La Légende de la Montagne

BD 50 • MASTER HAUTE DÉFINITION • 1080/23.98pla-legende-de-la-montagne-visuel-du-blu-ray-carlotta-films

ENCODAGE AVC • Version Originale DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-Titres Français • Format 2.35 respecté • Couleurs – Durée du Film : 192 mn

DVD 9 – NOUVEAU MASTER RESTAURÉ

Version Originale – Sous-Titres Français – Format 2.35 respecté – 16/9 compatible 4/3 – Couleurs – Durée du Film : 184 mn

SUPPLÉMENTS (communs aux éditions DVD et Blu-ray ; en HD sur l’édition Br)

– MONSTRE SACRÉ DU CINÉMA (20 mn)

« King Hu a été séduit par les bouddhistes qu’il a rencontrés et leur idée de l’expérience qui ne peut être expliquée, mais ressentie. Il voulait exprimer ce sentiment en images. » Un essai réalisé par David Cairns, critique.

TONY RAYNS À PROPOS DE « LA LÉGENDE DE LA MONTAGNE » (21 mn)

Tony Rayns, spécialiste du cinéma asiatique, revient sur la carrière de King Hu jusqu’à La Légende de la montagne. Avec ce film, le réalisateur s’éloigne de son style habituel par son sujet, sa forme et son rapport à la temporalité.

– BANDE-ANNONCE 2018

 

la-legende-de-la-montagne-visuel-du-dvd-carlotta-films

La Légende de la montagne

Un film de King Hu (1979)

Disponible en DVD et Blu-ray depuis le 9 mai 2018

Prix de vente public conseillé : 20,06€

Cannes 2018 : Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez, un giallo queer un peu timoré

Présenté en fin de compétition de la sélection officielle du Festival de Cannes 2018, Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez était la curiosité de la croisette. Pourtant, le grand coup de chaud annoncé n’est jamais arrivé à bon port. Mélange visuel tiède du giallo et esprit Queer bien consensuel, le film ne remplit pas les attentes escomptées.

Queer et élégiaque, Yann Gonzalez avec son premier film Les rencontres d’après minuit avait marqué les esprits. Constituant son univers d’une esthétique baroque, d’une mélancolie transgenre douce et amère, Yann Gonzalez fait partie de ce petit groupe de réalisateurs français, à l’instar de Bertrand Mandico, Hélène Cattet et Bruno Forzani, qui aime s’approprier une imagerie sauvage en triturant les codes du cinéma de genre. Un couteau dans le cœur était donc une grosse attente, qui est  malheureusement devenue une belle déception même si tout n’est pas à jeter. Le projet est beau et annonce la couleur dès le début du film avec l’apparition des deux premiers meurtres: cette ambiance sexualisée et mortifère, cette mise en scène chromatique et ce mystère sanguinolent. Yann Gonzalez met les pieds dans le giallo et le fait de manière assez sérieuse et complètement assumé.

C’est beau, terrifiant et mystérieux. On embarque alors dans cet univers jovial, violent, fanfaron et doucement sadomasochiste dans les studios d’une productrice de films pornos gays qui voit, sans comprendre pourquoi, certains de ses acteurs mourir dans d’étranges circonstances. A partir de ce moment-là, le film commence à boiter sérieusement. Avec son intrigue de série Z faussement alambiquée, qui voit s’entremêler amour passionnel, tueur en série masqué, et univers du cinéma porno, Yann Gonzalez aurait largement pu avoir les épaules pour donner vie à son « Perfect Blue » version Queer mais ne propose qu’un Brian de Palma du pauvre. Malgré ses facéties, sa drôlerie ricaneuse et ses manières de diva, ses quelques bribes d’images sanguinolentes, cet univers pop et bariolé parait bien trop consensuel par rapport à son sujet de départ et bien trop extatique dans sa manière d’aborder le versant cinématographique de son œuvre.

Yann Gonzalez crée un long métrage qui s’assume pleinement d’un point de vue moral mais qui semble bien trop chichiteux à son rapport visuel. Mais où est donc passée l’emphase fantasmagorique des Rencontres d’après minuit, quitte à déborder de tous les côtés et à déverser un océan de chaleur. Seul le frêle mais subtilement féroce Nicolas Maury anime le film d’une sensualité communicative et ajoute de la perversité maligne à son personnage. Pourtant, cette envie qu’a le film de vouloir rafraîchir les pulsions est assez passionnante, et permet au réalisateur d’afficher avec prestance et aisance certaines thématiques comme la dénonciation de l’homophobie, ou bien la mort comme inspiration créatrice et artistique.

Cependant faire des comparaisons n’est pas la meilleure manière d’aborder un film, et comment ne pas être surpris par la tiédeur stylistique du film quand on voit à côté, Bertrand Mandico balancer une orgie de sens et de chair avec les Garçons Sauvages et  Hélène Cattet et Bruno Forzani catapulter le giallo à ses limbes les plus primitives. Faire un film dans le milieu du cinéma porno avec aussi peu de chair, faire un giallo avec aussi peu de peur et de sensation horrifique, remplir les trous de son film par une histoire d’amour portée par une Vanessa Paradis apathique, montre à quel point le film semble avoir le cul entre deux chaises et ne savait quel horizon regarder.

Bande-annonce : Un couteau dans le cœur

Synopsis : Paris, été 1979. Anne est productrice de pornos gays au rabais. Lorsque Loïs, sa monteuse et compagne, la quitte, elle tente de la reconquérir en tournant un film plus ambitieux avec son complice de toujours, le flamboyant Archibald. Mais un de leurs acteurs est retrouvé sauvagement assassiné et Anne est entraînée dans une enquête étrange qui va bouleverser sa vie.

[En compétition internationale au Festival de Cannes 2018]

Un couteau dans le cœur, un film de Yann Gonzalez
Avec Vanessa Paradis, Nicolas Maury, Kate Moran, Jonathan Genet..
Genre : Thriller
Distributeur : Memento Films Distribution
Durée : 1h 42min
Date de sortie : 27 juin 2018

Nationalité : Français

Cannes 2018 : Cómprame un revolver, la relation déchirante d’un père et sa fille

Le film de Julio Hernandez Cordon, présenté à la Quinzaine des réalisateurs, se veut porteur de réflexion sur un pays dirigé par la violence des cartels de drogue et sur la place des femmes dans ce milieu. Cependant, le film échoue à apporter sa touche de nouveauté.

Cómprame un revolver n’apporte rien de plus au cinéma que l’on ne connait pas déjà et qui a déjà traité des narcotrafiquants. Entre les films sur Pablo Escobar et les films d’Amérique latine qui évoquent sans cesse ce thème, on commence à avoir fait le tour du sujet. Mais Julio Hernandez Cordon choisit de l’aborder d’un angle différent, qui semblait de prime abord passionnant. Basant son récit sur une petite fille, obligée de masquer son visage pour cacher son genre et de se confondre dans les draps pour ne pas être trouvée par les milices mexicaines corrompues, le cinéaste dénonce les féminicides organisées par les dealers. L’oeuvre se voudrait féministe mais ne met en scène qu’une gamine masquée et omet tout ce qui pourrait s’y rapporter. Le père est obligé de la cacher pour que les narcotraficants ne lui prennent pas sa fille. On a du mal à comprendre parfois d’ailleurs tant on a l’impression que tout le monde est au courant mais se cherche des excuses pour ne pas la prendre. La petite fille dans le rôle de Hulk est  impressionnante de courage et de douceur dans son jeu, qui pousse à l’admiration et à l’émotion dans une grande partie des scènes. Enchaînée comme un animal de compagnie pour être en sécurité, il est évident que le public ne peut rester indifférent à la vie qu’elle mène, telle une fugitive.

La dénonciation de la violence de ce milieu est vue et revue et n’impressionne plus vraiment malgré le scénario intéressant et la relation du père et sa fille très touchante.  Julio Hernandez Cordon ne travaille pas non plus sa mise en scène de manière transcendante malgré quelques éclats dans de rares plans. Il balaye le thème de l’enfance en mettant en avant une bande de gosses, camouflés dans des feuilles, occupés à reprendre le pouvoir sur le baron de la drogue, qui avait coupé le bras de l’un d’entre eux pour le punir d’un vol. Même la fin du film est regrettable par ce manque de crédibilité qui prend le dessus sur une issue qui aurait pu capter notre attention. Le film a au moins le mérite de ne pas s’éterniser et d’être assez court comparé à ceux de la sélection qui tentent de pousser l’émotion trop loin et trop longtemps. Cómprame un revolver questionne l’avenir d’un pays rongé par la drogue et la violence qui en découle et se veut intéressant mais passe à côté de l’originalité attendue.

Bande-annonce : Cómprame un revolver (Buy Me a Gun)

Synopsis : Quelque part au Mexique, Huck, une petite fille vit là avec son père, leur caravane posée près d’un vaste terrain de baseball abandonné. Huck aide son père à tenir l’endroit. Lui essaie de la protéger de ce lieu sans loi. Certains soirs les narcos y organisent des matchs avec bière, crack et bagarres. Huck, doit porter un masque, pour cacher qu’elle est une fille car on raconte que les filles sont enlevées. Ses copains : une bande à la “Peter Pan”, qui a le pouvoir de se rendre invisible, et de se confondre avec l’immensité du paysage. La troupe a élu son royaume entre désert et mer. Un jour une fête est organisée pour l’anniversaire du caïd local, terreur de ce no man’s land.

[Quinzaine des Réalisateurs présenté au Festival de Cannes 2018]

Cómprame un revolver (Buy me a Gun), un film de Julio Hernández Cordón
Avec Ángel Leonel Corral, Matilde Hernández Guinea, Rogelio Sosa, Sostenes Rojas, Wallace Pereyda…
Genre : Drame
Durée : 1h24
Distribution : Rezo Films
Sortie : 20 mars 2019

Mexique

Cannes 2018 : Dogman de Matteo Garrone, la vengeance animale

Alors que son dernier film Tale of Tales avait énormément déçu, Matteo Garrone revient en sélection officielle du Festival de Cannes 2018 avec Dogman. Noir et désespéré, le cinéaste nous livre, sans compromis, le portrait d’une Italie crasseuse, violente, et qui laisse ses « chiens » sur le bas-côté de la route. Ce conte funèbre s’avère beau et parfois puissant, mais il manque un petit quelque chose, un brin de poésie pour faire décoller le film.

Le réalisateur italien a toujours aimé les décors pittoresques, cette humanité à l’incarnation un peu grossière. Dogman s’inscrit dans cette voie-là : un pensum esthétique et sombre comme un couteau dans le dos, et qui idéalise une déshumanisation certaine. Le récit nous plonge dans la vie de Marcello, petit toiletteur pour chien, vendeur de drogue à la sauvette pour joindre les deux bouts et offrir des cadeaux à sa fille. Le problème étant qu’il va devenir le souffre-douleur de la terreur du quartier, Simone. Dogman, qui s’insérera dans le film de vengeance durant sa deuxième partie, est un huis clos de quartier inquiétant et suintant la misère dans une zone de non-droit assourdissante.

Avec sa photographie grisâtre, son environnement médiocre aux alentours d’une station balnéaire laissée à l’abandon, Matteo Garrone interroge sur la question de la violence et de sa place dans une Italie qui rend coup pour coup, laissant ses habitants à la merci d’un homme fou et violent qui fait la loi dans la ville. D’un point de vue corporel, Simone est un mix entre « Thanos » et le personnage de Matthias Schoenaerts dans Bullhead : un monstre physique qui frappe et détruit tout ce qui bouge sur son passage s’il n’a pas ce qu’il veut. Comme si l’on voyait le corps d’un dieu de la guerre avec l’esprit d’un enfant. Marcello, c’est tout le contraire, avec son physique à la Eric Zemmour : il est victime de naissance, essaye tant bien que mal de faire marcher son affaire et commence à se faire apprécier de ses voisins.

Pourtant, Dogman, suite aux péripéties qui entraineront Marcello dans les zones d’ombre, montrera une Italie de quolibets où les rumeurs de quartiers et l’incompétence de la police feront rage. Intéressant dans son propos, et utilisant à bon escient la sympathie qu’amène l’acteur Marcello Fonte, Dogman trouve assez rapidement ses limites. Matteo Garrone utilise le cinéma de genre, celui de la vengeance et de la justice personnelle, pour s’indigner contre une forme de totalitarisme étatique, étant l’allégorie de l’italie de notre époque, mais a du mal à amplifier son récit d’une aura autre. Dotée de quelques scènes violentes et sanguinolentes où même le spectateur sentira les coups passer, l’œuvre, comme on pouvait s’y attendre, s’attarde avec mélancolie et tristesse sur l’animalité de l’Homme.

Surtout dans son climax final, voyant Marcello, la bave aux lèvres, crier dans le silence comme un chien qui aboierait pour appeler ses maîtres et leur apporter son os comme trophée. Cette mélancolie apporte de l’épaisseur à cette mise en scène cloîtrée et suffocante, et dresse ce constat implacable d’une humanité qui n’est plus, et qui a laissé place à une jungle animale et maladivement primitive.

Bande-annonce : Dogman

Synopsis : Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce…

[En compétition au Festival de Cannes 2018]

Dogman, un film de Matteo Garrone
Avec Marcello Fonte, Adamo Dionisi, Edoardo Pesce…
Genres : Policier, Drame
Distributeur : Le Pacte
Durée : 2h 00min
Date de sortie : 11 juillet 2018

Italie

Concours : Gagnez des places du film d’horreur No dormirás

Concours : À l’occasion de la sortie en salle le 16 Mai 2018, de No dormirás réalisé par Gustavo Hernandez, gagnez 10×2 places pour aller voir le film au cinéma.

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

1984. Dans un hôpital psychiatrique abandonné, une compagnie théâtrale menée de main de maitre par Alma, expérimente une technique extrême de jeu. En privant ses comédiens de sommeil, Alma prétend les préparer à donner le meilleur d’eux-mêmes. Au fur et à mesure des jours d’insomnie, les acteurs ressentent des choses de plus en plus étranges… Bianca, jeune actrice en compétition pour le rôle principal, tente de percer les secrets de cet étrange endroit et devient bientôt l’objet de forces inconnues.

Porté par un  excellent casting  et scénarisé par Juma Fodde, le thriller ibérique à l’atmosphère claustrophobe, No dormirás interroge sur la relation entre folie et création.

No dormirás, (You Shall Not Sleep) un film de Gustavo Hernandez (La Casa Muda/The Silent House, présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2010).
Avec Eva De Dominici, Natalia de Molina (Kiki, l’amour en fête), German Palacios, Eugenia Tobal, Juan Guilera, Maria Zabay, Miguel Angel Maciel, Susana Hornos, Belen Rueda (Mar adentro, L’orphelinat, Les Yeux de Julia)…
Genre : Thriller
Nationalités du film : Espagnol, Argentin, Uruguayen
Distributeur en France : Eurozoom
Durée du film : 1h 46min
Date de sortie au cinéma : 16 mai 2018

Nationalités espagnol, argentin, uruguayen

Page Facebook du film : www.facebook.com/NoDormirasLeFilm/

Modalités du jeu concours

Pour participer à notre concours, réservé à la France Métropolitaine, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 29 Mai 2018. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter. Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.


Ceux ou celles qui nous suivront sur notre compte Twitter ou/et ceux ou celles qui auront liké notre page Facebook auront droit à une chance supplémentaire…

Doublez vos chances de remporter une dotation en suivant notre compte Twitter !Triplez vos chances de remporter une dotation en devenant fan de notre page Facebook !

Cannes 2018 : Carmen y Lola, une dose d’amour à la Quinzaine

Carmen y Lola continue de prouver la grande qualité de la sélection de la Quinzaine des réalisateurs cette année. Avec une histoire pleine de force et de douceur, Arantxa Echevarría offre un beau film sur les femmes dans la communauté gitane.

Il aura fallu du temps pour digérer les émotions provoquées par ce film aussi doux que brut. La réalisatrice Arantxa Echevarría livre une grande réussite avec son premier film, en lice pour La Caméra d’Or. Carmen y Lola conte la romance de deux adolescentes gitanes de manière aussi élégante que bouleversante. Sans en dire trop sur le film, Carmen doit, comme le veut la tradition, se marier dans quelques semaines avec un homme qu’elle trouve très beau. Lola quant à elle jongle entre le lycée et le marché avec sa famille. Même si on imagine rapidement comment les choses vont se dérouler, la cinéaste fait de cette histoire romantique un film rayonnant. Autant par la musique gitane que par la lumière posée sur ses deux actrices, issues elles-mêmes de cette communauté. Leur idylle est comme une bulle de coton au milieu des tags et de la vie autoritaire et patriarcale qu’elles subissent. Cette bulle, la réalisatrice parvient à la créer aussi avec le spectateur qui est totalement emporté dans leurs moments de tendresse où tout autour disparaît, y compris le son. Les mélodies espagnoles disparaissaient pour laisser place à un silence renversant ponctué de baisers ou de regards volés joués tout en retenue et en suggestion. Le public retient son souffle et savoure ces scènes pleines de délicatesse et de douceur où la sexualité ne trouve pas sa place, mais les moments n’en sont que plus beaux. Contrairement au cinéma habituel, les corps nus ne sont pas réellement montrés. Arantxa Echevarría va justement à contre-courant de cela et décide de montrer la sensualité dans une scène où Lola habille Carmen, plutôt que de la déshabiller.

La réalisatrice ne fait pas seulement de son film une œuvre politique ayant pour but de se faire porte-parole d’une communauté niée par les gitans. Elle se veut aussi libératrice pour les femmes dans ce milieu dicté par les codes masculins et machistes. Le père de Lola illustre à la perfection ce que la réalisatrice veut dénoncer et l’acteur joue avec un cran naturel cette figure tyrannique qui bouscule aussi bien sa femme, sa fille que le public, inefficace face à tant de rage. La scène déchirante de la découverte de l’homosexualité de Lola par ses parents marque le film d’un grand coup de poing, tant les cris de la mère et le sort infligé à la jeune adolescente rendent malade et révoltent. Elle qui ne rêve que de liberté et passe son temps à dessiner des oiseaux, symbole de l’envol qu’elle veut prendre, la voilà soumise aux règles dictatoriales d’une société qui la renie.

« Être une femme reste difficile. Être une gitane, dans une culture véhiculant des siècles de patriarcat et de sexisme, ajoute aux difficultés. Être femme, gitane et lesbienne vous rend invisible. »

Bande-annonce : Carmen y Lola

Synopsis : Une histoire d’amour entre deux jeunes femmes gitanes dans un milieu où l’homosexualité est un tabou.

[Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2018]

Carmen Y Lola, un film de Arantxa Echevarría
Avec Carolina Yuste, Moreno Borja, Rafaela León, Rosy Rodriguez, Zaira Romero…
Genres : Drame, Romance
Distribution : Eurozoom
Durée : 1h 43min
Date de sortie Prochainement

Nationalité espagnol

Cannes 2018 : Miraï ma petite sœur de Mamoru Hosoda, un léger conte sur l’enfance

La Quinzaine des réalisateurs 2018 est une réussite totale. Cette section du Festival de Cannes nous présente cette fois-ci le dernier film d’animation de Mamoru Hosoda, Miraï et sa jolie mais anecdotique chronique familiale.

Mamoru Hosoda est le nouveau chef de file d’une animation japonaise revigorée. Pourtant, avec sa dernière œuvre, le cinéaste parait un peu moins inspiré et semble alimenter son récit d’un fan service qui n’est pas des plus appropriés. Qu’on ne se méprenne pas non plus : Miraï, ma petite sœur est doux, beau et terriblement attachant. Hosoda et toute son équipe ont fait encore une fois un travail assez splendide sur les cadres et la fluidité de l’animation avec ses lignes claires. Parlant déjà souvent de l’enfance et de sa genèse, que cela soit dans les magnifiques Le Garçon et la Bête ou Les Enfants Loups, Hosoda revient donc encore une fois avec son thème de prédilection dans un univers qui de prime abord parait moins onirique et plus naturaliste.

C’est le petit récit d’un enfant qui va devenir le grand frère du nouveau-né de la famille, la toute petite Mirai. Avec cette naissance, qui vient bouleverser la routine familiale, tous les membres de la famille vont devoir apprendre à comprendre l’autre et à faire de leur mieux pour améliorer le quotidien de chacun. Mais voyant sa mère et son père le délaisser pour s’occuper de Mirai, le jeune Kun va devenir jaloux du fait que sa soeur accapare l’attention de tous. Les scènes quotidiennes se suivent, avec drôlerie et empathie, sous les pleurs et les cris des enfants qui énervent les parents. Sauf que la sobriété de la réalisation, la fine simplicité du récit n’empêchent pas la monotone répétitivité de l’enjeu du film.

Mais comme à son habitude, Mamoru Hosoda va sortir des carcans du réel pour singer le fantastique et en faire une porte vers la compréhension des sentiments. Mais bizarrement, cette emphase fantasmagorique, où Kun se retrouve dans d’autres mondes et rentre en relation avec les membres de sa famille à des âges différents du présent, n’arrive pas à donner une véritable dynamique. Ces séquences oniriques paraissent un peu surfaites, loin de la mélancolie visuelle d’un Summer Wars, et s’imbriquent avec trop de facilité inopportune dans le récit. Ces divagations sont importantes, belles et parfois touchantes car elles permettent de faire un portrait de chacun des membres de la famille, ainsi que d’avancer cette jolie morale sur l’instant présent et la conséquence de chaque geste ou action envers son prochain.

Sauf que ces séquences peinent à émerveiller ou à amuser, n’ont pas une aspérité tenace, n’ont pas ce questionnement profond mis à part cette fin magnifique sur l’emboîtement entre le passé et le futur. Sans doute que les attentes étaient trop élevées ou disproportionnées mais Miraï, malgré sa beauté et sa bonté communicative, est un film mineur du réalisateur, qui ne fait que ressortir les habituels gimmicks narratifs et visuels de Mamoru Hosoda.

Bande-annonce : Miraï ma petite sœur de Mamoru Hosoda

Synopsis : Kun est un petit garçon à l’enfance heureuse jusqu’à l’arrivée de Miraï, sa petite sœur. Jaloux de ce bébé qui monopolise l’attention de ses parents, il se replie peu à peu sur lui-même. Au fond de son jardin, où il se réfugie souvent, se trouve un arbre généalo-ma-gique. Soudain, Kun est propulsé dans un monde fantastique où vont se mêler passé et futur. Il rencontrera tour à tour ses proches à divers âges de leur vie : sa mère petite fille, son arrière grand-père dans sa trépidante jeunesse et sa petite sœur adolescente ! A travers ces aventures, Kun va découvrir sa propre histoire.

[Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2018]

Miraï ma petite sœur (Titre original Mirai), un film de Mamoru Hosoda
Avec Gen Hoshino, Haru Kuroki, Koji Yakusho, Kumiko Aso, Mitsuo Yoshihara, Moka Kamishiraishi, Yoshiko Miyazaki…
Genres : Animation, Drame, Fantastique
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Durée : 1h 40min
Date de sortie Prochainement

Nationalité japonais

Cannes 2018 : Burning de Lee Chang Dong, une valse des sentiments vertigineuse

Habitué du Festival de Cannes, Lee Chang Dong revient sur la Croisette avec Burning, œuvre qui adapte Les Granges brûlées du Japonais Haruki Murakami. Long et faisant parler les non-dits, Burning tisse tout de même sa toile magnétique grâce à la fluidité d’une mise en scène souveraine qui accompagne avec grâce des personnages sur la brèche.

Jongsu est un travailleur à la sauvette, passant de job en job mais qui a dans l’idée d’écrire un roman alors qu’il vient tout juste de déménager à la campagne. Un jour, il revoit Haemi, une fille qui habitait jadis dans le même quartier. Ils commencent à parler, à discuter de choses et d’autres, puis se mettent ensemble. Lee Chang Dong débute son film calmement, dans une romance qui empile les scènes d’exposition jusqu’à n’en plus finir. C’est beau, d’un naturaliste cotonneux, notamment tout ce discours de Haemi sur les « Great Hunger » et sa volonté de lumière mais Burning s’éparpille dans ses divagations quasi documentaristes.

Jusqu’au jour où elle part au Kenya. A son retour, elle est accompagnée de Ben, jeune, riche et ténébreux, qui prendra une grande place dans la vie d’Haemi. A ce moment-là, Burning met de la confusion dans l’esprit de Jongsu car il devient jaloux de Ben. Ce dernier est en très peu de temps devenu le catalyseur de tous les espoirs et les rêves de grandeur de Haemi. C’est alors une possibilité pour Lee Chang Dong d’acérer sa vision mortifère et fébrile d’une Corée du Sud paranoïaque qui se divise par un clivage social certain. Parfaitement sibyllin dans sa narration, d’une extrême légèreté dans sa mise en forme, Burning voit cette jeunesse prolétaire phagocytée et jugée pour la responsabilité et les conséquences de leurs actes pendant que la jeunesse clinquante et riche qui n’aspire qu’à s’amuser, sévit en en toute impunité.

Cependant, le film parait très, trop, didactique dans sa manière d’amener le clivage social, trop schématique pour donner de l’épaisseur à ses personnages. Et pourtant, les scènes restent en tête, les moments de bravoures sont intimistes, et l’immersion sensitive se fait palpable : comme ce moment où Haemi, de nouveau, simule une danse africaine devant tout un parterre gêné de jeunes riches rigolards. L’intensité et le sentiment de perdition se mettent alors à devenir asphyxiants. On assiste, à travers Haemi, à ce miroir fabuleux d’une classe moyenne fatiguée de sa condition et qui pourrait tout faire pour se sortir du guêpier de l’errance: la fluidité de la mise en image du récit est la force du film.

C’est là où Burning touche du doigt parfois les sommets : une hypnose sur les prémices d’une révélation, la seule existence de « non-dits ». On assiste à une œuvre qui change de forme sans jamais changer de reflet, et qui nous amène là où on ne pensait pas qu’elle pourrait nous amener : Jongsu, pris par la peur du vide, court vers le vertige de la vérité. D’une romance un peu longuette même si touchante par sa sincérité, Lee Chang Dong met en perspective trois portraits émouvants de justesse pour finir sur les pas d’un thriller assez magnétique. Burning est donc un cas de conscience que seul Cannes peut nous offrir : malgré sa longueur, ses redondances scénaristiques, un étirement évident et un peu vain, son début balbutiant, le film reste à n’en pas douter un grand moment de ce Festival.

Portée par une fluidité immaculée, Burning éclabousse la croisette de son talent avec sa poésie lunaire, ses portraits insidieux et sa mise en scène immersive comme en témoigne cette tension dans les courses effrénées de Jongsu entre les serres, ce calme angoissant dans les regards errants de Ben ou cette frénésie dans les danses incantatoires et hypnotiques de la jeune Haemi.

 

Teaser : Burning de Lee chang dong

Synopsis : Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier, tombe par hasard sur Haemi, une jeune fille qui habitait auparavant son quartier. Elle lui demande de s’occuper de son chat pendant un voyage en Afrique. À son retour, Haemi lui présente Ben, un garçon mystérieux qu’elle a rencontré là-bas. Un jour, Ben leur révèle un bien étrange passe-temps…

[En compétition au Festival de Cannes 2018]

Burning (Titre original Buh-Ning), un film de Lee Chang-Dong
Avec Yoo Ah-In, Steven Yeun, Jeon Jong-seo…
Genres : Drame, Thriller
Distributeur : Diaphana Distribution
Durée : 2h 28min
Date de sortie : 29 août 2018

Nationalité sud-coréen

Cannes 2018 : Under the Silver Lake de David Robert Mitchell, la symbolique de la pop culture

Après le succès It Follows, David Robert Mitchell revient au Festival de Cannes, en sélection officielle, avec son polar noir et psychédélique Under the Silver Lake. Un film qui revisite le mythe de Los Angeles dans une quête existentielle labyrinthique.

David Robert Mitchell est un caméléon. Un peu comme Nicolas Winding Refn, il fait partie de ces nouvelles têtes d’affiche qui ingurgitent un maximum d’influences cinématographiques pour mieux les éviscérer et s’en amuser sur la pellicule. Après sa parenté flagrante avec les codes horrifiques de Carpenter dans It Follows, c’est autour du polar néo noir et d’Hitchcock de passer à la moulinette du réalisateur américain. Under the Silver Lake est un patchwork assez improbable entre le Vertigo d’Hitchcock, Inherent Vice de Paul Thomas Anderson et une plâtrée de références à la pop culture aussi anachroniques qu’intemporelles.

Dans un Los Angeles baroque, bariolé mais aussi souterrain, le cinéaste infuse sa propre mécanique, un peu longue certes mais très libre dans sa propension à prendre son temps, à observer son personnage principal, Sam, suivre les traces de sa voisine disparue. On ne sait pas ce que Sam fait à Los Angeles ni quel est son travail, ni quel est son passé, mais il passe le plus clair de son temps à se masturber, à jouer à la console, et à chercher des messages codés dans de vieilles cassettes vidéos et dans des paquets de céréales. Il passe de femmes en femmes, et est un glandeur maladif : cette enquête va permettre de le remodeler au monde réel, de le séparer de son monde imaginaire et libidineux. Los Angeles a souvent été le théâtre de films narrant sa superficialité ou sa vacuité, comme Mulholland Drive, et Under the Silver Lake fait partie de cette catégorie-là tout en y mettant une petite touche d’originalité.

Conjugaison de la névrose même d’un homme gangréné par les images véhiculées par la société ou même les publicités, et d’une ville d’anges déchus dénudés faite de soirées luxueuses ou de symboliques complotistes, Under the Silver Lake est un objet hybride, entre le vieil Hollywood des 50’s et l’ambiance hippie 70’s, qui évite les écueils de la redondance, malgré sa monotonie et son manque de scène de bravoure assez flagrant, et épouse les courbes d’une ambiance aussi inquiétante que vaporeuse. Au-delà d’une mise en scène léchée, maîtrisée dont le sens du cadre et de la couleur n’est plus à prouver, le film éblouit par la digestion de toutes ses influences, pour au final, proposer une œuvre rafraîchissante et pulp sur le pouvoir de la pop culture : un lieu où chaque chose a un sens et chaque signe une symbolique bien particulière qui nous conduirait à être ou ne pas être ce que nous sommes.

C’est plutôt simple comme parti-pris, mais au travers de cette gestuelle narrative qui permet au récit d’avancer à coup d’énigmes réussies, Under The Silver Lake se laisse visiter avec le plus grand des plaisirs et écrit les premières lettres de l’émancipation d’un personnage aux allures adolescentes. Le film devenant pour ainsi dire, un monde qui dissimule les non-dits d’une ville aux ailes sataniques et suicidaires, et l’espace mental d’un homme égoïste et inconséquent.

Bande-annonce : Under the Silver Lake

Synopsis : À Los Angeles, Sam, 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations.

[En Compétition Internationale au Festival de Cannes 2018]

Under the Silver Lake, un film de David Robert Mitchell
Avec Andrew Garfield, Riley Keough, Topher Grace, Callie Hernandez..
Genre : Thriller, Comédie
Distributeur : Le Pacte
Durée : 2h19min
Date de sortie : 8 août 2018

Nationalité : Américaine

 

L’Affaire Thomas Crown, de Norman Jewison, le plaisir d’un jeu trouble et sensuel

Il n’y a pas que 2001 qui fête ses 50 ans cette année. C’est le cas aussi du film le plus connu de Norman Jewison, L’Affaire Thomas Crown. Retour sur ce classique élégant et ludique.

La fameuse chanson composée par Michel Legrand et que l’on entend dès le générique d’ouverture donne un bon aperçu du film : élégante, aérienne, et qui reste en tête un long moment. Commençant ainsi sous les meilleurs auspices, le film de Norman Jewison n’a plus qu’à dérouler ce programme.

affaire-thomas-crown-faye-dunaway-steve-mcqueen-norman-jewison-critique-film

L’Affaire Thomas Crown, c’est d’abord la rencontre de deux acteurs dont la classe irradie tout le film. Steve McQueen et Faye Dunaway forment un de ces couples glamour dont Hollywood a le secret. Deux prédateurs à la grâce féline qui vont s’observer, se jauger, et jouer l’un avec l’autre.

Car ce film est avant tout un grand jeu. Dès le début, Thomas Crown est montré comme un joueur : de retour chez lui après le cambriolage qui ouvre le film, il se retrouve seul dans son salon à caresser les pions de son jeu d’échec. Bien entendu, ce film sera une immense partie d’échecs, allant bien au-delà de la scène culte où l’on voit les deux antagonistes autour de l’échiquier. Il s’agira, à chaque fois, de placer ses pions et de calculer plusieurs coups à l’avance, de prévoir les réactions de l’adversaire et de les devancer.

Si Vicki se présente d’emblée comme une adversaire, comme celle qui cherche à le faire tomber, c’est bien parce qu’elle a cerné dès le début la personnalité de Thomas Crown : l’homme d’affaires est un joueur qui souffre de ne pas avoir d’adversaire. Le voir seul, au début, devant son échiquier, dans son immense salon vide, est assez significatif. Il cherche quelqu’un à qui se mesurer. « Ceux qui ont tout ne veulent qu’une seule chose, des émotions ». Et c’est exactement cela qui va guider Thomas, cette recherche d’émotions. C’est sans doute cela, plus que l’argent, qui le pousse à organiser ces cambriolages. Il apparaît tout de suite comme un calculateur froid qui ne semble s’amuser que dans les défis à relever.

Et c’est ce qui la rapproche de lui. Vicki comprend Thomas parce qu’elle est exactement identique à lui. Elle se définit comme une femme d’affaires « immorale » uniquement attirée par l’argent, elle adore relever les défis et elle est constamment dans le contrôle des apparences.

affaire-thomas-crown-norman-jewison-steve-mcqueen-critique-film-faye-dunaway

Cette notion de jeu va irradier tout le film, conçu avant tout comme un divertissement élégant, prenant et intelligent. Comédie, suspense, sensualité, Norman Jewison joue avec les émotions du spectateur, sans jamais perdre de vue l’unité de son film. Il maîtrise sa réalisation de bout en bout, jouant parfaitement sur la temporalité par exemple, comme dans cette scène de cambriolage qui mérite de figurer parmi les plus grandes réussites du genre : scène qui s’allonge, dans le silence complet, pour instaurer le suspense, puis accélération du rythme et apparition de la musique lorsque l’on passe à l’action.

Visuellement, le film est remarquable. Norman Jewison adopte une réalisation d’une grande modernité, faisant un emploi très réussi de la technique du split screen. Sa caméra se fait légère, audacieuse dans ses mouvements.

Mais malgré toutes ces qualités techniques, il faut surtout dire que le film fonctionne à l’affectif. Voir L’Affaire Thomas Crown, c’est assumer son plaisir de retrouver deux stars glamours au sommet de leur art. Le plaisir d’un jeu malin où le spectateur aime se laisser prendre.

L’Affaire Thomas Crown : bande-annonce

L’affaire Thomas Crown : Fiche Technique

Titre original : The Thomas Crown Affair
Réalisateur et producteur : Norman Jewison
Scénario : Alan R. Trustman
Interprétation : Steve McQueen (Thomas Crown), Faye Dunaway (Vicki Anderson)
Photographie : Haskell Wexler
Montage : Hal Ashby, Ralph Winters, Byrom Brandt
Musique : Michel Legrand
Société de production : Solar Productions, Simkoe, The Mirisch Corporation
Société de distribution : United Artists
Genre : suspense
Durée : 102 minutes
Date de sortie initiale en France : 4 septembre 1968
Date de reprise : 16 mai 2018

États-Unis – 1968