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Cannes 2018 : Spike Lee VS Trump, conférence de Godard et le Festival au Gaumont Opéra

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Le Festival est au cœur de sa deuxième semaine. Le Palmarès tant attendu sera dévoilé ce samedi. Spike Lee et Jean-Luc Godard se sont illustrés dans des conférences de presse qui ont fait couler beaucoup d’encre. Le cinéma Gaumont Opéra, de son côté, va programmer des films de la Sélection officielle du Festival de Cannes du 18 au 20 mai.

Les cinéphiles profitent encore des ultimes jours de fête et de magie sur la Croisette dans le cadre de la 71e édition du Festival de Cannes. Cette semaine a été marquée par des conférences de presse retentissantes.

La violente charge de Spike Lee contre Donald Trump

Le cinéaste Spike Lee est de retour à Cannes avec son bipoic BlacKkKlansman, sur un duo de choc qui a permis à s’infiltrer au cœur de l’organisation du Ku Klux Klan. Après l’impact, le message, le contenu, les castings et les thématiques de nombreuses œuvres comme Black Panther, Fruitvale Station, Get Out, The Birth of a Nation ou bien encore la série Atlanta, Hollywood tente de pallier l’absence de représentation de la diversité au cinéma ou sur le petit écran pour la communauté Noire. Les studios américains ont également été empêtrés des accusations de « white whasing » pour l’attribution de certains rôles ces dernières années. Des œuvres se déroulant en Asie ou avec un contexte particulier ont été pointés du doigt comme l’adaptation du manga Ghost in the Shell ou bien encore la série Iron Fist.

Dans ce contexte, le clip de Donald Glover (This is America), sous son nom de scène Childish Gambino, a atteint les 100 millions de vues cette semaine. L’acteur et le créateur de la série Atlanta a effectué la montée des marches à Cannes pour le spin-off de Star Wars, consacré à Han Solo. Donald Glover incarne le jeune Lando Calrissian.

Lors de la conférence de presse pour la présentation de son film BlacKkKlansman cette semaine à Cannes, Spike Lee a évoqué la situation politique aux USA et a abordé des sujets sensibles comme le racisme, la condition des Noirs. Le réalisateur de Do the Right Thing s’en est pris à Donald Tump, sans le nommer, tellement le cinéaste était excédé !

On a un mec à la Maison Blanche, je n’ose même pas prononcer son nom, qui fait des déclarations devant les Américains, devant le monde… Ce putain d’enfoiré a eu une chance de parler d’amour et non pas de haine, mais il ne l’a pas fait. Ce putain d’enfoiré n’a même pas osé dénoncer le Klan, tous ces nazis. C’était un moment important, il aurait pu dire au monde entier qu’on méritait mieux que cela. On parle de démocratie en Amérique, mais c’est des conneries. Les États-Unis ont été construits par le génocide des Indiens et l’esclavage. C’est ça, qui a fabriqué l’Amérique. Comme dirait mon frère de Brooklyn, Jay-Z, ce sont des FAITS. C’est pour ça que je devais parler de ces événements dans mon film. (…) On doit se réveiller ! Ne pas rester silencieux. (…) J’espère avant tout éveiller les consciences. L’extrême droite sévit partout dans le monde et on croule sous les mensonges présentés comme des vérités. Mon film parle de ça. Je parle avec mon cœur, je m’en fous des critiques, je sais qu’on est du bon côté de l’histoire avec ce film. (…) Avec ce film, je voulais simplement créer un débat autour de la question du racisme, qui est un problème mondial (…) Il ne faut pas rester silencieux, il faut élever la voix. (…) Excusez-moi pour les gros mots mais avec tout ce qui se passe, ça donne envie de jurer. Merci de m’avoir écouté.

Son nouveau film est dédié à Heather Heyer, la victime des violences survenues lors d’une manifestation contre le racisme à Charlottesville, en août dernier. Spike Lee estime que le locataire de la Maison Blanche aurait pu à cette occasion adresser un message clair, pacifique et d’unité pour toute la nation.

La conférence de presse fascinante et surréaliste de Jean-Luc Godard

Le réalisateur Jean-luc Godard a présenté son film Le Livre d’image dimanche dernier sur la Croisette. Le cinéaste, âgé de 87 ans, n’était pas présent physiquement à Cannes. Il s’est néanmoins plié à l’exercice de la conférence de presse… à distance, via FaceTime. Pendant près de 45 minutes, des journalistes ont défilé devant un micro et un téléphone portable afin de lui poser des questions. Canal + a partagé l’intégralité de la conférence de presse sur son site Internet.

Jean-Luc Godard a distillé sa sagesse sur le cinéma et sur l’art. Le réalisateur d’A Bout de souffle a indiqué qu’il avait « vu en quatre ans plus de films que Thierry Frémaux en a vus pour établir sa sélection » afin de préparer son nouveau long-métrage, Le Livre d’image.

Un film est fait pour montrer ce qui se fait, et c’est le cas de la plupart des films qui sont à Cannes cette année et comme les années précédentes… Mais très peu de films sont faits pour montrer ce qui ne se fait pas. J’espère que le mien aidera un peu à montrer ou à penser à ce qui ne se fait pas. (…) J’ai très vite eu l’intuition que ce qui importait pour moi, ce n’était pas le tournage, mais le montage. C’est de la post-production, ça permet d’être beaucoup plus libre. Le montage, même en numérique, est fait avec les mains. Comme le dit le film, le propre de l’homme, c’est de penser avec ses mains…

Les films de la Sélection Officielle projetés au Gaumont Opéra

Du 18 au 20 mai 2018, le Gaumont Opéra propose aux cinéphiles parisiens de découvrir les films de la Sélection Officielle de la 71e édition du Festival de Cannes. Cette opération est renouvelée cette année pour la sixième fois au cinéma Gaumont Opéra. Les cinéphiles qui n’ont pas eu la chance de se rendre sur la Croisette ou les journalistes privés d’accréditations vont pouvoir découvrir un florilège de la Sélection officielle du Festival de Cannes. Le Gaumont Opéra est situé au 2 boulevard des Capucines dans le 9ème arrondissement de Paris.

Vendredi 18 mai :

Burning de Lee Chang-Dong à 14h

Leto de Kirill Serebrennikov à 16h45

Les Filles du soleil d’Eva Husson à 19h30

The House that Jack Built de Lars Von Trier à 22h30

Samedi 19 mai :

Girl de Lukas Dhont à 13h15

Trois Visages de Jafar Panahi à 15h15

Asako de Ryusuke Hamaguchi à 17h15

Dogman de Matteo Garrone à 19h45

Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez à 22h15

Dimanche 20 mai :

Les Eternels de Jia Zhang-Ke à 14h15

Capharnaüm de Nadine Labaki à 17h

Une affaire de famille d’Hirokazu Kore-eda à 19h30

A genoux les gars d’Antoine Desrosières à 22h

Le seul dilemme pour ces trois jours de programmation exceptionnelle concerne le Palmarès du Festival de Cannes. Les cinéphiles qui se rendront aux séances de samedi vont rater la cérémonie de clôture du 71e Festival de Cannes.

 

Cannes 2018 : “En liberté !”, une comédie burlesque signée Pierre Salvadori

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2018, « En liberté ! » offre des éclats de rire à toute la salle. Pierre Salvadori réalise un long métrage hilarant qui mêle thriller et comédie de manière loufoque.

ll faut dire que voir Adèle Haenel dans ce genre d’exercice pouvait laisser dubitatif au début, la jeune actrice a plutôt l’habitude de nous émouvoir et de nous bousculer par son jeu intense plein de simplicité. Mais qu’est ce qu’elle rayonne dans la peau d’Yvonne, veuve déçue d’apprendre que son défunt de mari n’est autre qu’un gros escroc. S’en suit alors toute une série de situations aussi absurdes soient-elles qui font ressortir le côté caché de l’actrice césarisée, son humour incroyable. Fidèle à elle même, Haenel s’accroche à son naturel charmant pour rentrer à pieds joints dans les gags, merveilleusement bien écrits par Pierre Salvadori. Et plus c’est cocasse, plus c’est drôle. L’équipe qui l’entoure est elle aussi clairement à la hauteur. Pio Marmaï aime se parler tout seul et joue l’ancien détenu devenu fou avec une aisance remarquable. Damien Bonnard est lui aussi très surprenant en flic totalement fou d’Yvonne, qui se refuse à écouter les aveux d’un criminel tant l’obsession éprouvée pour cette femme est grande. S’il était plutôt fade dans Rester vertical, il prouve dans ce film sa grande capacité à faire rire. Audrey Tautou rajoute elle aussi sa dose hilarante à l’œuvre avec des scènes qui régalent comme lorsque son mari sort de prison et qu’elle lui fait refaire son entrée. Ces quatre personnages se ressemblent si naïvement que c’en est drôle. Tous un peu plus perdus les uns que les autres, ils forment un quatuor désopilant.

Le film fonctionne grâce à cette équipe d’acteurs talentueux mais aussi par l’écriture grandiose dont a fait preuve le cinéaste. Salvadori ne se contente pas de faire rire simplement. Il pousse, certes, les blagues un peu loin comme les histoires racontées au fils d’Yvonne qui se répètent encore et encore à la manière d’OSS 117, mais il offre également une histoire d’amour touchante. Là encore la capacité des acteurs à savoir tout jouer est remarquable tant il passe de répliques hilarantes à d’autres plus attendrissantes. Les braquages ont rarement été aussi drôles au cinéma et les parodies aussi agréables. Le réalisateur prouve que la comédie française a encore de belles heures devant elle avec son film et a tout à fait sa place sur les écrans du Festival de Cannes. « En liberté ! » est totalement la dose de fraîcheur canonise qu’on attendait après tous ces films de plus de 2h souvent difficiles à regarder en entier.

Synopsis : Yvonne, jeune inspectrice de police, découvre que son mari, le capitaine Santi, héros local tombé au combat, n’était pas le flic courageux et intègre qu’elle croyait mais un véritable ripou. Déterminée à réparer les torts commis par ce dernier, elle va croiser le chemin d’Antoine injustement incarcéré par Santi pendant huit longues années. Une rencontre inattendue et folle qui va dynamiter leurs vies à tous les deux.

[Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2018]

En liberté !, un film de Pierre Salvadori
Avec Adèle Haenel, Pio Marmai, Audrey Tautou, Vincent Elbaz, Damien Bonnard…
Distributeur : Memento Films Distribution
Genre : Comédie
Durée : 1h 47min
Date de sortie 31 octobre 2018

Nationalité français

Cannes 2018 : En Guerre de Stéphane Brizé, la loi des marchés

Trois ans après le Prix d’Interprétation masculin obtenu pour La Loi du Marché, le duo Brizé/Lindon se reforme pour En Guerre, un drame social haletant sur la fermeture d’une entreprise. Le Royaume-Uni a Ken Loach, la Belgique a les Frères Dardenne et la France a désormais Stéphane Brizé en chef de file d’un cinéma-vérité saisissant. Incontestablement l’un des films chocs de ce Festival de Cannes !

Moins de deux ans après Une Vie, l’adaptation du premier roman de Guy de Maupassant, qui avait obtenu un succès d’estime mais s’était avéré être au final un triste échec commercial après le triomphe de La Loi du Marché, Stephane Brizé retrouve le cinéma brut et la hargne sociale qui avaient valu à Vincent Lindon le Prix d’Interprétation cannois en 2015. À l’heure où les conflits sociaux bouleversent l’Hexagone et où Emmanuel Macron est un Président largement discuté dans tous les rangs du pays, le duo Brizé/Lindon compte bien enfoncer des portes pour dénoncer le capitalisme mais surtout pour évoquer le combat de ces gens qui doivent subir les décisions d’actionnaires obnubilés par le marché libéral, loin des réalités du terrain et des vies modestes. Lors d’une interview, Stéphane Brizé disait de lui qu’il avait « peu d’imagination mais qu’il a un bon sens de l’observation ». En portant un regard déstabilisant et profondément intimiste sur le monde socio-économique qui l’entoure, il retrouve la radicalité de La Loi du Marché, pour un film qui se veut profondément immersif, enragé et désespéré.

Une grande table. Les syndicalistes face aux cadres de leur entreprise. Un échange a lieu et enfin le motif de la réunion est révélé, des promesses non tenues par le groupe de Perrin Industrie qui avait promis des emplois préservés pendant cinq ans alors que le site d’Agen s’apprête à être fermé au bout de deux ans. Une situation inconcevable pour les 1100 salariés de l’entreprise qui avaient fait des sacrifices et sont sur le point d’être mis à la porte. Dès lors, face à l’injustice, le spectateur se range obligatoirement du côté des ouvriers et des syndicalistes, même si son jugement variera au gré des situations du film tant Stéphane Brizé évite judicieusement les travers d’un manichéisme dans lequel il aurait été facile de tomber. Ce qui ressort du film, c’est que finalement chaque partie – ouvriers, cadres et politiques – a des arguments qui peuvent s’entendre. On est loin du gentil ouvrier contre le cynique DRH. Pourtant, la discussion entre les deux parties ne mène à rien, la guerre est déclarée. Derrière la société Perrin Industrie, c’est le passif de sociétés comme Goodyear, Continental, Whirlpool et consorts qui est raconté. Stéphane Brizé semble bien au fait du sujet qu’il traite et s’insurge avant tout contre les sociétés qui capitalisent mais suppriment des emplois en parallèle. Une situation de faute sociale flagrante qui fait réagir le réalisateur rennais et son acteur fétiche, ces deux-là partageant la même colère et le même désir de faire du cinéma pour montrer l’absurdité du monde dans lequel on vit. Pile pour les cinquante ans de mai 1968.

La mise en scène est en immersion au cœur de ces groupes de grévistes, dans leur réunion, dans leur manifestation mais aussi dans leur moment de relâchement. La caméra ne les quitte jamais. Le montage est une maîtrise à tous les niveaux tant la mise en scène nous fait ressentir l’urgence de la situation et le bouillonnement intérieur des protagonistes. Au cœur de la colère, ce sont des dizaines de non-acteurs (syndicalistes pour la plupart) qui se donnent la réplique pour un réalisme brut saisissant. En Guerre est pensé pour le bien commun, c’est donc l’ensemble des gens qui œuvrent pour faire bouger les choses avec Vincent Lindon, en leader qui s’estime investi d’une mission de sauvetage, à la limite de la posture messianique. Il est le point sur lequel l’œil du spectateur se focalise, fasciné par son verbe et sa rhétorique, son engagement et son jusqu’au-boutisme. Il faut dire que Vincent Lindon s’est imposé comme une valeur sûre des performances d’acteurs depuis La Loi du Marché, puisqu’il était également présent dans la compétition cannoise l’an passé avec Rodin de Jacques Doillon. Moins timoré et taiseux qu’à l’accoutumée, il incarne ici ce délégué de la CGT à fleur de peau dans tous les plans. Quelques séquences le ramènent à son intimité et le font sortir de son engagement syndicaliste. Futur grand-père que l’on imagine divorcé, se couchant tardivement après avoir poussé ses yeux à l’usure sur son ordinateur ou ses dossiers, l’icône des grévistes laisse place à l’homme, seul et sans avenir qui n’a plus que ce combat à mener et à gagner pour subsister. Il n’est pas nécessaire de préciser que la performance d’interprétation de Vincent Lindon est à ce point magistrale qu’elle en devient renversante, tant l’acteur incarne ce personnage jusqu’à le posséder et ne faire plus qu’un avec lui. L’émotion est là, c’est indiscutable.

Malgré tout cela, En Guerre manque le coche, la faute à quelques ratés qui l’empêchent d’accéder directement au rang des grands films sociaux. On pense notamment à ces séquences de reportages avec les logos des chaînes d’infos (BFM TV et France Télévision) qui n’apportent rien au récit, n’effleurant que sommairement le traitement manipulé par les médias des conflits sociaux. On regrettera également les huit dernières minutes du film tant elles tombent maladroitement, malgré la symbolique du geste, dans un pathos qui jusque-là avait été soigneusement évité. Qu’à cela ne tienne, si En Guerre peut frustrer à bien des égards, il n’en reste pas moins une œuvre maîtrisée, nécessaire et brillante qui possède une portée sociale percutante. Et de cela, peu de films peuvent déjà se targuer. Avec En Guerre, Stéphane Brizé propose une fausse suite magistrale à La Loi du Marché, devant lequel on ne peut rester insensible, et dont l’énergie déployée par Vincent Lindon et les non-acteurs qui l’entourent, participe à la réussite incontestable du film. On ose croire à un nouveau prix d’Interprétation pour Vincent Lindon, et pourquoi pas enfin la reconnaissance internationale pour Stéphane Brizé dont la maîtrise et la capacité à traiter de sujets sociaux forts n’est plus à prouver. Ça serait mérité.

Bande-annonce : En Guerre

Synopsis : Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte‑parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.

[En compétition au Festival de Cannes 2018]

Réalisation :  Stéphane Brizé
Scénario : Stéphane Brizé et Olivier Gorse
Avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie, David Rey
Photographie : Eric Dumont
Montage : Anne Klotz
Décors : Valérie Saradjian
Costumes : Anne Dunsford
Production : Nord-Ouest Films, France 3 Cinéma
Distributeur : Diaphana Distribution
Genre : Drame
Durée : 1h 53min
Date de sortie : 16 mai 2018

France

Cannes 2018 : The House That Jack Built de Lars Von Trier, un testament introspectif et névrosé

Alors que la polémique gonflait depuis quelques heures sur la prétendue violence de son film, alimentée par les nombreux claquements de porte lors de la projection officielle au Festival de Cannes 2018, le nouveau bébé de Lars Von Trier est donc enfin arrivé. Comédie dérangeante et nihiliste, crachat gore sur la médiocrité de l’humanité, The House That Jack Built est bien la claque annoncée.

Lars Von Trier n’a pas l’intention de lever le pied, pour le bonheur des uns et le malheur des autres. Il est évident qu’il était difficile voire impossible pour le comité de sélection de mettre ce film en compétition : en pleine période MeToo et en vaste libéralisation de la parole de la femme, l‘impertinence misanthrope du danois, sa violence rêche, son propos totalement « fucked up » sur les relations humaines contrebalancent trop avec les discours politiques et fédérateurs de films comme Les Filles du soleil et BlacKkKlansman présentés en sélection officielle.

Là, le cinéaste danois continue ses vociférations narcissiques et égoïstes, enroule son récit de multiples allégories et métaphores comme pouvait le faire le diptyque qu’était Nymphomaniac : Jack raconte les meurtres qu’il a commis sous la forme d’une confession en  voix off à Verge, sur ce qui semble être une séance de thérapie (comme entre Joe et Seligman). Chaque point de récit a une symbolique bien particulière quitte à ce que Lars Von Trier nous donne la leçon (et il en est conscient). Ou comme atteste cette magnifique idée de lier la joie et le besoin de tuer à travers le jeu d’ombre d’un lampadaire. Après le désir féminin dans Nymphomaniac, c’est à la mort, l’homme et son envie de créer par le meurtre et les pulsions morbides que le réalisateur s’attaque. Pourtant, suite aux rumeurs, aux « on dit » de couloirs qui entouraient récemment le Palais du festival, The House That Jack Built était donc un long métrage insoutenable.

Certes, le film, qui est clairement destiné à un public averti, montrera des sévices sanguinolents souvent insoutenables d’un point de vue moral (la scène de taxidermie), comme en témoignera ce segment avec le pique-nique des enfants. Lars Von Trier ne réalise pas un film de serial killer mais dessine les traits, en 5 incidents, de la réflexion initiatique d’un serial killer. Au lieu d’être trop démonstratif dans les exactions et les sévices, The House That Jack Built est une introspection dans l’inconscient d’un tueur en série, un portrait mental, qui même s’il s’avère parfois pompeux dans sa dialectique, est une manière pour le cinéaste d’exorciser son aliénation. Ne vous méprenez pas, nous ne sommes pas dans Mindhunter : le danois place le curseur encore plus loin dans la folie et l’étude de caractère.

The House That Jack Built c’est un peu comme si Schizophrenia de Gerard Kargl avait fait un enfant à C’est arrivé près de vous. Car oui, le film est doté d’une ironie noire ravageuse, d’une picturalité démoniaque, d’une drôlerie presque coupable chez le spectateur : comme ce moment hilarant où Jack revient un nombre incalculable de fois sur le lieu du crime pour s’assurer qu’il n’y a pas de sang sous les meubles. Outrancier, dévastateur dans sa manière d’accompagner le regard morbide de son personnage principal, malsain, The House That Jack Built est avant tout une possibilité pour Lars Von Trier de parler de lui-même : Jack est une sorte d’avatar fictionnel pour discuter des démons psychologiques personnels du réalisateur. Il l’a toujours plus ou moins fait, mais pas à ce point. Ici, il signe un véritable testament, un brûlot où il rend des comptes sur lui et sa réputation (le segment sur les icônes) et égratigne tout le monde.

Ses personnages, cupides ou idiotement narcissiques, les spectateurs et lui-même : il décrit une folie douce, amère qui déteste l’humanité et sa progéniture. Lui-même sait qu’il est damné, que sa quête de perfection restera à jamais inaboutie à cause de sa bêtise et de sa condition d’humain. Il ira droit en « enfer » comme en témoigne ce final graphiquement somptueux (rappelant Antichrist ou Melancholia) dans le Purgatoire. Mais qu’importe : le discours est rude (tout ce passage sur la culpabilité des hommes et la victimisation des femmes), mais souvent d’une richesse ténébreuse passionnante. Cette histoire de serial killer n’est qu’un prétexte pour le cinéaste, d’enfin parler de lui, de son rapport à l’art et sa manière de faire vivre et créer les œuvres.

De ce point de vue-là, le film impressionne réellement : il est rare qu’un réalisateur aussi névrosé s’exprime sur lui-même à ce point. C’est déstabilisant, violent, fumeux, mais surtout intimiste dans son approche. Lars Von Trier préfère l’irrévérence à l’élégance, et c’est tant mieux.

Bande-Annonce : The House That Jack Built

Synopsis : États-Unis, années 70. Nous suivons le très brillant Jack à travers cinq incidents et découvrons les meurtres qui vont marquer son parcours de tueur en série. L’histoire est vécue du point de vue de Jack. Il considère chaque meurtre comme une œuvre d’art en soi. Alors que l’ultime et inévitable intervention de la police ne cesse de se rapprocher (ce qui exaspère Jack et lui met la pression) il décide – contrairement à toute logique – de prendre de plus en plus de risques. Tout au long du film, nous découvrons les descriptions de Jack sur sa situation personnelle, ses problèmes et ses pensées à travers sa conversation avec un inconnu, Verge. Un mélange grotesque de sophismes, d’apitoiement presque enfantin sur soi et d’explications détaillées sur les manœuvres dangereuses et difficiles de Jack.

[Hors-compétition au Festival de Cannes 2018]

The House That Jack Built, Un film de Lars Von Trier
Avec : Matt Dillon, Bruno Ganz, Uma Thurman, Siobhan Fallon…
Distributeur : Les Films du Losange
Genre : Drame, Thriller
Durée : 2h35
Date de sortie : Prochainement

Nationalités : Danois, Français, Suédois, Allemand.

Cannes 2018 : Amin, un film de Philippe Faucon

Après sa mini-série Fiertés sur Arte et le succès de Fatima, Philippe Faucon atterrit à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2018. Venu présenter Amin, le cinéaste, très ému, propose un film qui lui ressemble.

Après avoir vu l’originalité se dégager de son projet de série Arte, on espérait que Faucon avait quelque peu changé sa manière de faire du cinéma mais il n’en est rien. Le réalisateur continue à être dans l’économie d’écriture et livre un film sans réel enjeu dramatique. La monotonie constante de son cinéma commence à lasser et pourtant, l’homme a des choses à dire, à prouver et s’intéresse aux gens qui méritent d’être mis en lumière. Si ses films leur rendent forcément hommage, ils ne touchent pas pour autant tous les spectateurs, endormis par tant de longueurs et si peu de fulgurances. Faucon ne propose rien de nouveau dans son cinéma que l’on commence à connaître par cœur et livre un film juste mais sans rien d’exceptionnel.

Amin a le mérite de traiter d’un sujet important : l’immigration, en prenant comme personnage principal un immigré sénégalais obligé de laisser toute sa famille dans son pays natal et de lui envoyer de l’argent, son salaire gagné en France. Moustapha Mbengue est comme Soria Zeroual l’était dans Fatima, très méritant dans son rôle. Bien que le déchirement des migrants et leur éloignement avec la famille est très touchant, les émotions auraient pu être plus intenses si le cinéaste avait dirigé les acteurs de manière plus franche. L’empathie éprouvée pour les personnages n’est pas royale bien que présente et l’on ne sent pas l’amour émaner des personnages donc on ne peut pas rentrer dans l’histoire. Comme dans Fatima, le cinéaste prend le temps de mettre en lumière des héros du « quotidien » qui vivent dans des situations difficiles et s’interroge sur les injustices de nos sociétés actuelles mais sans jamais proposer de réelle envolée. Le film ne s’achève même pas sur l’intrigue principale mais sur un personnage dont on parle très peu. À force de se vouloir porte-parole d’une population en besoin, le cinéaste perd son public et son cinéma. On retiendra le joli clin d’œil à son actrice de Fatima pendant une scène de quelques secondes qui rappelle à toute l’humanité ce que le cinéaste a en lui.

Bande-annonce : Amin

Synopsis : Amin est venu du Sénégal pour travailler en France, il y a neuf ans. Il a laissé au pays sa femme Aïcha et leurs trois enfants. En France, Amin n’a d’autre vie que son travail, d’autres amis que les hommes qui résident au foyer. Aïcha ne voit son mari qu’une à deux fois par an, pour une ou deux semaines, parfois un mois. Elle accepte cette situation comme une nécessité de fait : l’argent qu’Amin envoie au Sénégal fait vivre plusieurs personnes. Un jour, en France, Amin rencontre Gabrielle et une liaison se noue. Au début, Amin est très retenu. Il y a le problème de la langue, de la pudeur. Jusque-là, séparé de sa femme, il menait une vie consacrée au devoir et savait qu’il fallait rester vigilant.

[Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2018]

Amin, un film de Philippe Faucon
Avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos, Ouidad Elma…
Distributeur : Pyramide Distribution
Genre : Drame
Durée : 1h 31min
Date de sortie 3 octobre 2018
Nationalité français

Cannes 2018 : Un grand voyage vers la nuit de Bi Gan, une odyssée mentale incroyable

Avec Un grand voyage vers la nuit, Bi Gan vient de frapper un grand coup dans la section Un Certain regard du Festival de Cannes 2018. Avec son dernier trip onirique, le cinéaste chinois ne fait que fortifier la magnifique réputation qui le précède : celle de devenir prochainement l’un des meilleurs réalisateurs chinois de son époque.

Comment se fait-il que cette œuvre, certes aussi déroutante et âpre soit-elle, ne soit pas en compétition officielle ? Car qu’on se le dise bien, le long métrage de Bi Gan est l’un des tours de force les plus impressionnants que connaitra le Festival de Cannes 2018. Derrière cette vague histoire d’un homme qui revient sur les terres de son enfance afin de rechercher le souvenir d’une femme qu’il a tuée il y a bien des années auparavant, Bi Gan crée un espace mental incommensurable et une montée en apesanteur qui se confondra avec des rêveries oniriques inoubliables. Kaili Blues n’était qu’une ébauche du talent sans limite du réalisateur. Dans Long Day’s Journey Into Night, le cinéaste continue à s’amuser avec le temps où il s’entête à vouloir déconstruire ses structures narratives pour lier l’image du réel à l’inconscient d’une mémoire. Il va sans dire que l’œuvre, tout comme Kaili Blues, se révèle être un objet aussi déroutant que fascinant, notamment dans sa propension à manipuler la méditation et à ciseler à bon escient la beauté de son cadre.

Dans une Chine rurale faite de bars de quartiers ou de longues rues nocturnes aux néons criards, Bi Gan filme avec apesanteur l’errance de cet homme en quête d’un visage qui le hante. Non sans talent, le jeune auteur chinois imbrique ses premières séquences les unes après les autres, sans que celles-ci ne détiennent une chronologie bien distincte. Ce n’est que petit à petit que les pièces du puzzle s’imbriqueront dans récit à la symétrie alambiquée, devenant par le biais des choses, une séance d’hypnose cinématographique foisonnante. Alors que Bi Gan se dit lui-même influencé par des grands noms tels que Tarkovski, son cinéma se raccorde surtout, dans un premier temps, à celui de Hou Hsia Hsien ou Apichatpong Weerasethakul dans l’esthétique de son cadre et dans l’évocation figée d’une approche qui ramifie une réalité naturaliste, voire documentariste, à un soupçon d’effluves fantastiques. De cet homme, on ne sait rien de prime abord, mis à part un secret du « revolver » qui le ronge, et le fait qu’il hume les rues à en perdre la raison et les sens.

Dans un premier temps, Bi Gan esquisse le quotidien inanimé, lie sa dynamique à des moments de vie qui se superposent les uns aux autres comme dans un entonnoir ouaté, des flashs qui crépitent pour délivrer des instantanés, des polaroids à la poésie vacillante à l’image de ces embrassades de ce couple imaginé ; de ces émouvantes discussions au parloir, ou comme en témoigne ce plan magnifique où un garçon mange une pomme face caméra avec une jeune demoiselle à son épaule, portrait qui ressemble trait pour trait aux Anges déchus ou Nos années Sauvages de Wong Kar Wai. De ce cinéma, se dégage un sentiment apaisé, nos sens tombent des nues, et une austérité parcellaire ne surlignant jamais ses effets de film d’auteur se rapproche. Long Day’s Journey Into Night pourrait être une simple chronique d’une population rurale en déliquescence, de rêves brisés par le temps qui passe et dont il est impossible de revenir en arrière.

Mais le long métrage de Gan Bi s’accapare le temps en fil conducteur de son cheminement fantasmatique, voit cet homme au regard déchiré faire des sauts dans le temps sans que l’on comprenne ce qu’il nous arrive réellement. Cette volonté de rallier la notion de temporalité à la réalité se fait écho par cette contingence dans l’imagerie, ces petites fulgurances graphiques comme en atteste la découpure générale de son film. Mais ce n’est qu’à partir de sa deuxième partie que l’œuvre tire toute sa singularité, par l’exécution d’un plan séquence de 1 heure en 3D qui nous offre la plus belle mise en scène de ce Festival de Cannes 2018.

Mais au lieu de seulement chercher la présence de cette femme, c’est un village monde qui va se dessiner devant nos yeux et les connexions d’une mémoire qui va se diluer entre passé, présent et futur, durant la manifestation d’une narration qui se brise sur l’échiquier de la lévitation. À l’aide de ce plan-séquence, Gan Bi crée un espace-temps intemporel aussi pudique qu’émouvant, voyant un homme dévisager le bilan d’une vie, lui permettant d’exorciser les spectres de parents partis ou l’éveil d’un ancien amour perdu.

Bande annonce : Long Day’s Journey Into Night

Synopsis : Luo Hongwu retourne dans la ville de son enfance 12 ans après avoir commis un meurtre resté impuni. Les souvenirs de la belle et énigmatique jeune femme qu’il a tué refont surface. Le passé et le présent, le rêve et la réalité se confrontent alors dans un sombre ballet.

[Section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018]

Long Day’s Journey Into Night (Titre Original : Di qiu zui hou de ye wan), un film de Bi Gan
Avec Tang Wei, Sylvia Chang, Huang Jue ..
Genre : Drame
Distributeur : Bac Films
Durée : 1h 50min
Date de sortie : 30 janvier 2019

Nationalités : Chinois, Français

Cannes 2018 : Asako (Netemo Sametemo) de Ryusuke Hamaguchi

Asako fait partie des deux films japonais en compétition officielle pour le Festival de Cannes 2018. D’abord charmant puis lassant, le film de Ryusuke Hamaguchi perd tout son potentiel au fil de la projection, qui s’éternise sans avoir grand chose à raconter. 

Le film avait pourtant bien commencé. Avec une romance pleine de douceur, les spectateurs pouvaient être touchés par ce premier amour niais mais d’une grande tendresse. Très vite, le film stagne dans le charme de cette relation perdue, qu’Asako tente de retrouver mais n’obtient que du vide. Le réalisateur meuble tout le film avec des scènes de vie quotidiennes banales au lieu de creuser les fantasmes de son personnage féminin. L’intrigue n’est qu’effleurée alors que les fantômes de son premier amour en sont le sujet principal. Tout l’enjeu du film repose sur la perte d’un premier amour, confondu avec un second, pour ne proposer rien d’autre qu’une monotonie dans laquelle on aimerait donner quelques coups de poing pour que le fil rouge du film fasse quelques vagues.

Pourtant, quelques qualités émergent du film. La sobriété de la mise en scène et des images séduisent par l’opposition entre les teintes claires et obscures. Le cadrage assez coutumier du cinéma contemporain est efficace dans sa proposition mais ne suffit pas à raviver la flamme, même si la manière dont les éléments et le personnages se détachent du décor est tout à fait splendide. Les personnages sont totalement mis en valeur et l’on ressent leur émotion mais tout cela s’évapore rapidement à force d’immobilisme, ce qui laisse la désagréable sensation que le talent des comédiens n’est pas exploité. Mais Erika Karata semble en avoir encore beaucoup à montrer. L’indécision fatigante et l’errance d’Asako dans sa propre vie prend le dessus sur la forme et finit par devenir fade à force de longueur et de répétition. Même ce qui devait être la scène clé du film déçoit par son manque d’intensité. Le réalisateur a certes le mérite de surprendre et de ne pas tomber dans les clichés des comédies romantiques mais tout le semblant de construction de l’intrigue s’écroule à ce moment là pour remettre en question son propre personnage central. On notera quelques légères blagues qui ont su faire mouche dans la salle du Grand Théâtre Lumière, avant que l’équipe du film ne soit ovationnée à l’issue du générique.

Qu’à cela ne tienne, le film se révèle être une grande frustration pour le spectateur. On pensait trouver une belle histoire entre deux âmes retrouvées,  mais Hamaguchi a préféré survoler son intrigue pour ne proposer qu’un film plat. Dommage pour une oeuvre qui possédait des intentions pleines de charme.

Asako (Netemo Sametemo) : Teaser

Synopsis : Lorsque son premier grand amour disparaît, Asako est désemparée. Deux ans plus tard, elle rencontre son double parfait. Troublée par cette étrange ressemblance, elle se laisse séduire mais découvre peu à peu un jeune homme avec une toute autre personnalité.

[En compétition au Festival de Cannes 2018]

Asako (Netemo Sametemo), un film de Ryusuke Hamaguchi
Avec Masahiro Higashide, Erika Karata, Rio Yamashita…
Distributeur : Art House
Genres : Drame, Romance
Durée : 1h 59min
Date de sortie : Prochainement

Japon, France

Cannes 2018 : Meurs, monstre, meurs de Alejandro Fadel, le monstre du désir

Durant ce festival de Cannes 2018, La section Un Certain Regard nous a offert avec Meurs, Monstre, Meurs d’Alejandro Fadel, une œuvre hybride, qui prend la tangente de la critique sociale faite par le biais du fantastique, et le polar tendu. Souvent passionnante, l’œuvre n’est pas sans rappeler La Région Sauvage d’Amat Escalante.

C’est dans une région un peu reculée de la Cordillère des Andes qu’Alejandro Fadel situe son récit. Alors que plusieurs femmes se font couper la tête dans des conditions bien particulières, le mari de l’une d’elles est le principal accusé, sachant que l’amant de cette dernière est le policier qui s’occupera de cette affaire. Un peu comme La région sauvage, comme nous l’avons indiqué au-dessus, Meurs Monstre Meurs est un film qui prend la direction de l’enquête policière ponctué d’un graphisme très sanguinolent. Comme nous le rappelle cette première séquence avec cette paysanne  qui essaie de remettre sa tête sur son cou alors qu’elle a la gorge tranchée.

Cependant, dans ce cortège de grandes vallées sinueuses où des cris gutturaux sortent des forêts environnantes, le cinéaste se détache du film de genre pour se consacrer sur les fêlures même de ces personnages et pour alimenter une critique sociale dont proviendrait le mal qui agit dans la contrée. D’ailleurs, très rapidement, lors du meurtre de la deuxième femme, le réalisateur brouille les pistes et inaugure son visage fantastique avec ce monstre doté d’une grande tentacule qui sert de pénis géant, à la fois pour violer et décapiter les victimes. Ce monstre, que nous verrons entièrement, seulement dans les 5 dernières minutes, est presque un dieu divin, seul maître de la pénitence et seule figure personnifiée des désirs d’une humanité en mal être.

Monstre existant, ou monstre intérieur et métaphorique, Meurs Monstre Meurs fait partie, à l’image du cinéma mexicain de Carlos Reygadas et d’Amat Escalante, de ces œuvres non linéaires qui viennent catapulter une violence graphique et gore dans un paysage social réaliste. Mais là où les deux réalisateurs en question surprennent leur monde en ayant une approche documentariste, Alejandro Fadel continue à œuvrer avec son rythme de polar psychédélique, son visuel pluvieux et sa photographie sombre comme pouvait le faire Na Hong-jin dans The Strangers.

Alors que des petites voix trottent dans la tête de nos deux hommes, que des motards surgissent de nulle part, que le sang coule à flot et que les grondements du monstre se font toujours aussi tétanisants dans les fins fonds des montagnes, la confusion se fera entêtante et brumeuse. La critique sociale et la prise de position sur le bien-vivre dans ce genre de zones isolées va devenir le point d’orgue de cette œuvre hybride où le fantastique se fera l’allégorie de la routine sociale, de la crasse dans laquelle vivent ses habitants et du manque de libido des personnages et de leurs physiques disgracieux. Un peu plus labyrinthique que La région sauvage, Meurs Monstre Meurs est un audacieux film sur le désir et la violence de la condition humaine, un film de monstre triste qui erre seul dans les montagnes mais passe de corps en corps.

Synopsis : Fin de l’hiver, une tempête de neige s’abat sur la Cordillère des Andes. Les corps de plusieurs femmes décapitées sont retrouvés près d’un poste frontière isolé, au pied de la montagne. Un homme, David, porté disparu depuis des jours, est recherché par la police rurale.

[Section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018]

Meurs, monstre, meurs, un film de Alejandro Fadel
Avec Victor Lopez, Esteban Bigliardi, Stéphane Rideau, Sofia Palomino
Genre : Thriller
Distributeur : UFO Distribution
Durée : 1h38
Date de sortie : Prochainement

Nationalité : Argentin, Français

Cannes 2018 : BlacKkKlansman de Spike Lee, le geste féroce anti-Trump

Spike Lee est de retour sur la croisette avec son dernier film, BlacKkKlansman. Sans doute que le film ne marquera pas de son empreinte la sélection officielle de ce Festival de cannes 2018, mais la charge politique anti-Trump affichée par cette œuvre est nécessaire et fédératrice.

En ces temps incertains aux États-Unis avec la politique du tweet de Trump, ce communautarisme ambiant qui s’accroit dans le pays et les faits divers raciaux qui s’accumulent à vitesse grand V, ce n’est pas pour rien que BlacKkKlansman s’avère bénéfique et dans l’air du temps. Spike Lee rechausse les crampons pour balancer ouvertement son antagonisme voire sa haine de la politique de Trump : le film se déroule dans les années 70 et voit un policier noir infiltrer directement et indirectement le KKK pour démontrer leurs exactions. Le film permet à Spike Lee d’affirmer ses positions politiques, de rameuter une idéologie démocratique pour combattre le racisme et l’antagonisme entre les populations.

Même si le sujet est grave, le cinéaste américain passe par le biais de la comédie, de la private joke à outrance, et se sert visuellement de certains codes de la Blaxploitation pour dénoncer la bêtise et l’ignorance de tout un pan de la société étasunienne. C’est drôle, rafraichissant et plutôt bien amené dans sa coalition avec notre époque récente. Sauf que Spike Lee semble plus occupé à exorciser son message (qui est important) qu’à construire un film important qui fasse bouger les lignes : c’est le principal problème d’un long métrage un peu en roue libre, montrant une banale histoire d’infiltration au sein du KKK. Pourtant, BlacKkKlansman n’est jamais aussi fort que lorsqu’il s’écarte de l’enquête et de ses personnages principaux, pour laisser parler les orateurs politiques (Black Panther) aux foules en délire. Il y a une communion entre le montage et la voix qui porte, une symbiose totale entre le message véhiculé et la force cinématographique.

À ce moment-là, le réalisateur est dans son élément le plus total car cette prise de parole et le débat qui s’en suit le passionnent. Ça se voit, ça s’entend : à de nombreuses reprises, il questionnera son personnage principal, policier et noir, ce qui paraissait antinomique à l’époque, sur sa participation à la cause noire. Qu’est-ce qu’être noir et américain aux USA ? Dotée d’une trame à l’idée géniale mais engoncée par une construction des plus basiques et d’une mise en scène scolaire voire plate, l’œuvre est un anecdotique buddy movie qui perd en puissance de minute en minute pour se finir par un climax des plus monotones. Spike Lee parfume son récit de quelques vannes couillues, d’un mépris ricaneur envers les racistes qu’il dénonce, mais le tout s’avère bien faiblard malgré son casting aux petits oignons. Il est presque décevant de voir un tel cinéaste n’avoir rien à montrer techniquement parlant : narrativement le scénario n’a aucun enjeu excepté celui de placarder la même critique politique à chaque instant.

Certes le film se finit la boule au ventre avec les images d’archives des manifestations et de l’attentat qu’il y a eu à Charleston en 2017, mais ce n’est pas ça qui doit caractériser la qualité ou non de l’œuvre. Spike Lee ne peut pas juste balancer son discours et partir ainsi. Tout comme Rafiki ou même Donbass présentés au Festival de Cannes 2018, le geste courageux est à souligner mais la portée cinématographique l’est beaucoup moins. Spike Lee est enragé politiquement mais inoffensif cinématographiquement. Il vaut mieux ça que l’inverse me direz-vous.

Bande-annonce : BlacKkKlansman

Synopsis : L’histoire vraie de Ron Stallworth qui fut le premier officier de police afro-américain de Colorado Springs à s’être infiltré dans l’organisation du Ku Klux Klan. Étonnamment, l’inspecteur Stallworth et son partenaire Flip Zimmerman ont infiltré le KKK à son plus haut niveau afin d’empêcher le groupe de prendre le contrôle de la ville.

[Compétition internationale au Festival de Cannes 2018]

BlacKkKlansman, Un film de Spike Lee
Avec : John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace
Distributeur : Universal Pictures International France
Genre : Drame, Thriller
Durée : 2h08 min
Date de sortie : 22 août 2018

Nationalité américaine

Cannes 2018 : Le Grand Bain rafraîchit la Croisette

La sélection Hors Compétition offre son premier bain cannois à Gilles Lellouche, très ému hier soir de présenter son quatrième long métrage au Grand Théâtre Lumière. Le grand Bain est une jolie fresque amicale qui mélange humanité et comique, portée par un casting de stars françaises tout à fait remarquables et remarquées.

Avec l’annonce d’une nouvelle comédie de Gilles Lellouche, le public cannois s’attendait à tout sauf à une réussite. Pourtant, le casting donnait envie. Composé de Guillaume Canet, Leïla Bekhti, Mathieu Amalric, Marina Foïs et plein d’autres grands visages du cinéma français, le film ne pouvait que promettre une bonne surprise par le talent de ses comédiens. Et la magie a opéré puisque c’est exactement ce qu’il s’est passé. Avec une écriture raffinée alternant blagues hilarantes et scènes remplies d’humanité, Lellouche étonne, épate même. On ne doutait pas vraiment de sa capacité à montrer le bonheur de l’amitié tant on sait à quel point elle lui est chère mais quand même. Le réalisateur propose un film drôle et original avec pour point de départ le simple fait que « Un carré ne rentrera jamais dans un rond ». Avec cet énorme casting aussi grand que talentueux, le risque était de se perdre parmi tous ces personnages importants. Certaines intrigues parallèles ont d’ailleurs quelques lourdeurs mais sont vite oubliées au profit de l’ambiance générale du film qui appelle à l’amitié et la cohésion.

Au milieu de cette bande de mecs pratiquant la natation synchronisée, quelques femmes. Deux entraîneuses, une épouse et toutes ont un sacré caractère et apportent leur propre touche au film. Le cinéaste livre finalement un film plutôt personnel sur sa manière d’aborder la quarantaine passée en cherchant la nouveauté dans sa vie, à la manière de ses personnages qui sont en quête d’un nouveau sens à la leur. C’est dans la natation synchronisée qu’ils le trouvent et le sport fait émerger un tel esprit de solidarité, voire de fraternité, que le public le ressent. Comme à son habitude, Leïla Bekhti illumine littéralement le film en menant ses hommes à la baguette et avec un humour qui a fait tordre de rire la salle le lendemain de la projection officielle. Ces relations incroyables entre les personnages sont nourries des émotions grandioses nées sur le tournage et créent une ambiance générale assez agréable pour le public. Le grand bain est le genre de comédie humaine totalement bienvenue à Cannes qui fait relâcher la pression tout en étant pleine de bons sentiments.

Teaser : Le Grand Bain

https://www.youtube.com/watch?v=AEY6fG19meM

Synopsis : C’est dans les couloirs de leur piscine municipale que Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine, ancienne gloire des bassins. Ensemble, ils se sentent libres et utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là propriété de la gent féminine : la natation synchronisée. Alors, oui c’est une idée plutôt bizarre, mais ce défi leur permettra de trouver un sens à leur vie…

[Présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2018]

Le Grand Bain, un film de Gilles Lellouche
Avec Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Virginie Efira, Philippe Katerine, Benoit Poelvoorde, Marina Foïs, Jean-Hugues Anglade, Leïla Bekhti, Félix Moati..
Genre : Comédie dramatique
Distributeur : StudioCanal
Durée : 2h 02min
Date de sortie 24 octobre 2018
Nationalité français

Cannes 2018 : Talk de Salma Hayek pour les Women in Motion

Pour la quatrième année, le groupe Kering et le Festival de Cannes s’associent aux Women in Motion ayant pour but de faire progresser l’égalité entre les hommes et les femmes. Après un premier talk ayant accueilli l’actrice Carey Mulligan, c’est Salma Hayek Pinault qui était attendue dans la suite Kering dimanche 13 mai.

Salma Hayek arrive sous les flashs des photographes qui crient son nom et s’installe confortablement pour passer une heure avec le public de la suite Kering qui l’attend. Tout sourire, elle enclenche directement le pas sur le fait que tous ces photographes ne viennent pas pour l’écouter, seulement pour la prendre en photo « Personne ne s’intéresse à ce que j’ai à dire, vous avez vos photos et vous partez ! »

Ramin Setoodeh (Variety) : C’était une journée très forte avec la montée des marches de 82 femmes représentant les 82 réalisatrices ayant été en compétition au Festival. Qu’est ce que vous ressentez par rapport à ça ? 

Salma Hayek : C’était plein de sens. Personnellement, en tant que femme et faisant partie de cette communauté et de la lutte, c’est un pas important de voir cela se passer et le fait que ça arrive à Cannes a aussi un grand sens pour moi. Vous savez, Kering a commencé les talks à propos de l’égalité pour les femmes dans l’industrie du cinéma. Il y a 4 ans, c’était des pionniers, personne d’autre ne faisait ça. Je me souviens des tous premiers talks qu’on a eu et après ces talks, tout le monde a commencé à en parler. Je me rappelle même d’avoir lu des choses que j’avais moi même dit ou que d’autres avaient dit et personne ne citait la source. (…) Alors voir à Cannes, seulement 4 ans plus tard, quelque chose dont je suis très fière de faire partie et pour lequel je ne prends aucun crédit car c’était à 100% l’idée de mon mari, me fait vraiment plaisir. C’est d’ailleurs un peu énervant quand votre mari a de belles idées féministes avant vous mais aussi très sexy à la fois. J’étais très émue de voir ça concrètement. On avait l’air d’être beaucoup mais en réalité on ne l’était pas, on avait de la place sur les marches, on n’était pas collées contrairement à si les hommes avaient tous été là, les 1000 et quelques hommes réalisateurs. Ça rend la conversation très intéressante quand le festival lui même prend ses responsabilités. C’était vraiment spécial.

Ramin Setoodeh : On parle de l’égalité pour les femmes mais on n’en est pas là encore, il y a encore beaucoup de choses qui doivent se passer. Que pensez vous de la direction que l’on doit prendre et des solutions qui doivent être mises en places ?

Salma Hayek : Le changement est en train d’arriver parce que les gens commencent à penser différemment et à se poser les bonnes questions, tout le monde à soi même. Je sais que les choses qui étaient normales dans le passé, maintenant on les regarde avec un regard plus frais. Il ne faut pas perdre trop de temps à regarder et parler de tout ça, maintenant c’est le temps de l’action. (…) Il ne faut pas regarder que l’écart entre les femmes et les hommes, concentrons nous sur le changement qui est déjà en train d’opérer. (…) Les êtres humains sont vraiment lents à changer : tu ne peux pas espérer manger manger manger et prendre 20 kilos, arrêter de manger un jour et perdre les 20 kilos en un jour. Crois moi, je le sais (rires) C’est tout un processus, mais c’est définitivement en train d’arriver. Peut être que tu ne vois pas les différences dans les chiffres parce que ça arrive juste cette année.

Ramin Setoodeh : Que pensez vous des différences dans les salaires ? Qu’est ce que vous dîtes aux gens qui sont impatients et veulent le changement maintenant ?

Salma Hayek : Ça va prendre du temps, beaucoup de temps. Soyez patients et impatients en même temps, vous ne pouvez pas tolérer mais vous devez continuer à vous battre. (…) On aurait du se mettre en colère plus tôt et je dirais même qu’on aurait du se mettre tous ensemble plus tôt parce que c’est ce qui fait la différence mais c’est bien, on est ensemble maintenant, ne regardons pas en arrière. Je pense que les réalisateurs vont venir aussi parce que les spectateurs ressentent aussi la responsabilité maintenant. Ils supportent les films, ils font un effort. Dans la nouvelle génération, on peut voir les différences, on peut dire que c’est 50/50 pour les étudiants qui vont en écoles de cinéma. (…) Mais les hommes sont terrifiés maintenant, j’espère qu’ils n’auront pas à demander l’égalité salariale encore (rires). C’est une nouvelle ère pour les hommes, c’est un moment très excitant parce qu’ils ont l’opportunité, qui est très belle, de repenser à qu’est ce que c’est que d’être un homme. (…) Cette année est la dixième de la fondation Kering. Il y a 10 ans, Kering a fondé sa fondation pour se battre contre les violences faites aux femmes avec des choses que maintenant beaucoup font : aide légale, psychologique… Maintenant on s’occupe aussi du bien être des hommes. Pour pouvoir continuer de s’occuper des femmes, il faut aussi se concentrer sur les hommes, éduquer les jeunes garçons pour qu’ils sachent quel est le bon comportement et la vision de la femme. L’autre mission consiste à résoudre les problèmes de violence en aidant les hommes violents criminels à réduire leur instinct violent. Ce n’est pas juste à propos des femmes, il est important d’avoir une meilleure humanité, c’est ça notre but final.

Cannes 2018 : Nos Batailles de Guillaume Senez, Romain Duris captivant en père courage militant

Guillaume Senez signe un bien beau petit film avec Nos Batailles. Présenté à la semaine de la critique de ce festival de Cannes 2018, ce film qui parle de la condition ouvrière et de la parenté, offre deux beaux rôles à Romain Duris et Laetitia Dosch.

Le combat social est souvent un leitmotiv dans le cinéma francophone : et le film Nos Batailles de ce jeune réalisateur belge en épouse les plus beaux codes. Car au lieu de sortir le pied de biche et d’enfoncer la porte à grands coups de burin, Nos Batailles ne sonne jamais la sonnette d’alarme, et crée sa propre rythmique. Le postulat de départ est simple : un couple avec deux enfants. Olivier est chef de rayon dans les stocks d’une grande boite, menotté par les envies parfois lunaires de la hiérarchie et Laura, elle, est vendeuse dans un magasin de prêt-à-porter. Elle bosse le jour, s’occupe avec acharnement de l’organisation des enfants, et lui a des horaires parfois nocturnes.

Vie de famille un peu effacée, vie de couple mise à l’écart, sachant que l’aîné a eu un accident domestique qui lui causa des brûlures ; le quotidien n’est pas évident, démontre très peu de battement. Un jour, sans rien dire, Laura prend toutes ses affaires et quitte le foyer sans donner de nouvelles, le cœur n’y est plus. C’est alors que cette petite smala va devoir changer de vie, se faire une vie à trois (le père et les deux enfants) dans la rapidité, la peur et l’interrogation principale : où est la mère et pourquoi a-t-elle plié bagage ? Le sujet pouvait s’avérer casse-gueule, car il mélange le portrait de famille et la description des conditions de travail de la classe moyenne que sont les ouvriers. Et pourtant, d’un côté comme de l’autre, Guillaume Senez réussit son pari haut la main.

De son écriture assez fine qui donne la part belle à tous ses personnages (notamment les deux enfants qui sont géniaux), le réalisateur avance à pas feutrés : la dénonciation d’un système est bel et bien présente mais jamais futile ni grossière, elle se fait par petites touches, par la représentation du réel et du concret et surtout arrive à relier les deux. Que ça soit des heures supplémentaires, des coups de couteau dans le dos pour faire virer des employés indésirables, des syndicats qui se battent dans le vide, ou des sous-entendus douteux. Tout cela a des répercussions sur le quotidien à la maison, sur l’éducation des enfants. Loin du portrait de père courage, le rôle campé par un excellent Romain Duris est ambivalent, en plein doute et plein de contradictions comme peuvent l’être tous les humains. Pas parfait mais batailleur.

Jamais le film est larmoyant, ni surchargé, ni même accusateur envers le départ de cette mère qui abandonne sa famille. Au contraire, il essaye de comprendre, d’élargir le débat sur le quotidien et la difficulté de s’affirmer en tant que personne et d’effacer son rôle de travailleur. Le film est encore plus fort lorsque Laetitia Dosch intervient, en tant que sœur d’Olivier : étincelante, drôle, et même importante pour l’aération qu’elle donne au film. Nos Batailles est un joli petit film, qui parfois ne va pas plus loin que son idée première, mais est d’une extrême intelligence pour monter son récit social et militant.

Synopsis : Olivier se démène au sein de son entreprise pour combattre les injustices. Mais du jour au lendemain, quand sa femme Laura quitte le domicile, il faut lui concilier l’éducation des enfants, vie de famille et activité professionnelle. Face à ses nouvelles responsabilités, il bataille pour trouver un nouvel équilibre, car Laura ne revient pas.

[Séance spéciale à la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2018]

Nos Batailles, un film de Guillaume Senez
Avec Romain Duris, Laetitia Dosch, Laure Calamy, Lucie Debay
Genres : Drame
Distributeur : Haut et Court
Durée : 1h38min
Date de sortie : 10 octobre 2018

Nationalités française et belge.