Cannes 2018 : Asako (Netemo Sametemo) de Ryusuke Hamaguchi

Asako fait partie des deux films japonais en compétition officielle pour le Festival de Cannes 2018. D’abord charmant puis lassant, le film de Ryusuke Hamaguchi perd tout son potentiel au fil de la projection, qui s’éternise sans avoir grand chose à raconter. 

Le film avait pourtant bien commencé. Avec une romance pleine de douceur, les spectateurs pouvaient être touchés par ce premier amour niais mais d’une grande tendresse. Très vite, le film stagne dans le charme de cette relation perdue, qu’Asako tente de retrouver mais n’obtient que du vide. Le réalisateur meuble tout le film avec des scènes de vie quotidiennes banales au lieu de creuser les fantasmes de son personnage féminin. L’intrigue n’est qu’effleurée alors que les fantômes de son premier amour en sont le sujet principal. Tout l’enjeu du film repose sur la perte d’un premier amour, confondu avec un second, pour ne proposer rien d’autre qu’une monotonie dans laquelle on aimerait donner quelques coups de poing pour que le fil rouge du film fasse quelques vagues.

Pourtant, quelques qualités émergent du film. La sobriété de la mise en scène et des images séduisent par l’opposition entre les teintes claires et obscures. Le cadrage assez coutumier du cinéma contemporain est efficace dans sa proposition mais ne suffit pas à raviver la flamme, même si la manière dont les éléments et le personnages se détachent du décor est tout à fait splendide. Les personnages sont totalement mis en valeur et l’on ressent leur émotion mais tout cela s’évapore rapidement à force d’immobilisme, ce qui laisse la désagréable sensation que le talent des comédiens n’est pas exploité. Mais Erika Karata semble en avoir encore beaucoup à montrer. L’indécision fatigante et l’errance d’Asako dans sa propre vie prend le dessus sur la forme et finit par devenir fade à force de longueur et de répétition. Même ce qui devait être la scène clé du film déçoit par son manque d’intensité. Le réalisateur a certes le mérite de surprendre et de ne pas tomber dans les clichés des comédies romantiques mais tout le semblant de construction de l’intrigue s’écroule à ce moment là pour remettre en question son propre personnage central. On notera quelques légères blagues qui ont su faire mouche dans la salle du Grand Théâtre Lumière, avant que l’équipe du film ne soit ovationnée à l’issue du générique.

Qu’à cela ne tienne, le film se révèle être une grande frustration pour le spectateur. On pensait trouver une belle histoire entre deux âmes retrouvées,  mais Hamaguchi a préféré survoler son intrigue pour ne proposer qu’un film plat. Dommage pour une oeuvre qui possédait des intentions pleines de charme.

Asako (Netemo Sametemo) : Teaser

Synopsis : Lorsque son premier grand amour disparaît, Asako est désemparée. Deux ans plus tard, elle rencontre son double parfait. Troublée par cette étrange ressemblance, elle se laisse séduire mais découvre peu à peu un jeune homme avec une toute autre personnalité.

[En compétition au Festival de Cannes 2018]

Asako (Netemo Sametemo), un film de Ryusuke Hamaguchi
Avec Masahiro Higashide, Erika Karata, Rio Yamashita…
Distributeur : Art House
Genres : Drame, Romance
Durée : 1h 59min
Date de sortie : Prochainement

Japon, France

Festival

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Gwennaëlle Masle
Gwennaëlle Maslehttps://www.lemagducine.fr/
Le septième art est un rêve et une passion depuis quelques années déjà. Amoureuse des mots et du cinéma, lier les deux fait partie de mes petits plaisirs. Je rêve souvent d'être derrière la caméra pour raconter des histoires et toucher les gens mais en attendant, je l'écris et je me plais à le faire. Je suis particulièrement sensible au cinéma français ou au cinéma contemplatif dans sa généralité, ce qui compte c'est de ressentir. Les émotions guident mes passions et le cinéma ne déroge pas à la règle, bien au contraire.

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