L’Affaire Thomas Crown, de Norman Jewison, le plaisir d’un jeu trouble et sensuel

Il n’y a pas que 2001 qui fête ses 50 ans cette année. C’est le cas aussi du film le plus connu de Norman Jewison, L’Affaire Thomas Crown. Retour sur ce classique élégant et ludique.

La fameuse chanson composée par Michel Legrand et que l’on entend dès le générique d’ouverture donne un bon aperçu du film : élégante, aérienne, et qui reste en tête un long moment. Commençant ainsi sous les meilleurs auspices, le film de Norman Jewison n’a plus qu’à dérouler ce programme.

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L’Affaire Thomas Crown, c’est d’abord la rencontre de deux acteurs dont la classe irradie tout le film. Steve McQueen et Faye Dunaway forment un de ces couples glamour dont Hollywood a le secret. Deux prédateurs à la grâce féline qui vont s’observer, se jauger, et jouer l’un avec l’autre.

Car ce film est avant tout un grand jeu. Dès le début, Thomas Crown est montré comme un joueur : de retour chez lui après le cambriolage qui ouvre le film, il se retrouve seul dans son salon à caresser les pions de son jeu d’échec. Bien entendu, ce film sera une immense partie d’échecs, allant bien au-delà de la scène culte où l’on voit les deux antagonistes autour de l’échiquier. Il s’agira, à chaque fois, de placer ses pions et de calculer plusieurs coups à l’avance, de prévoir les réactions de l’adversaire et de les devancer.

Si Vicki se présente d’emblée comme une adversaire, comme celle qui cherche à le faire tomber, c’est bien parce qu’elle a cerné dès le début la personnalité de Thomas Crown : l’homme d’affaires est un joueur qui souffre de ne pas avoir d’adversaire. Le voir seul, au début, devant son échiquier, dans son immense salon vide, est assez significatif. Il cherche quelqu’un à qui se mesurer. « Ceux qui ont tout ne veulent qu’une seule chose, des émotions ». Et c’est exactement cela qui va guider Thomas, cette recherche d’émotions. C’est sans doute cela, plus que l’argent, qui le pousse à organiser ces cambriolages. Il apparaît tout de suite comme un calculateur froid qui ne semble s’amuser que dans les défis à relever.

Et c’est ce qui la rapproche de lui. Vicki comprend Thomas parce qu’elle est exactement identique à lui. Elle se définit comme une femme d’affaires « immorale » uniquement attirée par l’argent, elle adore relever les défis et elle est constamment dans le contrôle des apparences.

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Cette notion de jeu va irradier tout le film, conçu avant tout comme un divertissement élégant, prenant et intelligent. Comédie, suspense, sensualité, Norman Jewison joue avec les émotions du spectateur, sans jamais perdre de vue l’unité de son film. Il maîtrise sa réalisation de bout en bout, jouant parfaitement sur la temporalité par exemple, comme dans cette scène de cambriolage qui mérite de figurer parmi les plus grandes réussites du genre : scène qui s’allonge, dans le silence complet, pour instaurer le suspense, puis accélération du rythme et apparition de la musique lorsque l’on passe à l’action.

Visuellement, le film est remarquable. Norman Jewison adopte une réalisation d’une grande modernité, faisant un emploi très réussi de la technique du split screen. Sa caméra se fait légère, audacieuse dans ses mouvements.

Mais malgré toutes ces qualités techniques, il faut surtout dire que le film fonctionne à l’affectif. Voir L’Affaire Thomas Crown, c’est assumer son plaisir de retrouver deux stars glamours au sommet de leur art. Le plaisir d’un jeu malin où le spectateur aime se laisser prendre.

L’Affaire Thomas Crown : bande-annonce

L’affaire Thomas Crown : Fiche Technique

Titre original : The Thomas Crown Affair
Réalisateur et producteur : Norman Jewison
Scénario : Alan R. Trustman
Interprétation : Steve McQueen (Thomas Crown), Faye Dunaway (Vicki Anderson)
Photographie : Haskell Wexler
Montage : Hal Ashby, Ralph Winters, Byrom Brandt
Musique : Michel Legrand
Société de production : Solar Productions, Simkoe, The Mirisch Corporation
Société de distribution : United Artists
Genre : suspense
Durée : 102 minutes
Date de sortie initiale en France : 4 septembre 1968
Date de reprise : 16 mai 2018

États-Unis – 1968

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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