Initiée en 1996, la saga Mission Impossible n’a cessé depuis, de grandir. Malgré la concurrence de franchises comme Jason Bourne ou James Bond, cette série de films s’est imposée comme une référence dans le domaine de l’action. Choisissant une logique ou à chaque épisode, un réalisateur y apporte sa patte, il est intéressant de comparer chacun de ses films. Nous vous proposons donc, un classement des épisodes de Mission Impossible.
5) Mission Impossible 3
Après avoir sélectionné deux grands réalisateurs, deux esthètes dans leur art en la personne de Brian De Palma et de John Woo, Tom Cruise se tourne vers un grand nom des séries TV des années 2000 :J.J Abrams créateur de la série Alias. L’objectif est clair pour ce troisième volet : créer la fusion entre le phénomène des séries TV qui montait en puissance dans les années 2000 et le cinéma d’action. Abrams réussit parfaitement la combinaison avec l’objet sériel, créant de multiples rebondissements et réalisant des scènes d’actions tonitruantes. Mais le résultat n’est pas si satisfaisant que ça. l’un des grands arc narratif du film est problématique : en effet, l’une des ambitions de ce Mission Impossible, est de faire de Ethan Hunt un personnage plus simple et banal, se détachant du Hunt superstar qui était mise en place dans les deux films précédents. Or les scènes intimistes de ce troisième volet sont tous ratés, remplis de niaiserie embarrassante, notamment les scènes entre Ethan et sa femme Julia. Un résultat décevant pour la franchise, mais néanmoins le film d’Abrams est loin d’être raté loin de là.
4) Mission Impossible 2
Après un Mission Impossible, sauce De Palma, Tom Cruise s’envole vers Hong-Kong et choisi John Woo pour réaliser ce second volet. l’auteur de Volte/Faceva injecter dans ce film toutes ses thématiques : l’apport mythologique avec Bellérophon et la Chimère, la notion du double maléfique et le romantisme fou. Le film déborde de scène d’action d’anthologie, mais deux problèmes en font un des épisodes les plus mal aimés de la saga : l’écriture très faible de certains personnages,un grand coup de mou au milieu du film et des problèmes dans l’intrigue. Mais le fait que cet opus est relégué au rang de nanar est une pure injustice : la mise en scène de grande qualité en termes de séquences d’actions reste incontestable et fait de ce MI2 l’un des meilleurs films américains de John Woo.
3) Mission Impossible : Rogue Nation
Dans un été 2015 morose en termes de blockbuster, Rogue Nation arrive à point nommé. Et il est vrai que le film chapeauté cette fois par Christopher McQuarrie (scénariste du culte Usual Suspects) nous en met plein la vue niveau d’action : de la scène nerveuse d’évasion, à la scène de l’opéra hitchockienne, puis la scène démentielle d’infiltration en apnée, jusqu’à une poursuite hallucinante à moto. Bref en terme de cinéma d’action, Rogue Nation est de haute volée. Mais le final du film pose problème, car plus classique et gène donc dans le déroulement du métrage. Comme si McQuarrie refusait de faire du cinéma d’action total, et abandonne le spectateur lors du climax trop anodin. Néanmoins, il faut souligner l’écriture de grande intelligence de ce Mission Impossible, très sensible sur les personnages notamment celui de Benji incarné par Simon Pegg, et surtout l’apparition d’Ilsa Faust l’un des personnages les plus ambigus et les plus forts de la saga.
2) Mission Impossible : Protocole Fantôme
Pour donner un coup de fouet à la saga, Tom Cruise a une idée de génie : il décide de recruter Brad Bird, auteur d’un des plus grands films des années 2000 avec Les Indestructibles. D’ailleurs, ce dernier film est un hommage aux cinéma d’espionnage des années 60. Il est donc normal que l’on retrouve dans cet opus un grand savoir-faire en terme de séquences d’espionnages agrémenté de moments d’actions virtuoses, iconiques pour la saga tel que la scène d’infiltration au Kremlin, ou encore l’escalade de la tour Burj Khalifa. Un spectacle total, d’une grande intelligence qui renouvelle la saga mettant l’esprit d’équipe au cœur du projet. De ce fait, Protocole Fantôme est le plus humain de la saga grâce à l’écriture prodigieuse de Bird et est donc l’antithèse de Mission Impossible de De Palma. A ce jour le film de Bird reste l’un des sommets du cinéma d’action des années 2000.
1) Mission Impossible
Pour lancer ce qui va être la plus grande franchise du cinéma d’action contemporain 5 grands noms vont s’illustrer : David Koepp, Steven Zaillan et Robert Towne soit les trois plus grands scénaristes de l’époque, l’illustre Brian De Palma à la réalisation et l’étoile montante d’Hollywood, Tom Cruise. Une équipe de rêve pour un résultat phénoménal. Car si ce film est le meilleur de la saga, c’est parce qu’il est totalement inscrit dans les thématiques et la cinéphilie de De Palma. Le film s’ouvre sur une séquence d’espionnage à Vienne qui évoque immédiatement Le troisième homme de Carol Reed. Ensuite, De Palma convoque Hitchcock pour les scènes de suspenses et Antonioni pour le propos mème du film : tout le concept de Mission Impossible est de donner au spectateur une réflexion sur les images que nous visionnons. Pour cela il faut se remettre à l’esprit le grand morceau du film ou à Londres Ethan Hunt et Jim Phelps décortiquent la séquence d’ouverture, ou l’équipe d’espions se fait décimer, donnant une toute autre vision de cette scène. Ajoutons à cela un scénario qui s’oriente vers la tragédie grecque et vous aurez donc l’un des plus beaux films de De Palma et le meilleur volet de la franchise Mission Impossible.
1993, coupe mulet, tanks contre enfants. Revivez la pire intervention du gouvernement américain contre son peuple depuis la Guerre de Sécession en version remastérisée dans la série Waco, aux éditions Paramount Network.
La dernière saison d’American Horror Storydonnait encore la part belle à Evan – Give that man an Emmy – Peters et son immense talent d’acteur, autant méconnu du grand public que sous-estimé des réalisateurs. Cette saison, Cult, est la plus politiquement engagée qu’a réalisé Ryan Murphy, en établissant intelligemment un parallèle entre mécanismes d’intégration sectaire par la phobie (coulrophobie, thanatophobie, etc…) et endoctrinement politique à la sauce Trump. Dans l’épisode 9, “ Drink the Kool-Aid ” sont développés de nombreux leaders sectaires pour étoffer ce machiavélisme, tous interprétés par le talentueux acteur américain, tels que Jim Jones des Peoples Temple, Charles Manson ou encore David Koresh des Branch Davidians. Ce dernier aurait pu rester comme une illustre inconnu à ma connaissance si je n’avais pas reconnu sa splendide coupe mulet qui aurait fait pâlir de jalousie MacGyver dans le trailer d’une autre série : Waco.
Cette mini-série de seulement 6 épisodes produite par Paramount Networks relate un blocus ayant eu lieu du 28 Février au 19 Avril 1993 au Mont Carmel dans la ville d’Elk, non loin de Waco au Texas. C’est dans cette immense ferme que vivent Vernon Wayne Howell, aka David Koresh, autoproclamé leader religieux et une centaine de ses “ disciples “. Elle débute par une intervention de l’ATF (Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms) qui, en apprenant par le biais d’un indic que la secte dispose pour l’équivalent de 200 000$ d’armes automatiques susceptible d’être modifiées en semi-automatiques (rendant leur possession illégale, n’oublions pas que nous sommes au Texas et que posséder un arsenal digne des Corleone est aussi légal au Texas que de collectionner des feuilles Diddl en France), décide de l’espionner et monte l’opération “ Showtime “ visant à procéder à l’arrestation du gourou. L’assaut est un fiasco, les deux camps subissent des pertes et débute dès lors une partie d’échecs aussi intense que celles décrites dans le roman éponyme de Stefan Zweig.
Quand il est question de série basée sur des faits réels, je ne peux m’empêcher de me renseigner sur la véracité de ces derniers afin de voir là où la réalité s’arrête pour laisser sa place à la fiction.. La saison 1 d’American Crime Story sur le procès d’O.J Simpson (de Ryan Murphy, encore lui) avait joué très juste, tant sur les traits physiques des personnages ; Le juge Lance Ito (Kenneth Choi), l’avocat Johnnie Cochran Jr (Courtney B Vance) ou encore Marcia Clark (Sarah Paulson), que sur les moments désormais cultes du procès, comme l’essayage du gant noir de l’ex-footballeur américain déchu ou l’annonce du verdict qui est mot pour mot la même, à un bégaiement prêt. Une fidélité dont s’en rapproche la mini-série Paramount notamment concernant le personnage principal (Taylor Kitsch, à qui le rôle va comme un gant, mieux que celui d’OJ Simpson), mais aussi sur les faits qui seront détaillés plus tard, sans pour autant avoir la même dynamique. Dans les deux cas, une affaire polémique est mise à l’écran pour permettre au téléspectateur de se faire son propre avis sur cette dernière. Les producteurs auraient-ils joué la carte de la neutralité en s’inspirant des biographies A Place Called Waco: A Survivor Story de David Thibodeau, ancien fidèle de la secte (interprété par Rory Culkin) et Stalling For Time: My Life As An FBI Hostage Negotiator de Gary Noesner, négociateur du FBI (Interprété par Michael Shannon) ? C’est en tout cas en entrant dans les deux camps que la série nous laisse faire notre avis, sans pour autant être impartiale. Proposez un sceau de bonbons aux oignons ou un abonnement d’un an au Chasseur Français à un gamin de 5 ans à Halloween et il choisira le moins pire.
De la lumière d’un illuminé …
Prenez un fanatique adepte de l’Église adventiste du Septième Jour, imbibez-le de narcissisme, ayez la main lourde sur la polygamie, saupoudrez-le généreusement de pédophilie, laissez chauffer pendant plusieurs années dans le “ centre du royaume de David ” qu’est le Mont Carmel et vous obtiendrez : Vernon Wayne Howell alias David Koresh. Loin d’être un enfant de choeur, malgré ses nombreuses messes et sermons (sans jeu de mots), il nous l’est pourtant et souvent présenté comme tel. Pourquoi un pseudo aussi alambiqué me direz-vous ? Tout simplement parce que le roi David est mentionné dans la Bible comme “ Messiah “ et que Koresh est une translittération de Cyrus en hébreu (prénom donné à un de ses fils), roi de Perse ayant libéré les juifs déportés à Babylone par Nabuchodonosor (qui écrivait cela en quatre lettres). Il donnera une explication au FBI en lien avec le 4ème sceau de l’Apocalypse qu’est le cavalier sur son cheval pâle : la mort. lls ne devaient pas cultiver que des betteraves au Mont Carmel.
Toujours est il que durant la série sont évoqués à de nombreuses reprises les “ Seven Seals “, et plus particulièrement le cinquième. Quid des 4 premiers ? Ce sont tout simplement les 4 Cavaliers de l’Apocalypse, qui sont (cela n’est que mon humble avis, je suis peut-être aussi illuminé que Koresh, qui sait ?) la trame narrative sous-jacente de cette mini-série. Comme évoqué dans l’Apocalypse selon St-Jean, l’agneau – décrit comme Jésus-Christ – représente David Koresh comme annonciateur de la prophétie biblique. C’était d’ailleurs la condition sinéquanone pour permettre sa reddition ; lui laisser écrire sa version des Septs Sceaux de l’Apocalypse. Imaginez Sylvain Durif ne voulant pas descendre à table sous prétexte que la boulangère de Bugarach, sur qui il a autant flashé que les soucoupes volantes qu’il a aperçues, ne croyait pas en sa réincarnation du Christ Cosmique. Deux poids deux mesures mais ça y ressemble.
Le premier sceau représente un cavalier monté sur un cheval blanc : la conquête. Ce sont les premières minutes de la série : le début de l’opération Showtime (Qu’est-ce qu’on doit se marrer dans les brainstorming du FBI). La reconstitution des premiers instants restent fidèles selon les témoignages de l’époque : Koresh sortant du Mont avec son beau-père, désarmé et interpellant les forces armées avec ces mots “ There is women and children in here “. Un geste pacifique inutile puisque des coups de feu s’en suivront, blessant et tuant de nombreux hommes des deux côtés. C’est d’ailleurs un des seuls éléments où les deux parties s’accordent (Dû probablement à la présence de caméras à ce moment-là). Quant à l’origine des coups de feu, elle restera probablement un mystère puisque les divergences apparaissent à ce moment-là, d’autant plus que c’est ce qui met le feu au poudre et inclut donc la responsabilité sur l’une des deux parties. Une version Western texane du jeu » Qui est ce ? « .
Le deuxième est un cavalier monté sur un cheval rouge : la guerre. Plus qu’une guerre de mouvement, c’est une guerre de position psychologique à laquelle vont s’adonner les deux camps. Pendant les 4 derniers épisodes, les valeureux militaires rancuniers vont user de leur imagination débordante (à défaut d’une intelligence couplée d’une culture religieuse qui leur aurait probablement servie) et utiliser plusieurs techniques afin de déloger les membres des Branch Davidians de leur terrier. Électricité coupée, diffusion de cris d’égorgements de lapins, d’avion et de pleurs de bébé à travers d’immenses enceintes (encore heureux que David Guetta ne produisait pas sa musique de comptine à l’époque, c’aurait pu leur donner des idées) et de lumières éblouissantes, coupure des émissions télévisées, utilisation des enfants comme moyen de pression pour les figures maternelles, … Bref, tout aura été mis en place pour les user psychologiquement. Et un des retours de bâton de la part de Koresh restera parmi une des scènes les plus badass dans l’épisode 5 “ Stalling for Time “ offrant sa version de The Call – I Still Believe en guise de gros doigt d’honneur des familles aux autorités. Sex, God & Rock’n’Roll.
Le Troisième sceau est un cavalier monté sur un cheval noir : la famine. Dès le 7ème jour du blocus, les provisions s’amenuisent au rythme des espoirs. C’est ce qui est développé dans l’épisode 4 « OfMilk and Men », avec ce premier échange physique pour … du lait. (Étonnement unanime dans la salle). De nombreux enfants étaient dans le Mont pendant le blocus, et la nourriture manquait. C’est de cette monnaie d’échange que naissent les échanges les plus aboutis. Encore une preuve que les produits laitiers sont nos amis. C’est aussi dans ces passages qu’une des meilleures relations s’effectue, entre Gary Noesner et Steve Schneider. Ce grand blond moustachu, dont le regard livide de bovin concurrence les beaux yeux de Ryan Gossling, est probablement un des meilleurs personnages de la série et celui qui a la meilleure évolution. Légèrement mou et effacé par son leader dans les premiers épisodes, Steve va prendre de l’ampleur tout du long de la série et c’est sans aucun doute le personnage auquel le spectateur s’identifiera le plus. Pas trop non plus, il s’est quand même fait piqué sa femme par Koresh rappelons-le.
Le Quatrième sceau représente un cavalier monté sur un cheval verdâtre : la mort par l’épée, la famine ou la peste. Après de longs jours d’attitude conciliante et d’attente de la part du FBI (où une petite formation sur la Bible ne leur aurait pas fait de mal), c’est l’heure pour l’épée de Damoclès version US Army, avec toute sa poésie, de rentrer en scène. La voiture de la prophétie embraye pour passer la cinquième sur l’autoroute de l’apocalypse.
Cinquième sceau : Apparition des âmes des martyrs pour la Parole de Dieu. Je laisse ce passage volontairement en suspens pour ne pas gâcher l’épisode final pour celles et ceux qui [comme moi à mon grand dam] ne souhaiteraient pas se renseigner sur les faits avant la série. J’ai souvent reproché à la série des lenteurs, notamment dans les deux premiers épisodes et une difficulté à m’attacher aux personnages. Mais les vingt dernières minutes m’ont [presque] réconcilié avec cette idée. Comme dirait un couple fidèle de nonagénaires célébrant leurs noces de platine dans un club échangiste : Mieux vaut tard que jamais.
… naquit l’obscurité des esprits les plus cabochards.
Si l’on devait trouver un second parallèle religieux à cette impasse, ce serait David contre Goliath. David et ses disciples, retranchés et coupés du monde, contre Goliath aussi surarmé que rancunier. Ce mastodonte que sont l’ATF et le FBI sont poussés au paroxysme du cliché manichéen américain, un responsable qui a autant d’empathie qu’un Poutine à la Gay Pride, et son subordonné, Mitch Decker, un bon duo d’intellectuels qui n’ont pas inventé l’eau chaude et on comprend vite de quel côté la série prend partie. C’est durant les deux premiers épisodes et en ayant accès à l’intérieur de la tente de commandement que l’on décèle les enjeux et les manipulations de cette mission (cette opération était l’opportunité rêvée pour le FBI de redorer son blason suite à la mort par un sniper de la femme de Randy Weaver, un ancien béret vert proche des Aryan Nations, qui croyait en l’apocalypse et ayant fini pour certains, en martyr). Le FBI et les fanatiques religieux, une grande histoire d’amour donc.
À coups d’embargo médiatique (les médias étant tenus à distance à 5 kilomètres du Mont) et de manipulation de l’opinion publique, les autorités offrent au grand public une version erronée des faits lors des conférences de presse, et c’est avec une frustration égale à notre impuissance que l’on constate ce petit jeu. C’est d’ailleurs à celle donnée à la fin de l’épisode 3 » Showtime « que notre opinion prend un tournant, pour ensuite ne rester que la même jusqu’à la fin de la série.
L’intérêt de ce genre de série réside dans l’ouverture d’esprit collectif, la relance du débat et le combat de la pensée unilatérale. À sa sortie, la série a relancé la polémique aux Etats-Unis parce qu’elle met en porte-à-faux les versions officielles et les personnalités politiques en place au moment du blocus (Bill Clinton, Janet Reno, …). Certes, être au sein des deux camps apporte une certaine neutralité et laisse au spectateur de choisir le sien, mais l’aspect empathique et humain vous portera du côté de David et ses fidèles. Au-delà de l’aspect sectaire, voir des familles vivant retranchées dans un ranch perdu au Texas suscite forcément de l’empathie, et c’est l’objectif des deux premiers épisodes, où l’on nous montre à travers différents personnages l’aspect soudé de ce groupe, et de l’autre la facette sombre de David Koresh. Car la personnalité du gourou n’est des fois pas laissée de côté et on nous montre un homme aussi manipulateur que charismatique, hypnotisant les seuls potentiels “ semblables “ révolutionnaires avec ses éloges religieux à deux francs six sous. Il faut voir ces deux épisodes comme un flash-back afin de permettre au spectateur de bien cerner la personnalité du personnage pour se faire son avis.
Manhunt : Unabomber avait fait le même pari, celui de comprendre un passif pour justifier, ou du moins forcer à la réflexion, les actes meurtriers d’hommes psychologiquement instables et marginaux. C’est dans cette optique-là que nous était notamment révélé le destin de Theodore Kaczynski dans l’épisode 6 « Ted ». Ted est un mathématicien de formation, avec un QI avoisinant les 170, écrivain du manifeste Industrial Society and Its Future, mais aussi un terroriste néo-luddite, dont 26 personnes avaient été victimes de ses 16 colis piégés, dont 3 morts. Cobaye du programme MK-Ultra, un programme secret de manipulation mentale de la CIA (Tiens tiens …), son intelligence était devenue un leitmotiv pour ses actions. Même démarche pour Mindhunter de David Fincher et les débuts du profilage psychologique des tueurs en série au FBI dans les années 70.Les profils psychologiques atypiques sont sources d’inspiration chez les scénaristes, la marginalité à toujours été fascinante. Vivement une mini-série sur Michel Houellebecq avec Philippe Katerine dans le rôle principal.
La messe est dite ?
Waco nous montre bien trop souvent à l’écran un David Koresh fort bien sympathique et bienveillant, comme un néo-titulaire du BAFA qui emmène sa colo en camp de vacances à Erquy en lui racontant sa vision religieuse dans son temple rempli d’enceintes Marshall (Le respect de l’Histoire leur aura permis un joli placement de produit). Et là réside un petit [gros] hic de la série. À vouloir prendre partie pour un camp, l’orientation donnée au spectateur est à son paroxysme. Bien que tout semblait être harmonieux et que des familles y résidaient, Mont Carmo restait tout de même le quartier général d’un leader sectaire qui s’auto-permettait la polygamie et interdisait les relations sexuelles conjugales car lui-seul pouvait et se devait de rendre les femmes enceintes. Et d’un autre côté, on nous offre le schéma classique d’un négociateur perdu entre ses convictions, ses valeurs et son travail face à une armée de badauds qui ont reçu un M16 en plastique après avoir soufflé le gâteau à 5 000 calories où était apposée leur 5ème bougie.
Loin de moi à prendre la défense des autorités américaines durant ce blocus, ce qui m’a dérangé est justement l’aspect “ fiction “ qui a souvent pris le dessus. Certains personnages ont souvent manqué de profondeur, excepté les personnages principaux, tout comme les dialogues. Il m’est arrivé de regarder l’horloge : 14h30. Je sirotais mon Earl Grey dans mes pantoufles en me croyant presque devant un épisode de la Maison dans la Prairie sur M6 tant l’aspect téléfilm ressortait, notamment dans les deux premières épisodes. Je crois que finalement j’aurais préféré une série documentaire Netflix à la Making A Murderer pour ce genre d’événement. L’éternel insatisfait enverra une lettre manuscrite sur une feuille Diddl à Reed Hastings pour lui soumettre l’idée.
Au-delà de l’aspect fiction, Waco reste une série qui monte en gamme et gagne cependant en qualité. On passe des aigus fadasses et monotones du début de série pour monter crescendo dans les graves jusqu’au dernier épisode. Car oui, ce qui s’est passé ce 19 Avril 1993 est d’une gravité extrême et, un quart de siècle après, la société américaine n’a pas oublié cet événement qui a incombé à grand nombre de dirigeants et figures autoritaires. Bien qu’aucune information n’a été donnée concernant une potentielle diffusion française, cet article aura peut-être aguiché votre curiosité et vous aurez probablement envie de voir ces 51 jours (et plus) dans ce ranch au fond du Texas, de connaître cette bévue qui n’est malheureusement pas orpheline. C’est pas tout mais j’ai du pain spiritique sur la planche, j’ai un Mandat Cash à envoyer à Skippy.
Waco : Bande-annonce
Waco : Fiche technique
Créateurs : John Erick Dowdle, Drew Dowdle
Réalisation : John Erick Dowdle, Dennie Gordon
Scénario : Drew Dowdle, John Erick Dowdle, Gary W. Noesner, David Thibodeau, Leon Whiteson, Salvatore Stabile, Sarah Nicole Jones
Intérprétation : Michael Shannon (Gary Noesner), Taylor Kitsch (David Koresh), Andrea Riseborough (Judy Schneider), Paul Sparks (Steve Schneider), Rory Culkin (David Thibodeau), Shea Whigham (Mitch Decker), Melissa Benoist (Rachel Koresh), Julia Garner (Michele Jones)
Image : Todd McMullen
Musique : Jordan Gagne, Jeff Russo
Montage : Elliot Greenberg, Christopher Nelson
Direction Artistique : David Best, Billy W. Ray
Décors : Elaine O’Donnell
Costumes : Karyn Wagner
Production : Drew Dowdle, John Erick Dowdle, Kelly A. Manners, Megan Spanjian, Salvatore Stabile, Branden Cobb, Jennifer Malloy
Société de Production : Brothers Dowdle Productions
Genre : Drame – Histoire – Policier
Format : 47 minutes
Diffusion : Paramount Network
C’est le destin des plus grandes stars que de façonner leur propre récit à travers leur travail. S’il était encore nécessaire d’instruire le procès en vedettariat de Tom Cruise, il suffirait de constater à quel point chacun de ses films est scruté comme le nouvel épisode d’un feuilleton qui a démarré il y a 36 ans (et son rôle dans Taps d’Harold Becker) pour faire basculer le jury en sa faveur. C’est évidemment le cas de Mission Impossible: Fallout, en salles ce mercredi.
La légende du coureur de fonds
Alors que le concept de star se fossilise à mesure que les nouveaux postulats au statut se bousculent pour faire tenir leur vie dans leur compte Instagram, il y a encore un Tom Cruise pour nous rappeler ce que signifie construire une œuvre qui dépasse son nom tout en édifiant sa légende. Les autres font dans le sketch de mini-série, Tom tape dans la saga fleuve. Ils sont Caméra Café, il est l’Odyssée d’Homère. Oubliez les Simpsons : le record de longévité, c’est le Tom Cruise show qui le détient.
Dès lors, inutile de faire semblant que son nouveau film va parler d’autre chose que de lui justement. Ça fait trop longtemps que l’on a pris l’habitude de positionner l’exercice exégétique de ses films sur le terrain quasi-exclusif de sa persona pour prétendre le contraire. A plus forte raison avec le nouvel épisode de Mission Impossible, LE support du mythe par excellence. La seule continuité une franchise, c’était lui. Pas besoin de liant feuilletonesque quand on a déjà l’histoire d’un mogul à assumer, même en creux.
De fait, le voir aujourd’hui revenir avec Mission: Impossible Fallout, une suite directe du précédent laissait craindre les premières traces d’effritement du monument cruisien. Comme s’il avait fini par prendre la direction du vent après avoir maintenu son cap des années durant, imperturbable face aux changements climatiques qui rythment l’industrie dans laquelle il évolue. L’époque est bien trop pingre en personnalités bigger than life pour faire descendre la dernière digne de ce nom d’une Olympe devenue un îlot de solitude. Tom gagné par l’ennui propre aux géants qui évoluent dans une époque de nains? Oui et non. Pas tout à fait.
Le chevalier et son troubadour
Comme tout les grands récits, l’épopée cruisienne demande une certaine attention aux détails qui n’en sont pas pour comprendre ses revirements les plus stratégiques. De fait, le rebondissement majeur ayant secoué la galaxie de l’acteur ces dernières années (sur un plan professionnel s’entend) réside dans sa rencontre avec un homme : Christopher McQuarrie, le réalisateur et scénariste de Fallout, déjà en (double) poste sur Rogue Nation, le précédent. Les deux hommes se rencontrent en 2007 sur le tournage de Walkyrie de Bryan Singer, sur lequel McQuarrie officie en tant que scénariste. Ils aiment les mêmes films, partagent la même vision du cinéma et se révèlent en symbiose totale sur plateau.Depuis cette date, ils ne se quittent plus.
Pour preuve, leur collaboration va bien au-delà de leur filmographie commune (Jack Reacher, Rogue Nation et Fallout), puisque McQuarrie fait office de script-doctor plus ou moins officieux sur la plupart des projets sur lesquels la star tourne sans lui. Qui, surprise, se révèlent systématiquement moins bons que si le réalisateur-scénariste avait pris le projet en mains de A à Z.
Évidemment, les raisons qui président à la lune de miel artistique du couple dépasse les atomes crochus qu’ils ont pu se découvrir, et le « pourquoi McQuarrie ? » trouve une réponse sans équivoque dans la filmographie de l’ancien compère de Bryan Singer : l’homme n’a jamais fait que construire des légendes. Depuis Usual Suspects, film de la révélation pour lui (derrière la machine à écrire) et pour Singer (derrière la caméra), et acte de naissance de Keyzer Söze, l’une des figures criminelles les plus emblématique de ces dernières années. Même quand il joue en apparence la carte de l’iconoclasme existentialiste (Way of The Gun, son premier film en tant que réalisateur), c’était pour rappeler la propension du médium à édifier des icônes qui surplombent les aléas de la condition humaine.
Des hommes et un Dieu
On le comprend, pour un homme qui aime à bâtir des montagnes, l’ascension du sommet cruisien constitue une Piéta qui résiste à toutes tentations d’aller voir ailleurs pour l’acteur. McQuarrie n’a peut-être pas l’étoffe en tant que réalisateur des grands pourvoyeurs de mythes avec lesquels Tom Cruise a travaillé, mais l’intelligence conceptuelle qu’il déploie derrière un clavier rattrape cette maestria qu’il n’a pas (encore ?) derrière la caméra. C’est ce que ce n’est pas seulement l’icône en tant que tel qui façonne le travail de McQuarrie, et sa collaboration avec Cruise en particulier, mais le plaisir ludique et communicatif qu’il prends à mettre en exergue les ficelles qui président à sa construction.
Souvenez-vous de l’introduction de Jack Reacher : sur la base d’une dialectique jouissive entre transparence et opacité, Tom Cruise fait son entrée impromptue dans le bureau ou sont retracés oralement les états de service de son personnage. Comme s’il s’agissait de la conclusion d’un rituel incantatoire pour faire sortir Reacher de l’ombre. Tom Cruise n’était pas seulement intronisé par la caméra : il choisissait le moment d’apparaitre devant l’objectif. Brian de Palma, John Woo, Tony Scott, rien n’y fait : la légende n’aura jamais été aussi… légendaire qu’à cet instant. Les noces sont scellées. Le chevalier a trouvé son troubadour.
Ainsi, on peut suggérer qu’avant-même toutes considérations narratives justifiant la continuité entre Rogue Nation et Fallout, c’est la nature même de leur collaboration qui introduit le format feuilletonesque dans la franchise. D’autant que Fallout ne fait pas que prolonger Rogue Nation, il ramène tous les épisodes précédents dans son giron, se chargeant d’harmonier thématiquement et narrativement des films pourtant conçus pour ne pas ressembler à leur prédécesseur. Y compris celui-ci, qui prends consciemment le contre-pied de Rogue Nation à bien des égards.
Le plus grand chapiteau du monde
Ce dernier travaillait l’opacité, résistait à l’aura de sa star en mettant son personnage en échec, prenait le contre-pied du blockbuster moderne en proposant une action plus terre-à-terre, qui refusait de répondre systématiquement à une satisfaction immédiate. En comparaison, Fallout se montre plus « ouvert », plus transparent, assume l’instantanéité d’un spectacle bigger than life et revendique sa condition de spectacle vivant conditionné par la persona de son performer en chef. Quelque part, Fallout est aussi différent de Rogue Nation que des autres films de la franchise, et c’est justement ce qui lui permet de digérer leur héritage.
De ce point de vue, le film harmonise davantage que son prédécesseur les velléités de McQuarrie avec le cahier des charges dont il hérite, comme si le metteur en scène sous influence 70’s avait intégré le dialogue des régimes d’images contemporain dans son découpage. Une idée qui se cristallise dans les scènes d’actions dont les résonances de cinématiques de jeu-vidéo illustre parfaitement l’idée qui sous-tends cet épisode : Tom Cruise est le seul à pouvoir prendre le contrôle de l’avatar de Tom Cruise. De la même façon qu’Ethan Hunt est le seul capable de faire ce qu’il fait.
La montagne sur laquelle le personnage git, épuisé et à bout de ressources à la fin d’un climax d’anthologie, illustre cette logique d’un acteur qui se donne sans compter pour être à la hauteur de sa légende. Le mantra qui parcourt cet épisode, « Je trouverais bien » pourrait bien être ce que Cruise se répète à chaque fois qu’il se lance un nouveau défi insensé. Prendre les commandes d’un hélicoptère, le piloter à flanc de montagne, conduire à contre-sens sur la Concorde, sauter en parachute et atterrir en catastrophe sur l’Opéra ? « Je trouverais bien ».
Fidèle à cette idée, la caméra de McQuarrie compose la chanson de la star en temps réel, même s’il n’oublie pas de temps à autre de retourner aux fondamentaux de la licence (notamment de travailler le subterfuge du dispositif, à travers deux scènes de mises en boite parmi les plus réussies de toutes la franchise). Les plans les plus longs et les plus fluides possibles accompagnent physiquement Cruise dans sa mission impossible de dépassement permanent. De même, la construction du film en quelques blocs séquentiels renforce cette sensation de performance live produite dans la continuité. Dans l’idée, le spectacle de cette logistique insensé dédiée à un seul homme a même quelque chose d’intimidant; comme si le dieu Cruise faisait la démonstration de sa grandeur aux simples mortels que nous sommes.
Pour toi public
C’est là que l’on mesure toute l’importance de McQuarrie dans la pérennisation de la maison Cruise, et que l’on réalise la raison d’être de cette nouvelle continuité dans la saga. Au fond, être la tête d’affiche d’une franchise dans laquelle on était la véritable seule constante (en dehors des gimmicks de la licence et quelques protagonistes secondaires) d’épisodes en épisodes était le meilleur moyen de montrer que l’on ne dépendait de personnes. Que son propre mythe ne dépendait pas d’autrui, et surement pas d’un récit global qui ramènerait forcément sa place au rôle que l’on aurait à jouer en son sein.
Or, en édifiant rétroactivement une cosmogonie qui recouvre l’entièreté d’une saga jusqu’à présent sérielle (d’où l’aspect « best-of » de cet épisode qui reprends à son compte certaines péripéties emblématiques des films antérieurs) , McQuarrie place pour la première fois la grandeur de Cruise sous les jougs du regard de l’autre et d’un univers qui ne se réduit pas à lui. Il sort les Mission Impossible du terrain du « moi », avec lequel ses prédécesseurs devaient composer, pour placer la franchise sur le terrain du « nous ». Le cinéaste rend ainsi Ethan Hunt au monde dans lequel il a un rôle à jouer et Cruise à la fonction qu’il tient aujourd’hui : celui d’une locomotive inoxydable qui performe pour la gloire de son médium et, surtout pour le public qui vient le voir. C’est en cela que résonne le beau épilogue où les personnages secondaires, devenus indispensables que jamais dans le château MI (la mort de l’un provoque même un émotion non feinte), viennent célébrer Hunt non pas comme un surhomme, mais comme l’un des leurs. L’aveu est notifié et scellé devant notaire: aussi grand qu’il soit, Tom Cruise a besoin des autres. D’eux (l’équipe Mission Impossible). De nous (le public). De lui (Christopher McQuarrie).
Soyons clair : Tom Cruise est plus que jamais exceptionnel dans le long-métrage, au point de suggérer que le format IMAX a pratiquement été créé pour rendre justice à ses exploits. Mission : Impossible Fallout contribue indéniablement à forger la légende de l’acteur, et d’autant plus en la positionnant sur le terrain humaniste d’une narration totale qui inclut aussi le spectateur. Au fond, Fallout dresse le portrait d’un homme qui n’avait pas d’autres choix que d’être hors du commun pour trouver sa place dans le monde et qui, pour la première fois de sa carrière, paye sa dîme au reste de la tribu en posant pour la première fois un genou à terre à la fin de sa performance. Sans doute Tom Cruise s’est-il déjà montré plus brillant, mieux dirigé, plus inventif, plus audacieux, plus surprenant. Mais jamais il n’a été aussi humble dans sa grandeur. Rien que pour ça, Mission Impossible : Fallout s’impose comme le blockbuster de l’été, Tom Cruise comme le dernier grand de son époque, et Christopher McQuarrie comme l’apôtre qui aura rappelé au Messie sa condition de mortel.
Bande-annonce : Impossible – Fallout
SYNOPSIS : Les meilleures intentions finissent souvent par se retourner contre vous …Dans MISSION : IMPOSSIBLE – FALLOUT, Ethan Hunt (Tom Cruise), accompagné de son équipe de l’IMF –Impossible Mission Force (Alec Baldwin, Simon Pegg, Ving Rhames) et de quelques fidèles alliées (Rebecca Ferguson, Michelle Monaghan) sont lancés dans une course contre la montre, suite au terrible échec d’une mission.
Fiche Technique Mission : Impossible – Fallout
Réalisateur : Christopher McQuarrie
Scénariste : Christopher McQuarrie
Acteurs : Tom Cruise, Henry Cavill, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Ving Rhames, Sean Harris, Angela Bassett, Vanessa Kirby, Michelle Monaghan, Alec Baldwin, Wes Bentley, Frederick Schmidt, Henry Cavill, Angela Bassett…
Photographie : Rob Hardy
Montage : Eddie Hamilton
Musique : Joe Kraemer
Costumes : Jeffrey Kurland
Décors : Peter Wenham
Producteur : J.J. Abrams, Tom Cruise, Christopher McQuarrie, Jake Myers, David Ellison, Dana Goldberg pour Bad Robot, Skydance Productions, Paramount Pictures, TC Productions
Genre : Action, Espionnage
Distributeur : Paramount pictures
Durée : 2h28mn
Date de sortie : 1er août 2018
Images : Mission: Impossible – Fallout de Christopher McQuarrie. Copyright 2018 Paramount Pictures. All rights reserved.
La nouvelle série tant attendue de JJ. Abrams, a enfin fait ses débuts sur Hulu, jeudi 25 juillet. Au vue des deux premiers épisodes que nous avons pu visionner, Castle Rock est bien partie pour devenir le grand show de l’été conjuguant aisément le savoir faire d’ Abrams et le génie de Stephen King.
En l’absence de Game of thrones , la série grand spectacle de ces dernières années, il faut dire que cet été n’a pas été garni en divertissement. Mais la plateforme de streaming Hulu, qui héberge en son sein le phénomèneThe Handmaid’s Tale, a eu la bonne idée de proposer une série combinant deux grands génies créatifs : d’un coté JJ. Abrams, l’un des fondateurs de l’âge d’or des Séries TV, créateur d’un véritable mythe télévisuel avec Lost ; de l’autre Stephen King, monument de la pop-culture, qui fait l’objet en ce moment d’une renommée mondiale notamment au cinéma. Castle Rock est donc née de cette union. Cette série qui a pour ambition de rendre hommage à tout un pan de la littérature du King, est pour l’instant une pure réussite, intrigante et remplie de mystères.
Les showrunners ont tout compris au fonctionnement et à l’ambiance de l’oeuvre de Stephen King : dès le premier épisode on y sent une ambiance mortifère et lugubre qui rappelle des romans comme Ça ou Dead Zone. Pour tout lecteur assidu du maître de l’horreur, la description de la ville de Castle Rock lui sera familière, d’autant que la série utilise les mêmes éléments narratifs qu’adopte Stephen King dans ses livres : elle utilise d’abord une voix-off d’un personnage nous invitant à comprendre l’univers dans lequel on s’aventure. Ensuite, il y a cette volonté de nous expliquer à travers le passé, les tréfonds obscurs de Castle Rock. De ce fait l’hommage que rend la série à l’auteur de Carrie, n’est pas à mettre au crédit des différents clins d’œils qui traversent les épisodes ( la prison de Shawsawk, un personnage qui porte le nom de Torrance, le shérif Alan Pangborn) mais plus à la narration et à l’atmosphère qui évoque instantanément Stephen King. Cette immersion ne s’arrête pas là, car les personnages sont aussi reconnaissables et s’inscrivent avec leur mélancolie et leur étrangeté dans cet hommage. La série a donc de grands points communs avec Fargo, autre déclinaison de l’œuvre de grands auteurs.
La mise en scène reste sans génie, mais de facture classique dans le genre du thriller. Si la série ne nous effraie pas pour l’instant, elle nous intrigue énormément. Car à l’univers horrifique que met en place la série se succède une multitude d’événements et de mystères, qui nous tiennent en halène. Que ce soit les histoires lugubres qui se déroule dans la prison de Shawsawk avec Le Kid, ou bien le portrait inquiétant du personnage principal Henry Deaver, ou encore le destin terrifiant de Dale Lacy, la série multiplie un jeu de piste tordu qui alimente la fluidité du récit. Cette mécanique on l’a doit à un homme, J.J Abrams qui en tant que producteur exécutif du show, ressuscite les grandes heures de ses séries événements comme Alias et Lost, qui fonctionnaient sur cette même logique scénaristique.
Enfin, au niveau des personnages le réalisateur Michael Uppendhal ( Mad Men, Legion,) n’oublie jamais de centrer le récit au centre des personnages comme le fait Stephen King. Le casting composé de Andre Holland, Scott Gleen, Sissy Spacek ou encore Melanie Lynskey fonctionne parfaitement. La direction artistique est aussi au taquet permettant de cerner la noirceur de cette ville de Castle Rock. La nouvelle série d’Abrams est donc bien partie pour hanter nos douces nuits d’été. On a hâte de voir la suite.
Castle Rock : Bande-Annonce
https://youtu.be/gXsKCQenpt0
Castle Rock : Fiche Technique
Créateurs : J.J Abrams et Stephen King
Scénario : Sam Shaw et Dustin Thomason
Casting : Andre Holland, Scott Gleen, Sissy Spacek, Melanie Lynskey, Terry O’Quinn
Société de distribution : Hulu
Genre : Thriller
Durée : 45 à 57 minutes environs
Date de diffusion : jeudi 25 juillet 2018
nombre d’épisodes : 10
Mercredi 25 juillet ressort en salles le premier film des frères Coen intitulé Blood Simple. Un film à revoir car il condense déjà toute la noirceur, l’ironie ainsi que le regard des Coen sur l’Amérique profonde. Ces thématiques influenceront ainsi, toutes leurs œuvres à venir.
Quand on pense aux frères Coen, des films comme Fargo, No Country For Old Men, ou encore The Big Lebowski, nous viennent à l’esprit. Des films qui ont marqué tout un pan du cinéma par leur emprunt au classicisme américain comme le film noir, le western, ou la comédie burlesque. Joel et Ethan Coen se sont imposés au fil du temps comme des maîtres du septième art, capable à travers les genres cinématographiques de narrer une histoire de l’Amérique. Et cette histoire commence avec leur premier film Blood Simple, polar noir étincelant. Le film se déroule au Texas et raconte l’histoire de Julian Marty, gérant d’un bar texan qui suspecte son épouse Abby de le tromper avec Ray, un de ses barmans. Marty engage un détective privé Losen Vesser afin de tuer le couple. Mais rien ne va se passe comme prévu. D’une histoire assez simple les frères Coen vont distiller plusieurs thématiques qui vont alimenter toutes leurs filmographies.
Le film s’ouvre sur un monologue du personnage de détective privé Losen Vesser, qui indique clairement de quoi traitera le film notamment sur cette phrase : » Moi mon patelin c’est le Texas, et au Texas on rame chacun pour soi ».On constate donc une critique de l’individualisme américain et cela se ressent tout d’abord par l’ambiance du film, situé dans une bourgade du Texas en pleine Amérique profonde donc, un espace chère aux frères Coen qui ne cesseront à travers leurs films d’analyser ces territoires. C’est au niveau ensuite des personnages que cela est le plus criant : ils affichent une misanthropie désolante incapable de communiquer entre eux, ne se faisant aucunement confiance et cela est plus frappant avec le couple formé par Ray interprété par John Getz et Abby interprété par FrancesMcDormand. Néanmoins et comme à chaque film des Coen,ces personnages affichent une certaine tendresse car ce sont ce qu’on pourrait appelé des losers magnifiques. Blood Simple, comme son nom l’indique est donc teinté de noirceur avec de grandes fulgurances de violences notamment incarné par le personnage de Vesser véritable monstre cynique qui représente toute la violence et aussi l’ironie qui traverse tout le film. Un personnage fondateur pour Joel et Ethan Coen car ils utiliseront dans certains films comme Fargo,Barton Fink, ou No Country For Old Man de nombreux monstres humains.
Une thématique chère aux frères Coen fait son apparition dans Blood Simple : il s’agit des questionnements moraux que se posent les personnages. En effet, le fait de tuer une personne et ses conséquences sont le moteur du récit. Cela éclate brillamment avec le personnage de Ray troublé après avoir commis l’irréparable au milieu du métrage, se révélant à partir de ce moment le personnage le plus intéressant du film. Ces interrogations liés a l’acte criminel ne cesseront de hanter l’œuvre des frères Coen notamment dans Miller’s Crossinget Fargo.
Enfin, la mise en scène de Joel Coen ne s’arrête pas là bénéficiant d’un travail sonore somptueux grâce au compositeur attitré des Coen, Carter Burwell. la photographie de Barry Sonnenfeld n’est pas en reste, permettant un éclairage sombre, donnant un certain ton au film. Pour toutes ces raisons, Blood Simple le premier joyaux des frères Coen est à voir en salle dès maintenant.
Blood Simple : Bande annonce
Blood Simple : Fiche Technique
Réalisation : Joel Coen, Ethan Coen (non crédité)
Scénario : Joel et Ethan Coen
Interprétation : John Getz, Frances McDormand, M. Emmet Walsh
Durée : 99 minutes
Genre : Polar
Ce lundi 2 juillet 2018 à 9h30 s’est tenue la conférence de presse de la 11ème édition du festival du film francophone d’Angoulême (FFA). L’occasion de révéler la sélection 2018 dont le jury est présidé cette année par l’actrice Karin Viard et qui met Haïti à l’honneur. Le festival se déroulera du 21 au 26 août dans les lieux de projection partenaires de la cité des Valois.
Le FFA célèbre depuis déjà 11 ans le cinéma francophone au mois d’août, avec ses deux créateurs Marie-France Brière et Dominique Besnehard. De nombreux films se dévoilent à Angoulême chaque année et sont découverts par un public toujours plus nombreux, de professionnels, comme de simples spectateurs qui peuvent se procurer un pass pour assister aux séances en toute liberté. Cette année, c’est Haïti qui sera à l’honneur du festival, quelques années après le passage du réalisateur Raoul Peck à Angoulême. Enfin, Karin Viard, présidera le jury de cette 11ème édition dont nous vous dévoilons la sélection, que l’actrice qualifie de « surprenante, exigeante et tournée vers le public ».
Les films en compétition :
Charlotte a du fun de Sophie LORAIN
L’Amour flou de Romane BOHRINGER et Philippe REBBOT qui mettra en scène une histoire de séparation pas si claire que ça impliquant la naissance d’un appartement pas comme les autres.
Le Vent tourne de Bettina OBERLI avec notamment Mélanie THIERRY et Pierre DELADONCHAMPS
Photo de famille de Cécilia ROUAUD
Sauvage de Camille VIDAL-NAQUET : « Léo, 22 ans, se vend dans la rue pour un peu d’argent. Les hommes défilent. Lui reste là, en quête d’amour. Il ignore de quoi demain sera fait. Il s’élance dans les rues, son cœur bat fort »
Shéhérazade de Jean-Bernard MARLIN dont l’action se situe dans les quartiers populaires de Marseille.
Sofia de Meryem BENM’BAREK
Troisièmes noces de David LAMBERT, qui apportera un peu d’humour belge dans la compétition
De nombreuses avant-premières attendent également les spectateurs d’Angoulême dont notamment le très attendu, et remarqué à Cannes cette année, Grand Bain de Gilles Lellouche ou encore le nouveau film de Marion Vernoux (Les beaux jours), le nouveau film made in médecine de Thomas Litti, Première année. On ne boudera pas non plus notre plaisir à découvrir le nouveau film de Michel Blanc, Voyez comme on danse ou encore celui de Jean-Paul Rouve Lola et ses frères avec Ludivine Sagnier et José Garcia.
Outre la mise à l’honneur du cinéma haïtien, un focus sera fait sur la carrière de Jacques Doillon avec notamment Ponette ou encore Le Petit criminel. L’occasion de (re)voir ses films sur grand écran. Raoul Peck sera ainsi de retour à Angoulême !
La programmation est d’une grande richesse, mêlant films attendus, notamment En Liberté! de Pierre Salvadori aux pépites devenues cultes comme De battre mon cœur s’est arrêté ou Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain. Autant de raisons de remettre en avant notre cinéma hexagonal et d’en découvrir les élans à l’étranger.
Séries à gogo, tapis rouge, Masterclass et libre accès aux projections, tous les ingrédients sont réunis pour que cette 1e édition de CanneSéries soit un régal pour les amateurs.
Quel que soit votre style de série, que vous les regardiez pour vous changer les idées, vivre des moments intenses ou vous cultiver, une chose est indéniable : depuis quelques années la géopolitique s’est invitée sur le petit écran.
Dominique Moisi, auteur du livre La géopoliti-que dans les séries
C’est sous cet angle que l’historien et spécialiste en géopolitique Dominique Moïsi a choisi de regarder une dizaine de séries pour les analyser avec un regard nouveau. Cet amateur de livres, plus habitué aux écrits – il prête régulièrement sa plume aux Echos, au Financial Times, au New York Times et à Die Welt – qu’aux images, s’est laissé tenter par l’exercice grâce à ses grands enfants, qui l’ont initié aux plaisirs du binge watching. Il nous a livré ses impressions pendant une Masterclass de CanneSéries.
Le premier constat de M. Moïsi est inattendu : les séries renouent avec les feuilletons que les journaux publiaient chaque semaine à la fin du XIXe siècle. Les grands romans d’Alexandre Dumas, Honoré de Balzac ou Charles Dickens ont été dévoilés de manière hebdomadaire, attisant la curiosité du public, avant de devenir des livres.
En se prenant au jeu des séries, le public privilégie à nouveau la longue durée, celle qui a « le temps du temps » et permet de découvrir de multiples personnages et de s’attacher à eux. En réalité cette évolution correspond à celle du monde, passé d’un univers bipolaire (États-Unis/URSS) à un monde multipolaire, devenu plus complexe et dans lequel une foultitude de situations sont imbriquées.
Les séries, miroirs de nos angoisses
Après s’être intéressé à La géopolitique de l’émotion en 2009, livre dans lequel l’auteur cartographie le monde selon les émotions, à savoir la peur, l’humiliation et l’espoir, Dominique Moïsi a constaté que le monde est devenu inquiétant, chaotique et plus ambivalent. Reflet de notre société, les séries révéleraient selon lui notre fascination pour le chaos, notre nostalgie de l’ordre, la fin du rêve américain, la menace Russe, la lutte américaine (et mondiale) face au terrorisme et la peur du monde à venir.
Tout comme un tableau de Munch, un dessin de Schiele ou une fresque de Klimt semblaient annoncer la catastrophe à venir à la veille de la Première Guerre Mondiale, les séries s’avèrent tout aussi efficaces pour prévoir ce qui va arriver. Dans la série norvégienne Occupied dans laquelle le talentueux scénariste Jo Nesbø a imaginé l’occupation russe en Norvège, avant même que la Russie ne se réapproprie la Crimée en 2014. Jugée « insultante » par Poutine au point de déclencher une crise diplomatique, Occupied s’intéresse à la décomposition de la démocratie, décriée dans de nombreux pays.
Autre exemple dans lequel on ne sait si la fiction inspire la réalité ou si la réalité rejoint tristement la fiction : dans Game of Thrones, l’univers créé par les scénaristes fait référence au Moyen Age, au Monde Antique et à Byzance. La série, essentiellement écrite par David Benioff, D.B. Weiss et George R.R. Martin, évoque pourtant le Moyen Orient d’aujourd’hui (qui serait selon l’auteur l’équivalent du Moyen Age d’hier), avec ses exécutions, le triomphe de la mort, et l’effet de sidération que la violence provoque, notamment en Syrie. La série traduit aussi les inquiétudes sur l’avenir du monde, avec une phrase qui revient inlassablement : « Winter is coming » (l’hiver approche).
Dans Homeland la fiction s’est inspirée des attentats du 11 septembre 2001, illustrant le fait que la géopolitique s’était invitée dans le quotidien des américains, puis du reste du monde. En faisant évoluer l’action au gré des préoccupations américaines (successivement l’Irak, le Liban, l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Europe), la série devient un véritable miroir de l’évolution du monde et du rapport des États-Unis au reste de la planète. Elle nous invite à nous résigner à vivre dans un monde où les attentats sont devenus fréquents, en nous faisant assister à d’autres attentats au cours des différentes saisons et nous invite à nous questionner sur la version officielle (« la guerre contre le terrorisme ») tout au long des épisodes.
House of Cards, série qui évoque depuis cinq saisons la crise démocratique américaine incarnée par le Président Franck Underwood, a été rattrapée par le vrai Président des États-Unis, Donald Trump, qui a déclaré pendant sa campagne « Je pourrais me poser au milieu de la 5e Avenue et tirer sur quelqu’un, je ne perdrais pas d’électeurs », dépassant tous les scénarios imaginés dans les diverses saisons de la série. House of Cards semble presque préparer l’opinion à l’arrivée du Président actuel.
La France s’est progressivement mise à proposer des séries flirtant avec la géopolitique, comme le Bureau des Légendes ou Baron Noir qui mêlent fiction et anecdotes réelles avec un certain talent, sans connaître l’impact mondial des séries anglo-saxonnes.
Des plateaux de tournage aux universités prestigieuses
Autrefois les critiques analysaient les tableaux, les livres ou la musique. Les séries sont devenues un tel phénomène de société qu’elles sont désormais étudiées à Harvard et commentées aux Nations Unies car elles participent à une nouvelle compréhension du monde. Les meilleurs élèves des grandes universités américaines et britanniques, riches de connaissances littéraires et historiques, choisissent de devenir scénaristes dès la fin de leurs études.
Game of Thrones est sûrement l’une des séries qui a fait couler le plus d’encre : la plus récompensée de la télévision américaine (38 prix), diffusée dans 173 pays, elle est aussi l’objet d’études de M. Moïsi, qui a enseigné à Harvard, à King’s College et écrit La géopolitique des séries. Elle permet aux étudiants de philosophie de découvrir Le Prince de Machiavel à travers le personnage de Cersei Lannister, la reine, ou le monarque éclairé de Kant (dans Qu’est-ce que les lumières) grâce à la prétendante au Trône de Fer, Daenerys Targaryen. La fin de la saison 6 (juin 2016) correspondait aussi à une confrontation entre deux femmes, intégrant la politique du moment qui donnait Hillary Clinton gagnante des élections américaines et Angela Merkel, face à elle, en femme forte de l’Europe. Le dirigeant du parti espagnol Podemos a publié un livre en 2015 intitulé Les leçons politiques de Games of Thrones.
Downton Abbey écrite par Julian Fellowes suscite aussi l’intérêt des universitaires. Dans une réflexion digne de Toqueville, elle illustre le fait que les drames sont surmontables même si les temps changent, pour passer d’une société aristocratique à une société démocratique. La série traduit les bouleversements intervenus dans la société avec un regard à mi-chemin entre l’analyse historique et sociologique, composé de l’histoire événementielle (le naufrage du Titanic, l’armistice du 11 novembre 1918), les mutations économiques (la disparition des rentiers, l’arrivée des femmes sur le marché du travail) et des mœurs (vision du mariage, accélération du rythme de vie). En Asie où la série a beaucoup de succès, elle représente la fin d’un monde, mais aussi la fin d’un certain Occident. Homeland passionne de nombreux milieux pour son rapport au pouvoir, The Wire pour son aspect social, The Crown pour son aspect historique.
Les personnages sont l’objet d’études spécifiques. La bipolarité de Carry Mathison, héroïne de Homeland est à mettre en parallèle avec la dualité États-Unis/Russie ; le conflit d’appartenance de Brody illustre de son côté le mal-être américain face à un monde qu’il peine à comprendre.
Frank Underwood, dans House of Cards serait un mélange de Kissinger et de Machiavel tandis que Claire Underwood serait à mi-chemin entre une héroïne shakespearienne de Macbeth et une héroïne de Laclos, avec toute son ambiguïté morale. L’incompétence du Premier Ministre norvégien Jesper Berg, est mise en exergue dans Occupied. L’homme politique fait des choix radicaux qui mènent à l’occupation de son pays, il fuit la Norvège pour organiser le retour de son gouvernement. La solitude du pouvoir, la difficulté des choix, le manque de vie personnelle, des thèmes classiques sont abordés sous un angle intéressant car le manque de compétence en politique n’est généralement pas une priorité dans les séries.
Longtemps considéré comme un genre mineur, les séries télévisées des années ’60 à ’80 étaient regardées avec condescendance. La multiplication des chaînes du câble, l’arrivée d’Internet et les nouvelles approches de « consommation » de la télévision* ont changé la donne pendant les années ’90 : les budgets ont considérablement augmenté, des réalisateurs de grande renommée ont accepté de tourner pour le petit écran et les personnages avec plus d’étoffe et souvent plus émancipés** qu’auparavant ont attiré des acteurs primés.
Dans les années 2000 et 2010 le nombre de séries explose, pour devenir un véritable objet culturel. Alors qu’en 1999 le câble ne proposait que 23 séries, en 2014, pas moins de 328 étaient lancées aux États-Unis, pour aborder pléthore de thèmes. L’intérêt pour les séries est tel que, aux networks traditionnels (chaînes hertziennes, ABC, CBS, NBC, FOX), et aux chaînes du câble (FX, Comedy Central, USA Network), s’ajoutent les acteurs premium du câble, (Showtime, HBO, Starz, Cinemax), et surtout les plateformes comme Netflix et les nouveaux venus, Amazon, Apple, Disney, Google, Hulu et même Facebook. Les sujets abordés par les séries se diversifient, abordant des thèmes plus « pointus » : le domaine, médical, l’enquête policière, les problèmes sociaux (drogue, alcool, divorce), la politique et la géopolitique.
Dans le monde entier des fournisseurs de contenus de poids cherchent désormais à gagner des parts de marché (comme Canal +, TF1, France 2, Arte pour la France) Ils se mènent une véritable guerre du streaming qui promet de durer.
* arrivée de la télécommande dans les années ’80 puis, dans les années ’90 : sortie de l’intégralité d’une saison (au détriment de la sortie hebdomadaire) proposée par Netflix, streaming, disponibilité des séries à toute heure (d’abord avec le DVD puis le replay), multiplication des supports pour voir la série et des supports (jeux vidéos, pages Facebook, merchandising). Des chaînes comme HBO vont même jusqu’à proposer un nouveau slogan « It’s not TV, it’s HBO ».
** les personnages « brisent le 4e mur », c’est-à-dire qu’ils s’adressent directement au téléspectateur. Dans Moonlighting (Clair de lune), Maddie et David innovent dans les années ’80 en s’adressant à nous, en commentant le scénario ou en chantant le générique. Malcolm (Malcolm in the house) nous explique sa vision du monde dans les années 2000. Frank Underwood n’hésite pas à faire des apartés pour nous mettre dans la confidence de ses jeux politiques dans House of Cards dans les années 2010.
Récompensé et acclamé au dernier Festival de Cannes, A Beautiful Day sort dans les salles françaises avec l’étiquette de « Taxi Driver du 21ème siècle ». Œuvre radicale qui renouvelle le genre ou phénomène surestimé ? Notre rédaction est partagée à ce sujet.
Synopsis : La fille d’un sénateur disparaît. Joe, un vétéran brutal et torturé, se lance à sa recherche. Confronté à un déferlement de vengeance et de corruption, il est entraîné malgré lui dans une spirale de violence…
L’avis qui crie au génie
Adapté d’une nouvelle de Jonathan Ames, A Beautiful Day est le quatrième long métrage de Lynne Ramsay et le second à être présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, six ans après We Need to Talk About Kevin. Avec du recul, il paraît évident que l’influence de Martin Scorsese était présente à travers certains films de la compétition de cette 70ème édition du Festival de Cannes. Déjà cité dans le Good Time des Frères Safdie, A Beautiful Day ne peut évidemment cacher ses similitudes narratives avec le Taxi Driver de Marty. Mais c’est bien le seul point commun qui les liera tant Lynne Ramsay revisite avec une singularité évidente le mythe du vengeur urbain, sous couvert d’une puissance conceptuelle inédite. Par le biais d’un récit policier somme toute conventionnel, la réalisatrice livre une étude clinique percutante à travers un voyage dans l’inconscience d’un soldat du Vietnam traumatisé, ceci, dans un thriller aussi efficace que déroutant.
Avec sa barbe touffue, son air enragé à fleur de peau, et sa ressemblance troublante avec Mel Gibson, Joaquin Phoenix offre une performance remarquable en vétéran suicidaire à la carrure de molosse. Il incarne avec force ce personnage de Joe, pur produit de la folie des hommes. On ne l’avait jamais vu aussi émouvant et désespéré. Le montage du film est une merveille de découpages et de choix d’angles qui redéfinissent la représentation de la violence à l’écran. L’horreur se lit davantage sur les visages qu’elle n’affronte frontalement et crûment nos rétines. Le traumatisme du personnage de Joe est représenté à travers des hallucinations, des cauchemars et des retours difficiles à la réalité. Joe semble vivre dans un monde fantasmatique tout en affrontant des problèmes personnels quotidiens, les frontières entre l’inconscient et la réalité, les projections mentales et le présent vécu étant difficilement perceptibles par le spectateur. Le montage s’avère brillant, tant il exploite avec grâce les subtilités du flashback et du parallèle avec la réalité. En ce sens, le titre original du film You Were Never Really Here (« Tu n’étais jamais vraiment là ») est bien plus énigmatique et prend tout son sens à l’issue du film.
Dans certaines scènes, Lynne Ramsay entraîne son personnage dans des séquences oniriques symboliques qui nous ramènent aux grandes heures du sous-estimé Only God Forgives de Nicolas Winding Refn, qui avait aussi pour lui une volonté de renouveler la vision de la violence. Mais sous couvert de traiter ce récit somme toute linéaire, Lynne Ramsay explore en filigrane les fondements de la société américaine bâtie sur une violence inavouable mais acceptée. Dans une scène où Joaquin Phoenix a un ultime réflexe empathique pour un homme à l’agonie qu’il vient froidement d’abattre, la cinéaste écossaise représente la compréhension d’une génération envers leurs aïeuls. On se rappelle que dans son précédent film, Lynne Ramsay faisait du lien maternel son sujet principal, elle en conserve ici la substance d’émotion nécessaire qui raccroche le personnage de Joaquin Phoenix à sa mère et, de fait, à ce qui lui reste d’humanité. C’est un lien dont il va devoir difficilement hériter lorsque, face à un déchaînement de violence, il ne lui restera plus qu’à se lancer dans une ultime quête pour sauver une jeune fille, trop tôt pervertie, qui semble être la seule raison de faire prospérer ce monde en déliquescence avec l’espoir de le rendre meilleur.
En s’appropriant un matériau d’une simplicité évidente, Lynne Ramsay évite l’écueil du thriller vu et usé jusqu’à la moelle pour le réinventer en permanence, de la mise en scène sophistiquée à son propos d’une profondeur remarquable en passant par une représentation de la violence comme on n’en avait jamais vue. Pas de doute, A Beautiful Day est d’une puissance et d’une maîtrise à toute épreuve. Chef d’œuvre !
L’avis qui hurle à la déception
Déception. A Beautiful Day n’est objectivement pas un mauvais film, loin de là. Selon la sensibilité de chacun, certains apprécieront, d’autres resteront sans doute sur le bas-côté, comme exclus de la tentative cinématographique que propose ici Lynne Ramsay. C’est là qu’arrive ce sentiment, celui de la déception, cette impression de n’avoir pas compris ce phénomène pourtant présenté comme une « bombe cannoise ».
Dans un premier temps, le parti pris de mise en scène peut paraître hermétique. Déjà, le mutisme extrême du personnage déroute, car il est difficile de suivre un héros dont on ne connait rien, qui n’a pas de charme ni de magnétisme, dénué de mystère, et qui refuse presque de nous laisser entrer, qui agit comme une bête, car finalement, les horreurs dont il a été témoin lui ont volé sa vie, son humanité. Restent des râles, une silhouette massive et bancale, une âpreté volontairement repoussante, qui rendent le tout assez rude, voire antipathique. L’empathie ne s’installe pas, et le rapport du spectateur au protagoniste semble forcé et artificiel. Ici, pas de fascination, pas de magie, pas de désir, pas de fantasme : juste une épave informe et impénétrable, un fou entouré d’un mur invisible.
De même, la façon dont les souvenirs du vétéran sont amenés est relativement déplaisante, en partie à cause d’un montage trop brutal, saccadé et fragmentaire. On assiste à des éclats de vie, des bribes de chemin, et là encore, le manque de linéarité nous empêche d’emboîter le pas au personnage, dont l’errance décourage plus qu’elle n’émeut. La superposition des dialogues du présent avec ceux du passé, qui instaure une sorte d’écho, est là encore un procédé qui laisse imperméable aux souffrances et aux troubles de Joe, cet homme bloqué dans ses pensées, prisonnier de ses fantômes : on ne peut pas décrypter la psychologie d’un individu dont on ignore le vécu. La réalisatrice démarre son film in medias res, non pas dans son action, mais à travers son personnage, déjà endommagé avant que l’on arrive, et dont rien ne sera jamais expliqué, ou si peu. En partant de ce constat, comment faire en sorte que le public s’investisse lorsque que le film n’offre rien d’autre à voir que les pérégrinations incohérentes d’un soldat absent au monde ? C’est bien ça le problème. Conséquences ? Perplexité et le détachement croissant d’un spectateur pris de court, qui n’a aucun point d’accroche.
D’autre part, toujours et encore au sujet du protagoniste : le trait est poussé, la représentation du trauma outrancière. Il exhibe des cicatrices partout, car il n’est que douleur. Il ne dit rien parce que finalement, pourquoi parler ? Que dire quand on a vu l’horreur et l’absurdité ? En somme, il est perdu, il cherche la rédemption dans la nuit. On peut déplorer le fait que A Beautiful Day explore avec lourdeur un topos du cinéma (l’écorché vif, la blessure vivante) sans véritablement y apporter renouveau et finesse. Lynne Ramsay ne fait pas dans la demi-mesure : maltraitance infantile, perte de la mère, deuil, solitude, PTSD… C’est beaucoup pour un seul être, même dans un monde cruel. En conséquence, l’interprétation de Joaquin Phoenix risque de ne pas remporter tous les suffrages : si on respecte son choix de jeu, il n’en demeure pas moins que l’on puisse trouver le résultat extrême. La musique s’inscrit dans une logique similaire. Sorte de disque rayé qui bugue sans cesse, la BO a raison de notre patience car ce n’est ni agréable, ni séduisant à écouter, ni doux à l’oreille. Certes, cela reflète l’intériorité d’un Joe fêlé, cassé, à l’esprit confus. Il bloque sur ses traumatismes, il n’avance pas, la musique non plus. La démarche artistique est claire, mais une fois de plus, pas sûr que le public adhère.
Enfin, les scènes de meurtre et de violence, très rustres et soudaines, prennent au dépourvu. A nouveau, une frange du public pourra rejeter cet hermétisme un poil surfait : le rendu donne le sentiment de tomber dans un certain maniérisme « what-the-fuckiesque » qui,paradoxalement, ennuie. Il ne se passe rien, et le film n’instaure ni ambiance ni rythme, malgré une intrigue de fond chargée et un message très pessimiste qui prête parfois à rire par sa noirceur à la limite de l’immaturité : Lynne Ramsay cherche-t-elle à nous dire que l’humanité est damnée, rongée par le vice ? En tous les cas, A Beautiful Day use et abuse d’un symbolisme gros sabots, jusqu’à cette fin étrange où la rédemption se présente en la personne d’une sorte d’ange blond assassin, enfant dont la pureté a été piétinée et bafouée… Si le dénouement offre une piste de réflexion intéressante sur l’inné et l’acquis déjà amorcée dans We Need to Talk about Kevin (comprenez : naît-on avec la racine du mal en nous ou notre innocence est-elle pervertie par la vie ?), le film ne parvient pas à séduire. Ce n’est pas le choc attendu.
A Beautiful Day : Bande-Annonce
A Beautiful Day : Fiche Technique
Titre original : You Were Never Really Here
Réalisation : Lynne Ramsay
Scénario : Lynne Ramsay, d’après une nouvelle de Jonathan Armes
Interprétation : Joaquin Phoenix (Joe), Ekaterina Samsonov (Nina), Alessandro Nivola (Le Sénateur Williams), Alex Manette (Le Sénateur Votto), John Doman (John McCleary),
Photographie : Thomas Townend
Montage : Joe Bini
Musique : Jonny Greenwood
Costume : Malgosia Turzanska
Décors : Tim Grimes
Producteurs : Pascal Caucheteux, Rosa Attab, James Wilson, Lynne Ramsay, Carrie Fix, Rebecca O’Brien, Rose Garnett
Sociétés de Production : Film4, British Film Institute (B.F.I.)
Distributeur : SND
Budget : /
Festival et Récompenses : Prix d’Interprétation Masculine et Prix du Scénario ex-æquo au Festival de Cannes 2017
Genre : Thriller, drame
Durée : 85min
Date de sortie : 08 novembre 2017
Si à ses débuts, Joaquin Phoenix n’était pour certains que le frère du regretté et talentueux River Phoenix, aujourd’hui plus personne ne remet en question son talent protéiforme et son charisme singulier. Retour en quelques films phares avant la sortie française de « You were never really here » qui lui a valu le prix d’interprétation au dernier festival de Cannes.
Les débuts d’un acteur unique et singulier
Ayant débuté en tant que second couteau dans des rôles de marginaux, un peu losers et souvent troubles (8 millimètres face à Nicolas Cage, Signes aux côtés de Mel Gibson, The yard…), son charisme et son talent ont été remarqués, l’amenant progressivement vers les premiers rôles.
Si 8 millimètres de Joel Shumacher n’a pas, à sa sortie, cassé la baraque, la faute au désaveu de son scénariste (Andrew Kevin Walker, auteur du script de Seven de David Fincher, fera tout pour ne pas apparaître au générique) et à un film plongeant dans le milieu du porno underground, Joaquin Phoenix y crève pourtant l’écran dans le rôle d’un musicien raté obligé d’officier en tant que caissier dans un sex shop. L’alchimie avec Nicolas Cage, tenant le haut de l’affiche, fonctionne à pleins tubes et sa prestation rend le film, certes imparfait, bien meilleur que ce que les critiques en dirent à l’époque.
Gladiator révèle une fois pour toute le talent de Russell Crowe (il gagnera l’oscar pour son rôle) découvert dans l’excellent polar L.A. Confidential et remet le péplum au goût du jour. Mais il permet également à Joaquin Phoenix de briller dans le rôle du fils lâche et envieux de César à la personnalité tordue comme le dos de son acteur. Une fois de plus le charisme du jeune espoir vaut celui de son acteur principal.
Dans Signes, Shyamalan revisite à sa façon, lente et intimiste, une histoire d’invasion extra-terrestre. Mel Gibson et Joaquin Phoenix y sont deux frères paumés au fin fond de l’Amérique rurale. Phoenix y joue une fois de plus un gentil loser vivant aux crochets de son frère, mais réussit à nouveau l’exploit d’égaler la star du film en charisme.
Si Walk the line n’est pas le premier film où Joaquin Phoenix tient le haut de l’affiche, il permet de confirmer sa capacité à tout jouer avec brio. Comme Val Kilmer dans la défroque de Jim Morrisson pour le biopic de The Doors, Phoenix apprend à chanter comme Johnny Cash et interprète les chansons du film lui-même en adoptant la voix grave caractéristique de l’artiste. La performance est bluffante et le biopic l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur de son genre, car il est avant tout une superbe histoire d’amour où son talent fusionne avec celui de Reese Witherspoone, elle aussi épatante.
La méthode Phoenix
« J’ai toujours voulu avancer suivant mon propre instinct et je ne crois pas beaucoup à la méthode de l’Actors Studio qui consiste à faire appel à des émotions enfouies pour nourrir son personnage. »
La façon instinctive, presque animale de Phoenix de s’approprier un rôle, prend une toute autre ampleur. Dans The Master (de Paul Thomas Anderson), Joaquin donne vie à son personnage le plus complexe à ce jour. Le film voit la rencontre entre un névrosé, anti-social, alcoolique, obsédé (fascinant Phoenix) qui agit en électron libre et un gourou (impeccable Hoffman) auto proclamé médecin, écrivain, philosophe, avide surtout de contrôler son troupeau grandissant. Une amitié bizarre va grandir entre les deux. Le premier va rester fidèle un temps à son « master » histoire de voir s’il peut être guéri de son vieil amour entêtant mais se rendra finalement compte que le pré-supposé génie du gourou n’est que de la poudre aux yeux. Le second essayera en vain de plier à sa volonté un esprit faible comme ceux qui le vénèrent habituellement.
A l’heure où les blockbusters décérébrés pullulent, Joaquin Phoenix, lui, choisit de poursuivre son chemin dans un cinéma d’auteur moins bling bling et surtout moins lucratif, mais bien plus exigeant. Son palmarès n’est pas prêt de s’arrêter là et compte jusqu’à présent des cinéastes aussi divers que talentueux, tels que Paul Thomas Anderson (The Master et Inherent Vice), Woody Allen (L’homme irrationnel), Spike Jonze (Her), James Gray (The yards, La Nuit nous appartient, Two lovers, The Immigrant), M. Night Shyamalan (Signes et Le Village), James Mangold (Walkthe line)…
L’homme au dos courbé croisera le chemin de Jacques Audiard dans son prochain film Les frères sisters aux côtés du non moins talentueux Jake Gyllenhaal !
Celui qui avait réussi à faire croire à tout le monde avec brio qu’il arrêtait le cinéma pour se mettre au rap (afin de préparer le film I’m still here de Casey Affleck) n’a pas fini de nous époustoufler avec ses performances uniques n’ayant rien à envier à celles de Daniel Day Lewis.
Vous pourrez retrouver Joaquin Phoenix à l’affiche du film A Beautiful Dayle 8 Novembre 2017.
Divine pépite de cette fin d’année, La promesse de l’aube est d’une douceur et d’une poésie merveilleuse. Eric Barbier sublime les liens entre une mère et un fils à travers un hommage à un homme hors du commun que sa mère a construit par ses rêves.
Synopsis : De son enfance difficile en Pologne en passant par son adolescence sous le soleil de Nice, jusqu’à ses exploits d’aviateur en Afrique pendant la Seconde Guerre mondiale… Romain Gary a vécu une vie extraordinaire. Mais cet acharnement à vivre mille vies, à devenir un grand homme et un écrivain célèbre, c’est à Nina, sa mère, qu’il le doit. C’est l’amour fou de cette mère attachante et excentrique qui fera de lui un des romanciers majeurs du XXème siècle, à la vie pleine de rebondissements, de passions et de mystères. Mais cet amour maternel sans bornes sera aussi son fardeau pour la vie…
La promesse de l’aube, adaptée du célèbre roman de Romain Gary, reste fidèle aux sentiments de l’artiste qui rend hommage à sa mère dans son livre. Eric Barbier filme une relation mère/fils peu commune et pourtant très inspirante. D’une éducation très riche à travers l’art à des rapports presque castrateurs, le duo porté par Charlotte Gainsbourg et Pierre Niney est saisissant. Nina est une actrice ratée, elle projette alors tout son échec sur son fils qu’elle pousse à réussir et l’amène au plus haut pour sortir de cette vie trop modeste en Pologne. C’est avec un amour sans limite qu’elle l’élève, elle prend toutes les décisions à sa place et tient absolument à ce qu’il devienne célèbre et riche. Que ce soit par des propositions absurdes telles que tuer Hitler ou des ambitions très sérieuses (devenir président, écrivain, peintre, musicien), elle aspire au meilleur pour lui et se révèle presque tyrannique parfois pour lui faire atteindre ces grandeurs. Il est beau de voir tout cet art dans les mains d’un si jeune garçon qui s’essaie au violon ou encore à la peinture avant de trouver l’écriture. Cette éducation stricte a des côtés poétiques qui amènent beaucoup de douceur au film. Derrière un artiste, il y a souvent une femme. Ici, c’est sa mère, extravagante mais étouffante qui lui a permis d’atteindre les sommets auxquels il n’avait même pas pensé. Ajoutez à ce point de vue artistique, la beauté de la neige et d’une culture différente, tout est fait pour faire de ce film une poésie contemporaine sur un écrivain hors du commun. La caméra d’Eric Barbier sublime la puissance de l’amour maternel et propose un doux mélange entre affection et création.
« Il y a trois raisons pour lesquelles tu as le droit de te battre : les femmes, l’honneur, la France »
Le film est un bel hommage tout en sobriété à l’écrivain, mais aussi à la France à laquelle la mère de Gary voue tout un culte. Le pays des Lumières, le pays de l’art et des possibles, il est d’autant plus beau que deux acteurs français font briller l’œuvre. Pierre Niney à qui définitivement tout va bien, a su saisir toute la complexité de l’homme qu’il incarne et Charlotte Gainsbourg parle le polonais comme si c’était sa deuxième langue. L’actrice est bien plus convaincante dans ces rôles extravertis et peu fins que dans des jeux plus subtiles. La personnalité décalée et excessive de la mère amène son charme au film, et l’absurdité comique dont Romain Gary fait aussi part entraîne parfois un mélange de sentiments plaisant.
La promesse de l’aube capture aussi bien la blancheur de la neige, que l’intimité d’une relation mère/fils, que la chaleur du sud et de l’Afrique ou bien encore les scènes de guerre. Le travail sur les lumières est fascinant : d’une Pologne assez sombre et peu nuancée, on passe à des images au filtre jaune sans transition et pourtant avec toujours une force et une cohérence scénaristique qui l’emporte. Face aux plans simples mais beaux, de véritables séquences spectaculaires sont livrées dans le ciel grâce à des effets spéciaux plus que réussis. Les images d’Eric Barbier pour ce film sont au cinéma ce que les mots de Romain Gay sont à la littérature.
La promesse de l’aube est alors un savant et agréable mélange de belles images, de poésie scénaristique, de musiques berçantes pour porter au plus haut un écrivain majeur du XXème siècle. Un hommage à un homme d’abord puis à une femme, sa mère, pour aussi saluer la beauté des mots et de l’art.
La promesse de l’aube : Bande Annonce
La promesse de l’aube : Fiche Technique
Réalisation : Eric Barbier
Scénario : Eric Barbier, Marie Eynard, d’après l’oeuvre de Romain Gary
Interprétation : Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Didier Bourdon, Finnegan Oldfield
Image: Glynn Speeckaert
Décors : Pierre Renson
Montage: Jennifer Augé
Producteurs : Eric Jehelman, Philippe Rousselet
Société de production: Jérico, Pathé, TF1 Films Production, Nexus Factory, UMedia, Lorette Cinéma
Distributeur: Pathé Distribution
Durée : 130 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 20 décembre 2017
Rodin n’a rien d’un petit film. Jacques Doillon magnifie la création et la passion amoureuse avec deux acteurs qui excellent dans l’incarnation de deux personnages historiques et évite les poncifs du biopic avec grâce.
Synopsis : À Paris, en 1880, Auguste Rodin reçoit enfin à 40 ans sa première commande de l’État : ce sera La Porte de L’Enfer composée de figurines dont certaines feront sa gloire comme Le Baiser et Le Penseur. Il partage sa vie avec Rose, sa compagne de toujours, lorsqu’il rencontre la jeune Camille Claudel, son élève la plus douée qui devient vite son assistante, puis sa maîtresse. Dix ans de passion, mais également dix ans d’admiration commune et de complicité. Après leur rupture, Rodin poursuit son travail avec acharnement. Il fait face au refus et à l’enthousiasme que la sensualité de sa sculpture provoque et signe avec son Balzac, rejeté de son vivant, le point de départ incontesté de la sculpture moderne.
On veut bien croire Vincent Lindon quand il dit avoir eu du mal à sortir de son rôle tant sa précision est magistrale. Le film révèle l’acteur dominateur, torturé, autoritaire et déterminé, avec une barbe qu’il a laissé pousser pour l’occasion dans laquelle les mots se perdent parfois, et une virilité terriblement captivante. Izïa Higelin, déjà sublime et lumineuse dans ses précédents films, confirme son entrée dans le septième art avec une sensualité qui lui va bien. Le magnétisme entre les deux personnages et la poésie qui lie ces deux êtres est d’une beauté envoutante jusqu’au déchirement. La douceur de la voix d’Izia Higelin accompagne merveilleusement bien la force de Vincent Lindon qui forment un duo magnifique à l’écran. La délicatesse de leur amour et les étincelles de leurs querelles forment un tout exaltant que le réalisateur parvient à capturer avec justesse et beauté. Doillon donne très vite envie au spectateur de devenir Camille Claudel ou Auguste Rodin pour vivre cette osmose poétique qui, on le sait, a rempli le cœur de ces personnages pendant des années et inspiré leur art. Si chacun a pu être une source d’inspiration pour l’autre, le réalisateur là encore, met très bien en avant cette inspiration et le défilé des muses que Rodin aime pour quelques heures. Le film rend hommage à la beauté des femmes à travers celui rendu au sculpteur. Muses, femmes ou maîtresses, Rodin les a aimées et cela, le film nous le transmet. La minutie de Jacques Doillon est aussi grande que celle des gestes du sculpteur, qu’il saisit et sublime parfaitement. La poésie des mains et des lèvres qui s’aiment, le toucher de la glaise et du corps des femmes s’épousent très bien. La force des duos comme des couples reposent sur les oppositions et la complémentarité, ici, on assiste à une symbiose artistique et physique qui fait alterner ardeur et fureur. Autant de parallélismes que d’élégance qui nous charment.
On le sait depuis longtemps : la puissance de la création est incommensurable, mais qu’est ce qu’elle est belle quand elle est saisie et retransmise à sa juste valeur. Le soin particulier qu’apporte le réalisateur à mettre en image ce processus est admirable. Il est difficile d’embarquer et de faire ressentir au spectateur ce qui habite l’artiste, mais Doillon excelle ici dans cette tâche. Le rythme du film, que certains peuvent juger trop plat, entraîne totalement dans ce bal sentimental et poétique. La succession des séquences avec des fondus au noir rendent leur beauté aux plans-séquences qui permettent d’entrer dans la scène et plongent le regard du spectateur dans les yeux de l’artiste concentré et fougueux. Prendre le temps d’admirer la lumière et la composition amène à apprécier le film qui est sublime jusqu’aux moindres détails. On laisse peu à peu de côté l’aspect historique de ces deux personnages pour se laisser aller dans la valse intime des artistes. Le biopic est oublié à la faveur d’un drame sentimental.
Rodin : Bande Annonce
Rodin : Fiche Technique
Réalisation : Jacques Doillon
Scénario : Jacques Doillon
Interprètes : Vincent Lindon, Izïa Higelin, Séverine Caneele, Edward Akrout, Zina Esepciuc, Olivia Baes, Lea Jackson, Magdalena Malina…
Image : Christophe Beaucarne
Montage : Frederic Fichefet
Musique : Philippe Sarde
Décors : Katia Wyszhop
Costumes : Pascaline Chavanne
Producteurs : Kristina Larsen, Vincent Maraval
Sociétés de productions : Les films du lendemain, Artémis Production , France 3
Distribution : Wild Bunch Distribution
Durée : 119 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 24 mai 2017 France -2017
Ce mercredi 11 juillet 2018 est sorti en DVD, Blu-ray et coffret prestige Memories of Murder. Le deuxième long métrage de Bong Joon-ho, grand réalisateur sud-coréen à qui l’on doit notamment les récents Okja et Snowpiercer, plonge le spectateur dans le chaos policier d’une Corée du Sud en proie à un meurtrier en série.
Synopsis : Corée du Sud, 1986. Le corps d’une jeune femme violée puis assassinée est retrouvé dans la campagne environnante. Deux mois plus tard, de nouveaux crimes similaires ont lieu. Une unité spéciale de la police est alors mise en place, sous les ordres d’un policier local et d’un détective spécialement dépêché de Séoul.
Sur la mémoire et les souvenirs du meurtre
Il y a de nombreuses voies pour appréhender Memories of Murder. L’un de ces chemins est à découvrir directement avec le titre du film. Un titre qui annonce d’emblée l’une des possibles approches du long métrage par le spectateur. Memories of Murder : souvenirs du meurtre. Ces souvenirs appartiennent à plusieurs individus, ils sont alors les fruits du travail de mémoire de ces mêmes personnages. Ce sont d’abord ceux créés par le meurtrier par accident, laisser-aller ou volontairement, soit les preuves. Les preuves ainsi que les témoins permettent de recréer le souvenir objecté d’un meurtre. L’imagination de tel ou tel enquêteur peut permettre à ce souvenir de retrouver une forme de subjectivité, le policier se place dans la peau de l’assassin ou du point de vue de la victime. Hélas, les preuves manquent terriblement, faisant patauger de l’enquête de la brigade spéciale. Cela, à l’inverse des suspects, nombreux, qui vont venir compléter le dossier de l’un des enquêteurs avec leur photographie d’identité. Surtout, ils vont être interrogés, tabassés, torturés pourrait-on dire, afin qu’il crache le morceau. Certains sont tordus, tous sont innocents, malgré un étrange hasard et une bizarrerie dans leurs mœurs prêts à tordre leur impunité. Les inspecteurs tentent de forcer un aveu, qu’il soit faux ou vrai. Le réalisateur expose une réalité complexe : les souvenirs sont malléables, manipulables, mais leur vérité essentielle ne peut être atteinte. L’un des suspects est prêt à céder sur la version de rêve, mais ne cessera de dire qu’il a rêvé malgré les coups des policiers et leur influence sur son récit. Bien plus tard, le jeune enquêteur de Séoul va appréhender l’une des implications de cette essence mémorielle. L’un des suspects, un jeune homme en situation de handicap, avait conté un certain récit lié à l’un des meurtres en série. Il a été accusé et finalement libéré. On l’a pris pour un paumé à l’esprit tortueux sous influence des séries policières et autres délires. Cependant, le souvenir était précis, avec des détails que personne ne pouvait connaître à part lui, puis les policiers suite à quelque micro-avancées de l’enquête. Le jeune flic de Séoul a alors compris : ce n’était pas le souvenir d’un criminel, mais d’un témoin. Ce qui avait manqué à l’interrogatoire musclé des policiers était la prise en main du souvenir, non pas pour le retravailler afin qu’il obéisse à leurs besoins, mais pour le percevoir avec le point de vue adéquat. Ce travail du souvenir n’est pas sans rappeler Minority Report de Steven Spielberg dans lequel les policiers manipulaient les visions d’un possible futur meurtrier.
Au seuil du point de non-retour. Memories of Murder – Crédits : La Rabbia
Bouleversé par leur enquête et les souvenirs qu’elle a imprimé en eux, ainsi que par le hasard de certains faits et autres coïncidences, les enquêteurs seront prêts à faire justice eux-même sur le dernier suspect qui, à leurs yeux comme aux nôtres, ne peut qu’être le coupable (voir visuel ci-dessus). Une preuve irréfutable va venir mettre à mal leur jugement, et c’est dans un échange de regards que va se résoudre la confrontation. « Regarde moi dans les yeux » dit l’enquêteur aux méthodes intuitives, alors que le jeune inspecteur de Séoul est prêt à abattre le suspect. Le premier tient le suspect par la gorge. Chacun se regarde. Et puis le policier lâche un « je ne sais pas putain« . Et il libère le présumé tueur de sa poigne. Le jeune homme était-il finalement l’assassin quand bien même le souvenir (la preuve) irréfutable venait le contredire ? Memories of Murder capte alors l’échec policier et humain dans un enchevêtrement de questions : les souvenirs sont-ils encore fiables ? Nos regards sont-ils encore efficaces au final ? Que faire face à ce chaos des sens et des données qui nous submerge ?
On retrouve le policier une quinzaine d’année plus tard, devenu entrepreneur et père de famille. Alors qu’il est en route pour le travail et une réunion d’ancien collègues, il décide de s’arrêter dans le champ où le premier corps a été découvert. Une petite fille rentrant de l’école approche et lui explique qu’un autre homme s’est intéressé au même endroit. Pourquoi ? Parce qu’il a fait quelque chose ici il y a une quinzaine d’année et qu’il voulait savoir ce que ça faisait de revenir ici et de confronter au présent son souvenir. L’ex-policier est troublétant il semble envahi par ses souvenirs du chaos de l’enquête et réciproquement, le chaos des souvenirs. Est-ce aussi parce que le criminel – au « visage banal » nous dit la gamine – a été aussi touché par ses propres souvenirs du chaos qu’il a causé ?
Quand le chaos policier s’ouvre à celui de la Corée du Sud. Memories of Murder – Crédits : La Rabbia
Sur la restauration 4K et les éditions signées La Rabbia
Quinze ans après sa sortie en salles, le mystère tantôt tragique tantôt absurdement comique du poétique Memories of Murder est toujours intact. La version Blu-ray proposée par La Rabbia est somptueuse. Rien à redire concernant la merveilleuse restauration 4K rendant honneur à la dimension contemplative et à la photographie soignée du film d’ailleurs accompagné par une quantité conséquente de bonus dont le formidable documentaire Memories, retour sur les lieux des crimes disponible en exclusivité mondiale grâce aux efforts de l’éditeur. Trois éditions sont disponibles : un digipack contenant deux DVD (le film et les compléments) ; un médiabook constitué par un livret de quarante pages sur l’histoire du tournage, le Blu-ray du film et les deux DVD de la précédente édition ; enfin, le formidable coffret collector qui comprend le médiabook et (cerise sur le gâteau) la reproduction du storyboard intégral du film traduit en français de trois soixante-six pages.
Bande-Annonce – Memories of Murder, sortie vidéo du film restauré en 4K
Memories of Murder
Restauré en 4K
Édité par la Rabbia
Langues : Coréen – Français – Sous-titres : Français
Formats son : Dolby Digital & DTS Master Audio 5.1 & 2.0
Formats image : 16/9 – 1.85 – Durée du film : 2h05 DVD & 2h10 Blu-ray
Sortie vidéo le 11 juillet 2018
Crédits : La Rabbia
Prix public du digipack DVD avec compléments : 19€99