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FEFFS 2018 Jour 9 : Un dernier acte sous le signe de la diversité

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Les meilleures choses ont une fin, et voilà donc que la 11ème édition du FEFFS se termine. Une pointe de tristesse est présente, mais il est encore temps de profiter du festival une dernière fois avant l’année prochaine. Une dernière journée chargée où l’on navigue entre de la japanimation enfantine et une anthologie de contes folkloriques, en passant par une partie de chasse au Canada et le nouveau délire mêlant absurde et mauvais goût de Jim Hosking.

[Compétition animation] Mirai

Réalisé par Mamoru Hosada (Japon) Date de sortie : 26 décembre 2018

Voix de Moka Kamishiraishi, Haru Kuroki, Gen Hoshima..

Devenu un grand nom de la japanimation après avoir donné lieu à des œuvres comme Summer Wars ou Les Enfants Loups, voilà que Mamoru Hosada s’invite au FEFFS avec son nouveau film. Déjà présenté à Cannes, Mirai nous emmène à la rencontre du jeune Kun qui vient d’avoir une petite sœur. Très vite, la jalousie le gagne. Il se retrouve alors pris dans un voyage dans le temps, où il va faire la rencontre des membres de sa famille à diverses époques de leur vie. Mirai se distingue par son côté très enfantin, que cela soit dans le design de ses personnages ou dans le ton employé. Bien que pouvant résonner à tout âge, le film déborde d’une certaine innocence.

Mirai apparaît donc comme un conte. Le petit Kun va avoir affaire à une prise de conscience sur le monde qui l’entoure. Avec cette petite morale, Hosoda essaie de faire passer son message qui est délivré avec une émotion plutôt maladroite. Il faut dire que le personnage est beaucoup trop agaçant pour être émouvant. Il ne faut pas patienter longtemps avant que le marmot nous tape sur le système. Hosoda en a certainement conscience et balance dans son dernier acte une avalanche de bons sentiments qui vient ensevelir le spectateur de manière trop forcée. Cela ne suffit évidemment pas à inverser la vapeur. Mirai est un petit ratage à ce niveau. Le film peut cependant se raccrocher à une animation maîtrisée, Hosoda arrivant à insuffler une certaine magie dans ses passages fantastiques.

[Rétrospective Chromosome XX] Les Lèvres Rouges

Réalisé par Harry Kumel ( Belgique, France) Date de sortie : 22 octobre 1971

Avec Delphine Seyrig, Daniele Ouimet, John Karlen…

Présent cette année en tant que membre du jury, le belge Harry Kümel se voit l’honneur d’avoir un de ses films présentés au sein de la rétrospective Chromosome XX. Les Lèvres Rouges sortit au début des années 70 reste l’une de ses œuvres les plus connues. Le film met en scène la mythique Comtesse Elisabeth Bathory, une hongroise adepte de bains de sang de vierges. C’est d’ailleurs la grande Delphine Seyrig qui prête ses traits à cette figure mythique. Contrairement à des films comme La Comtesse (déjà présenté au FEFFS), le cinéaste belge place son histoire au XXème siècle. Alors qu’un couple passe sa lune de miel dans un hôtel vide d’Ostende, leur rencontre avec la comtesse Bathory va bouleverser leur vie.

En incorporant le mythe de Bathory à l’époque actuelle, Kümel s’amuse aussi à revisiter le personnage. Pas de bain de sang au programme bien qu’ils soient mentionnés, mais plutôt un jeu de manipulation sexuelle. L’ambiance du film, baroque à souhait, rappelle par ailleurs cette vague de cinéma fantastico-érotique qui a émergé dans les années 60-70 avec des cinéastes comme Jess Franco ou Jean Rollin en France. Bien que la comtesse soit représentée comme un vampire, le film joue beaucoup plus avec la suggestion et la création d’une tension sexuelle. Il faut dire que Delphine Seyrig est incroyablement vénéneuse dans ce rôle qui lui sied à merveille. Tournant peut-être un peu en rond à certains moments, Les Lèvres Rouges n’en reste pas moins une œuvre séduisante.

[Compétition internationale] What keeps you alive

Réalisé par Colin Minihan (Canada) Date de sortie : Inconnue

Avec Hannah Anderson, Martha MacIsaac, Brittany Allen..

Pour clôturer la compétition internationale, il fallait bien qu’on nous propose un petit survival. C’est chose faite avec What keeps you alive qui propose une alternative intéressante en mettant en scène uniquement deux personnages, à savoir un couple. Deux jeunes femmes qui vont passer le week-end dans un chalet dans la forêt. Chalet, où l’une d’elle allait chasser avec son père quand elle était petite. Très vite, on découvre que Jackie a décidé de s’attaquer à une proie bien précise. On peut penser à une œuvre comme Haute Tension quand on voit ce couple de femmes se déchirer et surtout lorsqu’on est face au psychotique personnage de Hannah Anderson. C’est une véritable traque qui prend donc place sous nos yeux. Malheureusement, What keeps you alive a du mal à tenir en haleine le spectateur sur la durée. Le film a souvent recours à des facilités, ainsi que des comportements idiots des personnages pour continuer son récit. Reste quelque moments de suspense pesant qui apparaissent par-ci par-là, mais globalement le film vaut surtout pour la performance grandiloquente de Hannah Anderson.

[Film de clôture] An Evening with Beverly Luff Linn

Réalisé par Jim Hosking (Royaume-Uni, USA) Date de sortie : Inconnue

Avec Aubrey Plaza, Emile Hirsch, Jermaine Clement

Après 9 jours de thrillers anxiogènes ou de drames ultra-cyniques, il fait bon de terminer les festivités sur une bonne comédie bien grasse. Pour cela, on ne pouvait compter sur personne de mieux que Jim Hosking. Le britannique qui nous avait déjà offert un summum de mauvais goût avec The Greasy Strangler en séance de minuit est de retour et est toujours le même. Il dispose cette fois-ci d’un casting plutôt prestigieux parmi lesquelles on retrouve l’excellente Aubrey Plaza, Jermaine Clement ou encore un Emile Hirsch survolté. On pourrait résumer le pitch du film à un braquage qui tourne mal et à une histoire d’amour perdue, mais An Evening with Beverly Luff Linn part un peu dans tous les sens.

Il faut dire qu’à la manière d’un Quentin Dupieux, Jim Hosking s’épanouit dans l’humour absurde. Les péripéties non-sensiques s’empilent donc jusqu’à l’extrême. On peut d’ailleurs retrouver dans ce nouvel essai, les mêmes critiques qui avaient été faites à The Greasy Strangler. À savoir une manie de la part du réalisateur à étirer au maximum certains gags. Un procédé qui peut être agaçant mais qui permet d’instaurer un malaise palpable, l’autre grand moteur de la comédie par Hosking. Encore une fois, une imagerie de très mauvais goût inonde la pellicule, mais le tout est quand même plus sage que son prédécesseur. On reste bien évidemment loin de la comédie américaine lambda, et An Evening with Beverly Luff Linn est une belle porte d’entrée dans le cinéma très étrange de Hosking. Une œuvre qui semble également plus aboutie à la fois dans l’écriture plus riche, mais également dans l’empreinte visuelle et toujours avec une bande-originale électro décalée qui fait là aussi penser au travail de Mr Oizo. En somme, An Evening with Beverly Luff Linn est tout ce qu’il fallait pour conclure cette édition.

https://www.youtube.com/watch?v=XUTtmsXy5PU

[Midnight Movie] The Field Guide to Evil

Réalisé par Ashim Ahluwalia, Severin Fiala, Veronika Franz, Katrin Gebbe, Calvin Reeder, Agnieszka Smoczynska, Peter Strickland, Can Evrenol (Allemagne, Norvège, Pologne, Royaume-Uni, USA) Date de sortie : Inconnue

Avec Birgit Minichmayr, Sarah Navratil, Niharika Singh…

Avant de nous quitter définitivement pour cette année, il restait encore une petite séance de minuit à se mettre sous la dent. Depuis longtemps, les anthologies ont la côte dans le cinéma d’horreur. Compilées la plupart du temps sous un même thème, elles permettent à plusieurs réalisateurs d’expérimenter des idées sur une durée assez limité. Les producteurs de l’une des plus connues du genre, à savoir ABCs of Death, se sont à nouveau lancés dans l’aventure. Cette fois-ci c’est dans les légendes et le folklore de plusieurs pays que les cinéastes vont trouver leur inspiration. The Field Guide to Evil regroupe donc le travail de 9 réalisateurs venus du quatre coin de la Terre, sous forme de 8 courts-métrages.

Parmi cette longue liste on retrouve plusieurs noms qui ont fait leurs preuves. Peter Strickland, qui est le seul ayant traité une légende venue d’un pays autre que le sien, à savoir la Hongrie, nous offre un hommage au conte et au cinéma muet, un exercice de style très abouti visuellement. On pourra également noter la présence de Veronika Franz, qui aidée de Severin Fiala livre une histoire érotique et cauchemardesque. Le meilleur segment du lot est peut-être celui du turc Can Evrenol, qui en mettant en scène un djinn voulant du mal à un bébé, donne lieu à une grande hantise. Globalement, les segments sont de belle facture, offrant la plupart du temps une recherche esthétique poussée. On regrettera cependant l’amateurisme de la partie américaine que cela soit au niveau de la mise en scène ou de la direction des acteurs.

 

Pour finir cette couverture du FEFFS, il est évidemment obligatoire de faire un point sur le palmarès. Comme c’était le cas les deux années précédentes, jury et public se sont mis d’accord sur le même film, à savoir Cutterhead. Le film claustrophobique danois succède donc à Double Date et remporte le convoité Octopus d’or. Le Meliès d’argent est quant à lui remis à Lars Von Trier et The House that Jack Built. En ce qui concerne l’animation, le jury n’a pas su départager deux œuvres diamétralement opposées, Chris The Swiss et Mirai. Le prix des Crossovers revient à Xiao Mei, l’œuvre particulièrement exigeante ayant dénoté avec le reste de la sélection.

Palmarès :

Compétition internationale

  • Octopus d’or : Cutterhead de Rasmus Kloster Bro, Danemark
  • Méliès d’argent du meilleur long-métrage fantastique européen : The House That Jack Built de Lars von Trier, Danemark, France et Suède
  • Mention spéciale du Jury : Prospect de Zeek Earl et Chris Caldwell, USA
  • Prix du public : Cutterhead de Rasmus Kloster Bro, Danemark

Compétition Crossovers

  • Prix du meilleur film Crossovers : Xiao Mei de Maren Hwang, Taïwan
  • Mention spéciale du Jury : Pig de Mani Haghighi, Iran

Compétition internationale de films d’animation

  • Cigogne d’or du meilleur film d’animation : Mirai de Mamoru Hosoda, Japon / Chris the Swiss d’Anja Kofmel, Suisse

Compétition court-métrage

  • Octopus du meilleur court-métrage fantastique international : Babs de Celine Held et Logan George, USA
  • Méliès d’argent du meilleur court-métrage fantastique européen : A l’aube de Julien Trauman, France
  • Prix du Jury Jeune : Deer Boy de Katarzyna Gondek, Pologne, Belgique et Croatie
  • Prix du public : Das Mädchen im Schnee de Dennis Lederberger, Suisse
  • Prix du meilleur court-métrage d’animation : Lola, la patate vivante de Leonid Shmelkov, France et Fédération de Russie
  • Mention spéciale du Jury dans la catégorie animation : Mr. Deer de Mojtaba Mousavi, Iran
  • Prix du meilleur court-métrage Made in France : Chose mentale de William Laboury, France

 

FEFFS 2018 Jour 8 : Tuer n’est pas jouer

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Pour son avant-dernière journée, le FEFFS édition 2018 s’intéresse à l’acte de tuer au détour de trois films. C’est Shinya Tsukamoto qui ouvre le bal avec son dernier long-métrage revisitant le chanbara, Killing. L’allemand A Young Man with High Potential clôt la compétition internationale. Derrière son titre résolument bis, The Man Who Killed Hitler and then the Bigfoot s’interroge sur le mythe du héros américain. Pour finir, des punks se font massacrer dans un parc national dans le midnight movie, The Ranger.

[Crossovers] Killing

Réalisé par Shinya Tsukamoto (Japon) Date de sortie : Inconnue

Avec Shinya Tsukamoto, Yu Aoi, Sosuke Ikematsu

Moins d’un mois après sa présentation à la Mostra, le dernier né de Shinya Tsukamoto est présenté au FEFFS. Le réalisateur nippon, bien trop rare sur les écrans français, y présente ici une variation autour du genre phare du cinéma japonais, le chanbara. Nous propulsant dans le Japon des samouraïs, Killing raconte l’histoire d’un jeune rônin au service d’un groupe de paysans. Sa vie va basculer quand une bande de malfrats et un vieux bretteur débarquent. On s’en doute bien que Tsukamoto ne va pas se contenter de faire un chanbara classique. Le plus punk des cinéastes du soleil levant va complètement s’approprier le genre et y insuffler sa patte si caractéristique. Dans un premier temps, cela se remarque dans la forme du film. Bien qu’abandonnant ses paysages urbains et prenant un angle plus naturaliste, la rage qui émane des oeuvres de Tsukamoto est bien présente. La colère qui irradie les personnages, le montage rapide lors des combats de sabre ou bien cette caméra épaule si significative, on est bien dans du Tsukamoto pur jus.

Avec sa forme hargneuse, Tsukamoto revient sur un passage de trouble dans l’histoire de son pays. Killing se situe dans la période de déclin des samouraïs, où les rônins deviennent légions. Mais comme souvent avec le Tsukamoto, tout cela renvoie à la société actuelle et lui permet de faire passer un message, notamment sur l’omniprésence de la violence aujourd’hui. Les personnages de Killing sont loin de l’image qu’on se fait des samouraïs. L’opposition entre le personnage de Tsukamoto et Ikematsu est à ce niveau particulièrement intéressante. L’aîné pense que le but d’un samouraï est de tuer alors qu’au contraire, le plus jeune n’arrive pas à se résoudre à commettre un meurtre. Le film prend alors des airs de fables sur la place de la violence dans notre monde. À nouveau sur tous les fronts, Tsukamoto n’a toujours rien perdu de sa force évocatrice. Killing, c’est aussi l’occasion d’écouter une dernière fois une partition du regretté Chi Ishikawa.

[Compétition Internationale] A Young Man with High Potential

Réalisé par Linus de Paoli ( Allemagne) Date de sortie : Inconnue

Avec Adam Ild Rohweder, Paulina Galazka, Pit Bukowski

Dernier film à être présenté en compétition internationale, A Young Man with High Potential nous emmène à la rencontre de Piet, un étudiant en informatique. Peu social, Piet ne sort que très peu de sa résidence universitaire, allant même jusqu’à se faire livrer toutes ses courses. Lorsqu’un jour, la jolie Klara lui propose d’être sa partenaire pour un projet, le jeune homme ne sait pas vraiment comment réagir. Le deuxième long-métrage de Linus de Paoli va très vite dévoiler son potentiel dérangeant lorsque  Piet se retrouve avec le cadavre de Klara sur les bras après lui avoir fait ingurgiter une trop grosse quantité de sédatif. Le réalisateur va alors s’interroger sur la façon dont un jeune homme brillant et sans véritable histoire va pouvoir sortir de cette mauvaise passe.

Comme beaucoup de films cette année, A Young Man with High Potential opère une approche assez clinique de son sujet. Sachant prendre son temps, De Paoli décortique avec minutie le plan de Piet. Bien que se prêtant à un certain humour noir, le film n’est pas vraiment cynique. La force de l’oeuvre est de ne pas traiter son personnage comme un psychopathe dépourvu de sentiments. Piet témoigne d’une certaine empathie, et le jeu de l’acteur Adam Ild Rohweder est très juste. C’est justement grâce à ce portrait de personnage que Linus de Paoli arrive à insuffler une certaine dose de malaise. Malgré tout ça, et une fin plutôt intelligente, A Young Man with High Potential manque un peu de substance, et aurait pu approfondir un peu plus les relations entre Piet et Klara, l’enchaînement des actions jusqu’au point de  non retour se faisant de façon un peu trop rapide.

https://www.youtube.com/watch?v=cR24u3oCXN8

[Crossovers] The Man Who Killed Hitler and then the Bigfoot

Réalisé par Robert D. Kzykowski (USA) Date de sortie : inconnue

Avec Sam Elliott, Aiden Turner, Caitlin Fitzgerald..

Y a t’il eu tromperie sur la marchandise ? Quand on avait entendu pour la premier fois le titre loufoque du long-métrage de Kzylowski, on s’attendait à assister à du bon bis barré et violent. On en est finalement assez loin, même si l’ombre du cinéma d’exploitation n’est jamais très loin (il suffit de voir l’affiche). Pourtant le titre n’est on ne peut plus correct car le film met en scène Calvin Barr, un héros de la guerre qui est appelé par le gouvernement pour tuer la créature légendaire Bigfoot avant qu’elle ne répande un virus mortel. Finalement, ce n’est pas de voir une traque entre Sam Elliott et le monstre poilu qui va véritablement intéresser son auteur. Bien qu’il faut avouer que la séquence est très plaisante et terriblement bis.

Plus que les monstres du titre, c’est l’homme qui les a tué le centre du film. Kzylowski se lance donc dans un questionnement sur la figure du héros américain qui est ici très éloigné de celui des films d’actions. Le choix de Sam Elliott apparaît alors comme une illumination quand on remarque à quel point il arrive à donner du charisme mais également une sincérité profonde à son rôle. Le film offre au final plus une introspection sur son personnage, mettant en avant sa relation avec Maxine, un amour perdu dont il ne s’est jamais véritablement remis. C’est de façon touchante et délicate que Kzylowski aborde le deuil, un traitement qui tranche de manière drastique avec un humour absurde qui émane du film à certains moments. The Man who killed Hitler and then the Bigfoot est définitivement un crossover, une oeuvre hybride au ton inattendu et à l’aspect contemplatif.

[Midnight Movie] The Ranger

Réalisé par Jenn Wexler (USA) Date de sortie : inconnue

Avec Chloe Levine, Granit Lahu, Jeremy Pope…

Ce qu’on attend le plus souvent d’un Midnight Movie, c’est d’être un bon gros défouloir ultra-décomplexé. Sur le papier, The Ranger donnait plutôt envie. Suivant un groupe de punk obligé de se cacher dans une cabane perdue dans la forêt après avoir poignarder un policier, le petit groupe se trouve aux prises avec un ranger psychopathe qui ne supporte pas le non-respect de la nature. Le film dispose de qualité évidente pour un midnight. À commencer par son esthétique punk-flashy, sa BO entraînante et surtout son antagoniste aux allures de Judge Dredd de parc national.

Sauf que malgré tous ces éléments et son message écologique plus que louable, The Ranger manque cruellement de fun. En cause, des personnages assez insipides à l’exception du méchant, et surtout une générosité qui fait cruellement défaut. Bien que certaines mises à morts assez graphiques soient exaltantes, le film ronronne beaucoup pour expédier à la va vite ces moments jubilatoires. Et comme souvent dans ces cas-là, l’ennui pointe assez vite son nez.

FEFFS Jour 7 : De l’immobilité au stop motion en construisant une maison

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On approche tout doucement de la fin du festival et les compétitions continuent de battre leur plein. Pour cette 7ème journée, trois films dans trois sélections différents. Pour les crossovers, le taïwanais Xiao Mei dénote par sa construction. La dernière livraison du trublion Lars Von Trier constitue quant à lui la grosse attraction de la soirée en compétition internationale. Pour finir, c’est au tour de la stop motion d’être à l’honneur dans la catégorie animation, avec Chuck Steel : Night of the Trampires.

[Crossovers] Xiao Mei

Réalisé par Maren Hwang (Taïwan) Date de sortie : inconnue

Avec Yi-wen Chen, Kuan-Ting Liu, Na Dow…

Le choix de sélectionner Xiao Mei dans le cadre du FEFFS est une entreprise audacieuse. En effet, le premier film de Maren Hwang est très loin des standards du festival. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment un film de genre, bien qu’il mette en scène un semblant d’enquête policière. Xiao Mei est une oeuvre fragmentée, dont il faudra assembler les pièces pour essayer de percer un mystère. Un mystère qui tourne autour du personnage éponyme qui a disparu et dont Hwang va essayer de retracer les derniers jours. Cependant, on est loin d’un traitement à la David Lynch et  les instants finaux de Laura Palmer. Xiao Mei offre une approche très radicale qui risque d’en décontenancer plus d’un, surtout pour des amateurs de films d’horreurs.

La particularité de Xiao Mei réside donc dans la façon de Maren Hwang de distribuer ses clés. C’est au travers de personnages ayant côtoyé la disparue que celles-ci vont être communiquer. Là encore cela ne sera pas fait de façon habituelle. Chaque protagoniste va s’adresser face caméra à un personnage hors-champ qu’on ne verra jamais. C’est au final au spectateur qu’ils s’adressent directement. Des longues entrevues, le plus souvent filmées en plan fixe et permettent aux personnages d’expliquer leur relation avec Xiao Mei, parfois illustrées de petits flashbacks venant rompre le procédé. Xiao Mei est une oeuvre ambitieuse, mais avant tout exigeante. Il faut se laisser porter par la précision du cadre de Hwang et accepter de ne pas forcément résoudre le mystère. Difficile à dompter, surtout en fin de festival, Xiao Mei peut sembler être une erreur de casting. Certains y trouveront leur compte, d’autre risque de s’ennuyer ferme.

[Compétition internationale] The House that Jack Built

Réalisé par Lars Von Trier (Danemark, France, Suède) Date de sortie : 17 octobre 2018

Avec Matt Dillon, Bruno Ganz, Uma Thurman…

Voilà certainement l’oeuvre la plus colossale de toute la 11ème édition du FEFFS. Le nouveau rejeton de Lars Von Trier faisait parti des grandes stars de la sélection, et malgré une durée record pour un film présenté au festival, le monde était au rendez-vous. Inutile de présenter le cinéaste danois et son C.V qui se compose d’autant de moments de reconnaissance que de pures polémiques. The House that Jack Built, c’est donc forcément un peu tout ça. En suivant le parcours d’un serial killer sur une douzaine d’années, Von Trier semble s’être donner corps et âme. Le cinéaste se livre, amène sa réflexion sur la création, l’art et le mal dans des territoires encore inexplorés. Du haut de ses 2h30, The House that Jack Built est une oeuvre dense et pointue qui s’élève évidemment bien plus loin que son simple statut de farce horrifique à l’humour d’une rare noirceur.

Plus encore que d’habitude, le danois nous emmène dans un égotrip, n’hésitant pas à s’autociter avec des extraits de ses précédents films. En voulant se questionner sur des thématiques fondamentales de son oeuvre, Lars Von Trier tombe par ailleurs très souvent dans un approche trop théorique barbante et pompeuse. Les longs échanges verbaux entre le personnage de Jack et Verge expriment à la perfection cette manie agaçante du cinéaste. Bien que sachant construire des scènes marquantes qui impriment la rétine, soit par leur cruauté (le pique-nique) ou par leur poésie macabre (la séquence des enfers), Lars Von Trier se complaît dans son attitude de sale gosse provocateur. À l’inverse du réalisateur dont la démarche peut paraître assez souvent détestable, Matt Dillon brille de mille feux. L’acteur connu pour certains classiques des 90s comme Sexcrimes ou Mary à tout prix envoie voler en éclats son image de has-been et incarne un Jack absolument terrifiant.

[Compétition Animation] Chuck Steel : Night of the Trampires

Réalisé par Mike Mort (Royaume-Uni) Date de sortie : inconnue

Voix de Paul Whitehouse, Jennifer Saunders

Après la 3D et la rotoscopie, c’est au tour de la stop-motion d’être mis en avant dans cette nouvelle catégorie. Surtout qu’après des films traitant de thématiques assez dures comme les conflits yougoslaves ou la guerre civile angolaise, une bonne petite comédie bien badass ne pouvait faire que du bien. Chuck Steel : Night of the Trampires est né de l’imagination d’un homme : Mike Mort. Archétype du flic qui peuplait le cinéma d’action des années 80, Chuck Steel est un véritable hommage à tout ce pan burné du septième art. Ici Mike Mort le conjugue à une dimension horrifique avec ces fameux trampires, contraction de tramp  (clochard) et vampires, qui s’attaquent aux couples en état d’ébriété.

Comme on peut s’en douter, Chuck Steel est un véritable festival. Que cela soit au niveau des punchlines qui fusent comme des balles, avec des runnings gags exquis (comme celui des pauvres coéquipiers de Steel) ou dans l’action hard-boiled, Chuck Steel est jouissif. Il faut pour cela une technique de stop-motion à toute épreuve, et le film est assez irréprochable à ce niveau. Il ne dispose que de peu de temps mort et tout s’enchaîne avec une facilité assez déconcertante. Mike Mort a pris un soin particulier à la création de son univers pour lui conférer une identité propre tout en étant grandement influencer par les oeuvres de son enfance. Le design des marionnettes accentue d’ailleurs ce petit côté rétro moins irrévérencieux que Team America, mais bien plus violent, Chuck Steel est une belle petite surprise.

https://www.youtube.com/watch?v=bKll-R-uEOw

FEFFS 2018 Jour 6 : Psychologie, Sadomasochisme et Cochonnades

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De la satire politique à de l’animation trash sur fond de psychologie, en passant par un exercice de style sadomasochiste, inutile de dire que le programme de la 6ème journée de la 11ème édition du FEFFS fut éclectique. Le section crossovers voit arriver deux nouveaux concurrents. L’iranien Pig nous parle d’un serial killer assassinant des cinéastes reconnus, tandis que Holiday raconte les vacances psychologiquement violentes d’une jeune danoise. En compétition, Nicolas Pesce délivre avec Piercing un hommage au giallo. Pour finir, ce n’est pas un film qu’on retrouve en séance de minuit mais une série. Crisis Jung le nouveau bébé des studios Bobbypills délivre son quota de saletés.

[Crossovers] Pig

Réalisé par Mani Haghighi (Iran) Date de sortie : inconnue

Avec Hasan Majuni, Leila Hatami, Leili Rashidi

Le dernier festival de Cannes nous l’a une nouvelle fois prouvé, il est difficile d’être réalisateur dans un pays comme l’Iran. Jafar Panahi assigné à résidence après avoir critiqué ouvertement le régime politique de son pays en est l’exemple le plus frappant. Ce contexte difficile pour les artistes a inspiré à Mani Haghighi une comédie noire n’hésitant pas à prendre à bras le corps ce problème. Pig raconte l’histoire de Hasan, un réalisateur n’ayant plus le droit de tourner de long-métrage. Au même moment, un mystérieux assassin se met à décapiter ses amis cinéastes. Hasan se retrouve alors vexé de ne pas être pris pour cible. C’est avec ce postulat complètement absurde que Haghighi offre à son acteur Hasan Majuni, un véritable terrain de jeu pour son personnage de Hasan, un homme provocateur arborant des t-shirts à l’effigie de groupes de hard rock qui voit sa vie tourner au vinaigre.

Pig joue avec les codes horrifiques, notamment lors de sa mise en scène de meurtres ou de découvertes des cadavres. Mais le film de Haghighi est avant tout une comédie à l’humour cinglant, mettant en scène des personnages aux allures Coenniennes. Bien que le film souffre un peu trop souvent de longueurs, Haghighi arrive à constamment surprendre le spectateur. Il n’hésite d’ailleurs pas à convoquer des séquences hallucinogènes dont une où Hasan Majuni délivre une reprise perse de Hells Bells à l’aide de sa raquette de tennis. Un film politiquement virulent, qui a réussi par on ne sait quel miracle à éviter la censure de son pays.

https://www.youtube.com/watch?v=cW1L4I5lGI4

[Compétition internationale] Piercing

Réalisé par Nicolas Pesce (USA) Date de sortie : inconnue

Avec Christopher Abbott, Mia Wasikowska, Laia Costa..

En voilà un film étrange sur la papier. Piercing est le deuxième film d’un jeune metteur en scène américain, qui est adapté d’un livre de l’auteur japonais Ryu Murakami et qui puise ses influences dans le cinéma européen des années 70. Piercing suit Reed, un jeune père de famille qui se lance dans un plan visant à assassiner une prostituée. Dès les premiers instants, on retrouve dans le film moult influences, allant de la fascination hitchcockienne pour le crime parfait à la fétichisation propre au giallo. Ce n’est pas uniquement dans les thématiques que le film renvoie à ces œuvres classiques mais également dans sa forme particulièrement exigeante et travaillée.

Piercing s’apparente alors assez vite à un exercice de style et à un vrai travail de cinéphile. La géométrie de sa ville, l’éclairage et l’esthétique de ses lieux convoquent le cinéma pop anglais et italien des années 60-70, tandis que certains tics de mise en scène renvoient à des auteurs comme Brian De Palma. La patte Murakami se retrouve également lorsque le film lorgne du côté du sadomasochisme de Audition, film de Takashi Miike scénarisé par l’écrivain nippon. Un véritable melting pot qui donne lieu à une œuvre enivrante, tout en étant drôle et déstabilisante. Un film qui reste pour le moins original, sachant déjouer les attentes du spectateur pour mieux le surprendre. Le duo d’acteur Abbott/Wasikowska fonctionne par ailleurs à merveille dans ce jeu de domination à la fois psychologique et physique. Cerise sur le gâteau, l’utilisation de morceaux phares composés par le groupe Goblins pour Dario Argento vient parachever ce bel enrobage.

[Crossovers] Holiday

Réalisé par Isabella Eklof (Danemark, Pays-Bas, Suède) Date de sortie : Inconnue

Avec Victoria Carmen Sonne, Lai Yde, Thijs Romer..

À première vue, on pourrait penser que Holiday s’apparente à s’y méprendre à Revenge de Coralie Fargeat. L’histoire d’une jolie jeune femme aux allures superficielles qui part prendre du bon temps en vacances avec son petit ami, jusqu’à ce qu’elle se fasse abuser sexuellement par ce dernier. Si ce postulat de départ est semblable, le film de la suédoise Isabella Eklof n’offre pas du tout la même vision. Holiday sous ses atours paradisiaques cache un ton beaucoup plus violent. Il suffit de voir la séquence de viol pour comprendre que Eklof ne va pas édulcorer son propos. Une séquence en plan fixe particulièrement éprouvante et au réalisme dérangeant qui peut assez facilement rappeler des œuvres comme Irréversible. Le film ne prend pas la direction du rape and revenge grandiloquent. Ekloff continue de tracer son propos pesant.

Le personnage de Sasha offre une ambiguïté intéressante. Elle semble pleinement consciente de l’état de soumission dans lequel elle se trouve mais ne semble pas vouloir y échapper. Avec son approche glaçante et cynique, Ekloff perturbe le spectateur. La violence abrupte qui émane de façon choquante à quelques reprises marque. Tout cela nous pousse à nous demander si la cinéaste ne tombe pas dans une certaine complaisance à ce niveau. Elle a au moins le mérite d’éviter tout jugement envers ses personnages. Le film semble cependant tourner à de nombreuses reprises à vide. C’est une œuvre d’une certaine audace que crée Ekloff qui parle pour elle des méfaits du capitalisme et de ce mode de vie qui en découle. Il reste un portrait éprouvant de femme abusée, même si bien trop conscient de ses artifices pour pleinement convaincre.

[Midnight Movies] Crisis Jung

Réalisé par Baptiste Gaubert, Jérémie Hoarau (France) Date de sortie : prochainement

Voix de Karim Tougui, Pauline Moingeon, Martial Le Minoux…

Et si le meilleur film du FEFFS était en fait une série ? C’est ce qu’on est en droit de se demander après s’être pris l’uppercut Crisis Jung en séance de minuit. La nouvelle production du studio Bobbypills, déjà responsable des délirants Vermin et PeePooDo se paie le luxe de convoquer les têtes derrière la série Lastman. Les auteurs ont d’ailleurs eu carte blanche et cela se voit. Vendu comme un Ken le survivant qui va chez le psy, Crisis Jung nous emmène dans un monde post-apo où le désespoir semble avoir pris le dessus. Jung vivait le parfait amour jusqu’à ce que l’ignoble Petit Jésus assassine sa bien-aimée Maria. Décidé à se venger et à retrouver sa dulcinée, Jung se lance dans une lutte sanglante contre les suppôts de Petit Jésus.

Concentré d’ultra-violence et d’imagerie très très sale, Crisis Jung pousse le délire à des niveaux encore plus extrêmes que ses prédécesseurs. Reprenant des formules d’anime articulant tous les épisodes sur un schéma semblable, la série voit Jung aux prises avec des créatures reprenant des sentiments tels que la confiance, la tolérance ou le courage. C’est là qu’entre la dimension psychologique de la série, les auteurs ayant étudié la pensée Jungienne pour construire leur série, car c’est grâce à un petit passage chez le psy que le personnage principal va pouvoir tel un héros de shonen obtenir un power-up. En remettant en cause sa pensée ainsi que sa virilité et en se découvrant des nouvelles qualités, Jung va pouvoir faire exploser un concentré de violence lui permettant de terrasser n’importe quel ennemi. Terriblement irrévérencieux, Crisis Jung bénéficie également d’une animation au poil malgré un faible budget. Une petite saison de 10 épisodes de 6 minutes se suffisant à elle-même qui montre une nouvelle fois l’esprit complètement tordu du studio Bobbypills. Quoi qu’il en soit on ne peut que les remercier de nous offrir des œuvres si libres allant jusqu’au bout de leurs intentions.

FEFFS 2018 Jour 5 : Cannibales, football et tête de forage

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Arrivé à mi-chemin, le FEFFS nous montre cette année encore que les genres brassés sont nombreux. Il y en a même un qui se fait rare depuis la création du festival et qui se voit mis à l’honneur ce mardi, le film catastrophe avec la présence de Cutterhead en compétition. À côté du film danois, la langue portugaise est à l’affiche avec le brésilien Cannibal Club et le lusitanien Diamantino.

[Crossovers] The Cannibal Club

Réalisé par Guto Parente (Brésil) Date de sortie : Inconnue

Avec Ana Luiza Rios, Tavinho Teixeira, Ze Maria…

On connait le Brésil des favelas, notamment grâce au succès de La Cité de Dieu, mais on est moins familier avec la bourgeoisie du gigantesque pays sud-américain. Une bourgeoisie qui contraste énormément avec la grande pauvreté qui sévit dans le pays. Une disparité des classes que Guto Parente va mettre en scène ici de façon particulièrement sanguinolente. Comme le titre le laisse deviner, The Cannibal Club parle de cette classe de privilégiés qui se délectent des classes inférieures sous forme de barbak. Les vastes maisons luxueuses avec piscine cachent donc de sordides réunions où les riches s’amusent à observer leurs personnels coucher ensemble avant de les assassiner violemment et de les cuir. Le côté clinquant laisse alors place à un gore généreux.

Loin de filmer cela de manière froide et cynique, Parente s’amuse et n’hésite pas à convoquer le grotesque. La suite de péripéties continue à tourner cette classe huppée en dérision. Derrière leur côté intouchable, les riches font preuve d’une certaine paranoïa, faisant passer leur réputation avant tout, n’hésitant alors pas à s’éliminer les uns les autres. Sans tomber dans le jeu de massacre bête et méchant, The Cannibal Club est un thriller horrifique ne manquant pas de mordant. Une satire sociale qui prend parfois des airs grand-guignolesques mais qui ne perd jamais son cap.

[Compétition internationale] Cutterhead

Réalisé par Rasmus Kloster Bro (Danemark) Date de sortie : Inconnue

Avec Christine Sonderris, Kresimir Mikic, Samson Semere…

En voilà un lieu original pour situer l’action de son film ! Avec Cutterhead, le danois Rasmus Kloster Bro nous emmène sous terre au sein d’un tunnelier chargé de creuser une nouvelle ligne pour le métro. À l’intérieur, une photographe est envoyée afin tirer le portrait de ces hommes travaillant dans des conditions ressemblant à celles d’un sous-marin. Comme dit précédemment, le genre catastrophe est assez timide au FEFFS. Il faut dire que la plupart du temps ce type de films accouche de blockbusters insipides où le spectaculaire prône avant tout et le budget FX compte pour la moitié du coût de la production. Cutterhead est bien entendu loin de tout ça. Le premier film de Kloster Bro convoque autant le genre catastrophe que celui de l’horreur nous propulsant dans un climat anxiogène des plus efficaces.

Dès le début du film et la découverte de ces pièces exiguës qui composent le tunnelier, le sentiment de claustrophobie pointe le bout de son nez. Alors qu’un incendie commence à se propager, l’atmosphère va devenir de plus en plus pesante, obligeant Rie et deux ouvriers à se retrancher dans une lieu encore plus étroit à l’oxygène et à l’eau limités. Bientôt le mot d’ordre de chaque personnage devient la survie quitte à abandonner les autres. Les relations deviennent alors électriques tandis que le côté étouffant de la mise en scène continue d’asphyxier le spectateur. L’horreur se manifeste alors de manière psychologique. Cherchant au maximum à respecter le réalisme des conditions de vie dans l’engin, Klaster Bro a imposé à son équipe technique et ses acteurs un tournage particulièrement complexe et éprouvant. Le tout prend une tournure encore plus drastique alors que la lumière vient à manquer et que les survivants se retrouvent dans la tête de forage face à un mur de terre. Encore plus oppressant que Buried, lauréat de l’Octopus d’or en 2010, Cutterhead est à déconseiller à toute personne souffrant de claustrophobie. Pour les autres, vous risquez de vous découvrir une nouvelle peur.

https://www.youtube.com/watch?v=fh6sN753FGE

[Compétition internationale] Diamantino

Réalisé par Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt (Portugal, France) Date de sortie : 28 novembre 2018

Avec Carloto Cotta, Cleo Tavares, Anabela Moreira…

Un footballeur, des chiots géants, un couple d’espionnes, un laboratoire de clonage, difficile de résumer le pitch de Diamantino qui s’impose aisément comme l’OFNI de la sélection 2018. Le film du duo de cinéastes portugais n’est pourtant pas un simple délire what the fuck, arty et gratuit. Derrière son apparente superficialité, Diamantino cache plusieurs niveaux de lecture. De part le choix de son personnage, une espèce d’ersatz de Cristiano Ronaldo, lui ressemblant jusque dans la plastique, les réalisateurs jouent du cliché sur le footballeur un peu idiot et cassent les préjugés. Diamantino, malgré son QI d’un enfant de 10 ans, déborde d’humanité, contrastant avec l’égocentrisme de certaines stars exhibant un côté bling-bling. Diamantino est avant tout un portrait terriblement touchant d’un homme empathique qui se retrouve déconnecté du monde une fois qu’il n’est plus sur un terrain de football. Dans son innocence enfantine, il crée un univers rose peuplé de chiots poilus qui contraste avec la terrible crise politique que connait le Portugal.

Sous ces atouts surréalistes, Diamantino parle d’un problème bien plus tangible, celui de la montée du nationalisme dans le pays de la péninsule ibérique. Le footballeur va en effet se retrouver au sein d’un complot visant à le cloner pour permettre au pays de dominer le monde au travers du sport.  Même si le postulat est complètement abracadabrantesque, le message est on ne peut plus d’actualité, mettant en avant la crise des migrants. En utilisant un personnage naïf comme Diamantino, Abrantes et Schmidt arrivent à créer une certaine dichotomie entre le message politique terrifiant et les rebondissements hilarants survenant dans la vie de Diamantino, dont l’image publique est utilisée à de mauvaises fins. Complètement barré, jouant habilement de ce style baroque jusque dans sa mise en scène et ses effets kitschissimes, Diamantino n’est bien sûr pas fait pour tout le monde. Mais loin d’être juste un délire de petit malin, le film propose un discours engagé. Un vrai régal.

 

 

FEFFS 2018 Jour 4 : Le cinéma d’auteur colonise la compétition

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Pour le 4ème jour de cette cuvée 2018 du FEFFS, nous nous sommes concentrés sur la compétition internationale et la quête acharnée pour le fameux Octopus d’or. Une sélection de trois films issus de trois pays différents, mais qui ont la particularité de s’inscrire dans une même mouvance de cinéma d’auteur. La Grèce nous propose une œuvre froide dont elle seule a le secret. De son côté, le cinéma indé américain offre une relecture du mythe de la sirène. Pour ce qui est de l’Argentine, c’est un polar métaphysique qui nous est servi.

[Compétition internationale] Love Me Not

Réalisé par Alexandros Avranas ( Grèce, France ) Date de sortie : Inconnue

Avec Eleni Rousssinou, Christos Loulis…

Les deux représentants grecs de la sélection 2018 semblent s’imposer comme des héritiers du cinéma de Yorgos Lanthimos. Si cela ne fait pas de doute pour Pity, réalisé par le scénariste de Mise à mort du sacré, on pouvait espérer que Love Me Not soit dans une veine différente. Visiblement, la Grèce ne sait aujourd’hui produire qu’un seul type de cinéma, à savoir un condensé de cynisme à la froideur clinique et à la misanthropie exacerbée. D’un côté, il suffit de voir les prix que récolte chaque année Lanthimos pour se rendre compte que les festivals en sont friand. S’inscrivant dans cette trajectoire, Alexandros Avranas tente donc sa chance avec cette histoire de couple faisant appel à une mère porteuse. Évidemment, il ne sera pas question ici d’enfants du diable ou autre, comme on en a souvent l’habitude quand on parle de femme enceinte. Le mal présenté dans le film émane bel et bien de l’être humain et non de quelconque entité démoniaque.

Derrière un emballage glacial constitué de plans fixes au cadrage millimétré, Love Me Not se complaît dans une provocation particulièrement irritante. Son rythme extrêmement lent, ne racontant que très peu de chose tranche drastiquement avec son dernier tiers où la volonté de choquer se fait de façon ostentatoire. Un festival de sadisme envahit l’écran, témoignant d’un mépris écœurant pour le genre humain. Si cela ne suffisait pas à rendre le film nauséabond, l’arrogance avec lequel Avranas met le tout en scène suffit à rendre la pellicule absolument détestable. À l’instar de film comme Canine, ce n’est pas véritablement que le film soit mauvais, c’est juste la démarche qui est absolument puante de complaisance. Il n’est d’ailleurs pas difficile de s’imaginer le cinéaste se palucher avec un sourire sardonique devant son film edgy.

[Compétition internationale] The Rusalka

Réalisé par Perry Blackshear (USA) Date de sortie : inconnue

Avec Evan Dumouchel, Margaret Ying Drake, MacLeod Andrews…

Deuxième film et deuxième présence en compétition au FEFFS pour Perry Blackshear et ses fidèles collaborateurs Evan Dumouchel et MacLeod Andrews. Témoignant d’une volonté de s’inscrire dans une vague de cinéma indé minimaliste, le trio revient après le moyen They Look Like People, pour une relecture du mythe antique de la sirène. Le processus de création ne change pas vraiment. Un lieu de tournage unique avec ce lac perdu dans le Vermont, une utilisation de la lumière naturelle, une équipe technique réduite sont au programme de ce film au budget riquiqui. Blackshear montre cependant que l’on est capable de donner naissance à une oeuvre originale avec trois fois rien. Tout cela offre d’ailleurs un aspect véritablement intimiste au projet, décuplant la force de son message.

Blackshear s’amuse ainsi à retourner la légende de la sirène, faisant de l’homme un muet et de sa sirène, la créature attirée par l’homme. C’est une oeuvre troublante à laquelle le cinéaste va donner naissance. Une histoire d’amour maudite entre deux amants venants de monde différents. Le film sait par ailleurs parfaitement alterner entre une ambiance touchante et mélancolique et un climat beaucoup plus angoissant (la Rusalka prenant plaisir à noyer les hommes). Le travail impressionnant de Blackshear au montage et à la photographie prend parfois des aspects contemplatifs, qui, marié à ce chant grecque servant de musique, crée une poésie confidentielle. Avec The Rusalka, c’est à  un véritable conte de fée auquel nous convie le metteur en scène, un conte de fée qui n’hésitera pas à être terrifiant et bouleversant.

[Compétition internationale] Meurs, Monstre, Meurs

Réalisé par Alejandro Fadel (Argentine, France) Date de sortie : janvier 2019

Avec Victor Lopez, Esteban Bigliardi, Tania Casciani

On connait tous cette histoire d’une série de meurtres qui prend place dans un coin reculé du monde et qui lance une police campagnarde dans la quête d’un serial killer au modus operandi particulièrement graphique. C’est un peu ce que nous laisse penser dans un premier temps, Meurs,Monstre, Meurs, le second film de l’argentin Alejandro Fadel. Prenant place dans les Andes, le film s’ouvre avec un plan choquant montrant une femme essayant désespérément de garder sa tête fixée à son corps. Malgré cet avertissement, rien ne nous prépare à l’odyssée que va devenir ce film. À la manière de Mandy, présenté la veille, Meurs, Monstre, Meurs préfère prendre son temps dans sa première partie, quitte à se perdre dans une certaine langueur alors que les cadavres s’empilent.

Le film abandonne ensuite progressivement son côté polar rural pour se muter en un véritable film d’horreur à la portée métaphorique. Faisant penser au film de Amat Escalante, La Région Sauvage sorti l’an dernier, le long-métrage fait entrer en scène une créature à l’aspect peu ragoutant et à la signification on ne peut plus explicite. Au même moment, Fadel nous emmène dans un voyage tourmenté questionnant la nature profonde de l’homme, certaines de ses pulsions inavouables et un mal qui gît au plus profond. Mêlant une atmosphère métaphysique avec des aspects plus frontales ne laissant que peu de doute sur le message du film, Meurs, Monstre, Meurs n’en reste pas moins une œuvre originale sachant crée une ambiance hypnotisante au travers de sa photographie léchée.

FEFFS 2018 Jour 3 : Des propositions de cinéma toujours plus originales

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En ce 3ème jour de festivités, il semble que les programmateurs se soient fait un malin plaisir à condenser les œuvres les plus étranges dans la même soirée. Entre le nouveau trip de Gaspar Noé et le premier film étudiant d’un jeune réalisateur allemand, la compétition prend une tournure particulièrement expérimentale. En ce qui concerne la section animation, Another Day of Life met en lumière la guerre d’Angola en alliant rotoscopie et témoignages. Les midnights movies commencent quant à eux très fort avec Nicolas Cage qui massacre une secte dans une ambiance psychédélique.

[Compétition internationale] – Climax

Réalisé par Gaspar Noé (France) Date de sortie : 19 septembre 2018

Avec Sofia Boutella, Kiddy Smile, Romain Guillermic…

Dire que le nouveau film de Gaspar Noé était l’événement de cette 3ème journée de festival est un euphémisme. Il suffit de voir à quelle vitesse la séance s’est retrouvée complète pour comprendre. Le cinéaste provocateur attire les foules et propose une nouvelle fois de nous emmener dans un trip dont lui seul a le secret. Tourné en 2 semaines, Climax est un véritable hold-up. Un film dont on ne connaissait absolument rien avant sa présentation à Cannes et qui a fait l’effet d’une véritable bombe. Un choc arrivé de nulle part, exaltant et terrifiant. Un moment fugace que l’on se doit de vivre à 200 à l’heure avant qu’il ne soit trop tard. Et c’est un peu ça l’histoire de Climax, l’histoire de la vie où tout peut basculer d’un moment à un autre sans que l’on s’y attende. Comme le disent les panneaux dans le film, la naissance et la mort sont des expériences exceptionnelles, mais ce qui est au milieu est encore plus fort.gaspar-noe-feffs-2018

C’est au travers d’une troupe de danseurs extraordinaires, issus de milieux aussi différents que le voguing ou l’électro que Gaspar Noé va articuler sa nouvelle oeuvre. Le premier plan séquence est une véritable claque montrant l’euphorie de ce groupe, enchaînant les chorégraphies avec une minutie exemplaire tandis que la caméra de Noé les suit avec une fluidité remarquable. Un pur moment de transe qui vous fera taper du pied sur des airs de Cerrone ou Patrick Hernandez. Une ardeur qui ne se ressent pas uniquement au travers des mouvements de danse hypnotiques des comédiens mais aussi à l’aide de saynètes montrant des échanges entre ce groupe particulièrement vivant. La force de Climax réside dans cette notion de bande qu’il arrive à instaurer avec une facilité exemplaire. Dans tous les cas, rien ne nous prépare à la deuxième partie du film. L’extase va laisser place à la paranoïa et plonger le film dans un véritable cauchemar éveillé. Avec ses airs de Possession de Zulawski, Climax bascule dans une hystérie contagieuse et terriblement éprouvante. Une épreuve qui va être accentuée par le travail remarquable de Benoît Debie à la photographie. Le grand plan séquence est une véritable prouesse technique qui vous plonge dans le chaos le plus total. Climax est bien plus qu’un film, c’est une expérience. Comme souvent avec Gaspar Noé vous me direz.

[Compétition d’animation] Another Day Of Life

Réalisé par Raul de La Fuente et Damien Nenow (Espagne, Pologne, Belgique) Date de sortie : 23 janvier 2019

Voix de David Weber, Niall Johnson, Damian Nenow…

Cette 11ème édition du FEFFS inaugure une nouvelle compétition, celle des films d’animation. Une catégorie permettant de brosser un large spectre allant du stop-motion à la rotoscopie. C’est justement ce dernier qui nous intéresse avec Another Day Of Life. Derrière ce mot un peu étrange se cache une technique permettant de retranscrire une image prise en vue réelle sous forme d’animation. Un procédé offrant un certain réalisme aux personnages du film et disposant d’une patte graphique reconnaissable immédiatement. D’autant plus que le réalisme est important dans le film pour le duo de réalisateurs hispano-polonais. Leur film traite en effet d’une partie de l’histoire pas forcément très connue de par nos contrées : la guerre civile en Angola au moment de l’indépendance du pays. C’est pourquoi Another Day Of Life allie l’animation à des témoignages aux aspects documentaires.

La partie animation nous transporte donc au coeur du conflit aux côtés de Kapuscinski, un reporter polonais chargé de raconter l’histoire des combattants de la MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola). Propulsé dans l’enfer du conflit, le journaliste nous fera vivre l’atrocité des affrontements et le quotidien de certains guérilleros. Les possibilités illimitées offertes par l’animation permettent également aux cinéastes d’offrir de véritable moments de terreur au travers de visions apocalyptiques mettant en exergue la cruauté de la guerre. La rotoscopie offre donc un beau cachet, même si à l’instar de Seoul Station, l’animation des personnages semble parfois trop saccadée. L’aspect documentaire du film permet de faire intervenir certains acteurs du conflit qui confient à la caméra un témoignage précieux sur une époque décisive pour l’avenir de leur pays. En prenant cet angle d’attaque originale, de La Fuente et Nenow permette de dynamiser le documentaire et de remettre en avant une période sombre d’un pays un peu oublié. Un film étonnant qu’on ne s’attend pas forcément à voir au FEFFS mais d’une belle force évocatrice.

[Compétition internationale] Luz

Réalisé par Tilman Singer (Allemagne) Date de sorite : inconnue

Avec Luana Velis, Jan Bluthardt, Nadja Stubiger…

La chose qui marque d’entrée dans Luz, c’est l’utilisation de la pellicule 16 mm qui nous propulse directement dans les années 80. Le premier film du jeune allemand Tilman Singer n’aura malheureusement pas grand chose de plus à proposer et ce choix esthétique semble très vite tenir du petit caprice. Il faut dire que Luz est l’archétype du film d’étudiant. En essayant de nous raconter une histoire d’entité démoniaque prenant la possession d’une conductrice de taxi, se déroulant quasiment dans une seule et unique pièce, Tilman Singer accouche d’un récit complètement abscons. Puisant dans diverses influences et faisant preuve d’une volonté d’incorporer de nombreuses idées, Singer montre une certaine limite pour recadrer son histoire. En découle, une oeuvre d’une longueur assommante alors qu’il s’agit paradoxalement du film le plus court de la sélection du haut de sa petite heure dix. C’est bien beau d’essayer d’être original et d’expérimenter mais encore faut il avoir quelque chose à raconter derrière, sinon le tout semble plutôt vain.

[Midnight Movies] Mandy

Réalisé par Panos Cosmatos (USA, Belgique) Date de sortie : inconnue

Avec Nicolas Cage, Andrea Riseborough, Linus Roache…

Après l’atmosphérique Beyond the Black Rainbow, Panos Cosmatos poursuit l’héritage profondément bis issu de son père Georges Pan Cosmatos (Rambo 2, Cobra) et frappe un grand coup avec Mandy. Mandy c’est tout ce qui fallait pour ouvrir cette nouvelle session de midnight movie. Une oeuvre d’une radicalité folle au parti pris esthétique foisonnant et surtout mené par un Nicolas Cage au sommet de son art. Le deuxième long-métrage de Cosmatos se découpe en 2 parties profondément différentes proposant deux salles deux ambiances. La première suit le couple formé par Cage et Riseborough menant une vie paisible alors qu’une secte semble s’intéresser à la femme. Une partie à la lenteur hypnotique qui permet à Cosmatos de s’amuser à développer une imagerie onirique à l’aide d’un jeu sur les couleurs et sur la photographie troublant. Le film puise autant dans l’esthétique metal que chez Clive Barker. Le tout est enrobé par une partition ensorcelante signée par le regretté Johann Johannsson.

C’est dans sa deuxième partie que Mandy plonge à pieds joints dans la série B ultra-violente alors que le personnage de Nicolas Cage part dans une croisade vengeresse contre la secte ayant assassiné sa femme. Armé de sa précieuse hache qu’il a confectionné lui-même, Red va enchaîner les massacres de façon particulièrement graphique. Comme d’habitude, l’acteur américain s’exprime à merveille dans une outrance jubilatoire. Mandy mêle à son ambiance fantasmagorique, un bourrinisme décomplexé et diablement fun. Ça fait un petit moment qu’on ne l’avait pas vu se donner à coeur joie comme ici, jouant de manière excessive avec son image et avec une générosité partagée. Car tout autant qu’au sens de l’esthétisme de Panos Cosmatos, Mandy doit énormément à son acteur principal totalement fêlé.

FEFFS 2018 Jour 2 : Les jeunes femmes face au(x) mal(es)

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Après une ouverture pas très reluisante en compagnie de La Nonne, il est temps de rentrer dans le vif du sujet et donc dans les différentes compétitions. Au programme pour cette 2ème journée, un film de rétrospective, le début de la compétition et un crossover. 3 films ayant par ailleurs un point commun qui s’inscrit à la perfection dans la thématique de cette année, à savoir la place des femmes dans le cinéma de genre. 3 œuvres mettant en scène des jeunes femmes face au mal qui ronge la société et qui prend très souvent la forme d’un homme.

[Rétrospective Chromosome XX] Mais ne nous délivrez pas du mal

Réalisé par Joël Séria (France). Date de sortie : 26 janvier 1972

Avec Jeanne Goupil, Catherine Wagener, Bernard Dhéran..

« Il se jeta résolument dans la carrière du mal » Cette citation extraite de Les Chants de Maldoror du Comte de Lautréamont et lue par Anne dans le film résume parfaitement la destinée des deux jeunes héroïnes de l’œuvre de Joël Séria. Mais ne nous délivrez pas du mal fait partie de ces films français rares ayant marqué les esprits de part sa radicalité extrême qui eut l’effet d’un choc inégalé à l’époque. Contant l’histoire de deux jeunes adolescentes Anne et Laure dans un pensionnat catholique, le film montre comment les deux amies vont dévouer leur vie aux péchés et à Satan.  Un film profondément dérangeant, transformant de doux visages angéliques en véritables succubes à la cruauté infâme. Mais ne nous délivrez pas du mal témoigne également d’une société emprisonnant deux jeunes femmes dans un carcan, devant répondre à des normes qui ne leurs conviennent pas et qui décident d’envoyer tout valdinguer. Anne et Laure se nourrissent par ailleurs des vices vivant en chaque être humain, et notamment les hommes. Dans le film de Séria, tous les hommes apparaissent comme des êtres libidineux aux tendances pédophiles, n’hésitant pas à se jeter sur Laure comme s’il s’agissait d’un vulgaire bout de viande. Au travers de cette croisade pour faire le mal, Anne et Laure s’émancipent de façon drastique, repoussant à chaque moment les limites jusqu’à commettre le péché ultime.

Mais ne nous délivrez du mal apparaît donc comme une œuvre d’une puissance thématique incroyable. Un film jusqu’au-boutiste mais qui souffre malheureusement un peu des ravages du temps. Bien que son discours soit toujours aussi impactant, et encore plus dans certains contextes très actuels, le film reste ancré dans une approche baroque du cinéma des 70s qui peut apparaître aujourd’hui datée. Jeanne Goupil inonde le film de son charisme, mais l’interprétation globale des différents personnages peut dérouter. Un film qui ne plaira évidemment pas à tout le monde, pouvant aller même jusqu’à cristalliser un rejet total de la part de certains. Mais ne nous délivrez pas du mal reste cependant un choc qui marque, imprégnant dans l’imaginaire du spectateur ses images iconoclastes et sa douce musique terrifiante.

[Compétition internationale] Human, Space, Time and Human

Réalisé par Kim Ki-duk (Corée du Sud) Date de sortie : inconnue

Avec Mina Fujii, Jang Keun-seuk, Ryoo Seung-bum…

Est-ce encore utile de présenter Kim Ki-duk, figure de proue du cinéma d’auteur coréen qui se voit ici l’honneur d’ouvrir la compétition internationale ? Déjà vainqueur de prix à Berlin ou à Venise, le cinéaste débarque ici avec Human, Space, Time and Human, une œuvre qui semble très éloignée des drames intimistes et contemplatifs dont il a l’habitude. On en est même à l’opposé total. Découpé en chapitres, le film met en scène une groupe de personnes sur un bateau de guerre. Un groupe de personnes symbolisant la société décadente d’aujourd’hui avec ses gangsters, escrocs, prostituées et politiciens véreux n’hésitant pas à profiter des honnêtes gens. Kim Ki-Duk décide donc au travers de son histoire fantastique où ce bateau se retrouve par magie propulsé dans le ciel de montrer comment cette société va péricliter dans le chaos le plus complet. Le discours du coréen se fait incisif, dépeignant un tableau très sombre d’une humanité individualiste, raciste et misogyne. Malgré son aspect féroce, Human, Space, Time and Human est avant tout grossier.

On est loin d’une certaine délicatesse d’autres œuvres de l’auteur, ici c’est le sexe et la violence qui dominent. Kim Ki-Duk s’enfonçant dans une parabole outrancière, accumulant des scènes chocs de façon redondante à base de viol et de dialogues composé à 75% d’insultes, dévoilant une vision misanthropique irritante. On peut saluer le fait que le réalisateur aille jusqu’au bout de son idée (n’hésitant pas à convoquer même l’inceste) mais le tout s’avère plus énervant qu’exaltant. Ce survival devient très vite d’une redondance folle, se contentant de répéter les mêmes actions ad nauseam. Au milieu de ce massacre, une jeune japonaise semble, aidée par un vieil homme muet allégorie de Dieu et de la vie, représenter la seule humanité de cette civilisation gangrenée jusqu’à la moelle par le mal. À la manière de Aronofsky dans son horripilant Mother!, Kim Ki-Duk place la figure maternelle et de la renaissance au sein d’un cercle vicieux à la subtilité inexistante. Human, Space, Time and Human s’avère tout aussi exaspérant et les deux heures apparaissent comme un véritable supplice.

[Compétition Crossovers] Profile

Réalisé par Timur Bekmanbetov (USA, Royaume-Uni, Chypre, Russie) Date de sortie : inconnue

Avec Valene Kane, Shazad Latif, Christine Adams…

En cette période où le débat sur la légitimité des productions Netflix (pour être considérées comme du cinéma) fait beaucoup parler,  Timur Bekmanbetov semble avoir trouvé le bon filon pour faire de l’écran d’ordinateur ou de smartphone le support de visionnage le plus immersif. Après avoir produit Unfriended en 2015 qui avait connu son petit succès, le cinéaste russe propose une nouveau dérivé du Screenlife, procédé mettant en scène une histoire uniquement au travers d’un écran d’ordinateur. Il s’intéresse d’ailleurs ici à une histoire vraie terrifiante d’une journaliste qui entre en contact avec un recruteur de l’État Islamique. Loin de l’horreur de Unfriended, on se retrouve ici face à quelque chose de bien plus tangible et donc encore plus angoissant. Ayant  recours seulement à des appels Skype ou des conversations par messagerie, Profile permet cette approche réaliste en nous propulsant dans un terrain familier et connu de tous. Alternant habilement entre les différentes fonctionnalités, Profile s’avère prenant, même si l’on pourrait regretter une difficulté à mettre en scène le danger de la position dans laquelle se trouve notre héroïne. Si elle apparaît à quelques moments, la menace semble bien trop éloignée tout au long du film. Bekmanbetov se rattrape cependant dans un final assez tétanisant montrant au contraire l’omniprésence de cette dernière.

Cela met également en exergue les limites de ce procédé. S’il permet de faire vivre cet aspect de proximité, le Screenlife témoigne de véritables lacunes au niveau de la mise en scène. Le concept s’essouffle, provoquant certains temps-morts assez préjudiciables, et se repose très vite sur un mécanisme réglé de façon redondante. On pourrait aussi évoquer des problèmes dans la façon dont l’histoire est romancée, notamment dans le développement de la relation entre la journaliste et son recruteur qui semble peu naturelle. Profile est évidemment bien plus qu’un beau placement de produit pour les produits Apple et toutes leurs fonctionnalités, et annonce une nouvelle dimension dans la manière de faire vivre l’horreur comme le faisait le found footage dans les années 90 avant l’indigestion. Reste que pour une fois, on aurait préféré voir le film sur son ordinateur plutôt que sur un grand écran.

 

FEFFS 2018 : Jour 1 – La Nonne ouvre les hostilités

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Le moment tant attendu par les amateurs de frissons est enfin arrivé. Et non, ce n’est pas la rentrée des classes, mais bien le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg qui vient de coloniser les cinémas de la capitale alsacienne. Avec son programme gargantuesque qui a été dévoilé fin août, le FEFFS compte une nouvelle fois marquer le coup pour sa 11ème édition. Quoi de mieux donc que de sortir le gros blockbuster horrifique de la rentrée, La Nonne pour lancer la grande messe du fantastique ? Après avoir vu le nouveau né de l’univers Conjuring, on est bien tenté de dire : beaucoup de choses.

[Film d’ouverture] – La Nonne

Réalisé par Corin Hardy ( USA). Date de sortie : 19 septembre 2018

Avec : Demian Bichir, Taïssa Farmiga, Jonas Bloquet…

C’est désormais devenu une tradition, le film d’ouverture du FEFFS est la grosse production horrifique de la rentrée. Après Eli Roth et son Keanu Reeves malmené par deux jeunes demoiselles dans Knock Knock en 2015 et le clown maléfique de Ça l’an dernier, c’est la dernière création estampillée James Wan qui a l’honneur de débuter les hostilités. Après la poupée diabolique de Annabelle, c’est donc la nonne de Conjuring 2 qui a le droit à son propre film. C’est d’ailleurs le réalisateur irlandais Corin Hardy qui s’y colle. Un cinéaste qui était déjà passé par la case FEFFS avec son film Le Sanctuaire, sympathique film d’horreur qui jouait plutôt habilement du folklore celte et témoignant d’une certaine patte d’auteur malgré quelques défauts et facilités. Cela n’avait pourtant pas empêché Hardy de repartir de Strasbourg avec le Méliès d’Argent. Le voilà donc cette fois-ci propulsé à bord d’une grosse machine qui représente aux côtés des productions Blumhouse, la nouvelle norme de l’horreur américaine grand public.

La Nonne avait un potentiel, une possibilité de créer une atmosphère gothique, faire renaître un certain pan de l’horreur dont était friand le studio de la Hammer dans les années 50-60 avec son abbaye perdue dans le fin fond de la Roumanie et son personnage éponyme. Sauf que les sirènes des productions James Wan vont très vite faire succomber le film de Corin Hardy à une horreur paresseuse et putassière. Il suffit de voir les séquences d’exposition pour comprendre à quoi on a affaire. Le pré-générique annonce directement l’avalanche de screamers et autres artifices racoleurs qui vont suivre tout au long des 1h30, tandis que la présentation des personnages torchée à la va-vite montre à quel point ces derniers seront insipides. Demian Bichir n’arrive pas à insuffler la moindre substance à son personnage de prêtre expert en « miracles » comme il les désigne et souffre très souvent de ridicule, notamment au cours de séquences d’exorcisme particulièrement grotesques. À ses côtés, Taïssa Farmiga, sœur de la star de Conjuring, Vera Farmiga, campe un personnage au développement inexistant et aux réactions idiotes. La palme revient cependant à « Frenchie » joué par le belge Jonas Bloquet (déjà vu dans Elle de Verhoeven), stéréotype du français qui ne pense qu’à emballer les jeunes filles et dont le rôle se limite au sidekick rigolo, amateur de punchlines risibles (I’m French Canadian !).

Corin Hardy peine donc à s’exprimer et son film se fait complètement phagocyter par la patte James Wan. Impossible pour le metteur en scène irlandais de donner naissance à une atmosphère angoissante tant il doit respecter un cahier des charges d’une imposante contrainte. L’horreur est donc obligée de survenir au travers des sempiternels jump-scares à l’efficacité éculée, des clichés ancestraux de l’horreur allant du personnage qui apparaît silencieusement dans le dos du héros à la bougie qui s’éteint (un nombre incalculable de fois), le tout réutilisé à outrance, sans aucune parcimonie. Il faut dire qu’une fois que le film est lancé, les temps-morts sont quasiment inexistants, et le scénario s’enfonce dans une spirale infinie de subterfuges redondants à la subtilité pachydermique. Le film part ensuite en complète roue libre, s’amusant à empiler l’imagerie catholique de manière totalement aléatoire dans un foutoir dérisoire achevant de parachuter le film dans le nanardesque. À défaut de faire frissonner, La Nonne nous permettra de décrocher quelque fous-rires nerveux alors que l’on assiste impuissant au blasphème du cinéma d’horreur à chaque plan. Plutôt sympa donc de tomber sur la purge du festival dès la première soirée. Au moins, on peut se rassurer en se disant que le meilleur est à venir.

Le FEFFS bat les records de séances avec la programmation imposante de sa 11ème édition

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Après avoir mis le paquet niveau événements pour fêter ses 10 ans, le Festival européen du film fantastique de Strasbourg devait encore faire mieux pour sa 11ème édition. Encore une fois, l’équipe de Daniel Cohen ne déçoit pas et même si les événements parallèles sont moins nombreux, la programmation en ressort quant à elle gonflée avec un record de films présentés. On compte donc 161 projections pour un total de 94 films répartis une nouvelle fois dans les catégories Compétition internationale, Crossovers, Midnight Movies et Rétrospectives. À cela s’ajoute également une nouvelle venue avec l’arrivée d’une compétition internationale de film d’animations. C’est ce mardi 28 août que l’équipe a, au cours d’une conférence de presse, présenté l’imposant programme de cette édition qui se déroulera du 14 au 23 septembre 2018.

Devenu un incontournable de la rentrée culturelle, le FEFFS se fait chaque année une place de plus en plus importante dans le monde des festivals de cinéma. Cette année, en battant ce record de films programmés, le FEFFS continue sur cette voie, n’hésitant pas une nouvelle fois à convoquer de grands noms du cinéma de genre et à proposer des œuvres au programme de festivals majeurs comme la Mostra.  Le festival s’ouvrira d’ailleurs avec l’un des films d’horreur les plus attendus de cette fin d’année, La Nonne, le terrifiant spin-off de la saga Conjuring. Comme l’an dernier, 13 films se lanceront dans la bataille acharnée pour remporter l’Octopus d’or. Qui succédera à la comédie britannique Double Date ? Parmi les 13 concurrents, nous pouvons citer plusieurs films ayant fait parler d’eux au dernier festival de Cannes. Deux films très attendus réalisés par les deux personnalités les plus subversives de la Croisette, à savoir Climax de Gaspar Noé et The House that Jack Built de Lars Von Trier. À côté de ces grandes figures, deux films  déjà présentés à Un Certain Regard, Diamantino et son histoire surréaliste mettant en scène un joueur de foot, et Meurs, Monstre, Meurs polar métaphysique situé dans les Andes. Nos confrères allemands auront cette année deux films en compétition, Luz où une conductrice de taxi semble poursuivie par une entité surnaturelle et A Young Man with High Potential qui marque le retour de Pit Bukowski qui avait déjà marqué les esprits les éditions précédentes avec Der Samurai et Der Bunker. Le mélange des genres sera encore une fois de mise allant d’un hommage au giallo avec Piercing au western de l’espace avec Prospect tout en passant par le survival minimaliste de What Keeps you alive. À noter la présence comme chaque année d’un film coréen, qui se manifeste cette année au travers du grand Kim Ki-Duk et de son Human, Space, Time and Human.

Climax-feffs-2018

La compétition internationale n’est cependant pas la seule qui s’avère alléchante. La section Crossovers propose une nouvelle fois quelque chose de très varié. On y retrouvera notamment le nouveau film du cinéaste japonais Shinya Tsukamoto, Killing, dans lequel la figure de proue du cyberpunk nippon revisite le chambara. On voyagera à travers tous les continents passant de la comédie grinçante iranienne Pig au gore brésilien de The Cannibal Club, en faisant un petit stop au Danemark avec Holiday et en Grèce avec Pity, premier film du scénariste de Yorgos Lanthimos. On retrouvera également des œuvres au concept original comme Profile réalisé par Timur Bekmanbetov qui raconte l’histoire d’une journaliste voulant infiltrer Daech et qui se déroule uniquement via un écran d’ordinateur comme c’était le cas d’ Unfriended. Les très attendus Midnight Movies semblent quant à eux fidèles à leur réputation. Nicolas Cage viendra tronçonner des membres d’une secte dans Mandy, nouveau film de Panos Cosmatos. Un groupe de rock has-been sera aux prises avec des fourmis géantes dans Dead Ant. Remarquons la présence de deux anthologies mettant en avant plusieurs beaux noms de l’horreur : The Field Guide to evil explorera les mythes européens avec notamment Veronika Franz et Peter Strickland derrière la caméra, tandis que Nightmare Cinema compte parmi ses auteurs l’illustre Joe Dante et le japonais Ryuhei Kitamura. Pour finir une série s’invitera à minuit, il s’agit de la nouvelle production Bobbypills, Crisis Jung qui annonce un déluge de violence avec l’équipe derrière Lastman aux manettes. Après avoir traumatisé les spectateurs avec le déluge de mauvais goût de son Greasly Strangler,  Jim Hosking clôturera le festival avec son nouveau film An Evening with Beverly Luff Linn.

Comme dit précédemment, une nouvelle section fait ses débuts cette année : la compétition de film d’animation. 7 films en tout genre vont donc s’affronter. Encore une fois, des films ayant déjà été présentés à Cannes comme c’est le cas de Another Day in Life revenant sur la guerre d’Angola et le nouveau film du maître japonais Mamoru Hosoda, Mirai. On retrouvera à la fois du stop-motion avec le délirant Chuck Steel : Night of the Trampires et du film mêlant animation et documentaire avec Chris The Swiss revenant sur le conflit yougoslave. Pour rester sur le documentaire, deux seront présentés en séances spéciales, à savoir Friedkin Uncut revenant sur la carrière de l’invité d’honneur de l’édition précédent William Friedkin, et More Human than Human, film hollandais s’interrogeant sur le devenir de l’intelligence artificielle.

john-landis-invité-dhonneur-feffs-2018Après la science-fiction et le transhumanisme l’an dernier, la rétrospective thématique de cette année mettra l’accent sur les femmes dans le cinéma de genre. Un programme riche permettant de voir ou revoir des films rares et importants de l’histoire du cinéma comme La Féline de Jacques Tourneur ou encore Carnival of Souls de Herk Hervey. Au programme également des grands cinéastes comme Roman Polanski avec son paranoiaque Répulsion, Andrzej Zulawski et son dévastateur Possession, Brian de Palma et son hitchockien Sisters ou George Miller et son féministe Les Sorcières d’Eastwick. L’invité d’honneur de cette année sera quant à lui John Landis qui se prêtera comme ses prédécesseurs à l’exercice de la master class et présentera également deux séances de Blues Brothers en drive-in. On retrouvera donc plusieurs de ses œuvres au cours d’une rétrospective comme Le Loup-Garou de Londres, American College ou encore la comédie Un Fauteuil pour deux. Jean-Baptiste Thoret viendra quant à lui présenter un double programme alléchant avec Near Dark de Kathryn Bigelow et le giallo méconnu La Mort a pondu un œuf. Évidemment les fans de nanars ne seront pas en reste car la mythique nuit excentrique fera son retour avec du film de ninja, du post-apo italien et un film de super-héros qui ferait passer les productions Marvel pour des chefs d’œuvres.

On ajoutera à cette riche programmation plusieurs événements à ne pas manquer. La séance en plein air à côté de la cathédrale permettra de fêter les 30 ans du cultissime Qui veut la peau de Roger Rabbit ?. L’Exorciste sera quant à lui mis à l’honneur lors d’une séance au sein d’une église ! Oui, vous avez bien lu, dans une église ! Le musée alsacien proposera  à nouveau sa Gruselnacht, mettant cette année en avant la thématique de la grande guerre. À côté du cinéma, le jeu vidéo colonisera une nouvelle fois le Shadok au travers de l’Indie Game Contest et de plusieurs conférences et d’ateliers VR. Bonne nouvelle également avec le retour de la tant attendue Zombie Walk après deux ans d’absences. Un beau petit programme en somme, de quoi occuper les fans de fantastique et d’horreur pendant 10 jours qui seront une nouvelle fois très chargés.

Film d’ouverture : La Nonne de Corin Hardy (USA,2018)

Film de clôture : An Evening with Beverly Luff Linn de Jim Hosking (USA,2017)

Compétition internationale :

  • Climax de Gaspar Noé (France,2018)
  • Cutterhead de Rasmus Kloster Bro (Danemark,2018)
  • Diamantino de Gabriel Abrantes, Daniel Schmidt (Portugal, France, 2018)
  • The House that Jack Built de Lars Von Trier (Danemark, France, 2018)
  • Human, Space, Time and Human de Kim Ki-duk (Corée du Sud, 2017)
  • Love me not de Alexandros Avranas (Grèce, France, 2017)
  • Luz de Tilman Singer (Allemagne, 2018)
  • Murder Me, Monster de Alejandro Fradel (Argentine, France, 2018)
  • Piercing de Nicolas Pesce (Etats-Unis, 2018)
  • Prospect de Zeek Earl, Chris Caldwell (Etats-Unis, 2018)
  • The Rusalka de Perry Blackshear (Etats-Unis, 2018)
  • What keeps you alive de Colin Minihan (Canada,2017)
  • A Young Man with high potential de Linus de Paoli (Allemagne, 2018)

Compétition Crossovers :

  • Believer de Lee Hae-Jung (Corée du Sud, 2018)
  • Brother’s Nest de Clayton Jacobson (Australie, 2018)
  • The Cannibal Club de Guto Parante (Brésil, 2018)
  • Holiday de Isabella Eklof (Danemark, Pays-Bas, Suède, 2018)
  • Killing de Shinya Tsukamoto (Japon, 2018)
  • The Man who killed Hitler and then the Bigfoot de Robert D. Krzykowski (Etats-Unis,2018)
  • Pig de Mani Haghighi (Iran,2018)
  • Pity de Babis Makridis (Grèce, Pologne, 2018)
  • Profile de Timur Bekmanbetov (Etats-Unis,  Royaume-Uni, Chypre, Russie, 2018)
  • Xiao Mei de Maren Hwang ( Taiwan, 2018)

Compétition internationale de film d’animation :

  • Another day of life de Raul de la Fuente et Damian Nenow (Pologne, Espagne, Belgique, Allemagne, Hongrie, 2018)
  • Chris the Swiss de Anja Kofmel (Suisse, 2018)
  • Chuck Steel : Night of the trampires de Mike Mort (Etats unis, 2018)
  • Cinderella the cat de  Ivan Cappiello, Alessandro Rak, Marino Guarnieri, Dario Sansone (Italie, 2017)
  • Mirai de Mamoru Hosada (Japon, 2018)
  • Laika de Aurel Klimt (République tchèque, 2017)
  • The tower de Mats Grorud (France, Norvège, Suède, 2018)

Midnight Movies :

  • Crisis Jung de Baptiste Gaubert et Jérémie Hoarau (France, 2018)
  • Dead ant de Ron Carlson (etats-unis, 2017)
  • The field guide to evil de Ashim Ahluwalia, Severin Fiala, Veronika Franz, Katrin Gebbe, Calvin Reeder, Agnieszka Smoczynska, Peter Strickland, Yannis Veslemes (Allemagne, Norvège, Pologne, Royaume-uni, Etats unis, 2018)
  • Mandy de Panos Cosmatos (Belgique, états-unis, 2018)
  • Nightmare cinema de A. Brugues, J. Dante, M. Garris, R. Kitamura, D. Slade (états-unis, 2018)
  • The ranger de Jenn Wexler (états-unis, 2018)
  • Terrified de Demian Rugna (Argentine, 2017)

Séances spéciales :

  • Friedkin Uncut de Francesco Zippel (Italie, 2018)
  • More human than human de Tommy Pallotta et Femke Wolting (Pays-Bas, 2018)
  • Psycho raman de Anurag Kashyap (Inde, 2016)

Rétrospective chromosomes XX :

  • Cat people de Jacques Tourneur (états-unis, 1942)
  • Carnival of souls de Herk Harvey (états-unis, 1962)
  • Repulsion de Roman Polanski (Royaume-Uni, 1965)
  • Daughter of darkness de Harry Kumel (Belgique, France, 1971)
  • Don’t deliver us from devil de Joel Séria (France, 1971)
  • Dr. Jekyll & Sister Hyde de Roy Ward Baker (Royaume-Uni, 1971)
  • Possession de Andrzej Zulawski (France, Allemagne de l’Ouest, 1981)
  • Sisters de Brian De Palma (Etats-unis, 1972)
  • Near Dark de Kathryn Bigelow (Etats-Unis, 1987)
  • The witches of Eastwick de Georges Miller (Etats-unis, 1987)

Rétrospective John Landis :

  • Animal House (Etats-unis, 1978)
  • An american werewolf in London (Royaume-Uni, Etats-Unis, 1981)
  • The Blues Brothers (Royaume-Uni, 1980)
  • Innocent blood (Etats-unis, 1992)
  • Into the night (Etats-unis, 1985)
  • Trading places (Etats-unis, 1983)

Double programme Make my day :

  • Near Dark de Kathryn Bigelow (Etats-unis, 1987)
  • Death laid an egg de Giulio Questi (Italie, France, 1968)

Midi-minuit fantastique :

  • Dracula de Jean Boullet (1963)
  • La brulure de mille soleils de Pierre Kast (1965)
  • Ténèbres de Claude Loubarie (1971)
  • Fantasmagories de Patrice Molinard (1963)

La nuit excentrique :

  • Black Ninja de Godfrey Ho (Hong Kong, 1987)
  • Texas 2000 de Joe d’Amato (Italie, 1983)
  • Capitaine America de Ivan Nagy (Etats-unis, 1979)

 

 

Interview : Mathieu Sapin nous parle de son premier film « Le Poulain »

L’auteur de bande-dessinée Mathieu Sapin, notamment connu pour sa chronique des coulisses de l’élection de François Hollande en 2012 ou encore son récit d’une année avec l’acteur Gérard Depardieu, nous a parlé de son tout premier long métrage. Narrant l’histoire d’un jeune homme propulsé dans l’équipe de communication d’une campagne présidentielle aux côtés d’une femme cynique et froide, Le Poulain est une incursion joyeuse et mordante dans les coulisses du pouvoir. Maîtrisant aussi aisément les références cinéma et séries que celle du monde politique, Mathieu Sapin s’est amusé à tourner ce tout premier film et ne devrait donc pas s’arrêter là. Il nous parle notamment du temps, de l’humanité et de ses acteurs Alexandra Lamy, inattendue et assez formidable et Finnegan Oldfield, qui ne cesse d’enchaîner les rôles avec brio.

Cineseries-mag : Comment est née l’envie de faire ce film ?

Mathieu Sapin : D’une rencontre avec Stéphane Parthenay qui est un des producteurs du film. Il avait aimé deux bandes dessinées d’observation que j’avais faites. Une pour Libération, et l’autre sur la campagne de François Hollande en 2012. J’avais été autorisé à tout suivre au sein de l’équipe de campagne. Il m’a alors proposé de réfléchir à un scénario et m’a présenté Noé Debré, scénariste, avec lequel j’ai travaillé. J’avais déjà fait un court métrage auparavant, Vengeance et terre battue. J’avais donc une première expérience de plateau mais là, c’était complément différent. Très franchement, si on me l’avait pas proposé je n’aurai jamais eu l’idée de faire un film comme ça.

C’est assez rare de faire un film ouvertement politique en France, même s’il y a eu des précédents ces dernières années comme Quai d’Orsay et la série Baron Noir plus récemment. Quelles ont été vos influences?

J’ai rapport assez intime à l’aventure Quai d’Orsay car c’est une bande dessinée au départ. Le dessinateur de la BD est mon copain d’atelier depuis une dizaine d’années. On travaille dans le même lieu et nous sommes des amis proches. J’avais vraiment vu l’élaboration de la BD puis l’aventure du film. Évidemment ça a ouvert des portes. Côté influences, pour le film je me suis nourri de ma propre expérience. J’allais en même temps que le script à l’Élysée et j’écrivais. Après j’ai regardé quelques œuvres. En France il n’y a effectivement pas beaucoup d’œuvres politiques mais je trouve que c’est en train de changer. Prenez Baron Noir par exemple, c’est une réussite qui installe l’idée qu’on peut parler de politique sans ennuyer les gens. Après il y a l’exemple américain évidemment, c’est vraiment un genre en soi là bas. Il y a par exemple une pièce qui est aussi un film, Les marches du pouvoir, que j’avais beaucoup aimé. J’étais très surpris, c’est excellent. Il y a aussi House of Cards bien sûr.

Il y a aussi d’autres séries qui sont plus centrées sur les femmes au pouvoir comme Borgen

Il y a une série à laquelle je pense que j’ai adoré et qui est aussi une influence pour ce film, c’est Veep qui est très comique et réalisée par le même cinéaste que In the loop, Armando Iannucci, ou plus récemment de La mort de Staline. C’est un anglais avec un nom italien mais qui aujourd’hui travaille aux États-Unis qui réalise donc Veep qui est l’histoire de la vice-présidente américaine jouée par Julia Louis-Dreyfus.  Elle joue une femme de pouvoir stressée qui est odieuse avec tout le monde.

Justement, parlez-nous du processus d’écriture. Notamment du rythme qui est très enlevé en lien avec la musique …

C’est en lien avec ce que j’ai vécu lors de mon expérience à l’Élysée, encore une fois. Au départ, je ne m’intéressais pas du tout à la politique, ce n’est pas un sujet qui me parlait. Mais en étant sur le terrain , je me suis pris au jeu et j’avais l’impression d’être dans une série justement. Il y avait des personnages et c’était trépidant, excitant. C’est ce que je voulais insuffler dans le film. Ça bouge tout le temps, rien n’est jamais acquis ou stable. Quand on pense avoir tel type de relation avec une personne cela peut changer dès le lendemain. Il y a une phrase d’un conseiller en communication qui m’était restée dans l’oreille justement pendant l’élaboration du film qui était : « une campagne présidentielle c’est le darwinisme social poussé à son paroxysme ». Je trouvais ça très juste. Il y a des retournement de situation mais je voulais aussi montrer que ce sont des gens humains qui donnent l’impression de tout contrôler alors qu’en réalité il faut surtout une grande capacité d’adaptation et d’encaissement.

Vous avez écrit votre scénario en collaboration avec Noé Debré, qui a lui-même travaillé sur l’écriture des Cowboys, film dans lequel on retrouve Finnegan Oldfiled, cela a-t-il influencé votre choix de cet acteur ? Parlez-nous du casting.

Noé m’avait parlé de Finnegan, mais on a fait un casting classique . C’est à dire que j’ai vu une vingtaine de jeunes comédiens mais Finnegan a quelque chose qui m’a vraiment séduit, sa fraîcheur. Je voulais un personnage qui soit très exogène au monde politique qu’on sente qu’il ne vient pas de là et qu’il se prend au jeu. Finnegan est beaucoup plus proche dans la vie d’Arnaud au début du film que du Arnaud de la fin…Je voulais qu’il soit capable de créer un parcours. C’était une évidence.

Quand on voit le film on peut penser qu’il n’y a rien à sauver dans la politique actuelle. Est-ce aussi ce que vous pensez ?

Non je suis plutôt quelqu’un qui a une approche balzacienne … Je pense que les comportements que l’on voit dans le film ou dans la réalité sont inévitables. Je voulais montrer des personnages humains qui ont des défauts mais qui par certains côtés sont aussi attachants. J’espère que malgré tout on s’attache à eux.

Justement, on a l’impression que ça pourrait être n’importe qui dans le film qui devient Président de la République. Que les gens sont interchangeables tant qu’on accède au pouvoir.

On peut le voir de manière cynique mais moi je vois ça plus positivement. Peut-être que le film est un cran au dessus mais je ne veux pas que l’on pense qu’il s’agit d’un constat nihiliste sur la classe politique. En revanche, je pense que par essence ce milieu favorise et exacerbe les tensions, la pression, la compétition. Ce qui me plaisait c’était de montrer des caractères.

Finalement, on peut dire que Le Poulain est un récit initiatique, un peu comme lorsque vous êtes arrivé à l’Elysée…

Quand je suis arrivé et ai suivi la campagne de 2012, ce qui m’a amusé, c’est que je me suis dit « je suis complètement extérieur à tout ça et finalement c’est possible sans aucun contact ». J’ai vécu des trucs assez dingues, j’étais avec François Hollande au moment de l’élection et en 2017 au moment des résultats alors que moi je ne suis pas du tout dans le milieu. Je voulais surtout montrer que ce sont des milieux poreux malgré tout. La politique c’est aussi interne, ce qui se passe dans un groupe de personnages.

Qu’est-ce que cela fait à l’auteur de bande-dessinées d’être sélectionné à Angoulême pour un film ?

C’est très très marrant. Je connais très bien le festival de la BD, je suis venu au moins 25 fois. Ça se passe au même endroit mais c’est très très curieux comme sensation. J’ai l’impression d’être là en touriste. Je connais les lieux mais pas les gens. Et puis là c’est l’été d’habitude c’est en janvier pour la BD.
C’est très étonnant mais comme la position que je préfère est celle d’observer je me suis baladé et je trouve qu’il y a plein de choses à voir…

Comment s’est passé l’accueil du film à Angoulême alors ?

Il y avait pas mal de monde, 3 salles et demi donc c’est impressionnant d’autant que c’était la première projection publique pour moi. Les gens sont restés donc c’est bon signe … Après, je n’ai pas d’élément de comparaison, je ne peux donc rien en déduire…

Et la persévérance ?

C’est un motif qui est arrivé très tôt dans l’écriture car je pense que c’est essentiel. Si je prends mon exemple en bande dessinée, ça fait 20 ans que je publie et je n’ai pas cassé la baraque quand j’ai commencé. Ce sont des métiers à la fois très excitants et très plaisants mais très durs aussi car c’est astreignant et pour un succès, il y a 50 livres qui ne marchent pas. Il faut de la persévérance (rires) et ça j’en suis convaincu. Mon luxe, c’est le temps. Quand je fais une BD sur Libération,  sur le monde politique ou sur Depardieu, j’y passe 6 mois voire 1 an. C’est aussi ça que je voulais montrer dans le film, qu’il y a une espèce de course aujourd’hui après le temps. On ne revient jamais sur ce qui s’est passé hier, c’est une course en avant  et je tente donc le plus possible de prendre le temps de faire les choses.

Pas le temps en politique…

Comme ça fait maintenant 9 ans que j’observe ce milieu je parviens à faire des arches narratives. Par exemple, la bande dessinée de 2012 est sortie juste après la campagne. Elle est ressortie en 2017 avec quelques pages en plus sur « que sont-ils devenus »… J’ai pu reparler de gens que j’avais côtoyés en 2012 et qui étaient dans l’euphorie et carrément moins 5 ans plus tard. En BD, on peut faire des rééditions. Il n’y a que le temps, la durée qui peuvent montrer ça.

Résumez-nous en quelques mots la réalisation d’un premier long et est-ce cela vous a donné envie d’en faire un 2e ?

Tout ça m’a donné carrément envie de faire un 2e film. Je suis en train de commencer à y réfléchir sérieusement.
Je pense que j’ai eu beaucoup chance parce qu’en terme de persévérance j’étais accompagné par des producteurs vraiment pugnaces car ce n’était pas simple à monter. Il y avait quand même un doute à l’époque sur le fait que la politique soit un risque, que le public en ait marre de la politique. Après c’est super quand on a des comédiens comme Alexandra et Finnegan qui sont super investis. Alexandra Lamy a défendu son rôle.

Elle a dit elle-même pendant le festival qu’elle n’était pas attendue dans ce rôle alors qu’elle le rend très crédible…

J’étais bluffé. Maintenant ce qui m’intéresse ce sont les réactions des hommes et femmes politiques ainsi que des journalistes puisque le film parle aussi du regard de la presse sur ce monde. J’ai eu de premières réactions qui sont bonnes pour l’instant même s’il faut un peu d’autodérision.
Pendant le tournage je me suis efforcé de créer des conditions proches d’une campagne présidentielle. On y change de décors tous les jours. Il faut préparer au maximum et une fois que c’est lancé, c’est comme une machine qui s’emballe avec un phénomène d’accélération parce que dans une campagne comme un tournage il y a une deadline. Il y avait une pression mais ça n’était pas du tout de la panique. Ce qui m’a beaucoup aidé ironiquement c’est que le premier jour de tournage était à l’Élysée que je connais bien, c’est comme si je tournais dans mon lycée d’enfance. Pour les comédiens, c’était différent, l’Élysée nous avait donné 3h et tout le monde était hyper concentré, ce qui m’a donné une espèce d’élan pour tout le reste du tournage. Alors que si on avait commencé par une scène plus anodine, peut-être que les rapports se seraient inversés.

Le Poulain a été présenté en avant-première lors du festival du film francophone d’Angoulême, en août 2018, et sort en salles le 19 septembre 2018.

Bande annonce : Le Poulain

Crédit Photo : BAC Films

Tom Cruise : l’éternelle superstar hollywoodienne

A l’affiche en ce moment du sixième volet de la saga Mission Impossible, Tom Cruise ne semble pas dépérir. Âgé maintenant de 56 ans, il semble toujours aussi impressionnant et virevoltant. Pour comprendre sa longévité, dressons le portrait de Tom Cruise, l’une des dernières grandes stars hollywoodienne en activité depuis plus de 30 ans doté d’une trajectoire unique dans le cinéma hollywoodien.

Quand on pense à Tom Cruise, certaines personnes vous citeront des films comme Top Gun, Mission Impossible ou encore Minority Report. Des œuvres  iconiques qui ont traversé les époques et ont permis d’inscrire dans l’inconscient collectif le mythe Tom Cruise. Car Cruise à toujours été la au cinéma : que ce soit en incarnant des blockbusters devenu mètre-étalon de la pop-culture, ou en devenant l’un dhttps://www.lemagducine.fr/top-films-et-series/le-top-des-films-de-la-saga-mission-impossible-129880/es fleurons du cinéma d’auteur  hollywoodien, il a marqué de son emprunte l’histoire du septième art. De ce fait, Cruise résume à lui tout seul tout un pan du cinéma hollywoodien, un acteur monumental, qui malgré les errances du grand spectacle contemporain, à toujours su capter l’attention du public. Et cela grâce à une carrière magistral qui a démarré très vite.

Tom Cruise né en 1962 aux Etats-Unis. Il découvre le théâtre à l’école secondaire, en jouant dans des comédies musicales. Il s’installe à New York en 1980 en multipliant les castings. Il obtient son premier rôle dans Un amour infini  de Franco Zeffirelli. Tom Cruise va ensuite se faire remarquer par des cinéastes de renoms. Francis Ford Coppola l’engage dans Outsiders en 1981, ou il se frotte à deux grandes stars montantes qui sont Matt Dillon et Patrick Swayze. Cruise apparaît ensuite dans Ricky Buisness en 1983. Une prestation qui lui vaut sa première nomination au Golden Globe du meilleur acteur. C’est un autre grand cinéaste qui fait appel à lui ensuite pour Legend de Ridley Scott en 1985. Malgré un début de carrière renversant Tom Cruise n’est pas encore la star qu’il rêve d’être. Mais un film va tout changer.

En 1986 il est à l’affiche de son premier grand blockbuster : Top Gun de Tony Scott. Dans ce film Tom Cruise est enfin intronisé au rang de star. Pour Aubry Salmon, auteur d’un livre intitulé « Tony Scott : le dernier samaritain », ce film a définitivement lancé la carrière de Cruise :  » Avec Top Gun, Tony Scott a ni plus ni moins inventé “Tom Cruise”, dans le sens où il a fait de ce gamin fougueux, séduisant mais mal dégrossi, une icône, une star instantanée chevauchant sa moto au soleil couchant avec ses Ray-Ban sur le nez. Tom Cruise est presque un cow-boy chez Tony Scott. De plus, toutes les obsessions qui émaillent les films de l’acteur encore aujourd’hui sont dans Top Gun : l’absence du père, le besoin de séduire, la remise en cause permanente de soi-même, etc. Et surtout, Top Gun fut un succès colossal auquel on n’a jamais cessé de rattacher sa vedette pour le meilleur et pour le pire. » Les grands succès vont donc s’aligner : la même année que Top Gun, il se confronte à la légende Paul Newman (comme un symbole ) dans La couleur de l’argent de Martin Scorsese. En 1989 il obtient sa première nomination à l’Oscar dans Né un 4 juillet d’Oliver Stone en incarnant un vétéran du Vietnam. Il s’agit là de son premier rôle de composition, qui va ainsi forger sa carrière pour la suite.

l’année 1996 est un tournant : Tom Cruise a fini son apprentissage,  il veut maintenant rentrer dans la cour des grands. Il devient la star du blockbuster d’espionnage Mission Impossible mis en scène par Brian De Palma. Il est non seulement la figure de proue du projet, mais aussi producteur avec son agent Paula Wagner, avec qui il va mettre la main sur la franchise. Mais pour annoncer sa suprématie à Hollywood, Tom Cruise va devoir se transformer et donner une autre facette de lui même. En 1999 Stanley Kubrick le réalisateur des réalisateurs lui offre son plus beau film et l’un de ses plus beaux rôles dans Eyes Wide Shut  Aubry Salmon voit en  Kubrick  le cinéaste qui a su le mieux utiliser Tom Cruise :  » Ce qui est formidable avec la prestation de Cruise dans le film, c’est que si l’on y prend pas garde, on peut passer à côté et le trouver mauvais ou insipide. Alors que c’est tout le contraire ! Cruise a souvent brillé dans des contre-emplois, avant et après Kubrick (Entretien avec un vampire, Magnolia ou Tonnerre sous les tropiques pour ne citer que les plus évidents), mais ici il ne s’agit pas de cela, c’est bien plus qu’un contre-emploi. Dirigé par Kubrick, ce gamin impétueux, un poil vachard et hyperactif qu’a souvent (toujours ?) été Cruise dans ses films devient un médecin respectable, toujours égal, qui erre dans la ville. Et ce visage d’habitude si espiègle, avec ce sourire enjôleur et ce regard bravache, disparus ! Le visage de Cruise dans Eyes Wide Shut est tout autre : opaque, fuyant, presque absent comme celui d’un héros de Kafka. Nous avons affaire à un autre acteur, un autre homme. »

Les années 2000 vont donc créer un nouveau mythe autour de Tom Cruise. Si il continue dans sa veine de films d’auteurs avec Magnolia  (1999) de Paul Thomas Anderson  ou dans Collateral (2004) de Michael Mann, et si il continue de montrer sa toute puissance de star avec des blockbusters comme Misssion Impossible 2 de John Woo, sa rencontre avec Steven Spielberg va être décisive. Dans Minority Report (2002) et La Guerre des Mondes (2005), Spielberg va faire de Cruise un héros sentimental. Dans ces deux films, Tom Cruise s’y trouve bouleversant, d’une grande fragilité et d’une grande puissance qui vont influer sur son alter ego mythique : Ethan Hunt dans la saga Mission Impossible. Depuis le troisième volet de cette saga concoctée par J.J Abrams, Tom Cruise va se transformer en un personnage plus humain plus proche d’une personne lambda, que de l’exubérance d’un James Bond. La preuve de plus de sa proximité avec le public, qui le fait petit à petit rentrer dans la légende des grands acteurs hollywoodiens.

On pourrait croire que vers la fin des années 2000,  le mythe Tom Cruise devienne obsolète. Loin de la. Car Cruise va vampiriser à lui tout seul le divertissement hollywoodien. Cet aspect, Nico Prat journaliste à la revue Rockyrama, l’analyse très bien :  » Ce qui me fascine, c’est la façon dont il a totalement abandonné l’idée de construction de carrière, disons à la fin des années 2000. Désormais, seul aux commandes des films qu’il initie (il choisit le réalisateur, le casting, etc…) il opte pour de l’action pure, parfois réussie (les Mission Impossible) ou totalement ratée (La Momie, le deuxième Jack Reacher) et ne travaille plus avec de grands réalisateurs (alors qu’il a inscrit Spielberg, Kubrick, les frères Scott) mais avec des réalisateurs efficaces, qui exécutent ses désirs. Il donne de sa personne, mais semble courir après le temps : il sait qu’il ne pourra pas être éternellement une star de films d’action. » Et c’est bien la tout le propos de Mission Impossible 6 : Tout au long du film les personnages demandent à Ethan Hunt de se plier au monde contemporain  et de s’effacer. Mais lui, au bout d’un grand périple, va accéder à une forme d’éternité. Car voilà ce qui définit Tom Cruise tout au long de sa carrière :un acteur qui rêve d’immortalité.

Auteur : Eliran Cohen