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[En Toute Franchise] Halloween : Pour le Myers et (surtout) pour le pire

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Inaugurons aujourd’hui une nouvelle rubrique dénommée « En toute franchise ». Au travers de dossiers, cette rubrique va nous permettre de revenir sur des sagas phares de l’histoire du cinéma. Pour ouvrir le bal, l’une d’elles semblait toute désignée. Alors que le 11ème volet vient de sortir au cinéma, et surtout que la période de l’année y est propice, c’est sur la mythique série de films d’horreurs Halloween que nous allons nous attarder. Une franchise qui sera lancée à la fin des années 70 par un chef d’œuvre du cinéma d’épouvante réalisé par le maître John Carpenter et qui sera exploité jusqu’à l’épuisement à des fins mercantiles. Cela ne veut pas dire que tout est à jeter parmi les désormais onze épisodes qui la composent. Une occasion rêvée donc en ce 31 octobre de revenir sur les onze films, allant du cultissime La nuit des masques à la bouse intersidérale Halloween : Résurrection, en passant par le vilain petit canard Halloween 3 ou la reprise du boogeyman par Rob Zombie.

Tout commence à la fin des années 70 alors que le producteur Moustapha Akkad contacte un John Carpenter encore débutant mais ayant fait forte impression avec son film Assaut. Le producteur propose au futur maître de l’horreur de mettre au point un scénario mettant en scène un serial killer s’attaquant à des babysitters. Aidé de sa petite amie de l’époque Debra Hill, Carpenter donne ainsi naissance à Halloween, l’une des œuvres les plus emblématiques de sa filmographie et du cinéma d’horreur. Si La nuit des masques, comme il est titré en France, est devenu une figure incontournable de l’épouvante, c’est surtout parce qu’il a permis de populariser un certain nombre de concepts allant de la figure du boogeyman à celle de la Final Girl, mais surtout en mettant sur le devant de la scène le genre du slasher.

Haddonfield guide to Evil

Le slasher, provenant du verbe anglais To Slash qui signifie découper, est l’un des sous-genres les plus répandus de l’horreur et compte des franchises comme Vendredi 13, Les Griffes de la Nuit ou encore Scream. Le slasher respecte des codes précis, à savoir comme l’indique son nom, un tueur sévissant uniquement à l’arme blanche, mais également des meurtres à foison et très souvent un tueur à l’apparence masquée. Le slasher puise ses origines à la fois dans des films cultes comme Psychose ou le Voyeur mais surtout dans le cinéma bis italien et notamment le giallo. Le genre qui a fait les beaux jours d’auteurs comme Mario Bava et Dario Argento, se caractérise comme un polar horrifique à forte tension érotique où un tueur ganté de cuir et masqué assassine à l’aide de couteau ou autre armes contondantes le plus souvent des jeunes filles.  L’essence du slasher se trouve donc ici, et commence à se manifester au milieu des années 70 avec des films comme Black Christmas ou Massacre à la tronçonneuse. Cependant c’est véritablement Halloween qui va faire entrer le style dans la postérité. L’ouverture du film mettant en scène le meurtre d’une jeune fille par son frère de 6 ans renvoie d’ailleurs directement à ses racines giallesques. Une séquence en caméra subjective nous mettant à la place de l’assassin, un procédé utilisé à maintes reprises dans le giallo mais également dans Le Voyeur de Michael Powell avec son tueur prenant plaisir à filmer ses victimes.halloween-john-carpenter

Pourtant Halloween s’avère relativement peu sanglant. Le nombre de meurtres se compte sur le doigt d’une main. Ce qui intéresse plutôt Carpenter, c’est la mise en place d’une ambiance horrifique qui va englober tout le long-métrage. Tout cela va pouvoir se manifester au travers de la figure du boogeyman, Michael Myers aka The Shape. Un colosse mutique vêtu d’un bleu de travail et d’un masque de William Shatner. Au travers de cette figure plus monstrueuse qu’humaine, Carpenter instaure ce climat de peur omniprésente, de menace omnisciente pouvant surgir de n’importe quel endroit, à n’importe quel moment. L’ombre de Michael Myers se meut à travers la banlieue pavillonnaire d’Haddonfield, apparaissant parfois une fraction de seconde derrière un buisson ou un étendoir à linge.  Armé d’un petit budget, Carpenter sait qu’il doit tout miser sur l’atmosphère et ne peut pas tomber dans le grandiloquent. Halloween possède des allures minimalistes, loin de la foire aux jumps scares faisant la norme aujourd’hui. En plus de la silhouette de Myers qui hante les plans du film, c’est la mise en scène de Carpenter qui va distiller cette dimension anxiogène. Les longs travellings suivants les futures victimes de Myers incarnent à la perfection cette menace qui rode. À cela s’ajoute le thème mortifère composé par Carpenter lui-même qui nourrit le film de sa mélodie funeste. Tout cela témoigne de l’efficacité redoutable de La Nuit des Masques qui a permis d’imprégner l’imaginaire collectif et de ne jamais le quitter.

https://www.youtube.com/watch?v=VLFx30Ijiq0

L’autre des concepts fondamentaux qu’Halloween a pu mettre en lumière est celui de la final Girl. Souvent couplée au genre du slasher, la final girl ou dernière survivante en français est un terme inventé par Carol J. Clover dans son essai sur l’étude des genres dans le cinéma d’horreur. Cet archétype est ici illustré par le personnage de Laurie Strode, qui a permis de révéler l’actrice Jamie Lee Curtis. Laurie Strode, jeune babysitter, habite dans la même ville que le jeune Michael Myers 15 ans plus tôt. Souvent le concept de final girl va de pair avec une certaine innocence de la part du personnage. Laurie Strode n’est pas, au contraire des autres victimes de Myers, sexualisée. Le contexte sexuel est particulièrement présent étant donné que la plupart des meurtres ayant d’ailleurs lieu au moment ou peu de temps après une partie de jambe en l’air. Toutes ces particularités renvoient une nouvelle fois au giallo où l’arme contondante avait une dimension phallique, donnant un aspect sexuel au meurtre au travers de la lame pénétrant la chair. Cette motivation des meurtres met en avant une décadence de certaines valeurs. Les baby-sitters, à l’exception de Laurie, profitant de leur job pour passer du bon temps avec leur petit ami, renvoyant à la séquence de meurtre initial par le jeune Michael Myers. Halloween dispose ainsi d’une richesse thématique importante, on pourrait également s’attarder sur le rôle de la figure parentale complètement absente du film ou encore du choix de la banlieue pavillonnaire, lieu ayant aux premiers abords une dimension sécuritaire.

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L’hôpital et son boogeyman

Alors que La Nuit des Masques est considérée comme une pierre angulaire du slasher malgré son faible nombre de mises à morts, le deuxième opus de la saga prend son aîné dans un contre-pied total. Halloween 2 est toujours produit par Moustapha Akkad, mais également par John Carpenter et Debra Hill qui rédigent le scénario prenant place directement après le premier. Alors que le docteur Loomis, le psychiatre s’occupant de Myers lors de son séjour à l’asile, pense avoir tué le monstre, Laurie Strode est quant à elle emmenée à l’hôpital en état de choc. Réalisé par Rick Rosenthal, dont c’est le premier film, Halloween 2 est à la véritable antithèse de son grand frère. Dans sa mise en scène déjà, Halloween 2 se contente d’un lieu clos, l’intégralité de l’action se déroulant dans l’hôpital. Le film prend également une tournure bien plus gore que l’original. Rick Rosenthal préfère enchaîner les meurtres présentés à certains moments de manière très graphique, bien que le côté harcelant de la menace ne soit pas mis de côté. Un plan l’illustre d’ailleurs à la perfection : un plan sur trois niveaux où l’on retrouve au premier plan un vieil homme, au second sa femme et dans l’arrière-plan tout au fond la silhouette terrifiante de Michael Myers, comme un spectre survolant l’ensemble.

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Halloween 2, malgré son approche sensiblement différente, n’en reste pas moins particulièrement efficace. Il montre cependant les premiers aspects de la démarche financière que constitue les franchises horrifiques. Bien que Carpenter/Hill soient derrière le scénario, il ne dispose pas de la même densité thématique que son aîné et s’articule bien plus à des fins de divertissements et de jeu de carnage cathartique. Cela s’exprime notamment par la révélation concernant le lien de famille qui lie Laurie et Michael. Un élément absent du script de Carpenter mais qui a été demandé par les producteurs afin d’expliquer de manière tangible l’acharnement de Myers pour Laurie. Le frère et la sœur se retrouvent donc à nouveau aux prises dans une œuvre aux allures de survival viscéral entre deux êtres quasi mutiques. Jamie Lee Curtis ne dispose que de peu de lignes de dialogues témoignant de l’état traumatique dans lequel se trouve Laurie. On reste une nouvelle fois circonspect sur le personnage du Dr Loomis, dont nous n’avons pas parlé précédemment, mais qui a pour unique but de prévenir sur la nature monstrueuse de Myers et qui une nouvelle fois joue son rôle de sauveur. Malgré le charisme de Donald Pleasance, le personnage n’apporte une nouvelle fois que peu de substance au long-métrage et ne semble là que dans un but didactique envers le personnage de Myers, qui n’en a finalement pas véritablement besoin.

Samain pas large

Loomis qui n’apparaîtra pas dans Halloween 3 : Le Sang du sorcier, tout comme Laurie Strode  et …. Bah Michael Myers. En effet, le 3ème épisode de la saga est une véritable anomalie. Il résulte en fait d’une volonté de Carpenter, encore producteur sur cet épisode, de mettre en place une anthologie n’ayant pas Myers comme point commun mais la fête d’Halloween. Le sang du sorcier, réalisé par Tommy Lee Wallace, qui a déjà bossé sur les deux autres films, notamment en créant le design de Myers, met justement à l’honneur la fête païenne. C’est d’ailleurs l’un des points les plus intéressants du film, cette façon de confronter les deux connotations d’Halloween. Celle actuelle résumant la fête à des enfants se déguisant en monstres et allant faire le tour des maisons pour récupérer des friandises avec le fameux « Trick or Treat », et celle qui renvoie aux origines celtes de la fête, à savoir la fête païenne de Samain qui marquait l’entrée dans la période sombre où la frontière entre morts et vivants étaient la plus fine et qui était accompagnée de rituels menés par des druides. Voilà pourquoi l’antagoniste du film, un sorcier irlandais, a pour but d’exterminer tous les enfants ayant galvaudé la véritable signification de la fête. C’est d’ailleurs assez couillu la façon dont ce sorcier va mettre à exécution son plan. Cela permet également de refaire apparaître un message politique fort et surtout une critique de la société de consommation.

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En effet, Conal Cochran, le méchant est le patron d’une boîte nommée Silver Shamrock qui produit des masques d’Halloween et qui monopolise le marché. Cette société de consommation est illustrée notamment par le matraquage publicitaire de l’entreprise. À de nombreuses reprises, le jingle Silver Shamrock accompagné d’un compte à rebours pour Halloween va résonner sur les écrans des foyers américains. Une petite comptine qui cache un message funeste et qui a pour but, à l’aide des masques, de tuer tous les enfants se trouvant devant la télé le jour J. Un film plutôt osé mais qui s’avère au final assez bancal dans son exécution. Le film manque de rythme et met en scène des personnages assez insipides. Le couple formé par un docteur et la fille de la première victime du film sonne assez faux dans leur relation qui va beaucoup trop vite. Halloween 3 bénéficie cependant de quelques fulgurances bienvenues que ça soit au travers des sbires du sorcier ayant des allures de Body Snatchers ou dans le côté très organique de certaines séquences. La plus terrifiante est d’ailleurs un très beau moment de Body Horror où dans une phase de test un gamin voit son masque de citrouille fusionner avec son visage sous les yeux horrifiés de ses parents. Halloween 3 : Le Sang du Sorcier est un film curieux au sein de la franchise, et bien que beaucoup le considère comme le meilleur après le film de Carpenter, il recevra un accueil très froid de la part du public et de la critique. Un accueil qui peut être assez compréhensible mais qui aura un impact important sur la suite de la franchise.halloween-3-tommy-lee-wallace

De Jamie à Jamie

Le public n’attend alors qu’une chose, retrouver Michael Myers. C’est pourquoi Moustapha Akkad, le propriétaire des droits de la franchise se voit contacté par un autre producteur plus de 5 ans après le 3ème opus pour relancer la franchise en mettant à nouveau sur le devant de la scène le tueur masqué. Akkad demande à nouveau au couple Carpenter/Hill de rédiger un scénario pour Halloween 4, mais le trouve au final trop cérébral, Carpenter mettant l’accent sur le côté traumatique de la série de meurtre sur les habitants de Haddonfield. Akkad veut un film de tueur en série classique, et c’est ce que sera au final Halloween 4 : Le Retour de Michael Myers qui sera réalisé par Dwight H. Little, un cinéaste inconnu.  Ce 4ème volet prend alors place 10 ans après la terrible nuit d’Halloween des deux premiers. Michael Myers est dans le coma après s’être fait brûler par Loomis mais se réveille lors de son transfert vers l’hôpital de Smith’s Grove. Le voilà donc reparti pour semer le chaos dans la ville d’Haddonfield. Donald Pleasance est quant à lui à nouveau de retour dans son costume de Dr Loomis, toujours présent pour jouer le rôle de lanceur d’alerte. Jamie Lee Curts a, au contraire, lâchée l’affaire obligeant donc la franchise à considérer le personnage de Laurie Strode comme morte.

Mais comme depuis le 2, tout se passe en famille, Halloween 4 nous fait découvrir la fille de Laurie, prénommée, on vous le donne en mille, Jamie. Cette dernière est une gamine de 10 ans, ce qui pose un petit problème au niveau de la timeline. En effet Laurie semblait bien trop traumatisée en 78 pour donner naissance à un enfant. Michael Myers faisant une fixette sur la famille Strode, Jamie devient alors la nouvelle proie du boogeyman. Ce choix d’une petite fille à la place de l’adolescente typique du slasher permet à Dwight H. Little d’explorer une nouvelle approche du personnage de Myers, et c’est ce qui s’avère être la meilleure idée de ce film somme toute assez médiocre. Poursuivie par Myers, Jamie se l’imagine comme une entité monstrueuse issue de peurs infantiles. Leur première rencontre se fait d’ailleurs dans une dimension cauchemardesque et on y ressent une petite influence provenant de la saga rivale Freddy. Myers n’est donc plus du tout considéré comme un humain mais comme un monstre à la dimension surhumaine et surnaturelle. Cela s’illustre également dans les mises à morts, où Myers abandonne très souvent son fidèle couteau de boucher pour assassiner ses victimes directement à l’aide de ses mains, n’hésitant pas à transpercer la chair avec ses bras ou ses doigts.

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Malgré cette nouvelle vision de Myers, le film est extrêmement mou, reprenant un peu le déroulé du film de Carpenter, à savoir des ados se faisant décimés dans la banlieue d’Haddonfield, sauf que Little n’arrive pas à instaurer cette aura anxiogène. La menace Myers est même complètement absente une bonne partie du film, où Little semble avoir oublié qu’il réalisait un film d’horreur au profit d’un teen movie où la sœur adoptive de Jamie, Rachel et ses amies semblent plus préoccupées par des petites amourettes de lycée que le fait qu’un tueur en série rode dans le coin. En plus d’Halloween, Little qui vient du cinéma d’action semble à un moment lorgner vers une autre œuvre culte du maître de l’horreur, Assaut. Le groupe d’ados, accompagnés d’une brigade de flics et de Loomis se retranche à un moment dans une maison, et le film devient pendant un instant, au final assez bref, un film de siège, où toute l’équipée se prépare à l’arrivée de Myers. Le retour de Michael Myers ne se fait donc pas en trombe, et donne même naissance à l’un des films les plus faibles de la franchise. Il a au moins le mérite de relancer la dynamique de la saga avec son cliffhanger renvoyant directement à l’ouverture du film de Carpenter où l’on observe en vision subjective la tentative d’assassinat de la mère adoptive de Jamie par Jamie elle-même. Une ouverture sur le mal héréditaire qui sommeille dans la famille et qui augure de bonnes choses pour le volet suivant.

Myers Connection

Un 5ème film qui n’attendra pas longtemps pour voir le jour à cause du succès retentissant du 4ème. Comme quoi, ce qui fait venir le public est bien la figure de Michael Myers. Un truc que Moustapha Akkad a bien compris. Alors que la fin d’Halloween 4 laisse espérer un passage de flambeau entre Michael et sa nièce Jamie comme figure du mal, et c’est d’ailleurs ce qui est naturellement envisagé dans une première ébauche de scénario, Akkad préfère toujours miser sur Myers. Résultat, le colosse masqué reprend du service dans Halloween 5 qui est cette fois-ci sous-titré La Revanche de Michael Myers. Vive l’originalité.  Comme Halloween 2 fonctionnait de pair avec le premier, ce Halloween 5 forme un deuxième cycle avec son prédécesseur. On y retrouve donc la même génération de personnage à savoir Jamie et sa famille adoptive. La jeune fille se retrouve d’ailleurs en hôpital psychiatrique après sa tentative d’assassinat de sa mère. Le traumatisme est ici approché d’une manière différente qu’avec Laurie, près de 10 ans avant. Si l’héritage du mal n’est au final pas exploité, il n’en reste pas moins une connexion qui a été établie entre Jamie et son oncle. Cette idée laisse cependant un goût très amer dans la bouche. Le cinéaste suisse Dominique Othenin-Girard fait preuve d’une fainéantise révoltante à ce niveau. Jamie va en effet devenir une espèce de détecteur à Michael Myers, permettant à un Loomis, un peu moins passif, de préparer Haddonfield au retour de son épouvantail 1 an après avoir disparu.

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On ne va pas se mentir, Halloween 5 n’est pas plus inspiré que le précédent. Il n’en reste pas moins plus énergique, bien que témoignant de choix plus que douteux. À tel point que l’on se demande parfois si on n’assiste pas à une parodie de la saga. On est consterné devant ce duo de flics complètement débiles qui se place très haut comme l’un des éléments les plus gênants de toute la franchise (avec Halloween Resurrection sur lequel on reviendra plus tard). Ce manque d’inspiration se ressent également avec un petit chapardage d’idée dans d’autres œuvres maîtresses de l’horreur. On distingue des références assez explicites à Massacre à la tronçonneuse avec l’antre mise au point par Myers qui a des allures de tanières de Leatherface avec ses carcasses purulentes et son côté très crasseux. Othenin-Girard n’hésite pas non plus à reprendre le plan plus iconique du chef d’œuvre de Friedkin, L’Exorciste, lors de la première apparition de l’homme en noir. Un homme en noir très mystérieux qui apparaîtra et qui disparaîtra aussi vite qu’il est apparu avant de servir de cliffhanger particulièrement racoleur. Halloween 5 a le mérite d’approfondir la mythologie de la saga avec l’incorporation de nouveau ressort même si ça reste globalement très paresseux. Le plus rageant reste un potentiel sacrifié sur l’autel de la rentabilité, Akkad n’ayant pas l’audace d’offrir à la saga un nouveau tournant, toujours pas remis de l’échec cuisant d’Halloween 3. Cela montre bien le tournant que la saga a pris à ce moment, oubliant tout aplomb et préférant se renfermer dans un classicisme des plus conformistes. C’est d’autant plus dommage car à l’origine, le premier film de Carpenter avait réussi à inventer quelque chose, et Akkad ne se contente maintenant uniquement de réutiliser la recette en l’adaptant à différentes époques.

Thorn Apart

La saga devient alors diablement frustrante, même si elle essaie de rebooster le regain d’intérêt en incorporant de nouvelles directions, elles sont constamment désamorcées dans le volet suivant pour retomber dans un schéma bateau au possible. À ce niveau-là, Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers est un véritable cas d’école. Ce 6ème épisode marque également l’entrée en jeu de la boîte de prod des frères Weinstein, Miramax qui rachète les droits de la franchise à Akkad. Le scénario est quant à lui confié à un fan Daniel Farrands qui espère pouvoir connecter le diptyque Halloween 4/5 au diptyque originel.  De cette façon, il veut également développer cette histoire de secte, présente au travers de l’homme en noir dans l’épisode 5 et qui à la fin kidnappait Jamie et Michael. Ce 6ème volet décide donc de plonger pleinement dans le côté ésotérique et païen de la fête d’Halloween originelle comme le faisait d’une façon assez sombre l’épisode 3. La malédiction de Thorn et les symboles runiques font donc leur apparition. Une malédiction qui expliquerait la soif de meurtre de Myers envers les membres de sa famille et son immortalité. Une grosse facilité, qui explique toutes les fois où le boogeyman à échappé à la mort après avoir été fusillé, brûlé et autre.  Sauf que tout cela sera, dans le script final, plutôt mal agencé.

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Le film se passe 6 ans après et l’on retrouve Michael et Jamie toujours prisonniers de cette secte. La façon dont l’arc va être traité sera cependant proprement révoltant, Michael assassinant Jamie au bout de 15 minutes de film alors que le personnage devait tenir tout le film dans les premières ébauches du scénario. Le film envoie donc valdinguer par la fenêtre tout le build-up conçu par le volet précédent, l’histoire de la secte devient incompréhensible et remplit d’incohérences. Myers et Jamie, devenue maman d’un nourrisson qui devient la nouvelle proie de Myers, étant capables de s’échapper avec une facilité déconcertante alors qu’ils sont censés être coincés ici depuis 6 ans. De manière générale, les incohérences sont légions dans Halloween 6. Cela est d’autant plus grave que le projet de connecter les deux diptyques était plutôt ambitieux de la part de Farrands. On retrouve d’ailleurs un tout jeune Paul Rudd dans le rôle de Tommy Doyle, le gamin qui avait été gardé par Laurie Strode lors de cette fameuse nuit du 31 octobre 1978. Pour continuer les problèmes de la famille Strode, c’est Kara la cousine de Laurie qui est cette fois-ci la cible de Myers car cette dernière a emménagé avec ses parents, son fils et son frère dans la maison Myers. D’ailleurs, hormis le père, tout le reste de la famille n’était pas au courant qu’il s’agissait de la maison du tueur en série le plus reconnu du pays. Toute l’action se redirige donc à Haddonfield, où Tommy qui fait depuis presque 20 ans une fixette sur le cas Michael Myers (un futur Loomis en puissance) récupère le gamin de Jamie, qui servira à Michael de sacrifice ultime pour s’affranchir de sa malédiction.

Les idées étaient donc intéressantes et pouvaient offrir un background étoffé à toute l’histoire de Myers. Le film n’en fera jamais rien et elles ne serviront que de moteur pour faire avancer une intrigue simpliste empilant les meurtres, alors que toutes les motivations de la secte restent à côté bien trop obscures. L’arc de la secte devant être au départ perpétué dans le 7ème volet avant que cela ne soit transformé en simili-reboot. Résultat, Halloween 6 prend comme ses prédécesseurs des apparences de slasher basique, empreint cette fois-ci d’une esthétique 90s particulièrement atroce. Joe Chapelle multipliant les séquences à montage rapide, des éclairages dégueulasses ou des angles de prises de vues à l’ouest, le tout agrémenté d’une BO aux accords metal déjà périmés. On peut quand même tirer le chapeau à Farrands qui a réussi à globalement connecter l’ensemble, et même l’épisode 3 en invoquant la fête de Samhain, mais ça reste trop foutraque pour convaincre ne serait-ce qu’un minimum. Halloween 6 : La Malédiction de Michael Myers s’impose alors sans trop de souci comme l’un de pires volets de la franchise.

Laurie’s Creek

Tout cela sera de toute façon oublié avec Halloween 7. On est en 1998, et le néo-slasher est sous le feu des projecteurs notamment grâce au film culte de Wes Craven, Scream. Les frères Weinstein décident donc de débaucher Kevin Williamson pour donner un coup de jeune à la saga Halloween. Au passage, l’occasion de fêter les 20 ans de la sortie de l’opus originel est trop belle pour la manquer. Halloween 7 est donc appelé Halloween H20 : 20 ans après et quitte à bien rendre hommage au premier, on décide d’éliminer de la timeline les épisodes 4, 5 et 6. Laurie Strode et Jamie Lee Curtis sont donc à nouveau sur le devant de la scène alors que Michael Myers est de retour. Pour ce 7ème film, l’action est cependant déplacée en Californie du Nord où Laurie vit avec son fils (et non une fille) sous une nouvelle identité, cauchemardant encore de son frère maléfique. Kevin Williamson oblige, Halloween H20 donne en plus de Jamie Lee Curtis, la part belle à des jeunes acteurs qui deviendront des grands noms de Hollywood. On y reconnait par exemple Joseph Gordon-Lewitt avant qu’il ne se prenne un patin à glace dans la tronche, mais surtout Josh Hartnett dans le rôle du fils de Laurie et Michelle Williams jouant sa petite amie. Bien que le film surfe sur la vibe adolescente qui compose tous les slashers de l’époque et l’œuvre de Williamson (créateur de la série Dawson faut-il le rappeler), ce qui nous intéresse vraiment est la confrontation entre Laurie et Michael.

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C’est pourquoi, Halloween H20 est terriblement ennuyant pendant près de 40 minutes, où il ne se passe absolument rien de palpitant, et où l’on suit les pérégrinations des personnages dans le lycée américain typique. Mais quand le film décide d’enfin nous offrir ce qu’on est venu chercher, il le fait de façon très généreuse. La deuxième partie du film devient alors véritablement grisante. On est alors parti pour un affrontement viscéral entre Laurie et son frère. L’un des choix les plus marquants du film est d’ailleurs de montrer pour la première fois les yeux de Michael derrière son masque. Par ce parti-pris, le réalisateur Steve Miner permet d’offrir une humanité à Michael et de le considérer pleinement comme le frère de Laurie et non une créature surhumaine. Loin d’être un simple jeu du chat et de la souris, Laurie prend cette fois-ci son destin bien en main et décide d’éliminer une bonne fois pour toute son frère. Conduit par sa volonté d’en finir avec ce pan sombre de sa vie, Laurie ne s’arrête jamais allant jusqu’à poursuivre l’ambulance transportant le soi-disant cadavre de Michael. Tout cela aboutit sur ce qui est certainement la fin la plus jouissive et satisfaisante de la saga, de quoi fermer définitivement la boucle jusqu’à sa réouverture 4 ans après avec le pire affront fait à la saga, Halloween : Resurrection.

Les Marseillais à Haddonfield

La thune est bien plus puissante que la malédiction de Thorn pour ce qui s’agit de faire revenir à la vie Michael Myers. Voilà pourquoi, même après s’être fait trancher la tête par Laurie à la fin de H20, les producteurs Weinstein et Akkad mettent en chantier une suite. D’abord on pense à s’éloigner du boogeyman décapité mais les mauvais souvenirs d’Halloween 3 poussent Akkad à être contre cette décision. Résultat, Michael Myers est à nouveau de retour pour une 7ème fois. Le sous-titre est d’ailleurs particulièrement explicite : Resurrection. Enfin bon, une résurrection il n’en sera jamais vraiment question et ça dans tous les sens du terme. Le film ne renouera jamais avec la force évocatrice du premier ou même de son prédécesseur, mais surtout, plot twist, ce n’est finalement pas Michael Myers que Laurie a tué mais une personne quelconque. En plus de jeter à la poubelle l’une des meilleurs choses que la saga ait pu pondre depuis la fin des années 80,  le film décide d’envoyer valser la storyline de Laurie Strode. À la façon d’Halloween 6 qui bâclait de façon malpropre l’arc de Jamie et la secte, le prégénérique de 10 minutes d’Halloween Resurrection a la tâche d’éliminer définitivement Laurie de l’équation. En résulte un affrontement torché entre Michael et Laurie, qui séjournait en asile psychiatrique, aboutissant sur le meurtre du personnage de Curtis et qui témoigne d’un irrespect total pour la saga.

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Une fois Laurie sortie du tableau, il est temps de se concentrer sur ce qui va faire la substance du film, si substance il y a. On est au début des années 2000, la télé-réalité bat son plein, la course à la starification également et l’horreur, et notamment le slasher, a pris un tournant assez cynique dans son rapport au spectateur recherchant toujours plus de frissons et de violence. Voilà donc un contexte tout tracé pour l’idée la plus foireuse de la franchise. Resurrection met en effet en scène un groupe d’ados stéréotypés typiques de cette nouvelle vague de slasher qui sont engagés pour une émission de télé-réalité dont le but est de passer la nuit de Halloween dans la maison natale de Michael Myers. Moustapha Akkad étant quelqu’un de malin, qui arrive toujours à se coller à ce qui marche dans l’horreur au moment de la production, Halloween : Résurrection se voit même lorgner à certains moments dans le found footage à l’aide de caméras posées sur les protagonistes de l’émission. Le film est un pur produit mercantile, ne révolutionnant absolument rien et cherchant à tout prix à surfer sur la vibe du moment quitte à donner naissance à une œuvre bâtarde bardée d’incohérences et révoltante pour les fans de la saga. Pourtant, on pouvait espérer de la part de Rick Rosenthal (auteur d’Halloween 2, à savoir le meilleur film de la saga après celui de Carpenter), une démarche beaucoup plus honnête. Ici tout est puant et ridicule, à la frontière du nanar, peuplé de personnages insipides et inutiles, et un Michael Myers tourné en dérision la plus totale. Le film offrira quand même une scène culte au moment où Busta Rhymes et Michael Myers se tapent sur la gueule « kung-fu style ». Clairement, on a atteint les limbes du mauvais-goût, et il sera difficile pour la franchise de creuser plus bas.

Myers Origins

Assassiné par la critique, il est difficile alors de rebondir après Halloween : Résurrection. Au même moment fleurissent des préquelles de licences cultes, Massacre à la tronçonneuse en tête. Dans leur qualité d’opportunistes, les frères Weinstein y voient donc l’occasion de se lancer dans un film retraçant les origines de la figure de Michael Myers. La mort du producteur historique Moustapha Akkad mettra un stop au projet. Il ne faudra cependant pas attendre longtemps pour que les Weinstein s’inspirent d’autres succès du moment pour proposer des idées saugrenues dont un affrontement entre Myers et Pinhead, la star de Hellraiser. Comme dans la saga tout est question d’héritage, il faudra attendre l’arrivée de Malek Akkad, fils de Moustapha pour voir enfin en chantier une idée sérieuse. L’idée du préquelle revient sur le tapis et après avoir demandé à Oliver Stone, qui refusera, les producteurs se mettent d’accord sur une figure montante du cinéma d’horreur, Rob Zombie. Le cinéaste américain, spécialiste d’une horreur particulièrement malsaine mettant souvent à l’honneur des familles de white trash, décide donc de réaliser un remake du film de Carpenter, mais en passant bien plus de temps sur la genèse de Michael Myers.

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Le gros point fort de ce reboot par Zombie est que, bien qu’il s’agisse toujours d’un film de studio, il dispose de la vision de son auteur et de certaines libertés. Zombie s’occupe également du script et arrive à se réapproprier le film culte. Particulièrement long, près de 2 heures, son Halloween est coupé en 2. La première partie suit le jeune Michael Myers et sa famille dysfonctionnelle, un thème cher à Rob Zombie qui lui permet même de caster sa femme dans le rôle de la mère. Il est intéressant également de voir que Zombie prend le parti d’incorporer directement la relation entre frère et sœur. Pendant près de la moitié du long-métrage, Zombie va donc suivre le développement psychologique de Michael de son meurtre jusqu’à son arrivée à l’asile et sa relation avec Loomis, qui gagne lui aussi en substance à l’occasion. Le choix est original, mais avait-on vraiment besoin de connaître les origines de Myers ? La figure du boogeyman, qui a toujours été considérée comme le mal à l’état pur, nécessite-t-elle réellement de s’attarder sur sa psychologie qui au final n’est pas très élaborée ? Cela permet au moins à Zombie de prendre pleinement en main les clés de l’univers Halloween.

Dans sa deuxième partie, Zombie s’attèle donc à reprendre le déroulé du film de Carpenter, quitte à réutiliser certaines séquences dans leur intégralité (le meurtre du couple et l’utilisation du drap-fantôme). L’approche de la violence est là aussi bien différente. Alors que Zombie ne veut pas la glorifier, elle n’en reste pas moins sèche, surtout comparé au premier volet qui n’était absolument pas gore. De manière générale, Zombie opte pour un ton plus trash qui s’aligne plus avec ses anciennes productions que la saga Halloween. Le personnage de Laurie en est ainsi affecté et ne passe plus vraiment pour la vierge innocente du premier volet, la jeune fille n’hésitant pas à faire preuve d’un langage assez cru rompant définitivement avec cette image. C’est justement dans le traitement de Laurie que Zombie s’écarte le plus de l’original et offre à son film un affrontement viscéral entre les deux. Bien que la baby-sitter ne soit pas au courant de la relation qui la lie au boogeyman, la confrontation a des allures de H20 et débouche encore sur une fin pleinement satisfaisante. L’approche de la saga mythique par Rob Zombie a pu laisser plusieurs personnes sur le carreau, et même si l’on n’adhère pas forcément aux choix entrepris par le rockeur, il est difficile de renier son travail d’adaptation. Chose que l’on ne pourra pas dire du film de Gorden Green dont on parlera plus tard.

The Myers’ Rejects

Cette nouvelle version estampillée Rob Zombie obtient un certain succès au box-office et il est donc naturel de voir une suite se mettre en chantier. Si celle-ci a failli tomber entre les mains des frenchies Alexandre Bustillo et Julien Maury, c’est bien Zombie qui va à nouveau s’y atteler bien qu’il eût annoncé dans un premier temps ne plus y revenir. Zombie y voit même un plus grand avantage, il peut enfin s’exorciser complètement du film de Carpenter dont il devait respecter le schéma pour son remake et enfin faire son propre film. Deux ans après le reboot d’Halloween sort donc Halloween 2 qui fait preuve d’une démarche encore plus différente et qui va, par cette occasion, encore plus dérouter. Zombie s’en amuse, en nous faisant dans un premier temps penser à un remake d’Halloween 2, où l’histoire reprend directement à la fin du premier et se situe dans un hôpital afin de perpétuer l’affrontement entre Michael et Laurie, sauf qu’au bout d’une vingtaine de minutes, Zombie nous révèle qu’il ne s’agit que d’un rêve. Le spectateur est pris de court pour la première fois, et ce ne sera pas la seule occasion.

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Ce qui démarque véritablement ce deuxième volet de l’entreprise précédente, c’est la dimension surnaturelle que va conférer Zombie au film. Tout le film sera ponctué de séquences oniriques mettant en scène un cheval blanc symbolisant la rage démoniaque qui émane de Myers et surtout sa mère Déborah. On aurait pu éviter de tomber dans la facilité du « mommy issue » typique du tueur en série et auquel avait échappé Myers jusque-là, mais bon Zombie voulait certainement trouver une occasion d’offrir un rôle à sa femme. Ces séquences permettent par ailleurs d’établir une connexion entre Michael et Laurie qui se retrouvent liés au travers de la mère, alors que l’adolescente découvre la réalité sur ses origines. Autre personnage traité de façon inhabituelle, c’est le Dr Loomis. Le sympathique psychiatre qui a toujours essayé tant bien que mal d’avertir le monde du danger Myers se retrouve ici représenté comme un connard imbu de sa personne et qui cherche à tirer profit au maximum de l’affaire Myers. Rob Zombie s’est à ce niveau inspiré de l’histoire de Vincent Bugliosi, le procureur de l’affaire Charles Manson qui avait tiré profit de l’affaire en écrivant un best-seller, oubliant complètement l’impact que pouvait avoir un tel ouvrage sur les victimes du serial killer. C’est d’autant plus significatif que c’est au hasard du bouquin de Loomis que Laurie découvre d’où elle vient. Loomis n’agit donc plus du tout en protecteur et perd alors toutes son empathie au détriment d’un facette bien plus sombre.

Sombre, le film de Zombie l’est toujours, mais il fait preuve d’une sauvagerie sans précédent dans l’univers Halloween. Empilant les meurtres graphiques, Zombie exprime la monstruosité qui anime Michael Myers de façon frontale et joue encore plus sur le rapport humain/monstre en montrant très souvent Myers sans son masque. Malgré toutes ces belles pistes qui sont plus ou moins bien développées, Halloween 2 reste bien trop classique dans sa dimension slasher. Il est par ailleurs bien trop long pour ce qu’il a à raconter, avoisinant lui aussi les 2 heures. Le passage de Rob Zombie sur la saga aura donc de quoi diviser. Les fans du cinéaste retrouveront aisément son style white trash gore, tandis que les fans de la première heure du film de Carpenter pourront ressortir avec l’impression d’avoir été floués. Le film marche moins bien que le premier essai de Zombie bien qu’il rentabilise son budget. Une fois n’est pas coutume les producteurs décident donc de lancer en chantier une suite en se basant sur le procédé en vogue au moment, à savoir ici la 3D qui a été mise en avant avec Cameron et son Avatar. Halloween 3D ne sera finalement pas fait, et il faudra attendre 2016 pour que la boîte de prod Blumhouse, chef de file de l’horreur américaine actuelle prenne les rênes de la série.

Fanmade Express

Derrière les plus grands succès du cinéma d’épouvante US des années 2010, tels que Paranormal Activity ou Insidious, Jason Blum n’allait évidemment pas manquer l’occasion de mettre la main sur l’une des franchises les plus symboliques du genre. Pour ses premiers pas dans cette saga dont on arrive plus vraiment à suivre la timeline, Blumhouse décide de ne pas poursuivre la voie tracée par Rob Zombie et de repartir sur un nouveau reboot. Ce vent de fraîcheur est également l’occasion rêvée pour un petit retour de John Carpenter aux affaires en temps que producteur délégué, mais également en compositeur. Après avoir failli échouer dans les mains de Adam Wingard, c’est finalement David Gordon Green qui va avoir l’honneur de perpétuer l’héritage. Le réalisateur est encore novice dans l’horreur. Ses faits d’armes les plus connus sont des comédies potaches avec l’aide de Seth Rogen ou Danny McBride ou des drames parlant d’une Amérique rurale comme dans le très bon Joe avec Nicolas Cage. Le cinéaste emmène par ailleurs dans l’aventure son compère Danny McBride qui va bosser en sa compagnie sur le scénario. Voulant renouer avec les origines de la franchise, et ayant du mal à se dépêtrer dans les innombrables séquelles, le duo décide de supprimer tout ce qui fait suite au film de Carpenter. 40 ans après le film de Carpenter, et 20 ans après Halloween H20, David Gordon Green marque donc le coup pour une nouvelle date anniversaire en reprenant la même approche que le film de Miner. Ils décident par ailleurs de supprimer le lien fraternel qui relie Laurie et Michael, élément dont ils s’amusent d’ailleurs au détour d’un dialogue mais qui impacte, malgré tout, la cohérence de leur script.

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Cette suite prend donc place 40 ans après la fameuse nuit d’Halloween 78 qui a vu la mort de plusieurs adolescents. Depuis, Michael Myers passe sa vie dans un asile psychiatrique, après avoir visiblement été capturé (alors qu’il avait disparu à la fin du premier opus). De son côté, Laurie Strode vit dans une paranoïa, ne pensant qu’au retour prochain de Myers. Vivant d’une façon militaire, rythmée par les exercices de tir et la confection de pièges et de systèmes de sécurité pour sa maison, Laurie voit sa fille lui être retirée par les services sociaux. Cette dernière a depuis refait sa vie, loin de sa mère et élève sa fille adolescente. Forcément 40 ans après, c’est la bonne occasion pour Michael Myers d’enfin s’échapper lors d’un transfert vers un autre asile (tiens comme dans Halloween 4). Où va donc se rendre ce cher Myers ? À Haddonfield, évidemment. Une trame au final assez classique qui va revoir le boogeyman semer la terreur dans la banlieue de la bourgade de l’Illinois. On peut alors s’attendre à du slasher efficace, voulant soi-disant revenir à une ambiance proche du film de Carpenter. Malheureusement pour David Gordon Green, le contrat ne sera pas respecté, et plus dommageable encore, un gros problème au niveau de la mythologie va apparaître. C’est d’ailleurs sur cet aspect que le film va se baser et qui va donner naissance à une gigantesque facilité de scénario sur laquelle tout le film va se reposer.

En effet, en omettant le lien qui unit Laurie et Michael, il n’y a plus vraiment de raison qui explique pourquoi Myers en ait encore après Laurie 40 ans après. Pour Myers, Laurie Strode n’est qu’une victime parmi les autres, mais qui a eu la chance de survivre. Certes, on peut penser que le tueur n’aime pas laisser du travail inachevé, mais cela s’avère bien trop facile comme explication. Du côté de Laurie, on laisse passer cette façon extrême d’exprimer son traumatisme même 40 ans après, car il permet d’offrir une approche intéressante du personnage, notamment dans sa relation avec ses descendantes et le côté générationnel qui a toujours fait le sel de la saga. Le hic, c’est que cela n’est pas véritablement exploité et est même utilisé à des fins racoleuses en ce qui concerne le personnage de la petite fille Alyson, dont l’intérêt ne se résume en fin de compte qu’à embrayer sur une potentielle sequel. La façon dont est ensuite présenté Myers n’est elle-même pas raccord avec son objectif. Si son but est d’assassiner Laurie Strode, pourquoi ce dernier se met-il à vagabonder dans Haddonfield en tuant des personnes de façon complètement aléatoire ? On peut comprendre pour ceux se trouvant sur le chemin, mais certains ne sont là uniquement pour une mise en scène gratuite d’un meurtre, comme c’est le cas de cette fameuse scène en plan séquence sympathique mais inutile.

Bien que McBride dît vouloir rejoindre l’atmosphère du film de Carpenter, le film fait finalement l’exact opposé. Alors que Big John misait avant tout sur l’ambiance, David Gordon Green préfère exploser le body count. Le nombre de meurtres entre le premier et ce dernier film est quasiment quadruplé. De plus, David Gordon Green n’hésite pas à tomber à plusieurs reprises dans une violence complaisante à base de gore qui tâche. Ce Halloween succombe au cahier de charges de toute production Blumhouse, nous gratifiant même d’une séquence ultra clichée dans un jardin reprenant le concept de Lights Out, autre production de l’écurie. Dans cette démarche assez démonstrative, on pouvait alors au moins espérer un climax frissonnant, mais que nenni, on aura bien plus vibré devant Maman, j’ai raté l’avion. Tous ces défauts, couplés à d’autres comme cette écriture laborieuse des personnages (ne mentionnons même pas le « nouveau Loomis » utilisé dans un twist putassier), font de ce Halloween une production bâclée. Quelques idées sympathiques viennent ponctuer certains moments, on peut penser à la façon dont Green dépeint une Amérique qui se renferme dans une certaine peur renvoyant au climat actuel. Il y a également le plaisir de retrouver Carpenter à la BO qui se fait ressentir bien qu’il ne se soit pas véritablement foulé. Le film reste globalement divertissant, et dans le paysage horrifique actuel, il n’en reste pas moins dans le haut du panier, mais en tant qu’Halloween, il ne se démarque pas vraiment.

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On aura beau rechigner sur la vision de Rob Zombie, on y distingue au moins la patte d’un auteur. Ce n’est donc pas que cette mouture 2018 de Halloween soit mauvaise, c’est qu’elle est anodine. En nous promettant de revenir à une certaine vision qui s’est soi-disant perdue au cours des nombreuses suites, Green et McBride font preuve d’une prétention assez malhonnête. Alors qu’ils font fi de tous ces films, ils n’hésitent cependant pas y chaparder de nombreuses idées que cela soit dans la mise en scène ou dans les thématiques, qu’ils ne traiteront pas forcément d’une meilleure manière. C’est triste, mais on a vraiment l’impression qu’il ne s’agit que d’un film de fanboy, se faisant son petit kiff en créant une sequel à une œuvre culte. Cela ne devrait cependant pas empêcher Blumhouse de continuer sur sa lancée car le film a fait un démarrage historique aux USA. Ce n’est pas vraiment étonnant vu la façon dont le film se plie aux standards de l’époque, loin de la force inventive du premier opus. Résultat, Green et McBride voulaient s’en approcher, ils s’en sont diablement éloignés.

Voilà que s’achève ce périple au sein de la saga Halloween, une saga aussi imparfaite que son film fondateur est parfait. Si comme toute franchise du cinéma, elle aura été motivée par un aspect mercantile, elle aura pu proposer une volonté d’étendre une mythologie, tombant parfois dans des choix douteux. De ces 11 films, on retiendra évidemment l’innovation du film de Carpenter, le côté viscéral de certains opus comme Halloween 2 ou le final de H20, la volonté d’explorer de nouveaux horizons avec Halloween 3 et forcément Busta Rhymes dans Halloween Résurrection. Halloween aura surtout montré une adaptation à toute épreuve, témoignant d’une habilité des producteurs à plonger dans les modes des diverses époques, quitte à en sacrifier la substance. Malgré tout ce qu’on lui a fait subir, Michael Myers restera l’un des visages les plus emblématiques du cinéma d’horreur.

First Reformed de Paul Schrader : l’antagonisme christique

Paul Schrader est énervé, veut en découdre et fait son retour en grâce avec une œuvre coup de poing qui sacrifie sur le toit de « l’autel » sa figure christique en perdition. Politique, engagé et réflexif comme du Robert Bresson, First Reformed passionne par son questionnement intérieur et son style épuré et minéral. Un grand film.

Quelques heures se sont écoulées depuis l’élection de Jair Bolsonaro, le « Trump tropical », à la présidence du Brésil. Climato-sceptique avéré, il est drôlement cynique de voir que ses propos font malheureusement écho au film de Paul Schrader et aux inquiétudes de son personnage principal. Dans le même temps, de l’autre côté de l’Atlantique, dans le sillage cinématographique américain, il est possible de voir de nombreux films s’attaquant aux États-Unis de Donald Trump : à l’image du dernier film de Spike Lee, Blackkklansman, qui s’avère être un pamphlet contre la politique sécuritaire et sociale de l’actuel président américain.

First Reformed, lui, qui dépeint une société en déliquescence et un pays qui se cache derrière des valeurs pieuses pour accroître son envie de grandeur, n’est pas un film à la marque militante. Politique, il est vrai, mais pas militant. Ce qui fait la force du long métrage, c’est de pointer du doigt un système global qui fait dégringoler notre civilisation, comme un cercle vicieux qui ne s’arrête jamais, pour au mieux dévisager les cicatrices intimes des personnages. Dans les premiers instants du film, nous apercevons un prêtre faisant un sermon devant un auditoire absent et une église presque vide. L’ambiance est froide, les contours de l’atmosphère paraissent aliénants. Mais cette absence de paroissien n’est pas seulement synonyme d’un manque d’intérêt pour la religion mais catalyse aussi un désarroi immense, une rage intériorisée qui gronde à l’image de ces nouveaux jeunes croyants dont les discours radicalisés sur l’immigration et le choc des cultures proche de ceux de Fox News font froid dans le dos.

L’une des rencontres qui va voir le prêtre chuter dans ses idéaux, est celle avec ce jeune activiste climatique qui ne veut pas que sa femme fasse naître leur enfant par peur de l’avenir : pour lui, il ne sert à rien que leur enfant voit le jour dans un monde qui court à sa perte. Sauf que cette confrontation avec cet homme gangrené par le désespoir n’est pas qu’une voix écorchée qui parle dans un océan de vide mais s’avère être aussi une caisse de résonance par rapport au passé du dit prêtre, qui lui-même est hanté par la perte de son fils durant la guerre en Irak. Il l’avait incité à partir en guerre contre l’avis de sa femme. A partir de ce moment-là, le film bascule dans un questionnement intérieur d’un croyant dont la foi est vacillante et où la crainte de fin du monde n’a jamais été aussi pesante. Une peur englobe notre aumônier pour ne plus le lâcher.

Dans son film, par sa faculté visuelle, ce cadrage minéral, cette économie dans la lumière et dans les mouvements de caméra, le cinéaste cite avec passion Bresson, Bergman ou Maurice Pialat version Sous le Soleil de Satan. C’est ce qui sépare la justesse de l’œuvre de Paul Schrader et la plupart des films actuels qui amènent leur aspect militantiste d’une manière outrancière tout en nous imposant une morale comme peut le faire le larmoyant et non moins pataud Capharnaüm de Nadine Labaki. First Reformed, référençant les anciens esthètes européens, n’ignore pas son époque et n’en reste pas moins une œuvre à la modernité mortifère.

Alors que l’œuvre aurait pu vite tourner à la démonstration didactique et la récitation vindicative et documentariste sur le changement climatique à la Al Gore, le film s’avère plus impressionnant et offre une profondeur de champ plus importante. En essuyant les critiques, en se confrontant à l’opportunisme même de l’église protestante, en voyant que son Église est elle-même financée par une entreprise qui pollue à grande échelle, le pasteur comprend l’inéluctabilité de ce serpent qui se mort la queue. Sous l’habit religieux, derrière cette apparence de curée de village réglant les problèmes domestiques, une haine grince le parquet, l’incompréhension devient de plus en plus omniprésente dans les pensées de ce jeune prêtre.

Pendant que la voix off du personnage nous explique à de nombreuses reprises ses égarements idéologiques, qu’il se sait presque condamné par une maladie qui montre le bout de son nez, que sa solitude devient un chemin de croix inévitable, c’est avant tout grâce à son acteur principal, Ethan Hawke, que cette incarnation du désespoir est autant tangible. En symbiose totale avec le reste du film, cette froideur dans le regard et cette tristesse taiseuse n’a jamais été aussi prégnante. Comme dans Oslo 31 aout Joachim Trier ou même Under The Skin de Jonathan Glazer, on assiste au parcours d’un personnage naviguant dans un monde dans lequel il ne se reconnait pas, dans lequel il est de plus en plus difficile de s’assimiler et de ne faire qu’un. Politique, le film ne l’est pas seulement par le biais de son propos et par ses thèmes économiques.

First Reformed est également politique par sa déconstruction de la figure christique au cinéma. Alors que le cinéma hollywoodien bâtit en ce moment à coup de boutoir des dieux sauveurs d’une humanité non représentée dans le brouhaha le plus alarmant, allant des Avengers, Superman ou Tom Cruise dans MI, Paul Schrader désacralise et se sert avec finesse et silence de la figure religieuse et paternaliste de son œuvre comme première arme potentielle à la destruction, comme premier témoin de ce monde désolant, ou comme premier recours à un terrorisme interne. Au lieu de créer une sphère héroïque ou anti-héroïque, il met l’humain au centre de son récit pour confronter l’infiniment petit à l’infiniment grand. Fou, passionnant, First Reformed est l’un des objets cinématographiques les plus importants de l’année. Pourtant, il n’est qu’un simple DTV en France.

Synopsis: Un ancien aumônier militaire est ravagé par la douleur après la mort de son fils.

Bande annonce – First Reformed

Fiche technique – First Reformed

Réalisateur : Paul Schrader
Scénariste : Paul Schrader
Acteurs : Ethan Hawke, Amanda Seyfreid
Photographie : Alexander Dynan
Producteur : Killer Films, Arclight Films
Genre : Drame
Durée : 1h48mn
Date de sortie : 23 octobre 2018 (DVD)

4.5

The Strange ones : découvrez ce captivant OFNI en vidéo (DVD et VOD)

L’étrange et envoûtant road-trip signé Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein sort enfin en DVD et VOD le 20 novembre 2018 !

L’occasion de (re)découvrir cette histoire fraternelle, meurtrière et mystérieuse. Les dialogues y sont minimalistes et l’ambiance tendue à souhait, mais on se laisse prendre dans cette quête d’un certain idéal, une cabane en pleine forêt : la subsistance. Mais The Strange ones est aussi un film de secrets, de révélations et donc de traumatismes, très bien retranscrits à l’écran. Les entretiens avec l’équipe du film, présentés dans les bonus de cette édition DVD, permettent d’en savoir davantage sur la genèse du film, d’autant plus que le court métrage Deux inconnus, ayant inspiré The strange ones, est aussi à découvrir dans le DVD. Un prolongement plus que bienvenu d’un univers bien cotonneux et taiseux. Un univers auquel il faut accepter d’adhérer sans forcément avoir toutes les clefs de lecture à la fin du film.

Le court-métrage est une occasion en or d’en découvrir plus sur le désir d’ambiguïté des deux réalisateurs. En effet, loin de lever le voile sur le long métrage, ce court l’épaissit en le rendant encore plus tendu, plus irréel et même plus effrayant. A travers le regard d’une gérante de motel et un saut dans une piscine, le spectateur est perdu entre une relation tendre et une relation cruelle, il ne sait plus quoi croire, où regarder et comment le faire. On sent que les réalisateurs voulaient approfondir leur ambiance, plus que leur scénario, en passant d’un format court à un format plus « digne » de sortir en salles.  Malgré tout, nous n’irons pas jusqu’à qualifier The Strange ones de « Mulholland Drive dans la forêt » comme le suggère la jaquette du DVD, puisqu’il manque au film une profondeur afin d’engager réellement un dialogue artistique pertinent. Dommage.

Critique du film lors de sa sortie : ici

Caractéristique DVD :

Bloc technique :
Année de production : 12018
Durée du film : 78 minutes – Totalité du DVD : 117 minutes
Image : 2.35 – Son : 5.1
Langues : anglais, sous-titres français

Suppléments :
Entretiens avec Alex Pettyfer, les réalisateurs Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein et le producteur Sebastien Aubert

Court métrage ayant inspiré le film : Deux Inconnus de Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein

Galerie Photo. Bio-filmographie des réalisateurs. Film-annonce.

Synopsis : A bord de leur voiture, Sam et Nick sillonnent les routes de campagne américaine. Pour certains qu’ils croisent, ils sont deux frères partis camper, pour d’autres, des fugitifs. Durant ce road-trip, de mystérieux événements surviennent, faisant peu à peu éclater la vérité au grand jour…

The Strange ones : Fiche technique

Réalisateur : Christopher Radcliff, Lauren Wolkstein
Scénario : Christopher Radcliff, Lauren Wolkstein
Interprètes : Alex Pettyfer, James Freedson-Jackson, Emily Althaus, Gene Jones, Owen Campbell
Photographie : Todd Banhalz
Montage : Christopher Radcliff, Lauren Wolkstein
Sociétés de production : Adastra Films, Relic Pictures
Distributeur : Epicentre Films
Durée : 81 minutes
Date de sortie : 11 juillet 2018
Genre : Thriller

Etats-Unis – 2018

 

Festival Lumière 2018 : le grand rassemblement autour du cinéma

Le Festival Lumière 2018 vient de fermer ses portes et c’est avec une joie non dissimulée que nous avons participé à cette dixième édition. Nous avons sillonné le Pathé Bellecour ou le Comedia pendant une semaine sans relâche. Cela fait donc 10 ans que ce festival existe et rend un hommage sincère au cinéma. On parle bien de cela : le terme qui est au centre de tous les débats durant cette semaine lyonnaise, est bel et bien le cinéma. Mais le septième art dans ce qu’il comporte de plus noble : avec cette idée de partage, de découverte ou cette diversité qui fait la richesse même du grand écran.

Aujourd’hui, lorsqu’on pense à un festival, on imagine les nouveautés, à cette sensation électrisante de voir des films en avant-première, de sentir ce petit goût du scandale ou de l’inconnu dans lequel nous allons nous engouffrer. Certes, le Festival Lumière n’y échappe pas puisqu’il nous a fait découvrir cette année High Life de Claire Denis et Roma d’Alfonso Cuaron. Et c’était magnifique. Cependant l’effet pervers qui ressort de la plupart de ces festivals adorés de tous (nous les premiers), est cette idée de visibilité, de compétition, de course au buzz, ou à vivre dans cette urgence habituelle de l’actualité, sans prendre de recul sur les œuvres que nous venons de voir, ni prendre plaisir à se remémorer les étoiles du passé. Aucunement réactionnaire, ni vieux jeu, ni donneur de leçon, le Festival Lumière, lui, joue la carte de la communion même autour du cinéma.

C’est un festival important. Certains disent, festival « classique », ou du « patrimoine » : nous dirons plutôt moderne et extrêmement rafraîchissant. Il est rare les endroits, qui permettent de rassembler tout le monde, de mélanger les statuts, d’effacer la hiérarchie entre connaisseur et profane, de rameuter presque toutes classes sociales dans une même salle. C’est une mosaïque autant humaine que cinéphile : on passe d’un film d’Henri Decoin avec les rires ravageurs de Danielle Darrieux aux ovnis de Claire Denis et ses âmes vampiriques de Trouble Every Day. Des combats esthétiques de King Hu aux effets spéciaux sophistiqués d’Alfonso Cuaron. Ou avoir la chance de voir des films de Sergio Leone sur grand écran. Le programme est vaste et assez éclectique pour tout le monde.

Au Festival Lumière, les débats sur le cinéma de genre ou la bonne santé du cinéma français n’existent plus : nous sommes dans une bulle pendant une semaine, ouverte à tous, loin de ces quelques youtubeurs français opportunistes qui pensent défendre le cinéma français en faisant des milliers de vues avec des critiques hypocrites sur Alad 2. On est loin de tout ça, même si quelques jours après, nous étions bien contents de découvrir le somptueux First man.

C’est presque même une remise en question qui débouche sur notre rapport au cinéma, de puiser dans notre curiosité, on se sent comme à la maison : les stars et le grand public se rencontrent dans une grande convivialité et dans l’harmonie la plus totale à l’image de ces Master Class, qui sont comme le dit souvent Thierry Frémaux, plus des moments de « conversations et de discussions » que des analyses filmiques pures et dures. On aimerait peut-être que le Festival Lumière se permette une plus grande diversité dans ses choix d’artistes pour faire connaitre des métiers du cinéma un peu moins mis en valeur. Ça irait parfaitement dans l’ordre d’idée de ce festival.

Il était très intéressant d’écouter parler cette année Liv Ullmann donner des anecdotes sur elle et sa relation avec Ingmar Bergman ou Claire Denis et ce qu’elle pense de Robert Pattinson. Mais il ne faut pas se fourvoyer : nous ne sommes pas dans Vivement Dimanche de Michel Ducker qui passe la brosse à reluire à des stars qui viennent se gargariser de leur art. Derrière cet aspect un peu naphtaline, le Festival Lumière n’en oublie pas de vivre dans son temps et de sentir les souffles de son époque : donner un prix à Jane Fonda, grande actrice et inflexible militante, n’est sans doute pas inopportun, en pleine période Me too. La politique est présente, mais l’enjeu cinématographique l’est encore plus. Et ce qui fait la force de ce Festival Lumière. Le cinéma.

Festival Lumière 2018 : Trouble Every Day de Claire Denis, la poésie du cannibalisme

L’une des personnalités honorées durant ce Festival Lumière 2018 est la réalisatrice et fantasque Claire Denis. Alors que son dernier film High Life nous a été présenté en avant première et sort bientôt en salle, il est temps de faire un petit retour en arrière pour se replonger dans les limbes de son film le plus mémorable: Trouble Every Day. Un film vampirique et sanguinolent d’une grande poésie  funèbre.

Timide, cherchant constamment à comprendre l’intime, Trouble Every Day vole de ses propres ailes, à l’image de ce simple foulard galopant dans l’air de Paris. Face à nous, une œuvre immergée alors dans une frustration latente voyant deux « vampires » malades qui essayent tant bien que mal de canaliser un démon carnivore qui grandit en eux. Directement, par sa construction fantomatique, la réalisatrice quadrille un cadenas dans les tentations pulsionnelles, un mal corporel qui empêche de faire ressortir le monstre qu’est l’humain, le calme avant la tempête. Claire Denis filme donc deux histoires distinctes, deux âmes en peine enchaînées malgré elles, pour ne pas qu’elles dévoilent leur véritable visage sanglant à leurs propres congénères.

Deux cannibales les nerfs à vifs propulsés dans une jungle humaine comestible. Par cette approche minimaliste, elle fait de ce soubresaut un rendez-vous manqué et meurtrier qui va alors composer un film de genre sans en être un où l’horreur peut être légère comme la simple rosée du matin. C’est donc par choix que l’effusion de sang devient secondaire malgré la fine radicalité dans certaines scènes de cannibalisme. Claire Denis pense, réfléchit à son ambiance douce calfeutrant ses personnages solitaires comme le faisait Sofia Coppola dans  Lost in Translation. La réalisatrice s’immisce dans l’addiction de la chair, du sang : une plus animale et haineuse (Béatrice Dalle) et l’autre plus humaine, teintée d’une compassion anxiogène (Vincent Gallo). Puis, une angoisse sourde parcourt ce film d’un amour paradoxal. Que cela soit dans cette chambre fermée à double tour, ou face à ces murs mystiques jonchés du sang d’un inconnu, Trouble Every Day a le souci du détail, de la chair, du grain de peau.

Shane part en voyage avec sa dulcinée pour une petite escapade en amoureux, essayant de panser ses plaies psychologiques. Il la regarde sans réellement la toucher par peur de partir en vrille et de commettre l’irréparable. Claire Denis crée une atmosphère apaisante mais maladive, amoureuse mais destructrice. Trouble Every Day est une étude de caractère schizophrène, un cri de douleur dans le silence, notamment à travers un Vincent Gallo impuissant, essayant de contenir ses pulsions morbides comme lorsqu’il se cache dans les toilettes de l’avion pour laisser s’égailler ses cauchemars les plus sordides. Il est un monstre, il le sait, on le sait, mais s’instaure à contrario une empathie quant à sa frustration amoureuse. Vincent Gallo, avec sa retenue et son regard à la fois envieux et triste, est fascinant de justesse. À l’image de la bande son magnétique des Tindersticks, poétique et mélancolique à souhait dont l’utilisation fait penser à celle de In the Mood for Love de Wong Kar Wai, Trouble Every Day n’est pas un film horrifique à proprement parlé, il garde ses codes de films d’auteurs lents et quasi mutiques.

Une odyssée lancinante avant une tempête faite de sensualité vorace, un lâché prise pénétrant. De l’autre côté de la ville, une femme est enfermée à double tour dans un pavillon de banlieue par un médecin mystérieux faisant des expériences sur sa propre nature. Enfermée parce que la nuit et le jour elle s’échappe pour avoir les faveurs d’hommes peu scrupuleux sur lesquels elle pourra assouvir sa soif de chair. Sentiment d’angoisse et d’immense s’empare d’elle durant ses meurtres presque involontaires. Trouble Every Day est lumineux, calme sous les déchirements de peau, terriblement humain devant l’horreur.

Machinalement, derrière son aspect dérangeant et glauque, le long métrage est souvent muet et la réalisatrice laisse divaguer sa caméra, sa photographie haletante sur les regards, sur les corps telles des proies notamment lorsqu’elle filme des scènes d’intimité où se mélange passion sexuelle et peur de perdre le contrôle face à cette bestialité sanguinaire. Avec des petits mouvements scéniques anodins mais somptueux, un montage sur les corps, sur le désir, sur les expressions, comme le prouvent ces dernières minutes parfaites de non-dits monstrueux, Claire Denis fait alors raisonner les battements de cœur de son œuvre mortifère.

Synopsis: Lors de son voyage de noces à Paris avec son épouse June, Shane Brown, un chercheur américain, part retrouver son ami Léo, un médecin français susceptible de le soulager d’un mal étrange.

Bande annonce – Trouble Every Day

Fiche Technique – Trouble Every Day

Réalisateur : Claire Denis
Scénario : Claire Denis et Jean Pol Fargeau
Interprétation : Béatrice Dalle, Vincent Gallo
Photographie : Agnès Godard
Distribution (France) : Rezo Films
Durée : 110 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 11 juillet 2001

Festival Lumière 2018 : High Life de Claire Denis, le corps cosmique

Après l’avant-première de Roma d’Alfonso Cuaron, le Festival Lumière nous offre sa deuxième surprise de la semaine avec High Life, le dernier film de Claire Denis. S’immisçant dans les contrées de la science-fiction, la cinéaste radicalise de nouveau son cinéma, pour nous présenter un film d’une autre espèce. Une œuvre hybride où la contemplation d’un environnement dégénératif côtoie les saillies viscérales de corps décharnés par les expériences. Difficilement classable, High Life pourrait rapidement déconcerter les néophytes de la cinéaste.

Dans une époque, lointaine ou pas si lointaine que cela, le gouvernement se sert de personnes condamnées à mort pour les envoyer dans l’espace s’affranchir de missions qui pourraient changer la phase du monde. Nous n’en savons pas plus, la réalisatrice, avec son épure habituelle, laisse place à l’imagination ou à l’interprétation de son spectateur. Ces missions-là, dans la trame narrative de High Life, seront très rapidement plus ou moins éludées pour laisser place au savoir faire visuel de la réalisatrice et mettre en perspective des thématiques qui lui sont propres : la représentation du corps et le désir dans sa marginalité.

Nous ne sommes pas dans First Man, Seul sur Mars ou dans Interstellar : l’espace et la science-fiction ne sont qu’un contexte, un décorum minimaliste, à la direction artistique proche des 80’s, qui accentue ce sentiment de solitude et qui sert de huis clos à la folie progressive des personnages. Un lieu au souffle court, qui capte parfaitement les idées d’apesanteur de Claire Denis avec ces silences lancinants et à faire ressentir le vide. Sans le montrer de manière grandiloquente, elle s’interroge grâce au futur sur l’humain de maintenant et son rapport à la technologie.

Cependant, le film déconcerte dès le départ : même habitué au style de Claire Denis avec sa mise en scène contemplative et son rythme anémique, il est parfois difficile de se confronter aux premières minutes belles mais déjà pessimistes de ce film qui voit Robert Pattinson, seul avec sa fille, dans une station où ils essayent de survivre dans un quotidien bien morne. Puis par l’idée du montage, High Life rebrousse chemin pour nous expliquer ce qu’il s’est passé en amont, avec des résonances floues, sanguinolentes et commence tout doucement à prendre son envol. On voit quelques bribes de passé sur la terre ferme des condamnés à mort et la raison pour laquelle ils ont été sur cette station : des rebuts de la société, envoyés comme de la chair à canon dans l’espace.

Le terme est intéressant, car dans cette station, ces hommes et femmes ne seront vus que comme des corps jetables, suivant le cycle de recyclage de leurs semences et seront considérés comme des enveloppes à reproduire. Ce malaxage esthétique de la chair, cette récupération des fluides, notamment le sperme, voit Claire Denis et son scénariste Jean Pol Fargeau s’intéresser sur la connexion humaine, sa relativité et l’ambivalence de la reproductibilité et le désir. Ce parti pris est caractérisé notamment par le médecin, incarné par une Juliette Binoche habitée, qui cohorte toute cette troupe de vagabonds. Médecin ou plutôt sorcière chamanique aux longs cheveux noirs, qui s’octroie le droit de vie sur ses congénères, est presque l’épicentre même du film.

C’est à travers ce personnage que toute la sève de l’œuvre prend forme : il est impossible de ne pas parler de cette fantastique scène dans la « box du sexe » où Juliette Binoche s’adonne à des plaisirs personnels. Scène organique, sensorielle au possible, qui se rapproche de l’esthétique d’un Philippe Grandrieux où l’on voit les stigmates subis par son corps et où l’on comprend toutes ses motivations sur la natalité.

High Life, se rapproche plus d’un Trouble Every Day (le désir et l’humain comme tabous) ou d’un Les salauds (la violence faite aux femmes) plutôt que sa dernière incartade dans la comédie qu’est Un beau soleil intérieur : antipathique, froid, violent et cynique au plus au point, cette odyssée spatiale au rythme délétère, pourrait en laisser plus d’un sur le carreau, tant l’épure est le maitre mot d’un film qui prend des allures de survival aliéné aux multiples visions cauchemardesques.

C’est un film de Claire Denis dans le texte où elle s’amuse et prend un malin plaisir à faire déambuler sa caméra dans des couloirs bleutés ou rougeâtres, aime faire réfléchir les regards pour se faire éclater la déviance de ses personnages, et épuise au maximum le rythme de son film pour iconiser le surgissement de la violence.

Synopsis: Un groupe de criminels condamnés à mort accepte de participer à une mission spatiale gouvernementale, dont l’objectif est de trouver des sources d’énergie alternatives, et de prendre part à des expériences de reproduction…

Bande annonce – High Life

Fiche technique – High Life

Réalisateur : Claire Denis
Scénario : Claire Denis et Jean Pol Fargeau
Interprétation : Robert Pattinson, Juliette Binoche, Mia Goth
Photographie : Yorick Le Saux
Maisons de production : Pandora Film Produktion, Alcatraz Films, The Apocalypse Films Company, Madants,
Distribution (France) : Wild bunch Distribution
Durée : 110 min.
Genre : SF
Date de sortie : 7 novembre 2018

Festival Lumière 2018 : Roma d’Alfonso Cuaron, la nostalgie du passé

Honoré durant ce festival lumière 2018, Alfonso Cuaron en a profité pour nous présenter en avant-première et en salle de cinéma, son dernier film produit par Netflix, Roma. Après le succès monstrueux de Gravity, le mexicain délaisse les énormes studios américains pour se remémorer les souvenirs du Mexique des années 1970 qu’il a connu durant sa jeunesse. Ode à la nostalgie, déclaration d’amour aux femmes, Roma est l’itinéraire d’une famille unie malgré la dislocation et le portrait d’un pays foisonnant de diversité malgré les éruptions sociales violentes.

Roma est typiquement le genre de film intime, personnel où le réalisateur se sent enfin prêt à se livrer sur la pellicule. Tellement, qu’il s’est lui même occupé aussi du scénario, de la photographie et du montage du film. Après Gravity, et sa grandiloquence visuelle mémorable, quoi de mieux que de retourner aux sources, pour enfin essayer de déchiffrer une partie de sa vie. Roma n’est pas à proprement parler autobiographique, mais s’inspire selon le réalisateur, de beaucoup d’éléments de son enfance et suit le quotidien d’une femme de maison, Cléo. Et cela se voit à l’écran tellement on ressent une douceur, une bienveillante avec laquelle la caméra scrute délicatement les personnages. Alfonso Cuaron délaisse la pesanteur étouffante de Gravity, la noirceur baroque de Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban ou l’urgence mortifère de Les Fils de l’Homme.

Cette fois ci, Roma est une ballade douce et amère, dramatique et héroïque. Les mouvements de caméra se font plus légers, les travellings plus lancinants, aimantés par les détails de la maison familiale laissant la petite famille rigoler, se déchirer ou courir de tous les côtés. Roma est une mosaïque de moments de vie, d’une épouse laissée à l’abandon, tout comme sa femme de maison lâchée par son compagnon après l’annonce de sa grossesse. De ce noir et blanc puissant et évocateur, Alfonso Cuaron se saisit une nouvelle fois de ses thèmes de prédilection avec un humanisme débordant : l’amour, la renaissance et l’espoir.

À travers ces notions, il construit des héroïnes du quotidien, parfois balbutiantes et isolées face à une masculinité absente et menaçante, mais toujours les pieds sur terre pour faire grandir la petite famille. Il est intéressant de voir qu’on passe d’une scène à une autre, avec une grande fluidité, sans que l’on sache où le film va nous amener : comme si le cinéaste s’était détaché de toute entrave scénaristique, et nous montrait des bribes de souvenirs, des disputes entre enfants, des accolades réconfortantes, ou des ricanements entre filles.

Cependant, le cinéaste ne s’arrête pas au simple horizon de ses personnages, et comme à son habitude, adore construire un environnement riche en détails, tant au premier plan de son cadre, qu’à l’arrière-plan. Il dessine, avec tendresse les murs d’une maison aux allures aisées, se souvient de ces grandes salles de cinéma qui ont construit sa cinéphilie, ou de ces petits restaurants en famille, de cette mer matricielle symbolisant la renaissance, mais du même côté n’oublie pas les bidonvilles vagabonds de ces petites gens sauvées par les arts martiaux et la horde sociale qui rugit et se meurt par le feu. La puissance de Roma, ne provient pas seulement de ses personnages, mais aussi de cette représentation esthétique du Mexique, évocatrice et symbolique sans que le cinéaste prenne parti ou immisce une quelconque revendication militante.

Alors qu’on avait quitté Alfonso Cuaron avec deux films à l’urgence immersive, Roma est un regard en arrière nostalgique, non sans douleur, qui s’avère d’une humilité déchirante, d’une empathie communicatrice où le réalisme devient naturalisme. À chaque recoin du cadre, à chaque mouvement de caméra, on imagine l’enfant qu’était Alfonso Cuaron en train de se souvenir de sa propre vie construisant mentalement son propre roman photo et rendant hommage aux femmes qui ont fait l’homme qu’il est devenu.

Synopsis: Ce film fait la chronique d’une année tumultueuse dans la vie d’une famille de la classe moyenne à Mexico au début des années 1970.

Bande annonce – Roma

https://www.youtube.com/watch?v=ColFKJzVvkk

Fiche technique – Roma

Réalisateur : Alfonso Cuaron
Scénariste : Alfonso Cuaron
Photographie : Alfonso Cuaron
Montage : Alfonso Cuaron
Productions: Participant Media
Genre : Action, Espionnage
Distributeur : Netflix France
Durée : 2h15mn

Festival Lumière 2018 : Alfonso Cuaron, l’immersion de l’humain

Le festival Lumière 2018 part en trombe et dévoile l’éventail de son programme éclectique et d’une richesse cinématographique certaine. Cette année, les cinéastes qui aiment utiliser l’image et le cadre à des fins de réceptacle à la narration, qui épousent l’esthétisme parfois à outrance pour magnifier l’environnement de leur film sont mis à l’honneur : après avoir parlé de Claire Denis, nous pouvons nous pencher sur Alfonso Cuaron. Réalisateur mexicain habitué des plans-séquences, qui nous présentera en avant-première pendant le festival, son dernier film Roma.

Alors que Claire Denis, elle, avait une attache particulière au désir et à la sensualité marginale du corps, Alfonso Cuaron est un réalisateur à l’humanisme un peu plus exacerbé et où l’immersion est le maitre mot de la dimension même qu’il veut donner à son cinéma. Humanisme, car si l’on gratte le vernis d’une mise en scène tentaculaire, se cache un réalisateur qui a un amour assez fou pour ses personnages. La première notion qui nous vient en tête en pensant aux films du cinéaste est le terme « survie ». La survie est une variable qui anime les pulsations visuelles et narratives de ses films : que ça soit la jeunesse débridée de Et…ta mère aussi, de Harry Potter face aux « détraqueurs », de cette jeune mère dans Les fils de l’Homme et surtout cette astronaute dans Gravity. Cette survie, qui est autant sociale que vitale, amoureuse que familiale, pousse les personnages d’Alfonso Cuaron dans leur dernier retranchement, à se poser des questions existentielles, leur fait toucher du doigt le labeur de la vie et les amène vers des contrées vertueuses de dépassement de soi, pour combattre un deuil ou se mettre sur la voie d’une renaissance personnelle.

Gravity et Les Fils de l’Homme en sont le plus bel exemple car ils matérialisent le fait que l’humain et sa condition sont au cœur de la synergie même du cinéma du mexicain : soit par un réalisme proche du documentarisme ou soit par la métaphore visuelle. Pourtant, nous pourrions facilement croire qu’un esthète de sa trempe puisse se soucier guère de l’écriture de ses personnages. Cependant, derrière des plans-séquences impressionnants, une pyrotechnie d’effets merveilleux (comme sur Gravity), cette magie de la mise en scène comme si nous étions dans une séance de parc d’attractions, c’est l’image et cet environnement visuellement terrassant qui suivent avec une attention bienveillante le cheminement des protagonistes.

La caméra et le personnage ne font qu’un : ce qui donne une urgence tangible aux films d’Alfonso Cuaron, chose rare dans le cinéma actuel, grâce notamment à l’aide de son directeur de photographie Emmanuel Lubezki, qui travaille également pour Alejandro González Inárritu et Terrence Malick. Là où Malick est plus céleste et contemplatif dans sa démarche, là où Inárritu se veut plus rationnel et psychologique dans sa manière d’appréhender les angles de vue de Lubezki, c’est l’énergie vitale et l’immersion physique qui gouverne dans les films d’Alfonso Cuaron. Le ressenti du spectateur, l’expérience presque organique que l’on perçoit devant un film d’Alfonso Cuaron est assez prodigieuse. Cette qualité de montage, ce perfectionnisme, cette logistique sur la temporalité ou même cette aptitude à immerger le spectateur dans un espace restreint diffusent l’émotion dramatique qui émane de ses œuvres.

Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban avait déjà prouvé la facilité déconcertante du réalisateur à imbriquer les codes du blockbuster, qui sont parfois ceux du pur divertissement, avec ses velléités d’auteur. Ce qui lui permet de jouer avec les genres cinématographiques avec la plus grande des singularités, allant du post apocalyptique, la science-fiction ou même le road movie.  Il arrive ainsi, par exemple, à revitaliser une franchise comme celle des Harry Potter, en donnant au troisième opus un esprit presque gothique et une ambiance baroque. La linéarité du scénario de ses films n’est qu’un écran de fumée, comme dans Et…ta mère aussi, et dévoile une mise en scène au service de l’humain, où l’espoir devient l’arme principale pour vaincre les obstacles de la vie.

Festival Lumière 2018 : Les Fils de l’Homme d’Alfonso Cuaron, une dystopie incroyablement réaliste

Le Festival Lumière 2018 vient de démarrer, et une fois encore, il nous propose un riche éventail de films à découvrir ou à redécouvrir. A commencer par l’un des films les plus importants du début des années 2000 : Les Fils de l’Homme d’Alfonso Cuaron. Pamphlet politique sur la survie de l’humanité, film d’anticipation dystopique, fin du monde annoncée, film de guérilla urbaine, cette œuvre est d’une profondeur de champ incontestable.

Le coup de maître du film se mesure à plusieurs niveaux. Premièrement, par son récit qui mêle la petite histoire à la grande Histoire : là où l’avenir d’un seul être pourrait changer le sort de l’humanité. Dans une période dystopique où l’humanité se meurt, se déchire, par la guerre, le terrorisme ou les maladies, l’Homme est devenu infertile et court à se perte. Heureusement, une femme est miraculeusement tombée enceinte et devient un joyau qui se doit d’être protégé, caché des instrumentalisations et autres velléités politiques et gouvernementales. Surtout dans une société britannique militariste qui chasse et tue les migrants dans des « camps de concentration ».

De par son univers à la fois futuriste, presque post-apocalyptique sur certains plans, mais aussi très proche de la réalité dans laquelle nous vivons ou d’une réalité pas si lointaine, Les Fils de L’Homme nous permet de nous identifier très facilement à ce contexte social et sociétal mouvementé et en dégringolade totale. Derrière sa maîtrise formelle, qui est l’atout majeur du film et son épicentre cinématographique, le film arrive à tirer son épingle du jeu par l’intelligence de son propos et par sa capacité à traiter de nombreux sujets d’actualité avec pertinence (communautarisme, immigration, croyance en Dieu, liaison entre activisme et terrorisme). Comme The Handmaid’s Tale, adapté récemment en série, Les Fils de L’homme utilise le miroir d’une société d’anticipation pour mettre en exergue les problèmes auxquels nous devons faire face de nos jours.

Là où les riches sont isolés et indifférents aux pauvres, là où chaque religion crie son bien fondé à chaque coin de rue, là où le désert affectif est devenu une gageure, le tissu social s’est effondré dans ce monde futur, rendant chaque endroit potentiellement dangereux. Des films dystopiques, des œuvres proches de la science-fiction qui se réapproprient le présent, ce n’est pas forcément ce qui manque dans le paysage littéraire ou audiovisuel. Alors, pourquoi Les Fils de L’Homme est-il aussi impressionnant et mérite-t-il qu’on s’y attarde un peu plus ? Sa mise en scène tout en plan séquence. Au-delà de sa virtuosité, de la beauté de sa photographie grisâtre qui rend honneur à cet environnement en déliquescence, de ses nombreuses scènes de bravoure de guerre, l’utilisation même du plan séquence permet une immersion qui n’a pas son pareil.

Une cohérence entre le fond et la forme, qui permet au film de capter la puissance même de son sujet. L’urgence de la situation est admirablement bien retranscrite par cette réalisation qui joue parfaitement avec la notion de temporalité, et qui accentue encore la tension qui émane du récit. D’une histoire fictionnée, Alfonso Cuaron signe un pamphlet palpable, dessine une zone de guerre plus vraie que nature, comme si la caméra provenait d’une source amateure ou d’un journaliste en train de nous faire visionner un reportage de guerre. C’est de cette capacité à agripper le réel, à afficher un réalisme chorégraphié par le plan séquence, cette continuité sans relâche dans la construction du récit, que la mise en scène prend toute sa force. On ne demande pas forcément à une mise en scène qu’elle soit esthétique, mais qu’elle enrichisse l’œuvre : le film ne tombe jamais dans le vide, la mise en scène devient elle-même un réceptacle à l’information et au discours politique du film.

Synopsis: Dans une société futuriste où les êtres humains ne parviennent plus à se reproduire, l’annonce de la mort de la plus jeune personne, âgée de 18 ans, met la population en émoi. Au même moment, une femme tombe enceinte – un fait qui ne s’est pas produit depuis une vingtaine d’années – et devient par la même occasion la personne la plus enviée et la plus recherchée de la Terre. Un homme est chargé de sa protection…

Bande annonce – Les fils de l’Homme

Fiche technique – Les fils de l’Homme

Réalisateur : Alfonso Cuaron
Photographie : Emmanuel Lubezki
Sociétés de production: Universal Pictures
Distributeur : United International Pictures
Durée : 110 minutes
Genre : Thriller/Anticipation
Date de sortie : 18 octobre 2006

Ghoul : la mini-série indienne Netflix qui en a une belle

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Vous pensez que l’Inde ne fait que des telenovelas cheap avec des effets spéciaux dignes d’un projet de cinéma de CE1 d’Angoulême ? Alors préparez-vous à changer d’avis avec Netflix et sa mini-série Ghoul.  

Another BRICS in the wall. Netflix a bien retenu ses cours d’histoire-géographie puisqu’elle a saisi que le développement de sa marque et du mur de contenus aux quatre coins du globe se ferait par des productions dans des pays en développement. Bien que le géant américain ne se soit pas encore incrusté chez ces bons vieux Poutine et Xi Jinping (À quand la Guerre Froide du Divertissement ?), ou encore même en Afrique du Sud, elle a déjà conquis le Brésil avec sa série 3%, sortie en 2016.

Depuis, le producteur mastodonte s’est aventuré en terre indienne avec Sacred Games. Avec la deuxième population mondiale, l’Inde s’apparente comme le pays idéal pour un développement du divertissement, d’autant plus quand la Chine vous bloque l’accès. Fin Juillet sort donc une mini-série horrifique en 3 parties sur la Goule, une sorte de Djinn créature issue de la mythologie arabe et perse. Un synopsis simple pour une série courte : une nouvelle interrogatrice arrive dans une prison secrète servant de lieu d’interrogatoire au fin fond d’une Inde futuriste et totalitaire. Mais tous les détenus ne semblent pas être humains.

Amateur de cuisine indienne et toujours prêt pour une soirée d’horreur, il n’en fallait pas plus pour me faire livrer à manger ! Alors à table pour déguster ce met indien concocté par le chef Patrick Graham, et अच्छी भूख (Google Traduction est ton ami).

Une ambiance presque parfaite

Un film d’horreur sans ambiance, c’est comme Nadine Morano dans un mariage sénégalais. Ça peut faire peur, mais c’est pas crédible. La mini-série indienne des producteurs de Get Out ne lésine pas sur les moyens concernant cet aspect, malgré seulement 3 épisodes.  

À peine les samosas sabzi servis sur ma table basse que la série débute avec un raid militaire dans un lieu délabré et sombre, se projetant presque dans une session d’Urbex qui a dégénéré en partie d’airsoft. Le GIGN hindou avance doucement mais sûrement, l’équipe d’en face semble quelque peu désemparée. Le match est clairement déséquilibré quand on aperçoit un homme tout chétif tituber vers l’escouade militaire pour leur prononcer ces mots : “ Tout le monde est mort “.

Tout aurait pu s’arrêter sur ce forfait, mais c’était sans compter sur la jolie scarification qu’avait sur le bidou le pauvre jeune homme et la détermination de la brigade pour trouver leur cible : Ali Saeed. L’escouade progresse jusqu’à le trouver. Et là, sans animosité, il va marmonner quelques sombres paroles pour convaincre le leader, d’une facilité déconcertante, dans une salle dont la pénombre nous rappelle nos sombres cauchemars enfantins.

Et c’en est fini pour «l’horreur» du premier épisode. Ces 7 premières minutes auront pour but de vous mettre l’eau à la bouche et un peu de Djinn dans les tripes. S’en suit sur la totalité de l’épisode un flash-back d’un mois pour instaurer le cadre.

Nous sommes dans une dystopie indienne, où l’on pratique des autodafés qui ne sont pas sans rappeler, à demi-mesure bien entendu, ceux du 10 Mai 1933 procédés par les nazis. Et, de fil en aiguille, on y découvre un milieu où règne un régime totalitaire, l’Armée, jugeant les écrits comme séditieux et procédant à des actes “ nécessaires “ pour les individus ayant besoin de “ rééducation “.

C’est ainsi en tout cas que les qualifient Nida, le personnage principal, endoctrinée par l’Académie, les SS indiens, au grand dam de son père, professeur de philosophie, qui lui fuit son foyer avec ses notes de cours. Désaccord qui aboutira à une vilaine délation de la part de Nida, ajoutant un aspect encore plus inhumain à cet environnement bien que trop connu dans nos livres d’histoires et dans la mémoire de nos aïeuls.

L’histoire se poursuit avec cette Nida qui, grâce à son éducation reçue à l’Académie, se verra être emmenée en mission au Meghdoot 31, un centre d’interrogatoire avancé. Le cadre cellulaire de la prison qui n’a “ qu’une seule porte d’entrée et de sortie “ et dont les routes inondées signent comme un piège au spectateur : après un petit tour dans cette néo-Inde totalitaire, le tchou-tchou touristique s’arrête en gare carcérale pour nous laisser confinés dans cet environnement qui demeure assez similaire à l’ambiance mortifère et sadique de Saw.

La lumière est très bien maîtrisée et n’a rien à envier aux meilleures productions du genre, affaiblissant nos iris pour nous imaginer être dans la peau de ces (pauvres) personnages. On se projetterait presque dans une partie de Resident Evil, manette à la main prêt à casser des crânes. La BO, lourde, est utilisée aux moments opportuns et ne dégrade en rien les tensions oscillatoires.

À noter également que certains acteurs indiens ne recevront pas de distinctions internationales tant qu’ils surjoueront autant que ne peut le faire Neymar sur un terrain de football (Coucou Ratnabali Bhattacharjee).

Après le visionnage de ce premier épisode, il est vrai qu’il est assez difficile de se projeter dans l’horreur, et l’on reste aussi sceptique sur la dimension terrifique à venir. Il n’empêche qu’on ne peut enlever à la série de vouloir prendre son temps et de placer un environnement totalitaire pesant au détriment d’une narration aussi soporifique qu’un débat sur “ Qui est le plus beau entre Henry Fonda et Charlton Heston ? “ dans une maison de retraite.

Votre créature : avec ou sans badassitude ?

Avec un poulet tikka masala accompagné de son environnement si calfeutré, il aurait été dommage d’avoir Tinki Winki en tant que figure menaçante dans cette mini-série des producteurs de Paranormal Activity. Que les aficionados du genre se rassurent, le Ghoul vous mettra autant la pression qu’un huissier au pas de votre porte. Issue de la mythologie arabe et perse, cette créature a pour particularité de changer de forme comme Manuel Valls de veste, prenant souvent l’aspect d’une hyène ou d’une femme dans les contes de Mille Et Une Nuits. Charognard avide de chair humaine, cette classe de djinn profite de ses pouvoirs pour assouvir ses besoins. Quoi de mieux donc d’une créature métamorphe pour ajouter une pincée de sel dans ce bol d’inquiétude ambiante ?

Et là intervient justement la subtilité et la jonction entre l’environnement et la créature. À l’instar des dernières productions du genre, comme The Terror, on se joue de la perception du spectateur afin de créer un film horrifique d’ambiance. Il vous faudra attendre la moitié de la série pour rentrer dans le vif du sujet et constater le réel potentiel de cette menace lors d’une scène d’interrogatoire aussi absorbante qu’une conférence gesticulée de Franck Lepage. Cette scène annonce le tournant et plonge (enfin) le spectateur dans l’horreur.

Mêlant langue araméenne et torture à la Guantanamo, la classique opposition du tortionnaire dominé et du torturé dominant fait mouche. À coup de provocations et avec un sang froid digne d’un Heisenberg des grands soirs, le duel psychologique débute et la tension monte crescendo à la hauteur d’un débat présidentiel Marine Le Pen vs Jean-Luc Mélenchon.

Côté peur, ne vous attendez pas à sauter du lit non plus. Rares sont les moments où la Goule montre la sienne. Cependant, le peu de fois sont convaincantes, notamment sur le premier protagoniste terroriste. C’est sur sa raréfaction qu’elle l’est justement, tout autant que son maquillage blafard et la noirceur de ses rétines symptomatiques de la possession vous plongera dans les bras d’Hadès.

N’espérez pas non plus une escalade de violence qui peut vite devenir vicieuse. Au-delà de quelques brefs passages sanguins où l’on devine qu’on n’est pas loin du festival espagnol de la tomate, la mini-série des producteurs d’Insidious sait jouer sur l’imaginaire du spectateur pour ne pas surjouer dans le gore à la Saw. Pas de quoi en perdre la tête donc, sauf pour certains …

J’ai apporté la critique sociétale

Le kulfi servi, c’est presque l’heure de passer à l’addition. Avec un fin qui ne nous laisse pas sur notre faim, notre gourmandise nous ferait presque demander une saison 2 à Netlflix tant elle ouvre l’appétit. Mais il y a ce petit goût qui reste en bouche, celui d’une mini-série qui profiterait de l’horreur pour nous faire cogiter sur une critique plus profonde, au-delà d’un simple divertissement terrifique.

La créature aura joué sur la psychologie des personnages pour les faire sortir de leurs gonds, en sachant appuyer là où ça fait mal : dans son for intérieur et dans les secrets qui y sont enfouis. La culpabilité joue une place prédominante dans le pouvoir de la créature, allant même jusqu’à les manipuler pour faire ressortir leurs instincts les plus primitifs. Et si l’on se penche au-delà de la trame horrifique, il y a, à mon avis, un vrai message sociétal contemporain, même si Patrick Graham insiste sur le fait qu’aucun groupe social n’est visé.

J’énonçais en introduction mes cours d’histoire-géographie, alors faisons-en un concis pour comprendre le contexte géopolitique. Depuis des siècles, la frontière entre l’Inde et le Pakistan est une vraie poudrière. L’Inde, bien que constitutionnellement laïc, entretient une rivalité ancestrale voire une haine viscérale avec son voisin pakistanais où l’Islam est la première religion et ce depuis les dynasties présentes bien avant la colonisation. Ces rivalités religieuses s’étalent dans d’autres domaines : culturels, économiques et sociologiques entre autres.

La subtilité provient de cette double-culpabilité : celle qui est instaurée pendant les interrogatoires, qui sert le récit et font agir les protagonistes à leur insu dans une dystopie qui ne semble pas avoir fait table rase du passé, bien au contraire. Et celle sous-jacente, bien réelle et qui conserve des tensions ancrées dans les mœurs de cette région du monde.

La question n’est pas de savoir si la faute est jetée à l’Inde avec sa stratification sociale en castes ou le Pakistan avec ses nombreuses attaques depuis les dernières décennies (l’incendie du 27 Février 2002 à Godhra, l’attaque à la bombe du 25 Mars 2003 et les attaques terroriste du groupe des Moudjahidin du Deccan en Novembre 2008 à Bombay ou bien le triple attentat du 7 Mars 2006 à Bénarès) mais à des tréfonds bien plus universels tels que sont les vices humains.

En effet, Ali Saeed est désigné comme terroriste musulman et Nida est quant à elle une membre lobotomisée de l’Armée. De ce côté-là, c’est un match nul pour la connerie humaine. Mais elle peut nous interroger sur « Comment réagirais-je dans un cas si extrême auquel le personnage est confronté ? ». Car comme disait Yoda : la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance. Et c’est cette escalade d’émotions négatives qui obligent les esprits les plus pervers à jouir de leur statut, d’autant plus dans un régime totalitaire. Et c’est ce qui est soumis dans cette scène d’interrogatoire qui finit en contrôle technique avec pinces crocodile et barbecue pakistanais.

Et c’est la question que l’on peut se poser. Si l’on en suit l’étymologie, terroriste provient du mot terreur (assez logique en soit). Dans une mini-série où la terreur prend place dans le corps d’un terroriste, ne serait-ce pas là confronter le spectateur à son jugement et ses réactions face à la peur de la terreur ? Se mettre face à lui-même et dans la peau du tortionnaire pour constater si oui ou non la peur atténue la violence en cas de domination ? Question philosophique à laquelle aurait pu répondre le père de Nida si son apparition n’avait pas été aussi courte que celle de Ned Stark dans Game Of Thrones.

En conclusion, Netflix a plus que réussi son pari et a bien flairé le filon Bolywood pour produire ses contenus sur le continent asiatique, qui plus est dans un registre horrifique qui lui sied comme un gant. Le choix d’une mini-série paraît est même très judicieux puisqu’une soirée (ou un repas même) suffira pour visionner Ghoul d’une traite. En attendant le digestif, un peu de Djinn ne serait pas de refus pour une deuxième tournée.

Ghoul : Bande-annonce

Ghoul : Fiche Technique

Créateurs : Patrick Graham
Réalisation : Patrick Graham
Scénario : Patrick Graham, Kartik Kirshnan, Sarang Sathaye
Interprétation : Manav Kaul (Colonel Sunil Dacunha), Radhika Apte (Nida Rahim), Rohit Pathak (Capt. Lamba), Ratnabali Bhattacharjee (Laxmi Das), Sunil Soni (Ray), Kailash Kumar (Rajan), Harry Parmar (Gupta), Mahesh Balraj (Ali Saeed)
Image : Jay Oza, Jay I. Patel
Musique : Naren Chandavarkar, Benedict Taylor
Montage : Nitin Baid, Patrick Graham
Direction Artistique :
Costumes : Shruti Kapoor
Production : Jaso Blum, Dipa de Motwane, Tanvi Gandhi, Michael Hogan, Kilian Kerwin, Madhu Mantena Varma
Société de Production : Blumhouse Productions, Invahoe Pictures, Phantom Films
Genre : Drame, Fantaisie, Horreur, Science-Fiction
Format : 45 minutes
Diffusion : Netflix

Festival Lumière 2018 : Claire Denis, une cinéaste du corps et de l’image

Du 13 octobre au 21 octobre 2018, le Festival Lumière de Lyon réouvre ses portes. Une occasion pour nous, de se remémorer des souvenirs de cinéma et de se replonger dans la filmographie de certains artistes mis en valeur cette année. Aujourd’hui plongeons nous dans l’univers brumeux et contemplatif de Claire Denis, qui présentera en avant-première cette semaine son dernier film, High Life.

Claire Denis est aventureuse. Elle exploite la moindre parcelle du cinéma pour l’irriguer de sa personnalité, de son envie de profondeur de champ qui s’exprime par le trouble. Loin des carcans que peut nous offrir le cinéma français en général, la cinéaste, un peu comme Gaspar Noé, même si ce n’est pas le même style, se sert de la caméra pour hypnotiser son auditoire et lui faire ressentir la marginalité vagabonde de la plupart de ses protagonistes : allant des cannibales mélancoliques de Trouble Every Day aux militaires renfermés aux désirs inavoués de Beau Travail en passant par cette amoureuse en perdition et hilare dans Un beau soleil intérieur.

C’est fascinant de voir à quel point Claire Denis sait changer de registre dans sa manière d’accompagner l’errement de ses personnages. La cinéaste est capable de se muer dans le cinéma de genre pour ouvrir son regard d’auteur. Là où l’image aime souvent se rapprocher des corps, scruter la chair dans ce qu’elle a de plus déstructurée et sanguinolente, voir l’enveloppe corporelle décharnée comme un magma bouillonnant de pulsions et de mouvements, les films de Claire Denis prennent aussi ce contre-pied organique par le biais du rythme.

Souvent lancinant, crépusculaire, ce décalage rythmique laisse l’environnement citadin (Trouble Every Day) ou Africain (Chocolat ou White Material) respirer et s’étendre, permettant de s’enrouler autour d’ombres et d’isoler les protagonistes comme s’ils étaient dans un lieu inquiet que la cinéaste filme. Cette candeur dans le montage, et cet accompagnement monolithique fait du cinéma de Claire Denis, un cinéma aussi organique que vaporeux. Là où les corps explicitent le mystère des comportements, le récit aime jouer sur l’implicite. Il veut volontairement taire le dialogue, et faire naître les non-dits qui pèsent et amplifient le poids même de la torpeur, que cela soit à travers la nature cannibale de Trouble Every Day ou même la nature de la relation presque « amoureuse » du triangle militaire dans Beau travail.

Claire Denis est une cinéaste qui aime laisser les choses vivre, comme aime le faire Wim Wenders avec qui a elle a travaillé. Cette dualité entre le palpable et l’indicible vient aussi du fait que l’un des fils rouges de la cinéaste est le thème du désir, celui que l’on a pour l’autre, celui que l’on a pour sa terre et ses origines, celui qui nous rattache à la vie et à un but. Le désir chez Claire Denis consent à démultiplier le déchirement que l’on a avec l’autre. Il est une chose qui bizarrement tend à nous détacher de nos congénères tout en nous agrippant à une catharsis qu’il serait difficile d’analyser.

A la fois épuré, esthétique, dévorant (Trouble Every Day), social (35 rhums) ou même antipathique et horrible (Les Salauds), le désir des personnages est de l’ordre de l’intime, sensualité par l’image et le filmage, où la libido extirpe le monstre ou le marginal qui est en chacun d’entre nous, une pulsion de vie et de mort indescriptible, et qui prend une dimension inconnue dont la définition devient indéchiffrable. Il n’y a aucune imposture, ni parti pris opportun dans le cinéma de Claire Denis. Au contraire de ce séisme cinématographique qui semble avoir ses racines (l’Afrique et sa cohabitation avec le monde avec 35 Rhums notamment), on y trouve une réelle liberté, un cinéma politique non politisé qui semble parfois antinomique avec notre époque.

A travers son style, elle crée un monde en fusion qui gît dans une forme d’intemporalité triste, un chaos intime, à l’image de ces moments fabuleux dans Trouble Every Day lorsque la bande son des Tindersticks retentit. Là où Claire Denis est un point de raccroche français avec le cinéma de Wenders et de Jim Jarmusch, provient de son amour pour les anti héros. L’obscurité qu’elle entrevoit par la lumière ou inversement, où le commun des mortels est félicité par sa normalité ou sa bizarrerie ( son empathie pour ses vampires sanguinaires dans Trouble Every Day) dans un monde où les mots n’ont pas forcément une importance exceptionnelle : c’est l’image qui prédomine, le regard de chacun où Claire Denis s’insère dans la petite histoire pour agencer la grande.

Les cinq festivals à faire absolument avant d’avoir 50 ans

Lorsque l’on fête ses 50 ans, on se rend compte que la vie a défilé à toute allure. On fait le bilan sur ce qu’on a manqué et l’on essaie de rattraper le temps perdu. Si vous n’en êtes pas encore à cette période de la vie, et afin de n’avoir aucun regret, après avoir pris connaissance des cinq meilleurs endroits à visiter avant vos 50 ans, nous vous présentons les cinq festivals à faire absolument. Musique, atmosphère, lieu et dates, nous vous dirons tout afin que dès maintenant vous puissiez vous préparer à partir à l’aventure et conquérir la musique.

Sziget Festival à Budapest

Le Sziget Festival Budapest se déroule durant le mois d’août à Budapest, la capitale de la Hongrie, et plus précisément sur une petite île sur le Danube. Bien évidemment, les concerts de rock, hip-hop et pop sont le cœur de ce festival, mais pas seulement : dès que vous franchissez les portes du festival, vous êtes transportés dans un univers où tout semble possible, et où vous pouvez être qui vous souhaitez, d’où le surnom de « l’île de la liberté », « the island of freedom » en anglais. Avec votre ticket d’entrée, vous avez l’occasion de vivre cette ambiance surnaturelle et éclectique de jour comme de nuit pendant toute la durée du festival, grâce à l’accès offert aux zones de camping. À toute heure, vous pourrez profiter de la musique, de l’art, des activités, des gourmandises et des nombreuses rencontres qui sont au cœur du Sziget Festival.

De la musique, mais pas seulement

Une semaine de musique, c’est magique, mais c’est encore mieux lorsque l’on a à portée de main de nombreuses autres activités. Les possibilités sont infinies et vont du cours de yoga, au volleyball sur fauteuil roulant, en passant par les leçons de danse. Ce festival est également une opportunité d’ouvrir son esprit à l’art et de découvrir des peintures et des sculptures, ou de créer sa propre œuvre d’art. Le Sziget Festival est aussi une fabuleuse occasion de visiter Budapest et son architecture hors du commun, ainsi que les Széchenyi Baths pour faire une pause et prendre un peu de temps au calme et se détendre.

Coachella aux États-Unis

Coachella est l’un des plus colossaux et des meilleurs festivals de musique aux États-Unis dont le rayonnement est international. Le principe consiste en un gigantesque rassemblement de personnes dans le désert dans le courant du mois d’avril, vêtus de robe et de couronne à fleurs, autour d’un très grand nombre d’artistes et de groupe comme Guns N’ Roses, LCD Soundsystem et Calvin Harris mais aussi Ice Cube, Zedd, A$AP Rocky, Sia et Major Lazer. Ce festival jouit d’un emplacement idéal en Californie, il permet donc d’attirer de très nombreuses célébrités issues du monde du cinéma, de la télévision et évidemment de la musique, qui viennent profiter de l’ambiance unique de cette fête gigantesque. Pour l’anecdote, Coachella est un festival qui affiche toujours complet avec 99 000 places qui sont vendues chaque week-end, ce qui représente un total de 198 000 billets au total. Il faudra vous armer de patience et vous y prendre le plus tôt possible, si vous aussi vous souhaitez vivre cette expérience hors du commun.

Tomorrowland en Belgique

Tomorrowland, c’est avant tout un cadre naturel magnifique et une ambiance féérique qui immerge ses adeptes dans une expérience à la fois incomparable et inoubliable. Chaque année, en juillet, pendant trois jours, vous êtes plongé dans un univers unique, tel un monde de fantaisie. 400 DJs sont présents chaque année afin de jouer vos musiques préférées sur un ensemble de seize scènes aussi atypiques les unes que les autres. Pour l’anecdote, la ville dans laquelle se déroule le festival porte le nom étrange de Boom, de quoi se mettre dans l’ambiance dès votre arrivée sur les lieux. Attention à faire très vite pour réserver votre place pour l’évènement le plus prisé de toute la Belgique, car les tickets sont généralement vendus en une minute après leur mise en ligne.

Le grandiose Fuji Rock au Japon

Le Japon est un pays fabuleux pour les festivals de musique, et notamment en été. Le Fuji Rock est le plus grand et le plus populaire des festivals du Japon. Il faudra réserver son séjour le dernier week-end de juillet, du vendredi au dimanche, pour profiter de 72 heures de musique non-stop. Tandis qu’on y va principalement pour le rock et ses artistes de qualité, tous les genres sont représentés, comme les groupes indépendants, la musique japonaise et les groupes populaires du monde entier. Ainsi, ce festival est ouvert à tous les goûts et surtout à tous les âges, même les plus jeunes qui trouveront des activités qui leur sont spécifiquement dédiées !

Les bonus qui rendent le Fuji Rock encore meilleur

Comme la plupart des festivals, le Fuji Rock ne se limite pas qu’à ces 72 heures de concert. La fête commence même le jeudi soir avec une « préparty » gratuite et pleine de surprises, dont des groupes connus et des feux d’artifice. Pour se sentir au plus près de cette communauté rassemblée par l’amour de la musique, le camping est une excellente idée, et permet à tous de se serrer les coudes, et de tisser des liens. Enfin, dernier bonus, mais pas des moindres : la cuisine est à tomber par terre, et tous les goûts seront comblés.

Le festival Nos Primavera Sound à Porto

Le festival Nos Primavera Sound à Porto, qui se déroule chaque année au mois de juin, est l’un des plus amusants d’Europe dans lequel se retrouvent un grand nombre de groupes indépendants du moment ainsi qu’un public survolté. L’année dernière, le festival a pu compter sur des groupes comme Hot Chip, Pulp, Foals ou encore Pixies qui se sont produits sur six scènes extérieures au bord de l’eau au Parc del Fòrum. Les fans apprécient l’évènement pour ses groupes avant-gardistes, l’architecture du lieu qui est magnifique, mais aussi pour les consommations peu onéreuses comme c’est le cas du vin à 2 euros. Pour la petite histoire, ce festival est la petite sœur du Primavera Sound de Barcelone qui existe depuis 2005. La version portugaise sera idéale pour les personnes souhaitant profiter des charmes de la deuxième ville du pays après Lisbonne.

« Sources » : https://www.timeout.com/london/music/ten-reasons-to-go-to-a-festival-in-porto https://www.timeout.com/london/music/ten-reasons-to-go-to-a-festival-in-porto https://www.cntraveller.com/gallery/best-festivals https://www.cntraveller.com/gallery/best-festivals https://www.cntraveller.com/gallery/best-festivals https://www.cntraveller.com/gallery/best-festivals http://fujirock.com/?p=577 http://fujirock.com/?p=577 https://edmmaniac.com/why-you-need-to-visit-tomorrowland/ https://edmmaniac.com/why-you-need-to-visit-tomorrowland/ https://www.jonesaroundtheworld.com/best-camping-music-festivals-in-california/ https://www.jonesaroundtheworld.com/best-camping-music-festivals-in-california/ https://www.tripping.com/guides/best-biggest-music-festivals-world/ https://www.tripping.com/guides/best-biggest-music-festivals-world/ https://szigetfestival.com/fr/ https://szigetfestival.com/fr/ https://www.dontforgettomove.com/sziget-festival-in-budapest-19-reasons-you-cant-miss/ https://www.dontforgettomove.com/sziget-festival-in-budapest-19-reasons-you-cant-miss/