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David Lynch : Sa vie, son œuvre en citations

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Il était une fois David Lynch

Un artiste global célébré pour son univers hanté, mystérieux et onirique, peuplé d’êtres angoissants, névrotiques qui renvoient une image d’une noirceur effrayante au spectateur…

David Lynch est Issu d’une famille presbytérienne d’origine finlandais. Il naît le 20 janvier 1946 dans le Montana, aux États-Unis. Il se destine d’abord à des études de peinture et fréquente les Beaux-Arts de Boston. Ce point est particulièrement important pour comprendre l’esthétisme surréaliste de son œuvre.

Comme beaucoup de génies, David Lynch est un artiste complet et multi facettes. A la fois, cinéaste, acteur, peintre, photographe, musicien, et designer, ce dernier est en constant processus de création artistique. Oui, « L’inconnu, c’est toujours excitant »…»

Il se lance ainsi dans le cinéma par curiosité, et réalise en 1976 son premier long-métrage Esarerhead, avec les moyens du bord. Inutile de rappeler ici la carrière cinématographique qui l’attend, ni les nombreuses récompenses qui l’accompagnent…

Parfois méprisé, parfois adulé, David Lynch a la réputation de « déranger, d’offenser ou de mystifier » son public.

C’est surtout qu’il déteste qu’on lui demande la signification de ses films : « Je ne vois pas pourquoi les gens attendent d’une œuvre d’art qu’elle veuille dire quelque chose alors qu’ils acceptent que leur vie à eux ne rime à rien ». Le ton est donné !

« Tous les films sont des rêves. Mais certains un peu plus que d’autres !»

« On n’est pas obligé de comprendre pour aimer. Ce qu’il faut, c’est rêver »

Son style novateur et surréaliste, parfois qualifié de « lynchien », est devenu reconnaissable pour de nombreux spectateurs et critiques. Il se caractérise par son imagerie onirique et sa conception sonore méticuleuse. « Le cinéma, c’est un désir très fort de marier l’image au son ». L’artiste a su créer un genre.

David Lynch a lutté toute sa vie pour défendre sa liberté de création, notamment vis-à-vis de ses producteurs. Et c’est bien le climat actuel de l’industrie cinématographique, les interminables négociations financières, et les compromis qu’il ne souhaite pas faire dans sa liberté artistique, qui semblent retarder un éventuel retour, pourtant maintes fois annoncé.

En 2013, il se confie à The Independent : « Le tableau est très déprimant. Avec le cinéma alternatif – toute forme de cinéma qui n’est pas mainstream – vous n’avez aucune chance d’obtenir de l’espace dans les cinémas et d’avoir des gens qui viennent voir [votre film]. Même si j’avais une grande idée, le monde est très différent aujourd’hui. Malheureusement, mes idées ne peuvent pas être qualifiées de commerciales et l’argent est vraiment aux commandes à présent. Donc je ne sais pas de quoi mon futur sera fait. Je n’ai pas la moindre idée de ce que je serai capable de faire dans le monde du cinéma. ». Et pourtant !…

Depuis 2005 et la création de sa fondation, il s’engage dans la promotion de la Méditation transcendantale.

Quant à sa vision du monde : « Le monde contemporain n’est peut-être pas exactement l’endroit le plus brillant où l’on puisse rêver de vivre. C’est une espèce d’étrange carnaval. Où il y a pas mal de douleur mais qui peut être assez drôle aussi »

« J’apprécie l’accessibilité de la télévision. Les gens sont dans leurs meubles, personne ne les dérange, ils sont au mieux pour entrer dans un rêve ». A l’occasion de la sortie Blue-Ray, le 29 juillet 2014, de sa série culte Twin Peaks (1990) en version longue, CineSeriesMag a décidé de lui rendre hommage en lançant une rétrospective de ses films et séries culte.

Filmographie David Lynch 

Longs métrages

  • 1977 : Eraserhead (Labyrinth man pour sa sortie en France)
  • 1980 : Elephant Man (The Elephant Man)
  • 1984 : Dune
  • 1986 : Blue Velvet
  • 1990 : Sailor et Lula (Wild at Heart)
  • 1992 : Twin Peaks (Twin Peaks, Fire Walk with Me)
  • 1977 : Lost Highway
  • 1999 : Une histoire vraie (The Straight Story)
  • 2001 : Mulholland Drive
  • 2006 : Inland Empire

Séries

  • 1990 : Twin Peaks
  • 1990 : American Chronicles
  • 1992 : On the Air
  • 1993 : Hotel Room (épisodes Blackout et Tricks)
  • 2002 : Rabbits
  • 2002 : Dumbland (8 épisodes) – dessin animé

 

 

CanneSéries 2018 : « State of happiness », le jour où la Norvège a basculé

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C’est une salle debout qui a applaudi l’équipe de State of happiness (Lykkeland) dévoilée à Canneseries. Présentée en compétition officielle à 24h du verdict du jury, la série norvégienne a été retenue parmi 130 autres, venant de 30 pays.

L’action se déroule pendant l’été 1969 dans la ville côtière de Stavanger et suit la vie de 4 personnages venant de milieux sociaux différents. Trois Norvégiens d’une vingtaine d’années, originaires de Stavanger jouent les rôles principaux. Christian Nyman (joué par Amund Harboe) est le fils d’un chef d’entreprise fiancé à la secrétaire de mairie et fille de fermiers Anna Hellevik (incarnée par Anne Regine Ellingsæter), Toril Torstensen (interprétée par Malene Wadel) travaille à la conserverie des Nyman et vient d’un milieu religieux. Le Britannique, Bart Edwards, joue le rôle du juriste américain de Philips Petroleum, Jonathan Kay, chargé d’annoncer aux Norvégiens qu’ils souhaitent mettre un terme à leur contrat.

Stavanger : du village de pêcheurs aux producteurs mondiaux de pétrole

Les chemins des 4 personnages convergent avant le boom du pétrole qui a permis à la Norvège de devenir l’un des pays les plus prospères au monde. Le soin apporté à la reconstitution des années 1960 est appréciable : les voitures, les vêtements, les coiffures, les personnes qui fument sans discontinuer, les téléphones, les boîtes de conserve ou les affiches, tout nous permet de nous transposer à cette époque.

Le pétrole est un personnage central de la série. Des images tournées sur les plateformes en mer, installées dans un milieu difficile et hostile, avec des vents violents et des vagues vigoureuses, nous permettent de ressentir au plus près la difficulté de la recherche de pétrole. En hiver, alors qu’il ne fait jour que pendant 5 ou 6 heures, avec un brouillard persistant et des températures basses, le travail de ravitaillement des plateformes est encore plus difficile. Sans compter les longues absences des personnages, dont les fiancées et familles souffrent tout en se raisonnant.
Pour l’anecdote, il faut savoir que, en juin 1966 lorsque Esso entreprend les premiers forages, personne en ville ne pense pouvoir trouver de l’or noir au large des côtes norvégiennes, ce qui est bien dépeint dans le 1er épisode. Les compagnies, notamment américaines rencontrent des problèmes dans leurs concessions du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, ce qui les incite à approfondir leurs recherches en mer du Nord. Stavanger est alors une ville paisible de quatre-vingt dix mille habitants qui vit essentiellement de la pêche, notamment de la sardine, ce qui permet à 60 % de la population de travailler. Longtemps surnommée hermetikkhovedstad, la capitale de la conserve, la ville connaît une crise économique importante du fait que la pêche au cabillaud et au hareng s’avère moins fructueuse qu’auparavant.
Au lendemain de Noël, en 1969, la société Philips Petroleum découvre un très grand gisement de gaz et de pétrole à 3000 mètres de profondeur à Ekofisk, au sud de la mer du Nord. Le réservoir contient 200 milliards de m3 de gaz et 240 millions de tonnes de pétrole*.

Le point de non retour

La série nous fait vivre le moment de la mutation que la ville espérait tant. La crise aidant, les habitants espèrent tous un changement, sans mesurer qu’il pourrait être aussi important. La question qui se pose assez rapidement est celle de savoir ce que chacun est prêt à laisser derrière lui.elle et ce que la société est à même de proposer dans un monde aux changements drastiques.

L’entreprise de conserves de poisson de la série Nyman shipping and cannery, est un clin d’oeil à Ch. Bjelland & Co du Comté de Rogaland, avec son Viking moustachu ornant fièrement les boîtes de sardines « King Oscar ». Le personnage incarnant le fils du propriétaire, Christian, porte le même prénom que le fondateur de la société fondée en 1902 qui a tant prospéré à une époque (et dont la dernière usine a fermé en 2002). Les tourments liés au déclin de la pêche sont bien illustrés et donnent lieu à des scènes réalistes, permettant l’empathie, sans jamais tomber dans le pathos.

Le père de Christian, Fredrik Nyman, a une phrase prophétique : « Le pétrole fera le malheur de notre pays », même si l’enjeu pour les Norvégiens a été de garder leur pétrole, sans jamais le laisser aux mains des sociétés privées. Avec l’arrivée des premiers barils de pétrole la ville connaît un développement économique rapide après avoir vécu les fermetures de commerces, le chômage et la crise. Aujourd’hui, le pétrole est la principale ressource de Stavanger. Elle est devenue une destination internationale à partir du moment où les compagnies internationales ont afflué dans cette ville jusqu’alors méconnue en dehors de la Norvège.

Les deux premiers épisodes présentés à Canneséries laissent présager une suite intéressante liée à un monde en mutation, avec des ingrédients comme l’appât du gain, les guerres de pouvoir, la transformation de la société et les prix qui flambent en ville à cause du pétrole. La deuxième saison est en préparation, toujours avec Mette M. Bølstad, qui a écrit la première saison. Elle se déroulera 5 ans plus tard (de 1977 à 1980), et comptera également sur les acteurs Bart Edwards, Anne Regine Ellingsæter, Malene Wadel et Amund Harboe.

Entre 1962 et 1970 plus d’un milliard de dollars ont été dépensés en mer du Nord par l’ensemble des compagnies de pétrole*. La réalité nous donne déjà une idée de ce que les scénaristes ont pu nous concocter pour le deuxième opus.

* Source : Les hydrocarbures en mer du Nord, par Francois Carré, Maître-Assistant de géographie à l’Université Paris-Sorbonne (1).

♦♦♦

State of happiness

8 épisodes de 45 mn, tournés en norvégien et en anglais couvrent la période allant de 1969 à 1972.
Réalisation : Petter Næss (nommé aux Oscars en 2011 pour Elling) et Pål Jackman.
Scénariste : Mette M. Bølstad (mondialement connu grâce à la série Nobel), sur une idée de Siv Rajendram Eliassen (Acquitted).
Produit par Maipo Film pour NRK (Norvège).

Auteur : Harzic Ward Valerie

Hold The Dark de Jeremy Saulnier : l’abstraction de la violence

Avec son troisième film, Jeremy Saulnier se focalise une nouvelle fois sur le versant sombre de l’Amérique et son déchaînement de violence. Abstrait, ambitieux, et déroutant, Hold The Dark est une réussite et permet nous interroger dans le même temps sur une montée en puissance des films Netflix.

En matière de film original, la plateforme Netflix n’a pas forcément bonne presse. Difficile d’aller contre cet avis général lorsqu’on voit les sorties, par exemple, de la catastrophe Death Note, du pachydermique Bright ou du désastreux FullMetal Alchemist. C’est facile de taper sur ce genre de films, et un peu petit de tirer sur l’ambulance. Mais le constat est bel et bien réel : Netflix peine à trouver son public, niveau film. Des films de la sorte nous pourrions en citer une dizaine. Néanmoins, après avoir montré sa capacité à devenir un véritable producteur de film, à diversifier son offre autre que les séries, Netflix donne l’image de vouloir affiner la production de ses films, en proposant un large panel de possibilités.

Comme si Netflix pouvait offrir une liberté de ton et d’esprit que les producteurs et autres distributeurs de films indépendants ou à moindres budgets ne pourraient donner avec une sortie en salle, qui on le sait, joue beaucoup sur la main mise ou non de l’auteur sur sa création. En ce moment, seule la société A24 joue dans la cour des grands et devient presque un contre-pouvoir incroyable aux boites mastodontes du genre. Mais Netflix a plusieurs cordes à son arc. Car au-delà, d’être producteur d’œuvres, Netflix est un distributeur à grande échelle, où les films mis à disposition, même s’ils ne restent pas indéfiniment sur la plateforme, peuvent être vus tout de suite par le plus grand nombre. C’est par exemple ce choix qui a poussé Alfonso Cuaron à s’associer avec Netflix pour la sortie de son magnifique dernier film, Roma.

Quant à Jeremy Saulnier, le réalisateur de Blue Ruin et de Green Room, qui a pour habitude de décortiquer avec méticulosité le visage sombre de l’Amérique et sa promiscuité avec la vengeance personnelle, et cette faculté à s’inscrire dans la violence, continue dans cette voie-là avec un projet un peu plus ambitieux. Alors que ses deux premières œuvres lorgnaient vers le cinéma de genre, la vengeance ou le survival, en ayant toutefois une réelle marque d’auteur, Hold The Dark se veut plus sombre et moins codifié dans sa montée en furie. Ici, il n’est pas question de couleur bleue ou verte, le film s’enterre dans la pénombre et saute à pieds joints dans le noir le plus obscur. Dès le départ, l’espoir ne sera pas de vigueur, et le mutisme des personnages sera proportionnel à la sauvagerie de leurs actes : la disparition d’un enfant va mettre à mal toute la quiétude d’une communauté recluse.

Difficile d’accès par son scénario tout en strates et en métaphores, la beauté visuelle de l’œuvre et l’iconographie mortifère embrasent le récit pour ne plus le lâcher et créent une verve mythologique insoupçonnée. Des films qui dissertent sur la violence et l’Amérique, ce n’est pas ce qui manque en ce moment : Hostiles, Sicario, Wind River etc…Mais Hold The Dark (Aucun Homme ni Dieu dans sa version française) est plus nébuleux et jusqu’au-boutiste dans sa manière d’appréhender le thème et s’insère dans l’abstraction la plus totale, comme avait pu le faire David Michod avec The Rover. L’adage « L’homme est un loup pour l’Homme » n’a jamais été aussi explicite au cinéma où la violence se dessine par un graphisme qui n’est jamais réellement net mais se montre plus brut et syncopé dans ses mises à mort. Quelque chose de plus dégoulinant.

Ce qui rajoute de l’animalité au récit dont la primitivité est l’idée directrice de l’histoire. Avec ce déferlement de violence, Jeremy Saulnier ne se questionne pas seulement sur notre part d’ombre, mais aborde avec justesse la vie en communauté et son hypocrisie, et s’interroge si l’Homme est fait pour vivre en masse, et suivre des règles ou n’est qu’un être divaguant par instinct de survie. En période actuelle, aussi dérangée et dévastée qu’elle est, ce propos nihiliste est d’une modernité cruelle. Le cinéaste a conservé dans Hold The Dark, cette fascination pour le chaos américain (sublime scène de guerre, à la morale ombrageuse), dans ce paysage enneigé parsemé de corps gelés et jonché de viscères. Abstrait, certes, mais aussi extrêmement antipathique.

Hold The Dark est tout simplement malade, parfois balbutiant dans les réponses qu’il donne, mais présente sa construction narrative comme un slasher épuré qui engouffre son environnement dans le sang et passe surtout par la puissance de sa violence et par la façon dont Saulnier absorbe le comportement de ses protagonistes lorsqu’ils sont au bord du précipice.

L’année 2018, même s’il y a de nombreux couacs niveau qualité, notamment avec le non moins pathétique Mute de Duncan Jones, montre donc que Netflix attire les jeunes réalisateurs à gros potentiels et leur donne les moyens de s’exprimer avec ferveur. Après Alex Garland et sa sortie SF sur le deuil (Annihilation), Gareth Evans et son incursion dans l’horreur ésotérique (Apostle), c’est donc le dernier en date, Jeremy Saulnier avec Hold The Dark qui vient gonfler l’escarcelle Netflix. Tous les trois mettent en avant des œuvres hors des sentiers battus. Un cinéma indépendant américain, qui aime autant caresser les codes du cinéma genre qu’apprivoiser un esthétisme chevronné. Alors que le fabuleux Roma va bientôt éblouir nos écrans, et que le débat sur les sorties en salle des films Netflix et son rapport à la chronologie des médias fait rage, Hold The Dark prouve que la plateforme en a sous le pied. Et ce n’est que le début.

Synopsis: Au fin fond d’un Alaska sauvage et hostile, un spécialiste des loups à la retraite reprend du service pour enquêter sur la disparition d’un enfant.

Bande Annonce – Hold The Dark

Fiche Technique – Hold The Dark

Réalisateur : Jeremy Saulnier
Scénariste : Macon Blair
Acteurs: Alexander Skarsgård, Jeffrey Wright, Riley Keough,
Photographie : Magnus Nordenhof Jonck
Distributeur France : Netflix France
Genre : Drame
Durée : 125mn
Date de sortie : 28 septembre 2018

Note des lecteurs1 Note
4

Cannes 2018 : Conférence de Presse Le grand bain, à la rencontre du casting incroyable

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Après l’ovation que Le grand bain a déclenchée dimanche 13 mai à Cannes, l’équipe du film est passée à l’épreuve habituelle de la Conférence de presse pour finir cette belle aventure cannoise.

Le projet a mis 5 ans à voir le jour. Les producteurs commencent à prendre la parole avec une grande fierté et un large bonheur sur leur visage. Hugo Selignac profite de son mal de gorge pour ne pas avoir à s’exprimer sur le sujet tant l’émotion est grande. Le film raconte une aventure amicale, que le tournage a été également.

Eric Libiot (aux femmes) : Vous êtes en minorité parmi cette bande de mecs, comment vous vous êtes senties pendant le tournage ?

Marina Foïs : C’est vrai que c’est rare dans le cinéma… (rires)

Leïla Bekhti: Ça s’est hyper bien passé, moi j’ai adoré ce film. Il y avait des acteurs que je connaissais pas comme Benoît, Mathieu, Philippe et je le dis souvent, j’aime ce film comme j’aime Gilles. J’ai adoré être avec eux, je me sentais bien, je me suis pas sentie en minorité, (elle demande à Marina de valider.)

Marina Foïs : Désolée mais moi je pense tellement à moi-même sur un film que je ne sens jamais en minorité de toute façon.

Leïla Bekhti : C’est vrai, tu m’as appris ça en plus. C’était génial. En plus je les ai menés à la baguette et c’était un peu jouissif.

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Eric Libiot : Autour de cette table, il y a 3 metteurs en scène, est-ce que ça change quelque chose, est-ce qu’on a un regard particulier singulier quand on a soi même réalisé ? 

Mathieu Amalric : Non, on est complices, on connaît la solitude du metteur en scène.

Guillaume Canet : J’ai jamais eu envie de juger le metteur en scène, à partir du moment où je pars dans une histoire, une aventure, c’est que j’ai une grande confiance en lui. Gilles, j’avais déjà tourné avec lui sur Narco et c’est quelqu’un qui a une vision très particulière. Il sait vraiment ce qu’il veut, il est très précis. Il a une vision du cadre, c’est vraiment quelqu’un qui a un souci de l’esthétisme, d’ailleurs on le sent bien dans le film quand il y a des plans magnifiques. Il y a une économie dans le découpage qui permet un certain langage qui est très fort.

Philippe Katerine : Gilles est quelqu’un d’extrêmement rassurant, qui a une autorité naturelle et s’y soumettre est à la fois un honneur et un plaisir.

Felix Moati : Le cinéma est un art collectif et Gilles le fait extrêmement bien. Il m’a beaucoup galvanisé.

Journaliste RTBF : Comment vous avez trouvé la tonalité pour faire exister tous les personnages et trouver cette espèce de fil entre justement l’émotion et le rire ? Comment est-ce que vous avez travaillé ça et qu’est-ce que vous aviez envie de dire sur ces hommes ?

Gilles Lellouche : Je ne suis jamais parti dans l’idée de faire ou une comédie ou un film social ou un drame. J’ai beaucoup travaillé sur l’âge des personnages pour qu’il y ait un enjeu pour chacun d’eux et une empathie forte. (…) J’ai simplement voulu être libre à l’intérieur de tout ça. Il y a une espèce de radicalité dans le cinéma français qui se trouve ou comique, ou dramatique, ou sociale, que je trouve un tout petit peu ennuyeuse, un peu définitive et du coup un peu bornée. Je voulais mélanger des talents, des familles qui ne sont pas proches au même titre que j’ai essayé de mélanger les tonalités.

Journaliste C-News Matin : Vous êtes aussi comédien, est-ce que la décision de ne pas jouer dans le film a été prise dès le départ ou c’est au fil du scénario que vous vous êtes dits que vous préfériez rester à la réalisation ? Et est-ce que vous ne le regrettez pas ?

Gilles Lellouche : Déjà je me voyais pas les diriger en slip. (rires) Au début j’avais eu l’idée, mais j’en aurais été absolument incapable j’avais trop de travail et ils se sont beaucoup entraînés. J’ai été porté par leur génie. C’est la plus belle expérience de ma vie professionnelle. Je me suis totalement senti à ma place, peut être même plus qu’en tant qu’acteur. C’était beau de les observer, de ne pas être jugé et de n’être que juge.

Sud Radio  : Le premier moment où vous vous êtes retrouvés en slip comme ça, comment vous vous sentiez ? Comment ça s’est passé l’entraînement ?

Alban Ivanov :  On savait qu’on n’allait pas être des champions mais on s’est fait prendre au jeu et humainement on avait envie de bien faire.

Gilles Lellouche : ils se sont énormément entraînés, 3 heures dans un bassin 2 fois par semaine en plein mois de décembre il y a plus fun. Ils avaient commencé le tournage avant moi finalement, et quand ils sont arrivés sur mon plateau ils avaient déjà une relation d’amitié et de solidarité très forte.

Alban Ivanov : Croyez-moi que c’est pas facile de trouver de la grâce dans un corps de boulanger. (rire de l’équipe et de la salle)

Guillaume Canet : Ce qui était le plus difficile, c’était le tournage de nuit. On s’en foutait de savoir quel look on avait et à force il y a eu cette fierté de voir notre progression à l’écran. Et au fur et à mesure du film, ça nous a rapprochés.

Gilles Lellouche : Ils étaient pris dans le truc c’était vraiment beau à voir. Ils se sont vraiment pris au jeu.

Tamilchelvan Balasingham : Je ne savais pas nager avant le film, j’ai pris 10 séances avec une maitre nageuse et après j’ai été opérationnel. C’est une expérience que j’attendais pas, je suis pas comédien à la base alors merci à Gilles, Alain et Hugo.

Festival de Cannes 2018 : ces grands films oubliés des récompenses cannoises

Le 8 mai prochain, le 71ème festival de Cannes ouvrira ses portes pour notre plus grand plaisir. C’est maintenant gravé dans le marbre, Cannes, depuis de nombreuses années, a toujours eu cette faculté à pouvoir haranguer les foules et à déchaîner les passions. Festivaliers, critiques voire même membres du jury ont toujours eu pour habitude de s’écharper à propos de leur petit favori ou à propos de leur chouchou de la compétition. Pourtant, malgré l’effervescence naissante, l’ébullition qui accompagne ce festival, de nombreux films sont repartis bredouilles de la compétition.

Incompris, contexte cinématographique, pauvreté de la sélection, prise de recul avec le temps qui passe, mauvaise foi incurable, jury frileux, jalousie entre artiste, divergence de pensée, toute raison est opportune pour écarter un film de la course à la Palme d’Or. Cependant, de très grands films ont été récompensés (Paris Texas, Apocalypse Now, Pulp Fiction etc…) mais malheureusement d’autres sont restés dans l’ombre de la Palme d’Or et des autres prix, et sont passés à travers les mailles du filet. Petit florilège, subjectif et non exhaustif (on pense à certains Hitchcock ou certains films d’Alain Resnais), de ces « grands » noms qui auraient mérité selon nous d’être récompensés.

The Neon Demon de Nicolas Winding Refn et Elle de Paul Verhoeven (2016)

Cette sélection 2016 avait du mordant et était imprégnée de ce petit souffle de noirceur qui fait frétiller les sens. Pourtant le président du jury qu’était George Miller a préféré rester confortablement dans ses chaussons et assurer le coup en donnant la palme d’Or à Ken Loach pour l’un des films mineurs de sa filmographie. C’est d’autant plus dommageable que tapaient à la porte de la compétition des films autres, différents, moins connotés socialement mais plus perspicaces dans leur manière d’appréhender le cinéma et ses genres : le carnivore et outrancier The Neon Demon avec ses gravures de mode mortifères ou le blafard et malicieusement pervers Elle incarné par une Isabelle Huppert au sommet. On peut même s’interroger sur le prix de la mise en scène décerné à Personnal Shopper alors que Park Chan Wook écrasait la compétition avec son sens de l’esthétique picturale dans Mademoiselle. Le palmarès de cette année 2016 n’a pas forcément été à la hauteur de sa sélection et c’est le moins que l’on puisse dire.

Holy Motors de Leos Carax et Mud de Jeff Nichols (2012)

Un an avant la sacre monstrueux, fédérateur et fabuleux de La Vie d’Adèle, un autre grand film français avait monté les marches du festival de Cannes. Iconoclaste, amoureux du cinéma et de ses acteurs, introspection sur l’imaginaire même de l’image, Holy Motors avait électrisé tout un peuple cinéphile. Pourtant, Nanni Moretti et les autres membres du jury en ont décidé autrement avec un palmarès mettant en lumière des habitués des récompenses tels que Ken Loach, Cristian Mungiu, Carlos Reygadas et surtout la palme d’Or qui a été donnée à Michael Haneke avec son film Amour. Ce n’est pas que l’on soit chauvin ni quoi que ce soit d’autre mais comme en 2016, ce palmarès manquait de panache, d’imagination et de fraîcheur en oubliant, de par ailleurs, l’incompris mais non moins incroyable Cosmopolis de David Cronenberg et le récit initiatique américain Mud de Jeff Nichols.

L’Apollonide : Souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello (2011)

Il y a des années comme ça où il est difficile voir net. Robert de Niro et toute son équipe ont dû salement se triturer les méninges pour choisir qui récompenser tant la sélection semblait forte, diverse et dense. Entre The Tree of Life, Drive, The Artist, Melancholia, Habemus Papam, La piel que Habito, We need to talk about Kevin, et l’emphatique Polisse, cette édition avait une sacrée gueule. Malgré cette bave que nous avions tous aux lèvres, et l’immensité du film de Terrence Malick, c’est l’œuvre de l’un des meilleurs réalisateurs français de sa génération, Bertrand Bonello, qui a retenu notre attention avec sa poésie féministe et sa splendeur politique. Avec son bordel de prostituées au début du XXème siècle, l’iconique L’Apollonide a été l’une des grandes claques de ce festival de Cannes 2011 avec le Drive de Nicolas Winding Refn. Dommage qu’il n’ait pu se faire une place autour de tous ces mastodontes.

Two Lovers de James Gray (2008)

James Gray et le festival de Cannes, c’est une drôle d’histoire, qui git entre l’amour et la haine, l’admiration et l’incompréhension. Comme The Yards et même La Nuit nous appartient, un an plus tôt, Two Lovers se fera siffler, huer par une partie du public et de la critique qui ne comprenait pas que James Gray puisse arpenter le tapis rouge de Cannes en sélection officielle. Pendant que Sean Penn et son jury couronnait Entre les Murs à la Palme ou Il divo de Sorrentino au prix du jury, l’œuvre de James Gray, sublime histoire d’amour contemporaine et réelle tragédie universelle, sera la énième preuve que James Gray, l’un des plus grands cinéastes américains de notre époque, est un maudit du festival de Cannes.

Zodiac de David Fincher et No country for old men de Joel et Ethan Coen (2007)

En cette année 2007, le cinéma américain était à l’honneur lors de ce festival de Cannes, avec Fincher, James Gray, les frères Coen, Tarantino, Gus Van Sant et même le premier film américain de Wong Kar Wai. Que du beau du monde pour représenter le cinéma d’outre Atlantique. Sauf que le jury présidé par Stephen Frears ne récompensa, côté américain, que Paranoid Park de Gus Van Sant. Peut-être trop classique dans leur approche, ou pas assez « cannois » dans leur dialectique de cinéma hollywoodien, et malgré la concurrence du très beau La Forêt de Mogari de Naomi Kawase ou de Persepolis de Marjane Satrapi, la sobriété de la mise en scène de Fincher accompagnée de sa magnifique réflexion sur l’information et sa réappropriation du genre de l’enquête aurait dû taper dans l’œil du jury. Malheureusement non. Certes les frères Coen avaient déjà été palmés avec Barton Fink, mais David Fincher aurait pu, aurait dû être récompensé pour ce qui est l’un de ses meilleurs films.

History of Violence de David Cronenberg et Three Times de Hou Hsia Hsien (2005)

Dans une sélection officielle hétéroclite, allant de Wim Wenders à Jim Jarmusch, de Johnnie To à Haneke, le festival de Cannes avait une nouvelle fois fière allure. Alors que le festival donnera sa palme d’Or aux frères Dardenne et son prix du jury à Wang Xiaoshuai, Emir Kusturica et ses acolytes oublièrent malheureusement deux tours de force de cette compétition 2005 entre cette tragédie d’une Amérique ensanglantée de David Cronenberg qui était d’une puissance formelle inégalée et la bouleversante rêverie temporelle et mélancolique du multi récompensé Hou Hsia Hsien, maître dans l’art de la mise en scène.

Dogville de Lars Von Trier (2003)

Avant d’être considéré comme personna non grata au festival puis de revenir de manière fracassante cette année 2018 avec son film de serial killer, en hors compétition, Lars Von Trier avait déjà arpenté les marches du tapis rouge. Le danois est un habitué de la croisette, étant même auréolé de la Palme d’Or en 2000 avec le sublime Dancer in the Dark. On imagine que cela a dû jouer dans l’esprit du jury présidé par Patrice Chéreau cette année-là. Mais durant cette édition, un peu faible, allant du magnifique (Elephant Palme d’Or ou Les invasions barbares ou même Tiresia de Bertrand Bonello) au ridicule (The Brown Bunny), on a du mal à comprendre comment Dogville avec son dispositif artistique fascinant et sa noirceur légendaire n’a pas su se hisser dans le palmarès 2003.

Irréversible de Gaspar Noé (2002)

Oui, on sait. On la connait déjà l’histoire. Insultes, scandale, vociférations, une pluie d’excréments s’est abattue sur la salle lors la projection du film du venimeux et scandaleux Gaspar Noé, devenu le vrai vilain petit canard de Cannes. Certes, au regard de la compétition, il y avait du monde qui se bousculait au portillon et il était évident que cette réalisation française allait se faire rejeter. Mais, on est obligé d’avoir un petit regret que ce film-là, aussi dur et vaniteux qu’il soit, n’ait pas été récompensé. Film coup de poing, rape and revenge à l’envers, folie esthétique, Irréversible a marqué le festival de son empreinte maléfique. Récompense ou pas.

L’été de Kikujiro de Takeshi Kitano (1999)

Il était difficile de se faire une place au soleil dans cette édition du festival de Cannes de 1999, car David Cronenberg donnera quasiment toutes les récompenses à deux films, français qui plus est : à celui de Bruno Dumont L’Humanité et à Rosetta des frères Dardenne. Pas moins de 5 récompenses pour ces deux seuls films. Malheureusement, deux films sont passés entre les gouttes alors que la malice aussi mortifère que rigolarde sur le monde adulte et le souvenir de l’enfance du road movie de Kitano ou la jungle urbaine et mutique de Jim Jarmusch avec Ghost Dog n’auraient pas démérité. Tous deux proposaient des idées de cinéma bien particulières. Mais David Cronenberg, on le comprend, tombera éperdument amoureux du cinéma de Bruno Dumont.

Dead Man de Jim Jarmusch (1995)

Il est difficile de ne pas tomber amoureux de Dead Man de Jim Jarmusch : ce western aux relents de road movie qui galope vers la mort, teinté d’un noir et blanc somptueux. Le jury de cette année 1995 fera preuve d’une certaine modernité, avec le prix de la mise en scène à La Haine de Matthieu Kassovitz. Sauf que, dans le même temps, il aurait été préférable de voir le Jarmusch en prix du jury en lieu et place du bancal deuxième film de Xavier Beauvois.

Basic Instinct de Paul Verhoeven et Twin Peaks Fire walk with me de David Lynch (1992)

Avec Gérard Depardieu, Jamie Lee Curtis et Pedro Almodóvar, on pouvait s’attendre à un palmarès fulgurant, bringuebalant, subversif et enflammé. Bonne pioche car ce festival de Cannes a beaucoup fait parler de lui en dehors des salles obscures : le balbutiant mais fascinant Basic Instinct et le mythique jeu de jambe de Sharon Stone ou la critique vaporeuse et névrosée de David Lynch au puritanisme américain étaient en adéquation totale pour embraser les marches du festival de Cannes. Malheureusement oui et non.  Malgré, certaines critiques acerbes concernant Basic Instinct, Sharon Stone gagnait le rang d’icône grâce au festival et à ce film, qui deviendra lui-même culte par la suite. David Lynch avait lui aussi connu un sort douteux, entre haine et incompréhension, sifflets et huées, deux ans après avoir gagné la Palme d’Or avec Sailor and Lula. Mais Twin Peaks reviendra par la grande porte en 2017 au festival de Cannes.

Van Gogh de Maurice Pialat (1991)

Cette année, Barton Fink des frères Coen et Europa de LVT ont tout raflé et ont laissé des petites miettes aux autres Jacques Rivette et Spike Lee. Pour Maurice Pialat, sa relation avec le festival de Cannes est en montagne russe. Revenu bredouille en 1970 alors qu’il avait présenté son magnifique Les choses de la vie, il gagna l’une des palmes les plus controversées avec le froid et mutique mais non moins passionnant Sous le Soleil de Satan en 1987. Avec Van Gogh, et un sublime Jacques Dutronc, ce portrait intime et poignant d’un artiste aurait mérité les honneurs du festival tant l’âpreté et l’humanisme du réalisateur se faisaient de nouveau ressentir.

La porte du Paradis de Michael Cimino (1981)

Certes, la compétition était rude, acharnée même. Entre le film de Andrzej Wajda, celui d’Alain Tanner, l’incroyable Possession de Andrzej Żuławski et bien d’autres, Michael Cimino avait fort à faire. Mais avec le temps de la réflexion, le fait que son film ne soit pas récompensé est l’un des plus grands mystères du festival de Cannes. Mais à l’époque, cette fresque historique aussi bouleversante que grandiloquente fut méprisée, vilipendée, elle a été un immense flop au box office et a presque ruiné la carrière du réalisateur. Le temps donnera heureusement raison à Michael Cimino.

WALKABOUT de Nicolas Roeg (1971)

Entre le film de Joseph Losey, Johnny s’en va-t-en guerre de Dalton Trumbo, Le Souffle au cœur de Louis Malle, Mort à Venise de Luchino Visconti et Panique à Needle Park de Jerry Schatzberg, la compétition était déjà remplie à ras bord. Mais ne pas voir le trip transcendantal et psychédélique de Nicolas Roeg qui jonglait vers les horizons d’un Jodorowsky est une véritable déception tant le film de l’australien est tout ce que peut regrouper le festival de Cannes dans sa singularité et son foisonnement d’idées.

Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda (1962)

Les grands noms étaient au rendez-vous cannois à l’image de Robert Bresson, Luis Buñuel et Antonioni ou autres Otto Preminger. Mais sous cette avalanche, c’est le film d’Agnès Varda qui émerveilla le festival en racontant l’errance d’une jeune femme en proie au doute quant à son avenir et son état de santé défaillant. Un doux poème de la nouvelle vague.

Le Trou de Jacques Becker (1960)

On ne va pas se le cacher. Le Trou se retrouvait dans la même compétition que La Dolce Vita de Fellini et L’Avventura d’Antonioni. Pas évident de tenir la dragée haute à ces deux films qui sont devenus des monuments du cinéma. Pourtant le film de prison de Jacques Becker, avec sa minutie dans la captation de l’espace à l’instar d’Un condamné à mort s’est échappé de Robert Bresson, son humanité et la noblesse de ses dialogues, est un chef d’œuvre du cinéma français.

Cate Blanchett : retour sur dix rôles phares de la Présidente du jury du Festival de Cannes 2018

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Cate Blanchett deviendra, en mai 2018, la 71ème Présidente du jury du Festival de Cannes. Petit retour sur dix des plus grands films de cette actrice caméléon.

Quel est le point commun entre des cinéastes aussi talentueux mais différents que Sam Raimi, David Fincher, Woody Allen, Peter Jackson, Steven Spielberg, Ridley Scott, Martin Scorsese et bien d’autres ? Réponse : ils ont tous craqué pour le talent de Cate Blanchett et lui ont offert ses meilleurs rôles.

Qu’elle évolue dans un film d’auteur à petit budget ou dans un blockbuster de plus de cent millions de dollars, Cate Blanchett se donne toujours à fond. Pleins phares sur une carrière en constante évolution.

Des débuts fracassants :

Le premier rôle remarqué à l’internationale pour Cate Blanchett est celui de la reine Elizabeth 1ère en 1998 dans le film éponyme de Shekhar Khapur. Elle décroche le Bafta et le Golden globe ainsi qu’une nomination à l’Oscar pour un rôle qu’elle reprend dans sa suite Elizabeth : l’âge d’or en 2007. Pour une actrice australienne ayant débuté sur les planches au début des années 90, le démarrage est plus que prometteur.

Deux ans plus tard, en 2000, Intuitions de Sam Raimi plonge Cate Blanchett dans un rôle de veuve élevant ses trois enfants et vivant de ses dons de divination. Le drame se mêle ainsi au fantastique et au polar dans un récit prenant où l’actrice se montre tour à tour timide et fragile, puis forte et déterminée, tenant la dragée haute à un casting trois étoiles.

En 2001, 2002 et 2003, le fantastique lui permet de devenir Galadriel dans Le Seigneur des anneaux de Peter Jackson (puis dans Le Hobbit). Un rôle secondaire qui n’en démontre pas moins le talent de l’actrice pour passer d’une émotion à une autre, tour à tour, belle et envoûtante puis terrifiante l’instant suivant.

La consécration

Dans Aviator de Martin Scorsese (2004), elle a la lourde tâche de se glisser dans la peau d’une légende Hollywoodienne : Katherine Hepburn. Face à un DiCaprio magistral, Blanchett fait merveille dans un exercice complexe où l’exubérance d’Hepburn, cachant sa fragilité, est parfaitement rendue et démontre, une fois de plus, la capacité de Cate à incarner des rôles de plus en plus exigeants. Sa composition sera récompensée par l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle en 2005.

Dans Babel (2006) d’Alejandro González Iñárritu, elle tient le rôle de l’épouse de Brad Pitt dans un drame bien tissé mais mineur par rapport aux autres films du réalisateur Mexicain. Mais Blanchett y est comme d’habitude excellente.

Entre flops et faux pas

Les rôles bariolés ne lui faisant pas peur, bien au contraire, elle devient la méchante pour le quatrième épisode d’Indiana Jones en 2008. Le succès au box office contraste avec l’échec critique du film. Pour une fois, Blanchett y est caricaturale et surjoue dans un navet pourtant toujours signé Spielberg.

https://www.youtube.com/watch?v=09SOPcC-brU

S’en suivent des participations dans des films de grands réalisateurs en petite forme qui vont se casser la figure au box office comme le trop long et mal écrit L’étrange histoire de Benjamin Button (2008) de David Fincher qui ne rembourse son budget que grâce au box office mondial.

Même déconvenue pour Robin des bois de Sir Ridley Scott en 2010 où le cinéaste anglais tente, en vain, avec Russell Crowe, d’appliquer la formule de Gladiator au célèbre voleur anglais.

Retour au sommet

Avec Woody Allen pour Blue Jasmine en 2013, Cate se glisse dans la peau d’une femme dépressive et rafle un deuxième Oscar, cette fois pour un premier rôle. A 44 ans, l’actrice prouve qu’elle peut revenir au sommet et sa carrière reprend du souffle.

Il faudra 9 ans pour qu’elle devienne à nouveau une méchante de blockbuster en 2017 dans Thor : Ragnarok. Cette fois, l’interprétation est au diapason et Blanchett méconnaissable sous les traits de la sœur cachée du Dieu mythique de l’écurie Marvel. Le succès public et la critique lavent la tache laissée par le très mauvais Indiana Jones 4.

Aujourd’hui Cate Blanchett est l’une des rares actrices Hollywoodienne a avoir une carrière de plus de vingt ans (une actrice a généralement entre 10 et 15 ans d’existence au top) et, surtout, une des seules à réussir le mélange des genres entre films d’auteur et blockbusters et à avoir pu travailler avec les plus grands noms du septième art.

Fimographie Sélective :

1998 Elizabeth de Shekhar Kapur
1999 Le talentueux Mr Ripley de Anthony Minghella
2000 Intuitions de Sam Raimi
2001 Le seigneur des anneaux : la communauté de l’anneau de Peter Jackson
2002 Le seigneur des anneaux : les deux tours de Peter Jackson
2003 Coffee and cigarettes de Jim Jarmush
2003 Le seigneur des anneaux : le retour du roi de Peter Jackson
2004 La vie aquatique de Wes Anderson
2004 Aviator de Martin Scorsese
2006 Babel d’Alejandro Inarittu
2006 The good german de Steven Soderbergh
2007 Elizabeth : l’âge d’or de Shekhar Kapur
2008 Indiana Jones et le crâne de cristal de Steven Spielberg
2009 L’étrange histoire de Benjamin Button de David Fincher
2010 Robin des bois de Ridley Scott
2012 Le Hobbit de Peter Jackson
2013 Blue Jasmine de Woody Allen
2015 Knight of cups de Terrence Malick
2017 Thor : Ragnarok de Taika Waititi

 

 

Bohemian Rhapsody de Bryan Singer : l’art du biopic, ou le cinéma avant tout

Presque dix ans après sa naissance, le projet de réaliser un biopic autour de Queen et Freddie Mercury voit enfin le jour. Après avoir vu défiler les noms de David Fincher ou encore Tom Hooper, c’est finalement Bryan Singer qui est chargé de mener à bien l’entreprise. L’attente fut fructueuse, et le résultat sans appel : Bohemian Rhapsody est un excellent biopic, mais avant tout un grand moment de cinéma.

Freddie Mercury est une légende, et son aura transcende Queen. Nombreux sont les « leaders » de groupes de rock à avoir été des figures emblématiques d’une époque, mais « Freddie » est peut-être le seul à avoir acquis un tel statut d’icône, de mythe, de par sa personnalité fantasque et son destin de héros tragique. Une sorte de descendant moderne de la Grèce antique : sexualité libérée, corps éprouvé et mis en scène, dévotion totale pour son art. Bryan Singer et Rami Malek, dont la collaboration fut aussi électrique qu’un solo de Brian May, ont parfaitement saisi l’immensité du personnage tant dans son immortalité quasi-divine que dans sa fragilité trop humaine.

Biopic, biographie : quelle différence ?

Réaliser un biopic est monnaie courante ces dernières années, et, quand on y réfléchit, deux d’entre eux (avec First Man) seront peut-être en course pour l’Oscar du meilleur film lors de la prochaine cérémonie. À lire les critiques de la presse ici et là, qui ne cessent de rabâcher que Bohemian Rhapsody est un bon film mais qui élague certaines réalités inavouables pour embellir l’histoire, on en vient à se demander si ces soi-disant « spécialistes » ont jamais su différencier un « biopic » d’un « documentaire ». Là où le second genre se veut évidemment transparent et ancré dans l’immédiateté historique, le premier est avant tout du cinéma. Et qui dit cinéma dit fiction, rappelons-le, qui n’aspire pas à délivrer quelque vérité que ce soit, sinon des reflets fantasmés.

Bohemian Rhapsody renvoie donc à la question du biopic et de sa légitimité cinématographique. Freddie Mercury dépasse le cadre du simple chanteur, de la simple personne lambda qui a réussi, voire du simple génie : c’est un mythe, un symbole, une « icône » au sens le plus religieux du terme, c’est-à-dire une image vénérée. Or un tel personnage – puisqu’il est davantage « personnage » que « personne » – ne peut que seoir à l’œuvre cinématographique, le cinéma étant lui-même l’art de la mise en images, de « l’icônisation » de héros chantant la grandeur de l’humanité. Des documentaires sur Queen, il en existe à la pelle ; l’intérêt d’en faire un film, tout en restant le plus fidèle possible aux faits, est de raconter l’histoire d’un groupe et d’un homme par un medium à leur hauteur. Faites des documentaires pour parler d’ici-bas ; le cinéma se chargera très bien des légendes. Queen est de ceux-là, Bryan Singer l’a compris, et de plus en plus de cinéastes se rendent compte de la puissance du septième art pour parler des génies – à condition d’accepter l’échec d’une restitution exacte qui n’a de toute façon pas lieu d’être.
Mathieu Amalric l’avait également compris, l’an dernier, dans son superbe biopic consacré à Barbara, et qui, dans sa dimension méta, était avant tout une proposition de cinéma. Encore plus récemment, Damien Chazelle l’a compris concernant Neil Amstrong avec First Man. Ces réalisateurs ont en commun le talent de faire passer ces « histoires vraies » dans une sphère supérieure, mythologique. Et ainsi subliment-ils leurs personnages. Et ainsi peut-on s’élever jusqu’à eux, s’y identifier, se sentir impliqué.
Bohemian Rhapsody est donc avant tout une œuvre cinématographique. Bryan Singer se sert de la vie réelle pour en extraire des thématiques fortes, qui ne sont d’ailleurs pas rares au cinéma : la famille, la perversité de l’industrie, la sexualité, l’amour, le dépassement de soi, l’aliénation. Autant de points d’ancrage pour un récit sous forme de voyage initiatique homérique.

Le film peut être découpé en trois parties : d’abord, la formation de Queen, son ascension, et la montée en puissance progressive de Freddie Mercury ; puis vient la séparation, l’exil solitaire du chanteur et son déclin autant artistique que sanitaire ; et enfin l’apothéose, avec la reconstitution du groupe et le Live Aid de 1985 à Wembley restitué en quasi-intégralité.
Les fans seront comblés, et les autres attentifs au génie mis en route devant leurs yeux. On assiste, ébahis, à la genèse de monstres sacrés de la musique que sont Bohemian Rhapsody, We Will Rock You, Another One Bites the Dust, sans jamais les désacraliser. On passe d’admiration en admiration, de réussite en réussite, lors de répétitions passionnées ou de concerts jouissifs. Mais heureusement, il n’y a pas que cela.

Une histoire de famille

Bohemian Rhapsody est un film sur le paradoxe, entre la volonté viscérale de ne pas faire comme les autres (« les autres groupes ne sont pas Queen », répètent-ils), d’accepter sa personnalité en tant que groupe, en tant qu’homme, malgré tous ceux qui les rabaissent et leur mettent la pression (les agents, les maisons de disques), et l’inéluctable malaise que cela engendre. Ne pas faire comme les autres, tracer sa propre route, et en même temps être accepté et intégré dans ces « familles ». L’histoire de Queen montre que cette aspiration est possible en tant que groupe, à condition de rester soudé ; l’histoire de Freddie Mercury montre, parallèlement, que cette aspiration est impossible et destructrice d’un point de vue personnel.

Car si le chanteur vedette a toujours été la tête d’affiche de Queen, il n’a cessé d’affirmer ne pas en être le leader. Il n’était pas la « tête pensante » du groupe, disait-il, mais sa « tête chantante ». Queen a toujours voulu donner autant de crédit à l’ensemble de ses membres, et c’est bien malgré lui que Freddie Mercury a été projeté sur le devant de la scène. Beaucoup de gens aiment à dire que Queen, c’est Freddie Mercury ; or ce film montre l’exact contraire : Freddie Mercury, c’est Queen. Et Bryan Singer n’a pas fait l’erreur de n’avoir d’yeux que pour lui, en donnant des rôles surprenamment consistants aux trois autres membres du groupe. Les acteurs, en plus de leur ressemblance stupéfiante, sont excellents et donnent un vrai relief aux individus qu’ils incarnent. Aussi le film donne-t-il vraiment l’impression que ces quatre mousquetaires sont inséparables, qu’ils peuvent tout traverser et tout réussir ensemble, allant au bout de leur art et de leur impertinence.
La descente aux enfers de Freddie Mercury consécutive de son départ du groupe le prouve : il n’est plus lui-même, se perd dans un hédonisme aliénant et se noie dans les excès. Et d’une certaine manière, c’est sa sortie de route solitaire qui le mènera à sa perte : la maladie qu’il contracte, alors qu’il s’est coupé de ses amis et de sa « famille » (la vraie, mais aussi celle que représente Queen), résonne comme une punition divine, une fatalité du destin ; tel un dieu qui avait tout en son Olympe, mais qui par orgueil aurait voulu jouer à l’être humain et s’y serait brûlé les ailes.

Lors de son grand retour au Live Aid, sorte d’épilogue à son histoire, c’est comme si Freddie Mercury était déjà mort puisqu’il se savait condamné. Sublimée par une réalisation lumineuse et une atmosphère presque religieuse, la scène donne l’impression que Queen joue désormais pour les anges, dans un paradis retrouvé, hors du temps – et en même temps trop tard…
Freddie Mercury est mort du sida, c’était donc un homme comme les autres, aussi vulnérable que quiconque. Pourtant, lorsqu’il entrait sur scène accompagné de ses trois frères d’armes, plus rien ne pouvait l’atteindre ; comme si la seule chose qui aurait pu alors l’emporter n’était pas la maladie, mais la grâce.

Bohemian Rhapsody est un film qui fait rire, pleurer, jouir de la passion irrépressible pour la musique que beaucoup partagent. Il ne se contente pas de conter la vie d’un homme, ni celle d’un groupe, mais hisse leur histoire au rang de légende, de rêve accompli. Dès lors, qu’importe les élisions, qu’importe les imprécisions, voire les mensonges. Là n’est pas le propos ni l’intention, qui résident davantage dans la restitution d’une mentalité, d’une intimité et d’une époque révolues mais qui continuent d’inspirer. La réalisation est remarquable, les acteurs (Rami Malek en tête) y sont immenses, la bande-son évidemment parfaite. Un art mis au service d’un autre, pour le plus grand bonheur des fans, des moins fans, et de tous ceux qui sortiront de la séance avec les yeux brillants d’émotion et les oreilles sourdes de mélodies inoubliables… Complètement (Radio-)gagas.

Bohemian Rhapsody : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=NrZUAKMMLoY

Synopsis : Bohemian Rhapsody retrace le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, découvrez la vie exceptionnelle d’un homme qui continue d’inspirer les outsiders, les rêveurs et tous ceux qui aiment la musique.

Fiche technique :

Réalisateur : Bryan Singer
Scénario : Anthony McCarten
Acteurs : Rami Malek, Lucy Boynton, Joseph Mazzello, Gwilym Lee, Ben Hardy
Photographie : Newton Thomas Sigel
Montage : Dexter Fletcher
Producteurs : Jim Beach, Bryan Singer, Robert De Niro, Graham King, Roger Taylor, Brian May
Société de production : 20th Century Fox
Durée : 135 minutes
Genres : Biopic, musical
Date de sortie : 31 Octobre 2018

États-Unis – 2018

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Cannes 2018 : la sélection du festival, Godard, Spike Lee, Christophe Honoré…

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Comme chaque année, le Festival de Cannes a tenu sa célèbre conférence de presse ce jeudi 12 avril à Paris et lancé la course à la Palme d’Or pour les dix-huit films sélectionnés. Thierry Frémaux et Pierre Lescure ont révélé les films en compétition officielle, hors-compétition, et Un Certain Regard au 71e Festival de Cannes, qui se tiendra du 8 au 19 mai 2018.

Cette année, sur 1906 long-métrages visionnés par les équipes du Festival de Cannes, une vingtaine seulement seront retenus en sélection officielle, dont quatre réalisateurs français : Le livre d’image de Jean-Luc Godard, mais aussi Stéphane Brizé, qui après avoir été très bien accueilli en 2015 avec La loi du marché, revient avec En guerre, dans lequel il a dirigé pour la seconde fois Vincent Lindon, Christophe Honoré avec Plaire, aimer et courir vite et Eva Husson avec Les Filles du soleil. Le plus grand rendez-vous mondial du 7e Art annonce seulement trois femmes réalisatrices en compétition, la Française Eva Husson, la Libanaise Nadine Labaki pour Capharnaüm et l’Italienne Alice Rohrwacher avec Lazzaro Felice.

Durant la conférence de presse, un temps important a été accordé à cette histoire de selfies et de photos sur le tapis rouge. Les deux seront interdits, « À Cannes, on vient pour voir et pas pour se voir » a jugé Thierry Frémaux. Seuls les photographes accrédités placés de part et d’autre du tapis rouge seront autorisés.

Deuxième débat qui fait réagir le monde du cinéma, la présence ou non de films produits par Netflix en compétition. Le délégué général du Festival a été très clair à ce sujet : « tout film qui souhaite concourir pour la Palme d’or devra sortir dans les salles françaises ». En conséquence, Netflix a décidé de retirer tous ses films, dont The Other Side of the Wind d’Orson Welles hors compétition, du Festival. Il est regrettable de ne pas voir une entente possible entre le Festival et la plateforme de streaming, qui reste sur ses positions.

Questionné sur la faible présence de femmes à Cannes, Thierry Frémaux s’est exprimé très sincèrement sur le sujet en justifiant ce choix par le refus total de faire de la « discrimination positive » et en réitérant son engagement et son soutien aux femmes par rapport au mouvement Time’s Up. « Nous recevrons des organisations et il y a aura des prises de parole sur le sujet. (…) Il y a des gens dont c’est le combat et il faut leur donner la parole. (…) Nous déplorons comme tout le monde qu’il n’y ait qu’une seule femme Palme d’Or. Nous n’aimons pas qu’il soit dit pour défendre une cause que c’est une demie-palme d’or.(…) Nous aimerions qu’il y ait une deuxième femme Palme d’Or. »

Si les polémiques sont souvent les mêmes ces dernières années, une chose est sûre, la sélection est assez surprenante en 2018. Thierry Frémaux promet un « fort renouvellement générationnel avec des cinéastes dont vous avez peu ou pas entendu parlé et que vous n’attendiez peut-être pas ici. » mais pas de Terrence Malick, de Brian DePalma, Xavier Dolan, Terry Gilliam, Alfonso Cuaron, Lars Von Trier, Kechiche, ou encore Jacques Audiard. Ils ne fouleront pas le tapis de la croisette mais cette édition promet beaucoup de découvertes et de surprises. On espère en tout cas que ces choix seront à la hauteur de l’évènement…

La sélection officielle Compétition pour la Palme d’or (présidé par Cate Blanchett)

Everybody Knows, d’Asghar Farhadi (ouverture)
En guerre, de Stéphane Brizé
Dogman, de Matteo Garrone
Le livre d’image, de Jean-Luc Godard
Netemo Sametemo (Asako I & II), de Ryusuke Hamaguchi
Plaire aimer et courir vite, de Christophe Honoré
Les filles du soleil (Girls of the sun), d’Eva Husson
Ash is purest white, de Jia Zhang-Ke
Shoplifters, de Kore-Eda Hirokazu
Capharnaüm (Capernaum), de Nadine Labaki
Buh-Ning (Burning), de Lee Chang-Dong
Blackkklansman, de Spike Lee
Under the silver lake, de David Robert Mitchell
Three faces, de Jafar Panahi
Zimna Wojna (Cold War), de Pawel Pawlikowski
Lazzaro Felice, d’Alice Rohrwacher
Yomeddine, d’A.B Shawky
Leto (L’Eté), de Kirill Serebrenniko

Hors compétition
Solo : A Star Wars Story, de Ron Howard
Le Grand Bain, de Gilles Lellouche

Un certain regard (présidé par Benicio del Toro)

Gräns (Border), d’Ali Abbasi
Sofia, de Meyem Benm’Barek
Les Chatouilles, d’Andréa Bescond et Eric Métayer
Girl, de Lukas Dhont
Gueule d’ange, de Vanessa Filho
Long day’s Journey into Night, de Bi Gan
Euphoria, de Valeria Golino
Rafiki, de Wanuri Kahiu
Die Stropers (The Harverest), de Etienne Kallos
Mon tissu préféré, de Gaya Jiji
À Genoux les gars (Sextape), d’Antoine Desrosières
El Angel, de Luis Ortega
The Gentle Indifference of The World de Adilkhan Yerzhanov
Manto, de Nandita Das
In My Room, d’Ulrich Köhler
Les chatouilles (Little Tickles) d’Andréa Bescond et Eric Métayer

Séances spéciales
10 ans en Thaïlande, de Aditya Assarat, Wisit Sasanatieng, Chulayarnon Sriphol & Apichatpong Weerasethakul
The state against Mandela and the others, de Nicolas Champeaux et Gilles Porte
O Grande Circo Mistico (Le Grand cirque mystique), de Carlo Diegues
La Traversée, de Romain Goupil
Les Âmes mortes (Dead souls), de Wang Bing
À tous vents (To the four winds) de Michel Toesca
Le pape François – Un homme de parole, de Wim Wenders

Séances de minuit
Arctic, de Joe Penna
Gongjack (The Spy Gone North), de Yoon Jong-Bing

Courts métrages en compétition
Gabriel, d’Oren Gerner (France)
Judgement, de Raymund Ribay Gutierrez (Philippines)
Caroline, de Celine Held et Logan George (États-Unis)
Tariki (Ombre) de Saeed Jafarian (Iran)
III (film d’animation), de Marta Pajek (Pologne)
Duality, de Masahiko Sato, Genki Kawamura, Yutaro Seki, Masayuki Toyota, Kentaro Hirase (Japon)
On The Border, de Wei Shujun (Chine)
Toutes ces Créatures, de Charles William (Australie)

Ce que l’on sait : voir toutes les infos.

Le nouveau film d’Asghar Farhadi mettant en scène le couple star Penelope Cruz et Javier Bardem ouvrira la quinzaine cannoise. Edouard Baer succédera à Monica Belluci en maître de cérémonie. Solo : A Star Wars Story sera présenté en sélection officielle.

D’autres films ou événements peuvent être ajoutés dans les jours ou les semaines qui viennent, notamment avec l’annonce des sélections de la Quinzaine des Réalisateurs et de la Semaine de la Critique.

EN GUERRE, de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon

Les femmes à Cannes, les muses de la Croisette

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Les femmes et Cannes, c’est une grande histoire d’amour commencée dès les débuts du Festival en 1946, et qui ne fait que s’accroître d’année en année. Quelques semaines avant l’ouverture du 71ème Festival de Cannes, LeMagduCiné a choisi de revenir sur la relation si particulière entre le prestigieux Festival et les femmes à travers des thèmes qui traversent tous les domaines en mettant toujours à l’honneur, le si bel art qu’est le cinéma.

Des belles tenues aux polémiques.

Le Festival de Cannes est internationalement reconnu depuis des années pour être l’événement chic du Septième Art. Toutes les plus grandes stars de cinéma y ont monté les marches habillées pour l’occasion par des marques de luxe, qui en profitent pour montrer leurs créations. La Croisette n’est pas seulement un lieu privilégié du cinéma, elle est aussi souvent un grand instant de mode. On ne compte plus les fois où des robes splendides ont fait parler d’elles, ni les moments marquants où les tenues très originales inspiraient les journalistes. Les femmes sont scrutées de haut en bas en montant les marches pour voir si elles correspondent bien aux « tenues de soirée » requises pour accéder au Palais des Festivals ou si elles ne laisseront pas s’échapper un scandale de leur robe. Parfois cantonnées seulement à leur statut de femme d’ailleurs, on en oublie de parler de cinéma mais non, elles ne sont pas seulement là pour faire beau et sont autant professionnelles que ceux du sexe opposé, habillés en smocking. (Lire l’article de Libération sur les genres dans les tenues)

Mais les polémiques ne se limitent pas au simple espace du tapis rouge, les femmes ont du caractère et elles le prouvent. Dès 1979, Françoise Sagan fait trembler Cannes en tant que Présidente du Jury. Sept mois après avoir tranché pour remettre la Palme d’Or ex-aequo à Le Tambour et Apocalypse Now, elle révèle les dessous du festival qui disent que le président Robert Favre Le Bret et Maurice Bessy, ex-délégué général et juré cette année-là ont largement influencé les jurés en faveur du film de Coppola. Quelques années après, en 1983, c’est Isabelle Adjani qui fait parler d’elle en refusant de participer à la conférence de presse et au photocall du film L’Été meurtrier pour protester contre les photographes qu’elle jugeait trop intrusifs dans sa vie privée. En réaction à ce boudage, les photographes décident alors de se mettre en grève et de tourner le dos à l’actrice à sa montée des marches, après avoir déposé leurs appareils à leurs pieds. Des années avant encore, Simone Silva créa la polémique en plein shooting photo avec Robert Mitchum en enlevant son soutien gorge lors des poses, donnant des clichés très sexys des deux acteurs. Plus récemment en 2012, Julia Roberts fait le buzz en choisissant de monter les marches pieds nus pour protester contre le dress code du tapis rouge selon lequel les talons seraient obligatoires. Ces photos et ces moments ont fait le tour du monde et beaucoup parler le microcosme du cinéma qui se nourrit chaque année de tous ces instants qui sortent du protocole cannois.

Des inégalités depuis longtemps dans les prix.

Si l’on parle beaucoup des femmes pour leur beauté et leur élégance à Cannes, on attend encore le jour où l’on en parlera autant pour leur talent et leur grande présence dans la compétition. Il y a quelques jours, l’Agence France Presse (AFP) dévoilait quelques chiffres sur la présence féminine au sein de la sélection officielle. Sur les 268 cinéastes ayant vu leur film récompensé par une des plus hautes distinctions du Festival (ces dernières années par la Palme d’or, le Grand Prix et le Prix du jury), 11 étaient des femmes, soit 4 % du total, selon le décompte de l’AFP :

– Jane Campion : Palme d’Or du court métrage en 1986 pour Peel, exercice de discipline et Palme d’Or en 1993 pour La Leçon de Piano (ex-aequo avec Chen Kaige et son Adieu ma concubine).

– Samira Makhmalbaf : Prix du Jury en 2000 pour Le Tableau noir et en 2003 pour A cinq heures de l’après-midi

– Alice Rohrwacher : Grand Prix en 2014 pour Les Merveilles (nommée cette année pour Lazzaro Felice)

« J’adorerai voir plus de réalisatrices parce qu’elles représentent la moitié de la population et donnent naissance à la Terre entière. Tant qu’elles n’écriront pas et ne réaliseront pas, nous n’aurons jamais la totale vision des choses. » Jane Campion.

Du côté du Prix de la mise en scène et du Prix du scénario, quatre femmes ont été récompensées sur 111 lauréats en plus de 70 ans, soit 3,5 % dont deux l’an dernier :

  • Sofia Coppola : Prix de la mise en scène en 2017 pour Les Proies
  • Lynne Ramsay : Prix du scénario en 2017 pour A Beautiful Day (…)

Mais si les femmes ne sont pas beaucoup récompensées, c’est qu’elles ne sont pas non plus beaucoup nommées. Malgré la volonté de certaines écoles de cinéma d’établir la mixité dans leur promotion, la tendance à devenir cinéaste reste masculine. Parmi les plus de 1.780 cinéastes qui ont vu leur film sélectionné depuis 1946, on retrouve 83 réalisatrices, soit 4,7 %. Cette année trois réalisatrices ont vu leur film sélectionné sur les 18 que comporte la sélection officielle, confirmant la « tendance » des quatre dernières années où un film sélectionné sur huit environ était réalisé par une femme. Mais des sélections officielles relativement récentes, comme 2012 ou 2010, ne comptaient que des films réalisés par des hommes. Pour se défendre, le Festival souligne régulièrement que la sélection officielle ne fait que refléter la faible représentation des femmes dans le milieu de la réalisation cinématographique. En France, à titre d’exemple, environ un quart des cinéastes entre 2009 et 2014 étaient des femmes, selon le centre national du cinéma et de l’image animée (CNC).

Cependant, depuis 2013, le Festival tient à respecter la parité parmi le Jury qui compte 9 membres dont le Président donc 4 ou 5 femmes lorsque la Présidente du Jury est, comme cette année, une femme. Au total, les femmes ont représenté 166 membres sur les 738 qu’a connus le jury du Festival, soit plus d’une personne sur cinq. En 71 édition du Festival de Cannes, 12 femmes seulement ont été présidentes du jury dont 5 françaises (Michèle Morgan, Jeanne Moreau deux fois, Françoise Sagan, Isabelle Huppert, Isabelle Adjani). En revanche, là où le Festival leur donne une place privilégiée c’est pour être maîtresse des cérémonies. Il n’y a eu quasiment que des femmes et seulement 4 hommes depuis 1993 : Vincent Cassel, Lambert Wilson, Laurent Lafitte et Edouard Baer qui assurera pour la troisième fois le rôle de maître de cérémonie cette année.

Les femmes de Cannes.

Toujours une source d’inspiration

La Femme a inspiré de nombreux artistes et été la muse de plusieurs peintres ou réalisateurs qui les sublimaient sur leur toile ou à l’écran. En choisissant de mettre des femmes sur son affiche, le Festival de Cannes retransmet ce message et leur rend hommage. La première femme à apparaître sur une affiche est en 1957 par un dessin puis en 1992, Marlène Dietrich est la première actrice à devenir la muse de Cannes. Depuis, plusieurs femmes se succèdent dans ce rôle en commençant par Marilyn Monroe ou encore Juliette Binoche, Faye Dunaway, Ingrid Bergman, et Claudia Cardinale l’an dernier. Cela montre bien que la féminité est un des personnages principaux du Septième Art.

Brigitte Bardot, Monica Bellucci, Marion Cotillard, Grace Kelly, Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, Isabelle Huppert Sophia Loren, toutes ont marqué de leur empreinte le Festival de Cannes. Ces deux semaines cannoises ont leur lot de polémiques et de faits marquants mais également de moments touchants dont le monde entier se souvient. Que ce soit lors de réceptions de prix, avec en 2014 Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos qui montaient sur scène avec leur réalisateur Abdellatif Kechiche pour la Palme d’Or de La vie d’Adèle ou lors d’instants forts de la cérémonie, la grande famille du cinéma comme on l’appelle si souvent, a fait briller bien des yeux. On pense notamment au duo culte de Vanessa Paradis et Jeanne Moreau chantant Le tourbillon de la vie en 1995.

Festival de Cannes 2018 : changements en autarcie et accès VIP

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Suppression des projections presse matinales pour les journalistes conviés à se rendre aux séances publiques (et à sauter les afters pour rédiger leurs papiers); interdiction des selfies durant la montée des marches pour des questions d’organisation; et (surtout?) obligation d’une distribution salles en France pour les films de la sélection officielle, excluant de fait Netflix des honneurs de la compétition (because chronologie des médias hexagonale). Bref, ça n’a échappé à personne : à Cannes, change is in the air.

Les conséquences des mesures chocs annoncées ne se sont d’ailleurs pas fait attendre. Les polémiques ont immédiatement pris le pas sur le reste, au point de reléguer dans le rétroviseur les habituelles spéculations d’avant-festival. Quand les films présents suscitent moins d’intérêt que ceux qui n’y seront pas, c’est bien que quelque chose cloche.

Gardien du temple solaire

Il suffit pour s’en convaincre de constater le non-événement de l’annonce de la sélection officielle, totalement éclipsée par la non-présence à cette édition 2018 de Netflix et des films qu’ils devaient amener dans leurs bagages (dont la fameuse œuvre inachevée d’Orson Welles). On se gardera bien de prendre parti sur ce point, d’autant que l’on n’est pas à l’abri de connaître quelques rebondissements sur la route qui mènera immanquablement à l’issue du conflit. Toutefois, le principal ici ne concerne peut-être pas tant les mesures elles-mêmes que l’ampleur de la controverse déclenchée, qui dépasse largement les acteurs directement concernés.

Pour le pire et pour le meilleur, à tort où à raison, Cannes évoque le cinéma avec un grand C dans l’inconscient populaire depuis plusieurs décennies. Par les temps qui courent, ce fantasme d’excellence revêt une dimension messianique pour les contempteurs de la dématérialisation du médium, qui y voient une trahison de son essence (souvenons-nous des sifflets-bizuteurs qui ont accueilli la projection d’Okja de Bong Joon-ho lors de l’apparition du logo Netflix à l’écran l’an passé). Et de fait, corsetée dans une idée de la noblesse culturelle que les raouts people annuels n’ont pas encore réussi à renverser, Cannes doit sa résistance au temps à la pérennité d’une certaine mythologie du 7ème Art. Celle d’un temple aux idoles plus grand que la vie, qui pose les conditions de son expérience à ses fidèles et entretient sa persona au-dessus mais à l’écart du commun des mortels, si proche et si loin d’eux à la fois. Cannes, c’est le paroxysme rectiligne de la verticalité dans un monde acquis à l’horizontalité. La volonté de mettre tout le monde devant le fait accompli qui transparait dans les mesures prises, ne saurait évoquer avec plus d’éloquence cette conscience de sa propre condition inhérente au festival.

Ted Sarandos et Thierry Frémeaux: « -Sacré Thierry, it’s encore you qui a pété ? -Woah Teddy, WHOAH !! »

Or, c’est là qu’il faut mesurer l’importance du débat ouvert par les décisions annoncées par Thierry Frémaux, depuis abonné à la justification penaude quasi-quotidienne par médias interposés d’une polémique qui semble légèrement le dépasser (la dernière en date: « L’an dernier, on avait proposé deux films, mais cela a été fortement critiqué. J’ai failli perdre mon poste. C’était très violent (…) A cause de la chronologie des médias, cela impliquerait qu’il n’arrive sur la plateforme que 3 ans plus tard. C’est absurde, bien sûr. Personnellement, je pense que cela doit changer, mais en 2018, on doit faire avec ça). Car c’est bien cette idée du cinéma qui est menacée par les plateformes du streaming, qui érige la mise à disposition immédiate non pas d’un film mais d’un catalogue comme nouveau modèle de pratique du spectateur et, in fine de production. C’est ce contrôle forfaitaire du spectateur sur ses programmes qui menacerait de faire du cinéma le sujet des désirs aléatoires du regardant, affectant notre relation de façon irréversible notre rapport ontologique au médium selon le plus éminent thuriféraire de la tradition, Quentin Tarantino: « Ce que je veux dire, c’est qu’on était investit d’une certaine façon, et qu’en matière de cinéma, les nouvelles technologies font que cet investissement n’est plus du tout le même. Bien sûr, il nous est tous arrivés de louer trois films et de ne jamais regarder le troisième, mais il y avait un véritable engagement envers ce qu’on avait choisi (…) Ce que l’on a perdu, c’est la notion d’engagement ».

Make cinema great again ?

Certes, le cinéma ne cesse de mourir depuis globalement l’arrivée du parlant, et de tels débats entouraient déjà l’arrivée de la télévision et la VHS. Mais le rapport antédiluvien de verticalité entretenu par le médium et le spectateur, auquel sa dimension artistique a été grandement (et arbitrairement) chevillée n’a jamais été autant remis en question que maintenant. Ce n’est plus nous qui allons au cinéma, c’est le cinéma qui vient à nous et, comme le dit David Fincher « se rend présent à notre disponibilité ». A une époque où l’immédiateté a botté l’attente hors du terrain, où la transparence s’impose à l’opacité et ou la proximité a remplacé la transcendance, le cinéma ne conte plus sa légende par l’intermédiaire des photos de maîtres, mais dans l’instantanéité des selfies qui n’auront plus droit de cité sur le tapis rouge.

Or, si ce changement de paradigme génère un bouleversement indéniable dans la façon de considérer le cinéma, ostraciser les œuvres Netflix pour ne pas avoir respecter le protocole, c’est prendre le risque d’appliquer des distinctions archaïques déconnectées de la réalité. Comme lorsque Steven Spielberg déclare « En fait, une fois que vous vous soumettez au format télé, vous êtes un téléfilm. Et certains de ces films méritent des récompenses, oui, mais un Emmy. Pas un Oscar. Je ne pense pas que les films qui ont juste une exploitation en salles pour répondre aux critères de qualification, méritent d’être nommés aux Oscars. » Quand bien même il s’en défend, c’est bien le même message que traduit la décision du festival de Cannes, qui reconduit entre les lignes d’une diplomatie de façade la dichotomie film/téléfilm qui a longtemps prévalu pour catégoriser les films tournés pour le petit écran et ceux tournés pour la grande toile. A ce mépris de classe de la part de l’aristocratie du cinéma le réalisateur Jérémy Saulnier, qui fait partie des refoulés Netflix avec Aucun homme ni Dieu, adresse une réponse qui se soucie beaucoup moins des apparences que les formules de Ted Sarandos « Oscar ou Emmy ? Pas mon problème. Mais si quelqu’un essaie de m’expliquer que mes modestes films ne relèvent pas du cinéma, je l’invite gentiment à se poignarder le visage plusieurs fois, avant de se foutre le feu. »

« Celle-là, on va l’envoyer à Frémeaux ».

Que la plus importante manifestation cinématographique mondiale affirme son intention de restaurer l’importance supposément en péril du 7ème Art, rien de plus louable en soit. Que ce même péril soit identifié à l’aune de sa nouvelle accessibilité, voilà qui est déjà beaucoup plus litigieux, et risque bien de réduire à néant les efforts de Frémeaux visant à combattre l’image d’un festival défiant vis-à-vis du grand-public, dont les modes d’expérience contemporains du cinéma sont désormais ni plus ni moins arrêtés aux portes de la Croisette. Le problème de l’accessibilité cannoise ne se pose plus seulement en termes de contenu filmique (la fameuse étiquette de happy-few élitiste pesant sur les films provenant du festival), mais rattrape les modalités mêmes de rencontre du médium lui-même avec le public.

Que l’on ne s’y trompe pas : au-delà de toutes considérations partisanes, le cinéma aborde un tournant rien moins que civilisationnel à l’échelle de son histoire. A côté de la question de la chronologie des médias, il y a un vrai débat à mener sur la nécessaire préservation de la dimension mythologique du cinéma, et en premier lieu à travers le devenir de la salle obscure, sanctuaire privilégié du dispositif. Mais en chevillant aussi définitivement le « grand » cinéma dont il est la vitrine à un support de diffusion, Cannes expédie cavalièrement toutes formes de discussions là où il devrait en être le théâtre, et prend le risque de cheviller son destin à des dogmes aussi rigides que problématiques. Ted Sarandos : « Thierry a dit quand il a évoqué son changement de règle que l’histoire de Cannes et l’histoire d’Internet sont deux choses différentes (…). Nous choisissons de nous positionner du côté de l’avenir du cinéma. Si Cannes préfère rester dans le passé, très bien ». Jusqu’à ce que son inaccessibilité, fantasmée ou avérée, qui se voudrait le pléonasme d’une excellence de plus en plus chimérique ne devienne une réalité qui n’intéresse plus personne.

 

 

Festival de Cannes : Le programme complet de Cannes Classics 2018 enfin dévoilé !

Le programme détaillé de la sélection exceptionnelle de Cannes Classics a été rendu public en ce lundi 23 avril 2018. Cette année, la section parallèle du 71e Festival de Cannes rendra entre autres, hommages à Alice Guy, Jane Fonda et célébrera le 50e anniversaire de 2001 L’Odyssée de l’espace ainsi que le centenaire d’Ingmar Bergman.

Pour le plus grand bonheur des cinéphiles, des films du patrimoine et des grands classiques du septième art seront projetés dans des versions restaurées en 2K et en 4K. Ces films restaurés seront présentés par des producteurs, des distributeurs, des fondations, des cinémathèques ou bien encore des ayants-droit qui travaillent à la sauvegarde du passé. Des documentaires produits en 2018 font également partie de la sélection Cannes Classics cette année.

La plupart des longs-métrages de Cannes Classics sont projetés dans la salle Buñuel, au cœur de la salle du Soixantième ou bien encore au Cinéma de la Plage. Toutes les séances seront présentées, soit par des réalisateurs, des artistes ou des responsables des restaurations, soit par des professionnels venus des archives ou des cinémathèques.

Les cinéphiles présents sur la Croisette vont donc être aux anges avec cette programmation exceptionnelle dans le cadre de l’édition 2018 de Cannes Classics. 32 longs-métrages qui ont fait l’histoire du cinéma seront projetés. Le cinéma de la plage lors de cette édition célébrera aussi le 50e anniversaire de 2001 : L’Odyssée de l’espace et le centenaire d’Ingmar Bergman sera à l’honneur.

« Il s’agit d’une recréation photochimique fidèle qui n’a fait l’objet d’aucune retouche numérique, ni modification de montage. Présenté par le réalisateur Christopher Nolan, le film sera projeté dans l’exacte reproduction de l’expérience vécue par les spectateurs lors de la sortie du film au printemps 1968« , souligne le Festival de Cannes. La fille de Stanley Kubrick, Katharina Kubrick, et son coproducteur Jan Harlan assisteront à cette projection.

Christopher Nolan a déclaré à propos du film culte : “Un de mes premiers souvenirs de cinéma est d’être allé avec mon père voir 2001 : L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, en 70 mm, au cinéma de Leicester Square à Londres. L’opportunité de participer à la recréation de cette expérience pour une nouvelle génération de spectateurs et de présenter au Festival de Cannes notre nouvelle copie 70 mm non restaurée du chef-d’œuvre de Kubrick, dans toute sa splendeur analogique, est un honneur et un privilège.”

Hommages à Ingmar Bergman, né il y a 100 ans

Cannes Classics projettera plusieurs documentaires dont « Searching for Ingmar Bergman » de l’Allemande Margarethe von Trotta. « Le Septième sceau« , l’un des chefs-d’œuvre du cinéaste tourné en 1957, sera également projeté dans une version restaurée en 4K (très haute définition) à partir du négatif original, en coproduction avec StudioCanal. Une présentation de C-Films (Deutschland) à Hamburg et Mondex et Cie-France. Ventes internationales, Edward Noeltner, CMG à Los Angeles. En présence de Margarethe von Trotta.

«Bergman — ett år, ett liv» (Bergman – A Year in a Life) de Jane Magnusson (2018, 1h56, Suède)

Bergman — A Year in a Life retrace l’existence de Bergman pendant l’année 1957 au moment de la sortie des Fraises sauvages et du Septième Sceau. Par Jane Magnusson, déjà auteur en 2013 de Trespassing Bergman avec Martin Scorsese, Woody Allen, Francis Coppola, Wes Anderson. Une présentation de B-reel Films. Produit par Mattias Nohrborg, Cecilia Nessen, Fredrik Heinig pour B-reel Film, avec SvT, Nordsvensk, FRSM, Reel Ventures, SF et avec le soutien de SFI, NFI et NFTV. Distribution : Carlotta Films. En présence de Jane Magnusson.

Orson Welles sera également à l’honneur avec un film du critique et historien de cinéma Mark Cousins, « Les Yeux d’Orson Welles« , une plongée dans l’univers du cinéaste avec la collaboration de sa fille Beatrice Welles.

Le programme complet et détaillé de Cannes Classics 2018 :

Sélection Alice Guy et Jane Fonda

Be Natural : The Untold Story of Alice Guy-Blaché (Soyez naturel : L’histoire inédite d’Alice Guy-Blaché) de Pamela B. Green (2018, 2h, États-Unis)

Première femme réalisatrice, productrice et directrice de studio de l’histoire du cinéma, Alice Guy est le sujet d’un documentaire mené tambour battant telle une enquête visant à faire (re)connaître la cinéaste et son œuvre de par le monde. Une présentation de Wildwood Enterprises en association avec Artemis Rising. Produit par A Be Natural Production. En présence de la réalisatrice Pamela B. Green.

Jane Fonda in Five Acts de Susan Lacy (2018, 2h13, États-Unis)

La carrière cinématographique de Jane Fonda, sa place dans l’histoire du XXe siècle, sa relation aux hommes de sa vie. Une présentation de HBO Documentary Films. Produit par Pentimento Productions. En présence de Susan Lacy et de Jane Fonda.

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Les 50 ans de 2001 : l’odyssée de l’espace

2001: A Space Odyssey (2001 : l’odyssée de l’espace) de Stanley Kubrick (1968, 2h44, Royaume-Uni, États-Unis)

Une présentation de Warner Bros. Copie 70mm tirée à partir d’éléments du négatif original. Il s’agit d’une recréation photochimique fidèle qui n’a fait l’objet d’aucune retouche numérique, effet remasterisé ni modification de montage. Présenté par le réalisateur Christopher Nolan, le film sera projeté en salle Debussy, avec entracte de 15mn, dans l’exacte reproduction de l’expérience vécue par les spectateurs lors de la sortie du film au printemps 1968. En présence également de la fille de Stanley Kubrick, Katharina Kubrick, et de son coproducteur Jan Harlan.

Orson Welles

The Eyes of Orson Welles (Les Yeux d’Orson Welles) de Mark Cousins (2018, 1h55, Royaume-Uni)

Un voyage du critique et historien de cinéma Mark Cousins, auteur de Story of Film, dans l’univers pictural d’Orson Welles, ses dessins, peintures et œuvres de jeunesse, vus pour la première fois à l’écran, grâce à sa fille Beatrice Welles. Une présentation de Bofa Productions. Produit par Bofa Productions avec Creative Scotland, the BBC et Filmstruck. En présence du réalisateur Mark Cousins.

Centenaire Ingmar Bergman

Searching for Ingmar Bergman (À la recherche d’Ingmar Bergman) de Margarethe von Trotta (2018, 1h39, Allemagne, France)

La réalisatrice allemande Margarethe von Trotta, qu’Ingmar Bergman appréciait beaucoup, part sur les traces du cinéaste en même temps que celles de son propre passé et interroge la nouvelle génération à propos de la place laissée par le maître suédois. Une présentation de C-Films (Deutschland) à Hamburg et Mondex et Cie-France. Ventes internationales, Edward Noeltner, CMG à Los Angeles. En présence de Margarethe von Trotta.

Bergman — ett år, ett liv (Bergman – A Year in Life) de Jane Magnusson (2018, 1h56, Suède)

Bergman – A Year in Life retrace l’existence de Bergman pendant l’année 1957 au moment de la sortie des Fraises sauvages et du Septième Sceau. Par Jane Magnusson, déjà auteur en 2013 de Trespassing Bergman avec Martin Scorsese, Woody Allen, Francis Coppola, Wes Anderson. Une présentation de B-reel Films. Produit par Mattias Nohrborg, Cecilia Nessen, Fredrik Heinig pour B-reel Film, avec SvT, Nordsvensk, FRSM, Reel Ventures, SF et avec le soutien de SFI, NFI et NFTV. Distribution : Carlotta Films. En présence de Jane Magnusson.

Det sjunde inseglet (Le Septième Sceau / The Seventh Seal) d’Ingmar Bergman (1957, 1h36, Suède)

La rencontre d’un chevalier avec la Mort et une partie d’échecs qui fait légende… Le chef-d’œuvre le plus célèbre d’Ingmar Bergman et l’un des rôles les plus marquants de Max von Sydow. Une présentation du Swedish Film Institute. Numérisation et restauration 4K à partir du négatif original et du mixage final sur bande magnétique menées par le Swedish Film Institute. Distribution salles : Studiocanal et Carlotta Films.

Toute la programmation des films de Cannes Classics

Battement de cœur (Beating Heart) d’Henri Decoin (1939, 1h37, France)

Une présentation Gaumont. Restauration 2K en association avec le CNC. Travaux image effectués par Eclair, son restauré par L.E. Diapason en partenariat avec Eclair.

Ladri di biciclette (Le Voleur de bicyclette / Bicycle Thieves) de Vittorio De Sica (1948, 1h29, Italie)

Une présentation de Fondazione Cineteca di Bologna, Stefano Libassi’s Compass Film et Istituto Luce-Cinecittà. Une restauration de la Fondazione Cineteca di Bologna et Stefano Libassi’s Compass Film, en collaboration avec Arthur Cohn, Euro Immobilfin et Artédis, et avec le soutien d’Istituto Luce-Cinecittà. Restauration menée au laboratoire L’Immagine Ritrovata.

Enamorada d’Emilio Fernández (1946, 1h39, Mexique)

Une présentation de The Film Foundation. Restauration menée par UCLA Film & Television Archive et The Film Foundation’s World Cinema Project en collaboration avec Fundacion Televisa AC et Filmoteca de la UNAM et financée par la Material World Charitable Foundation. Le film sera présenté par Martin Scorsese.

Tôkyô monogatari (Voyage à Tokyo / Tokyo Story) de Yasujiro Ozu (1953, 2h15, Japon)

Une présentation de Shochiku. Restauration numérique 4K menée par Shochiku Co., Ltd. en coopération avec The Japan Foundation à partir du négatif 35mm chez Shochiku MediaWorX Inc. et IMAGICA Corp. Distribution salles : Carlotta Films.

Vertigo (Sueurs froides) d’Alfred Hitchcock (1958, 2h08, États-Unis)

Une présentation de Park Circus. Restauration numérique 4K à partir du négatif VistaVision faite par Universal Studios. Le film sera projeté au Cinéma de la Plage.

The Apartment (La Garçonnière) de Billy Wilder (1960, 2h05, États-Unis)

Une présentation de Park Circus en coopération avec Metro-Goldwyn-Mayer. Restauration numérique 4K à partir du négatif original caméra à la Cineteca di Bologna et supervisée par Grover Crisp pour Park Circus. Étalonnage par Sheri Eissenburg à Roundabout Los Angeles.

Démanty noci (Les Diamants de la nuit / Diamonds of the Night) de Jan Němec (1964, 1h08, République tchèque)

Une présentation du National Film Archive, Prague. Restauration menée par Universal Production Partners studio à Prague sous la supervision du National Film Archive, Prague.

Voyna i mir. Film I. Andrei Bolkonsky (Guerre et paix. Film I. Andrei Bolkonsky / War and Peace. Film I. Andrei Bolkonsky) de Sergey Bondarchuk (1965, 2h27, Russie)

Une présentation de Mosfilm Cinema Concern. Restauration numérique image par image de l’image et du son à partir d’un scan 2K. Producteur de la restauration : Karen Shakhnazarov.

La Religieuse (The Nun) de Jacques Rivette (1965, 2h15, France)

Une présentation de Studiocanal. Restauration 4K d’après le négatif image original. Restauration son à partir du négatif son (seul élément conforme). Travaux réalisés par le laboratoire L’immagine Ritrovata sous la supervision de Studiocanal et de Madame Véronique Manniez-Rivette avec l’aide du CNC, de la Cinémathèque française ainsi que du Fonds culturel franco-américain.

Četri balti krekli (Quatre chemises blanches / Four White Shirts) de Rolands Kalnins (1967, 1h20, Lettonie)

Une présentation du National Film Centre of Latvia. Scan 4K et restauration numérique 3K à partir de l’internégatif original 35mm et d’un marron afin d’obtenir un master 2K. Restauration financée par National Film Centre of Latvia et menée par Locomotive Productions (Latvia). En présence du réalisateur Rolands Kalnins.

La Hora de los hornos (L’Heure des brasiers / The Hour of the Furnaces) de Fernando Solanas (1968, 1h25, Argentine)

Une présentation de CINAIN – Cinemateca y Archivo de la Imagen Nacional. Restauration 4K à partir des négatifs originaux, grâce à l’Instituto Nacional de Cine y Artes Audiovisuales (INCAA), à Buenos Aires. Sous la supervision du réalisateur. Distribution France : Blaq Out. En présence de Fernando Solanas.

Le Spécialiste (Gli specialisti / Specialists) de Sergio Corbucci (1969, 1h45, France, Italie, Allemagne)

Une présentation de TF1 Studio. Version intégrale inédite restaurée en 4K à partir du négatif image original Technicolor – Techniscope et des magnétiques français et italien par TF1 Studio. Travaux numériques réalisés par le laboratoire L’Image retrouvée, Paris/Bologne. Distribution salles : Carlotta Films. Le film sera projeté au Cinéma de la Plage.

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João a faca e o rio (João et le couteau / João and the Knife) de George Sluizer (1971, 1h30, Pays-Bas)

Une présentation d’EYE Filmmuseum, Stoneraft Film en association avec Haghefilm Digital. Restauration 4K à partir du négatif caméra Techniscope 35mm filmé par Jan de Bont qui présente richesse de couleurs issue du négatif et netteté d’image sans passer par le gonflage en Cinémascope.

Coup pour coup (Blow for Blow) de Marin Karmitz (1972, 1h30, France)

Une présentation de MK2. Restauration réalisée par Eclair à partir du négatif original en 2K avec l’aide du CNC et supervisée par le réalisateur. Distribution en France MK2, ressortie le 16 mai 2018. En présence de Marin Karmitz.

L’une chante, l’autre pas (One Sings the Other Doesn’t) d’Agnès Varda (1977, 2h, France)

Une présentation de Ciné Tamaris. Le film sera projeté au Cinéma de la Plage en présence d’Agnès Varda. Numérisation en 2k à partir du négatif original et restauration, étalonnage sous la supervision d’Agnès Varda et Charlie Van Damme. Avec l’aide du CNC, de la fondation Raja, Danièle Marcovici & IM production Isabel Marant, avec le soutien de Women in motion / KERING. Ventes internationales MK2 films. Distribution salles : Ciné Tamaris (sortie en France le 4 juillet 2018).

Grease de Randal Kleiser (1978, 1h50, États-Unis)

Une présentation de Park Circus et de Paramount Pictures. Restauration numérique 4K à partir du négatif caméra original. Le film sera projeté au cinéma de la plage en présence de John Travolta.

Fad,jal (Grand-père, raconte-nous) de Safi Faye (1979, 1h52, Sénégal, France)

Une présentation du CNC et de Safi Faye. Restauration numérique effectuée à partir de la numérisation en 2K des négatifs 16mm. Restauration réalisée par le laboratoire du CNC. En présence de Safi Faye.

Cinq et la peau (Five and the Skin) de Pierre Rissient (1981, 1h35, France, Philippines)

Une présentation de TF1 Studio. Restauration 4K à partir du négatif image original et du magnétique français par TF1 Studio, avec le soutien du CNC et la collaboration du réalisateur Pierre Rissient. Distribution salles : Carlotta Films. En présence de Pierre Rissient.

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A Ilha dos Amores (L’Île des amours / The Island of Love) de Paulo Rocha (1982, 2h49, Portugal, Japon)

Une présentation de Cinemateca Portuguesa – Museu do Cinema. Scan wet gate 4K de deux interpositifs 35mm image et son. Étalonnage réalisé par La Cinemaquina (Lisbonne, Portugal) avec une copie d’exploitation 35mm de 1982 comme référence. Restauration numérique image par IrmaLucia Efeitos Especiais (Lisbonne, Portugal).

Out of Rosenheim (Bagdad Café) de Percy Adlon (1987, 1h44, Allemagne)

Une présentation de Studiocanal. Numérisation et restauration 4K. Travaux confiés au laboratoire Alpha Omega Digital à Munich et effectués sous la supervision constante du réalisateur Percy Adlon. Négatif original, conservé à Los Angeles en excellente condition, traité à Munich pour le scan et la restauration image par image. Le film sera projeté au Cinéma de la Plage en présence de Percy Adlon.

Le Grand Bleu (The Big Blue) de Luc Besson (1988, 2h18, France, Etats-Unis, Italie)

Une présentation de Gaumont. Restauration 2K, travaux image effectués par Eclair, son restauré par L.E Diapason en partenariat avec Eclair. Séance organisée à l’occasion des trente ans de la projection du film en ouverture du Festival de Cannes 1988. Le film sera projeté au Cinéma de la Plage.

Driving Miss Daisy (Miss Daisy et son chauffeur) de Bruce Beresford (1989, 1h40, États-Unis)

Une présentation de Pathé. Restauration 4K à partir des négatifs 35mm originaux image et son. Restauration réalisée par Pathé au laboratoire L’image Retrouvée (Paris/Bologne) avec la collaboration du réalisateur Bruce Beresford.

Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau (1990, 2h15, France)

Une présentation de Lagardère Studios Distribution. Numérisation supervisée par Jean-Paul Rappeneau à partir du négatif original et restauration 4K réalisées par le laboratoire L’Image Retrouvée pour Lagardère Studios Distribution avec le soutien du CNC, de la Cinémathèque française, du Fonds Culturel Franco-Américain, d’Arte France–Unité Cinéma, de Pathé et de Monsieur Francis Kurkdjian. Distribution salles : Carlotta Films (en cours). En présence de Jean-Paul Rappeneau.

Hyènes (Hyenas) de Djibril Diop Mambéty (1992, 1h50, Sénégal, France, Suisse)

Une présentation de Thelma Film AG, avec le soutien de la Cinémathèque Suisse. Scan à partir du négatif original, nettoyage et correction colorimétrie en 2K. Travaux menés par Eclair Cinéma SAS. Ventes internationales : Thelma Film AG. Distribution France : JHR Films (en cours).

Précédé de : Lamb (La Lutte sénégalaise) de Paulin Soumanou Vieyra (1963, 18 min, Sénégal). Une présentation de La Cinémathèque de l’Institut français, Orange et PSV Films. Restauration numérique effectuée à partir de la numérisation en 2K des négatifs 35mm. Restauration réalisée par Eclair.

El Massir (Le Destin / Destiny) de Youssef Chahine (1997, 2h15, Égypte, France)

En avant-première de la rétrospective intégrale à la Cinémathèque française en octobre 2018, une présentation d’Orange Studio et MISR International films, avec le soutien du CNC, encouragé par La Cinémathèque française. Restauration en 4K au laboratoire Éclair Ymagis par Orange Studio, MISR International Films et la Cinémathèque française avec le soutien du CNC. Le film sera projeté au Cinéma de la Plage.

 

auteur gabriel

En Liberté ! de Pierre Salvadori : l’humour au cinéma, c’est quoi ?

Avec En Liberté ! Pierre Salvadori signe une comédie sans dessus dessous et surtout très drôle. Elle est décrite par beaucoup comme « la comédie de l’année 2018 », au même titre, tiens tiens, qu’une autre comédie sortie une semaine plus tôt, Le Grand Bain de Gilles Lellouche. Il n’en fallait pas moins pour que l’on s’interroge sur l’humour au cinéma, plus particulièrement français, ces dernières années.

Le film de Salvadori, disons-le d’entrée de jeu, est une petite pépite de bout en bout. Sans se prendre la tête, et en acceptant de mettre le monde sans dessus dessous, En Liberté ! nous fait rire et ça fait du bien sans se forcer. Sa force ? Regarder le monde à travers les grands yeux ouverts, et sans jugement, de son actrice Adèle Haenel que l’on n’attendait pas forcément ici. Quoique, elle avait déjà illustré ses talents de comédienne comique dans Les combattants. Mais ici, elle prend tellement plus de plaisir à jouer une fausse naïveté qui s’avérera être une grande force de caractère que ça en devient aussi un pur plaisir pour le spectateur. L’actrice disait elle-même il y a quelques semaines, lors d’une table ronde au Forum des images à Paris, que la joie de la comédie résidait dans la capacité à se sentir comme dans un cartoon, à pouvoir réinventer un monde à sa façon, à lui faire dire et faire n’importe quoi. C’est ce non-sens permanent qui fait la force du film, tout comme il parcourt parfois les scènes les plus réussies du Grand bain.  Ce dernier s’égare quand il est un poil trop terre à terre ou rationnel dans son récit du quotidien de ses personnages principaux. Ainsi, si Le Grand bain, comme le suggère la voix off en introduction et conclusion du film, tente avec classe de faire rentrer un rond dans un carré et inversement, En Liberté ! serait le film qui fait exploser le carré pour y faire rentrer le rond, quoi qu’il arrive et sans se préoccuper de la morale. Ainsi, on rit franchement parce que la terre est laissée en friche, point de désir pour le réalisateur de revenir à la normale. Le monde n’a pas de sens, c’est le plus souvent un foutoir pas possible, le film l’accepte et se refuse à une résolution bien pépère. Il n’y a qu’à voir cette scène absurde où, sous une voiture, les deux protagonistes discutent alors que la rue est en flammes, l’un ne se supportant plus et l’autre le soutenant malgré l’échec assuré d’une entreprise, d’un duo surtout, plus que bancals. Ici, les personnages ne sont pas ensemble parce qu’ils ont quelque chose de plus grand qu’eux à accomplir, mais par nécessité de survivre, de trouver une place dans une société qui les a éjectés sans crier gare. 

Rire et morale ne font pas bon ménage

Si l’on prenait un contre-exemple objectif à ce fil, Dany Boon serait parfait dans cet exercice. Ainsi, avec La Ch’tite famille, il propose une œuvre comique qui parfois fait tendrement sourire (terme sur lequel il sera utile de revenir plus tard dans cet article). Or, la différence est qu’il semble vouloir absolument résoudre sa situation comique, son non-sens et lui donner du sens en s’appuyant sur une fausse valeur refuge : la famille. Ainsi,  chez les Ch’tits, on se réconcilie en chantant du Johnny et on abolit les différences, qui pourtant avaient pu être un « puissant » ressort comique. Il n’y a donc plus tellement d’intérêt à avoir osé les pires blagues puisque la fin du film semble nous remettre à notre place et nous dire rien de moins qu’aimez-vous les uns les autres. Au contraire, En Liberté! a l’audace d’assumer que parfois les pires associations donnent de belles rencontres et de refuser une philosophie du bonheur à coup de « deviens qui tu es ». C’est d’ailleurs sur ce paradoxe qui pousse à s’affranchir des codes pour finalement entrer dans un moule que s’était appuyé Thomas Cailley pour l’écriture des Combattants. En effet, à l’époque de la sortie du film « deviens qui tu es » était, plus ou moins, le slogan de l’armée. Et pour le réalisateur ce fut un point de départ à un récit complotiste, carrément barré, et qui finit par être une prophétie autoréalisatrice qui ne propose rien d’autre que d’accepter le chaos et de jouer avec. Thomas Cailley déclare ainsi à propos de la genèse de son film, toujours lors de la table ronde autour d’Adèle Haenel citée plus haut,  » j »étais moi-même en train de choisir ma vie et j’avais d’un côté cette injonction au bonheur, cette société qui me dit « il faut absolument devenir soi », et de l’autre cette espèce de discours, qui est là depuis que je suis né, de la fin de tout, de l’économie, de la couche d’ozone comme de la Terre, et il y avait donc cette réunion des deux, une sorte de « sois heureux mais vite », qui a donné le début du projet ». Avec ce regard sur son film, le réalisateur donne à peu près ce qui préside à une bonne comédie : donner l’impression de se moquer du discours ambiant et aller à l’encontre.

Savoir sortir du cadre 

Refuser donc d’entrer dans le carré, peut-être même tourner en rond qui sait,  à l’instar de The Square qui disait « ceci est une zone de confiance et de bienveillance, en son sein nous avons tous les mêmes droits et les mêmes devoirs » pour mieux en détruire l’idée. Il montrait en effet à quel point, malheureusement, la vie va souvent à l’inverse de cela. Mais bizarrement les réalisateurs ont pour leurs personnages une tendresse et une bienveillance indépassables. On a ainsi beaucoup d’affection pour le personnage de Pio Marmai dans En Liberté !, qui a vu sa vie basculer et qui fait franchement n’importe quoi quand il revient. Sa compagne ne semble pas le voir et veut recréer une forme de perfection illusoire, visible dès le début quand elle demande à son ex-détenu de petit ami de franchir plusieurs fois la porte comme si c’était la première fois pour créer un retour parfait, en apparence. Pas besoin après ça de dire, c’est bon, nous avons fait n’importe quoi, revenons dans le carré, faisons croire que tout va bien, résolvons notre situation chaotique. »Par le rire, on peut tout dire. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, au cinéma, on ne dit plus rien en se perdant soit dans les mots soit dans les gags ou dans les deux à la fois. La satire politico-sociale n’a pas le vent en poupe. Il y a pourtant largement matière à rire des absurdités et des injustices de ce monde. « , explique un article du sire agitateur.org qui s’indigne lui aussi du moralisme ambiant de certaines comédies. Or, cela résume assez bien l’idée qu’avec des films comme La Ch’tite famille on ne rit plus contre quelque chose pour se défouler, des travers d’un monde qui vacille, mais on rit de certaines communautés, de certaines personnes, afin de les stigmatiser, de refuser qu’elles puissent évoluer.  Et on fait croire qu’en restant bien au chaud dans ces idées reçues on peut les réunir, ce qui sonne faux. Il faut verser une larme après avoir rit pour penser qu’on sourit tendrement (alors qu’il n’y a aucune tendresse dans la description des personnages tous plus bêtes les uns que les autres), qu’on se moque pour enrichir des valeurs. Or, le rire n’est pas fait pour porter des valeurs mais pour en dénoncer les travers. 

En résumé, En Liberté ! n’est peut-être pas la meilleure comédie de 2018, pas plus que Le Grand bain. Ce dernier, sous des habits comiques est aussi un grand film malade de son époque, épousant la dépression ambiante de ceux qui n’adhèrent pas au monde tel qu’il est aujourd’hui fabriqué de toutes pièces. Peut-être aussi que Salvadori nous fait rire parce qu’il ne cherche pas à le faire vraiment, mais à raconter des alliances, des personnages à côté de la plaque. Et surtout parce qu’il construit ses plans pour en faire de savoureux moments de cinéma. On pense notamment à la scène où Adèle Haenel observe Pio Marmai en train de fumer à travers un sac en plastique sur sa tête, la fumée lui sortant donc par dessus le crâne. Un moment de déchirement pour elle, un pur moment comique pour nous.

En Liberté ! a le mérite de créer le chaos et d’accepter de ne pas en sortir pour mieux nous dire combien il est violent parfois de sortir du cadre.  Or, cela est souvent plus que nécessaire pour regarder le monde les yeux grand ouverts, comme Adèle Haenel sur l’affiche  du film. Tout cinéphile voudrait à tout jamais le faire grâce aux films qu’il découvre et qui permettent pourquoi pas de « voyager de l’autre côté de la vie », comme l’a si bien dit Leos Carax

En Liberté ! : Bande annonce

En Liberté ! : Fiche technique

Réalisateur: Pierre Salvadori
Scénario : Pierre Salvadori, Benoît Graffin, Benjamin Charbit
Interprètes : Pio Marmai, Adèle Haenel, Audrey Tautou, Damien Bonnard, Vincent Elbaz
Musique : Camille Bazbaz
Photographie : Julien Poupard
Montage : Isabelle Devinck, Julie Léna, Géraldine Mangenot
Producteurs : Philippe Martin, David Thion
Société de production : Les Films Pélléas
Distribution : Memento Films Distribution
Durée : 108 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 31 octobre 2018

France – 2018