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CanneSéries 2018 : « State of happiness », le jour où la Norvège a basculé

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C’est une salle debout qui a applaudi l’équipe de State of happiness (Lykkeland) dévoilée à Canneseries. Présentée en compétition officielle à 24h du verdict du jury, la série norvégienne a été retenue parmi 130 autres, venant de 30 pays.

L’action se déroule pendant l’été 1969 dans la ville côtière de Stavanger et suit la vie de 4 personnages venant de milieux sociaux différents. Trois Norvégiens d’une vingtaine d’années, originaires de Stavanger jouent les rôles principaux. Christian Nyman (joué par Amund Harboe) est le fils d’un chef d’entreprise fiancé à la secrétaire de mairie et fille de fermiers Anna Hellevik (incarnée par Anne Regine Ellingsæter), Toril Torstensen (interprétée par Malene Wadel) travaille à la conserverie des Nyman et vient d’un milieu religieux. Le Britannique, Bart Edwards, joue le rôle du juriste américain de Philips Petroleum, Jonathan Kay, chargé d’annoncer aux Norvégiens qu’ils souhaitent mettre un terme à leur contrat.

Stavanger : du village de pêcheurs aux producteurs mondiaux de pétrole

Les chemins des 4 personnages convergent avant le boom du pétrole qui a permis à la Norvège de devenir l’un des pays les plus prospères au monde. Le soin apporté à la reconstitution des années 1960 est appréciable : les voitures, les vêtements, les coiffures, les personnes qui fument sans discontinuer, les téléphones, les boîtes de conserve ou les affiches, tout nous permet de nous transposer à cette époque.

Le pétrole est un personnage central de la série. Des images tournées sur les plateformes en mer, installées dans un milieu difficile et hostile, avec des vents violents et des vagues vigoureuses, nous permettent de ressentir au plus près la difficulté de la recherche de pétrole. En hiver, alors qu’il ne fait jour que pendant 5 ou 6 heures, avec un brouillard persistant et des températures basses, le travail de ravitaillement des plateformes est encore plus difficile. Sans compter les longues absences des personnages, dont les fiancées et familles souffrent tout en se raisonnant.
Pour l’anecdote, il faut savoir que, en juin 1966 lorsque Esso entreprend les premiers forages, personne en ville ne pense pouvoir trouver de l’or noir au large des côtes norvégiennes, ce qui est bien dépeint dans le 1er épisode. Les compagnies, notamment américaines rencontrent des problèmes dans leurs concessions du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, ce qui les incite à approfondir leurs recherches en mer du Nord. Stavanger est alors une ville paisible de quatre-vingt dix mille habitants qui vit essentiellement de la pêche, notamment de la sardine, ce qui permet à 60 % de la population de travailler. Longtemps surnommée hermetikkhovedstad, la capitale de la conserve, la ville connaît une crise économique importante du fait que la pêche au cabillaud et au hareng s’avère moins fructueuse qu’auparavant.
Au lendemain de Noël, en 1969, la société Philips Petroleum découvre un très grand gisement de gaz et de pétrole à 3000 mètres de profondeur à Ekofisk, au sud de la mer du Nord. Le réservoir contient 200 milliards de m3 de gaz et 240 millions de tonnes de pétrole*.

Le point de non retour

La série nous fait vivre le moment de la mutation que la ville espérait tant. La crise aidant, les habitants espèrent tous un changement, sans mesurer qu’il pourrait être aussi important. La question qui se pose assez rapidement est celle de savoir ce que chacun est prêt à laisser derrière lui.elle et ce que la société est à même de proposer dans un monde aux changements drastiques.

L’entreprise de conserves de poisson de la série Nyman shipping and cannery, est un clin d’oeil à Ch. Bjelland & Co du Comté de Rogaland, avec son Viking moustachu ornant fièrement les boîtes de sardines « King Oscar ». Le personnage incarnant le fils du propriétaire, Christian, porte le même prénom que le fondateur de la société fondée en 1902 qui a tant prospéré à une époque (et dont la dernière usine a fermé en 2002). Les tourments liés au déclin de la pêche sont bien illustrés et donnent lieu à des scènes réalistes, permettant l’empathie, sans jamais tomber dans le pathos.

Le père de Christian, Fredrik Nyman, a une phrase prophétique : « Le pétrole fera le malheur de notre pays », même si l’enjeu pour les Norvégiens a été de garder leur pétrole, sans jamais le laisser aux mains des sociétés privées. Avec l’arrivée des premiers barils de pétrole la ville connaît un développement économique rapide après avoir vécu les fermetures de commerces, le chômage et la crise. Aujourd’hui, le pétrole est la principale ressource de Stavanger. Elle est devenue une destination internationale à partir du moment où les compagnies internationales ont afflué dans cette ville jusqu’alors méconnue en dehors de la Norvège.

Les deux premiers épisodes présentés à Canneséries laissent présager une suite intéressante liée à un monde en mutation, avec des ingrédients comme l’appât du gain, les guerres de pouvoir, la transformation de la société et les prix qui flambent en ville à cause du pétrole. La deuxième saison est en préparation, toujours avec Mette M. Bølstad, qui a écrit la première saison. Elle se déroulera 5 ans plus tard (de 1977 à 1980), et comptera également sur les acteurs Bart Edwards, Anne Regine Ellingsæter, Malene Wadel et Amund Harboe.

Entre 1962 et 1970 plus d’un milliard de dollars ont été dépensés en mer du Nord par l’ensemble des compagnies de pétrole*. La réalité nous donne déjà une idée de ce que les scénaristes ont pu nous concocter pour le deuxième opus.

* Source : Les hydrocarbures en mer du Nord, par Francois Carré, Maître-Assistant de géographie à l’Université Paris-Sorbonne (1).

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State of happiness

8 épisodes de 45 mn, tournés en norvégien et en anglais couvrent la période allant de 1969 à 1972.
Réalisation : Petter Næss (nommé aux Oscars en 2011 pour Elling) et Pål Jackman.
Scénariste : Mette M. Bølstad (mondialement connu grâce à la série Nobel), sur une idée de Siv Rajendram Eliassen (Acquitted).
Produit par Maipo Film pour NRK (Norvège).

Auteur : Harzic Ward Valerie

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