Accueil Blog Page 5

Pour Klára : mange, existe, aime

Cinquième long-métrage du Slovène Olmo Omerzu, Pour Klára embarque une famille décomposée sur les rivages ensoleillés de l’Adriatique pour mieux l’observer se noyer à sec. Un drame familial d’une subtilité redoutable, porté par un regard qui n’accuse personne — et qui, du coup, nous met tous en cause.

Il y a quelque chose d’un peu cruel dans ces premières images. Des corps huilés s’étirent sur des serviettes de plage. Des ventres ronds, des peaux dorées, des touristes qui somnolent dans le bruit des vagues. Olmo Omerzu filme la station balnéaire comme un inventaire de la chair ordinaire, sans pudeur, sans voyeurisme non plus. Juste cette façon qu’ont les vacances de mettre les corps à nu, au sens propre comme au figuré. Et dans ce tableau presque trivial, Klára (Dexter Franc) ne s’y retrouve pas. Elle esquive les photos de groupe et ne supporte pas de voir son reflet dans le regard des autres, surtout dans sa famille. À 17 ans, son corps lui est devenu étranger.

Klára souffre d’anorexie, plus précisément d’un trouble du comportement alimentaire (TCA), cette catégorie large qui regroupe des rapports douloureux et distordus à la nourriture et à l’image de soi. Ce n’est pas un film sur l’anorexie, attention. Le réalisateur slovène ne cherche pas à expliquer, ni à instruire sur son cas. Il observe et il estime que la maladie ne surgit jamais seule.

Thin family

La réponse se trouve dans cette famille. David (Barry Ward), le père irlandais un peu désemparé, qui espère que le soleil et l’Adriatique vont faire le travail que lui n’a pas su faire. Laura (Barbora Bobuľová), la mère slovaque absente du voyage mais pas de l’histoire. Et puis Teo (Antonín Chmela), le petit frère, qui navigue entre les tensions comme un poisson dans un aquarium trop petit. Il reste silencieux, toujours là, mais jamais vraiment considéré. La séparation des parents a tout fragilisé. Chacun porte ses propres peurs, ses propres non-dits, et tout le monde fait semblant que tout va pour le mieux.

Pour qui connaît le cinéma d’Omerzu, ce décor de vacances qui tourne mal résonne avec Family Film, son deuxième long métrage, où des parents partaient en mer et dérivent, laissant leurs deux ados se débrouiller seuls face au monde. Là aussi, une absence parentale, là aussi des enfants livrés à eux-mêmes dans un espace de liberté qui vire à l’inquiétude. Mais Family Film gardait une dimension d’aventure presque burlesque, avec le chien perdu sur une île déserte et les enfants qui jouent aux adultes. Pour Klára resserre l’objectif. Fini l’espace ouvert, le grand air, la métaphore filée. Ici tout se passe dans les corps, les silences et les repas. Le cinéaste passe de l’aventure à l’intime.

Ce qui fait la force du film, c’est justement cette attention portée aux marges de chaque scène. Klára qui s’éveille à son désir, lentement, maladroitement, dans les bras de Denis (Timon Šturbej)— un garçon du coin, charismatique dans sa rudesse, aussi mystérieux que potentiellement dangereux. Teo qui mange ce qu’on lui sert et attend qu’on s’occupe un peu de lui aussi. Ce sont des adolescents qui avancent dans leur construction identitaire à leur propre rythme, dans un monde d’adultes qui ne regardent pas vraiment. On pense parfois à Mommy de Xavier Dolan, cette façon de filmer la famille comme un espace d’amour impossible, où les liens les plus forts sont aussi les plus abîmants, et où vouloir sauver quelqu’un peut ressembler à l’étouffer.

Portraits d’une famille malade

Puis vient la rupture — qu’on vous laisse découvrir — au retour de la famille. L’état de Klára empire jusqu’à l’hospitalisation. La deuxième partie du film bascule dans un registre plus trouble, presque baroque. David et Laura, séparés mais réunis par l’urgence, vont tout faire pour maintenir leur fille en vie. Et quand les moyens ordinaires s’épuisent, ils n’hésitent pas à manœuvrer dans l’ombre, à user de ruses, de manipulation affective, quitte à franchir des frontières qu’on n’ose pas toujours nommer. Sans en dévoiler davantage, le plaisir du film tient en partie à la façon dont ce dispositif se déploie, et il serait dommage de le divulguer ici. Ce qu’on peut dire, c’est qu’Omerzu ne juge pas ces parents. Il les montre dans toute leur contradiction : ils mentent par amour. Et ça fonctionne. Ce qui est peut-être le plus dérangeant.

Ce que le film interroge en creux, c’est notre rapport permanent à l’image que l’on renvoie aux autres. Klára fuit les photos car elle ne supporte pas d’être vue comme elle est. Les parents se dissimulent également car ils ne supportent pas d’être vus à travers leur échec conjugal. Toute la famille performe alors une normalité qu’elle n’a plus, laissant Klára dériver dans une illusion. Et dans ce microcosme familial, Omerzu lit quelque chose de plus large : une tendance sociale profonde, ce besoin collectif de paraître intact, de lisser les aspérités, d’afficher la bonne photo de vacances même quand tout part à la dérive.

C’est pourquoi le plan final est si glaçant. Face à une table dressée, avec du poisson au menu, les personnages mangent ensemble, se parlent et semblent presque heureux. Une image de famille reconstituée, belle et fausse, qui ressemble exactement à la photo de groupe que Klára refusait de prendre au début. Tout le monde sourit, mais personne ne dit la vérité.

Pour Klára ne guérit rien et ne résout rien. Olmo Omerzu filme juste, avec une élégance un peu cruelle, comment nous apprenons tous — en famille ou en société — à faire semblant que tout va bien. Et comment cette performance collective, transmise de génération en génération, peut finir par rendre malade.

Pour Klára – bande-annonce

Pour Klára – fiche technique

Titre original : Nevděčné bytosti
Réalisation : Olmo Omerzu
Scénario : Olmo Omerzu, Nebojša Pop-Tasić, Kasha Jandáčková
Interprètes : Barry Ward, Dexter Franc, Barbora Bobuľová, Timon Šturbej, Antonín Chmela
Photographie : Kryštof Melka
Décors : Antonín Šilar
Maquillage : Przemysław Smoliński
Sound designer : Michał Fojcik
Costumes : Zuzana Formánková
Montage : Jarosław Kamiński PSM
Musique : Monika Omerzu Midriaková
Directeurs de production : Michal Sikora, Zuzana Zmítková
Production : Jiří Konečný
Société de production : Endorfilm
Pays de production : République tchèque, France, Croatie, Slovénie, Pologne
Société de distribution : Epicentre films
Durée : 1h50
Genre : Drame
Date de sortie : 8 avril 2026

Pour Klára : mange, existe, aime
3.5

Romería : la mémoire des vagues

Carla Simón n’a jamais vraiment cessé de filmer sa propre histoire. Avec Romería, son troisième long-métrage en compétition à Cannes 2025, elle va plus loin que jamais : reconstituer la jeunesse de ses parents, morts du sida, à travers le regard d’une fille de 18 ans qui débarque en Galice pour la première fois. Un film sur les origines, les silences de famille et le pouvoir du cinéma à combler ce que la vie n’a pas laissé le temps de vivre.

Carla Simón n’est dorénavant plus une anonyme des festivals et s’est autant fait remarquer par le public que la critique pour des œuvres essentiellement centrées sur des dynamiques familiales inspirées de son propre vécu. Ayant perdu ses parents du sida dans son enfance, son premier long-métrage, Été 93, revenait sur sa propre perception de la filiation, comme une chose qu’il fallait acquérir dans une famille d’accueil. De même, Nos soleils raconte l’histoire d’un lieu et d’un héritage collectif, avec un ton et une justesse qui en font l’œuvre la plus sensible et accessible de la cinéaste. Son troisième long-métrage ne trahit pas la continuité de ces œuvres et pousse Simón à renouveler son cinéma avec beaucoup de subtilité et de malice dans son dispositif.

Né d’une frustration de ne pas réellement connaître ses origines et d’un désir de combler ce vide, Romería ne reste pas moins un hommage aux parents et aux origines galiciennes de Carla Simón qu’une véritable proposition cinématographique, qui confirme encore une fois que la cinéaste a autant sa place en compétition cannoise que dans nos cœurs.

Une famille à apprivoiser

La première partie se prête à une analyse à distance de la famille. Chaque journée du voyage de Marina — venue récupérer un document attestant sa filiation avec un père qu’elle n’a pas connu — la conduit à évaluer la fragilité des liens qui unissent ou séparent les membres de cette grande famille, à commencer par le mélange de castillan, catalan, galicien et français qui dit déjà, à lui seul, l’éclatement des appartenances. Au sommet de la hiérarchie trône un grand-père conservateur qui semble tenir en joug le destin de ses descendants. Marina ne trouve pas vraiment sa place parmi eux et déambule comme une invitée spéciale, face à qui chacun revêt un masque de bienséance. Sa forte ressemblance avec sa mère la conduit également dans un jeu de mimétisme croissant avec son fantôme, forçant la famille à se remémorer une époque qu’elle préfère enterrer plutôt que commémorer. C’est là l’une des obsessions profondes de Simón : la mémoire comme terrain miné, fragmentée par la honte et le silence, et pourtant indispensable à la construction de soi. Une problématique qu’elle partage avec des cinéastes comme Alfonso Cuarón dans Roma, ou plus lointainement avec Bergman — dont elle cite Monika comme référence directe pour ce film — et leur façon commune de faire du passé une présence physique, presque charnelle.

C’est aussi à l’aide du journal intime de sa mère — qui chapitre aussi le voyage — que Marina tente de marcher dans ses souvenirs, qui prenait le pouls des lieux dans une époque où le sentiment de liberté était parfois contenu par les vagues. Mais pour aller au-delà de cette frontière quasi mystique, Simón choisit soudainement de rompre sa narration linéaire pour plonger dans une balade spirituelle et mémorielle : un aparté onirique et sensoriel dans les limbes de l’Espagne des années 80, coïncidant avec la fin du régime de Franco et le début d’une vague de liberté qui s’est rapidement emparée d’une jeunesse prête à tout explorer sans limite. Pour cette séquence, Simón convoque des influences picturales et le Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni pour composer quelque chose qui ressemble moins à un rêve qu’à une mémoire inventée, conforme à sa conviction que le cinéma peut fabriquer un segment de vie qui n’a pas pu être vécu.

La mémoire héritée

La cinéaste filme ainsi le corps expressif de Marina, qu’elle soit dans l’eau ou dans le coin d’une pièce, avec la conscience de filmer une part d’elle-même. Elle se reconnaît dans ce personnage solitaire et froid par moments. L’aura et le jeu de Llúcia Garcia — découverte par hasard dans la rue après des milliers de candidates — brouillent les frontières du réel, et la mise en scène en profite pour livrer une histoire touchante à travers les conflits familiaux. Elle joue magnifiquement sur les deux époques : celle d’une aspirante cinéaste qui étudie un sujet personnel à la source, et celle qui fait l’objet d’une reconstitution racontant un désir d’évasion contradictoire avec l’addiction à l’héroïne. La représentation du sida, beaucoup mieux amenée et exploitée que dans Alpha, rend autant hommage aux victimes qu’à leurs proches. Ici, Simón offre une seconde vie et une seconde chance à ses parents en reconstituant sa vision de leur jeunesse décadente et résistante. Il y a là un geste et un regard de cinéaste qui se dessine avec beaucoup de sérénité et de maîtrise qu’on ne voit pas le temps passé.

Et si le spectateur peut simplement se laisser envoûter par la beauté de Vigo et de ses rivages, ce n’est pas pour s’y perdre : c’est parce que ces lieux encapsulent précisément ce que le film accomplit. Simón y a fabriqué une mémoire qui n’existait pas, comblé un vide par la seule force du cinéma. Romería est ainsi à la fois un acte de deuil et un acte de naissance — mélancolique et vivant, intime et collectif — et l’une des œuvres les plus singulières du cinéma espagnol contemporain.

Romería – bande-annonce

Romería – fiche technique

Réalisation : Carla Simón
Scénario : Carla Simón
Interprètes : Llúcia Garcia, Mitch, Tristan Ulloa, Alberto Gracia, Miryam Gallego, Janet Novás, José Ángel Egido, Marina Troncoso, Sara Casasnovas, Celine Tyll
Photographie : Hélène Louvart
Direction artistique : Mónica Bernuy
Costumes : Anna Aguilà
Montage : Sergio Jiménez, Ana Pfaff
Casting : María Rodrigo
Casting (Marina) : Irene Roqué
Musique : Ernest Pipó
Directrice de production : Elisa Sirvent Aguierre
Assistante réalisatrice : Daniela Forn Mayor
Maquillage : Paty Lopez Lopez
Coiffure : Paco Rodriguez H.
Son : Eva Valiño
Mixeur : Alejandro Castillo
Productrice : María Zamora
Sociétés de production : Elastica Films
Pays de production : Espagne
Société de distribution : Ad Vitam
Durée : 1h54
Genre : Drame
Date de sortie : 8 avril 2026

Romería : la mémoire des vagues
4

Quand les jeux s’inspirent du cinéma, et vice versa

Les frontières entre le cinéma et le jeu vidéo n’ont jamais été aussi poreuses. Scénarios complexes, directions artistiques soignées, personnages iconiques : les deux médiums se nourrissent mutuellement depuis des décennies. Cette circulation des influences redessine aujourd’hui notre façon de consommer des récits, qu’ils se déroulent sur grand écran ou derrière une manette.

Ce dialogue artistique n’est plus une simple anecdote. Il s’inscrit dans une réalité économique et culturelle majeure, où deux industries colossales partagent des publics, talents et ambitions narratives avec une intensité croissante.

Le cinéma comme matrice narrative du jeu vidéo

Dès les années 1980, les créateurs de jeux vidéo ont puisé dans le répertoire cinématographique pour structurer leurs œuvres. Les codes du film noir, du western ou de la science-fiction ont directement influencé des univers comme ceux de Max Payne ou Red Dead Redemption. Le cinéma a fourni un vocabulaire visuel et dramaturgique que le jeu vidéo a su s’approprier, puis transformer.

Selon les données officielles, le marché du jeu vidéo en France a généré 5,7 milliards d’euros en 2024, devenant la première industrie culturelle devant le cinéma, la musique et le livre. Cette puissance économique a permis aux studios de financer des productions aux ambitions scénaristiques comparables aux plus grands films hollywoodiens, avec des équipes d’écriture, des compositeurs renommés et des acteurs de premier plan.

Des jeux qui ont conquis les écrans de cinéma

L’adaptation de jeux vidéo en films ou séries télévisées est devenue un phénomène industriel à part entière. The Last of Us sur HBO, Arcane sur Netflix ou encore les films Sonic ont démontré que ces franchises pouvaient séduire un public bien au-delà des joueurs. La qualité narrative accumulée dans les jeux originaux constitue désormais un capital créatif directement exploitable sur grand écran.

Cette tendance d’adaptation influence également d’autres domaines du divertissement numérique. Même dans le domaine des casinos en ligne, diverses plateformes comme le casino crypto le plus fiable proposent plusieurs machines à sous inspirées de films, tels que Jurassic Park, The Dark Knight et Jumanji. Ces jeux connaissent un succès croissant, en s’appuyant directement sur des franchises cinématographiques populaires et sur des codes narratifs issus du cinéma pour capter l’attention des joueurs. 

Des visuels de marque aux bonus scénarisés, ces machines reprennent largement le langage du septième art afin de créer des expériences plus immersives. Ce croisement illustre à quel point l’esthétique du cinéma et du jeu vidéo s’est profondément ancrée dans l’ensemble du secteur du divertissement.

L’esthétique du jeu infiltre la mise en scène

Le flux d’influence s’est progressivement inversé. Des cinéastes comme Neill Blomkamp ou les Wachowski ont intégré dans leurs films des éléments visuels directement issus du jeu vidéo : caméras subjectives, interfaces holographiques, découpage de l’action en séquences rappelant le gameplay. Cette contamination esthétique a enrichi le langage cinématographique de nouvelles possibilités formelles.

Selon l’étude SELL publiée en 2025, la France compte désormais 40,2 millions de joueurs, représentant 70 % de la population âgée de 10 ans et plus. Face à un public aussi massivement familier avec les codes vidéoludiques, les cinéastes disposent désormais d’un socle culturel partagé pour expérimenter ces nouvelles formes visuelles.

Quand la fiction interactive redéfinit le storytelling cinématographique

Les jeux narratifs comme Detroit: Become Human ou Until Dawn ont poussé l’interactivité au cœur même du récit, offrant des bifurcations dramatiques impossibles au cinéma traditionnel. Cette approche a influencé des expériences hybrides comme Bandersnatch de Black Mirror sur Netflix, qui adopte le principe de la narration à embranchements directement hérité du jeu vidéo.

En 2024, la fréquentation des salles de cinéma françaises a atteint 181,5 millions d’entrées, en hausse de 0,6 % par rapport à 2023. Cette stabilité témoigne d’un public qui ne choisit pas entre les deux médiums, mais les consomme en parallèle, attendant de chacun ce qu’il fait de mieux. La question n’est plus de savoir lequel dominera l’autre, mais comment leurs échanges continus feront émerger des formes narratives encore inédites.

Guest Post

Pourquoi le système de draft en NBA est considéré comme l’un des mécanismes les plus efficaces d’équilibrage compétitif

Chaque mois de juin, la NBA organise une draft en 2 tours avec 60 choix, et c’est précisément ce mécanisme qui redistribue les cartes entre franchises. Les équipes les moins performantes de la saison précédente obtiennent les meilleures probabilités à la loterie, avec par exemple 14% de chances pour les 3 pires bilans. En 2003, les Cleveland Cavaliers ont sélectionné LeBron James avec le pick numéro 1, transformant une équipe à 17 victoires en contender quelques années plus tard. Le système de draft permet aux équipes faibles de recruter les meilleurs talents universitaires et paris sportif 1xBet propose des marchés comme le vainqueur de conférence ou le résultat des play-offs.

Le système repose sur une logique simple mais puissante : limiter les dynasties permanentes et donner une chance réelle aux équipes en reconstruction. En 2019, les New Orleans Pelicans ont obtenu le premier choix avec seulement 6% de probabilité et sélectionné Zion Williamson, preuve que la loterie introduit aussi une part d’imprévisibilité. La draft limite la domination des grandes franchises et paris sportif site 1xBet permet de suivre les cotes évolutives sur toute la saison régulière.

Une redistribution structurée du talent

Le système de draft permet de contrôler l’entrée des jeunes joueurs issus du NCAA ou d’autres ligues internationales. Chaque rookie signe un contrat encadré sur 4 ans avec des montants définis selon sa position dans la draft. Les choix du top 10 bénéficient de salaires garantis plus élevés, mais restent sous contrôle budgétaire. Cela évite des écarts économiques trop brutaux dès l’entrée dans la ligue. Les matchs NBA se jouent souvent sur des runs rapides et essayer paris en direct 1xBet permet de réagir aux changements de score en temps réel.

Les éléments clés qui assurent l’équilibre compétitif:

  • 2 tours de draft pour 60 joueurs.
  • 14 équipes concernées par la loterie.
  • 14% de chances maximales pour les pires bilans.
  • Contrats rookies de 4 ans.
  • Saison régulière de 82 matchs influençant l’ordre.

Grâce à cette structure, une franchise peut reconstruire en 2 ou 3 drafts bien utilisées. Des équipes comme les Golden State Warriors ont sélectionné Stephen Curry en 2009 (pick 7) et construit un noyau champion en moins de 6 ans. Le système favorise la patience et la stratégie plutôt que l’achat immédiat de talents. La draft devient ainsi un levier central de compétitivité durable. Lorsqu’une équipe revient après un retard important essayer paris en direct site 1xBet donne accès à des cotes ajustées pendant le match.

Guest Post

 

« Alaska » : la blancheur des paysages, l’ombre des hommes

Dans Alaska, Philippe Charlot échafaude un thriller tendu, où la beauté immaculée des grands espaces voisine avec le poids lourd des secrets. Servi par le trait réaliste de Tieko et les couleurs feutrées de Tanja Cinna-Wenisch, l’album publié aux éditions Bamboo propose une immersion glaciale, à la frontière du polar et du survival.

Il y a quelque chose de trompeur dans l’immensité blanche de l’Alaska : une beauté qui semble intacte, presque virginale, mais qui dissimule sous sa surface des strates de violence et de silence. Alaska s’ouvre d’ailleurs la mort d’un mammouth, comme pour mieux signifier que ces terres possèdent une histoire et qu’elles n’oublient rien. 

Des millénaires plus tard, lorsque les glaces cèdent, ce ne sont pas seulement des ossements qui refont surface, mais des drames enfouis, laissés en suspens avant que le temps ne fasse son œuvre. Hannah, jeune paléontologue, est venue étudier ces vestiges mais surtout dissiper le mystère autour d’une disparition qui l’a profondément affectée : celle de sa mère, survenue un quart de siècle plus tôt dans cette même région.

Hannah débarque dans un territoire qui ne se livre pas, accueillie par Dorothy, une hôte rugueuse et hostile. Entre les deux femmes s’installe une tension immédiate, faite de méfiance, de non-dits et d’observations silencieuses. Le récit prend le temps, en quelques planches, d’énoncer l’inconfort de leur cohabitation. Chaque mot doit être arraché au froid ambiant. Dorothy a ses habitudes et n’entend pas y déroger. Heureusement, Hannah semble s’y être préparée.

L’irruption d’autres personnages, la découverte d’un cadavre exhumé ne font qu’empeser l’ambiance générale. Le thriller se met alors en place par phases successives, sans jamais céder à la précipitation. Philippe Charlot joue avec les attentes, instille une paranoïa alimentée par le manque d’informations sur les intentions des uns et des autres. Qui ment, qui manipule, qui sait quoi ? La nature, pourtant omniprésente, devient presque secondaire. Le véritable danger n’est ni le froid ni la solitude, mais bien l’opacité humaine, cette capacité à dissimuler, à survivre en se retranchant derrière des vérités partielles.

L’album avance ainsi sur une ligne de crête. Les rebondissements s’enchaînent, dans des décors très bien restitués par Tieko et Tanja Cinna-Wenisch. Hannah apprend que sa mère a vécu des épreuves douloureuses, que des Russes étaient présents sur les lieux, mais elle n’ouvre les yeux que graduellement sur une affaire qui n’aurait probablement pas pu avoir cours ailleurs que dans ces contrées glacées.

Alaska est une exploration sensorielle et psychologique. Philippe Charlot, Tieko et Tanja Cinna-Wenisch tirent quelque chose d’essentiel de ces territoires extrêmes : leur capacité à révéler ce que les hommes tentent de cacher. Comme si une nature en révélait une autre. Sous la neige, tout finit par remonter : les corps, les souvenirs, les fautes inexpiables. Et lorsque la vérité affleure enfin, elle n’apporte pas nécessairement le réconfort escompté.

Alaska, Philippe Charlot, Tieko et Tanja Cinna-Wenisch  
Bamboo, février 2026, 64 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

« Le Dimanche perdu » : rentabiliser chaque instant

Avec Le Dimanche perdu, paru dans la collection « Aventuriers d’ailleurs », Ileana Surducan signe une bande dessinée jeunesse qui a la grâce des contes et la lucidité des essais. Sous ses couleurs pétillantes et son dessin d’une grande qualité, l’album met en scène une idée puissante : que devient une vie dont le repos a disparu ?

Dans le monde de Nina, le dimanche n’existe plus. Du lundi au samedi, tout n’est que tâches à accomplir, corvées à enchaîner, fatigue à absorber. La jeune fille cuisine, nettoie, répare, entretient, recommence ; chaque jour semble dévorer le suivant, comme si la semaine s’était refermée sur elle-même. L’intuition d’Ileana Surducan est là : faire du temps un territoire fantastique, et de l’épuisement une matière de conte.

L’album trouve immédiatement son ton dans cette alliance très juste entre merveilleux et critique du quotidien. Car derrière la quête de Nina – descendre au fond d’un puits pour délivrer le dimanche, retenu par une sorcière – se dessine une réflexion très contemporaine sur la productivité érigée en horizon unique. Le livre parle aux enfants par ses images, son souffle d’aventure, ses créatures étranges ; il parle aussi aux adultes par ce qu’il met en scène avec beaucoup de délicatesse : l’usure, la saturation, la disparition progressive de toute respiration. Il y a là, en filigrane, quelque chose du burn-out, mais traduit dans une langue accessible, presque ouatée.

L’une des plus belles idées du livre reste sans doute cette semaine incarnée par des loups. Ces jours-loups, affamés, instables, donnent au temps une présence concrète, presque physique.  Visuellement, la bande dessinée séduit. Les couleurs éclatent sans agressivité, les planches respirent, et certaines images ont ce charme immédiat des albums qu’on a envie de feuilleter une seconde fois avant même de les avoir refermés. Le graphisme, original et très expressif, accompagne parfaitement la dimension onirique du récit. 

Le Dimanche perdu ne célèbre ni la paresse ni la fuite hors du réel ; il rappelle plutôt qu’une vie digne de ce nom a besoin d’équilibre, de temps libre, de lenteur parfois. C’est en cela que ce conte moderne trouve une résonance si juste : il puise dans l’héritage du merveilleux pour dire quelque chose de très actuel.

Court, généreux, accessible sans être anodin, Le Dimanche perdu est une très belle découverte. Une bande dessinée tout public au sens noble du terme : un livre pour la jeunesse, oui, mais assez fin et ample pour toucher bien au-delà. 

Le Dimanche perdu, Ileana Surducan
Aventuriers d’ailleurs, février 2026, 72 pages

Note des lecteurs0 Note
4

« Estampillé Japon », l’art très sérieux de dire n’importe quoi

Avec Estampillé Japon, Erik Tartrais s’amuse comme un petit démon dans un jardin zen : il ratisse les grands clichés du Japon rêvé, les aligne avec soin, puis donne un grand coup de sandale dedans. Il en ressort un album délicieux, faussement sage, vraiment drôle, où le raffinement du décor sert surtout à mieux faire résonner la bêtise très ordinaire des humains.

Avec Estampillé Japon, Erik Tartrais ne cherche ni l’exactitude savante ni l’exotisme de bazar, mais plutôt un terrain de jeu propre à la dérision. Son Japon est un imaginaire immédiatement reconnaissable – mont Fuji, samouraïs, ninjas, jardins zen, carpes, geishas, estampes, cérémonial, clans, poésie des saisons – et c’est précisément pour cela qu’il fonctionne si bien. Tout est en place, tout semble noble, codé, presque sacralisé ; il ne reste plus qu’à laisser les personnages parler. Et dès qu’ils ouvrent la bouche, dès lors même qu’ils s’activent, tout se dérègle.

Le grand plaisir de l’album est là : dans cet écart constant entre la beauté du cadre et l’indigence soupesée du raisonnement. Un cartographe ne désigne jamais une montagne sans lui inventer un nom long comme une révélation mystique ; des guerriers se perdent dans des indications géographiques absurdes ; des ninjas censément invisibles arrivent trop tard à peu près partout ; un jardin zen se transforme en scène de ménage autour d’un caillou et d’un photophore ; des gourmands discutent des menus comme s’ils déchiffraient un traité militaire avant de regretter l’absence de pizza au Japon – pendant que les Italiens réclament quant à eux… des sushis. L’auteur a compris une chose très simple : il n’y a rien de plus drôle que le faux sérieux.

Son humour tient beaucoup à cela, à cette manière de pousser une logique jusqu’à l’idiotie complète sans jamais hausser le ton. Les gags ne sont pas lourds, ils avancent à pas feutrés. Une conversation sur l’altérité entre poissons, une promenade hasardeuse sous les cerisiers en fleurs, des bandits qui débattent inclusion, représentation et gouvernance : c’est absurde, mais délicieusement.

Le lecteur attentif décèlera ici un vrai sens du tempo et de la répétition. Certaines séquences fonctionnent en effet comme des mécaniques bien huilées : un principe est posé, puis repris, déplacé, aggravé jusqu’au point de rupture. On entre dans le gag comme dans un rituel. C’est particulièrement visible quand l’album joue avec les formes les plus solennelles – le protocole, la stratégie, la cérémonie, la hiérarchie – pour les faire finir en querelles minables, en malentendus ou en catastrophes parfaitement idiotes.

Le dessin ? Une ligne souple, des couleurs adoucies, une élégance légèrement surannée qui évoque l’estampe sans jamais tomber dans l’exercice de style figé. L’un dans l’autre, Estampillé Japon, en bon recueil de sketches, parvient à pleinement convaincre. Le zen finit en bagarre, la poésie en rhume des foins, la grandeur en paperasse, l’ouverture en préjugé, l’héroïsme en cafouillage. C’est féroce, mais jamais méchant ; moqueur, mais avec une légèreté délectable.

Estampillé Japon, Erik Tartrais
Fluide Glacial, mars 2026, 56 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

« Les Évadés d’Alcatraz » : fuite en avant

Christopher Cantwell et Tyler Crook publient aux éditions Delcourt Les Évadés d’Alcatraz, un récit qui assemble, scène après scène, une chaîne de vies mal ajustées, de désirs contrariés et de compromis douteux. 

Le 11 juin 1962, Frank Morris, John Anglin et Clarence Anglin s’évadent d’Alcatraz. Leur noyade est présumée en dépit de l’absence de corps, et l’enquête est rapidement close… Malgré leur fuite, ces hommes ne semblent jamais sortir vraiment d’Alcatraz : ils ne font que transporter le rocher ailleurs, dans une voiture, une planque, un ranch, un motel… La clandestinité est leur nouvelle manière d’être au monde.

Frank apparaît au premier abord dur, fermé, parfois brutal. Même lorsqu’une issue semble se dessiner pour lui, elle prend aussitôt la forme d’un nouveau calcul, d’un danger imminent. Son plan était pourtant simple : quitter les murs du pénitencier, travailler quelques années au grand air, puis recouvrer cette liberté tant convoitée. Mais les auteurs ont d’autres plans pour lui : il est un homme qui se maintient debout dans une fuite devenue réflexe.

Autour de lui, l’insatisfaction contamine tout le récit. La femme qui sert de relais a été victime de racisme et a chuté après avoir cherché la stabilité. Elle n’aspire pas à grand-chose : juste une place bien à elle. Bob et Cy, qui vivent une relation homosexuelle gardée secrète, sont à leurs trousses. S’ils s’aiment sincèrement, ils sont en revanche contraints de le faire en cachette, puisque les normes sociales ne sauraient tolérer leur histoire. Un état de fait qui rejaillit sur leur carrière, mais aussi leurs désirs – la fin étant particulièrement éloquente sur cette question.

Les pages montrent les tractations, les plans qui rétrécissent, les tarifs qui changent, les années de travail promises au Canada… Tout cela détruit d’emblée l’idée d’une liberté nette et absolue. L’évasion se prolonge en servitude différée. On ne sort pas du problème, on le déplace. On échange une prison contre une autre, plus rurale, plus discrète, marchande. La fuite en avant prend alors un sens presque physique : personne dans Les Évadés d’Alcatraz ne progresse vers un horizon calme, tout le monde essaie seulement d’éviter la catastrophe suivante.

Plus l’album progresse, plus la poursuite des évadés ressemble à un énième détour. Bob et Cy courent après les ex-détenus, mais c’est visiblement autre chose qui les travaille. Frank Morris lui-même se confessera sur ses attentes, dans une ville dépeuplée dont il s’imagine maire. L’album fait en fait de l’évasion un motif contagieux. Ceux qui n’ont pas sauté du rocher sont eux aussi mus par le désir de s’arracher à quelque chose : un métier, un rôle, un mensonge, une vie corsetée. 

L’ambiguïté des différents protagonistes apporte de la densité au récit. Les évadés ont beaucoup en commun avec ceux qui les traquent. Et finalement, les évadés ne sont-ils pas plus honorables que les badauds qu’ils croisent sur leur route ? Christopher Cantwell et Tyler Crook nous poussent en tout cas à l’envisager.

L’album ne montre pas des hommes et des femmes allant vers un but clair. Il montre des êtres insatisfaits, lancés dans une fuite en avant qui tient à la fois du réflexe de survie, du désir de recommencer et de l’incapacité à habiter le présent. Au bout du compte, sa force est là : avoir fait d’Alcatraz le point de départ d’une humanité instable. Une humanité qui s’abîme et improvise, sans que personne n’en soit jamais pleinement satisfait. 

Les Évadés d’Alcatraz, Christopher Cantwell et Tyler Crook 
Delcourt, 12 mars 2026, 148 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Personne pour remplacer Daniel sur la Mission Europa

0

Après Neuf (2024), Philippe Pelaez (scénario), Guénaël Grabowski (dessin) et Denis Béchu (couleurs) poursuivent leur exploration de l’espace avec ce nouvel album indépendant dans le même état d’esprit et une phrase de Sénèque en épigraphe « Personne ne peut porter longtemps le masque ». Au cœur du scénario, une mission dirigée par l’informaticien Daniel Nikto. L’objectif est d’atteindre Europe, quatrième plus grand satellite de Jupiter, avec comme idée de préparer une colonisation de cet astre. Pour cela, les membres de l’expédition se préparent pour une absence de deux années pleines.

L’album s’ouvre sur une courte partie (qui s’achève page 13 sur les 84 que comptent l’album) située 62 jours avant le départ. D’emblée, nous apprenons que la situation personnelle de Daniel n’est pas brillante. Son couple avec Eva ne tient plus, celle-ci lui reprochant de l’avoir perdue depuis dix ans, soit le temps de préparation de l’expédition. De plus, leur fille Enya, douze ans, ne réalise encore pas vraiment quelles seront les conséquences des deux ans d’absence de Daniel. Celui-ci minimise l’inconvénient en disant qu’ils seront en liaison constante. Ce qui ne l’empêche pas de faire un rêve récurrent vaguement angoissant. Qui sait si ce rêve n’est pas en lien avec les nouveaux examens neurologiques qu’il doit passer ? Mais Daniel ne se contente pas de préparer sa mission. En effet, il sent qu’Eva s’éloigne de lui (même Enya a fait ses observations) et il acquiert la certitude qu’elle a un amant.

Le coup d’arrêt

C’est Daniel lui-même qui présente l’expédition devant un parterre de journalistes. Outre lui-même, l’équipage comprendra cinq membres et on remarque sa composition aussi consensuelle que celle d’Artémis 2 partie vers la Lune début avril 2026. A la suite de quoi Daniel tombe de haut lors de son entretien avec le neurologue. En effet, celui-ci lui annonce qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau et que, dans ces conditions, il est hors de question qu’il parte pour une mission de deux ans dans l’espace.


Un scénario à rebondissements

Bien entendu, les révélations de la première partie ne sont qu’un aperçu des coups de théâtre que nous réservent les autres parties. Ainsi, la seconde partie, située au 182ème jour de la mission Europa s’intitule « M. Zilch » un personnage dont il n’était absolument pas question auparavant. Qui est-il et quel rôle joue-t-il dans cette histoire ? A vrai dire, à la lecture nous allons de révélation en révélation, alors même que la narration ne suit pas la chronologie des événements. En effet, une autre partie intitulée « Enya » nous ramène avant le début de la mission, quand Daniel profite de sa fille avant leur séparation forcée. Il s’avère que le scénario s’intéresse essentiellement aux conséquences psychologiques de ce que vit Daniel. Autant dire qu’il en exploite parfaitement le potentiel, tout en ne délivrant les informations qu’au fur et à mesure, laissant donc la part belle au suspense.

Variations autour d’une référence

Nous sommes néanmoins dans un univers situé dans un futur indéterminé, qui lorgne du côté de la Science-Fiction ainsi que du fantastique. A vrai dire, les amateurs de SF risquent une certaine déception, car si les décors sont parfaitement à la hauteur, ainsi que de nombreux dialogues (même si ceux-ci sonnent souvent comme une sorte de caution pour justifier cet univers futuriste), tout cet aspect sert essentiellement d’enrobage pour le reste. A noter cependant que les décors sont vraiment soignés et qu’on peut y déceler une sorte de clin d’œil à la référence cinématographique ultime dans le genre, à savoir 2 001, l’Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick – 1968) soulignée par le prénom Stanley porté par l’un des astronautes. On peut donc apprécier cet aspect, tout en remarquant l’oubli de tout effet de l’apesanteur. Mais celui qui prédomine est quand même l’aspect psychologique, avec un autre clin d’œil au film de Kubrick, par l’intervention déterminante de la technologie de pointe dans le scénario. Il y est également question de la lutte entre la volonté humaine et les décisions prises par une Intelligence Artificielle. Les références au film de Kubrick vont jusqu’à l’exploration de situations où la folie et ses conséquences peuvent devenir fondamentales pour l’avenir de la mission. Un peu comme dans le film, un aspect philosophique finit par émerger. Le scénario s’avère donc vraiment ambitieux. Peut-être même un peu trop, car il s’avère plus que difficile de rivaliser avec ce que Kubrick a élaboré (en se rappelant qu’il ne faisait qu’adapter, de façon géniale, le roman éponyme d’Arthur C. Clarke).

Père et fille

Le traitement de l’histoire est donc centré sur le personnage de Daniel, son apport à la mission Europa et ses relations avec sa fille Enya. Les relations de Daniel avec les autres membres de l’équipage du « Nought Starship » n’interviennent que trop peu dans le scénario. Quant au personnage de Daniel, son physique n’a rien d’une star. Et sa personnalité ne séduit pas non plus, puisqu’il apparaît du genre intelligent mais quelque peu imbu de sa personne. Concepteur reconnu de l’incomparable système informatique du vaisseau spatial, il semble incapable de reconnaître ses erreurs. Fier de son œuvre, il ne pense qu’à aller au bout de son entreprise, quitte à prendre des risques insensés, pour lui et pour son entourage.

Personne – Philippe Pelaez (scénario), Guénaël Grabowski (dessin) et Denis Béchu (couleurs)
Dargaud : sorti le 20 mars 2026

Note des lecteurs0 Note
3.5

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, Mata est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d’espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Il y a une scène dans Mata qui dit presque tout du film de Rachel Lang. Son héroïne, agente du service action de la DGSE (Sécurité exterieure) revenue du Niger avec une blessure et un fantôme, se retrouve encerclée dans une salle d’interrogatoire par un groupe d’hommes en costume. Pas de menaces physiques. Juste des regards, des silences, la pression sourde d’un système qui cherche à la remettre dans le rang — ou à l’effacer. C’est dans ces moments-là, quand la mise en scène se resserre sur le visage d’Eye Haïdara et sur l’espace qu’on lui refuse, que Mata touche à quelque chose de juste et de rare dans le cinéma d’espionnage français : l’idée que le véritable ennemi n’est pas toujours celui qu’on traque, mais quelque part entre celui qui signe vos ordres de mission et nos hantises.

Le silence des ordres

Rachel Lang connaît ces couloirs-là. Officier de l’armée française en parallèle de sa carrière de cinéaste, elle a déjà filmé l’institution militaire dans Mon Légionnaire, portrait sensible des épouses de légionnaires — ces combattantes du quotidien qui attendent un retour sans jamais en connaître la date. Mata prolonge cette obsession avec une inflexion nouvelle : cette fois, la femme n’attend plus. Elle agit, désobéit et enquête, au risque de se perdre elle-même dans les zones grises qu’elle traverse.

Le dispositif est limpide. Blessée lors d’une opération clandestine au Niger dont elle est la seule rescapée, Mata est rapatriée et placée sous surveillance hiérarchique. Son compagnon Antoine manque à l’appel, retenu quelque part dans le désert. On la confine alors au mentorat — une façon polie de l’éloigner — qu’elle parvient toutefois à détourner en mission de contre-espionnage dans les Alpes et c’est là que les fils se croisent. Lang dessine les rouages bureaucratiques d’un renseignement français sans glamour ni mythologie : des open spaces déshumanisés, des échanges téléphoniques sans débordement, des planques en montagne où l’on attend plus qu’on n’agit. Loin de James Bond et de Mission Impossible, Mata choisit délibérément le contre-courant — l’anti-spectaculaire, la friction administrative, le poids des chaînes de commandement. Dans ces couloirs et ces regards de travers, la règle non écrite s’impose d’elle-même : « réfléchir, c’est désobéir ».

Les femmes de l’ombre

Ce dépouillement repose entièrement sur les épaules d’Eye Haïdara, révélation du Sens de la fête d’Éric Toledano et d’Olivier Nakache, dont le registre habituel — vif, solaire, électrique — est ici méthodiquement mis en sourdine. Son Mata est un personnage de l’intérieur : blessé, obstiné, rongé par une culpabilité du survivant qu’elle n’exprime jamais frontalement. Haïdara travaille au retrait, dans l’économie des gestes et la densité du regard. C’est un vrai contre-emploi, et il fonctionne, précisément parce qu’on devine sous la carapace institutionnelle quelque chose qui frémit et refuse de se taire.

C’est là l’une des qualités constantes de Rachel Lang : sa direction d’actrice. Dès Baden Baden, feel-good movie agité et séduisant, elle avait révélé Salomé Richard au grand public en tirant d’elle une performance toute en spontanéité et en fébrilité juvénile. Avec Mata, elle confirme ce don.

Et face à Haïdara, Joséphine Japy incarne la cadette que Mata est censée former — une présence plus légère, presque lumineuse, qui contraste avec la noirceur que Mata intériorise à chaque plan. Mais le récit, calibré et exclusivement hanté par sa protagoniste, ne lui accorde guère plus que cette fonction de contrepoint. Elle existe, elle illumine quelques scènes, et puis le film se recentre sur Mata.

Aux portes du précipice

C’est ici que Mata accroche et frustre en même temps. Lang, dont la caméra s’était montrée étonnamment proche dans Mon Légionnaire, installe ici une distance froide, presque clinique, avec ses personnages — cohérente avec l’univers du renseignement, certes, mais qui finit par parasiter l’empathie. On observe Mata plus qu’on ne la ressent. Le film veut vibrer sur la corde psychologique de son héroïne, et c’est dans les filatures millimétrées, les planques et les écoutes qu’il s’en approche le mieux — comme si la logistique froide de l’espionnage était paradoxalement son terrain le plus humain.

On pense alors inévitablement à Undercover d’Arantxa Echevarría, présenté à Reims Polar l’an dernier, qui naviguait dans des eaux comparables : une femme seule infiltrée dans un milieu hostile, la tension du double jeu, la menace permanente du dévoilement. Mais là où le film espagnol faisait de chaque échange un terrain miné — les dialogues ciselés au scalpel, chaque mot susceptible de faire basculer une scène — Mata reste trop souvent en surface de son propre dispositif. La planque ou les décors dans les Alpes ne sont jamais vraiment investis, les fouilles de téléphones portables ne parviennent pas non plus à renouveler le suspense dans l’enquête. Quant au hors-champ, outil redoutable dans ce genre de récit, n’est ici convoqué qu’à des fins pratiques — faire avancer l’enquête ou documenter la culpabilité de Mata —, sans jamais devenir une source d’angoisse ou d’ambiguïté.

Il y a une timidité dans les choix artistiques qui dessert l’ensemble. La mise en scène s’autorise par moments un supplément de style — un cadrage plus tendu, un montage qui joue avec l’ellipse ou l’onirisme — sans jamais oser l’assumer pleinement, comme si la réalisatrice hésitait entre l’immersion documentaire qui était singulière dans Mon Légionnaire et un cinéma de genre plus affirmé. Quelques séquences d’action en pâtissent, notamment une confrontation en cuisine d’une banalité déconcertante, où le film abandonne un instant sa cohérence narrative sans y gagner la moindre intensité. Là où Les Fantômes — auquel Yuksek, compositeur rémois déjà à la manœuvre chez Jonathan Millet, avait offert une bande-son sensorielle et implacable — parvenaient à faire de chaque détail une menace latente, Mata reste trop souvent prisonnier de ses propres coutures et ses twists trop lisibles pour surprendre.

Service rendu

Ce qui résiste malgré tout, c’est le fond. La question que pose le film, discrètement mais avec constance : que reste-t-il d’une vie après qu’on l’a mise au service de l’État ? Antoine n’est pas qu’un MacGuffin — c’est un père, et sa fille, qui attend et espère en silence, porte à elle seule toute la charge émotionnelle d’une absence que le système préfère ignorer. Lang dit que chaque vie compte, que chaque disparition laisse un vide que les rapports de mission ne peuvent pas remplir.

Et Mata, elle, avance. Sans résolution, sans catharsis. À la fin, les cicatrices sont toujours là — elle ne peut qu’apprendre à en oublier la douleur. C’est peut-être l’image la plus honnête que le film propose : non pas le triomphe de l’héroïne, mais sa persistance. La révolte tranquille d’une femme broyée par un système qui préférerait qu’elle disparaisse, et qui choisit, contre toute logique institutionnelle, de continuer à exister. Dommage que la mise en scène ne parvienne pas toujours à lui rendre pleinement justice.

Ce film est présenté en avant-première à cérémonie de clôture de Reims Polar 2026.

Mata – fiche technique

Réalisation : Rachel Lang
Scénario : Rachel Lang
Interprètes : Eye Haïdara, Joséphine Japy, Raphaël Personnaz, Hakim Jemili, Chloé Jouannet, Juliette Chaigneau, Aleksandr Kuznetsov, Pierre-Antoine Billon et Mélanie Laurent
Photographie : Romain Lacourbas
Décors : Jean-François Sturm
Costumes : Julie Ancel
Directrice de casting : Julie Allione
Maquillage et coiffure : Laetitia Hogday
Montage : Sophie Vercruysse, Matthieu Jamet
Musique : Yuksek
Producteur : Jérémy Forni
Une co-production : Nolita, Chevaldeuxtrois, Wrong Men, France 3 Cinéma, Marvelous Productions
Pays de production : France, Belgique, Suisse, Maroc
Société de distribution : Warner Bros. Discovery​
Durée : 1h38
Genre : Thriller, Espionnage
Date de sortie : 27 mai 2026

Logo-Reims-Polar-2026-Bandeau

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, canicule, puanteur et serial killer. Netflix adapte enfin Harry Hole et frappe fort. Entre punk rock littéraire et noirceur scandinave, cette série ne se contente pas de divertir : elle s’infiltre sous la peau, trouble, électrise. Une claque.

Avec Harry Hole (adaptation du roman L’Étoile du diable), Netflix réussit son pari : saisir à bras-le-corps l’univers littéraire de Jo Nesbø, ce maître du nordic noir à l’atmosphère hantée, d’une intensité psychologique rare. Le résultat ? Une série graphique, captivante, aussi sombre qu’addictive, qui nous plonge dans la traque d’un serial killer au sein d’un Oslo sale, corrompu et caniculaire.

Jo Nesbø lui-même, scénariste de l’adaptation, définit l’humeur de son œuvre comme « le punk rock de la littérature ». C’est exactement le tempo de cette série brillamment mise en scène et interprétée : stylisée, fouillée dans les arcanes de ses personnages, déstabilisante par son esthétique et résolument punk dans son énergie.

Portée par une bande-son exceptionnelle (Nick Cave, Warren Ellis), la série impressionne par la qualité de son écriture – sinueuse, torturée, énigmatique – qui laisse la part belle à l’implicite et donne vie à des personnages habités, complexes, profondément humains même s’ils se risquent à la frontière du mal.

Tobias Santelmann incarne avec une pugnacité viscérale Harry Hole flic anti-héros, autodestructeur, rongé par l’alcool. Face à lui, Joel Kinnaman, charismatique et glaçant, magnétique et mystérieux compose un autre flic (Tom Waaler) : flic corrompu, maniaque, malade de narcissisme (très belle scène de danse ivre de soi face au miroir), ombrageux jusqu’à la folie.

Mais le véritable troisième personnage du récit, c’est Oslo. La ville y est dépeinte dans sa face la plus sordide, ses bas-fonds glauques, hantée par le spectre des gangs, des groupes néonazis et d’une corruption généralisée. Une plongée ambiguë et nerveuse dans l’âme noire de la Norvège. Harry Hole n’est pas seulement une série policière de plus. Avec cette atmosphère d’un Oslo suant, torride, puant, c’est une œuvre qui prend le temps de s’insinuer dans le cerveau du spectateur, de l’habiter, de le troubler. On pense parfois à l’ultra-violence d’un Nicolas Winding Refn sans la pose ni le dandysme. On pense surtout qu’il arrive aux séries de devenir du cinéma.

Hary Hole : Bande-annonce

Harry Hole – fiche technique

Réalisation : Øystein Karlsen
Scénario : Jo Nesbø, Øystein Karlsen
Interprètes : Tobias Santelmann, Joel Kinnaman, Pia Tjelta, Ine Marie Wilmann, Henrik Mestad
Musique : Nick Cave, Warren Ellis
Production : Working Title Television, Universal International Studios
Producteur exécutif : Jo Nesbø, Øystein Karlsen, Tim Bevan, Eric Fellner
Société de production : Working Title Television, Universal International Studios
Pays de production : Norvège, Royaume-Uni
Société de distribution France : Netflix
Durée : 6 épisodes (≈ 50 min chacun)
Genre : Thriller, Policier, Nordic Noir
Date de sortie : 2025 (Netflix)

The Drama : pour le pire ou pour le rire ? Telle est notre (délicieuse) interrogation

Voilà une œuvre qui montre qu’un certain nouvel Hollywood (ici A24 mais ça pourrait être Neon ou FilmNation) peut nous offrir des bons films dits du milieu. Deux stars à l’alchimie indéniable, un scénario original et impeccablement écrit et la réalisation alerte d’un cinéaste qui confirme une voie singulière pour un petit bijou. Une œuvre dont on ne saurait dire si c’est un drame ou une comédie ou les deux, en tout cas accouchée d’une veine romantique acerbe. Et, heureusement, le film ne tient pas que sur sa surprenante révélation même si, juste après, un quart d’heure de redondance et de flottement en milieu de film crée un ventre mou. Hormis cette petite baisse de niveau finalement très courte, on passe près de deux heures entre le rire gêné, le malaise et, in fine, l’émotion pour une œuvre grinçante à souhait. On souhaite à The Drama nos meilleurs vœux de succès au box-office pour que ce type de films fasse des « petits ».

Synopsis : Un couple comblé voit son bonheur mis à l’épreuve lorsqu’un rebondissement inattendu vient tout bouleverser à une semaine de son mariage.

Toute la promotion de The Drama ne tenait que sur deux choses : à son couple ô combien glamour et très vendeur niveau people, mais également sur une révélation sur laquelle le synopsis, la bande-annonce et tout le marketing étaient axés. Il était donc légitime de se demander si le long-métrage allait tenir sur la longueur après ladite révélation et surtout s’il ne se résumait pas à celle-ci. Ce n’est heureusement absolument pas le cas. On pourra juste reprocher un quart d’heure de ventre mou qui intervient un peu après ce secret qu’on ne déflorera pas ici pour ne pas gâcher la surprise. Quelques redondances, moments de flottement et de mou qui s’oublient vite au regard de la qualité du reste.

Hormis cette petite baisse de niveau à mi-chemin, Kristoffer Borgli cisèle encore son cinéma à merveille et creuse un sillon qui commence à être reconnaissable avec une mise en scène acérée qui met toujours en avant le malaise vécu par ses personnages. Malaise qui se transmet au spectateur avec brio (et plaisir). Entre plans de coupe censés représenter, en vrac, les projections mentales de ses protagonistes ou des flashbacks, voire des séquences imaginées, il signe un film racé et stylisé. The Drama  est totalement en phase avec son sujet, et ce dès la première séquence qui nous fait revivre la rencontre du couple que nous suivrons durant tout le long-métrage.

Il est certain que cet opus est peut-être son film le plus accessible. On avait découvert le metteur en scène norvégien avec Sick of Myself  et sa protagoniste clairement illuminée qui s’inventait une maladie rare imaginaire pour attirer l’attention. Une petite perle d’humour noir acide et corrosif qui n’oubliait pas un discours pertinent sur une société malade peuplée de sujets en besoin de reconnaissance. Puis, son premier film américain nous apportait un scénario de rêve sur un plateau et s’intitulait à juste titre Dream Scenario. On y voyait le génial (quand il le veut bien) Nicolas Cage en monsieur Tout-le-monde apparaître dans les rêves d’une multitude de gens. Un postulat fou qui accouchait d’un film sympathique mais qui s’essoufflait vite. En ce sens, The Drama est le film le plus sage de Borgli mais aussi le plus mature et accompli.

En engageant deux des jeunes stars les plus glamour mais aussi douées de leur génération, il frappe juste et fort car le film capitalise bien sûr sur leur talent mais également sur leur statut de vedette. Associer Zendaya et Robert Pattinson était une excellente idée. Leur couple développe une alchimie incontestable qui crève l’écran et les voir vivre une relation parfaite jusqu’à la révélation qui distille un poison lent dans leurs rapports est jubilatoire. Leur complicité fonctionne aussi bien dans les moments apaisés que dans ceux de tension et de doutes. Et une des forces de The Drama est de confier le poids de la faute – si on peut se permettre de l’évoquer de la sorte – au personnage féminin, ce qui apporte une valeur ajoutée à la fois narrative mais aussi sociétale non dénuée d’intérêt.

The Drama peut compter sur une écriture ciselée où chaque dialogue est à sa place et parfaitement mis en bouche. Le scénario est d’une précision d’orfèvre et nous révèle de nombreuses surprises postérieures à la révélation centrale. D’ailleurs le dernier acte au mariage est jubilatoire et on ne sait jamais si on doit rire ou pas. C’est génialement grinçant et on en redemande. À ce titre, louons deux seconds rôles féminins de haute volée : Alana Haïm, découverte chez Paul Thomas Anderson, est royale en demoiselle d’honneur outrée et revancharde, quand l’inconnue Hailey Gates est impeccable en secrétaire maladroite. Le film se positionne comme un film romantique, mais difficile de dire si on est dans la comédie noire, le drame léger ou même les deux. Et que c’est agréable ! Bref, The Drama c’est du cinéma de qualité destiné à tous les publics, pointu comme il faut mais toujours accessible, avec une séquence finale magnifique. Une petite pépite qui confirme un auteur singulier.

Bande-annonce – The Drama

Fiche technique – The Drama

Réalisateur : Kristoffer Borgli
Scénariste : Kristoffer Borgli
Production : A24
Distribution : Metropolitan Filmexport
Interprétation : Zendaya, Robert Pattinson, Alana Haim, Mamoudou Athie, …
Genres : Drame – Romantisme
Date de sortie : 1 avril 2026
Durée : 1h46
Pays : États-Unis

Note des lecteurs0 Note

4