Accueil Blog Page 470

China Gate, la guerre selon Samuel Fuller en Blu-ray chez Carlotta Films

À l’occasion de sa récente sortie Blu-ray chez Carlotta Films, retour sur le furieux China Gate réalisé par Samuel Fuller (Shock Corridor, White Dog) en 1957 et son édition HD beaucoup trop sage.

Synopsis : A la fin de la guerre d’Indochine, un commando de la Légion étrangère s’apprête à effectuer une dernière mission : détruire les tunnels renfermant le stock d’armes des combattants communistes menés par le commandant Cham. Pour cela, ils font appel à une séduisante Eurasienne surnommée Lucky Legs. Ayant mis en place un trafic d’alcool dans la région et connaissant bien Cham, elle seule peut les aider à mener à bien leur mission. Mais la présence de son ex-mari, le sergent Brock, qui l’a abandonnée à la naissance de leur fils métisse, va créer de nombreuses tensions au sein du groupe…

Samuel Fuller et l’expérience de la guerre

L’un des grands intérêts de China Gate se trouve dans le travail esthétique d’un conflit moderne tel que la guerre d’Indochine. Comprenez par « travail esthétique » les volontés et enjeux de la représentation guerrière menée par Sam Fuller. Celle-ci trouve son origine dans l’expérience du cinéaste qui fut, dans sa jeunesse, journaliste. Trentenaire, il rejoint la première division d’infanterie des Etats-Unis d’Amérique alors engagés avec les pays alliés contre Hitler et ses forces ténèbreuses. Fuller oeuvre ainsi en tant que soldat et reporter de guerre dans cette division connue de par son surnom, la Big Red One, dont il fera le récit cinématographique à la fin des années 70 avec Au-delà de la Gloire. Il sera l’un des premiers à filmer les premières images de la libération des camps de concentration, à capter « l’impossible » – dixit Samuel Fuller dans Falkenau, vision de l’impossible, Emil Weiss, 1988. Déjà dans les années 30, Fuller fut l’une des plumes d’Hollywood et auteur de pulps basés sur d’obscurs faits divers (tels que la chronique d’une femme enceinte condamnée à mort). Journaliste, reporter de guerre, ou cinéaste, Samuel Fuller se présente comme « un conteur » : « Tout raconte une histoire, les histoires sont la sève de nos civilisations » (ibid).

Justement, China Gate est une histoire, portée par un conteur à l’expérience riche et difficile. En cela, elle traduit le regard polymérique de Samuel Fuller. Ainsi obtient-on un film de guerre à l’esthétique hybride. On note ainsi, de par les extérieurs grandioses, un certain réalisme dans la reconstitution d’une ville bombardée où errent blessés et affamés, et où patientent les soldats. Ce même réalisme est porté par les points de vue, celui d’un enfant cherchant de quoi nourrir son chien dans les décombres alors poursuivi par un villageois affamé prêt à manger le maigre chiot ; le point de vue collectif du commando nageant dans le fleuve sur le bord duquel un village maîtrisé par l’ennemi est en fête ; enfin, alors que le groupe se reposait dans une forêt endormie, celui qu’on pensait objectif récupéré alors par l’ennemi qui observait puis mitrailla la bande. Fuller estimait qu’un film de guerre ne pouvait être réaliste que si on tire sur le public. Toutefois, on remarque qu’une certaine expérience guerrière est rendue possible chez Fuller grâce au point de vue, soit à l’association du regard du spectateur et/ou des spectateurs à l’expérience – à la fois illimitée et limitée par le médium cinématographique – perceptive d’un individu ou d’un groupe. Ainsi la scène où le groupe se fait mitrailler dans la forêt surprend autant le commando que le spectateur. Le moment de joie est meurtri en une transition brute et inattendue. La guerre et ses réalités morbides n’ont pas de patience. Elles ont lieu. Cependant, l’unique « règle de la guerre » a été respectée. Celle-ci, présentée par un ancien soldat allemand depuis engagé dans la Légion étrangère française, consiste à « voir ce qui vous entoure« . Justement, la caméra de Fuller ne pouvait ici, comme le groupe auquel elle était associée, voir au-delà de leur champ de vision limité. Ainsi, Fuller capta ici parfaitement l’immédiateté de la violence, sa brutalité et le sentiment de surprise. Par ailleurs, l’expérience subjective mise en scène par Fuller repose une vieille question conséquente sur le genre : un film de guerre captant une bataille massive en point de vue objectif ou divin (à coup de plongées célestes) peut-il être qualifié de réaliste ? Ou traduit un autre point de vue, celui des stratèges ? Ou encore de vues journalistiques bien humaines venues reporter de près comme de loin les combats ?

china-gate-de-samuel-fuller-nat-king-cole-carlotta-films-melange-pictures-llc
« Il y a une règle dans la guerre : voir ce qui vous entoure. »
CHINA GATE © 1957 MELANGE PICTURES LLC. TOUS DROITS RÉSERVÉS.

L’usage d’archives par Fuller n’est pas sans rappeler, entre autres, celui d’Allan Dwan pour Iwo Jima. Toutefois, le second utilise ces images pour supporter la reconstitution d’une bataille bien réelle traversée par nos héros, éléments fictifs inspirés de faits bien réels. Chez Fuller, les barrières entre la fiction et le réel sont friables. Il s’agit davantage de construire une réalité plutôt que de reconstituer le fait historique. Ainsi des archives d’avions bombardés et larguant des caisses sont associés aux points de vue des civils subissant les combats. Fuller est au service de l’expérience guerrière, non pas de la monstration de l’épisode historique traversé par des personnages. L’illustration historique est d’ailleurs présente en début de film, exposant, à la manière des reportages de guerre visibles en salles de cinéma ou à la télévision (bien avant l’ère d’internet), les nouvelles du front. Ces news, portées par un devoir de propagande sans mesures, permettent à Fuller de présenter le contexte historique pour ensuite mieux le déconstruire, le nuancer, et le capter avec justesse à travers les expériences individuelles et collectives transmises par son récit. Aussi le cinéaste rappelle, par son travail de l’archive, que la représentation objective n’existe pas. Tout plan constitue un point de vue, altérable – et alors détournable – au montage, qui peut être, selon le chef du projet, au service de la gloriole miliaire ; ou, selon un autre gusse, une tentative de contextualiser objectivement une bataille, de sa géographie à la masse des troupes en déplacement dans l’espace ample ou réduit, tel un collectionneur passionné d’histoire penché sur ses figurines de plomb piquées sur une conséquente maquette.

china-gate-de-samuel-fuller-periple-furieux-carlotta-films-melange-pictures-llc
Un long voyage attend le commando. Sera-t-il toujours cordial ?
CHINA GATE © 1957 MELANGE PICTURES LLC. TOUS DROITS RÉSERVÉS.

On compte enfin un autre régime d’image, remarquable dans la dernière séquence de combat, alors que les derniers membres vivants du commando fuient à travers le camp pour atteindre un avion prêt à décoller. Gros plans sur les fusils mitrailleurs faisant feu, plans serrés sur les comédiens tirant dans tous les sens, et plans larges sur la cour du camp s’enchaînent. Le montage furieux de ce découpage de feu n’est pas constitué de raccords de causalité. Qui tire sur qui n’est pas la priorité. En effet, l’ensemble tend ici vers une forme d’abstraction guerrière au service de l’expérience du conflit, de sa brutalité aveugle au déchaînement sonore d’explosions, de tirs et de cris qui porte l’ensemble. Ici la perte des repères et une étrange association de terreur et de stupeur sont au rendez-vous.

Ainsi, l’imagerie hybride de Fuller constitue ici une expérience guerrière complexe, du ras-le-bas des civils à la brutalité surprise des combats, du déchaînement de furie chargée et tirée aux souffrances qui ne demandent qu’à se dévoiler. En effet, n’oublions pas certains usages du clair-obscur apportant un trait expressionniste aux points de vue de ces personnages troublés et marqués par « des blessures invisibles » – dixit le personnage de Gene Barry (le héros de La Guerre des Mondes de Byron Haskin). Enfin, le regard nuancé et empathique de Fuller lève le voile sur le caractère pathétique de cette expérience guerrière. Quelques moments de douceur se terminent dans la douleur de commentaires égoïstes et racistes. D’autres ne connaîtront pas d’autres chapitre suite à un dernier sacrifice. Des hommes croisent subitement la mort à la fin d’une blague ou avancent vers elle lentement après une  chute banale lors d’une marche sur une colline capricieuse. Les deux moments musicaux du film, soit ceux pendant lesquels le personnage de Nat King Cole interprète la chanson China Gate dans un décor dévasté, révèlent l’ultime violence de l’expérience guerrière proposée par Fuller. China Gate est un voyage des derniers instants dans lequel la douceur, l’humour, et le partage n’ont plus de place. Fort heureusement, Fuller croit filmiquement en l’espoir, soit en l’avenir, ici personnifié par l’union tant attendue d’un fils avec son père. Parce-que l’expérience guerrière fullerienne consiste enfin à goûter à la paix.

china-gate-de-samuel-fuller-gene-barry-angie-dickinson-carlotta-films-melange-pictures-llc
L’amour, mais à quelles conditions ? La romance des personnages de Gene Barry et Angie Dickinson ravagée par l’égoïsme et le racisme du premier.
CHINA GATE © 1957 MELANGE PICTURES LLC. TOUS DROITS RÉSERVÉS.

Blu-ray Gate

Disons le de suite, on attendait davantage de l’édition Blu-ray de China GateDu côté du son, il n’y a certes rien à redire, excepté l’absence d’une piste vf pour les passionnés du domaine et les réfractaires à la vo. C’est au niveau visuel que le bat blesse. Le fait que les images d’archives soient plus granuleuses et manquent de définition peut se comprendre. Toutefois, nombre d’images de la fiction perdent, d’une échelle de plan à un autre, en contraste, en stabilité et en résolution. On pense par exemple au dialogue entre l’officier français et le personnage d’Angie Dickinson qui souffre de ce problème lors des plans plus resserrés. Peut-être ces problèmes sont dus au passage du temps et/ou à des zooms sur des plans larges. On regrette malgré tout que la copie alterne aussi violemment entre tous ces états d’image, du moyen – rarement médiocre – au sublime. La séquence avec Nat King Cole observant, à travers les fourrés, un soldat ennemi, est magnifique. Détails, nuances de noir et blanc, contraste, stabilité… Tout cela était au rendez-vous. china-gate-de-samuel-fuller-visuel-du-blu-ray-carlotta-films-melange-pictures-llc

Cette restauration correcte est soutenue par deux compléments. Accompagné par l’usuelle présence de la bande-annonce, on trouve l’intéressant document nommé Peace of Mind : un regard sur China Gate de Samuel Fuller par Samantha Fuller et Christa Lang Fuller. La deuxième est la dernière femme du cinéaste, la première, leur fille. L’intérêt de leur retour permet d’avoir une approche plus personnelle et alors moins connue du cinéma de Fuller, même si, bien sûr, d’autres ont  recontextualisé le film, sa genèse et sa place dans la carrière du cinéaste avec précision et rigueur. Les personnages, la musique, les décors, tout y passe. On retiendra notamment le regard de Samantha Fuller qui qualifie China Gate de « comic book movie » notamment par rapport au travail de composition des plans et à la violence déchaînée, extrêmement explicite de certaines séquences. Il est vrai que le film n’est pas sans rappeler les pulps consacrés à la Seconde Grande Guerre qu’on pouvait lire en France dans des revues telles qu’Attack ou Banzaï. La fille Fuller poursuit en expliquant qu’il n’y a rien d’étonnant à cela, puisque son père était aussi illustrateur. Ce qu’elle a justifié en exposant les premières esquisses des personnages par Fuller. Après ces quarante et quelques minutes, retour sur le menu du Blu-ray. En effet, rien de plus au rendez-vous pour les aventuriers et curieux en quête d’érudition à travers les bonus des éditions. On peut tout de même se consoler avec le fait que les deux éléments sont en présentés en haute définition. On notera enfin que Carlotta édite aussi ce nouveau master en édition DVD.

Bande-Annonce – China Gate, de Samuel Fuller

BD 50 – MASTER HAUTE DEFINITION – 1080/23.98p – ENCODAGE AVC – Version Originale DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-Titres Français – Format 2.35 respecté – Noir & Blanc – Durée du film : 95 mn

DVD 9 – NOUVEAU MASTER RESTAURE – PAL – ENCODAGE MPEG-2 – Version Originale Dolby Digital 1.0 – Sous-Titres Français – Format 2.35 respecté – 16/9 compatible 4/3 – Noir & Blanc – Durée du film 92 mn

Prix de vente public conseillés : 20,06 €

Note des lecteurs0 Note
4

Brightburn, quand le méchant Superman n’est qu’un slasher inoffensif

Partant d’un postulat plutôt intéressant, Brightburn finit par vite tourner en rond, ne sachant jamais comment surprendre avec cette histoire de méchant Superman dont il reprend tous les codes sans jamais les digérer.

Vendu à tort comme le nouveau film de James Gunn, dont il n’est au final que producteur, Brightburn est plutôt le film de ses frères, Brian et Mark, qui en ont écrit le scénario. Confié à David Yarovesky, un jeune réalisateur méconnu désireux de faire ses preuves après un premier film qui est passé inaperçu, il est lui aussi un proche de la famille Gunn. Il est donc assez important de comprendre que ce Brightburn est un film de potes et de famille tant son postulat semble issu d’une soirée bien arrosée où la fatidique question « Et si Superman était méchant ? » aurait été posée. Probablement dans un débat autour de Batman v Superman d’ailleurs. En soit, l’idée est bonne et pourrait offrir quelque chose de pas inintéressant. Mais une fois les affres de l’alcool dissipés vient la gueule de bois, et on sent que les frères Gunn et le réalisateur ne savaient pas vraiment comment explorer cette question.

Jamais Brightburn ne dépassera pas son gimmick narratif du méchant Superman, réemployant tous les codes qui ont façonné la mythologie du célèbre super-héros sans pour autant les digérer et les modifier, ce qui fait que l’on finit assez vite par avoir de l’avance sur les personnages. On n’est jamais surpris de la manière dont le récit va utiliser cette héritage mais surtout vers où il se dirige. On sait quel sera le point faible du protagoniste, qui va mourir et comment cela va finir par avance. On se retrouve attaché à des montagnes russes qui se veulent impressionnantes mais on suit surtout un rail qui ne dévie jamais de sa course. Cela en devient vite exaspérant surtout qu’on ne peut pas compter sur des personnages caricaturaux et peu attachants pour nous donner envie de nous investir. C’est encore plus dommage lorsque Brightburn touche du doigt la thématique du harcèlement scolaire, toujours d’actualité et plus répandu que jamais, pour mieux l’éviter par la suite. Le film n’essaie jamais de raconter plus que son postulat et finit par se satisfaire d’être un slasher inoffensif loin d’être aussi malin qu’il aimerait le faire croire.

Reste que l’ensemble est sauvé par quelques effets gores réjouissants. Lorsqu’il s’agit de la partie visuelle, Brightburn se montre déjà plus assuré et dispose de quelques bonnes idées. Même si encore une fois il reste bien trop ancré dans l’imaginaire Superman, notamment sur le travail de la photographie, car incapable de créer sa propre imagerie. On note d’ailleurs un influence très prononcée des films de Zack Snyder sur le fameux super-héros, au point de se dire que même s’ils n’ont pas forcément plu à tous ils ont su créer des images fortes qui ont marqué l’imaginaire collectif. Le film déviera assez vite de cela dans sa deuxième partie, notamment dans sa manière plus intimiste mais réussie de montrer le spectaculaire, même si le climax flirte un peu trop avec le ridicule. Reste que David Yarovesky s’impose comme un bon technicien, il emballe l’ensemble avec un certain savoir-faire mais sans aucun génie. On est donc sur un film au visuel correct mais rythmé en dents de scie tant il met vraiment du temps à se lancer, et malgré l’efficacité du casting, on perd assez vite patience.

Brightburn s’impose clairement comme une opportunité manquée. Alors qu’il aurait pu aisément s’imposer comme un conte horrifique sur la différence et prendre un parti-pris fort sur la thématique du harcèlement scolaire, quitte à en devenir un « Carrie super-héroïque », il décide de se désintéresser de ses questionnements les plus sensibles pour jouer la carte de la facilité. Brightburn n’invente rien, ne surprend jamais et se contente de gérer la mythologie de Superman à la sauce Slasher et l’ensemble ne prend jamais vraiment. Même s’il a quelques atouts visuels dans sa manche, et que le casting est suffisamment bon pour nous maintenir éveillés, on reste face à un film peu surprenant et pas bien méchant qui ne dépassera jamais sa condition de délire de potes qui finit par mal tourner. Dommage, car derrière il y a un vrai potentiel.

Brightburn : Bande annonce

Synopsis : Tori Breyer a perdu tout espoir de devenir mère un jour, quand arrive dans sa vie un mystérieux bébé. Le petit Brandon est tout ce dont elle et son mari, Kyle, ont toujours rêvé : c’est un petit garçon éveillé, doué et curieux de tout. Mais à l’approche de la puberté, quelque chose d’aussi puissant que sinistre se manifeste chez lui. Tori nourrit bientôt d’atroces doutes sur son fils. Désormais, Brandon n’agit plus que pour satisfaire ses terribles besoins, et même ses proches sont en grave danger alors que l’enfant miraculeux se transforme en un redoutable prédateur qui se déchaîne sur leur petite ville sans histoire…

Brightburn : Fiche technique

Réalisation : David Yarovesky
Scénario : Brian Gunn et Mark Gunn
Casting : Elizabeth Banks, David Denman, Jackson A. Dunn, Matt L. Jones, …
Décors : Christian Snell
Photographie : Michael Dallatorre
Montage : Andrew S. Eisen et Peter Gvozdas
Musique : Tim Williams
Producteurs : James Gunn et Kenneth Huang
Production : Screen Gems, Stage 6 Films, The H Collective et Troll Court Entertainment
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Durée : 91 minutes
Genre : Science-fiction, horreur
Dates de sortie : 26 juin 2019

États-Unis – 2019

Note des lecteurs5 Notes
2.5

« Chaînes conjugales » : entre satire sociale et étude de mœurs

Chaînes conjugales est une exploration des mœurs, une analyse sociologique, une critique de la société américaine. Pour la première fois, le chef-d’œuvre de Joseph L. Mankiewicz paraît en Blu-ray, dans une édition de grande qualité signée ESC.

Quand Joseph L. Mankiewicz portraiture les banlieues résidentielles états-uniennes, tout y passe : les rues bordées d’arbres majestueux, les allées proprettes, les jardins impeccablement entretenus, les maisons surdimensionnées, les époux en costume et leurs femmes prêtes à sacrifier un samedi ensoleillé pour organiser un pique-nique avec des enfants orphelins sur les bords d’une rivière… Ce décor de carte postale ne résiste qu’un temps, avant que les trois épouses de Chaînes conjugales ne reçoivent un courrier de leur amie Addie Ross leur apprenant qu’elle quitte la ville… avec le mari de l’une d’entre elles. Ce prétexte narratif va permettre au cinéaste du verbe de façonner trois flashbacks autonomes enluminés de répliques raffinées, portant sur chacune des protagonistes.

Il suffit d’un plan insistant sur une cabine téléphonique pour comprendre que les trois femmes craignent toutes de voir leur couple péricliter. Et pour cause : elles se sentent prisonnières de leur statut ou des conditions ayant œuvré à leur union maritale. Comment s’habiller avec classe après qu’un uniforme militaire a éclipsé pendant longtemps toute différence sociale ? Deborah, campée par Jeanne Crain, a peur de faire tache dans un country club, elle dont le « papa s’endettait constamment pour les machines » et qui se voit aujourd’hui comme « la nouvelle » qui suscitera à coup sûr les regards moqueurs et les commentaires désobligeants. « Vous êtes gâtée… Brad a de la classe et du fric », lui assènera-t-on en guise de confirmation. Comment s’élever par le travail quand celui-ci ne paie pas ? C’est la question qui taraude Rita (Ann Sothern), dont le mari (Kirk Douglas), modeste professeur, gagne à peine de quoi payer la domestique. Comment lever les doutes sur la sincérité de son amour quand on a épousé un patron fortuné après l’avoir fait longuement patienter ? Lora Mae (Linda Darnell) n’est pas passée sans suspicion d’une maison jouxtant les voies ferrées, ébranlée par les allées et venues des trains, au confortable palace d’un industriel vieillissant (Paul Douglas).

À chaque fois, avec la sophistication d’un Ernst Lubitsch, initialement pressenti pour le tournage, Joseph L. Mankiewicz habille ses flashbacks de scènes, de gestes, de propos qui éclairent d’une lumière profuse les enjeux. Deborah sort dans une robe « démodée » et trouée. Rita espère faire de son mari professeur un publicitaire grassement rémunéré. Lora Mae se perçoit comme une vulgaire « marchandise », tandis que son époux, tout aussi suspicieux, se considère comme « une machine à sous » ou un « tiroir-caisse ». La fragilité des trois femmes est exprimée avec habileté et mise en parallèle avec l’insolente liberté d’une Addie Ross apparemment vénérée par tous les hommes. Quelques citations lourdes de sens permettent en outre d’identifier sans mal les us et coutumes de l’époque. Parmi celles-là, distinguons la sentencieuse « Le sexe fort est là pour subvenir aux besoins du sexe faible » et la non moins caricaturale « Les gens du show-biz boivent toujours du scotch ».

Si le verbe permet à lui seul de satiriser la bourgeoisie américaine, avec une actualité toujours brûlante, la mise en scène n’est pas en reste. S’illustrant par une authentique science du cadre et des séquences tirées au cordeau, Chaînes conjugales remporta les Oscars du meilleur réalisateur et du meilleur scénario adapté (de John Klempner en l’occurence), installant de ce fait, de manière définitive, Joseph L. Mankiewicz en bonne place à Hollywood. La critique de l’american-way-of-life et des conventions régissant la vie en société, particulièrement celles menant à l’obsession de reconnaissance sociale, semble annoncer un chef-d’œuvre tel que Le Limier, où le sentiment de supériorité dicte leur conduite à deux hommes basculant à grand fracas dans la surenchère. L’ironie de Chaînes conjugales veut toutefois qu’Addie Ross, si enviée, reparte seule après avoir interrogé une époque, un milieu social, leurs mœurs et trois couples aux vulnérabilités évidentes.

BONUS ET RESTAURATION

Le son et l’image sont très appréciables. Piqué, stabilité, granulation : le travail réalisé sur ce film mérite d’être salué. Le spectateur pourra en outre profiter d’un long entretien avec l’historien du cinéma Antoine Sire, intitulé La Femme américaine moderne. Il y explique le rôle de Darryl F. Zanuck concernant l’affinage scénaristique, revient sur les cinq actrices faisant le sel du film, évoque la satire sociale et la critique du mercantilisme placées au cœur du scénario, mais aussi l’audace cinématographique de l’après-guerre ou la manière de concevoir le personnage d’Addie Ross comme une « menace invisible » propre à nourrir tous les fantasmes.

Fiche technique

USA | 1949 | Durée : 103 mn  | Image : 1.37 | Langue : anglais | Son : mono  2.0 | Sous-titres : français
Suppléments :  Entretien autour du film avec Antoine Sire – Dans la même collection
Nouveau Master Haute Définition

Note des lecteurs0 Note
4.5

Questions de cinéma, de Nicolas Saada: le 7ème Art prend la parole

Il édifia une chapelle pour le cinéma de genre dans la forteresse réputée peu accueillante des Cahiers du cinéma dans les années 90. C’est également un mélomane averti, qui fut l’un des premiers à parler de musiques de films sur les ondes (plus précisément sur Radio Nova). Figure discrète mais essentielle de la critique hexagonale, Nicolas Saada  est également le journaliste de sa génération ayant le mieux négocié son passage à la réalisation avec les excellents Espion(s) et Taj Mahal.

La sortie de Questions de cinéma, recueil d’entretiens menés durant ses années aux Cahiers, fournit ainsi quelques éléments de réponses sur la réussite d’un passeur devenu émetteur.

Echange de bon procédés

De toute évidence, le dialogue entre la critique et la pratique n’est pas un luxe mais un pré-requis à la bonne santé du médium pour Nicolas Saada,  et ce, des deux côtés de la barrière. Une conviction que l’auteur affirme en avant-propos, lorsqu’il écrit que l’itinéraire de l’interview démarra de l’impasse dans laquelle il jugeait être arrivé en tant que critique de cinéma . Questions de cinéma n’a donc rien d’une rétrospective d’un auteur désireux de partager sa nostalgie privilégiée avec ceux qui contemplent l’usine à rêves depuis le banc de touche.

Tout l’intérêt de la démarche réside dans cette volonté de sortir de l’enclos de la théorie pure, de mesurer la résistance de sa pensée au dialogue avec les praticiens. Et surtout de générer quelque chose qui ne s’arrête pas au sujet de l’échange, y compris avec les moins ouverts aux digressions analytiques (on pense à John Carpenter, plus ouvert à l’exégèse qu’à l’accoutumée). On soulignera les morceaux de choix que constituent à cet égard les interviews de Francis Ford Coppola (où l’arrivée du numérique devient le nœud de la discussion) ou de Martin Scorsese, qui devient une conversation à bâtons rompus sur la notion de transmission au sein du médium.

Qu’est ce que le cinéma ?

On l’aura compris, Nicolas Saada n’est pas là pour obtenir la validation de ses certitudes par les intéressés. En effet, il s’agit avant tout de construire un champ des possibles avec son interlocuteur. Quitte à mettre les bijoux de la famille sur la sellette en désacralisant certains des dogmes les plus emblématique de la maison. On pense évidemment à la fameuse Politique des auteurs , vaisseau-amiral des Cahiers du cinéma dont Saada secoue les fondations lorsque il s’en va quérir la parole des hommes de l’ombre.

Scénariste, monteur, compositeur… Autant de postes trop souvent tenus pour partie négligeables auxquels l’auteur rend hommage à l’importance dans le processus de fabrication.  On retiendra l’interview mémorable du scénariste Wesley Strick (dont la méthode d’écriture dévoilée dans l’interview a fait florès) celle du producteur Joel Silver (très surpris que les Cahiers du cinéma s’intéresse à lui), ou encore la passionnante entrevue dans laquelle Lalo Schiffrin se confie sur les subtilités de la musique de film. Autant de voix dont l’agrégation constitue la condition nécessaire à l’élaboration d’un long-métrage. La politique des auteurs ? Oui, mais au pluriel.

L’émancipation technique

La démarche ne procède pas d’une volonté de crime de lèse-majesté ici, mais de remettre le 7èmeArt en perspective avec ses conditions de production. Ainsi, les entretiens sélectionnés dans Questions de cinéma s’efforcent en permanence de maintenir la réalité pratique du médium dans le rétroviseur. Notamment en ce qui concerne la question technique, constamment aux avant-postes des considérations théoriques qui s’inscrivent dans son sillage. Particulièrement dans les entrevues avec James Cameron (forcément), Thelma Schoonmaker (monteuse de Martin Scorsese) ou David Lynch. Nicolas Saada parle  de cinéma avec un état d’esprit de médiologue  et partage ses pressentiments avec ses interlocuteurs. Particulièrement en ce qui concerne l’arrivée du numérique et les bouleversements appelés à en découler. Dans un pays peu prompt à penser l’art en fonction de ses conditions d’expressions, on appelle ça une expression singulière.

On le sait, la tendance est aux ouvrages rétrospectifs se proposant d’immerger le lecteur dans un âge d’or (parce que révolu) cinématographique par l’intermédiaire du regard critique qui l’accompagna. A l’inverse, Questions de cinéma ne cesse de questionner l’avenir depuis son présent conjugué au passé.

Retour vers le futur

De tous ses confrères d’une sensibilité voisine passés à la réalisation (on pense à la génération Starfix), Nicolas Saada est celui qui s’est immédiatement distingué par sa capacité à faire le tri entre ses influences et son récit, ses envies et ses besoins. On comprend pourquoi. Plus qu’un livre de cinéma, Questions de cinéma se dessine comme le centre de formation de son auteur, qui le lègue maintenant au grand-public.

Plus encore qu’un simple recueil d’entretiens, il s’agit donc d’un morceau de choix à ajouter promptement dans votre bibliothèque. Le réalisateur de Taj Mahal apporte une contribution qui lui est singulière dans un genre balisé par de prestigieux prédécesseurs. Comme si à travers la parole des autres, il esquissait une conception du cinéma qui lui était propre : un art intrinsèquement lié à ses conditions techniques, où l’intention artistique se mesure à sa capacité à survivre à un processus de production tortueux, où les dogmes se doivent de rester sur le pas de la porte de sa fabrication. A l’heure où la transition du numérique n’a pas encore entamé son cycle de maturité et où la mutation de l’industrie à l’aune des plates-formes de streaming n’en finit pas d’enflammer les débats, on ne peut pas lui reprocher de taper à côté…

 

« Désirée » : la petite histoire derrière la grande

ESC commercialise pour la première fois en Blu-ray Désirée, le film napoléonien d’Henry Koster. S’il ne scrute l’épopée militaire de l’empereur français qu’à la marge, il se penche en revanche avec avidité sur une histoire d’amour contrariée…

Les contacts naissants entre le jeune Napoléon Bonaparte et Désirée Clary, la fille d’un riche armateur, sont l’occasion pour le premier de s’enthousiasmer sur les qualités de la seconde : à ses yeux, elle n’est rien de moins qu’une demoiselle « sans artifices », ce qui lui semble quasi « inconcevable chez une femme ». Avant cette déclaration d’estime préambulaire, la séquence d’ouverture nous montrait Désirée annoncer à ses proches qu’elle avait invité « deux aventuriers » à la maison. Ce qu’elle ignorait alors, c’est qu’une histoire sentimentale douce-amère allait s’amorcer suite à leur venue – filmée en couleurs et en CinemaScope.

Sur la politique napoléonienne, on en saura peu, et presque exclusivement à travers le texte : la volonté d’imposer la liberté, l’égalité et la fraternité par les armes à travers l’Europe ; Robespierre, perçu comme un protecteur, prématurément guillotiné ; un exil parisien où le jeune Bonaparte s’acoquine avec les diplomates et les politiciens ; quelques plans militaires éventés lors de repas ou de discussions ; une personnification du pouvoir faisant dire au nouvel empereur : « Je suis la Révolution française ! » La sève du récit est ailleurs : dans la relation ambivalente et elliptique qu’entretiennent Désirée et Napoléon, où l’éveil mutuel fait place à une séparation douloureuse, puis à la trahison masculine – Napoléon avait besoin d’argent et de relations, et son mariage avec Joséphine lui offre en prime un commandement en Italie.

Sur cette relation avortée, le film d’Henry Koster se veut prolixe : le frère de Désirée se montre d’emblée méfiant ; la jeune femme pense avoir perdu l’amour de sa vie (avant de se marier avec un autre homme et de glaner le titre de reine de Suède) ; devenue conflictuelle, la relation entre Napoléon et Désirée débouchera sur des contacts parfois glaciaux relevant, de l’aveu même du général français, de « formalités de courtoisie ». Il faut dire qu’entretemps, Jean, l’époux de la jeune femme, a déclaré sans ambages à Napoléon qu’il ne serait jamais « un pantin dont [il tirerait] les ficelles ».

Ce biopic à gros budget, basé sur un roman d’Annemarie Selinko, se révèle toutefois assez décevant : si Jean Simmons irradie le film de son talent, la prestation de Marlon Brando s’avère plus contrastée, et l’écriture des deux personnages manque à la fois de relief (dans les excès) et de profondeur (dans l’exploration intime et/ou psychologique). Il y a bien quelques scènes mémorables – un travelling latéral sur un pont pour sonder une tristesse inconsolable, des réceptions aux regards appuyés et équivoques –, ainsi que des dispositifs appréciables – des costumes ou des toiles peintes sur lesquels il y a peu à redire –, mais l’ensemble manque très certainement de souffle, et peut-être même d’enjeux.

BONUS ET RESTAURATION

Le grain est discret et régulier, le son correct, l’image stable et joliment colorée, mais lestée de légères pulsations. En bonus, le spectateur trouvera une interview d’une vingtaine de minutes de l’historien du cinéma Patrick Brion, qui évoque l’admiration du père d’Henry Koster pour Napoléon, ses collections à l’effigie de l’empereur, la fascination exercée par le film d’Abel Gance sur le réalisateur de Désirée, la performance controversée de Marlon Brando et une « relecture intimiste, personnelle, sensible » de Bonaparte dans le film. C’est intéressant, à défaut d’être passionnant.

Fiche technique

USA | 1954 | Durée : 110 mn | Image : 1.77 | Langues : anglais – français | Son : mono 2.0 | Sous-titres : français
Suppléments :  Entretien autour du film avec Patrick Brion (historien du cinéma).
Nouveau Master Haute Définition

Note des lecteurs0 Note
2.5

Marie Stuart, Reine d’Écosse : la bonne surprise signée Josie Rourke en DVD/Blu-Ray !

Sorti en catimini en début d’année, Marie Stuart, Reine d’Écosse est l’occasion pour la fraichement élue Josie Rourke de coucher une page d’histoire méconnue de la monarchie britannique où, au milieu des règlements de comptes typiques de l’époque, a eu lieu une lutte intestine et fratricide entre deux têtes couronnées, ici deux femmes qui furent rivales et qui marquèrent durablement de leurs empreintes la société de l’époque. En résulte un film profond, puissant, et permettant à la paire Saoirse Ronan/Margot Robbie de littéralement vampiriser l’écran. 

Le destin tumultueux de la charismatique Marie Stuart. Épouse du Roi de France à 16 ans, elle se retrouve veuve à 18 ans et refuse de se remarier conformément à la tradition. Au lieu de cela elle repart dans son Écosse natale réclamer le trône qui lui revient de droit. Mais la poigne d’Élisabeth Iʳᵉ s’étend aussi bien sur l’Angleterre que l’Écosse. Les deux jeunes reines ne tardent pas à devenir de véritables sœurs ennemies et, entre peur et fascination réciproques, se battent pour la couronne d’Angleterre. Rivales aussi bien en pouvoir qu’en amour, toutes deux régnant sur un monde dirigé par des hommes, elles doivent impérativement statuer entre les liens du mariage ou leur indépendance. Mais Marie menace la souveraineté d’Elisabeth. Leurs deux cours sont minées par la trahison, la conspiration et la révolte qui mettent en péril leurs deux trônes et menacent de changer le cours de l’Histoire.

Deux femmes, deux destins…

Évoquer le nom de Josie Rourke en France, c’est prendre le risque de voir son interlocuteur lever les yeux au ciel à la recherche d’une bribe d’inspiration. Il faut dire que la britannique a peu eu l’occasion d’exporter à l’international ses talents qui, eux, sont pourtant nombreux. Puisque de l’autre coté de la Manche, la britannique incarne depuis 15 ans maintenant une des valeurs sûres de la scène théâtrale. Un background qu’elle a suffisamment développé pour finalement se lancer dans un premier film (ce qui est déjà loin d’être une sinécure) qui plus est d’époque, puisque pour sa première contribution au cinéma, Rourke a opté pour rien de moins qu’une histoire royale. Où ici la lutte pour le pouvoir qui naquit entre Elizabeth 1, reine d’Angleterre stricte, imbue de sa personne et déterminée, et sa cousine, Marie Stuart, digne écossaise qui voulut revendiquer son droit au trône. L’histoire est connue, et pourtant, à l’instar d’un Titanic qui arrivait à créer de la dramaturgie et du suspense autour, Marie Stuart Reine d’Écosse parvient à embrasser la même veine. Et nul doute que cet angle doit grandement à Rourke qui a eu l’occasion rêvée pour donner à son histoire de l’ampleur, de la profondeur et surtout un parallèle avec notre époque. Deux femmes, évoluant dans un monde d’hommes, obligées de se battre l’une contre l’autre à cause du sacro-saint pouvoir et qui subissent la division de la part des hommes : il faut dire que c’était tentant et Rourke, en artiste habile, n’a pas déçu. Ainsi, au milieu de cette lutte fratricide qui a durablement imprimé une scission entre l’Écosse et l’Angleterre, Rourke se permet d’en mettre plein la vue à de multiples reprises : décors somptueux, ambiance solennelle & austère, viviers de personnages torturés et psychologiquement riches, musique fabuleuse. C’est bien simple, malgré quelques scories propres à un premier film, le long-métrage respire l’efficacité et l’assurance, comme si Rourke, consciente de sa chance de débarquer dans le cinéma, avait tout donné pour que cette histoire puisse être à la fois tragique et captivante, dure mais puissante, etc. Un bien joli effort qui ne serait toutefois rien sans la présence d’un casting au diapason de cette envie de grandeur ; j’ai nommé la paire Saoirse Ronan/Margot Robbie. Quand l’une incarne Marie Stuart, jeune femme frêle mais déterminée ; l’autre incarne avec exubérance, poigne et insensibilité la reine Elizabeth 1. Une jolie dualité qui fait le sel de ce métrage convaincant et qu’on se le dise, vraiment grand.

Les joyaux de la couronne…

Enchâssé dans un master Haute Définition de toute beauté (couleurs superbes, contrastes denses, définition irréprochable) et un solide dispositif sonore (la version originale est encodée en Dolby Atmos, dans un mixage littéralement tonitruant), force est d’admettre que Marie Stuart, Reine d’Écosse en impose techniquement parlant. Ainsi, les scènes de bataille sont naturellement riches en basses, en gros surrounds et effets multidirectionnels à gogo. Même rengaine pour la version française, puisqu’elle s’impose dans un mixage Dolby Digital+ 7.1 très spectaculaire et immersif. Cette richesse se retrouve également dans la section suppléments, qui offre quelques jolis contenus : d’abord un commentaire audio de la réalisatrice Josie Rourke et du compositeur Max Richter ; ensuite trois featurettes qui représenteront environ dix minutes de visite des coulisses et de découverte de l’envers du décor & enfin une featurette sur la notion de « féminisme » au cœur du film, sur les différentes incarnations de Mary Stuart au cinéma, ainsi que sur le face à face final.

Marie Stuart, Reine d’Écosse : Bande-annonce : 

Un film de Josie Rourkeavec Saoirse Ronan, Margot Robbie

Synopsis: Le destin tumultueux de la charismatique Marie Stuart. Épouse du Roi de France à 16 ans, elle se retrouve veuve à 18 ans et refuse de se remarier conformément à la tradition. Au lieu de cela, elle repart dans son Écosse natale réclamer le trône qui lui revient de droit. Mais la poigne d’Élisabeth Ières’étend aussi biensur l’Angleterre que l’Écosse. Les deux jeunes reines ne tardent pas à devenir de véritables sœurs ennemies et, entre peur et fascination réciproques, se battent pour la couronne d’Angleterre. Rivales aussi bien en pouvoir qu’en amour, toutes deux régnantsur un monde dirigé par des hommes, elles doivent impérativement statuer entre les liens du mariage ou leur indépendance. Mais Marie menace la souveraineté d’Elisabeth. Leurs deux cours sont minées par la trahison, la conspiration et la révolte qui mettent en péril leurs deux trônes et menacent de changer le cours de l’Histoire.

Sortie DVD, Blu-ray™ le 3 Juillet 2019 chez Universal

Caractéristiques techniques du DVD : Image : 16:9 2.39:1 Anamorphic Widescreen – Durée : 1h59. Audio : Anglais, Français, Espagnol, Italien et Allemand Dolby Digital 5.1Sous-titres : Français, Anglais, Arabe, Espagnol, Danois, Finnois, Allemand, Hindi, Islandais, Italien, Norvégien, Portugais, Suédois, Turc.

Caractéristiques techniques du Blu-ray™ : Image : 16:9 2.39:1 Widescreen – Durée : 2h04. Audio : Anglais Dolby Atmos, Français, Espagnol, Italien Dolby Digital Plus 7.1Sous-titres : Français, Anglais, Arabe, Espagnol, Danois, Finnois, Hindi, Islandais, Italien, Norvégien, Portugais, Suédois.

Bonus du DVD et du Blu-ray™ : Une confrontation épique ♦ Le féminisme des Tudor ♦ Quelque chose chez Marie. Commentaire audio de la réalisatrice Josie Rourke et du compositeur Max Richte.

Pièces détachées pour moto

Que vous possédiez une moto hors-route, un cruiser ou une moto de route vous devez l’entretenir et la réparer. Dans quel magasin devriez-vous acheter des pièces détachées et composants pour votre moto ? Nous vous conseillons de visiter auto-doc.fr car il vous offre les meilleurs.

Le magasin en ligne auto-doc.fr propose une large sélection de chaînes, de disques et plaquettes de frein, d’éléments de système d’échappement, de pièces pour embrayage et transmission, divers joints d’étanchéité, batteries, huiles, filtres à air et à carburant, bougies d’allumage, unités d’éclairage et différents accessoires d’entretien et de soin pour vos véhicules à deux ou trois roues. Toute la gamme de produits proposés sur notre magasin en ligne est caractérisée par son impeccable qualité car nous travaillons uniquement avec des fabricants réputés. Par ailleurs, la qualité de chacun de nos produits est assurée par une garantie. Nous stockons tout ce qui est nécessaire pour les modèles de moto neufs et anciens.

En dehors des produits pour moto, vous trouverez ici de pièces et composants pour cyclomoteurs et quads. Notre catalogue en ligne est simple et pratique à utiliser, tous les produits y sont proposés avec photos et descriptions détaillées. Chercher la pièce dont vous avez besoin ne vous prendra donc pas beaucoup de temps ni d’effort. Notre système de recherche vous permet de trouver des pièces fiables et de haute qualité par numéro OEM ou à partir du numéro VIN de votre moto.

Commandez des pièces détachées pour moto dès maintenant car nous organisons souvent des promotions et remises de prix intéressantes et la livraison est effectuée par une société de livraison réputée. Notre entrepôt est toujours bien stocké et notre magasin vous permet de choisir la méthode de paiement qui vous convient. Si vous avez des questions concernant les produits, les conditions de livraison ou le fonctionnement du site web, les conseillers de notre service clientèle vous donneront toutes des réponses complètes.

Faites des achats en ligne sur auto-doc.fr en quelques clics et assurez un fonctionnement sans souci de votre véhicule.

 

Dark saison 2 : « le temps joue un jeu cruel »

L’arrivée sur Netflix de la saison 2 de la série allemande Dark est un des événements de l’année. Et incontestablement, cela reste un plaisir de se replonger dans cette histoire de voyages dans le temps et d’enfants disparus autour d’une mystérieuse grotte.

(Attention, cette critique contient des révélations sur la saison 1)

A la fin de la première saison de Dark, le jeune Jonas se retrouvait dans un futur manifestement post-apocalyptique.

Cela va-t-il changer l’orientation thématique et narrative de la série ?

Oui et non.

Compte à rebours

Au début de cette saison 2, nous apprenons que l’Apocalypse est prévue le 27 juin 2020 (décidément, l’Apocalypse est à la mode dans les séries ces temps-ci, entre l’Apocalypse nucléaire de Chernobyl, celui de la société occidentale dans Years and years et celui, plus joyeux, de Good Omens). Et les huit épisodes qui vont constituer cette saison vont donc tourner autour de cette date fatidique, en un compte à rebours qui fournit un suspense terrible.

Quelle est la nature de cette apocalypse ? Si l’on ne peut le dire de façon précise, il suffit cependant de voir les images du futur, avec la centrale de Winden en ruines, pour comprendre que le nucléaire y a vraisemblablement sa place. A l’instar de la saison 1, la peur du nucléaire s’invite comme un des thèmes majeurs de la série, et la centrale est au cœur du mystère. Entre le problème des déchets et la création d’un élément atomique impensable, le scénario met en évidence la peur de la manipulation parfois hasardeuse d’une énergie difficilement contrôlable.

Ce compte à rebours, où chaque épisode représente un jour qui s’écoule avant l’Apocalypse, ajoute une  nouvelle exploitation du temps à une intrigue basée sur la question de la chronologie, en plus des voyages dans le temps et des intrigues croisées d’une époque à l’autre. Cela permet surtout d’instaurer un suspense et de relancer l’intrigue. De plus, sachant qui va mourir, cela renforce l’aspect dramatique de la saison, donnant aux personnages l’étiquette de « morts en sursis ». Le procédé se répétera de différentes façons tout au long de la saison : article de journal annonçant la mort future d’un personnage, noms gravés sur une tombe, etc. Et une partie importante de l’intrigue va se recentrer autour de la mort qui a déclenché la saison 1…

Peut-on changer le futur ?

Dans cette saison 2 de Dark, la question des enfants disparus et le mystère du voyage dans le temps deviennent presque mineurs. Certes, nous avons toujours de fort beaux paradoxes temporels (plusieurs « versions » de la même personne présentes en même temps, un fils plus âgé que ses parents, etc.). Certes la question de la disparition d’enfants est toujours présente, et l’on suit l’enquête menée par Egon Tiedemann, simple policier dans les années 50 ou commissaire des années 80 et qui se focalise autour d’un personnage mystérieux que nous savons être Ulrich Nielsen parti dans le passé à la recherche de son fils, et interné depuis les années 50. Mais ce qui importe vraiment est ailleurs.

Connaissant le futur et cette Apocalypse, la question est maintenant de savoir s’il faut tout faire pour l’éviter ou s’il faut la laisser arriver. Jonas, dans ses multiples voyages temporels, va rencontrer l’énigmatique Adam, chef de la secte des « sic mundus », les Voyageurs Temporels. Et une partie essentielle de l’action va tourner autour de ce personnage et des intentions que l’on va lui prêter. Veut-il réellement empêcher l’Apocalypse ? Ou est-il un manipulateur ? Est-ce que chaque acte nous éloigne de l’événement fatidique, ou est-ce une étape qui nous en rapproche inéluctablement ? Et, finalement, est-il possible d’empêcher le futur d’avoir lieu ? Peut-on mener une « guerre contre le temps » ? C’est là toute la question de la liberté humaine ou de la fatalité qui s’inscrit.

Enquête intemporelle

Si le thème du voyage dans le temps devient presque mineur, la narration ne se prive cependant pas de jouer habilement sur les différentes temporalités. Dans cette saison 2, les multiples époques où se déroule l’action, depuis 1920 jusqu’en 2020, en passant pas les années 50 et 80, s’entremêlent de façon remarquable, au point qu’il ne semble plus y avoir de réelle frontière temporelle. Ainsi une enquête commencée en 1953 se poursuit en 1986, et même une action débutée en 1920 se termine un siècle plus tard. Le passage d’une époque à l’autre se fait quasiment sans transition (mais sans jamais perdre les spectateurs, grâce à un jeu très habile sur les décors, costumes et personnages) et à un rythme accéléré. Cela donne à la saison un tempo très rapide : on ne s’ennuie pas une seconde. Le mystère est toujours présent, il a juste changé d’objet. Les questions restent nombreuses, et l’émotion est aussi très présente.

Finalement si, avec la saison 2, Dark trouve de nouveaux centres d’intérêt, les procédés d’écriture restent les mêmes, et la qualité est identique. Cette saison est cependant plus mouvementée que la première, puisqu’il est désormais temps de passer à l’action.

La série est annoncée comme étant une trilogie : la troisième (et a priori ultime) saison est annoncée courant 2020. L’année de l’Apocalypse.

Dark saison 2 : bande annonce

Dark saison 2 : fiche technique

Création et réalisation : Baran bo Odar
Scénario : Baran bo Odar, Jantje Friese, Martin Behnke…
Interprétation : Louis Hofmann (Jonas adolescent), Andreas Pietschmann (Jonas adulte), Christian Pätzold (Egon Tiedemann âgé), Mark Waschke (Noah), Lisa Vicari (Martha)…
Musique : Ben Frost
Photographie : Nikolaus Summerer
Production : Max Wiedermann, Baran bo Odar, Quirin Berg
Société de production : Netflix, W&B télévision
Société de distribution : Netflix
Nombre d’épisodes : 8
Durée d’un épisode : entre 55 et 60 minutes
Date de diffusion : 21 juin 2019

Allemagne – 2019

Note des lecteurs2 Notes
4

Champs Elysées Film Festival 2019 : Her Smell, l’incandescence d’une grande œuvre

0

Her Smell, l’effluve du succès et de ses retombées.

« Je ne veux pas abandonner, je veux juste avoir le contrôle. »

Les cigarettes n’ont pas le temps de se consumer, les guitares pas le temps de jouer, les enfants pas le temps d’être portés…

Her Smell est un film de loges. Tout s’y passe, non pas à l’abri de la scène, mais dans son ombre. Les rockstars elles-mêmes n’y font parler que leur ombre, que leurs excès. En naît un vacarme assourdissant, plus fracassant que le plus grand des hits. Plus inquiétant aussi, bien plus…

Becky se voudrait (seule) reine en son royaume. Becky hurle sa peur profonde en invoquant des chamans imaginaires. Becky gesticule, s’attaque à ceux qui osent se trouver sur sa route et habille ses joues de paillettes pour ne jamais avoir affaire à son propre reflet. Celui d’une épave, triste à pleurer et seule… Si seule. Seule de ne jamais « vouloir » se raccrocher à personne, seule de chanter pour elle-même, seule de privilégier le conflit facile et artificiel, au dialogue profond et rassérénant.

Le long métrage est si grand, si intense, qu’il fait partie de ceux où l’idée de quitter la salle traverse l’esprit tant la rétine et les tympans sont sollicités, tant on se dit qu’on est trop petits pour en absorber la grandeur en un shot.

La caméra de Ross Perry danse au milieu du chaos, alternant plans longs et montage survitaminé, dans un trip coloré, ultra Rock et toujours minutieusement chorégraphié. On sent une véritable envie de théâtre filmé, de répétition hallucinée où les paillettes camouflent l’obscurité des coulisses, l’obscurité de l’âme artistique à la fois torturée et tortionnaire.

La folie furieuse déployée par l’auteur tient en une poignée de séquences (5 ?), elle-même divisible en deux actes que l’on pourrait ainsi nommer : « La Chute » et « Un début de Renaissance ». Si l’un est un cauchemar éprouvant, l’autre développe le pourquoi et expulse les émotions d’un être en perdition qui n’a jamais appris à se sauver lui-même. Si cette seconde réflexion se révèle moins novatrice, on ne peut nier qu’elle était nécessaire et infiniment complémentaire à la première. En ressort une hétérogénéité qui a la richesse et la patience d’interroger la durée plutôt que de livrer une « simple » expérience organique.

Parler du génie du film ne peut se faire sans parler du génie d’une interprète qui devient monstre de talent à la première vision. Un monstre dont la voix oscille entre fêlures intimes et cris de façade. Il suffit, au détour d’une première séquence, de voir les attitudes soigneusement choisies et décortiquées par Moss pour comprendre la véracité qui se joue là. Il suffit de l’entendre fredonner pour croire instantanément, à la fois en Becky Something, et au don d’actrice d’une femme qui sait qu’elle n’a que deux heures pour briller cette fois-là, et qu’elle n’en gaspillera aucune seconde.

Her Smell est un concert qui se vit au premier rang de la fosse pleine à craquer, au plus près de la sueur, de la voix, de l’odeur et des failles extraverties de son héroïne. Si les enceintes vous font peur, c’est que vous n’avez pas encore goûté à la guitare saturée de Ross Perry et de son inoubliable Becky.

Synopsis : Becky Something est une superstar du rock des années 90 qui a rempli des stades avec son girls band : Something She. Quand ses excès font dérailler la tournée nationale du groupe, Becky est obligée de compter avec son passé tout en recherchant l’inspiration qui les a conduites au succès.

Her Smell : Bande Annonce

Her Smell, un film de Alex Ross Perry
Avec Elisabeth Moss, Cara Delevingne, Dan Stevens, Amber Heard
Genre : Drame
Durée : 2h15
Distribution : Potemkine Films
ETATS UNIS

 

Attaque à Mumbai, film mémoriel d’Anthony Maras

Tourné pour commémorer le dixième anniversaire des attaques terroristes de 2008, Attaque à Mumbai (Hotel Mumbai en VO) d’Anthony Maras sort en VOD jeudi 4 juillet 2019.

Le 23 novembre 2008, une dizaine de terroristes attaquent de façon organisée une douzaine de lieux ciblés de Mumbai, ex-Bombay, la capitale économique de l’Inde. Le film d’Anthony Maras se concentre sur l’attaque qui eut lieu à l’hôtel Taj Mahal, dans lequel ont pénétré quatre agresseurs qui ont pris en otage une dizaine de touristes. Les images de l’hôtel en flammes avaient profondément choqué la population indienne (et hors du pays également), tant le bâtiment est un des symboles de la ville.

Le choix du cinéaste australien Anthony Maras, qui co-scénarise et réalise le film, s’avère payant, bien que Attaque à Mumbai soit son premier long métrage. Le réalisateur s’était fait remarquer avec un court métrage multi-primé, The Palace, qui attaquait de front une autre situation compliquée, celle de Chypre. Dans Attaque à Mumbai, le cinéaste parvient à trouver la juste balance entre film d’action et drame. Mais ce qui frappe le plus, c’est le choix de se référer surtout au film catastrophe. Les clients et le personnel de l’hôtel sont confrontés à un danger permanent et imprévisible qui semble surgir de partout et se cacher derrière chaque porte. Les survivants, quant à eux, doivent agir pour se protéger du danger et trouver le moyen de survivre  en attendant l’arrivée de secours.

Sur cet aspect, le film voile à peine une certaine critique envers l’administration indienne. Ainsi, une ville aussi importante (démographiquement mais aussi économiquement) que Mumbai n’a pas de forces spéciales qui pourraient agir en cas de problèmes graves. Les unités doivent venir de la capitale, New Delhi. A la place, les autorités de Mumbai envoient… de simples policiers.

Une autre des intelligences de Attaque à Mumbai réside dans le refus de juger les personnages. Ainsi, les terroristes apparaissent avant tout comme des jeunes manipulés par un dirigeant extérieur dont on ne saura rien. Une scène est très significative : un des attaquants, Imran, téléphone à son père et tente de lui cacher ses larmes pour ne pas gâcher la fierté ressentie par ses parents. On comprend que c’est avant tout pour une question d’argent que le jeune homme s’est lancé dans cette attaque : parce qu’on lui avait promis d’envoyer une somme importante à sa famille, que l’on devine d’une grande pauvreté.

Anthony Maras n’hésite pas, d’ailleurs, à évoquer les fortes disparités sociales qui façonnent la ville. La caméra plonge aussi bien dans les quartiers pauvres que dans cet hôtel de luxe où se déroulera le film, et dont on voit, au début, le fonctionnement rigoureux. Mais cette opposition va finalement s’effondrer face au choc des attaques : c’est une union qui se crée, quel que soit le milieu social, quelle que soit la nationalité.

Le travail sur la reconstitution est remarquable. Parfois, il est impossible de faire la distinction entre les images d’archives et les plans du film. De ce fait, nous sommes totalement immergés dans l’action, et l’intensité émotionnelle n’en est que plus forte. Anthony Maras sait donner à Attaque à Mumbai tout ce qu’il faut pour en faire à la fois un bon divertissement et un film émouvant. Le rythme est soutenu et, si le film n’échappe pas toujours au pathos, celui-ci est cependant parfaitement calibré et compréhensible dans une telle situation.

Précisons quand même que certaines scènes sont plutôt brutales et que le film ne peut être conseillé pour tout public. Mais l’ensemble est une réussite, et Anthony Maras trouve sa place dans la liste des réalisateurs à suivre.

Attaque à Mumbai : bande annonce

Attaque à Mumbai : fiche technique

Titre original : Hotel Mumbai
Réalisation : Anthony Maras
Scénario : Anthony Maras, John Collee
Interprétation : Dev Patel (Arjun), Nazanin Boniadi (Zahra), Amandeep Singh (Imran), Tilda Cobham-Hervey (Sally), Jason Isaacs (Vasili), Armie Hammer (David)
Photographie : Nick Remy Matthews
Montage : Anthony Maras, Peter McNulty
Musique : Volker Bertelmann
Producteurs : Mike Gabrawy, Gary Hamilton, Basil Iwanyk, Andrew Ogilvie, Julie Ryan
Société de production : Hamilton and Electric pictures production, Screen Australia, Cyan Films, Screen West…
Société de distribution : TF1 Film video, DarkStar
Genre : drame
Durée : 117 minutes
Date de sortie vod : 04 juillet 2019

Australie – Inde – 2018

Consequences : Portrait d’un jeune homme en feu

« La société slovène n’est pas prête pour ce genre de film ». Darko Stante, 44 ans, signe avec Consequences, un premier film sur une jeunesse slovène troublée, en quête de repères. Parti-pris délicat, où violence et désirs s’embrasent mutuellement.

Une affaire de conséquences : du passé, des actes, des erreurs. Et Consequences c’est l’histoire d’Andrej, un jeune délinquant placé dans un centre de détention pour mineurs. Une colère l’anime doublée d’un sentiment d’incompréhension du monde des adultes. Ce sera l’heure des mises à l’épreuve, des bizutages, des chantages, des apprivoisements et des acceptations. Affronter un monde régi par ses codes et son langage. Andrej fera la rencontre de Zelko, un chef de gang qui va venir tout chambouler et bouleverser son rapport à la violence et au désir…

La Slovénie garde encore les séquelles de l’après-guerre en matière institutionnelle. La plupart des centres de détention sont restés bloqués dans les années 70, ayant des conséquences sur le système éducatif où l’on est passé d’un autoritarisme de circonstance à une forme de laxisme. Et les bouleversements sociétaux à l’œuvre en Slovénie compliquent considérablement le travail des éducateurs, qui ne s’adaptent plus au problème de cette jeunesse slovène en pleine mutation, et deviennent semblables aux parents de ces jeunes : agressifs et désabusés.

Un travail de fond que Darko Stante a pu observer de près puisqu’il a lui-même travaillé en tant qu’éducateur dans des centres de redressement pour jeunes. L’envie de raconter ces histoires et notamment celle d’Andrej est venue notamment de là.

« J’ai été inspiré par la vie quotidienne et les conversations de ces jeunes dont j’ai pu être témoin. Je me suis toujours interrogé sur l’approche pédagogique de ces centres qui ne prenaient pas en considération la détresse émotionnelle des garçons qu’ils accueillaient. » Darko Stante

Un cinéma-vérité que le cinéaste slovène filme avec un ton très juste autant par les situations que les interprétations – convaincant Matej Zemljic. Cette plongée dans le système éducatif slovène prend la forme d’un récit initiatique sur une jeunesse délinquante en manque de cadre. Elle affronte la violence d’un monde qui les a abandonnés. Ces abîmés de la vie, qui se confrontent perpétuellement à l’autorité, permettent donc au cinéaste d’illustrer les carences éducatives de son pays. La mise en scène est de circonstance : caméra portée, brutale et proche des corps. Une manière de faire ressentir le réel avec plus d’intensité. Un parti pris filmique qui s’adapte parfaitement lorsque l’on s’approche de la question du désir.

Consequences est donc un film sur les corps, la violence et l’homosexualité et interroge le rapport à la masculinité dans un milieu exclusivement composé d’hommes. Mais le film aborde également la question de l’utilisation des réseaux sociaux à des fins nocives et comment il change le rapport aux autres. Il y est question de manipulation et d’humiliation.

Un premier long métrage qui semble toutefois trop calqué sur son sujet et nous emmène sur des sentiers de multiples fois battus. Le film souffre de la comparaison avec ses prédécesseurs sur les mêmes thématiques. Les mécanismes narratifs, scénaristiques et filmiques restent les mêmes et à aucun moment le film ne sort de sa feuille de route. Il y a quelque chose de scolaire et de déjà-vu qui se dégage de l’écriture. Une prévisibilité qui reste son principal défaut.

Cependant, il ne faut pas s’y méprendre, un film de l’acabit de Consequences qui sort aujourd’hui en Slovénie relève d’une véritable utilité politique et sociale. Parce qu’il aborde frontalement la question de l’homosexualité et des failles éducatives, dans un pays et une société qui n’a toujours pas affronté ces problématiques. L’existence d’un film comme celui-ci ne peut être qu’une bonne nouvelle. Un coup d’essai prometteur à défaut d’être abouti.

Synopsis : Andrej, un jeune délinquant, est placé dans un centre de détention pour mineurs. Il y fait la rencontre de Zelko, un chef de gang pour qui il voue une véritable fascination. Conscient de l’emprise qu’il exerce sur Andrej, Zelko le pousse à commettre des délits de plus en plus graves qui pourraient avoir des conséquences irréversibles… 

Consequences – Fiche technique

Scénario et réalisation: Darko Štante
Avec Matej Zemljic, Timon Sturbej, Gasper Markun, Lovro Zafred, Lea Bok, Rosana Hribar, Dejan Spasic, Blaz Setnikar, Iztok Drabik Jug, Matjaz Pikalo, Igor Matijevic, Urban Kuntaric, Dominik Vodopivec..
Image: Rok Kajzer Nagode
Son: Julij Zornik
Décors: Špela Kropušek
Musique : Vladimir « Doša » Kosovič
Montage: Sara Gjergek
Distribution: Epicentre Films

 

Note des lecteurs0 Note
3

Une aventure de Blake et Mortimer : Le Dernier Pharaon, BD dessinée par François Schuiten

0

Mais qui est ce Dernier Pharaon annoncé dans le titre de cette nouvelle aventure de la série Blake et Mortimer, dessinée cette fois par François Schuiten ? Professeur Mortimer, dans la Palais de Justice de Bruxelles comme dans la Grande Pyramide, rappelez-vous : Par Horus, demeure !

Dans le domaine du neuvième art (la BD en général), la série Blake et Mortimer tient une place de choix parmi les grands classiques. Les premières planches du Secret de l’Espadon paraissent dans Le Journal de Tintin le 26 septembre 1946. Une aventure qui paraît en albums à partir de 1950, selon deux versions successives, la première en deux albums, la seconde en trois. L’intérêt de la seconde version tient au fait que le nombre de pages permet de proposer davantage de dessins pleine page. Or, le dessin de l’auteur, Edgar P. Jacobs, tient une part essentielle dans l’impact de la série. Adepte de la ligne claire, Jacobs lui ajoute quelques titres de gloire issus de son imaginaire et de sa personnalité. La série Blake et Mortimer se caractérise par la complicité entre les deux personnages, une atmosphère très réaliste, des dessins propres à marquer les esprits, beaucoup de texte pour commenter l’action, de nombreux rebondissements, l’utilisation d’une technologie sophistiquée menant à quelques intrigues de science-fiction et un goût prononcé pour un fantastique nimbé d’ésotérisme.

Ce goût éclate littéralement dans Le mystère de la grande pyramide qui nous entraîne en Égypte (héritière d’une civilisation fascinante). Dans ce diptyque, Jacobs combine à merveille une atmosphère mystérieuse avec une intrigue puissante et des personnages qui se révèlent progressivement. Le tout est magnifié par quelques dessins qui marquent les esprits. Remarque au passage, si vous envisagez de parler de la série faites bien attention à ne pas vous emmêler les pinceaux : dire « Le mystère de l’Espadon » et « Le secret de la grande pyramide » serait du plus mauvais effet.

Tout cela pour dire qu’après la mort d’Edgar P. Jacobs, la série fut reprise avec des fortunes diverses. Si Bob de Moor s’en tira bien pour finir Les 3 formules du Professeur Sato, le reste ne dépassa jamais le stade de l’imitation. Comme quoi, Edgar P. Jacobs avait sa manière bien personnelle, la marque (jaune ?) d’un véritable artiste.

Nouvel opus, avec Le Dernier Pharaon, cette fois dessinée par François Schuiten, coauteur avec son complice Benoît Peeters de la série Les cités obscures.

Même un peu vieillis, on reconnaît Francis Blake et Philip Mortimer. La vraie bizarrerie, c’est que pour un lecteur attentif, à force de voir les personnages dessinés sous toutes les coutures, dans la tête, on se les représente comme de vraies personnes : on peut les reconnaître à leurs silhouettes, leurs attitudes, leurs traits, etc. Bref, ici le compte n’y est pas vraiment (il faut attendre l’avant-dernière planche pour retrouver Blake et Mortimer dans un tête-à-tête convaincant question visages). Pourtant, paradoxalement, je dirais que ce n’est pas une mauvaise chose. Cela veut dire que le dessinateur n’a pas cherché à se fondre dans un moule. Lui aussi connaît très bien les personnages et il nous montre qu’il se les approprie avec sa personnalité et sa technique. S’il s’agit donc bien ici d’un nouveau Blake et Mortimer, il s’agit aussi du nouvel album dessiné par François Schuiten. Pour le scénario, le dessinateur a travaillé avec Jaco Van Dormael (réalisateur notamment du film Le huitième jour) et l’écrivain Thomas Gunzig. Quant aux couleurs (irréprochables), elles sont signées Laurent Durieux.

Pour les dessins, François Schuiten fait avec son style habituel, se montrant à mon avis encore une fois plus à l’aise pour tous les décors que pour les personnages. Ici, il se régale en utilisant le Palais de Justice de Bruxelles (lieu que Jacobs envisageait pour un album de la série), comme théâtre central de l’intrigue. De bonne facture générale, l’album compte 91 pages, sans aucun dessin pleine planche, malgré quelques-uns qui font leur effet. Disons-le quand même, aucun dessin propre à marquer les esprits à l’image des aventures imaginées par Edgar P. Jacobs.

Le scénario est le point le plus délicat à mon avis. Une nouvelle fois, Mortimer va tenter l’impossible pour sauver le monde. L’essentiel se passe dans une ville de Bruxelles isolée à cause d’une sorte de radiation émise depuis le Palais de Justice (justice divine ?). Les auteurs se gardent bien de préciser la nature de cette radiation, mais la situation de Bruxelles rappelle beaucoup le confinement de Tchernobyl, la ville et sa région. Certains points laissent franchement perplexe, notamment la façon (irresponsable et dangereuse), dont des scientifiques et des politiciens envisagent de s’attaquer à cette perturbation. Et la façon dont Mortimer intervient me laisse également pantois : il agit oui, mais en se demandant juste s’il va réussir à enclencher un dispositif préexistant. Il fait surtout confiance à son intuition.

En tout début d’album, François Schuiten annonce : « Le Mystère de la Grande Pyramide n’avait jamais été complètement éclairci, Le Dernier Pharaon jettera peut-être une nouvelle lumière sur cette aventure… » Il ne s’agit pas là d’une parole en l’air destinée à appâter le potentiel lecteur. Et il suffit de quelques souvenirs de lecture pour comprendre le lien avec l’album cité.

Autre point très positif, la conclusion à laquelle arrive Mortimer : une hypothèse sur l’avenir du monde qui va dans le sens de ceux qui considèrent que l’humanité court à la catastrophe. Faut-il redouter des conséquences dramatiques ou bien espérer un retour à une ambiance plus saine ? Dans ce sens-là également, les auteurs s’approprient les personnages et la série avec une certaine réussite : ils n’en font pas n’importe quoi. Pas de personnage à tendance mégalomaniaque ici, plutôt des gardiens du temple.

Le bédéphile note un clin d’œil à Edgar P. Jacobs avec la diffusion d’un air d’opéra (référence à l’autre passion du dessinateur), des liens avec Le Mystère de la Grande Pyramide (et la figure marquante du cheikh Abdel Razek) et des allusions au Piège diabolique. Aussi : la cage de Faraday autour du bâtiment du Palais de Justice rappelle le réseau de La fièvre d’Urbicande. On observe aussi une locomotive qui ressemble à celle de La Douce (2012). De manière générale, la parenté avec l’univers de la série des Cités obscures saute aux yeux. L’ensemble est assez réussi, malgré quelques détails de situation qui laissent perplexe : descente dans un escalier à vis (page 9) et chute de Mortimer stoppée comme par enchantement (page 73). A noter l’intervention, brève mais déterminante, d’un personnage féminin et l’interaction avec l’univers des rêves pour mener Mortimer vers la clé (des songes).

Sans se présenter comme un indispensable, cet album de qualité s’apprécie en dépit de quelques faiblesses.

Parution : 29 mai 2019
Editeur : Dargaud (Blake et Mortimer : collection Autour de Blake et Mortimer)
91 pages (85 planches) couleurs (quadrichromie)
31 x 23,7 cm
ISBN : 978-2870972809