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Le Désert des Tartares (1976) de Valerio Zurlini : l’armée des ombres

Ultime opus du cinéaste italien Valerio Zurlini, Le Désert des Tartares remporte haut la main son pari pourtant impossible : adapter le chef-d’œuvre de Dino Buzzati, publié près de quarante ans plus tôt. Un casting international trois étoiles, un décor unique au monde et la musique du maître Morricone sont mis au service de cette fable ascétique sur la vanité humaine, poussée jusqu’à une cruelle absurdité.

Un bien joli chant du cygne

Publié en 1940 (dans sa version originale), Il deserto dei Tartari a pour thèmes l’absurdité de la guerre et la fuite du temps – sujets ô combien contemporains, dans une Italie qui vient de s’engager comme un funambule dans la Seconde Guerre mondiale. Dino Buzzati était d’ailleurs à l’époque correspondant de guerre pour Il Corriere della Sera, activité qui lui inspirera le thème du livre. Ce dernier a pour héros Giovanni Drogo, un jeune lieutenant fraîchement promu de l’école de guerre. Sa première affectation exauce un vieux rêve : il est envoyé au fort Bastiani, complètement isolé à la frontière nord du pays. Le fort jouit d’une réputation enviable pour qui veut monter en grade rapidement, car il est supposé protéger l’Empire des invasions qui, depuis des temps immémoriaux, sont passées par là. Sa fascination pour la magie des lieux va toutefois être mise à rude épreuve. Dans le microcosme très fermé du fort, perdu dans un désert sans fin, toute la garnison ne pense en effet qu’à une chose : éprouver son courage au contact de barbares fantasmés… qui ne viendront jamais.

L’adaptation cinématographique du roman est réalisée par Valerio Zurlini, un metteur en scène précieux mais rare, car il n’a signé que neuf longs-métrages – et encore, n’a-t-il repris l’un d’entre eux, Quand, comment et avec qui ? (1969), qu’à la mort d’Antonio Pietrangeli. En 1976, Zurlini n’a plus réalisé de films depuis quatre ans. Le dernier, Le Professeur (La prima notte di quiete), n’a rencontré qu’un succès modeste, et la confrontation avec sa star, Alain Delon, a éreinté le cinéaste. Souffrant de dépression et en proie à la boisson, Zurlini fut épaulé par Christian de Chalonge sur Le Désert des Tartares, le Français occupant même le poste du maître lorsque celui-ci fut hospitalisé en plein tournage. À vrai dire, sans l’aide du comédien Jacques Perrin, coproducteur du film et qui admirait beaucoup Zurlini après avoir déjà tourné dans deux de ses réalisations précédentes (La Fille à la valise en 1960 et Journal intime en 1962), le film n’aurait sans doute jamais vu le jour. Le Désert des Tartares fut la dernière réalisation de l’Italien.

Malgré des bases fragiles, le film constitue pourtant un splendide chant du cygne ! Cette coproduction franco-germano-italienne bénéficia en effet du talent d’une équipe haut de gamme. Le casting, tout d’abord, voit se bousculer notamment Jacques Perrin, Vittorio Gassman, Philippe Noiret, Jean-Louis Trintignant et Max von Sydow : excusez du peu ! Non seulement ces “poids lourds” livrent tous une prestation parfaite, mais ils sont en outre rejoints par d’authentiques surprises. Il en va ainsi de Giuliano Gemma, modeste star de péplums et westerns spaghettis de série B, qui trouve dans le terriblement orgueilleux major Mattis le rôle le plus emblématique de sa carrière. Ou encore de l’Allemand Helmut Griem, du Français Laurent Terzieff et de l’Espagnol Francisco Rabal, qui complètent une distribution qui ne souffre pas de son hétérogénéité internationale… ni de la postsynchronisation habituelle aux films italiens. La bande originale est quant à elle signée du maestro Ennio Morricone. Son thème entêtant, dominé par les cuivres (notamment des buccins), traduit le climat d’attente et d’angoisse qui règne au sein du fort, et il opère en outre des liens subtils avec l’œuvre de Buzzati.

Huis clos au cœur d’espaces infinis

Comme si tout cela ne suffisait pas, la réussite du film doit beaucoup à son style visuel, influencé par l’œuvre de De Chirico, confié au directeur de la photographie italien Luciano Tovoli, qui approche aujourd’hui des 90 ans et qui collabora avec un florilège de grands artistes transalpins (Corbucci, Antonioni, Risi, Comencini… et même Nanni Moretti et Dario Argento !) et français (Pialat, Molinaro, Veber, Deray, Schroeder…). L’atout maître de ce style est le décor principal spectaculaire du film : la citadelle de Bam, le plus grand ensemble construit en adobe du monde, situé dans le sud-est de l’Iran. Située sur la Route de la soie, elle fut construite au Ve siècle avant Jésus-Christ. Il est à noter que ce magnifique patrimoine a été détruit à 80 % par un tremblement de terre survenu en décembre 2003, un événement tragique qui résonne curieusement avec le thème du film, comme si toute trace de la vanité et des rêves de grandeur des hommes était destinée à disparaître, tôt ou tard. La splendeur visuelle du film fait penser à son grand aîné, Lawrence d’Arabie (David Lean, 1962), même si Tovoli ménage dans Le Désert des Tartares un ingénieux aller-retour entre les plans larges monumentaux et les scènes d’intérieur dépouillées, soulignant encore l’impression de solitude et d’insignifiance des personnages dans un paysage du bout du monde. Enfin, dans cet alignement des astres, on s’en voudrait de ne pas mentionner le scénario d’André-Georges Brunelin, qui réussit l’exploit d’adapter un roman que l’on croyait inadaptable, et sur lequel des visionnaires comme Antonioni, Visconti et Lean s’étaient déjà cassé les dents !

Pourquoi « inadaptable » ? Tout simplement parce que traduire en images une œuvre dans laquelle règnent l’ennui et l’attente est ce qu’on peut appeler un sacré défi. Or Zurlini et son scénariste ont précisément réussi à donner corps à cette atmosphère particulière. Les premières images du film donnent le ton : une chambre poussiéreuse, un uniforme impeccable posé sur un meuble, des portraits d’officiers et de promotions militaires côtoient des peintures liturgiques. Subtilement, le fait militaire renvoie à un cadre figé, une tradition rigide et comme hors du temps. Dans cette véritable « nature morte » dort pourtant Drogo, symbole des rêves de la jeunesse et des horizons infinis. En enfilant son uniforme, il revêt volontairement les oripeaux d’un monde qui va l’engloutir. Ce que viennent confirmer les adieux sans larmes à sa fiancée.

Une fois arrivé au fort Bastiani, Drogo, comme le spectateur, est d’abord frappé par la magnificence du décor et la fière allure qu’arbore l’ouvrage militaire. Ce dernier révèle pourtant rapidement sa vraie nature : l’imposante forteresse est entourée de ruines antiques et de tombes militaires marquées par des fusils et des sabres plantés dans le sable. L’environnement humain produit exactement le même effet. La garnison se gargarise en effet de ses propres traditions et codes, qui servent de palliatif à l’action, cruellement absente. La pompe des rituels militaires est écrasante : en l’accueillant, le major Mattis affirme que la forteresse est considérée par l’empereur lui-même comme “la sentinelle la plus aristocratique de la couronne”, formule ô combien creuse et boursouflée. Les uniformes sont impeccables, les rituels hyper codifiés (y compris dans le mess des officiers, organisé dans un faste et avec des manières d’un autre temps). Dans un rôle initial de spectateur externe, Drogo constate que cela fait des années que la garnison se prépare à une invasion, améliorant ses propres statistiques (comme celle consistant à chronométrer la vitesse à laquelle les différentes positions peuvent être préparées à faire feu). Elle évolue comme dans un bocal isolé du reste du monde, dans tous les sens du terme. Chaque personnage semble déterminé à jouer stoïquement son rôle : du lieutenant-colonel mutique et engoncé dans un corset (Fernando Rey), sorte de statue du Commandeur car c’est le seul homme à avoir connu le feu ; le colonel Filimore (Vittorio Gassman), qui domine ses hommes comme un prince désillusionné ; le major Mattis (Gemma), qui brandit une rigidité absurde (et dangereuse) et une quête incessante de gloire comme bouclier protégeant une virilité contrariée ; von Hamerling (Laurent Terzieff), prêt à sacrifier sa vie pour un motif insondable ; le médecin-major Rovine (Jean-Louis Trintignant), qui ne voit pas que le ver est dans le fruit et estime que c’est dans les murs du fort que réside l’origine du mal qui ronge les hommes.

Une frontière morte et une fierté agonisante

Ce microcosme militaire est ainsi caractérisé par son attente vaine d’une reconnaissance et d’une grande bataille finale et héroïque. Les arcanes kafkaïens et rigides de l’armée sont également moqués, par exemple lors de la séquence où Drogo, de retour en ville, se voit refuser une autre affectation car son certificat médical est trop ancien et il n’a pas fait de demande réglementaire de mutation. De manière plus universelle, le récit est celui de “l’occasion manquée” dans la vie et la quête d’absolu, du sens que l’Homme veut donner à sa vie en réalisant quelque chose d’important. Étant donné que l’occasion de se mesurer à l’ennemi ne se présente jamais, la garnison est dévorée par la frustration et l’attente, au point d’en devenir littéralement malade ou folle. Le fort est devenu un terrain de jeu pour tous ceux qui brillent à se faire mousser, à jouer à se faire peur et à affabuler… avant que la désillusion ne les rattrape. Les rumeurs et légendes vont bon train, les exercices et manœuvres s’enchaînent sans but. C’est pourtant le capitaine Ortiz (Max von Sydow) qui a parfaitement tout résumé dès l’arrivée de Drogo : il décrit le fort comme une “frontière morte”, qui “ne donne sur rien, absolument sur rien, le Désert des Tartares”, ces envahisseurs qui seraient passés par là il y a très longtemps. “Ce n’est peut-être qu’une légende”, conclut-il…

Finalement, Drogo lui-même se laisse engloutir, tant physiquement que psychiquement, par le mal qui grignote (et tue) la garnison. Les lumières aperçues dans le désert ne peuvent qu’annoncer une attaque prochaine, il en convainc son camarade Simeon (Helmut Griem). Ce dernier ne veut pas rapporter trop tôt les fameuses lumières, car le fort subit une réduction d’effectifs et Siméon veut partager la gloire (chimérique, bien entendu) d’une potentielle attaque avec le moins de camarades possible ! Et les deux hommes de se lancer dans des théories ridicules, animés par l’excitation des enfants. Ortiz est le seul qui, dans ses nouvelles responsabilités de commandant de la forteresse, redevient lucide, mais le film entretient néanmoins le doute entre réalité et fiction : si Ortiz déclare ne pas voir les lumières, est-ce la confirmation que ses deux subalternes ont rêvé, ou de sa propre incapacité à admettre la réalité, lui qui est proche de quitter la forteresse ? En partant, il révèle connaître la réalité de la piste depuis le début, mais avoir reçu l’ordre de ne rien faire. Face au vide sidéral de son existence, il ne lui reste plus qu’à se suicider…

Alors que Drogo, physiquement diminué, est évacué, la dernière image des soldats attendant l’assaut sème encore le doute : le spectateur entend certes des bruits de sabots et croit apercevoir une troupe à l’horizon, mais tout cela n’est-il pas qu’un vulgaire mirage, une vue de l’esprit ? Quant à Drogo, meurt-il alors qu’il a à peine quitté l’enceinte de la forteresse ? Il serait alors enterré parmi les siens, dans ce sable que ne fouleront jamais les hordes barbares. Entouré de ses camarades, morts d’ennui et d’orgueil.

Synopsis : Le jeune lieutenant Drogo est affecté à la défense d’une forteresse isolée dans une contrée désertique montagneuse. La garnison est chargée de parer à l’éventuelle attaque des terribles Tartares. C’est le temps qui va se révéler être le pire ennemi des hommes du fort, minant leur vie dans une attente interminable sans que les fameux Tartares se manifestent la moindre fois. 

Le Désert des Tartares : Bande-annonce

Le Désert des Tartares : Fiche technique

Titre original : Il deserto dei Tartari
Réalisateur : Valerio Zurlini
Scénario : André-Georges Brunelin (d’après le roman du même nom de Dino Buzzati, 1940)
Interprétation : Jacques Perrin (lieutenant Drogo), Vittorio Gassman (colonel Filimore), Giuliano Gemma (major Mattis), Max von Sydow (capitaine Ortiz), Helmut Griem (lieutenant Simeon), Philippe Noiret (le général), Francisco Rabal (maréchal des logis Tronk), Fernando Rey (lieutenant-colonel Nathanson), Laurent Terzieff (von Hamerling), Jean-Louis Trintignant (médecin-major Rovine)
Photographie : Luciano Tovoli
Montage : Franco Arcalli et Raimondo Crociani
Musique : Ennio Morricone
Producteurs : Jacques Perrin, Bahman Farmanara, Mario Gallo, Enzo Giulioli et Giorgio Silvagni
Sociétés de production : Cinema Due, Fildebroc, Les Films de l’Astrophore, France 3 Cinéma, Galatée Films, Corona Filmproduktion et FIDCI
Durée : 138 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 12 janvier 1977
France/Allemagne/Italie – 1976

Once upon a time in Gaza : l’Espoir, le Vice et la Trahison

Dans Once Upon a Time in Gaza, les frères jumeaux Arab et Tarzan Nasser livrent une tragi-comédie saisissante où l’absurde du quotidien sous blocus se mêle à une fraternité contrariée. Portés par un imaginaire cinéphile nourri au chaos, ils transforment Gaza en un théâtre surréaliste, où l’art devient un acte de résistance autant qu’un geste de tendresse face à l’enfermement. Une œuvre à la fois intime et politique, entre fable noire et poème visuel.

Et bien que le titre évoque un conte, c’est en réalité une fresque cynique qui se déploie insidieusement. Chaque membre du trio que l’on suit – un vendeur de falafels qui deale des médicaments, un étudiant rêveur et paumé, un policier corrompu – est peu à peu confronté à la réalité brutale de Gaza, ce territoire qui est à la fois leur foyer, leur prison et leur tombeau. Victimes collatérales d’une crise politique qu’ils ne maîtrisent pas, ils cherchent à arracher un semblant de liberté.

Osama croit la trouver en se réfugiant dans ses magouilles, dissimulées derrière la façade d’un modeste restaurant. Abou Sami, lui, jalouse cette liberté illusoire, frustré de stagner dans une police où les grades se méritent plus par allégeance que par compétence. Seul Yahya, jeune étudiant en économie séparé de sa famille restée en Cisjordanie, conserve une certaine innocence. Il tente d’abord d’échapper à son sort, avant de le subir, puis de l’accepter en rejoignant Osama dans ses combines.

Bons baisers de Gaza

La relation entre Osama et Yahya constitue l’un des points forts du récit, à l’image des films précédents des frères Nasser. Leur premier long-métrage, Dégradé, parfois trop bavard, savait toutefois construire une tension en hors-champ pour dialoguer subtilement avec le conflit israélo-palestinien. Mais c’est avec Gaza mon amour qu’ils ont trouvé un véritable équilibre entre romance, humour, drame social et politique.

Avec Once Upon a Time in Gaza, les Nasser poursuivent leur travail de reconstitution cinématographique de Gaza, souvent tourné dans des camps de réfugiés palestiniens en Jordanie. Moins émotionnelle que leurs précédents films, cette œuvre n’en demeure pas moins profondément mélancolique. C’est là sa plus grande force – récompensée par le Prix de la mise en scène dans la section Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes. Une récompense méritée, même si le contexte politique favorise, à juste titre, la reconnaissance de ce type de cinéma.

Tous les témoignages comptent, qu’ils soient bruts – comme dans les documentaires Voyage à Gaza ou Put Your Soul on Your Hand and Walk – ou romancés, comme Le Chanteur de Gaza. Once Upon a Time in Gaza n’échappe pas à certaines réserves, notamment d’ordre rythmique. Le film change de ton à plusieurs reprises : il commence comme un polar nerveux et spontané, puis s’oriente vers une approche plus distanciée, presque philosophique, après une ellipse de plusieurs années.

On y ressent alors toute la lassitude de Yahya, devenu entre-temps l’égérie d’un film d’action palestinien, symbole de résistance et d’espoir pour un peuple enfermé sous un ciel menaçant. Par petites touches, par des détails égrenés au fil du récit, les Nasser illustrent le contrôle à distance exercé sur les citoyens de Gaza. Plutôt que de montrer la peur de façon frontale, ils choisissent la nuance, notamment lorsque Yahya cède à la vengeance – une manière pour lui de pallier une justice locale défaillante, voire factice, comme celle du film qu’il tourne (ou presque).

Une farce tragique

L’humour n’est jamais loin, même dans les situations les plus tendues. On pense à cette scène cocasse où un Gazaoui joue un soldat ennemi agressant un enfant. Le père de l’enfant, outré par l’intensité de l’interprétation, interrompt la prise pour gronder l’acteur. Cette mise en abyme du tournage devient alors une forme de résistance : recréer, par la fiction, ce que la réalité ne permet plus d’exprimer librement.

Once Upon a Time in Gaza nous rappelle que la situation de Gaza tient de la grande farce – une farce aux conséquences tragiques et bien réelles. Qu’on le veuille ou non, travestir la guerre n’empêche pas qu’on tire à balles réelles. Ce film en apporte une démonstration éclatante, en déployant un langage cinématographique et symbolique autour d’une occupation à la fois discrète et écrasante.

Arab et Tarzan Nasser restent fidèles à leur engagement artistique, réclamant de manière frontale que ce cauchemar cesse enfin. Leur film résonne comme un acte de résistance, mais aussi comme un testament. Il convoque le western spaghetti, le film noir et la comédie satirique, dans un mélange complexe mais cohérent, qui trouve toute sa légitimité à travers sa galerie de personnages à la fois héros, témoins, martyrs et fantômes d’une cité suspendue entre extinction et renaissance.

Once upon a time in Gaza – bande-annonce

Once upon a time in Gaza – fiche technique

Réalisation : Tarzan Nasser, Arab Nasser
Scénario : Tarzan Nasser, Arab Nasser (en collaboration avec Amer Nasser et Marie Legrand)
Interprètes : Is’haq Elias, Nader Abd Alhay, Ramzi Maqdisi, Majd Eid, Said Saada, Hussein Nakhleh, Osama Malhas, Abood Obeid
Photographie : Christophe Graillot
Direction artistique : Colin Robertson
Montage : Sophie Reine
Son : Tim Stephan, Roland Vajs
Musique : Amine Bouhafa
Producteurs : Rashid Abdelhamid, Faris Halaseh, Rani Massalha, Marie Legrand
Sociétés de production : Les Films du Tambour
Sociétés de production : 3B Productions, Made in Palestine Project, Riva Filmproduktion, Ukbar Filmes
Pays de production : France, Palestine, Allemagne, Portugal
Société de distribution France : Dulac distribution
Durée : 1h27
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie au cinéma : 25 juin 2025
Date de sortie DVD : 21 octobre 2025

Les biopics sportifs français à venir en 2025

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Le cinéma français prépare plusieurs projets liés au sport pour 2025. Toutefois, contrairement aux annonces spectaculaires relayées par certains médias, il ne s’agit pas de grandes fresques biographiques comme « Cœur de Fer » ou « Le Dernier Match » (titres inexistants), mais plutôt d’approches hybrides : documentaires, drames inspirés par l’univers sportif ou comédies en marge des compétitions. Ces œuvres chercheront moins à retracer la carrière d’icônes que de proposer une immersion émotionnelle et culturelle dans l’environnement du sport.

Dans ce contexte, l’intérêt du public dépasse la simple admiration des héros. La fascination pour les destins sportifs nourrit aussi une dynamique parallèle : le jeu et l’anticipation des résultats. Chercher une place pari sportif fiable devient pour beaucoup une manière de prolonger l’émotion vécue à l’écran, en suivant avec attention les disciplines mises en avant dans ces productions. Les spectateurs veulent non seulement vibrer au cinéma, mais aussi retrouver l’excitation des compétitions réelles à travers les paris sportifs.

Les figures et récits portés à l’écran

En 2025, plusieurs productions françaises et internationales liées au sport occupent l’actualité :

  • Mercato (France, 2025, Tristan Séguéla) : comédie dramatique sur un agent de football dépassé par le marché des transferts. Plus proche de la satire sociale que du biopic, mais profondément ancré dans la culture foot.
  • À bicyclette ! (France, 2025) : road-movie autour d’un voyage en vélo, qui évoque la liberté et l’effort sans être centré sur un champion réel.
  • Tour de France : Au cœur du peloton (Netflix, 2023-2025) : série documentaire qui continue de séduire un public français, confirmant l’intérêt pour le cyclisme vu de l’intérieur.
  • The Match (Corée du Sud, 2025) : biopic sur les maîtres du go sud-coréens Cho Hun-hyun et Lee Chang-ho. Bien que non lié au football français, il témoigne de l’intérêt mondial pour le sport comme matière cinématographique.

Les paris sportifs, lorsqu’ils sont effectués de manière responsable, transforment chaque match en une véritable expérience stratégique. Ils ne se limitent pas au simple spectacle : ils permettent aux passionnés d’analyser les statistiques, de comparer les performances et de mettre à l’épreuve leurs prévisions. Dans ce contexte, premier bet app devient l’outil incontournable pour placer ses mises et prolonger l’émotion du sport en direct. Les supporters y trouvent un moyen concret d’allier leur passion pour le football et l’excitation des paris, que ce soit après un film, un documentaire ou devant un match en direct.

Thématiques et styles narratifs

Chaque projet adopte un angle différent. Même sans biopics français « classiques », les thématiques sportives sont présentes dans plusieurs genres.

Les tendances stylistiques à surveiller :

  • Le réalisme documentaire : Netflix ou Prime multiplient les séries immersives autour des clubs et athlètes.
  • La dramatisation héroïque : films comme Mercato amplifient les enjeux du football pour en faire une comédie sociale et humaine.
  • L’approche intime : certains docs plongent dans la psychologie des athlètes, révélant leurs doutes et sacrifices.
  • La reconstitution : même si aucun projet français 2025 ne met en scène les JO 1992, les archives sportives sont régulièrement utilisées dans les documentaires pour recréer une époque.

Ces styles s’entrelacent, donnant lieu à des productions hybrides qui surprendront le public.

Panorama des projets sportifs 2025

Les spectateurs français auront en 2025 une sélection variée à découvrir. Avant de plonger dans les détails de chaque projet, il est utile de comparer leurs thématiques et disciplines.

Voici un tableau récapitulatif des productions les plus commentées :

Titre du film / série Discipline Particularité annoncée
Mercato (France, 2025) Football Comédie dramatique sur un agent de joueurs, inspirée du marché des transferts
À bicyclette ! (France, 2025) Cyclisme (voyage) Road-movie autour d’un périple à vélo, évoquant l’effort et la liberté
Tour de France : Au cœur du peloton Cyclisme Docu-série Netflix immersive, prolongée en 2025, centrée sur la Grande Boucle
The Match (Corée du Sud, 2025) Jeu de go Biopic asiatique sur deux champions, montrant l’intérêt mondial pour le sport

Ces projets témoignent d’une grande diversité. Chacun met en valeur une facette différente du rapport entre sport et cinéma, de la comédie sociale française au documentaire immersif en passant par le biopic international. Les producteurs espèrent séduire à la fois les passionnés d’histoire sportive et le grand public en quête d’émotions fortes.

Impact culturel et prolongements pour les fans

Même si la France ne sort pas en 2025 de biopic « à l’américaine » sur ses champions, les films et documentaires cités nourrissent une dynamique culturelle forte. Le sport reste un terrain de récit universel, qu’il soit traité par la fiction (Mercato), le voyage initiatique (À bicyclette !) ou l’immersion documentaire (Tour de France).

Les plateformes de diffusion et les réseaux sociaux amplifient cette dynamique. Les spectateurs peuvent comparer leurs impressions, partager des analyses et relier ces histoires à leurs propres expériences sportives. Les discussions sur les forums, souvent liées aussi aux paris sportifs, montrent que l’intérêt pour ces œuvres s’inscrit dans un écosystème élargi où le divertissement se mêle à l’engagement personnel.

Quand le cinéma inspire le terrain

Un projet réussi ne se contente pas de raconter une histoire : il déclenche des vocations et ravive des passions. Voir un agent dépassé dans Mercato ou des cyclistes au cœur de l’effort dans une docu-série peut inspirer à réfléchir différemment sur le rôle du sport dans la société.

Ces films et séries deviennent des catalyseurs d’énergie et de débats. Ils rappellent que derrière chaque image sportive se cachent des sacrifices, des choix difficiles et une détermination inébranlable. Et pour les fans qui souhaitent prolonger cette intensité, suivre les compétitions réelles et s’impliquer dans l’univers des paris sportifs reste une manière moderne d’entretenir le feu de la passion.

Le grand écran comme terrain d’avenir

Le sport au cinéma en 2025 s’annonce comme un rendez-vous majeur, même si les projets français restent plus proches du drame social ou du documentaire que du biopic classique. Entre émotions brutes, innovations visuelles et résonance culturelle, ces œuvres redéfinissent la manière dont une nation raconte ses rapports au sport.

À travers ces récits, le public ne se contente pas de revivre des exploits passés : il les intègre à son présent, les commente et les prolonge dans ses propres pratiques. Le sport ne quitte jamais vraiment l’écran, il trouve simplement de nouveaux terrains pour exister.

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Courts-métrages sportifs français à l’honneur en 2025

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En 2025, les cinéastes français redonnent vie aux courts métrages sur le sport. Ces projets ne traitent pas seulement de la victoire, ils explorent également l’ambition, l’identité et la pression. Les réalisateurs utilisent le sport comme un moyen de raconter des histoires humaines authentiques. Les courts métrages deviennent des expériences modestes mais puissantes qui façonnent l’avenir du cinéma français. Si vous vous intéressez à l’orientation du cinéma français, c’est l’année à suivre de près.

Le retour de l’influence du court métrage

Les courts métrages ont de nouveau un impact important sur le cinéma français en 2025. Autrefois considérés comme de petits projets de formation, ils sont désormais des espaces créatifs où les réalisateurs testent de nouvelles idées et de nouveaux thèmes. Au lieu d’être de simples instantanés, les courts métrages permettent aux cinéastes d’explorer des émotions et des histoires qui semblent brutes et réelles.

Le sport apparaît souvent dans ces courts métrages, non pas pour l’action, mais pour ce qu’il révèle sur les personnes soumises à la pression. Certains d’entre eux explorent aussi la culture du jeu et des casinos, montrant comment la compétition peut prendre plusieurs formes, du sport jusqu’à des jeux Plinko RDC, où le hasard et la stratégie se croisent. Les paris attirent de plus en plus d’utilisateurs grâce à leur simplicité, leur rythme rapide et la possibilité de gagner sans stratégies complexes.

Ce retour en force démontre l’importance durable du format court. De nombreux réalisateurs l’utilisent pour prendre des risques créatifs ou explorer des sujets que les grands studios évitent. Ces productions plus modestes suscitent souvent de grands débats dans le monde du cinéma. À bien des égards, les courts métrages façonnent aujourd’hui l’avenir du cinéma français.

Du court métrage au long métrage – Le cas de Partir un jour

Partir un jour d’Amélie Bonnin prouve qu’un petit projet peut devenir quelque chose de majeur. Ce long métrage prévu pour 2025 est issu de son court métrage primé en 2023, démontrant ainsi qu’une histoire forte peut évoluer vers un succès plus important. L’ascension du film, qui est passé d’une petite idée à une production soutenue par Pathé, souligne le pouvoir des courts métrages dans la création de nouvelles voix dans le cinéma français.

Voici ce qui distingue Partir un jour :

  • Il est passé d’un court métrage indépendant à une comédie musicale produite par un grand studio.
  • Son récit émouvant est resté fort même lorsque l’histoire s’est développée.
  • Cela a montré que les courts métrages peuvent inspirer de grands projets ayant une large portée culturelle.

Le parcours de Partir un jour montre comment les courts métrages peuvent déboucher sur de plus grandes opportunités tout en conservant leur caractère créatif.

L’expansion des récits sportifs

En 2025, le sport dans les films français ne se limite plus aux compétitions. Les réalisateurs utilisent les histoires sportives pour aborder des questions de la vie réelle, notamment le genre, l’argent, le pouvoir et l’identité. Ces histoires empruntent l’approche intimiste et émotionnelle des courts métrages, mais l’élargissent à une plus grande échelle.

On voit aussi grandir l’intérêt pour tout ce qui entoure le sport — son rôle dans la société et la façon dont les gens y participent, y compris à travers les paris sportifs. De plus en plus de fans utilisent Melbet apk, une application facile à comprendre qui permet de parier rapidement et de suivre leurs équipes favorites. Elle rend l’expérience plus interactive et donne aux spectateurs un moyen amusant de vivre chaque match plus intensément.

Rapide et genre sur la piste

Rapide plonge dans l’univers de la Formule 1 en suivant Max, une jeune femme qui tente de réussir dans un sport dominé par les hommes. Son histoire met en lumière les obstacles considérables auxquels les femmes pilotes sont encore confrontées : aucune femme n’a couru en F1 depuis 1976. Plutôt que de se concentrer sur les voitures et la vitesse, le film s’intéresse à ce qu’il faut pour survivre dans un système qui vous est hostile.

Le film est intense et émouvant, sans être tape-à-l’œil. Chaque scène s’articule autour d’une lutte et d’une ambition réelles. Le réalisateur utilise la tension et les détails pour rendre le combat de Max authentique. Rapide est plus qu’un film sur la course automobile, c’est une histoire sur l’égalité et le prix à payer pour réaliser ses rêves.

Mercato et l’éthique du football

Mercato raconte l’histoire d’un agent de football sous pression, qui dispose d’une semaine pour sauver sa carrière avant la fin du mercato. Il ne s’agit pas des joueurs sur le terrain, mais des transactions et du désespoir en coulisses. Le film montre le côté sombre du football moderne : l’argent, le stress et le manque d’éthique dans une industrie qui brasse des milliards de dollars.

Le film reste centré sur les choix humains plutôt que sur le spectacle. Il met en lumière les jeux de pouvoir et les compromis moraux qui se jouent en dehors du terrain. À l’instar de nombreux drames français, il utilise le sport pour explorer les questions sociétales et la cupidité. Mercato prouve que les histoires sportives peuvent être tout aussi puissantes sans qu’un seul but ne soit marqué.

Les courts métrages comme miroirs sociaux

Au Festival de Cannes 2025 et dans d’autres festivals, les courts métrages français utilisent le sport pour explorer les grandes questions de la vie. Fille de l’eau de Sandra Desmazières suit une femme qui a passé sa vie à nager dans la mer, réfléchissant à la jeunesse, à la perte et à la mémoire. L’acte physique de nager devient un symbole discret du temps qui passe et du changement personnel.

Les projets documentaires apportent une autre dimension. Big in Gazi Baba de Pauline Blanchet raconte l’histoire d’une jeune lutteuse originaire de Skopje. Il examine les questions d’identité, de genre et de fierté à travers le prisme du sport. Même s’il se déroule hors de France, il montre comment les cinéastes français utilisent le sport pour relier des histoires personnelles à des thèmes sociaux plus larges.

Un cinéma du mouvement et du sens

Les courts métrages français sur le sport en 2025 ne traitent pas de la victoire, mais plutôt de ce qui pousse les gens à bouger, à rivaliser et à changer. Ils explorent l’ambition, la lutte et l’identité avec honnêteté et concentration. Ces films prouvent que la frontière entre le sport et la narration est plus ténue que jamais. Le cinéma français fait du mouvement lui-même l’un de ses outils les plus puissants.

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Pourquoi, dans le beach-volley, le partenariat est plus important que le talent individuel

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Le beach-volley moderne est un jeu où le succès dépend non seulement de l’habileté d’un seul athlète, mais aussi de la qualité de l’interaction entre les deux joueurs. Le terrain est limité à 16 × 8 m, et les deux joueurs doivent couvrir tout l’espace en agissant de manière synchronisée. Une erreur de coordination ou un déplacement tardif crée immédiatement une zone libre pour l’adversaire. L’entente entre les joueurs fait la différence, surtout lorsqu’on fait un pari sportif Cameroun pour les tous sur une équipe bien rodée.

La particularité de cette discipline réside dans le fait que les joueurs doivent posséder des compétences universelles : les réceptions, les attaques et les blocs sont effectués par les deux joueurs. Ce n’est pas un hasard si les statistiques montrent que les duos performants remportent 70 % des matchs contre des duos avec une « star » très marquée. Dans ce sport, deux bons coéquipiers valent mieux qu’un seul talent — c’est essentiel pour un pari sportif 1xBet Cameroun pour les tous bien placé.

Les mécanismes d’équipe du beach-volley

Le rôle de la confiance et de la compréhension mutuelle au sein du duo est primordial. Les joueurs s’entraînent ensemble plus de 200 heures par mois, travaillant non seulement leurs frappes, mais aussi leurs signaux non verbaux. Chaque mouvement doit être lu instantanément, car la durée moyenne d’un échange n’est que de 6 secondes. Pour suivre les matchs de beach-volley en temps réel, pensez à téléchargez 1xBet application tout de suite et accédez aux paris live.

Pour souligner l’importance de l’interaction au sein de l’équipe, examinons quelques aspects clés exprimés en chiffres :

  • Couvrir le terrain à deux nécessite 8 à 10 sprints de 3 à 5 mètres par échange.
  • Un bloc et une défense coordonnés augmentent les chances de gagner un point de 25 %.
  • Les duos performants ont un taux de synchronisation des passes d’au moins 85 %.
  • Les erreurs de communication rapportent en moyenne 4 à 5 points faciles à l’adversaire par set.

Ainsi, le partenariat transforme l’endurance physique en efficacité. Même un léger manque de coordination peut entraîner la perte du match. Outre la technique et la tactique, le facteur psychologique joue un rôle clé. La pression conjointe sur l’adversaire et la confiance en son partenaire réduisent le niveau de stress. Les joueurs qui se soutiennent mutuellement après des erreurs retrouvent leur concentration 40 % plus rapidement. C’est précisément cet équilibre qui rend les couples champions invincibles. Il suffit de téléchargez application 1xBet tout de suite pour repérer les meilleures cotes en fonction des duos en forme.

Guest Post

FNC Montréal 2025 : Father Mother Sister Brother – Excès de simplicité

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Cinéaste touche-à-tout allant de l’expérimental au drame à Oscars, en passant par le film de genre, Jim Jarmusch fait son grand retour après une demi-douzaine d’années d’absence avec un film en trois segments sur les liens familiaux. Father Mother Sister Brother décortique l’absence de communication, les non-dits et les rapports distants au sein de trois familles différentes. Sans jamais être déplaisant — bien au contraire —, on voit surtout ici un film mineur, où il rameute sa troupe d’acteurs habituels, assortis de nouvelles têtes, pour proposer quelque chose de léger, voire inconséquent. Le casting est royal et, chose étonnante dans ce type de format, les trois segments se valent. Ils sont même complémentaires les uns des autres, entretenant des ponts, des symboles et des récurrences qu’on tente de repérer de manière ludique. Pourtant, en dépit d’une mise en scène relativement inspirée et de dialogues et séquences parfois amusants et bien sentis, voilà une œuvre assez basique, presque simpliste, dont on se demande comment elle a pu obtenir la récompense suprême à Venise.

Synopsis : Father Mother Sister Brother est un long-métrage de fiction en forme de triptyque. Trois histoires qui parlent des relations entre des enfants adultes et leur(s) parent(s) quelque peu distant(s), et aussi des relations entre eux.

Des trajets interminables en voiture. L’eau sous toutes ses formes. Des substances, quelles qu’elles soient. Du thé et du café. Des skateurs qui dévalent les rues. Des mets et boissons sur des tables. Voilà une bonne partie des récurrences et des similitudes symboliques vues dans Father Mother Sister Brother, que l’on s’amuse à repérer et qui rendent ludique ce long-métrage en trois segments ou sketches. C’est peut-être même la qualité principale d’un tel film : comme dans le jeu des différences, ici c’est celui des similitudes. Sans forcément de raison apparente, Jarmusch s’amuse et semble challenger son public avec des ponts, des récurrences. Certaines font sens, d’autres restent plus obscures, mais on prend un plaisir certain à les signifier.

Le cinéaste vogue d’un genre à l’autre depuis quatre décennies, de ses débuts presque expérimentaux avec des œuvres comme Mystery Train, à sa reconnaissance mondiale avec le mythique Ghost Dog : La Voie du Samouraï et le magnifique Broken Flowers. On ne l’avait pas revu depuis sa comédie horrifique qui singeait les films de Romero, The Dead Don’t Die, par ailleurs à moitié réussie. Et il revient six ans plus tard, après une pause durant laquelle il est parti vaquer à d’autres occupations et se changer les idées dans des domaines artistiques connexes au cinéma, dont la photographie. Et, comme avec l’un de ses plus gros succès d’estime, Coffee and Cigarettes, il revient par l’entremise d’un film à sketches qui brasse le même sujet.

Ici, de manière inattendue, l’un des cinéastes indépendants américains les plus cultes vient nous parler, de manière sobre et appliquée, des liens familiaux. Peut-être est-ce la période de la maturité pour le septuagénaire, mais Father Mother Sister Brother semble être un film apaisé. Une œuvre qu’il a réalisée, semble-t-il, sans ambition démesurée. Chose rare pour ce type de format et de construction : on peut dire que les trois segments se valent en qualité. On ne pourrait pas en sortir un plus que l’autre tant ils sont à la fois différents et similaires. Les deux premiers sont peut-être un peu plus drôles et le dernier plus émouvant. Hormis cela, on peut valider une œuvre homogène, aussi bien par ce qu’elle raconte que par les effets miroirs qu’elle convoque visuellement ou par le biais des redondances citées plus haut.

La morale de cette affaire semble être que l’on ne choisit pas sa famille, mais que la bienséance veut qu’on doive s’y confronter de temps en temps. Les liens du sang n’obligent en rien à être soudés, et on le voit ici, si ce n’est dans le dernier segment, qui met en scène des jumeaux forcément liés (mais pas à leurs parents). Rien n’est cependant vraiment creusé, on reste en surface devant des vignettes tantôt pince-sans-rire, tantôt touchantes. On est tout de même étonné qu’un long-métrage aussi basique, presque simpliste, ait pu remporter la récompense suprême à la dernière Mostra de Venise, au vu de la concurrence (au hasard, La Grazia, House of Dynamite et La Voix de Hind Rajab). Comme toujours dans un festival, les voies du jury sont impénétrables. Father Mother Sister Brother n’est pas mauvais, juste relativement anodin. Et l’anecdote veut que le cinéaste lui-même n’ait pas compris qu’il puisse recevoir le Lion d’Or pour ce film.

Notons d’ailleurs qu’à certains moments, on s’y ennuierait presque avec ce Father Mother Sister Brother. La mise en scène de Jarmusch, faite de plans fixes — parfois à propos (comme ces tables vues de haut très signifiantes), mais aussi souvent poseuse —, a quand même déjà été plus inspirée. On se console avec le casting royal, fait d’habitués (Tom Waits, Adam Driver…) et de nouvelles têtes comme Charlotte Rampling ou Vicky Krieps. Ils semblent se régaler à se glisser dans des rôles bien écrits et amusants, qui procurent quelques scènes délicieusement loufoques et des répliques bien envoyées. Voilà donc un long-métrage agréable, mais qui ne marquera pas les mémoires et qui interpelle plus par le prix qu’il a reçu que par ce qu’il propose.

Bande-annonce – Father Mother Sister Brother

Fiche technique – Father Mother Sister Brother

Réalisateur : Jim Jarmusch.
Scénariste : Jim Jarmusch.
Production : MUBI.
Distribution: Les films du Losange.
Interprétation : Tom Waits, Adam Driver, Charlotte Rampling, Cate Blanchett, Vicky Crieps, Indya Moore, Luka Sabbat, …
Genres : Drame – Chronique – Comédie.
Date de sortie : 7 janvier 2026.
Durée : 1h50.
Pays : USA, France, Irlande.

« Avatar : S’adapter ou mourir » : Pandora à l’épreuve de l’altérité

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Sous la plume de Corinna Bechko et avec les dessins de Beni R. Lobel, Avatar : S’adapter ou mourir (éditions Delcourt) se glisse dans les interstices de la saga de James Cameron. Une préquelle où le souffle mythologique de Pandora s’unit à une réflexion douce-amère sur la connaissance, la confiance et les désastres engendrés par l’arrogance humaine.

Sur Pandora, les cicatrices de la rencontre entre les humains et les Na’vi n’ont pas encore pris la forme des guerres à venir. Le Dr Grace Augustine, figure emblématique de la science bienveillante, rêve d’un pont entre deux mondes qui se redoutent autant qu’ils s’attirent. S’adapter ou mourir s’ouvre sur cet espoir : celui d’une école pour les enfants Omatikaya, un lieu où la parole et le partage de savoirs remplacerait les armes. Mais la beauté du geste porte déjà en elle sa ruine. Là où Cameron, au cinéma, plaçait sa caméra dans le vertige du spectaculaire, Corinna Bechko choisit l’intime, le frémissement d’une utopie fragile qu’un simple grain de sable – ou un virus – suffit à enrayer.

Car très vite, l’entreprise d’apprentissage croisé vire au drame. Une mystérieuse maladie frappe les enfants Na’vi, puis les avatars eux-mêmes. Ce fléau, qui défie la science et la foi, oblige Grace et Mo’at à conjuguer leurs savoirs pour sauver leurs peuples. Ce binôme de femmes, l’une ancrée dans la biologie, l’autre dans la spiritualité, devient le véritable cœur du récit. Dans leurs échanges, Corinna Bechko place une réflexion sur la transmission, l’empathie et les angles morts du progrès. Là où les humains cherchent à comprendre pour contrôler, les Na’vi cherchent plutôt à s’établir durablement, en harmonie avec leur environnement. Deux visions du monde qui s’effleurent sans jamais se confondre.

On retrouve ici les grands motifs du cinéma de Cameron – la science en quête de rédemption, la nature comme organisme total, la femme comme dépositaire d’un courage lucide – mais débarrassés de leur emphase spectaculaire. Le récit avance sur un tempo plus feutré, presque contemplatif, à l’image des forêts humides et phosphorescentes que Beni Lobel dépeint avec soin. Le dessinateur parvient à restituer la luxuriance de Pandora, ses teintes vivantes, sa faune. 

Narrativement, l’absence relative de tension ouvre un autre espace : celui de la réflexion. Les enjeux sont connus, bien balisés, mais pas pour autant dénués d’intérêt. Avatar – S’adapter ou mourir est ainsi moins une aventure qu’une forme de prélude mélancolique. Il s’inscrit dans ce « hors-champ » que Cameron laisse volontairement en suspens, cet ailleurs que le spectateur pressent sans jamais le voir. En donnant voix à Grace Augustine et Mo’at, Corinna Bechko se porte dans les ramifications d’un récit complexe et plus nuancé qu’il n’y paraît.

Les éditions Delcourt poursuivent avec ce volume une entreprise de prolongement cohérente de la mythologie Avatar. En attendant le troisième opus de la saga cinématographique, S’adapter ou mourir offre un moment de respiration, un retour aux racines, à la source du dialogue et de la rupture entre les deux peuples.

Avatar : s’adapter ou mourir, Corinna Bechko et Beni R. Lobel
Delcourt, octobre 2025, 128 pages

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3

« Une toute petite conversation » : à deux et demi

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Camille Anseaume et Cécile Porée livrent avec Une toute petite conversation (éditions Delcourt) un récit aussi pudique qu’intime, où les choix faits autrefois trouvent enfin leurs mots. Un album qui sonne comme un dialogue réparateur, d’une tendresse lucide, sur l’amour et la parentalité.

Camille a connu et aimé Sébastien, mais ce dernier s’est effacé au moment le plus crucial : quand elle est tombée enceinte et qu’elle a pris la décision de garder le bébé. Quatorze ans plus tard, ils se retrouvent pour crever l’abcès, pour enfin parler de leurs sentiments d’alors.

Dans un roman graphique à deux voix, Camille Anseaume et Cécile Porée explorent un épisode décisif de la vie de Camille. Une grossesse non prévue, survenue dans une relation sans promesse. Lui, fraîchement divorcé, est déjà père de trois enfants et peu désireux de remettre le couvert. Elle, au seuil de sa vie d’adulte, est prête à élever l’enfant seule. 

Alors, Camille garde l’enfant et Sébastien s’éloigne. Et pendant quatorze ans, chacun vit avec ce souvenir aux contours flous mais persistants, incapable de saisir pleinement le choix de l’autre. « Cette toute petite conversation » devient alors un dispositif narratif d’une grande justesse : elle permet d’alterner les voix, de confronter les souvenirs, de dévoiler les non-dits, et peut-être, un peu, enfin, de se comprendre.

Car ici, il ne s’agit pas de juger. Ni de trancher. Mais d’écouter. « Je me demandais : est-ce que je peux vraiment priver cet enfant de son père ? Et puis je me suis posé la question autrement : est-ce que je peux vraiment me priver de cet enfant ? » La réponse, pour Camille, est claire : « C’était non. » Le chemin n’a pas été simple pour en arriver là. Camille refuse d’agir dans la précipitation, malgré les pressions : « J’avais toujours été docile… très conforme à ce qu’on attendait de moi… Une soumission très inconsciente. » Pour la première fois toutefois, quelque chose résiste en elle : « Je sentais une résistance à faire ce qu’on exigeait de moi. […] Mon corps et ma décision m’appartenaient. » L’IVG n’est pas la seule voie, ce n’est d’ailleurs pas la sienne, mais celle des autres.

Sébastien, lui, vacille. Tente de comprendre, se défend. « Et moi ? Et mes enfants ? Et ce bébé ? Tu as pensé à autre chose qu’à toi ? » Le récit ne fait pas de lui un coupable : c’est un homme globalement dépassé, affecté par ses peurs et pris dans ses contradictions. Un homme qui « savait ce que c’est d’avoir un gosse », mais ne pouvait pas, ou ne voulait pas, accueillir celui-ci.

Le dessin de Cécile Porée traduit à merveille cette introspection sans fracas. Les traits sont doux, les couleurs tendres. Les bulles de dialogue se superposent aux voix intérieures, aux monologues, aux silences parfois plus éloquents encore. L’illustratrice dessine des corps attentifs, souvent en retrait, dans des intérieurs sobres ou des lieux en creux. Le décor est minimaliste, mais l’émotion affleure dans chaque détail.

Une toute petite conversation est un album qui panse les plaies. Et au-delà des deux protagonistes, des pages retracent aussi la place des familles, inquiètes mais présentes. La volonté de rassurer. Les maladresses, les silences gênés lors d’un apéritif avec les parents. Mais au fond, tous – Camille, Sébastien, leurs proches – ont été présents, à leur façon. Et chacun fait, finalement, ce qu’il peut avec ce qu’il est.

Une toute petite conversation, Camille Anseaume et Cécile Porée
Delcourt, octobre 2025, 208 pages

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3.5

« La Ballade des Frères Blood » : enfance à vif dans l’Ouest sauvage

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Quand Brian Azzarello et Eduardo Risso s’aventurent sur les pistes poussiéreuses du Far West, le résultat est une fresque crépusculaire où l’innocence se fait lambeaux. Derrière le fracas des fusillades et le parfum sec de la poussière, ce western raconte surtout l’histoire de trois enfants jetés dans un monde d’adultes et déjà trop abîmés par la violence.

Carter sort de prison un matin, deux balafres en travers du visage, souvenirs de ses années derrière les barreaux. À peine dehors, le braqueur aguerri  n’a qu’une idée en tête : retrouver la belle Anna. Qu’elle se soit mariée entretemps ne semble qu’un détail. Ce retour en force d’un père biologique absent déclenche l’onde de choc : le révérend Blood, celui qui avait recueilli les enfants, passe de vie à trépas. La mère, elle, semble s’accommoder de son rôle de compagne dans le gang. Restent trois frères, laissés seuls à eux-mêmes, décidés à traverser un Ouest impitoyable pour retrouver leur mère.

Ce point de départ a tout du western classique, mais Brian Azzarello tord aussitôt le cliché pour le plonger dans une tragédie sèche, sans respiration. Ici, les enfants n’ont pas le privilège de l’innocence. Ils sont confrontés à la cruauté nue : hommes scalpés, cadavres abandonnés aux vautours, sermons religieux réduits à des mots vides. L’apprentissage est brutal : aimer, survivre, trahir. On pense évidemment à Sam Peckinpah, pour ce mélange de poussière, de sang et de fatalisme. Mais cette Ballade ne se limite pas à l’exercice de style : elle s’élève au niveau d’un roman noir sur la condition humaine. 

Car si c’est bien un western pur, il est traversé par une interrogation morale : où se situe la frontière entre le bien et le mal, quand tuer devient nécessité, quand même la foi n’est plus qu’un leurre ? Les figures féminines y occupent une place centrale : Anna, femme fatale passive, et surtout Chouette Enragée, l’Indienne énigmatique, ange gardien ambigu qui guide les garçons à travers leurs contradictions. La première déclare : « L’espoir, c’est ce qu’on vend aux faibles pour qu’ils restent faibles. Et s’ils le comprennent un jour et qu’ils perdent espoir, tous ceux qui les dirigent s’enfuiront en courant pour sauver leur peau. » La seconde, quasi boutée hors de la civilisation, est lucide : « Mon cadavre aussi vaut son pesant d’or. »

Le récit alterne entre le point de vue des adultes gangrenés par leur passé et celui des enfants, ballotés, fragiles mais tenaces. Trois gamins contre le reste du monde. Ce contraste fait toute la force de l’album : la violence extrême, observée par des yeux trop jeunes, prend une intensité encore plus glaçante. Et puis il y a le choc visuel. Eduardo Risso, propose rien de moins que de somptueuses aquarelles en couleurs directes. Le résultat est saisissant : des paysages qui oscillent entre naturalisme et visions hallucinées, des visages modelés par la lumière, des scènes de carnage baignées de teintes crépusculaires…

En somme, La Ballade des Frères Blood s’apparente à une traversée initiatique au pays de la violence, où les enfants paient les fautes des adultes. Mélancolique, tragique, implacable, ce récit laisse un goût amer, celui d’un déterminisme sans issue. Mais dans sa cruauté, il touche aussi au grandiose : il se hisse aux côtés des grands récits américains, ceux qui racontent moins l’Ouest que la condition humaine elle-même. Une œuvre âpre, magnifiquement peinte, qui vous empoigne et ne vous lâche plus.

La Ballade des Frères Blood, Brian Azzarello et Eduardo Risso
Delcourt, septembre 2025, 224 pages

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4

Époque, celle du numérique

Pour Trois sœurs (2022), Laura Poggioli s’inspirait de faits réels particulièrement violents, datant de 2018 en Russie. Succès aidant, se ferait-elle une spécialité de ces faits qui agressent l’humain en nous ?

La narratrice qui reprend des études, choisit de passer quelque temps dans un service hospitalier en tant qu’observatrice. Le service en question accueille et héberge des personnes gravement perturbées par des addictions. Elle reconnaît une certaine fascination pour ces cas lourds, on comprend assez rapidement pourquoi. Reconnaissant que les addictions résultent d’une faiblesse très humaine, elle-même se sait elle-même sujette à quelques-unes, certaines avouables, d’autres beaucoup moins.

Dans un premier temps

Le livre se concentre sur les méfaits de l’invasion du numérique dans nos univers domestiques et professionnels, créant une véritable dépendance qui profite aux industries de ces technologies. La narratrice rappelle au passage que certains concepteurs (de jeux vidéo par exemple), parce qu’ils en ont les moyens, placent leurs enfants dans des écoles les mettant à l’abri de toute tentation vis-à-vis du numérique (mais on se demande comment ils seront ensuite perçus, dans leurs vies d’adultes). Effectivement, l’utilisation abusive de tous ces objets avec écran (TV, tablettes, téléphones, etc.) implique un enfermement de l’individu dans un système où il s’isole toujours davantage de ses semblables. L’utilisation du numérique est donc un facteur de déshumanisation de nos sociétés. Le vrai souci, c’est le manque de moyen simple ou naturel pour lutter contre cette fascination pour ces écrans lumineux où on observe du mouvement, une fascination qu’on observe dès le plus jeune âge (exploitée malheureusement par de nombreux parents pour obtenir une relative tranquillité).

Dans un deuxième temps

La narratrice s’étend de plus en plus sur son propre cas. On sent qu’elle peut se le permettre, parce que les faits remontent suffisamment loin pour qu’elle puisse les considérer avec un regard extérieur. Elle a donc été addict d’une relation avec un homme qui s’est malheureusement avéré être du genre pervers narcissique franchement dangereux. De plus, cet homme a utilisé sans scrupule toute la gamme des possibles offerte par la technologie de son époque.

« Dans ce roman, tout est vrai et tout est faux. »

Voilà ce que reconnaît Laura Poggioli en interview. On s’en doutait : voir l’ultime remerciement à son mari qui fait écho à la phrase d’Annie Ernaux tirée du roman La honte (1997) placée en épigraphe. Tous les cas décrits par sa narratrice dans l’unité hospitalière où elle fait son stage d’observation correspondent à ce qu’elle-même a pu découvrir à l’unité d’addictologie de l’hôpital Robert Debré dans des conditions similaires. Bien entendu, elle a tout retravaillé et modifié les prénoms. Voilà pourquoi cette partie donne une impression de témoignage. De même, la partie centrée sur le passé de Lara reprend le propre vécu de Laura Poggioli, modifié selon une recette personnelle. On note cependant son choix de ne jamais citer la personne qu’elle a côtoyée jusqu’à finir par atterrir aux urgences d’un hôpital dans un état psychologique catastrophique. On sent que, bien que cette partie de sa vie soit derrière elle qui a désormais fondé une famille, avec un mari et trois enfants (comme Lara), elle en garde un profond traumatisme. Il apparaît évident que ce livre lui sert d’exutoire.

Vivre avec les addictions

Il ressort de cette lecture que nous sommes tous, qui que nous soyons, des êtres humains avec des faiblesses très humaines. Tous vulnérables à des degrés divers et selon des points sensibles particuliers, nous sommes tous soumis à des addictions. Si certains peuvent néanmoins s’épanouir, d’autres n’ont pas cette chance. Bien qu’il évoque une multitude d’addictions, le livre se focalise sur les plus caractéristiques de notre époque. Il ne faudrait pas oublier que l’alcool, le tabac et les drogues qui circulent continuent de provoquer d’énormes dégâts. Il est néanmoins parfaitement adapté à notre époque de faire le point sur les effets de l’utilisation des réseaux sociaux, des téléphones portables et tous objets utilisant le numérique. En effet, l’addiction peut commencer très tôt, avec des jeunes aucunement préparés à affronter ce que les concepteurs de contenus élaborent pour capter l’attention et la maintenir : en tant que professionnels, ils connaissent toutes les ficelles et les appliquent sans états d’âme. Les cas de jeunes victimes de comportement addictifs sont tristement révélateurs. La technologie d’aujourd’hui donne des moyens effarants à des sociétés à but lucratif, mais aussi à des individus qui peuvent même agir dans l’anonymat. Tout ce qui se retrouve en ligne peut entrainer des conséquences sur le long terme ou bien ressortir quand on ne s’y attend plus. Ce que Lara finit par décrire dans le détail à propos de son passé fait froid dans le dos.

Zéro plaisir de lecture

A mon avis, le principal souci de ce livre, c’est qu’il n’affiche guère les caractéristiques d’un roman. En effet, longtemps, la narratrice (Lara, double évident de Laura Poggioli) décrit les différents cas de personnages addicts qu’elle observe au cours de son stage. Il s’agit beaucoup plus d’un inventaire des possibles que d’un roman. Le livre mériterait donc plutôt le qualificatif de témoignage. D’ailleurs, ces témoignages défilent trop vite pour qu’on s’attache aux différents cas, qui restent essentiellement des prénoms auxquels on n’associe que des personnalités trop vagues. Laura Poggioli écrit plutôt comme une journaliste, abordant un (brûlant) sujet de société qui lui permet d’évoquer indirectement son cas personnel. Il est des livres qu’on dévore par passion. Celui-ci, je l’ai terminé le plus vite possible pour m’en débarrasser. A force d’évoquer des cas d’addictions, puis d’aborder celui qui l’a mise elle-même en situation de perdition, Laura Poggioli tricote une ambiance malsaine que rien ne vient contrebalancer. Triste Époque qui voit une société placer ses enfants dans une telle position de vulnérabilité !

Époque – Laura Poggioli
L’Iconoclaste : sorti le 23 janvier 2025

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2.5

Moi qui t’aimais : Amour et nostalgie, dans l’intimité d’un couple mythique

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Dans Moi qui t’aimais, Diane Kurys livre un biopic sensible et pudique sur le couple mythique Signoret-Montand. En s’éloignant du mimétisme pour mieux explorer les émotions, elle choisit de raconter les dernières années d’un amour tumultueux, entre blessures intimes et fidélité profonde. Un regard cinéphile et romanesque sur deux légendes, porté par une mise en scène délicate et une interprétation vibrante de Marina Foïs.

Avec cet émouvant film d’amour sur le couple mythique Signoret-Montand, Diane Kurys réalise son deuxième biopic après Sagan en 2008, mais cette fois-ci elle ne cherche pas le mimétisme des acteurs comme avec Sylvie Testud. Elle privilégie l’exploration du fond des cœurs et des âmes, à la forme et aux apparences, pour dépeindre une relation difficile et compliquée, mais puissante et belle. Essayons de voir si le pari est réussi.

La nostalgie et le tumulte des dernières années

Ayant lu dès sa sortie l’autobiographie de Simone Signoret, La Nostalgie n’est plus ce qu’elle était, publiée en 1976, dont l’écriture se situe au cœur du scénario, Diane Kurys fait un long travail de maturation pour se focaliser in fine sur les 12 dernières années de la vie du couple, de 1973 à 1985, période somme toute réduite par rapport à leur 34 années de mariage. La réalisatrice évite ainsi les transformations nécessaires des personnages, et aussi de couvrir la liaison de Montand avec Marylin Monroe en 1960, que la réalisatrice parvient à rendre présente en filigrane dans tout le film, continuant de hanter le couple. À témoin la façon dont elle souhaite en parler dans ses mémoires, qui provoque une crise entre eux très bien mise en scène. Cette période est celle des rancœurs, des tourments et d’une certaine mélancolie du passé, compte tenu de la fin chaotique de la carrière de Signoret, tandis que Montand, toujours en haut de l’affiche, continue ses frasques et infidélités. Mais le film sait aussi montrer ce lien indéfectible les unissant dans les épreuves de la vie.

Le point de vue de Signoret

Sortir le film pour le quarantième anniversaire de sa mort, et le titrer Moi qui t’aimais, tiré de la célèbre chanson de Jacques Prévert chantée par Yves Montand, indiquent en soi que le film adopte le point de vue de l’actrice. Cette seule chanson évoquée dans le film en décrit bien l’ambiance, puisqu’elle évoque la nostalgie et les souvenirs d’un amour perdu, et qui se transforme sous nos yeux. On y trouve aussi le fameux « Les souvenirs et les regrets aussi », repris par Catherine Allégret, fille de Signoret très présente dans le film dans l’ombre de sa mère, comme titre de ses mémoires publiées en 1994. De là à dire que ce film est féministe, certainement en partie, chaque spectateur peut en juger, mais il montre surtout le prix de l’amour de ce couple mythique rudement exposé aux médias de l’époque.

Le rôle de l’entourage

Le scénario construit par Diane Kurys, avec Martine Moriconi, installe le couple à la « Roulotte » (leur appartement parisien Place Dauphine) et dans leur maison de campagne dénommée le « Château Blanc », une sorte de paradis situé en Normandie, entourés joyeusement d’artistes chanteurs, comédiens et réalisateurs très proches. Ainsi on y voit Serge Reggiani, le confident de Signoret, François Périer, Alain Corneau qui évoque sans le nommer le film Police Python 357 (1976, où les deux jouent), le couple Jean-Louis et Nadine Trintignant, ainsi que Claude Sautet et Moshé Mizrahi. Le film de ce dernier, La vie devant Soi (1977, oscarisé) avec Signoret, est le seul qui soit montré en situation de tournage avec l’actrice, dans le rôle de Madame Rosa, cette femme juive pour lequel elle a reçu le César de la meilleure actrice en 1978. Au-delà de la récompense, parler de ce film apparaît comme une allusion aux origines juives de Signoret, et montre au fond qu’en 1977, elle n’avait déjà plus du tout la vie devant elle !

De manière ironique, la réalisatrice montre aussi l’auberge de la Colombe d’Or, où Signoret et Montand se sont rencontrés puis mariés en 1951, mais on y voit ce dernier avec une de ses dernières maîtresses, d’autant plus cruel que Simone devine où il part et avec qui. C’est une façon de confirmer le coureur invétéré qu’était l’artiste, et le cynisme de son comportement : « J’ai des besoins auxquels tu ne peux plus répondre », ose-t-il dire ! Dans ce contexte de tensions entre eux, Diane Kurys parvient à montrer comment leur longue histoire d’amour les maintient tout de même si proches, Montand revenant toujours au Château Blanc. La fin du film est ainsi poignante et belle, sous la musique du film Les Choses de la Vie, de Philippe Sarde, qui a composé l’intégralité de la musique de ce biopic.

Aucune ressemblance des acteurs : un point de vue assumé

Le début du film où la réalisatrice montre les deux acteurs principaux se grimer (Marina Foïs dans le rôle de Signoret et Roshdy Zem dans celui de Montand) sans du tout ressembler à leur personnage, a de quoi surprendre, mais la réalisatrice s’attache ainsi davantage au fond qu’à la forme. Et dans cet exercice, c’est nettement Marina Foïs qui tire le mieux son épingle du jeu en incarnant une Signoret toute en émotion et fragilité, mais aussi en profondeur et détermination. Davantage superficiel, complexe et futile, le rôle de Montand est plus difficile à composer pour l’acteur, d’autant que Roschdy Zem essaie en vain d’imiter son accent chantant méridional. Aucun des autres personnages n’est ressemblant, sauf peut-être l’actrice qui joue Nadine Trintignant.

Malgré la critique acerbe de leur petit-fils Benjamin Castaldi, qui prétend que Diane Kurys falsifie l’histoire en présentant sa grand-mère comme une victime silencieuse et son grand-père comme un prédateur manipulateur, le film donne un point de vue intéressant sur leur relation intime, passionnée et passionnelle.

Le choix de se concentrer sur la fin de leur relation est plutôt une réussite, en plongeant le spectateur dans la nostalgie du cinéma des années 70, qu’on l’ait connu ou non. On peut donc parler d’un beau film, d’autant que c’est le premier biopic réalisé sur ce couple ô combien mythique du cinéma et de la chanson français par leurs talents et la longévité de leur relation !

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3.5

FNC Montréal 2025 : La Grazia – Retour en grâce (enfin) du grand Sorrentino

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Depuis une dizaine d’années, on pensait avoir perdu l’un des plus grands réalisateurs italiens en activité, fer de lance du renouveau du septième art de son pays. L’homme qui nous a offert l’immense chef-d’œuvre La Grande Bellezza avait tendance à totalement oublier le fond au profit d’une forme malgré tout toujours sublime dans ses dernières œuvres. En retrouvant le grand Toni Servillo, primé à la Mostra de Venise pour ce rôle, il revient en grande forme. La Grazia trace le portrait d’un président italien fictif sur la fin et empoigne des sujets lourds. Il n’oublie cependant pas de nous en mettre plein les yeux, mais aussi plein le cœur, avec une profonde mélancolie qui traverse l’écran et nous envoûte. Du grand cinéma, dialogué à la perfection et filmé comme une œuvre d’art, du cinéma unique tel que seul l’Italien peut nous en offrir.

Synopsis : On suit Mariano De Santis, président italien fictif sur le point de quitter son mandat. Veuf et profondément catholique, il est confronté à deux dilemmes moraux majeurs : accorder ou non la grâce à deux meurtriers et signer la loi sur l’euthanasie, qu’il désapprouve personnellement. Parallèlement, le président est hanté par le passé de sa défunte épouse.

Paolo Sorrentino a toujours aimé mêler la politique, l’art, la foi et le droit dans la plupart de ses films, dans une sorte de communion parfaite baignée dans des images belles à se damner. Et La Grazia, c’est exactement cela, comme si le cinéaste italien reprenait pleine possession de ses talents après une période moins convaincante. En effet, Sorrentino figure parmi les fers de lance du renouveau du cinéma transalpin, et il nous l’avait prouvé avec une trilogie de films qui l’ont hissé au rang d’esthète et de réalisateur adoubé. Il y a eu l’immense chef-d’œuvre couronné de nombreux prix La Grande Bellezza (dont l’Oscar du meilleur film étranger), un monument de cinéma beau et hypnotique, précédé de This Must Be the Place et suivi de Youth.

Depuis, outre sa série The Young Pope, ses films les plus récents avaient déçu, se focalisant sur l’esthétique — certes toujours magnifique — au détriment du fond. La Main de Dieu et Parthenope ennuyaient, si ce n’est le plaisir des images léchées propres à son cinéma. La Grazia opère donc un retour à ce qu’il sait faire de mieux. On y parle de thèmes lourds, forts et très contemporains. Le sujet brûlant de l’euthanasie, surtout dans un pays catholique comme l’Italie, mais aussi de grâces présidentielles, de femmes battues et des prérequis qui incombent à tout homme politique. Le film est clairement progressiste et nous montre habilement les tenants et les aboutissants moraux et sociaux de tels sujets. La manière simple et efficace dont il tranche sur le sujet de l’euthanasie en est la preuve.

Ici, on expose donc des thématiques ô combien sérieuses, et on les décortique avec beaucoup de doigté par le biais d’un personnage en plein doute, au crépuscule de sa carrière de Président de la République. Un président fictif ici, contrairement à Silvio et les autres, où Sorrentino brossait le portrait à peine caché de Silvio Berlusconi, ou à Il Divo, où c’était la figure de l’ombre Giulio Andreotti, longtemps Premier ministre italien. Sorrentino retrouve une nouvelle fois son acteur fétiche Toni Servillo, déjà présent dans trois des films cités précédemment. Et le comédien, qui a reçu le prix d’interprétation mérité à Venise, infuse sa silhouette et son phrasé si singulier, de manière évidente, à cet homme politique imaginaire. Il est royal, irradiant chaque scène où il apparaît.

Si La Grazia souffre de quelques digressions inutiles, de répétitions et d’une durée légèrement excessive, il brille de mille feux. Il se dégage une mélancolie agréable, du même acabit que celle ressentie dans La Grande Bellezza. Si Sorrentino ne retrouve pas la perfection de ce dernier, il s’approche de la grâce. De nombreuses scènes brillent par des dialogues savoureux, piquants et en phase avec notre époque, non sans aller souvent vers une forme d’ironie nonchalante. Rares sont les films qui parlent de pensées flirtant avec la philosophie de manière aussi intéressante. Les séquelles d’un adultère, la notion de doute ou la recherche de la vérité sont admirablement vulgarisées ici, au détour de scènes a priori anodines et de répliques adéquates. C’est fort et magistral, à n’en pas douter. On rit autant qu’une certaine forme d’émotion nous étreint, notamment avec le personnage de l’amie du passé, impeccablement joué par Milvia Marigliano. Les séquences entre elle et Servillo sont tour à tour drôles et déchirantes.

Encore une fois, on est émerveillé par la maestria visuelle de Paolo Sorrentino. Il confirme de nouveau, s’il était encore besoin de le faire, qu’il est l’un des metteurs en scène en activité les plus doués de sa génération. Chaque plan, même le plus anodin, confine au sublime. Sa science du cadrage, du travelling et du choix des décors est aux petits oignons. Loin d’être un film-musée, La Grazia nous éblouit la rétine durant deux heures. Pourtant, la plupart du film est circonscrite au palais présidentiel, mais il parvient à en extraire ses plus beaux atouts. Baroque au possible, notamment dans le choix d’une bande originale osée mêlant techno et musique classique, c’est un cadeau du ciel pour tout admirateur de films érigeant la forme au rang d’art. La grâce n’est pas loin, donc, et on s’en régale. On sort de là en apesanteur, agréablement mélancolique et ravi d’avoir vu et entendu de si belles choses.

Bande-annonce – La Grazia

Fiche technique – La Grazia

Réalisateur : Paolo Sorrentino.
Scénariste : Paolo Sorrentino.
Production : Paolo Sorrentino et Annamaria Morelli.
Distribution: Pathé distribution.
Interprétation : Toni Servillo, Anna Ferzetti, Milvia Marigliano, Orlando Cinque, Massimo Venturiello, …
Genres : Chronique – Drame – Politique.
Date de sortie : 26 janvier 2026.
Durée : 2h11.
Pays : Italie.