Cinémania 2025 : Ma frère – Des jours heureux, différemment

Le premier film de ce duo de réalisatrices françaises nous avait enchantés par le regard qu’il portait sur l’enfance d’aujourd’hui. Il s’agissait des Pires, qui explorait avec brio la frontière entre fiction et documentaire. Un film naturaliste, juste et empreint de douceur. Elles remettent le couvert dans une nouvelle chronique prenant pour cadre une colonie de vacances. Avec Ma frère, elles brossent de la même manière le portrait de jeunes moniteurs adultes au tempérament bien trempé, campés par des acteurs méconnus qui sont à la hauteur. Et elles continuent de caresser l’enfance dans ses moments les plus vrais et naturels via les enfants qu’ils encadrent. Que ce soit par le biais d’un humour tiré des petites choses qui font la vie dans toute sa diversité ou par celui de l’émotion distillée par les portraits individuels de jeunes venant d’un milieu défavorisé. Une œuvre simple et belle.

Synopsis : Shaï et Djeneba ont 20 ans et sont amies depuis l’enfance. Cet été-là, elles sont animatrices dans une colonie de vacances. Elles accompagnent dans la Drôme une bande d’enfants qui, comme elles, ont grandi entre les tours de la Place des Fêtes à Paris. À l’aube de l’âge adulte, elles devront faire des choix pour dessiner leur avenir et réinventer leur amitié.

Pendant un petit quart d’heure, on pense pénétrer dans une nouvelle œuvre sociale sur les cités françaises. Puis Ma frère entre dans le vif de son beau sujet et nous emmène le temps d’une semaine au milieu d’une colonie de vacances dans la Drôme. Le temps sera suspendu lors de cette parenthèse dans un camping partagée entre une bande d’enfants de milieu populaire et leurs moniteurs issus du même milieu. Forcément, on pense inévitablement à un autre film, devenu culte pour toute une génération avec le temps. Il s’agit bien sûr de l’un des premiers films du duo Olivier Nakache et Éric Toledano : Nos jours heureux.

Et, en effet, Ma frère suit le même dispositif et une ligne narrative similaire, mais l’approche est différente. On ne peut pas dire qu’elle soit diamétralement opposée, puisqu’on retrouve la justesse du regard et ce côté « feel good movie ». Cependant, il y a ici un côté plus naturaliste, proche, encore une fois, du documentaire. Une vision plus sociale et inscrite dans la véracité, à tel point qu’on dirait que c’en est la version cinéma d’auteur ou indépendante. Notamment lorsque ce sont les enfants qui sont filmés sans les adultes, moment où l’on ressent fortement un aspect pris sur le vif du meilleur effet. Il n’y a pas vraiment de scénario ici ni d’histoire qui évolue et que l’on suit. On se trouve davantage face à une chronique avec des moments en forme de tranches de vie, pris au hasard, et desquels les cinéastes ont choisi les meilleurs moments.

Il a d’ailleurs probablement dû y avoir une grosse part d’improvisation. On sent le script de Ma frère réduit au maximum avec juste de grandes lignes pour faire évoluer les trajectoires sur une semaine et un descriptif de chaque personnalité. Les comédiens ont probablement dû composer avec cela et le résultat est très efficace. On a l’impression d’être à leurs côtés et parfois de retomber dans ces moments entre l’enfance et l’adolescence. Les jeunes acteurs non professionnels sont d’un naturel confondant et on les sent en confiance. Ils sont eux-mêmes, vrais, et on a du mal à percevoir ce qu’on leur a demandé de jouer par rapport à ce qu’ils sont dans la vie. En ce sens, Lisa Akoka et Romane Guéret confirment qu’elles sont d’incroyables directrices d’acteurs. Ce qui n’est pas une sinécure.

Du côté des adultes, on est étonné de voir la chanteuse Amel Bent au casting. Surpris également par son jeu très convaincant. Mais ce sont véritablement les deux actrices principales qui monopolisent tous les regards. Fanta Kebe et Shirel Nataf livrent des performances incandescentes, proches du cinéma-vérité des frères Dardenne ou d’un cinéma similaire. Dans ce cinéma du réalisme, elles font figure d’ambassadrices parfaites, alternant l’humour de situations inattendues ou de punchlines énergiques et l’émotion des difficultés de la vie à cet âge (rupture amoureuse, problèmes familiaux…).

Ma frère se veut comme un film de vacances, doux et lumineux, mais le constat social n’est pas absent. Par petites touches, certains comportements des enfants et les problèmes de certains adultes cristallisent aussi les maux de nos sociétés et des soucis propres aux classes populaires. On pourra reprocher à Ma frère d’être trop long. Près de deux heures pour ce genre de film, c’est excessif et on sent que les cinéastes ont eu du mal à couper au montage. Par exemple, la séquence au musée de la Résistance apparaît comme appartenant à un autre film et ne lui apporte rien. De petits écueils qui n’empêchent pas de prendre un grand plaisir devant un film vrai et solaire où le vivre ensemble, dans tous les sens du terme, est porté en étendard.

Bande-annonce : Ma frère

Fiche technique : Ma frère

Réalisation : Lise Akoka, Romane Gueret
Scénario / Dialogues : Lise Akoka, Romane Gueret, Catherine Paillé
Production : Superstructure, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma
Distribution : StudioCanal
Pays : France
Année de production : 2025
Durée : 102 minutes
Date de sortie en France : 7 janvier 2026
Sélection : Cannes Première 2025

Casting principal

  • Fanta Kebe
  • Shirel Nataf
  • Amel Bent
  • Zakaria-Tayeb Lazab
  • Mouctar Diwara
  • Idir Azougli

Festival

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