« Diana » : la princesse au grand cœur

Dans Diana, Annick Cojean, Sophie Couturier et Sandrine Revel signent une œuvre hybride, à la frontière du reportage, du portrait et de l’hommage. Entre le souvenir d’une rencontre rare et la tragédie d’une disparition, cette bande dessinée documentaire explore la vérité d’une femme qui, au-delà du mythe, voulait porter haut certains principes.

Cela fait partie des entretiens qui deviennent des rendez-vous avec l’Histoire. Annick Cojean obtient au printemps 1997 une interview de la princesse Diana, qui sera glissée dans une série de douze articles publiés dans le journal Le Monde. Connue pour son exigence et sa retenue, la journaliste ne cherche ni la confidence mondaine ni le frisson du scoop. Ce qu’elle veut comprendre, c’est la femme derrière l’icône, la conviction derrière le sourire. 

Pourquoi Diana, adulée, traquée, parfois honnie, accepta-t-elle cette demande parmi des centaines d’autres ? Peut-être parce qu’elle y devine un regard différent : celui d’un journal austère mais respectueux, d’un interlocuteur français et réellement intéressé par ses idées, d’une plume curieuse de sens plus que de scandale. Quoi qu’il en soit, de cet échange naît un texte d’une rare portée, publié le 27 août 1997.

Quatre jours plus tard, la princesse de Galles s’éteint tragiquement à Paris, et ce portrait devient aussitôt son testament. L’article, relu à la lumière du drame, prend une autre valeur. Les mots de Diana, pleins d’élan, de lucidité, de tendresse, résonnent comme une prémonition. Elle y évoquait sa mission humanitaire, son combat contre les mines antipersonnel, son refus des faux-semblants, cette liberté nouvelle qui l’enivrait. 

Annick Cojean se trouve happée malgré elle par le vertige médiatique. Elle se retrouva au centre d’un ouragan. La BD la montre assaillie par les questions, contrainte de se servir d’une chambre d’hôtel comme d’une press room. Son texte est disséqué, commenté, souvent déformé. On scrute la moindre inflexion, on traque dans ses lignes la clé d’un mystère. La journaliste, qui n’avait cherché qu’à donner voix à une femme, devient malgré elle la « dernière à avoir interviewé Lady Di ». Un titre qui sonne un peu comme un fardeau. 

Dans ce tumulte, il lui faut pourtant reprendre souffle, revenir au cœur de ce qu’avait été cette rencontre : une heure suspendue dans le salon clair de Kensington Palace, entre rires, confidences et promesses de se revoir. C’est précisément de cette mémoire réinvestie qu’est née la bande dessinée Diana. Au fil des pages, le mythe se désarme. La princesse y redevient femme, mère, militante, parfois incertaine mais toujours ardente. Celle que la presse avait érigée en figure glamour, puis crucifiée pour ses audaces, apparaît ici dans sa vérité nue : déterminée à utiliser sa notoriété pour servir les causes qui la bouleversent. 

Son engagement contre les mines antipersonnel, son empathie envers les malades du sida, sa tendresse pour les exclus témoignent pour elle. Diana n’a pas théorisé sa liberté : elle l’a vécue, corps et âme, jusqu’à s’y brûler. Cette liberté-là, les médias britanniques n’ont jamais su la lui pardonner. Ils l’ont piégée dans leurs flashs comme on retient dans une cage un oiseau trop vif. À mesure qu’elle s’émancipait du protocole, la chasse s’intensifiait. Avec le résultat que l’on sait…

Avec le recul, cet ouvrage apparaît comme une tentative de rendre justice à cette vérité engloutie sous la frénésie médiatique. Ni hagiographie ni enquête, il trace un chemin d’humanité et de vérité subjective à travers les reflets déformants de la gloire. C’est très intéressant sur le plan factuel, mais probablement un peu trop lisse et convenu dans sa dimension narrative. Mais peut-on vraiment, en l’espèce, reprocher aux auteurs d’avoir évité les fioritures pour se concentrer sur l’essentiel ?

Diana, Annick Cojean, Sophie Couturier et Sandrine Revel
Steinkis, octobre 2025

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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