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Comment les technologies mobiles transforment l’industrie du jeu – avis d’expert AllySpin casino

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L’accès mobile aux casinos en ligne a permis d’augmenter le nombre de joueurs grâce à sa facilité d’accès. Et grâce aux technologies numériques innovantes, cette option d’accès aux jeux est devenue plus populaire et a dépassé la version pour ordinateur de bureau. Désormais, il est possible d’accéder à une gamme complète de jeux, comme AllySpin, sur les appareils mobiles, de bénéficier de bonus, de participer à des jeux et des tournois en direct, ainsi que de parier en temps réel. Nous allons maintenant examiner les raisons pour lesquelles les jeux mobiles sont devenus les leaders du format.

Augmentation de la part des joueurs mobiles et adaptation des interfaces

Aujourd’hui, plus de 65 % des utilisateurs ont recours à l’accès mobile aux jeux, et ce chiffre ne cesse d’augmenter. Voici les raisons qui expliquent cette tendance :

  • Large accessibilité.
  • Lancement instantané.
  • Possibilité de jouer même avec une connexion faible.
  • Interface adaptée aux écrans de petite taille.
  • Navigation tactile pratique.
  • Outils de jeu responsables.
  • Optimisation des logiciels pour une performance élevée.
  • Possibilité de participer à des jeux en direct et à des tournois.
  • Accès aux paris sportifs pendant la retransmission en direct de la compétition.

Ainsi, grâce à un environnement de jeu complet, selon les experts AllySpin casino, l’accès mobile aux jeux est plus populaire, car il permet de jouer confortablement n’importe où.

Nouvelles possibilités pour les jeux en direct et les tournois

L’un des principaux avantages des jeux mobiles est qu’ils offrent la possibilité de jouer à des jeux en direct et de participer à des tournois. Vous pouvez vous connecter à un jeu avec un croupier réel à tout moment, à condition d’avoir votre appareil à portée de main. Il en va de même pour les tournois de jeux, auxquels vous pouvez participer même lorsque vous êtes en déplacement. Et les notifications push prévues ne vous permettront pas de l’oublier.

Pourquoi les applications deviennent plus importantes que les sites web

À l’heure actuelle, selon les experts AllySpin casino, les applications sont plus demandées que les versions web des sites. Cela s’explique par les raisons suivantes :

  • Lancement instantané, permettant de commencer rapidement à jouer.
  • Niveau de protection cybernétique plus élevé.
  • Présence de notifications push permettant de se tenir au courant des actualités du casino et de l’apparition de bonus et de promotions.
  • Haute performance des jeux, y compris en format live, où le trafic est plus important.
  • Authentification biométrique prévue.
  • Bonus spéciaux prévus.
  • Prise en charge des réseaux sociaux.
  • Haute performance avec une connexion faible.
  • Excellente intégration avec de nombreuses options de paiement.

Selon l’avis des experts AllySpin casino, toutes ces caractéristiques positives de l’application mobile l’ont rendue plus populaire que la version mobile du site.

Comment la mobilité façonne l’avenir des casinos

Aujourd’hui, la mobilité joue un rôle important dans la vie des gens. C’est pourquoi, pour chaque joueur, il est plus important d’avoir la possibilité d’accéder aux jeux même s’il ne dispose que de 15 à 20 minutes de temps libre et qu’il n’est pas chez lui à ce moment-là. Il est ainsi possible de profiter de courtes sessions de jeu, puis de reprendre ses activités. La mobilité et l’accès 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 jouent donc un rôle important, plaçant ce format au premier rang.

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Les Braises : Refroidies

Une ouvrière, jouée par Virginie Efira, s’engage dans un mouvement social joyeux et ambitieux, qui lui redonne à la fois une dignité et un lieu où exercer ses talents. Pendant ce temps, son mari, chef d’une petite entreprise de transport, préfère, lui, garder ses distances avec une lutte qui lui apparaît vaine et continuer de jouer le jeu du système. Toute ressemblance avec des faits historiques s’étant déroulés en l’an -2 avant la COVID est parfaitement voulue. Un film social français à la tournure habituelle, qui s’efforce d’éviter soigneusement toute caricature, et c’est justement ce qu’on lui reproche.

On s’attendait à pire. Quand le cinéma français entend représenter la misère sociale, il balance généralement entre le grotesque et le lisse. Thomas Kruithof a choisi la seconde option. Il a évité le pire sans doute, mais sa très relative justesse manque surtout d’audace.

Le lissage commence dès le casting. Malgré leur talent, Virginie Efira et Arieh Worthalter peinent à faire oublier leur classe d’origine. Elle, semble à chaque instant prête à dégainer une carte de presse ou un stéthoscope, et lui, débarquer d’une représentation de Tchekhov à la Comédie-Française. Kruitof avait si peur de produire une caricature indigne de beauf qu’il en a fait des petit-bourgeois de centre-ville, à son image. Les gilets-jaunes qui entourent Efira sont autrement mieux castés, mais la narration ne leur accorde qu’une place très secondaire et la mise en scène presque une fonction de décor. Le pauvre, ainsi en a décidé Thomas Kruitof, n’est pas cinématographique, sauf en arrière-plan.

Le lissage est enfin politique. On ne verra pas presque rien des discussions de rond-point à perte d’ouïes, où le sublime et le vulgaire, l’émouvant et le colérique, le généreux et le contempteur, l’utopique socialisant et le logomachique complotard se mêlaient avec autant de grâce que de lourdeur. Dans les Braises, on a le verbe bien posé, on s’écoute religieusement, on est toute politesse. Par peur de stigmatiser la beauferie du pauvre, on en a lissé toutes les aspérités, tous ses mauvais penchants, sa bêtise et sa méchanceté, et, de ce fait : son humour et sa tendresse. Ne reste que des petits blancs bien rangés, dont on se demande bien comment, avec si peu de vitalité, ils surent mettre le feu à une préfecture.

Ce dernier incident, tiré de fait réel, est dans le film l’un des rares moments où ce mouvement des gilets jaunes accuse une ambiguïté morale. D’autres pourraient y voir un motif de fierté et considéraient que les révoltés n’ont au contraire pas suffisamment saccagé et saboté. Pour ne pas donner prise aux condamnations morales qui servirent à les délégitimer, Kruithof retranche de son portrait des gilets jaunes toute leur rage et leur détermination, ne laissant à la fin que des visages d’agneaux étonnés. Désireux de les disculper, il les modère, les attiédit.

Mais, au final, reste une question : s’agit-il vraiment d’un film sur les gilets jaunes ? Que le réalisateur ait voulu donner une incarnation concrète à un type sociologique, explorer les liens entre l’intime et le politique, montrer comment des individus prennent conscience de leur destin collectif, tout cela constitue une intention certes louable, mais dont l’actualisation reste ici confuse. Les Braises est-il un film sur le couple où le mouvement des gilets jaunes joue le rôle de prétexte, ou est-ce un film sur les gilets jaunes où le couple joue celui de fil rouge narratif ? Dans les deux cas, l’échec est cuisant. Soit le film manque terriblement d’émotion et d’intensité dramatique, soit le nombre et la longueur des scènes consacré aux gilets jaunes est par trop resserrés ; toujours, les Braises semble manqué son sujet.
Ceux qui ont vibré à l’unisson de cette révolte trouveront au début et la fin l’occasion de réminiscence émouvante. Pour le reste, il ne se dégage des atermoiements familiaux d’Efira et Worthalter qu’un ennui poli.

Si la mise en scène est sobre et évite maints écueils, c’est au service d’un objet froid qui peine à honorer le débordement d’idées, de joie et de colère, probablement trop formidable, trop vivant, trop inconvenant pour un trop sage réalisateur parisien. On notera tout de même une représentation honnête et fine du travail ouvrier, chose, il faut l’avouer, devenu rare. D’un autre côté, tristement, on n’y verra pas grand-chose de la vie des ronds-points ou des manifs du samedi. Les Braises est à peine tout ce qu’il veut être : à peine un film social, à peine un drame familial, à peine une mémoire.

Bande-annonce : Les Braises

Fiche Technique : Les Braises

Réalisation : Thomas Kruithof
Scénario : Thomas Kruithof et Jean-Baptiste Delafon
Acteurs principaux : Virginie Efira, Arieh Worthalter, Mama Prassinos
Musique : Grégoire Auger
Décors : Jean Rabasse
Costumes : Carine Sarfati
Photographie : Christophe Beaucarne
Son : Nicolas Provost et Jon Goc
Montage : Jean-Baptiste Beaudoin et Guadalupe Cassius
Production : Thibault Gast et Matthias Werber
Production déléguée : David Giordano
Production associée : Jean-Baptiste Delafon
Sociétés de production : 24 25 Films, Wild Bunch, France 3, Kallouche Cinéma, Les Films Velvet et SRAB Films
Sociétés de distribution : Wild Bunch
Pays de production : France
Langue originale : français
Format : couleur
Durée : 102 minutes

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La femme la plus riche du monde : A quoi bon être riche si on ne peut pas en profiter ?

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Des millions qui volent, des secrets qui éclatent, des toilettes somptueuses et une mobylette en guise de cheval blanc : Thierry Klifa nous embarque dans une comédie aussi savoureuse que décapante, où Isabelle Huppert et Laurent Lafitte brillent dans un duo fantasque et jubilatoire. Derrière les éclats de rire, un vieux secret lié à la collaboration et une relation mère-fille pleine de failles viennent fissurer les dorures familiales.

Pour son sixième long-métrage, Thierry Klifa réussit une comédie jubilatoire et grinçante, caricaturale et haute en couleur, s’inspirant librement de la célèbre et passionnante affaire Banier-Bettencourt. La même qui a fait l’objet d’un documentaire récent sur Netflix « L’affaire Bettencourt : scandale autour de la femme la plus riche du monde » de Baptiste Etchegaray et Maxime Bonnet, s’appuyant sur les enregistrements pirates réalisés entre 2007 et 2010 par le maître d’hôtel de Liliane Bettencourt.

S’affranchissant des contraintes du biopic, le réalisateur s’approprie l’affaire par un scénario fictionnel satirique façon thriller qui met aux prises, sur une durée de plus de 20 ans, la richissime Hélène Farrère, sa fille héritière Frédérique Spielman et l’extravagant et fantasque écrivain photographe Pierre-Alain Fantin. Déboulant sur sa mobylette un jour de 1987 dans cette famille guindée, il bouscule les certitudes par un dynamitage en règle de l’ordre établi. Par son excentricité, il séduit Hélène, alors souffrante et dépressive, lui donnant une perspective réjouissante de la vie, peu importe le prix à payer pour cela quand on est tellement fortunée !

Autour de ce trio sur lequel l’intrigue principale d’un prétendu abus de faiblesse est bâtie, le réalisateur associe les maris, Guy Farrère et Jean-Marc Spielman, sans oublier le majordome et confident Jérôme, et met l’accent sur les complexités et rivalités familiales où tous les coups bas sont permis.

Et même si les millions d’euros volent bas, la guerre de succession mère/fille n’est pas qu’une question d’argent, puisqu’un secret de famille autour de la collaboration fait vaciller les ambitions du groupe de cosmétiques qu’Hélène dirige de loin, un sujet collatéral qui élargit la perspective du film, et que Thierry Klifa introduit avec subtilité et justesse, d’autant que son gendre est de confession juive.

Mais au-delà du cynisme et d’un tableau grinçant d’une famille scandaleusement riche, le réalisateur sait faire craquer le vernis en explorant les failles et les sentiments de l’amour filial entre une mère et sa fille. La jalousie de cette dernière, qui estime ne pas être à la hauteur de sa mère flamboyante, provoque sa soif de vengeance ; une position difficile à justifier puisqu’elle est déjà l’unique héritière.

Ce qui fait le succès du film est avant tout le fantastique couple d’acteurs Laurent Lafitte (Banier/Fantin) et Isabelle Huppert (Bettencourt/Farrère) qui se mettent en valeur l’un l’autre dans leur relation extravagante : Lafitte est époustouflant et génial dans ce rôle hallucinant d’insolence, avec sa chevelure de jeune premier, cet acteur boulimique qui transforme son image, jadis policée, depuis quelques films (Les Barbares, Classe Moyenne, T’as pas changé – en lien avec son départ de la Comédie Française en 2024 ?) tandis qu’Huppert, davantage dans la continuité (La Syndicaliste, Mon Crime, La prisonnière de Bordeaux), trouve ici un rôle lumineux, parfaitement taillé à sa mesure, sous la forme d’une renaissance joyeuse. Ensemble ils paraissent vraiment s’amuser, ce qui contribue à la réussite de cette farce, d’autant que l’écriture et les dialogues sont d’une grande qualité, à l’instar de ces témoignages en mode confidence face caméra des différents protagonistes en amont du procès.

Le reste du casting des personnages principaux est certes très bon, mais en retrait des deux acteurs principaux, que ce soit Marina Foïs, féroce et excellente, cachée derrière sa frange, mais avec moins d’ampleur que dans le récent Moi qui t’aimais, Raphaël Personnaz qu’on sent à l’étroit dans le rôle shakespearien du majordome et ses cheveux blonds ambiguës, ou encore André Marcon et Mathieu Demy, les maris qui servent quasiment de faire-valoir.

Le soin apporté aux décors, avec une image gros grain qui fait ressortir les couleurs chaudes, contribue à une ambiance vintage très cossue, davantage suggérée qu’ostentatoire, que ce soit dans la fabuleuse résidence principale de Neuilly ou les luxueuses résidences secondaires en bord de mer (en réalité tout est filmé en Belgique). Et comme il se doit dans ce milieu, la richissime Hélène a une toilette différente lors de chacune de ses apparitions.

Présenté à Cannes 2025 en hors compétition, le film de Thierry Klifa s’avère être de loin la meilleure comédie française de l’année, même avec ses accents dramatiques et sa durée de plus de deux heures qu’on ne voit pas passer.

Le réalisateur se raille certes des travers d’une grande famille française, mais sait appuyer sur la sensibilité des relations humaines, au fond comme dans toutes les autres. Se concentrant sur le retentissant fait de société, il sait éviter avec soin les embarras politiques de l’époque, qui renverraient inévitablement à aujourd’hui, et aborde très peu le fonctionnement business des grandes entreprises, ce qui est nettement préférable dans le contexte géopolitique de nos temps troublés.

A voir sans modération pour un moment irrésistible de drôlerie et savoureusement décapant !

Bande annonce : La femme la plus riche du monde

Fiche technique : La femme la plus riche du monde

  • Titre : La femme la plus riche du monde
  • Réalisateur : Thierry Klifa
  • Scénaristes : Thierry Klifa, Cédric Anger, Jacques Fieschi
  • Genre : Comédie dramatique
  • Pays de production : France, Belgique
  • Date de sortie : 29 octobre 2025
  • Durée : 123 minutes
  • Musique originale : Alex Beaupain
  • Directeur de la photographie : Hichame Alaouie
  • Directeur du casting : Sarah Teper
  • Chef monteur : Chantal Hymans
  • Chefs costumiers : Jürgen Doering, Laure Villemer
  • Producteur : Mathias Rubin
  • Sociétés de production : Recifilms, Versus Productions
  • Distribution France : Haut et Court

Casting principal

  • Isabelle Huppert : Marianne Farrère
  • Marina Foïs : Frédérique Spielman
  • Laurent Lafitte : Pierre-Alain Fantin
  • Raphaël Personnaz : Jérôme Bonjean
  • André Marcon : Guy Farrère
  • Mathieu Demy : Jean-Marc Spielman
  • Joseph Olivennes : Raphaël d’Alloz
  • Micha Lescot : De Veray
  • Paul Beaurepaire : Charles Spielman

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Cinémania 2025 : Rue Málaga – Filmer l’âge avec panache.

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Dès les premières images du film où l’on voit cette septuagénaire espagnole faisant son marché dans les rues de Tanger, on sent que l’on va voir quelque chose de frais et de coloré. Rue Malaga nous enivre par ses premières minutes et le parfum que le film dégage ne nous quittera plus durant deux heures merveilleuses. Carmen Maura y resplendit et la vieillesse n’avait pas été montrée sous un si beau jour depuis des lustres. Il fallait bien le talent de Maryam Touzani, déjà à l’œuvre sur le sublime Le bleu du caftan pour nous charmer à ce point avec cette œuvre douce et délicieuse sur les racines, la pugnacité et l’amour à tout âge. Une petite merveille aussi exotique que chaleureuse qui nous touche en plein cœur et que seule une fin qui dénote un peu vient entacher.

Synopsis: Une Espagnole âgée vivant à Tanger résiste à la décision de sa fille de vendre sa maison et redécouvre les sentiments romantiques et la sensualité…

Dès les premières images du film où l’on voit cette septuagénaire espagnole faisant son marché dans les rues de Tanger, on sent que l’on va voir quelque chose de frais et de coloré. Rue Malaga nous enivre par ses premières minutes et le parfum que le film dégage ne nous quittera plus durant deux heures merveilleuses. Carmen Maura y resplendit et la vieillesse n’avait pas été montrée sous un si beau jour depuis des lustres. Il fallait bien le talent de Maryam Touzani, déjà à l’œuvre sur le sublime Le bleu du caftan pour nous charmer à ce point avec cette œuvre douce et délicieuse sur les racines, la pugnacité et l’amour à tout âge. Une petite merveille aussi exotique que chaleureuse qui nous touche en plein cœur et que seule une fin qui dénote un peu vient entacher.

Des effluves d’épices qui émanent d’un marché. Des doigts qui caressent des pousses végétales. Les couleurs des tissus qui enchantent le regard. Les mains qui s’affairent à la cuisine et les odeurs qui s’en dégagent et traversent l’écran. En quelques plans sur une rue animée et commerçante de la vieille ville de Tanger et l’appartement du personnage principal, Maryam Touzani pose le décor avec volupté. Et la septuagénaire (bientôt octogénaire) incarnée par la grande Carmen Maura s’y balade le sourire aux lèvres, les yeux pétillants, le cœur conquis avec l’âme qui s’y abandonne. Les premières scènes de Rue Malaga encapsulent tout un monde. Et une vie. Celle de Maria.

On est donc happé par les séquences inaugurales du long-métrage et on sent que quelque chose de beau va s’y dérouler. On s’y abandonne durant deux heures avec un plaisir non feint. Si l’arrivée de la fille qui va vouloir vendre l’appartement de sa mère augure du pire, c’est la renaissance de Maria ensuite qui va nous combler de bonheur pour ne nous quitter qu’à la fin de la projection. Rue Malaga est une œuvre qui fait du bien, aux contours presque exotiques et qui a l’originalité de marier les cultures marocaines et espagnoles avec panache. Le film se déroule à Tanger en pleine terre arabe mais on y parlera espagnol quasiment tout du long et on y sentira fortement l’influence ibérique. Un pont entre deux continents et un cœur partagé entre deux cultures.

L’une des plus grandes actrices espagnoles, qui a été la muse de cinéastes aussi hétéroclites que Pedro Almodovar (le chatoyant Volver) ou Alex de la Iglesia (le jubilatoire et féroce Mes chers voisins), livre une de ces performances magnifiques qui couronnent le règne d’une actrice au crépuscule de sa vie. Elle nous offre sur un plateau une composition solaire et enjouée d’une vieille dame qui n’a pas renoncé à la vie et qui, au contraire, l’embrasse encore de toutes ses forces. C’est d’ailleurs le meilleur aspect du film quand on la voit malicieuse tentant de rester vivre dans son appartement malgré l’absence de revenus ou quand elle (re)découvre l’amour en bas de la rue. Maura est fabuleuse et il est fort probable que des prix viennent récompenser ce film remarqué à Venise et Toronto.

Les séquences qu’elle partage avec l’antiquaire du coin, joué par le ténébreux et charmant Ahmed Boulane, sont délicieuses. Rares sont les cinéastes à filmer l’amour et les ébats entre personnes du troisième voire quatrième âge de manière aussi poétique et pudique sans jamais être malaisants. Mais Maryam Touzani s’y connaît en douceur puisqu’elle nous avait enchantés il y a trois ans avec le tout aussi beau Le bleu du caftan qui parlait d’homosexualité dans la casbah. Sont évoqués ici également le pouvoir de nos racines et l’importance de garder du lien avec la terre qui nous a vu naître.

Rue Malaga a peut-être un peu de mal à se conclure et il épouse un peu le tragique de manière inutile sur sa dernière ligne droite en plus d’une fin ouverte. On aurait préféré que le long-métrage continue dans sa veine pleine de fraîcheur et d’humour parfois. Mais on ne s’en formalisera pas outre mesure. En effet, on sourit beaucoup devant la pugnacité de Maria pour garder son appartement et ses combines. Tout comme ses échanges avec une sœur ayant fait vœu de silence nous amusent beaucoup. Touzani nous fait le cadeau d’une œuvre aussi chaleureuse et pétillante que son personnage principal, un feel-good movie coloré qui est aussi une ode à la vieillesse. Une petite pépite.

Bande-annonce Rue Málaga (titre original : Calle Málaga)

Fiche technique Rue Málaga (titre original : Calle Málaga)

Réalisatrice : Maryam Touzani
Scénaristes : Maryam Touzani, Nabil Ayouch
Casting : Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane, María Alfonsa Rosso, Miguel Garcés
Image : Virginie Surdej
Montage : Teresa Font
Musique : Freya Arde
Son : Nassim El Mounabbih
Pays de production : France, Espagne, Maroc, Allemagne, Belgique
Durée : 1h56
Genre : Drame
Distributeur France : Ad Vitam
Date de sortie France : 18 mars 2026
Date de première mondiale : 29 août 2025 (Mostra de Venise)

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3.5

Les Conséquences de Pascal Rambert : ce qui demeure

Une famille. Des événements, du temps : mariages, enterrements. Entre les deux, Pascal Rambert déploie une physique des âmes. Dans Les Conséquences, présenté au Théâtre de la Ville, les corps deviennent des équations vivantes, les dialogues des passions hilarantes ou exsangues. Loin du psychologisme convenu, c’est une géométrie des émotions qui nous est offerte, une langue fiévreuse, engagée et vivace – où chaque réplique est une énergie, chaque silence un angle droit, chaque dos un visage, chaque visage une existence et une bataille. Bienvenue dans La Cerisaie du XXIᵉ siècle.

La vitalité des fêlures

 À quoi reconnaît-on qu’on assiste à un grand moment de théâtre ? Un metteur en scène endosse le temps et les traumas de l’époque, leur perturbation majeure, ce qu’ils font faire à nos vies : aimer, crier, trahir, jouir, subir, faiblir, s’oublier, transmettre, dire à tue-tête, parler, tenir debout, résister, vieillir, devenir fou, avoir le mors aux dents, perdre les mots, perdre la langue, finir, mourir.

Pascal Rambert, dans sa dernière création Les Conséquences (actuellement au Théâtre de la Ville), ressaisit toutes les obsessions, passions et frustrations des vies : celles qui traversent la famille qu’il imagine (avec ses compagnons acteurs et actrices de toujours, plus de nouveaux venu·es), celles qui palpitent et hantent les existences de tous, et nous fait éprouver un très grand moment de théâtre, d’émotions et de jeu.

Eurythmie

La puissance des Conséquences est une symbiose précieuse entre l’acuité d’un texte plein, précis, vif et mélancolique, profondément amoureux de la mémoire du théâtre, l’architecture épurée d’une scénographie limpide et lumineuse, et la vigueur performative d’une troupe d’acteurs en majesté.

Tout est congruent. Tous les motifs et strates de son travail (langue, scénographie, rythme, style, jeu) viennent se correspondre avec une adéquation radieuse, comme si soudainement un géomètre mettait toute son exactitude pour créer de l’exaltation, une transe née de la rectitude des rapports entre ce qui est dit, ce qui est montré, joué, dansé, chanté et ressenti.

Ici, le décor est une sorte d’immense serre blanche constituée de bâches par lesquelles les comédiens ne cesseront d’entrer et de sortir pour intervenir sur le plateau et demander ce qu’il s’y dit.

Même les bâches deviennent ici des objets parlants, écoutants, vibrants, même ce décor nu, témoignant de mariages et d’enterrements, vient nous signifier le désarroi et cette « blague de l’existence ».

Mémoire du théâtre à l’œuvre

Dans la plus pure tradition de Vilar-Vitez, il suffit de peu pour faire du théâtre : des corps d’acteurs qui s’avancent et prennent la parole. Avec Les Conséquences, nous y sommes, à l’arête ou la vertu de ce principe, auquel Rambert ajoute son style, cette énergie du polemos qui irrigue tous les dialogues et monologues, cette électricité hilarante ou sarcastique qui vient désarçonner la langue, mordre le réel, attaquer les cicatrices des défaites, rompre le temps.

Dans cette histoire que Rambert envisage telle une trilogie (à venir, avec la même distribution : Les Émotions et La Bonté), il n’est question que de cela : toute une famille tente de se réunir, de se parler, de se dire, de s’entendre. Et sur ces événements solennels, affreusement impossibles que sont les mariages et les enterrements, la famille se souvient, essaye de se parler, se tend , s’aime et se déchire.

Nous ne raconterons pas les histoires de chacun. Il faut aller voir les mouvements et chorégraphies à l’intérieur desquelles ces dialogues et monologues prennent leur course et leur élan. C’est certainement le spectacle le plus Pina Bauschien de Rambert. Les femmes y virevoltent en longues robes fluides et colorées, les hommes y sont plus raides et statiques, en costume noir et cravate. La drôlerie circule. La folie rode. La parole veille.

La vitalité et les circulations intempestives que met en œuvre Rambert sont la force et l’autre écriture de son texte, son âme vigoureuse et persistante, ce que les Grecs appelaient la karteria, cette force d’âme clairvoyante que les Américains nomment la stamina : l’endurance active et morale. C’est beau, c’est généreux, tendre et rauque, rapide et profond, désopilant et bon. C’est une oeuvre galvanisante qui dit la déliquescence de l’époque tout en croyant encore à la ferveur des engagements enflammés, tout en croyant encore à l’ardeur des couleurs des robes pour danser la vie, tout en croyant toujours à la tenue d’une parole, à l ‘acte de la langue poétique et philosophique pour produire de l’inédit.

Les Conséquences : Teaser

Les Conséquences : Fiche technique

Texte et mise en scène : Pascal Rambert
Lumières : Yves Godin
Costumes : Anaïs Romand
Musique : Alexandre Meyer
Scénographie : Aliénor Durand
Collaboration artistique : Pauline Roussille
Production déléguée : structure production
Avec Audrey Bonnet, Anne Brochet, Paul Fougère, Lena Garrel, Jisca Kalvanda, Marilú Marini, Arthur Nauzyciel, Stanislas Nordey, Laurent Sauvage, Mathilde Viseux, Jacques Weber

« Diana » : la princesse au grand cœur

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Dans Diana, Annick Cojean, Sophie Couturier et Sandrine Revel signent une œuvre hybride, à la frontière du reportage, du portrait et de l’hommage. Entre le souvenir d’une rencontre rare et la tragédie d’une disparition, cette bande dessinée documentaire explore la vérité d’une femme qui, au-delà du mythe, voulait porter haut certains principes.

Cela fait partie des entretiens qui deviennent des rendez-vous avec l’Histoire. Annick Cojean obtient au printemps 1997 une interview de la princesse Diana, qui sera glissée dans une série de douze articles publiés dans le journal Le Monde. Connue pour son exigence et sa retenue, la journaliste ne cherche ni la confidence mondaine ni le frisson du scoop. Ce qu’elle veut comprendre, c’est la femme derrière l’icône, la conviction derrière le sourire. 

Pourquoi Diana, adulée, traquée, parfois honnie, accepta-t-elle cette demande parmi des centaines d’autres ? Peut-être parce qu’elle y devine un regard différent : celui d’un journal austère mais respectueux, d’un interlocuteur français et réellement intéressé par ses idées, d’une plume curieuse de sens plus que de scandale. Quoi qu’il en soit, de cet échange naît un texte d’une rare portée, publié le 27 août 1997.

Quatre jours plus tard, la princesse de Galles s’éteint tragiquement à Paris, et ce portrait devient aussitôt son testament. L’article, relu à la lumière du drame, prend une autre valeur. Les mots de Diana, pleins d’élan, de lucidité, de tendresse, résonnent comme une prémonition. Elle y évoquait sa mission humanitaire, son combat contre les mines antipersonnel, son refus des faux-semblants, cette liberté nouvelle qui l’enivrait. 

Annick Cojean se trouve happée malgré elle par le vertige médiatique. Elle se retrouva au centre d’un ouragan. La BD la montre assaillie par les questions, contrainte de se servir d’une chambre d’hôtel comme d’une press room. Son texte est disséqué, commenté, souvent déformé. On scrute la moindre inflexion, on traque dans ses lignes la clé d’un mystère. La journaliste, qui n’avait cherché qu’à donner voix à une femme, devient malgré elle la « dernière à avoir interviewé Lady Di ». Un titre qui sonne un peu comme un fardeau. 

Dans ce tumulte, il lui faut pourtant reprendre souffle, revenir au cœur de ce qu’avait été cette rencontre : une heure suspendue dans le salon clair de Kensington Palace, entre rires, confidences et promesses de se revoir. C’est précisément de cette mémoire réinvestie qu’est née la bande dessinée Diana. Au fil des pages, le mythe se désarme. La princesse y redevient femme, mère, militante, parfois incertaine mais toujours ardente. Celle que la presse avait érigée en figure glamour, puis crucifiée pour ses audaces, apparaît ici dans sa vérité nue : déterminée à utiliser sa notoriété pour servir les causes qui la bouleversent. 

Son engagement contre les mines antipersonnel, son empathie envers les malades du sida, sa tendresse pour les exclus témoignent pour elle. Diana n’a pas théorisé sa liberté : elle l’a vécue, corps et âme, jusqu’à s’y brûler. Cette liberté-là, les médias britanniques n’ont jamais su la lui pardonner. Ils l’ont piégée dans leurs flashs comme on retient dans une cage un oiseau trop vif. À mesure qu’elle s’émancipait du protocole, la chasse s’intensifiait. Avec le résultat que l’on sait…

Avec le recul, cet ouvrage apparaît comme une tentative de rendre justice à cette vérité engloutie sous la frénésie médiatique. Ni hagiographie ni enquête, il trace un chemin d’humanité et de vérité subjective à travers les reflets déformants de la gloire. C’est très intéressant sur le plan factuel, mais probablement un peu trop lisse et convenu dans sa dimension narrative. Mais peut-on vraiment, en l’espèce, reprocher aux auteurs d’avoir évité les fioritures pour se concentrer sur l’essentiel ?

Diana, Annick Cojean, Sophie Couturier et Sandrine Revel
Steinkis, octobre 2025

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3.5

« La Beauté cachée des cartes » : la poétique du monde déplié

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Dans La Beauté cachée des cartes (éditions Autrement), Jean-Luc Arnaud, historien de la cartographie, fait voler en éclats l’usage froid du plan pour lui restituer une chaleur sensible, presque artistique. En isolant de minuscules fragments de cartes anciennes, il révèle leur part d’inconnu, de rêve, de qualité visuelle. 

Et si une carte n’était pas un instrument, mais un poème endormi sous la poussière des atlas ? Si les lignes de contour, les trames, les couleurs et les typographies qui composent nos territoires recelaient, à l’insu même de leurs auteurs, un élan de beauté prêt à jaillir ? C’est cette hypothèse très originale que Jean-Luc Arnaud transforme en expérience plastique dans La Beauté cachée des cartes.

À rebours du cartographe rationnel qu’il demeure pourtant, l’auteur s’y fait flâneur. Il découpe, prélève, agrandit, surexpose ce qu’on n’aurait peut-être même pas remarqué. Les morceaux de cartes deviennent des paysages abstraits, des visages du monde sans nom ni boussole. D’un extrait cartographique naît un ballet de couleurs vives, presque expressionniste ; d’un plan de la région de Paris, une musculature de fer, filant comme une veine rouge dans la page ; d’une carte géologique du Groenland, une peinture moderne où le rose et le noir dialoguent en silence. Chaque fragment, une fois désarrimé de sa fonction initiale, devient un tableau à contempler.

La carte, vidée de son pouvoir de repérage, retrouve sa liberté d’invention. Elle n’est plus un outil, mais un organisme vivant : ses veines ferroviaires, ses nerfs fluviaux, ses membranes de papier respirent à nouveau. Le texte qui accompagne ces images, bref et limpide, agit comme un haïku – « Muscles d’acier fusant jusqu’aux bouts du monde / Longs voyages » – et prolonge le souffle visuel par un écho poétique.

Le livre, ainsi, se feuillette comme une galerie d’art singulière : un musée d’extraits détournés, un inventaire de songes cartographiques. Jean-Luc Arnaud n’explique rien, au-delà des légendes qui accompagnent ses « samples » ; il invite à voir. Et cette invitation vaut manifeste. Car elle interroge notre manière d’habiter le monde : en croyant le maîtriser par la mesure, nous en oublions l’émotion première, celle du tracé, du relief, de la couleur.

La Beauté cachée des cartes s’inscrit dans une tradition de détournement poétique du savoir. Mais ici, point de concept : juste un regard, précis et bienveillant, posé sur ce que la science laisse échapper. Jean-Luc Arnaud redonne aux cartes leur part de mystère, de Tokyo à Paris, des phares de Finlande aux réseaux télégraphiques hongrois.  

Ses 210 fragments rassemblés tiennent lieu de monde recomposé, affranchi des catégories du vrai et du faux. Un monde où chaque route devient trait d’encre, chaque montagne une forme géométrique, chaque mot un élan. Difficile, après ça, de ne pas laisser traîner l’œil sur toutes les autres cartes, à la recherche de quelque chose de poétique, qui ferait sens et/ou émotion une fois bouté hors de son contexte.

La Beauté cachée des cartes, Jean-Luc Arnaud
Autrement, novembre 2025, 288 pages

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3.5

« Pénis de table 2 » : l’intime mis à nu

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Neuf ans après un premier opus déjà salué pour sa franchise, Cookie Kalkair remet le couvert. Son Pénis de table 2 (éditions Steinkis) s’invite à nouveau dans les zones d’ombre du désir – entre honte, tabou, maladresse et tendresse. Mais cette fois, la table s’est agrandie, plus diverse, plus consciente, moins complaisante aussi. Un ouvrage aussi cru que nécessaire, où six hommes discutent, se dévoilent et parfois se contredisent, pour mieux comprendre ce que veut dire aujourd’hui « avoir un pénis » dans un monde post-#MeToo.

Un mot d’abord sur le ton. Ni leçon de morale ni manifeste, mais une conversation directe, souvent drôle, qui ose regarder l’homme moderne droit dans les yeux – et même sous la ceinture. Cookie Kalkair met en vignettes de longues discussions entre six hommes très différents, réunis pour parler de ce qu’on tait le plus : le corps, le plaisir, la peur d’être jugé, les zones interdites.

Ce deuxième tome se pose comme un miroir tendu à la virilité. Le dispositif est simple, presque théâtral : une table, des voix, des récits. Et de ces dialogues jaillissent mille contradictions. La culture porno, les sextoys, le sexe anal, le travail du sexe, l’érotisme masculin : autant de chapitres qui cherchent à déconstruire le confort du regard masculin sur lui-même.

La diversité de ses intervenants est un autre atout précieux. Là où le premier volume faisait se rencontrer des hommes blancs, hétéros, souvent urbains, ce second réunit une mosaïque plus représentative : des corps et des parcours multiples, où se croisent travailleurs du sexe, personnes trans, croyants, athées, hétéros, bi ou gays. Effet direct : la discussion s’épaissit, s’enrichit, voire se frictionne. 

On parle ici de plaisir anal sans détour (« plus serré »), de la gêne persistante que ces sujets provoquent, de la domination masculine dans la pornographie ou de la pauvreté de l’éducation sexuelle à l’ère du tout numérique. L’ouvrage s’appuie occasionnellement sur des données statistiques précises, comme celles sur la prostitution en France, où 85 % sont des femmes, 10 % des hommes et 5 % des personnes transgenres, la majorité issue de migrations précaires.

Et il y a aussi ce paradoxe, que Kalkair souligne sans insister : malgré la profusion d’images et de discours sur le sexe, la parole masculine reste pauvre. Les hommes parlent encore trop peu de leur corps, sinon à travers la performance ou la blague. Ce Pénis de table 2 vient alors combler un vide, en créant un espace où l’incertitude est permise.

Au fond, Pénis de table 2 ne parle pas tant du sexe que de ce qu’il révèle. Et il n’élude rien : les violences, la consommation d’images pornographiques, la déconnexion entre plaisir et affection, la place des femmes dans cette cartographie du désir masculin. Parmi les nombreux sujets abordés : le sexe en réalité virtuelle, les contenus pour adultes en ligne, les agressions sexuelles ou encore le regard des femmes sur l’anatomie masculine.

Dans ce dialogue à plusieurs voix, chacune porte une part du réel. Ce que Cookie Kalkair réussit, c’est une représentation plurielle de la masculinité contemporaine. Un livre utile, drôle, qui ose aller au bout de sa démarche.

Pénis de table 2, Cookie Kalkair
Steinkis, octobre 2025, 176 pages

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3.5

« La Vie en bleu » : quand la gastronomie devient un roman d’apprentissage

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Entre l’odeur avenante du beurre chaud et la rigueur du geste parfait, La Vie en bleu nous plonge dans les coulisses de la gastronomie française. Sous la plume de Julien Moca et le trait de Cécile Barnéoud, l’itinéraire d’une jeune cheffe venue de Séoul se transforme en parcours initiatique, à la fois sensoriel, humain et culturel. Un one shot généreux, riche en émotions et en saveurs.

On pourrait croire que tout commence derrière un plan de travail immaculé, sous la blancheur intimidante d’une toque. Mais non : c’est le départ de Kim Jae-Kyung quittant Séoul et le restaurant familial pour Paris qui amorce véritablement le récit. Capitale d’une cuisine dont elle ne maîtrise ni les codes, ni la langue, la métropole a de prime abord quelque chose d’inconfortable. Et ce choc des cultures, Moca et Barnéoud le traitent sans clichés, avec cette justesse qui naît de la curiosité : celle d’un regard étranger découvrant les mystères du « bien manger à la française », et d’une école célèbre, le Cordon Bleu, où chaque geste semble pesé et soupesé par des décennies d’exigence.

Très vite, le lecteur comprend que La Vie en bleu n’est pas seulement une histoire de recettes. C’est avant tout une quête de soi, un apprentissage du doute et du dépassement. Jae-Kyung, d’abord maladroite, épuisée, submergée par les reproches de ses chefs, apprend la patience, la précision, la beauté du détail. Ses erreurs deviennent des leçons, ses doutes un carburant. La bande dessinée suit ce rythme intérieur, devenu matière romanesque.

Le dessin de Cécile Barnéoud capte à merveille les textures. Ses planches sont presque olfactives : on y sent la chaleur d’une cuisine en plein service, la fatigue du soir, l’émerveillement des marchés où Jae-Kyung voudrait tout goûter, tout acheter. Mais La Vie en bleu est aussi une ode à la pédagogie. Les chefs, parfois durs, jamais injustes, incarnent cette forme de bienveillance exigeante qui forge les vocations. Autour d’eux, un groupe cosmopolite d’élèves rappelle que la gastronomie française est un creuset vivant. Dans ce brassage, Julien Moca semble glisser une énième idée discrète mais précieuse : apprendre à cuisiner, c’est aussi apprendre à écouter, à traduire, à s’ouvrir aux autres.

Et quand la jeune Jae-Kyung, à la fin, entrevoit Londres comme nouvel horizon, ce n’est plus une fuite mais un envol. Elle n’est pas seulement l’élève appliquée d’une école prestigieuse : elle cherche à embrasser la cuisine par tous ses reliefs, y compris marketing. Avec La Vie en bleu, Julien Moca et Cécile Barnéoud signent ainsi une œuvre fine et inspirante, à mi-chemin entre le roman graphique et le carnet de voyage.

Un cahier documentaire vient par ailleurs prolonger la lecture. On y découvre l’histoire du Cordon Bleu, fondé en 1895, ses traditions, ses rituels, sa modernité. Ce supplément prolonge le récit et l’ancre dans une réalité tangible.

La Vie en bleu, Julien Moca et Cécile Barnéoud 
Glénat, 5 novembre 2025, 96 pages

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3

« Bestial : Saramza 61 » : l’homme qui fuyait sa propre nature

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Sous la neige, la bête. Février 1999, péninsule de Kola. Un corps gît dans le froid, presque mort, pas tout à fait humain. Il s’appellera Gary, parce qu’il faut bien un nom pour désigner l’indésignable. Il guérit trop vite, se régénère trop bien et s’échappe trop brutalement pour être seulement un miraculé. Plus tard, on le retrouve à Moscou, poursuivi, cerné, traqué comme un animal rare dont la science veut percer le secret. Pour fuir, il s’enferme dans un cercueil et file vers Berlin – la résurrection comme dernier refuge ?

Avec Bestial : Saramza 61, Éric Corbeyran rejoue les codes du thriller fantastique sans chercher à les contourner : un homme issu d’expériences douteuses, une fuite haletante, des poursuivants acharnés, et ce doute persistant – monstre ou victime ? L’ombre de X-Files, de Wolfen ou de Dog Soldiers rôde à chaque page. Mais ce qui sauve l’ensemble de la routine, c’est le sens du rythme et du cadre. En vieux renard du scénario, l’auteur va droit à l’os. Pas de circonvolutions, pas de bavardage : un prologue glacial, un présent nerveux et une tension qui ne décroît jamais. Il écrit comme on filme, caméra à l’épaule, regard au plus près de l’horreur.

Gary, mi-homme mi-bête, est une figure tragique, un fauve hanté par son propre métabolisme. Là où d’autres auraient brodé une mythologie, on s’en tient pour l’instant à la chair et au sang : l’horreur n’est pas métaphysique, mais biologique. Luca Malisan met ce bestiaire en images avec talent. Les planches, traversées d’un faisceau de néons et de contre-jours, ont quelque chose de l’esthétique post-soviétique : la froideur métallique, la menace latente, le muscle sous la peau.

Rien de révolutionnaire, certes – et Corbeyran ne prétend probablement pas l’inverse. Bestial assume son classicisme, celui des séries B soignées, efficaces, où l’on tourne les pages comme on enchaîne les épisodes d’une bonne anthologie télévisée. Ce qui tient l’ensemble relève de la narration pure. Le lecteur devient lui aussi un chasseur : il veut savoir, il veut voir, il sait qu’il y a un mystère à percer et des personnages en danger. Au final, Saramza 61 constitue un premier acte musclé, taillé pour ceux qui aiment le frisson sans un contexte trop dense qui viendrait l’empeser.

Bestial : Saramza 61, Éric Corbeyran et Luca Malisan
Kamiti, octobre 2025, 56 pages

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3

Programme de la 29ème édition du Festival du film francophone « Les Œillades » d’Albi

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La 29ème édition du festival Les Œillades se déroulera du 18 au 23 novembre et mettra à l’honneur la thématique « Arts et cinéma ». Au programme : 31 avant-premières prestigieuses réparties dans les trois salles albigeoises Arcé, Lapérouse et Cordeliers, dont 12 longs-métrages en compétition pour le Prix du Public, 16 séances « Reprises » pour redécouvrir les œuvres qui ont marqué l’année 2025, mais aussi la traditionnelle compétition de courts-métrages, une carte blanche au distributeur Jour2Fête, et une masterclass autour de la musique de film dirigée par le compositeur Michel Petrossian. Cette année, le festival inaugurera sa première nuit du cinéma, conçue autour de trois longs-métrages issus de la sélection.

À Albi, le festival « Les Œillades » célèbre les arts au cinéma

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Affiche Les Œillades 2025

Comme chaque année depuis 28 ans, entourés des bénévoles de l’association Ciné Forum, Monique et Claude Martin offrent aux cinéphiles du Tarn de multiples projections et rencontres avec des invités prestigieux, des avant-premières en présence des équipes des films, des séances dédiées au jeune public et des débats enrichissants. Un rendez-vous incontournable pour fêter ensemble le cinéma francophone dans toute sa diversité.

Avec pour fil rouge la thématique « Arts et Cinéma », cette 29e édition du festival du film d’Albi s’annonce riche en découvertes. Sept films mettront en lumière la musique, la danse, le théâtre, l’architecture et la littérature ; autant de disciplines pour penser le monde de manière plurielle, revendiquer nos valeurs culturelles et répondre collectivement aux maux de notre époque. En effet, la lutte contre tous les racismes, les difficultés liées à l’intégration ou encore les violences faites aux femmes sont plus que jamais au cœur d’une programmation à la fois éclectique, exigeante et paritaire, qui promet de belles surprises.

En ouverture du festival, Tom Volf, auteur du remarqué Maria by Callas sorti en 2017, viendra présenter son documentaire inédit sur Véronique Sanson, une légende vivante de la chanson française. Déjà sélectionné à la Quinzaine des Cinéastes 2025, L’Engloutie, premier long-métrage de fiction de la jeune réalisatrice Louise Hémon porté par Galatéa Bellugi, sera également projeté.

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Conçue autour de trois longs-métrages issus de la thématique, une nuit du cinéma aura lieu pour la première fois aux Œillades le vendredi 21 novembre.

Le festival rendra hommage à l’actrice belge Émilie Dequenne, disparue en mars dernier, avec la séance patrimoine de Rosetta des frères Dardenne, film qui l’avait révélée et valu le Prix d’interprétation au Festival de Cannes 1999.

L’association Ciné Forum proposera également une carte blanche au distributeur indépendant Jour2Fête, derrière d’importants films engagés tels que Papicha, Merci Patron !, Un pays qui se tient sage ou encore Woman at War.

Enfin, le Prix du film vert sera remis pour la troisième année consécutive.

Les films en compétition

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Les Œillades offrent un large panorama des films francophones qui seront à l’affiche début 2026. Cette année, trente-et-un longs-métrages ont été sélectionnés ; douze d’entre eux concourent pour le prix du public.

Parmi les films en compétition, figurent : À Pied d’Œuvre réalisé par Valérie Donzelli, avec Bastien Bouillon dans le rôle d’un photographe à succès qui découvre la pauvreté après avoir tout abandonné pour se consacrer à l’écriture ; Les enfants vont bien, drame de Nathan Ambrosioni mettant en scène deux sœurs dépassées par les événements campées par Camille Cottin et Juliette Armanet ; On vous croit, film coup de poing sur les violences intrafamiliales signé Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys, mais aussi Qui brille au combat, premier long métrage de l’actrice Joséphine Japy, dans lequel Sarah Pachoud interprète une jeune fille atteinte d’un handicap lourd au diagnostic incertain.

Le public albigeois découvrira également La Femme de, second long-métrage de David Roux porté par Mélanie Thierry, puis Amour Apocalypse, comédie romantique et loufoque sur fond de crise climatique réalisée par Anne Émond.

Le festival s’accorde au féminin et fait, comme toujours, la part belle au cinéma québécois (Bachir Bensaddek retrace le parcours d’une femme hantée par un destin qu’elle a tenté de fuir dans La femme cachée), suisse (avec À bras-le-corps, Marie-Elsa Sgualdo raconte la trajectoire intime d’une jeune fille de quinze ans, qui tombe enceinte à la suite d’un viol et entame un coûteux chemin vers la liberté) et africain (Chloé Aïcha Boro met en scène une jeune ivoirienne cherchant à réparer le destin brisé de sa grand-mère dans Les Invertueuses).

https://www.youtube.com/watch?v=L0N0SVTQ-6Q

Le documentaire Nous l’orchestre signé Philippe Béziat viendra clôturer la compétition.

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Autres avant-premières attendues : la suite de Mektoub My Love d’Abdellatif Kechiche, qui marque le grand retour du cinéaste franco-tunisien sept ans après la sortie du premier volet polémique ; La Condition de Jérôme Bonnell, adaptation du roman « Amours » de Léonor de Récondo avec dans les rôles principaux Swann Arlaud, Galatéa Bellugi, Louise Chevillotte et Emmanuelle Devos, mais aussi Sauvons les meubles réalisé par la chef décoratrice Catherine Cosme, qui suit les retrouvailles familiales dramatiques de Vimala Pons et Yoann Zimmer, et Animal Totem, nouvelle comédie absurde signée Benoît Delépine.

Le public albigeois découvrira ensuite La Danse des renards de Valéry Carnoy, drame à la fois tendre et amer centré sur un jeune boxeur scolarisé en internat sportif, sauvé in extremis d’un accident mortel par son meilleur ami, puis Laurent dans le vent qui raconte l’errance d’un jeune homme sans travail ni logement interprété par Baptiste Perusat et L’Œuvre invisible, essai documentaire dans lequel Jean Rochefort revient sur sa collaboration inachevée avec son ami Alexandre Trannoy, surnommé le « cinéaste fantôme ».

Les festivaliers pourront également découvrir Grand Ciel de Akihiro Hata, réunissant Damien Bonnard et Samir Guesmi, Ma Frère de Lise Akoka et Romane Gueret, marquant les premiers pas au cinéma de la chanteuse Amel Bent, mais aussi Le Chant des forêts, documentaire animalier de Vincent Munier tourné dans les Vosges ou encore Planètes, film d’animation hypnotique réalisé par Momoko Seto.

Les projections seront suivies de débats en compagnie des réalisateurs, acteurs et producteurs.

Les séances reprises

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La section « reprises » donnera l’occasion de revoir ou de rattraper une sélection de fictions, documentaires et films d’animation déjà sortis en salles. Nous retrouverons notamment L’Étranger de François Ozon, Nouvelle Vague de Richard Linklater, Enzo de Laurent Cantet et Robin Campillo, Nino de Pauline Loquès, L’Intérêt d’Adam de Laura Wandel, Indes Galantes de Philippe Béziat ou encore Amélie et la métaphysique des tubes de Maylis Vallade et Liane-Cho Han.

La compétition courts-métrages

Cette année, sept courts-métrages ont été sélectionnés par l’équipe des Œillades et deux prix seront attribués à l’issue de la séance :

Au goût du jour de Camille Britte
D.S. Al Coda, film collectif
Été 96 de Mathilde Bédouet
I’m glad you’re dead now de Tawfeek Barhom
Jour de vent, film collectif
Les petits monstres de Pablo Léridon
Sous ma fenêtre, la boue de Violette Delvoye

Masterclasses avec Michel Petrossian et André Labbouz

Pour cette édition 2025, le festival reçoit le compositeur franco-arménien Michel Petrossian qui animera une masterlass sur « la musique au cinéma » le vendredi 21 novembre dans la salle Athanor. Connu pour avoir collaboré à trois reprises avec Robert Guédiguian (Gloria Mundi, Et la fête continue !, La Pie voleuse), il a récemment signé la bande originale du feel-good movie En Fanfare d’Emmanuel Courcol. L’occasion de revenir sur ces travaux qui lui permettent d’explorer une autre facette de la composition, entre musique orchestrale et interaction avec le récit cinématographique.

Artisan du patrimoine cinématographique et chargé des restaurations des films de la maison Gaumont depuis 2009, André Labbouz donnera lui aussi une masterclass exceptionnelle le mercredi 19 novembre, en partenariat avec le musée Toulouse-Lautrec. Intitulée « Technique de restaurations de films : dix ans de restauration numérique », son intervention reviendra sur toutes les étapes d’un travail particulièrement minutieux : étalonnage, restauration, vérification et enfin création du master.

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Les projets avec les scolaires

Depuis 2012, le festival mène des actions diverses envers les élèves des écoles primaires, collèges et lycées du Tarn. Les jeunes des établissements Edouard Herriot d’Albi et Salvan de Saliès réaliseront un court-métrage. Les élèves des collèges Balzac d’Albi, Saut de Sabo de Saint-Juéry et Alain Fournier d’Alban travailleront sur La Danse des renards au sein du projet « Un Film, Un Auteur ».

Encadré par Alice Vincens, professeure d’esthétique du cinéma, un stage d’analyse filmique autour du classique du genre fantastique La Féline (1942) de Jacques Tourneur sera proposé aux élèves du lycée Jean Vigo de Millau.

Cette année encore, les étudiants de L3 Lettres Modernes de l’INU Champollion effectueront un suivi journalistique du festival avec la rédaction du quotidien « L’Œilleton ».

« Les Œillades » du 18 au 23 novembre dans les trois cinémas albigeois : salle Arcé, Les Cordeliers et Lapérouse. Le programme complet est à retrouver ici.

Cinémania 2025 : Qui brille au combat – La délicatesse faite film

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Dans ce que l’on pourrait nommer un très beau geste artistique, Joséphine Japy réalise son premier film en prenant Mélanie Laurent comme actrice principale. Cette dernière l’avait en effet choisie à l’époque pour l’un de ses premiers films, le sublime Respire. L’association de ces deux talents doit porter bonheur au cinéma tant Qui brille au combat est un premier film sensationnel. En choisissant de filmer un sujet qui lui tient à cœur, le handicap mental dû à une maladie génétique rare, la jeune cinéaste frappe fort, et juste. On est face à un océan de délicatesse et de justesse. Voilà donc tout simplement un grand film porté par des actrices magnifiques qui révèle une nouvelle cinéaste.

Synopsis : Qui Brille au Combat est le sens étymologique du prénom Bertille, la plus jeune des deux sœurs de la famille Roussier, atteinte d’un handicap lourd, au diagnostic incertain. La famille vit dans un équilibre fragile autour de cet enfant qui accapare les efforts et pensées de chacun, et qui pourrait perdre la vie à tout moment. Chacun se construit, vit comme il peut avec les exigences de ce rythme et les incertitudes qui l’accompagnent. Les parents, Madeleine et Gilles, la sœur aînée, Marion. Quel quotidien et quels avenirs pour une mère, un père, un couple, une adolescente que la responsabilité de sa cadette a rendue trop vite adulte ? Lorsqu’un nouveau diagnostic est posé, les cartes sont rebattues et un nouvel horizon se dessine…

Il y a dix ans, Mélanie Laurent réalisait son second long-métrage, le très beau et puissant Respire, et elle faisait découvrir deux jeunes actrices, Lou de Laâge et Joséphine Japy. C’était l’un des premiers films de cette dernière et elle y était vraiment excellente. Une décennie plus tard, l’actrice qui a fait son petit bonhomme de chemin sans rentrer dans le star system hexagonal décide elle aussi de passer derrière la caméra comme le font désormais de plus en plus de comédiens. Et dans un beau geste de cinéma, elle enrôle Mélanie Laurent. Et elle choisit de ne pas se mettre en scène, préférant se consacrer totalement à la réalisation de cette petite pépite qu’est Qui brille au combat.

Ce titre vient du nom donné au personnage de cette jeune handicapée mentale qui est au cœur du film. Elle est atteinte d’une maladie génétique rare et incurable. Et elle s’appelle Bertille, dont le sens étymologique veut donc dire « qui brille au combat ». C’est beau. Et tout l’histoire de ce premier long-métrage, dont le sujet importe beaucoup à la cinéaste par son vécu, va tourner autour de cette jeune fille. Sa mère (jouée par Mélanie Laurent), sa sœur (jouée par Angelina Woreth) et son père (joué par l’acteur québécois Pierre-Yves Cardinal), dans un geste d’amour familial, sont à ses côtés, coûte que coûte. Sans le vouloir et par sa condition, cette jeune fille qui ne peut vivre seule va donc être l’épicentre de sa famille et du film.

Ce premier essai s’apparente à un petit miracle. De ces premières œuvres qu’on n’oublie pas. Il y a une délicatesse et une justesse dans la manière de filmer cette famille et le handicap qui confine au sublime. On est parfois même proche de la poésie sans pour autant fuir le réalisme d’une telle situation. On comprend l’abnégation et la résilience nécessaires aux membres de cette famille qui donnent tout leur amour malgré les complications inhérentes à vivre avec une enfant comme Bertille. D’autant plus que c’est une maladie rare et imprévisible. On sent l’inquiétude au quotidien, l’urgence de certaines situations et le ras-le-bol, parfois aussi. Mais il n’y a pas une once de jugement, juste de la douceur et de l’émotion. Beaucoup d’émotions.

Que ce soit dans la recherche de réponses à sa maladie, dans les doutes d’un père proche de l’abandon, dans les rapports avec les autres pas toujours à même de comprendre ce que vivent les membres de cette famille et surtout dans la manière de composer sa propre vie avec une sœur/fille comme Bertille, le long-métrage balaie le spectre d’un quotidien aux côtés d’une enfant malade. Qui brille au combat a la bonne idée de nous laisser entendre le point de vue des trois autres membres de la famille à parts égales. Cela donne une boussole narrative et émotionnelle à trois directions qui enrichit le film et le nourrit de divers sentiments et ressentis propres à chacun. Et la mise en scène d’une incroyable maîtrise pour un premier film nous immerge complètement dans ce beau portrait de famille. Entre plans merveilleux proches de l’onirisme et un réalisme parfois cru, chaque séquence frappe juste et touche fort. Lors de séquences souvent bouleversantes, on a souvent le cœur serré et la larme à l’œil.

On est (très) loin du réalisme social que l’on peut souvent voir au cinéma sur le handicap mental. Japy a tissé un drame familial simple mais vraiment puissant. Et elle s’est entourée d’un casting parfait qui fait pour beaucoup dans cette réussite. Mélanie Laurent nous rappelle à quel point elle est bonne actrice, d’une vérité rare dans son jeu quand elle se met dans ce type de rôle. Pierre-Yves Cardinal, pour son premier grand rôle en français, impressionne également. Mais c’est la jeune Angelina Woreth qui fait figure de révélation. Vue dans le tout aussi beau Leurs enfants après eux, elle campe une sœur aimante qui a besoin de prendre l’air. C’est d’ailleurs sa relation avec un homme mûr proche du pervers narcissique qui est la seule petite fausse note du film. Ce trait de caractère semble appartenir à un autre film et n’a pas d’utilité pour le sujet central. Si ce n’est cela, Qui brille au combat est une perle, une pépite à ne pas louper.

Bande-annonce : Qui brille au combat 

Fiche technique : Qui brille au combat

Réalisatrice : Joséphine Japy
Scénario : Joséphine Japy et Olivier Torres
Acteurs principaux : Mélanie Laurent, Pierre-Yves Cardinal, Sarah Pachoud, Angelina Woreth, Félix Kysyl, …
Image : Romain Carcanade
Musique : Mattia Luchini, Odezenne
Décors : Laure Satgé
Montage : Nicolas Desmaison
Production : Antoine et Martin Playoust (Cowboys Films)
Distribution France : Apollo Films
Pays de production : France
Genre : Drame
Durée : 100 minutes
Sortie :  31 décembre 025
Sélection : Festival de Cannes 2025 – Séances spéciales

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