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The Northman de Robert Eggers

Force est de constater que Robert Eggers aime raconter des histoires. Dans sa nouvelle odyssée peuplée de vikings, le folklore n’a de cesse d’habiller ses récits et piétine graduellement les marches du tragique-obscur, avec une esthétique de plus en plus homérique.

L’amoureux des contes ésotériques donne une approche abrupte de la légende scandinave de Saxo Grammaticus dans la Geste des Danois, elle-même source d’inspiration pour l’œuvre reconnue de William Shakespeare. Amleth, fils du roi Horwendil, jure de se venger de la mort de son père, lâchement assassiné par son bâtard de frère et de sauver sa mère, capturée par ce dernier.

Ici, Eggers savoure l’époque dans laquelle il nous emmène, pleine de crasse et de bestialité qui s’accompagne d’une bande originale médusante. Peu importe le politiquement correct ou les valeurs de société, nous sommes au Xe siècle et les hommes sont enclins à la dominance animale, ce que Eggers a parfaitement représenté au travers de son personnage central. Alexander Skarsgard suinte l’inhumanité par une carrure prédominante et une attitude glaciale, résonance d’un état dans lequel il quitta sa terre natale après la mort de son roi.

Rappelons que celui-ci pour dernier apprentissage, guida son fils vers la transition de l’état animal à celui d’homme, dans une scène cérémonieuse qui suggère qu’un lourd budget ne suffit pas à lisser la patte de l’auteur. En dépit d’une volonté paternelle, Amleth se laissa habité par son désir de vengeance et mis en sommeil son humanité pour que l’ours-loup puisse réaliser sa traque des années plus tard, dans la peau d’un colonisateur barbare.

La kryptonite à toute cette rancœur viking assoiffée de sang se révèle au travers d’Olga, esclave aussi mystique que rusée mise sur le chemin de notre héros afin de lui offrir une dynastie, une sorte d’échappatoire à un destin que le prince prend à cœur de suivre. L’histoire éternelle de la belle et de l’homme derrière la bête ou une petite parcelle d’humanité sous cette armure de testostérone.

Aux portes du Valhalla

Sans surprise (encore), Amleth ne démordra de rien pour nager vers une vengeance promise, qui on ne va pas se mentir, tarde un peu à se concrétiser au cours de cet acharnement ô combien linéaire. Car bien que ce long développement offre une véritable immersion en ce siècle brutal et fascinant, le film s’éternise un peu trop et nous laisse sur une fin plus que méritée.

L’œuvre a pourtant de quoi captiver, avec une esthétique en pleine combustion et des plans obsédants dignes d’un grand cru dont seul Eggers a le secret. Seulement le désir d’exploiter est entaché par ce coulant d’embarras qui distille cette soif d’en faire trop. Une volonté présente mais qui se perd dans ce vaste documentaire slave qui aurait peut-être mérité un peu plus de liberté, une tâche pourtant réussie dans les deux précédents contes du réalisateur.

Toutefois The Northman est un film qu’il est bon de voir, de vivre et de subir, tant la violence et la rage de cette ère sont amenées sans aucun tact, avec son lot de mirages et de sorcelleries. Un véritable monde ouvert mis aux soins de Jarin Blaschke qui nous régale d’un bol d’air frais contemplatif. En d’autres termes, il est important de reconnaître au travers de ses films que Robert Eggers est un cinéaste primordial du XXIè siècle, avec une vision authentique du cinéma de genre qu’on retrouvera incessamment sous peu dans une réinterprétation très attendue du Nosferatu de F.W. Murnau.

 

The Northman – Bande-annonce

Fiche technique :

  • Titre original : The Northman
  • Titre québécois : L’Homme du Nord
  • Réalisation : Robert Eggers
  • Scénario : Robert Eggers et Sjón Sigurdsson
  • Musique : Robin Carolan et Sebastian Gainsborough
  • Photographie : Jarin Blaschke
  • Distribution : Alexander Skarsgård, Nicole Kidman, Claes Bang, Ethan Hawke, Anya Taylor-Joy, Willem Dafoe, Björk, Kate Dickie
  • Société de production : New Regency Pictures
  • Sociétés de distribution : Focus Features/Universal Pictures
  • Pays de production : Drapeau des États-Unis États-Unis / Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
  • Genres : aventure, historique
  • Durée : 136 min

Comment choisir le meuble parfait

Tendances mais aussi intemporels, le banc est un élément de mobilier dont la popularité n’a jamais été aussi forte. Grâce à notre guide, vous saurez tout sur les bancs et vous découvrirez comment sélectionner cet élément de mobilier, notamment parmi les Meubles de vidaXL au mieux en fonction de vos goûts et de vos besoins.

Les différents types de bancs

Il existe deux grandes catégories de bancs : les bancs d’intérieur et les bancs d’extérieur. Alors que les bancs d’extérieur peuvent être utilisés à l’intérieur, les bancs d’intérieur ne sont pas conçus pour résister au vent, à la pluie et au soleil brûlant. Vérifiez toujours qu’un banc est étiqueté pour un usage extérieur avant de l’ajouter à votre jardin. Voici les types de bancs existants et populaires :

    • Bancs d’extérieur : Les bancs d’extérieur peuvent être fabriqués dans des bois comme le teck ou le cèdre qui résistent aux éléments, ou ils peuvent être soigneusement scellés pour repousser l’eau. Les bancs sont aussi souvent fabriqués en métal durable, recouvert de poudre. Si les bancs d’extérieur ont un coussin, il est généralement fabriqué dans un tissu hydrofuge et résistant à la décoloration.
    • Bancs de chambre à coucher : Un banc de chambre à coucher est le plus souvent placé au pied du lit pour offrir un endroit où s’asseoir lorsque vous vous habillez. Ils sont souvent rembourrés pour plus de confort et peuvent comporter des rangements cachés pour les couvertures et autres linges.
    • Bancs de rangement : Les bancs de rangement ou bancs coffres avec un plateau amovible ou à charnière ne sont pas seulement destinés à la chambre à coucher. Ils peuvent être utilisés dans n’importe quelle pièce de la maison pour créer un siège de fenêtre confortable et fournir un excellent moyen de cacher toutes vos babioles.
    • Bancs de couloir/entrée : L’ajout d’un banc dans votre foyer ou votre entrée facilite le retrait des chaussures et des manteaux lorsque vous arrivez du froid. Un banc près de la porte peut également servir à ranger des objets tels que les sacs à dos, les sacs à main et les affaires d’hiver.
    • Bancs de salle à manger : Un banc de salle à manger est un choix de siège décontracté qui ajoute de l’intérêt à votre décoration. Utilisez un ou deux bancs sur les longs côtés de votre table pour les assortir à vos chaises. Les bancs de salle à manger peuvent être conçus pour un usage intérieur ou extérieur. Le rembourrage et le capitonnage sont agréables dans les salons et les chambres à coucher, où le confort est essentiel. En revanche, les salles à manger et les entrées bénéficient des lignes épurées et de la fonctionnalité des sièges en bois.

meuble

Comment choisir le banc idéal

La première étape pour choisir le bon banc pour votre espace est de déterminer où vous voulez l’utiliser. Un banc de jardin entièrement exposé aux éléments doit être conçu pour l’extérieur, et il est préférable de ne pas y ajouter de coussins. Un patio ou un porche semi-abrité vous permet d’ajouter facilement des coussins d’extérieur, tandis qu’un banc d’intérieur offre un large éventail de possibilités en termes de matériaux et de style pour s’adapter parfaitement au design de votre chez-vous, ce qui est toujours un critère extrêmement important pour tout amateur (ou amatrice) d’architecture d’intérieur qui se respecte.

Ensuite, décidez de l’usage principal de votre banc ou même de vos Bancs si vous optez pour en associer plusieurs. S’il s’agit d’un espace de rangement, recherchez des modèles dotés d’étagères, de casiers ou d’un coffre complet sous les sièges. Déterminez si vous préférez un seul grand espace ou des rangements divisés pour vous aider à vous organiser. Enfin, recherchez des bancs qui s’accordent avec votre style de décoration général.

Mesurer votre espace pour un banc

Mesurez la longueur de l’espace où vous souhaitez placer votre banc. La plupart des bancs s’adaptent facilement au pied d’un lit complet, d’un grand lit ou d’un lit king size. Pour les bancs de salle à manger, assurez-vous que l’ensemble du banc s’insère entre les pieds de votre table à manger afin que vous puissiez pousser le banc lorsque vous ne l’utilisez pas. Si vous prévoyez de garder votre banc contre un mur, gardez à l’esprit que vous devrez pouvoir vous éloigner d’environ 50 centimètres du mur pour tenir compte de la largeur du banc. Cela permettra d’adapter parfaitement l’installation du banc à votre intérieur, et ce de façon très harmonieuse.

Faites votre choix chez vidaXL

VidaXL est un commerçant en ligne néerlandais qui propose une large gamme de meubles, de décoration, de mobilier de jardin et d’outils pour l’amélioration de l’habitat. Sa réputation et sa popularité ne cessent de croître depuis son lancement en 2006 par deux entrepreneurs qui partagent la même vision : mettre à la disposition de tous des produits de qualité supérieure aux prix les plus bas possibles. VidaXL propose une livraison rapide et fiable, et compte déjà plus d’un million de clients fidèles.

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Les errances de Rufus Himmelstoss, vues par son fils Victor

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Traduit de l’allemand (fait assez rare pour être souligné), ce livre 1 d’une série intitulée Le lait paternel oscille entre un présent narratif situé en 2005 et un passé situé en 1975. Victor Himmelstoss revient sur son enfance marquée par le comportement de son père, Rufus.

Dans un court prologue (Munich 2005), Victor arrive chez son père qu’il trouve mort, allongé dans son cercueil (ouvert). Il semblerait que Victor ne l’ait plus vu depuis longtemps, d’ailleurs il peine à le reconnaître.

Rufus Himmelstoss

Avec son passé de séducteur, on pourrait le qualifier de gros frimeur. En effet, Rufus a régulièrement affiché une tendance à vivre au-dessus de ses moyens. Travaillant pour la boîte Hinterberger protection solaire dont il arbore un gros autocollant publicitaire sur le côté de sa belle voiture de sport, il a l’habitude de retrouver ses potes le soir pour boire et jouer au poker. À l’occasion, il se vante de ses succès. Le premier des huit chapitres le montre dans une de ses journées mémorables où il a battu tous ses records : en nombre de ventes réalisées (des stores) et en nombre de femmes « sautées » par la même occasion. On peut d’ailleurs se demander quel crédit accorder à ce chapitre. En tant que beau parleur, Rufus n’exagérait-il pas ? D’ailleurs, comment son fils connaît-il tous les détails de cette journée ? La tendance à l’affabulation du père n’aurait-elle pas déteint sur le fils ? On n’est pas loin du classique narrateur omniscient en littérature. Quoi qu’il en soit, dès ce premier chapitre, on profite d’un travail éditorial intéressant, puisque des notes nous apportent des informations qui pourraient échapper aux lecteurs (lectrices) non germanophones. Ainsi, on apprend que Himmelstoss signifie littéralement « heurte ciel » et que le nom de famille de la cliente avec qui il ne se contente pas de flirter (Mme Hilda Wimmer), signifie « gémis ». On comprend donc qu’Uli Oesterle (dessin, scénario et couleurs) ne se contente pas d’une histoire illustrée à sa manière, mais que l’album comporte des sous-entendus significatifs.

Influence de Rufus Himmelstoss sur la personnalité de son fils Victor

Rufus Himmelstoss a connu sa meilleure période dans le Munich des années 70. Mais il s’est volatilisé un beau jour de 1975, alors que son fils avait 6 ans. Pour Victor, le bilan est un néant de trente ans. Bien entendu, cet album ne fait pas l’inventaire de ce qui s’est passé pendant toute cette période. Certains détails émergent au compte-goutte, mais il faudra attendre pour comprendre les tenants et aboutissants de ce néant de trois décennies. Toujours est-il que Victor a été marqué par cette période, notamment la première partie qui correspond à son enfance, fondamentale pour la constitution de sa personnalité. Le côté flambeur de Rufus a rejailli sur la vie de son fils, car l’argent a toujours manqué à la maison, alors que Rufus dépensait sans compter au dehors. Ainsi, Rufus était plus ou moins adulé par son fils tant que ce dernier ne comprenait pas le côté exagérément tapageur de son père. Une fois Victor affranchi des défauts de son père, l’image qu’il en retenait se dégradait. À vrai dire, elle s’est probablement dégradée en même temps que les relations que Rufus entretenait avec Hilda, la mère de Victor. Tout cela aboutit à ce qu’on pourrait appeler la chute de Rufus qui, éjecté du domicile familial, s’est retrouvé à la rue. Mais, Victor était encore jeune. Il reste à découvrir ce qui s’est passé entre cette chute et la mort de Rufus en 2005.

Les projets de Victor

L’album nous permet quand même de faire la connaissance de Victor adulte, puisque certaines scènes se passent en 2005. Bien que marqué par son enfance peu épanouissante, Victor a des projets. Il cherche ainsi un appartement où il pourrait trouver le calme, une sorte de refuge à tendance fœtale, où il pourrait se replier sur lui-même, tout en ayant sous la main ce qui lui est le plus cher : ses collections d’objets culturels. Peut-être même pourrait-il y trouver la sérénité et l’inspiration pour concocter une BD !

Une époque et sa musique

Dans la période des années 70, l’auteur se focalise sur 1975, sans doute particulièrement significative de l’ambiance qu’il veut montrer : le quartier de Schwabing, prisé des fêtards noctambules. Pour faire sentir cette ambiance, l’auteur intègre de nombreuses paroles de chansons, dont « Papa was a rolling stone » qui ne doit rien au hasard. Pour contrebalancer, la boîte à la mode ou Rufus a ses habitudes n’est autre que le Yellow submarine.

En attendant le Livre 2

On remarque que plus on avance dans l’album, plus les chapitres deviennent courts, comme si l’auteur voulait placer certains détails importants à ses yeux, peut-être pour nous mettre en appétit avant la parution de la suite. Toujours est-il que cet album donne un aperçu intéressant de l’Allemagne des années 70. On découvre plus ou moins qu’il existe un marché (représentatif ?) de la BD outre-Rhin et que le style de l’auteur, agréable, n’est pas sans rappeler celui du français Alexandre Clérisse, tout en gardant une personnalité propre. Ainsi, le dessinateur-scénariste utilise de la couleur (de façon presque discrète) pour la période 2005 et le noir et blanc pour le passé des années 70.

Le lait paternel. Livre 1 – Les errances de Rufus Himmelstoss, Uli Oesterle
Dargaud, avril 2022



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3.5

Trois albums jeunesse à découvrir aux éditions Lapin

Handicap, féminisme, maladie : les éditions Lapin se portent à hauteur d’enfant à l’occasion de trois albums dédiés à chacun de ces sujets. Patriarcus l’enchanteur, La Petite renarde qui n’avait pas de plumes et Pendant que le loup y est constituent autant de métaphores éveillant la conscience de nos petites têtes blondes. Un exercice accentué par les dossiers pédagogiques glissés en fin d’ouvrage.

Dans Patriarcus l’enchanteur, Alice Chaa et Puyo questionnent la condition féminine à travers les actions émancipatrices d’une jeune princesse. Alix, nouvelle compagne du Prince, s’écarte d’une voie tracée de longue date et coulée dans le marbre d’un grimoire, celui des anciens patriarches, censé lui dicter sa conduite. Celle qui « n’était pas comme la tradition l’exigeait » s’adonne à la mécanique, à la musique, à la danse et même au football. Comment ose-t-elle s’affranchir ainsi d’une féminité réduite à quelques idées reçues ? Interloqué, Patriarcus décide de lui faire passer une série d’épreuves, allégorie des obstacles rencontrés par les féministes dans leur lutte pour l’égalité des genres et contre les assignations sexuelles.

albums-jeunesse-lapin-critique-bdPendant que le loup y est, d’Olivier Dupin et Quentin Zuttion, détourne le conte du Petit chaperon rouge pour évoquer la maladie, et plus spécifiquement le cancer. Le loup du titre entre sans prévenir dans la vie de la grand-mère d’une jeune héroïne. Toutes deux apprennent à « vivre avec », à l’apprivoiser, mais la bête grandit, se multiplie et exige de plus en plus d’énergie de la part de Grand-mère. Créatures personnifiant les tumeurs en croissance et leurs métastases, mais aussi leurs effets sur l’organisme des malades, les loups constituent aux yeux des enfants un symbole éprouvé d’hostilité – accentué ici par la puissance suggestive des dessins. Avec beaucoup d’à-propos et différents niveaux de lecture, ce petit album rappelle que la maladie, parfois, « prend de plus en plus de place, au point d’empêcher (…) de profiter de sa famille ».

La Petite renarde qui n’avait pas de plumes se penche sur le handicap et le mutisme sélectif à travers l’histoire d’une renarde recueillie, suite à une tempête et des inondations, par une famille de hiboux. Lizzy Brynn et Maël Nahon opposent à cette enfant introvertie des oiseaux davantage ouverts aux autres, mais surtout dotés d’ailes leur permettant de voler et de s’adonner à des activités interdites à la renarde. Comment s’intégrer lorsque l’on est différent ? Et à quel point peut-il être difficile d’accepter cette différence ? Doué d’une grande sensibilité, reproduisant sous forme de métaphores animales des épreuves vécues par des milliers d’enfants, l’album se teinte d’espoir et d’humanité.

Ces trois albums jeunesse proposés par les éditions Lapin forment un ensemble dont l’aspect pédagogique est renforcé par les explications glissées en appendice. Aquarelles, rondeurs, propositions graphiques plus audacieuses se mêlent pour donner corps à des histoires portées à hauteur d’enfant, de nature à les sensibiliser sur des questions qui les concernent, aujourd’hui, et continueront à le faire, demain.

Patriarcus l’enchanteur, Alice Chaa et Puyo
Lapin, mai 2022, 48 pages

La Petite renarde qui n’avait pas de plumes, Lizzy Brynn et Maël Nahon
Lapin, mai 2022, 48 pages

Pendant que le loup y est, Olivier Dupin et Quentin Zuttion
Lapin, mai 2022, 32 pages

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3.5

« Prise de bec » : à l’instar des hommes

Rémy Benjamin et Geoffrey Delinte publient Prise de bec aux éditions Motus. Mettant en scène des animaux excentriques, ils s’amusent des comportements humains par les moyens détournés offerts par l’allégorie animale.

Prise de bec met en vignettes une série d’animaux – corbeau, cochon, vache, chien, etc. – fondus dans des récits à une planche exploitant le comique de caractère, de situation et surtout de répétition. À plusieurs reprises, Rémy Benjamin et Geoffrey Delinte confrontent un oiseau au ver de terre qu’il envisage d’avaler, mais ce dernier finit invariablement par se jouer de sa naïveté pour se tirer d’affaire. Un couple homosexuel de volailles se voit quant à lui mis à l’épreuve par les pleurs incessants de leur enfant adopté : tant leur condition amoureuse, leur rôle de parents et les effets des pleurs de leur petit sur les autres sont un objet de dérision (et de réflexion).

Les auteurs de cet album rafraîchissant prennent le parti, invariable, de satiriser les comportements humains par le truchement des animaux. Un mouvement de grève est initié parmi les dauphins (sorte de transports en commun des mers). Appâtés à l’aide d’une contrepartie pourtant insignifiante (un poisson), les grévistes se divisent et l’action est rompue. Dans un parc public, le comportement d’une vache et de son veau sont pointés du doigt par des animaux qui, dans la foulée, en viennent eux-mêmes à troubler ceux qu’is admonestaient. Un chien peine à répondre aux questions de son fils, des parents sont étouffés par les conseils éducatifs qu’on leur prodigue avec bienveillance, un cochonnet rêve de se déguiser en poulet mais est freiné par les moqueries que cela pourrait occasionner…

Souvent en six cases, avec des dessins ronds, d’une simplicité synonyme d’efficacité, Prise de bec extirpe du monde animal ce qui fait le sel – et l’absurdité – des relations humaines. Les difficultés parentales, l’hypocrisie sociale, les jugements à l’emporte-pièce, la prédation (y compris commerciale) se fondent dans des histoires brèves et amusantes, autonomes mais liées entre elles par le comique de répétition. Sans prétention, Rémy Benjamin et Geoffrey Delinte parviennent à faire mouche et à distraire le lecteur en épinglant certains traits constitutifs d’une humanité décidément étonnante.

Prise de bec, Rémy Benjamin et Geoffrey Delinte
Éditions Motus, avril 2022, 52 pages

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3

« Le Storyboard de Wim Wenders » : faim d’images

Le Storyboard de Wim Wenders, de Stéphane Lemardelé, paraît aux éditions La Boîte à bulles. Témoignage sur le langage visuel d’un film doublé d’un examen scrupuleux des principes cinématographiques de Wim Wenders, l’album prend le parti, en se basant sur une histoire réelle, de mettre l’art à l’honneur.

Engagé en tant que storyboarder sur le film Every Thing Will Be Fine de Wim Wenders, Stéphane Lemardelé est doublement fasciné : non seulement on lui donne la chance de côtoyer l’un des grands maîtres du septième art, mais ce dernier s’épanche en plus sur le langage visuel qu’il cherche à déployer, au point que l’auteur et illustrateur français y trouvera, quelques années plus tard, de quoi alimenter un roman graphique au long cours.

Sans surprise, Le Storyboard de Wim Wenders souligne l’importance de la mise en dessins d’un film. Utile pour défricher le terrain en déterminant les valeurs de plan, les postures des personnages ou les éléments de décor, le storyboard est au réalisateur ce qu’est la partition au pianiste. Stéphane Lemardelé ne se fait d’ailleurs pas prier pour glisser dans son roman graphique plusieurs séquences d’Every Thing Will Be Fine préparées et dessinées par ses soins.

Les admirateurs de Wim Wenders pourront découvrir un artiste tatillon, capable de discourir sur un faisceau de lumière ou de concevoir le paysage comme un personnage supplémentaire, influencé par Edward Hopper, Andrew Wyeth, Vermeer ou Yasujirō Ozu, et dont la passion pour le septième art a vu le jour à la Cinémathèque, où il passait ses journées à visionner des films et à prendre des notes – dans un premier temps, pour trouver un endroit chauffé à peu de frais, c’est-à-dire un franc la séance.

Tous les autres, initiés ou non, porteront une attention particulière aux rapports étroits qu’entretiennent le cinéma et la peinture, verbalisés plusieurs fois dans cette bande dessinée. Ils apprendront que le chef-d’œuvre Paris, Texas fut à moitié improvisé – chose courante chez Wenders, comme chez Godard – et que le cinéaste allemand perçoit le cinéma européen comme étant plus libre que son pendant hollywoodien, accusé d’appliquer des formules le rendant quelque peu conventionnel.

Si l’album dévoile les coulisses d’un tournage cinématographique, il est irrigué par les principes et réflexions de Wim Wenders. « La télévision nous a fait perdre le goût d’une vision large et d’un rythme tranquille (…) La télévision, c’est le poison des yeux », annonce-t-il par exemple, avant d’ajouter qu’« avec la prolifération des images, il n’y a plus de volonté formelle ». Stéphane Lemardelé intègre en effet dans son roman graphique les questionnements pluriels de Wenders envers l’image. Quelque peu désabusé, le metteur en scène voit la publicité la contaminer au point que, privée de sens artistique, elle tend pourtant à phagocyter la vie des gens.

Le Storyboard de Wim Wenders peut être abordé sous plusieurs angles : les principes cinématographiques d’un réalisateur salué par la critique, les dessous d’un tournage, les pérégrinations autobiographiques d’un storyboarder, la manière dont les disciplines artistiques se répondent et se fondent les unes dans les autres (Edward Hopper a influencé le cinéma et le film noir autant que l’inverse), etc. Tous ces points apportent satisfaction et contribuent à conférer à cet album densité et passion.

Le Storyboard de Wim Wenders, Stéphane Lemardelé
La Boîte à bulles, mai 2022, 160 pages

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3.5

Loin du périph mais trop près de la catastrophe

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Loin du périph débarque sur Netflix et reprend l’idée première de De l’autre côté du périph : mêler les classes, les mondes, les opposer pour mieux les rassembler (sic!). Or, le film y va à coups de pied dans la tronche. Entre castagne infinie et blagues infâmes plus que soulignées, pas grand chose à se mettre sous la dent. Quelqu’un leur a dit que nous étions en 2022 ?

Le cadavre est glauque, soit un homme coupé en deux. Drame de l’immigration ? Non, guerre de nationalistes blancs ! Oui, bon, on ne le sait pas de suite mais c’est ça. Alors le gentil flic noir et le bourgeois blanc se retrouvent sur l’enquête par un imbroglio dont on se demande pourquoi ils se sont pris la tête à l’inventer. Autant les rassembler comme ça, sans explication, ça fera moins de nœuds au cerveau. Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre mais comme Mulan, on les pardonne parce qu’ils nous ont tous sauvés ! Ajoutez à cela une Izïa Higelin entre objet de fantasme (un peu minable) et twist pas du tout incroyable et vous obtenez le vide intersidéral. Oui, vous comprenez, l’un de nos lascars est si gentil qu’il ne peut pas supporter d’interroger une femme seins nus, mais ça ne le dérange pas de castagner tout ce qui bouge avant même un semblant d’interrogatoire.

On ne sait plus trop pourquoi ça a de l’importance qu’ils soient loin du périph, des gars qui enquêtent à la campagne, il y en a tout un tas le samedi soir sur France 3… ça ne fait pas tout une histoire. C’est à peu près la même subtilité qui se déploie ici, tout le monde est soit facho, soit gaucho, pas le choix. Les flics sont aussi bêtes que les mecs qu’ils poursuivent, mais en plus ils ont une arme légalement… bref, ça dérape dès les dix premières secondes à peu près. Tout a l’air d’être figé depuis dix ans et d’avoir été décongelé vite fait. Intoxication garantie, les blagues sont d’une lourdeur rarement égalée et en plus hyper appuyées, répétitives, infinies. On  a droit à une utilisation technologique elle-même d’une pauvreté infinie (reconstitution du crime…) ou encore une course poursuite sans aucun sens.

Tout ça aurait pu faire l’objet d’une critique, mais non, fuyez. Regardez une vieille rediffusion d’Inspecteur Barnaby… tout sauf ça. Il n’y a même pas un début de réflexion sur ce que le film prétend étudier, le nationalisme, la haine/peur des étrangers… et surtout on ne rit pas, c’est quand même le vrai problème pour une  comédie datée, poussiéreuse, à oublier. Pour trouver des gens qui veulent tout exploser pour repartir de zéro (c’est l’objet des « méchants »), amis du côté des « gentils », on ira lorgner vers le drame avec Nocturama (Bertrand Bonello, 2016) , rien à voir, mais ça ne fait jamais de mal de parler d’un bon film.

Bande annonce : Loin du périph

Fiche technique : Loin du périph

Synopsis : Dix ans après avoir fait équipe, Ousmane et François, deux flics que tout oppose, reforment à contrecœur leur tandem de choc. Pas franchement ravis de se retrouver, ils mettent le cap sur une petite ville des Alpes pour enquêter sur un meurtre particulièrement sordide. Mais, alors qu’ils pensent avoir élucidé l’affaire, Ousmane et François découvrent une réalité bien plus terrifiante ! De surprises en rebondissements, leur escapade loin du périph les pousserait même à s’apprécier …

Réalisation : Louis Leterrier
Scénario : Stéphane Kazandjian
Interprète : Laurent Lafitte, Omar Sy, Izïa Higelin, Dimitri Storoge, Stéphane Pézérat
Photographie : Thomas Hardmeier
Montage : Vincent Tabaillon
Production : Mandarin Films, Netflix France
Distributeur : Netflix
Date de sortie VOD : 6 mai 2022
Durée : 119 minutes

France – 2021

Limbo : l’enfer de l’immigration selon Ben Sharrock

Limbo, de l’Écossais Ben Sharrock, a choisi l’Absurdistan loufoque pour dénoncer une sombre réalité de nos contrées : l’immigration forcée de nombreux êtres humains, échoués en terre inconnue, si ce n’est hostile.

Synopsis de Limbo :  Sur une petite île de pêcheurs en Écosse, un groupe de demandeurs d’asile attend de connaître son sort. Face à des habitants loufoques et des situations ubuesques, chacun s’accroche à la promesse d’une vie meilleure. Parmi eux se trouve Omar, un jeune musicien syrien, qui transporte où qu’il aille l’instrument légué par son grand-père.

 

The Strangers

Limbo est une comédie qui ne nous fait pas toujours rire. Ben Sharrock, un jeune cinéaste d’Édimbourg dont c’est ici le deuxième film, colle aux basques de personnages tourmentés, des réfugiés parqués sur une lointaine île écossaise, véritablement dans les limbes du titre, en attendant le saint Graal de l’Immigration, ou au contraire l’obligation à quitter le territoire britannique. Rien de comique donc, et pourtant, empreint de beaucoup de légèreté.

Le protagoniste est Omar (Amir El-Masry), un réfugié syrien, musicien talentueux dans son pays, dont la famille est éclatée entre la Syrie, Istanbul et l’Écosse, au gré des opportunités. Il est la face sombre de ce groupe de migrants plutôt insouciants. Lorsque ses amis d’infortune s’écharpent sur des épisodes de Friends ou participent au concours de karaoké de cette région isolée, loin de tout, Omar demande au contraire en bougonnant ce qu’il y a de drôle dans leur situation. Car ainsi va le métrage de Sharrock : des comiques de situation qui vont de pair avec une gravité parfois insoutenable.

Certains partis pris de mise en scène font furieusement penser à Aki Kaurismaki. Le côté politique du propos de Ben Sharrock, sa tendance à une certaine poésie dans la composition de ses scènes, l’inadaptation de sa petite troupe aux coutumes du pays d’« accueil », tout fait penser au singulier finlandais, et c’est tout à l’honneur du jeune écossais, qui n’oublie pas son style propre.

Limbo est traversé de multiples thématiques. Le racisme bien sûr, mais aussi son corollaire, si l’on peut dire, comme avec ce berger qui accueille Omar avec bonhommie, sans préjugé mais avec de la curiosité, de l’humanité en un mot. Mais se déploient également des  sujets tels que la résilience ou l’amitié. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le film n’est pas une succession de saynètes abordant ses différentes facettes les unes derrière les autres. Au contraire , les personnages y évoluent dans un continuum cohérent, émaillé de flashbacks de la vie d’avant, et chacune de leur décision est véritablement ancrée dans une vie antérieure, des difficultés et des souffrances qui donnent une image des réfugiés contraire aux clichés et aux préjugés des habitants.

Limbo est un beau mélange d’images et de dialogues. Porté par de magnifiques paysages terriblement isolés, le film est très visuel. Certaines scènes sont quasi opératiques, celles dans les landes autour d’une cabine téléphonique, celles de l’attente du passage du facteur, porteur d’une nouvelle qu’on redoute et qu’on espère à la fois, et même celles du foyer des réfugiés : les plans d’ensemble lors des cours d’accoutumance aux cultures dispensées par l’excellente Sidse Babett Knudsen (Borgen), ou au contraire le languissement chargé d’ennui des uns et des autres sur le tapis ou dans leur lit.

Mais Limbo est également émouvant dans les dialogues, les échanges, les réminiscences de ces hommes au bout d’un continent qui ne veut pas toujours d’eux. Le film est plutôt taiseux, et la parole y est aussi parcimonieuse que pleine de sens. Tout comme pour le reste de leur difficile existence, on économise les mots, et on préfèrera plutôt communiquer joliment avec un regard ou un sourire.

Un mélange réussi de réalités sociales rarement mises en image , et de poésie de l’absurde, Limbo est un film grave et léger qu’on aurait tort de négliger, de la part d’un cinéaste qu’il faudra désormais suivre de près.

 

Limbo– Bande annonce

 

 

 

Limbo- Fiche technique

Titre original : Limbo
Réalisateur : Ben Sharrock
Scénario : Ben Sharrock

Interprétation : Sidse Babett Knudsen (Helga), Kenneth Collard (Boris), Amir El-Masry (Omar), Vikash Bhai (Farhad), Ola Orebiyi (Wasef), Kwabena Ansah (Abedi), Sodienye Ojewuyi (Hamad), Cameron Fulton (Plug), Lewis Gribben (Stevie), Silvie Furneaux (Cheryl), Iona Elizabeth Thomson (Tia)
Photographie : Nick Cooke
Montage : Karel Dolak, Lucia Zucchetti
Musique : Hutch Demouilpied
Producteurs : Lizzie Francke, Irune Gurtubai, Angus Lamont
Maisons de Production : Caravan Cinema, British Film Insitute
Distribution (France) : L’Atelier Distribution
Récompenses :  Meilleur réalisateur, meilleur film, meilleur acteur , meilleur scenario aux BAFTA Scotland 2021
Durée : 104min.
Genre : Comédie, Drame
Date de sortie :  04 Mai 2022
Royaume-Uni– 2020

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4

« Les Passagers de la nuit » : l’art de la norme

Après Amanda (2018), qui se confrontait à des questions de deuil et de famille, Mikhaël Hers revient avec Les Passagers de la nuit. Un film qui questionne lui aussi les liens familiaux et le deuil d’une certaine vie. Pas toujours convaincant.

Synopsis des Passagers de la nuit : Paris, années 80. Élisabeth (Charlotte Gainsbourg) vient d’être quittée par son mari et doit assurer le quotidien de ses deux adolescents, Matthias (Quito Rayon-Richter) et Judith (Megan Northman). Elle trouve un emploi dans une émission de radio de nuit, où elle fait la connaissance de Talulah (Noée Abita), jeune fille désœuvrée qu’elle prend sous son aile. Talulah découvre la chaleur d’un foyer et Matthias la possibilité d’un premier amour, tandis qu’Élisabeth invente son chemin, pour la première fois peut-être.

Extérieur/Nuit : Paris, 1980.

Connaissez-vous ce film où une jeune femme intrigante erre dans les rues d’un Paris vintage ? Cette même jeune femme qui ne peut pas tomber amoureuse pour ne pas blesser les autres car elle a été blessée par la vie ? Sans doute, puisque ce film, c’est tous les films d’une certaine tendance d’un cinéma français encensé (et subventionné). Un cinéma qui donne l’illusion d’être à l’image de tous. Au fond, il n’est souvent que le miroir de son réalisateur (et de certaines écoles).

En quelques plans seulement, Mikhaël Hers révèle l’intégralité du triptyque des Passagers de la nuit. L’esthétique vintage, cette jeune femme intrigante, à peine esquissée, et des questionnements à n’en plus finir (certains sont tout de même nécessaires, mais enfin, passons). Le film se veut donc immersif dans ce Paris des années 1980, en mêlant prises de vues réelles et images d’archives. D’ailleurs, au prix où sont accessibles ces images, l’équipe aurait pu faire quelques économies.

Et, pour s’assurer que le spectateur comprenne qu’il s’agit bien des eighties, l’image de Sébastien Buchman semble user d’un filtre Instagram retro et granuleux. Non pas que ces choix soient déplaisants au regard mais l’effet polaroid perpétuel fatigue passé le quart d’heure. À croire que le film masque ses failles par cet univers (que les adeptes du « c’était mieux avant » trouveront évidemment émouvant et génial).

Femme(s) des années 80

Au milieu de ce rapport à la création qui effleure le formatage, il est vrai que Les Passagers de la nuit dresse des portraits de femmes attachants. Enfin, plutôt un seul, puisque Vanda Dorval (Emmanuelle Béart) et Talulah correspondent plus à des archétypes qu’à une réalité. En effet, si le parcours de Talulah, jeune SDF, relativement peu représenté dans le cinéma, nous interpelle, encore une fois, sa représentation reste plus proche d’une image romancée que de la vérité.

Le personnage d’Élisabeth, cinquantenaire, guérie d’un cancer du sein, se retrouvant du jour au lendemain divorcée, est, quant à lui, émouvant. S’il doit son épaisseur à Charlotte Gainsbourg, qui offre beaucoup d’elle-même et de sa sensibilité pour ce rôle, il semble également dire que ces rôles de femmes passée la cinquantaine, nécessaires, existent surtout pour les actrices que l’on a vues grandir à l’écran. Les propos perdent ainsi en crédibilité puisque, malgré son talent, c’est Charlotte Gainsbourg qui ressort, et non Élisabeth.

Créer pour soi, créer pour les autres

Le film en lui-même souffre de trop essayer. Essayer de répondre aux exigences d’un cinéma social et politique, mettant en avant des personnages féminins, tout en étant personnel. Essayer de proposer des histoires qui traversent les générations tout en donnant un vent de liberté et de nouveauté dans le propos. Dire que Les Passagers de la nuit est un mauvais film serait incorrect. Simplement, il s’agit d’un film qui ressemble, finalement, à beaucoup d’autres films actuels. Un film qui se veut pour les autres, mais jamais jusqu’au bout. La grande réussite du film est d’être cliché sans vraiment l’être, de frôler les clichés à chaque scène sans jamais tomber dans le ridicule pur. Dire que l’on ne passe pas un moment agréable serait mentir. Mais est-ce un moment qui nous est utile ? Un film qui mêle l’utile et l’agréable, ça, ce serait une réussite.

Bande-annonce – Les Passagers de la nuit

http://www.youtube.com/watch?v=2wiN1nNkgfo

Fiche technique – Les Passagers de la nuit

Réalisation : Mikhaël Hers
Scénario :  Mikhaël Hers et Maud Ameline
Interprétation : Elisabeth (Charlotte Gainsbourg), Mathias (Quito Rayon-Richter), Talulah (Noée Abita), Vanda Dorval (Emmanuelle Béart)
Durée : 1h51
Genre : Drame
Date de sortie : 04 mai 2022
Pays : France

La Ruse, de John Madden : cadavre exquis

Relatant un fameux succès de désinformation militaire des Britanniques lors de la Seconde Guerre mondiale, La Ruse est une production anglo-américaine mise en scène par John Madden (Shakespeare in Love, Indian Palace) et menée par Colin Firth. Parfaitement documenté et s’appuyant sur une écriture solide et des comédiens expérimentés, le film pèche toutefois par un académisme guindé, une mise en scène sans surprise et des dialogues parfois convenus. S’il restitue impeccablement les faits – dont le caractère extraordinaire justifie l’intérêt du film à lui seul – et l’époque, La Ruse échoue à traduire le génie et la créativité des officiers du renseignement britannique qui mirent au point ce plan invraisemblable. 

Fin 1942. Les succès obtenus par les Alliés en Afrique du Nord leur permettent de définir un prochain objectif ambitieux : débarquer sur le continent européen afin de porter l’estocade à l’Axe. Une invasion de la France à partir du Royaume-Uni n’est guère envisageable avant 1944. Winston Churchill souhaite utiliser les forces stationnées en Afrique du Nord pour s’attaquer au sud de l’Europe. Le lieu du débarquement est formellement choisi lors de la conférence de Casablanca en janvier 1943 : ce sera la Sicile. Reste un problème, et non des moindres : la grande île italienne est un choix évident. Au sein des états-majors alliés, on craint donc que la machine de guerre allemande, certes ébranlée mais encore redoutable, ne prépare un comité d’accueil sanglant, d’autant plus que les troupes américaines n’ont, à ce stade de la guerre, aucune expérience du feu… Surgit alors une idée pour le moins audacieuse : pousser Hitler à croire que le débarquement aura lieu non en Italie, mais dans les Balkans. Deux officiers du renseignement britannique, Charles Cholmondeley et Ewen Montagu, sont désignés pour étudier un projet un peu farfelu qui traîne dans les cartons de l’Amirauté depuis 1939 : cacher de faux documents sur un cadavre qui serait découvert par l’ennemi.

L’histoire militaire regorge d’opérations de désinformation plus ou moins célèbres, celle-ci, nommée Operation Mincemeat (« Opération viande hachée » !), étant fort célèbre et ayant pour particularité d’avoir complètement abusé l’ennemi au sujet d’une invasion extrêmement importante pour les Alliés. On peut donc s’étonner que le septième art s’y soit peu intéressé, même si un film britannique aujourd’hui complètement oublié, basé sur le récit de Montagu, lui fut consacré en 1956 (L’Homme qui n’a jamais existé, de Ronald Neame). Le scénario de La Ruse, signé Michelle Ashford (à qui l’on doit notamment la mini-série The Pacific, en 2010), est quant à lui basé sur un ouvrage écrit en 2010 par Ben Macintyre, déjà adapté par la BBC en un documentaire.

Le film est mis en scène par le Britannique John Madden, un cinéaste tout-terrain mais dont les plus grandes réussites consistent plutôt dans des comédies romantiques, comme Shakespeare in Love qui lui valut un Oscar, ou les deux volets d’Indian Palace. Madden se révèle nettement moins à l’aise dans un registre sérieux, confirmant le résultat en demi-teinte de Miss Sloane (2016). La Ruse bénéficie pourtant, comme déjà mentionné, d’un sujet passionnant, ainsi que d’une écriture solide. Le scénario de Michelle Ashford, qui se focalise entièrement sur la genèse de l’opération et toutes les étapes de sa préparation (trouver un cadavre, créer un personnage et lui inventer une vie entière, falsifier différents documents, s’assurer que les autorités espagnoles fassent « fuiter » la découverte, etc.), réussit ainsi à traduire à la fois subtilement et clairement l’ingéniosité, l’attention portée aux détails et le sens de la persuasion nécessaires à la réussite d’une telle entreprise, sans parler du rôle joué par le hasard. Ajoutons la présence à la fois amusante et tout à fait authentique d’un certain Lieutenant Commander… Ian Fleming. Le futur créateur du personnage de James Bond a en effet collaboré à la première mouture du projet « Mincemeat ». On reprochera en revanche au scénario d’avoir – une fois de plus – cédé à un certain « air du temps » en attribuant à deux personnages féminins (dont l’un incarné par l’actrice écossaise Kelly Macdonald), un rôle majeur dans l’opération, sans rapport avec la réalité historique. Signalons également la présence de plusieurs dialogues pontifiants, insistant lourdement sur le sens du devoir des protagonistes, le jugement de l’Histoire, etc., comme on en trouve trop souvent dans ce genre de productions.

Le problème principal du film réside toutefois dans la direction de John Madden. On y décèle une certaine tendance des productions historiques britanniques récentes. Si celles-ci sont réputées pour le soin apporté à la relation des faits et à la qualité des décors et costumes, elles ont également souvent tendance à assujettir la direction à la reproduction historique, pour un résultat qui tend vers le muséal. La mise en scène très académique, à laquelle répondent une interprétation impeccable mais très guindée de Colin Firth et Matthew Macfadyen ainsi que des progressions dramatiques inutiles (la très platonique histoire d’amour entre Ewen et Jean), ne font guère justice ni au caractère exceptionnel du projet qui est élaboré ni au génie de ceux qui l’ont imaginé. Si l’on apprécie l’approche anti-spectaculaire de l’œuvre à rebours de bon nombre de productions actuelles, force est de constater que John Madden s’est contenté d’une direction sans aucune prise de risque, et encore moins d’aspérités. Bref, La Ruse vaut la peine d’être vu pour son sujet et le professionnalisme de son traitement, mais ne parvient jamais à être ce véritable film de cinéma qu’on était en droit d’attendre.

Synopsis : 1943. Les Alliés sont résolus à briser la mainmise d’Hitler sur l’Europe occupée et envisagent un débarquement en Sicile. Mais ils se retrouvent face à un défi inextricable car il s’agit de protéger les troupes contre un massacre quasi assuré. Deux brillants officiers du renseignement britannique sont chargés de mettre au point la plus improbable – ingénieuse – propagande de guerre… qui s’appuie sur l’existence du cadavre d’un agent secret ! 

La Ruse : Bande-annonce

La Ruse : Fiche technique

Titre original : Operation Mincemeat
Réalisateur : John Madden
Scénario : Michelle Ashford (d’après Operation Mincemeat: The True Spy Story that Changed the Course of World War II de Ben Macintyre (2010))
Interprétation : Colin Firth (Ewen Montagu), Matthew Macfadyen (Charles Cholmondeley), Kelly Macdonald (Jean Leslie), Penelope Wilton (Hester Leggett), Johnny Flynn (Ian Fleming), Jason Isaacs (John Godfrey), Simon Russell Beale (Winston Churchill)
Photographie : Sebastian Blenkov
Montage : Victoria Boydell
Musique : Thomas Newman
Producteurs : Charles S. Cohen, Iain Canning, Emile Sherman, Kris Thykier
Sociétés de production : FilmNation Entertainment, Cross City Films, See-Saw Films, Cohen Media Group
Durée : 128 min.
Genre : Drame/Guerre/Espionnage
Date de sortie : 27 avril 2022
Royaume-Uni – 2021

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3.5

Doctor Strange in The Multiverse of Madness : l’art de la contrebande par Sam Raimi

Rangé des voitures depuis 2013 et sa relecture du classique Oz, c’est peu dire que l’on se demandait ou ré-émergerait Sam Raimi au milieu de cette industrie hollywoodienne en plein marasme post-Covid. Et telle une évidence pour quiconque souhaiterait se racheter une place au soleil après un hiatus d’une décennie, le voilà à s’acoquiner avec l’ogre Marvel pour ce qui s’apparente aux premiers abords à de la pure commande de mercenaire. C’était sans compter la facétie du bonhomme qui profite de son passage éclair dans le MCU pour réinvestir son genre de prédilection – l’horreur – et ainsi travestir un modèle de blockbuster pourtant passablement érodé par le temps. Bref, du bel ouvrage de contrebande en somme.

« Je vais montrer à ces gamins comment on réalise un film de super-héros »

Lorsqu’il ponctue, non sans un air goguenard, son interview pour nos confrères de Rolling Stone, par cette phrase, c’est peu dire que l’on devine la malice mais surtout l’optimisme presque anormal de Sam Raimi. Il faut dire que depuis sa dernière contribution au genre super-héroïque – Spider-Man 3-, le bougre n’a pas manqué de s’épandre dans les médias pour admettre, en coin, à quel point l’omniprésence de Sony dans le processus créatif dudit film avait rendu toute l’entreprise chaotique. Dès lors, le voir retourner au genre, qui plus est dans une configuration radicalement différente – plus question ici de continuer un univers qu’il avait façonné de A à Z, mais bien de s’insérer dans une dynamique bien rodée – avait de quoi laisser songeur. Et ce d’autant plus quand l’on connait la propension de la firme à Kevin Feige à étriller avec une ferveur jamais démentie le style et bien souvent les aspirations de tous les réalisateurs qui ont eu le malheur de s’y aventurer. Toujours est-il que malgré cette sinistre réputation, la firme continue d’attirer de gros noms ; ces derniers étant sans doute au fait de l’introspection qu’elle semble traverser puisque étant elle aussi soumise à ce que toute entreprise doit affronter un jour : le besoin de se moderniser. Ici, point question d’y renverser la table et opérer une révolution non, mais plutôt parvenir à ramener de leurs univers respectifs dans cette entreprise en apparence imperméable à toute intrusion extérieure. Et si on a vu ce que cette inclination a donné avec Chloé Zhao, qui a tenté bien mollement d’y transposer les germes de son cinéma indépendant sur sa bande disparate des Eternels, reste qu’on était curieux de voir comment le chantre de l’horreur et de la bizarrerie Sam Raimi allait pouvoir transposer ça dans un film certes plus enclin à l’accepter – on parle d’un sorcier mystique quand même – mais pas pour autant vendu à sa cause. Résultat, même si on n’assiste pas au hold-up créatif dont tous ses fans rêvaient, reste que Sam Raimi a bien réussi avec Doctor Strange in The Multiverse of Madness, à saboter de l’intérieur la machine à rêves marvelienne et à distiller bien plus de personnalité et de style qu’on aurait pu l’espérer. 

Et Dieu sait combien l’entreprise était pourtant périlleuse. Car à avoir trop dilué son univers via ses nombreuses séries télévisées, le Marvel Cinematic Universe (qui porte ce nom désormais uniquement pour le prestige) est confronté à une mythologie qu’il ne semble plus vraiment contrôler. En attestent les récentes sorties de Loki et Spider-Man No Way Home, qui avec le recul et leur utilisation du concept du multiverse apparaissent davantage comme des instruments voulant contenter les fans à tout prix, que des récits s’intégrant dans une histoire plus large. Partant de là, et vu la quantité infinies de possibilités qui s’offrent avec ce fameux multiverse, on partait donc légèrement défaitiste quant à la tenue du scénario estampillé Michael Waldron. Sans surprises, c’est sur ce domaine là que l’adage qui veut que Marvel broie ses réalisateurs s’avère le plus perceptible tant la première demie-heure se transforme en une regrettable partie de « Où est Sam Raimi ? ». Récit laborieux, rythme balourd, visuels disgracieux et peu inventifs, c’est peu dire que cette entame laissait craindre le pire… Mais, soudain, au milieu de ce cauchemar, le miracle. Car passé le cap des 30 minutes écoulées, Sam Raimi arrive enfin à se défaire du sacro-saint cahier des charges imposé par son employeur. Et avec ça, déjà un constat s’impose : Doctor Strange In The Multiverse of Madness sera moins consacré à élargir les bases du macro-univers de la phase IV qu’à donner une nouvelle aventure à notre docteur préféré. Dès lors, le film plonge la tête la première dans un paradoxe assez étonnant de la part du MCU : un film dont on apprécie la singularité mais on déplorera le fait qu’il n’étend pas la grande histoire sous-jacente à toute l’entreprise. Passé cette situation des plus étranges, on pourra alors se focaliser sur le reste qui, cette fois, est à ranger au crédit de Raimi. Débarrassé de tout ce qui fait d’une œuvre du MCU… une œuvre du MCU, Raimi peut alors se faire plaisir. Et le voilà à distiller ce qui fait la sève de son cinéma. On notera ainsi que c’est du côté des thèmes essaimés par cette même histoire qu’il parvient à s’imposer, tant cette dernière draine dans son sillage, nombre de thématiques déjà abordées (et en mieux) dans sa trilogie de l’homme araignée. Le sacrifice de soi, l’être aimé inatteignable, la corruption de l’âme par les pouvoirs et la rédemption : autant de sujets qui s’entrechoquent ici mais surtout se répondent entre eux tels des miroirs. L’impact des miroirs sera d’ailleurs à souligner tant ils illustrent la profonde dualité existant entre le Docteur et sa némésis campée par Wanda Maximoff. Tous deux sont ainsi intrinsèquement liés par la notion de pouvoir mais surtout de contrôle : quand l’un en dispose à sa guise mais reste incapable de l’utiliser pour alimenter ses desseins, l’autre fait fi de toute interdiction pour atteindre les siens. Et au milieu d’eux, America Chavez, une jeune femme dont la singularité est justement de ne pas incarner le contrôle tant ses pouvoirs – véritables moteurs de l’intrigue – sont une énigme pour elle.

Mais en petit trublion trop content de revenir aux affaires, c’est surtout via ses images que Raimi parasite le plus la formule Marvel et marque son « contrôle » sur elle. Déjà, en investissant un genre littéralement honni par son employeur, mais surtout en ne se bridant pas le moins du monde en le faisant. Alors bien sûr, sans doute à cause d’un PG-13 qu’il n’aura hélas pas su abattre, on est loin de l’horreur arty à la Ari Aster ou même celle de ses débuts ; et on sent par-ci par-là une légère retenue. Mais même contenu par un cahier des charges aussi épais qu’un Kouign Amman, le talent de Raimi est suffisamment vivace pour incarner une anomalie au sein des productions majoritairement formatées du MCU. On y voit des cadavres déambulant en meute, un combat musical que n’aurait pas renié un Edgar Wright période Scott Pilgrim, des transitions audacieuses et inspirées et même des plans versant carrément dans la référence (Evil Dead, mais aussi tout un florilège d’œuvres horrifiques ayant marqué le genre). De quoi marquer sa différence mais surtout apposer des visuels jusque ici jamais vu dans une saga qui commençait sévèrement à ronronner.

A défaut de réinventer la roue et in fine parasiter totalement de l’intérieur le système de production Marvel, reste que Doctor Strange In The Multiverse Of Madness s’y essaie suffisamment pour que l’effort soit visible et permette à son artificier Sam Raimi de briller. Dès lors, il sera difficile de renier son plaisir à la vue d’un spectacle qui ose verser dans l’effroi/horreur, distillant de facto un côté inédit qui commençait à manquer dans les productions de la firme. Rafraichissant !

Doctor Strange In The Multiverse Of Madness : Bande-Annonce

 

Doctor Strange in The Multiverse of Madness : Fiche Technique

Réalisateur : Sam Raimi
Scénario : Michael Waldron
Casting : Benedict Cumberbatch (Doctor Strange), Elizabeth Olsen (Wanda Maximoff), Rachel McAdams (Christine Palmer), Benedict Wong (Wong), Xochitl Gomez (America Chavez), Chiwetel Ejiofor (Baron Mordo), Patrick Stewart (Professeur Charles Xavier)
Musique : Danny Elfman
Photographie : John Mathieson
Production : Kevin Feige, Scott Derrickson, Marvel Studios
Distribution : Walt Disney Production
Budget : 200.000.000 de dollars

Etats-Unis – 2022

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3.5

Algunas Bestias : lutte des classes générationnelle et contemporaine

À l’aube d’un nouveau projet ambitieux de relance économique annoncé par le jeune président social-démocrate Gabriel Boric, Algunas Bestias de Jorge Riquelme Serrano agit comme une synthèse sombre et alarmiste d’une société chilienne inégalitaire et malade.

Cartographie sociétale

Algunas Bestias s’ouvre sur une île iconisée comme un territoire, une terre. L’intention est palpable et pénétrante, dresser une société chilienne au bord du précipice en enfermant un couple de nantis avec la famille de leur fille dans un huis-clos étouffant. Se refusant à financer le projet de leur gendre racisé, Dolores et Antonio, campés par les fabuleux acteurs que sont Paulina García et Alfredo Castro, s’incarnent comme miroir de la décadence des élites. Prenant racine dans la structure familiale et son institution, Algunas Bestias dresse le portrait d’une maisonnée s’abandonnant à un vertige glaçant. Bloqués sur un îlot reculé du continent, les membres de la famille vont alors s’entredévorer, rappelant le brutal Festen de Thomas Vinterberg. Des premiers émois abusifs d’un jeune frère pour sa sœur aux dérives pédophiles de l’aïeul, Jorge Riquelme Serrano nous livre ici un constat terrifiant sur la société chilienne gangrénée par sa violence machiste.

Prépondérance technique

Pour son troisième long métrage, le cinéaste chilien séquestre ses personnages dans une technique stridente et imposante. Faisant le choix de se consolider autour du plan séquence, son Algunas Bestias nous rappelle, par moments, l’aisance de Steve McQueen et Hunger. Tout juste, s’appuyant sur un cadrage méthodique quasiment aliénant, Jorge Riquelme Serrano laisse s’incarner le temps dans des séquences diffuses et très verbales. Un dispositif qui permet la confrontation de ses personnages, détaillant le rapport de classe séparant les aïeux de leur gendre mais également un choc générationnel cynique et révoltant.

Pourtant, il est évident que Algunas Bestias souffre d’un trop plein technique. Difficile de s’identifier à cette famille décadente, bien souvent rendue à l’état d’objet d’un récit désireux de dresser des pans entiers de la société chilienne. Semblable à une descente misanthrope dans les tréfonds de la noirceur humaine, Jorge Riquelme Serrano peine à contrebalancer les ambitions de son film. En ressortira un long métrage brutal mais apathique et jalonné par ses intentions, rappelant un autre film choc du continent américain avec Nouvel Ordre de Michel Franco.

Bande Annonce – Algunas Bestias

Synopsis : Dolores et Antonio, couple de nantis sont invités sur une île reculée par leur fille Ana, son mari Alejandro et leurs deux adolescents pour concrétiser un projet financier. Les plans tournent court quand ils se retrouvent abandonnés par le gardien de l’île. Désormais sans moyen de communication, les menbres de la famille tentent de survivre dans un climat hostile, la tension s’installe et libère de sombres démons…

Fiche Technique – Algunas Bestias

Titre original : Algunas Bestias
Chili – 2022 – 94 mns – Visa 155580
Avec Paulina García, Alfredo Castro & Andrew Bargsted
Sortie le 20 avril 2022

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3.5