Critique: Indian Palace – Suite royale, un film de John Madden

Sorti en 2012, Indian Palace, de John Madden (le réalisateur Shakespeare in love) constituait une agréable surprise dans l’univers de la comédie britannique. En faire une suite n’était absolument pas nécessaire, et pourtant cette seconde partie reste au même niveau que le film original et en possède les mêmes qualités.

Synopsis : à Jaipur, en Inde, des retraités anglais continuent à mener leur vie et à se retrouver au « Best Marigold hotel ». Le propriétaire, Sonny, rêve de s’agrandir et d’ouvrir un second hôtel.

Huit personnages en quête d’hôtel
Un petit rappel s’impose, histoire de ne pas se perdre dans les multiples personnages. Indian palace nous racontait l’histoire d’une poignée de retraités britanniques s’ennuyant à mourir dans leur Albion natale et se retrouvant dans le même hôtel plus ou moins délabré à Jaipur, en Inde. Se liant d’amitié avec le propriétaire, ils vont l’aider à retaper l’établissement et vont s’y installer à demeure.
Nous les retrouvons donc, ces personnages qui nous avaient émus ou fait sourire trois ans plus tôt. Muriel Donnelly (Maggie Smith, l’actrice qui tenait le rôle du professeur MacGonagall dans la série des Harry Potter) assiste Sonny dans la direction de l’hôtel et cache sa fierté et son affection sous des apparences très froides. Evelyn (Judi Dench) devient négociante en tissus, sous le regard amouraché d’un Douglas (interprété par l’excellent Bill Nighy) qui n’ose pas lui faire part de sentiments pourtant évidents. Madge (Celia Imrie) hésite entre deux hommes alors que la vie sentimentale de Norman et Carol est plus que mouvementée.

Et Sonny (Dev Patel, vu dans Slumdog Millionaire et Chappie) ? Le seul Indien de l’équipe navigue entre deux projets de rêve. Tout d’abord, il prépare son mariage avec la belle Sunaina (Tina Desai, que l’on peut admirer aussi dans Sense8, la série des Wachowski, où elle tient un des rôles principaux). Le film est d’ailleurs structuré en fonction des préparatifs du mariage et il est divisé en deux parties : La fête des fiançailles (engagement party) et la fête de famille (family party).

Mais Sonny a un deuxième projet, et les deux ambitions vont se télescoper, voire se percuter frontalement le long du film. Il veut racheter un autre hôtel en ruine pour en faire un Second Best Marigold Hotel. Mais les obstacles vont se cumuler : un inspecteur doit venir à l’hôtel en se faisant passer pour un client ordinaire, pour évaluer la capacité de gestion de Sonny. Et un concurrent fait surface, un proche de Sunaina, activant à la fois la rancœur et la jalousie de Sonny.

Un film en équilibre
Le film reprend les mêmes qualités que la première partie : tout d’abord c’est le plaisir de suivre des personnages qui sont très sympathiques, drôles, parfois touchants, et en tout cas loin des héros habituels des comédies romantiques. Dans ce second épisode, le casting est complété par la présence d’un habitué du genre, Richard Gere.
Bien entendu, nous n’échappons pas à la mode des « héros sur le retour ». Il s’agit de montrer que les vieux savent aussi bien y faire que les jeunes. Là où Expendables nous prouvait que les retraités savent encore se battre, Indian Palace nous montre qu’ils peuvent encore être romantiques. Que nous soyons dans un effet de mode cinématographique ne gâche pas le plaisir que nous avons à retrouver cette bande d’acteurs.

D’autant plus que John Madden parvient à établir un équilibre intéressant. Son film reste constamment dans les demi-teintes, échappant à toute forme d’excès qui serait forcément regrettable. L’humour reste généralement subtil, cherchant les sourires plus que les éclats de rire, et toujours respectueux de ses personnages. Il ne s’agit pas de ses moquer de quelqu’un, mais d’accompagner des personnes que l’on apprécie.

De même, les passages plus émouvants ne sont pas non plus dans l’excès. Le cinéaste joue sur l’absence de pathos, voire même une certaine sérénité. Il aime bien aussi lancer de fausses pistes, nous faire croire à l’imminence d’un drame en approche pour mieux pouvoir l’esquiver.
Tout cela n’empêche pas le film d’avoir des défauts. D’abord, il y a des scènes qui sont déjà vues depuis fort longtemps, des passages obligés que l’on se lasse un peu de revoir pour la énième fois. Ainsi, le fameux discours de mariage qui s’adresse à quelqu’un du public…
Enfin, l’Inde présentée dans ce film n’esquive pas les vues de cartes postales. Alors, certes, cela nous donne de belles images, mais le cinéaste évite soigneusement de parler de la réalité sociale indienne. Peut-être est-ce ce qui manque au film, en définitive. Ce qui aurait pu lui faire dépasser le stade du divertissement agréable et en faire un vraiment bon film.

Indian Palace – Suite Royale : Bande annonce

 Indian Palace – Suite Royale : Fiche Technique

Titre original : the second best exotic Marigold Hotel
Date de sortie originale : 1er avril 2015
Nationalité : Royaume-Uni
Réalisation : John Madden
Scénario : Ol Parker
Interprétation : Maggie Smith (Muriel Donnelly), Judi Dench (Evelyn Greenslade), Bill Nighy (Douglas Ainslie), Celia Imrie (Madge Hardcastle), Ronald Pipckup (Norman Cousins), Diana Hardcastle (Carol Parr), Dev Patel (Sonny), Tina Desai (Sunaina), Richard Gere (Guy Chambers), David Strathairn (Ty Burley).
Musique : Thomas Newman
Photographie : Ben Smithard
Décors : Ed Turner
Montage : Victoria Boydell
Production : Graham Broadbent, Peter Czernin
Société de production : Babieka, Blueprint Pictures
Société de distribution : 20th Century Fox
Budget : 10 000 000,00 de dollars
Genre : comédie, romance, drame
Durée : 122’

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Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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