Si vous avez raté la sortie de Pulse – dans les salles depuis le 22 février – pas de panique, il est encore temps de voir le film d’Aino Suni. Voici trois raisons de (re)voir Pulse au cinéma.
De la couleur avant toute chose
Verlaine définissait la poésie comme « de la musique avant toute chose ». La réalisatrice finlandaise Aino Suni réinvente le geste du poète. Son premier long-métrage Pulse est une petite bombe rythmée par des couleurs pop et acidulées. De quoi séduire la nouvelle génération. L’esthétique du film emprunte beaucoup à celle des clips US. Chaque scène du film est construite à la manière d’un tableau où dominent le rouge et vert. L’éclairage flashy accentue la présence des couleurs primaires à l’écran. L’univers dépeint par Pulse apparaît volontiers irréel. On passe ainsi du faste d’une villa de la Côté d’Azur, décorée à la manière de Gatsby le Magnifique, à une ambiance crépusculaire à la Blade Runner.
Elina est une jeune rappeuse qui vit en Finlande avec sa mère. Elle est contrainte de quitter son pays natal lorsque sa mère décide d’emménager chez son compagnon qui habite dans le sud de la France. Elina atterrit dans un monde fait de villas luxueuses et de piscines à débordement. Elle doit très vite composer avec Sophia (Carmen Kassovitz), la fille de son beau-père. L’héroïne tombe sous le charme de la jeune fille. La relation entre les deux adolescentes oscille très vite entre fascination et rapport de pouvoir. Cette ambiguïté se traduit dans les décors. Ces derniers évoluent en même temps que les sentiments de l’héroïne à l’instar de la musique.
Et le rap (finlandais) réinventa le cinéma
Pulse prend à contre-pied la tendance stylistique du cinéma contemporain. Celle-ci veut que les films soient de plus en plus sombres et crépusculaires. Les couleurs n’ont plus bonne presse. La musique, quant à elle, doit jouer le jeu de la discrétion. Aino Suni choisit volontairement d’introduire une bande-son explosive. Celle-ci, constituée de morceaux de rap finlandais et de house, vient rythmer les images filmées. Pour interpréter la jeune Elina, Elsi Sloan a du apprendre à rapper en finlandais et en français. L’actrice se glisse avec une facilité déconcertante dans la peau de cette jeune rappeuse prête à tout pour attirer l’attention de celle qu’elle aime. Comme dans nombre de films, la musique tient une place primordiale dans l’histoire. Ici, elle rythme les désillusions d’Elina. Là, elle souligne l’acmé narratif. Elle est aussi un élément qui alimente l’ambiguïté entre les deux adolescentes.
Le travail de la mise en scène fait oublier la faiblesse relative du scénario. L’histoire d’une relation amicale qui vire à l’ambiguïté toxique, sur fond de sentiments amoureux non réciproques, a déjà été traitée par le cinéma. On pense notamment à Naissance des pieuvres (2008) de Céline Sciamma ou encore Respire (2014) de Mélanie Laurent. De même, on pourrait reprocher au film sa dimension « cage dorée ». Il décrit un monde d’ultras privilégiés où Elina et Sophia déambulent dans des villas gigantesques. Leurs quotidiens semblent se résumer à aller à des soirées sélects, en cachette de leurs parents, en papotant avec « des fils et filles de ». Dans ce monde dégoulinant de luxe, on peine à s’y retrouver, voire à s’identifier avec les personnages. Si la cinéaste a sans doute consciente de jouer avec des clichés éculés, elle innove en choisissant de mettre en scène une héroïne non binaire.
La non binarité (enfin) abordée sur grand écran
Elina est une jeune fille qui se moque des stéréotypes de genres. Son apparence joue avec les normes de genre. Ses cheveux verts et son crâne rasé lui confèrent une allure androgyne. Pulse n’aborde jamais de front la non binarité. D’abord parce que Elina n’en parle pas. Il n’est pas question de parler pour elle.
Pour le film comme pour sa réalisatrice, la non binarité ne constitue pas une « question » ou une « thématique » du film. La cinéaste impose Elina comme un personnage lambda. Ni son identité de genre ni son orientation ne font l’objet de discussion. Celles-ci vont de soi. Ce qui intéresse la cinéaste est l’ambiguïté qui unit Sophia et Elina.
Celle-ci est d’ailleurs poussée au paroxysme. D’ange protecteur, Elina s’improvise volontiers démon tentateur, poussant sa bien-aimée sur les cimes de la mort. En dépit de ses faiblesses, Pulse a le mérite de réinventer le topo de l’amitié-amoureuse toxique, en impulsant à la musique et à la couleur un pouvoir de signification inédit.
Pulse – Bande-annonce
Pulse – Fiche technique
Réalisation : Aino Suni
Interprétation : Elsi Sloan (Elina), Carmen Kassovitz (Sophia)
Production déléguée : Adastra Films
Exportation / Vente internationale :
Kinology
Productions :Made, Oma Inge Film
Distribution : Wayna Pitch
Synopsis : Manuel, 16 ans, est un adolescent comme les autres. Dans sa petite ville côtière d’Argentine, il traîne avec ses amis et sa petite-amie, va à la plage, et joue de la basse dans un groupe de rock. Une routine parfaite pour un garçon de son âge. Mais sa vie se complique lorsqu’il commence à ressentir quelque chose de spécial pour son meilleur ami Felipe.
Au début de Freud, le moment venu, l’addiction au cigare se traduit par une dissonance cognitive. En tant que médecin, le père de la psychanalyse sait très bien à quels risques il s’expose en fumant parfois jusqu’à vingt havanes par jour. En tant que neurologue spécialiste de l’esprit humain, il a même assimilé cette pratique à un substitut de la masturbation. Cela ne l’empêche toutefois pas de céder à ce plaisir – et de se refuser à interpréter ses propres penchants pour le tabac. Plus loin, alors que les premiers signes d’un épithéliome apparaissent, Suzanne Leclair et William Roy prennent le parti de rompre le noir et blanc pour donner aux tissus et aux lésions une couleur sang. Une teinte dont le rouge des drapeaux nazis constituera le seul équivalent. Ce sont ainsi deux formes de cancer qui sont appelées à cohabiter dans l’album et qui affligeront, dans un même élan, Sigmund Freud. Les tumeurs, les scalpels, les cigares qui se consument, la fumée suspendue dans l’air seront représentés en alternance, à plusieurs reprises, comme pour sursignifier leur état de permanence, lui-même profondément symptomatique de l’addiction. L’homme n’est pas n’importe qui. Il a révolutionné les sciences. Il souffre terriblement. Le plus souvent en silence. Mais inlassablement revient pourtant cette image de cigare, devenue indissociable de sa personne. On ne saurait mieux le verbaliser : une addiction, ça s’impose à vous, peu importe votre rang, votre sagacité, les conseils avisés qu’on peut vous prodiguer, les risques encourus, que vous avez par ailleurs parfaitement intériorisés, et même la dégradation pathétique de votre état de santé. Souvent dans les récits sur l’addiction, les séquences finales sont porteuses d’effroi : dans Freud, le moment venu, on découvre le psychanalyste viennois attendant la mort sur un lit médicalisé, protégé par un rideau de tulle des mouches attirées par l’odeur des plaies…
La drogue, l’alcool, le sexe, le pouvoir : dans les œuvres de fiction, l’addiction prend souvent les mêmes formes. Dans son adaptation dessinée de Fahrenheit 451, Tim Hamilton en met en scène une autre, beaucoup moins attendue. Il faut se figurer un public ébahi, captivé, absorbé par des murs transformés en autant d’écrans géants pour comprendre en quoi l’ignorance y constitue une forme d’addiction. Cette dernière est d’ailleurs auto-entretenue, sous prétexte qu’elle permettrait de préserver l’ordre social, de se prémunir des tracas, voire de la dépression. Une sorte de paradis artificiel, baptisé « La Famille » comme pour sursignifier une forme d’intimité réconfortante. L’activité de Montag s’inscrit dès lors en pendant logique : en multipliant les autodafés sans même les questionner (dans un premier temps en tout cas), il annihile ce qui pourrait servir d’incubateur à toute pensée critique. Mais celui qui se shoote littéralement à l’ignorance, c’est le pouvoir en place, dont la stabilité est conditionnée à cette incapacité de remise en cause. L’addiction à l’ignorance prend alors des voies plus retorses : la lance à pétrole est l’aiguille avec laquelle les pompiers anesthésient l’opinion publique. Elle est aussi l’anabolisant des autorités. L’interstice dans lequel elles s’engouffrent. Pendant ce temps, l’esprit humain n’est plus qu’une grande surface vide, dans lequel le discours officiel trouve des échos de plus en plus nets. Dans Fahrenheit 451, les personnages se sont tellement accoutumés à la vie simple et « divertissante » qu’ils mènent, qu’ils ont choisi de ne pas chercher à comprendre le monde qui les entoure. Ils ont perdu tout intérêt pour la culture, la politique et la sociologie, préférant se gorger de distractions éphémères. Cachez donc ce livre qui pourrait vous sevrer.
Surnommé « BTK », Dennis Rader est un candidat idoine dès lors qu’il s’agit de se pencher sur l’addiction et ses représentations. Faisant face à l’auteur français Étienne Jallieu, venu l’interroger, il déclare : « Vous êtes-vous demandé si j’étais capable de résister ? Et dans le cas contraire, ce qui me rendait à ce point dépendant au mal ? » Car c’est bien de cela qu’il s’agit : une dépendance au mal, au meurtre plus particulièrement, lequel est adossé, dans le cas présent, à une série de cérémonies abjectes – filature, ligotage, soumission… Dans leur album BTK, Jean-David Morvan, Sergio Monjes, Francisco Del E et Facundo Teyo caractérisent un homme ordinaire doublé d’un monstre abject, une dualité dont les explications rappellent un certain Dexter Morgan. « Il me contrôle corps et âme. C’est comme si je passais du côté passager de mon propre corps alors que lui prenait la place du pilote. » Là où l’expert en projections de sang évoquait un « passager noir » dans la célèbre série Showtime, Dennis Rader avoue devenir lui-même le passager d’un autre, un peu à la manière d’
