Retour à Gérardmer

Cela fait un mois maintenant que la trentième édition du festival de Gérardmer a pris fin. Il est temps d’y revenir car il s’agit d’un de ces rituels immanquables pour tout fan de films de genre. D’autant plus que le genre ne brille pas par sa présence au pays du cinéma, malgré une masse de fans toujours plus demandeurs.

De quoi le festival de Gérardmer est-il le nom ? Gérardmer c’est avant tout un cadre particulier, voire exceptionnel, et d’abord géographique : un lac d’eau sombre au milieu des montagnes recouvertes d’une neige éblouissante sous le soleil, inquiétante dans l’obscurité, et un froid hivernal qui appelle autant la saveur du vin chaud que le confort d’une salle de cinéma bien remplie. Gérardmer, c’est la performance inattendue de faire cohabiter froid hivernal, ambiance chaleureuse et rigolarde sur fond de cris d’horreur. Mais quoi de mieux qu’une courte journée glaciale pour apprécier le visionnage d’un bon film et frissonner à l’intérieur ? Tous les festivaliers semblent se lover à merveille dans cette ambiance idéale pour découvrir la dernière sélection horrifique ou redécouvrir sur un mode rétro les classiques et les oubliés du genre. Que demander de plus ? Retour à Gérardmer.

Une programmation bien française.

Cette année le jury de la trentième édition du Festival international du film fantastique de Gérardmer réunit du beau monde puisqu’il est composé de Bérénice Bejo et de Michel Hazanavicius, entourés de Pierre Deladonchamps, Gringe, Anne Le Ny, Alex Lutz, Sébastien Marnier, Finnegan Oldfield, Catherine Ringer et Pierre Rochefort. Sans grande surprise au vu de la qualité des lauréats, il a décidé de décerner les prix suivants : la Pieta de Eduardo Casanova, le prix du jury pour la Montagne de Thomas Salvador ex-aequo avec Piaffe d’Ann Oren et un prix spécial d’anniversaire pour Watcher de Chloe Okuno.

De Christophe Gans à Pascal Laugier, les réalisateurs français qui se sont frottés à la tentative de créer une horreur à la française le savent bien, notre pays ne semble pas très friand ce qui est pourtant légion aux Etats-Unis ou en Italie ( à une certaine époque). C’est un peu cette distance snobinarde et diffuse que l’on semble paradoxalement retrouver dans le palmarès de cette année et plus largement dans la sélection. Le cru 2023 met en avant des films de genre certes, mais plutôt sur le ton bien propret des films d’auteur. Question d’appréciation, dira-t-on, autant que de goût finalement, bien sûr, mais qui dit film de genre dit aussi flaques d’hémoglobine qui tâchent et concepts plus délurés qu’alambiqués. Le ton général de cette édition allait plutôt au frisson intellectuel où l’esthétique du film d’horreur et de science-fiction servait d’alibi à une réflexion individuelle ou sociétale. On pense à la Montagne ou Piaffe dans le palmarès. Il y a indéniablement un côté fun dans le film d’horreur ( c’est pourquoi on le regarde entre amis) qui ne s’est pas tellement exhibé lors de cette édition, sauf évidemment dans la case qui lui est dédiée : la nuit décalée. Une nuit délirante pour des films qui le sont tout autant. La question à se poser pour les éditions à venir est celle du rituel voire du cérémonial : ces films seront-t-ils cantonnés à leur place spécifique, une nuit sur les quatre jours du festival ?

Une ombre dans ce tableau blanc

Trentième édition oblige, c’est l’occasion de faire un bilan de l’état du festival et de son évolution, une fois la neige fondue, les frimas de l’hiver presque passés. Une des qualités de ce festival, c’est le prix modique de son pass ( une centaine d’euros) qui permet de voir autant de films que possible sur quatre jours. Compte tenu de la durée de chaque film, il est possible sans trop se presser d’en voir quatre ou cinq et même plus pour les plus motivés. Encore faut-il pouvoir réserver sa place…

Le système de réservation est en effet pour le moins pénible : il faut bien s’y prendre à l’avance sur le site du festival et réserver une place pour chaque film souhaité et ce dans la limite des billets disponibles. Quelques billets le sont d’office dès l’ouverture du festival et d’autres sont rajoutés chaque matin pour le lendemain si ça ne suffit pas – et ça ne suffit pas du tout. Les années précédentes, ce système de réservation montrait déjà ses failles puisque les billets s’épuisant très vite, il fallait être à l’affût sur son portable chaque jour pour pouvoir réserver les films du lendemain, engendrant un certain stress pénible qui n’avait rien à voir avec la tension d’une mise en scène. Mais cette édition semble avoir décidément montré que le système est à améliorer : victime de son succès sans doute, tous les billets semblaient s’épuiser en moins de cinq minutes, rendant parfois impossible le visionnage d’un film.

Comprenons bien, si le festivalier n’a pas de réservation et puisqu’il a payé son pass, il peut évidemment se rendre en salle et assister au film dans la limite des places qui n’ont pas été mises en réservation sur le site, soit un très petit nombre. Il faut donc se rendre devant la salle, faire la queue et attendre peut-être, sa chance. Un temps non négligeable doit donc être dévoué chaque jour du festival à réserver ses films pour le lendemain, sans parfois pouvoir voir plus de deux ou trois films par jour, (et sans pouvoir y faire quoi que ce soit) ce qui amoindrit l’aspect bon marché du pass festivalier, en plus de causer son lot de déceptions et sa dose de stress. Ce temps aurait pu et dû être consacré à la discussion des différents visionnages, ou à la déambulation dans cette petite ville magnifique.

Au lieu de cela, c’est un souci d’organisation permanent qui pesait sur les épaules des festivaliers, mêmes ceux dotés d’accréditation presse comme nous. Que l’organisation ne soit pas parfaite pour un petit festival qui dépend d’une association, on le comprend bien sûr, que ledit festival ait été pris d’assaut par un nombre considérable de fans du genre, on s’en réjouit même puisque c’est le signe qu’une telle réunion hétéroclite doit avoir lieu, mais la difficulté de voir plusieurs films par jours et la déception amère qu’elle a entraînée en ont découragé plus d’un de revenir l’année prochaine. On aurait pu avoir l’impression que le festival se déroulait sans nous, loin de nous et pourtant dans le même cadre exceptionnel qu’on a décrit plus haut.

Bref, Gérardmer cette année, c’était moins le contraste entre la neige blanche et les salles obscures qu’un succès en demi-teinte.

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

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"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

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