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Tōru Takemitsu : la quête d’un langage universel

Les influences de Tōru Takemitsu sont très variées. Il a, tout au long de sa vie de compositeur, tenté d’allier tous les sons qui lui parvenaient en une fusion que l’on pourrait qualifier de cosmique. L’humanisme, le silence, la nature et l’art étaient parmi ses sources d’inspiration les plus précieuses.

Depuis 1868, date marquant le début de l’ère Meiji et symbolisant son entrée dans la modernité, le Japon a cherché à se positionner par rapport à l’Occident, oscillant entre intégration de la culture occidentale et protection de la tradition nationale, et ce, jusqu’à peu de temps après la Seconde Guerre Mondiale.

Avant d’être reconnu comme l’un des compositeurs de musiques de films japonais les plus importants, Tōru Takemitsu était un avant-gardiste apprécié dans les cercles intellectuels japonais des années 50, aussi bien influencé par le jazz que par Claude Debussy, Erik Satie, Olivier Messiaen qu’Edgar Varèse ou encore l’École de Vienne (Alban Berg, Anton Webern, Arnold Schönberg). C’est donc d’abord l’Occident qui l’a attiré, la guerre ayant provoqué chez lui un profond rejet de sa propre culture. Alors que la culture occidentale, et spécifiquement américaine, était, à ce moment-là, totalement proscrite au Japon, le jeune Takemitsu, découvre au sortir de la guerre la célèbre chanson Parlez-moi d’amour interprétée par Joséphine Baker qui l’impressionne profondément et dont il parlera encore avec émotion à la fin de sa vie. Ce n’est que progressivement, et grâce à John Cage, qu’il va se réapproprier les codes de la culture japonaise pour effectuer une synthèse qui sera au final proprement révolutionnaire.

En parallèle à ses compositions de musique classique, il a, dans un premier temps pour des raisons pécuniaires, créé des musiques de films. Cependant, au fur et à mesure qu’il atteignit son indépendance financière, il devint plus sélectif, lisant souvent des scripts entiers avant d’accepter de composer la musique, et examinant plus tard l’action sur le plateau, respirant l’atmosphère du film pour concevoir ses idées musicales.

Takemitsu attachait la plus grande importance à la conception du film par le réalisateur ; dans un entretien avec Max Tessier, il explique que « tout dépend du film lui-même … J’essaie de me concentrer le plus possible sur le sujet, pour pouvoir exprimer ce que le réalisateur ressent lui-même. J’essaie de prolonger son ressenti avec ma musique. »

Très vite, il accordera une grande importance à ses compositions de bandes originales pour finir par travailler avec tous les réalisateurs japonais marquants de son époque, composant de la musique pour pas loin de cent films sur une période de quarante années (1956-1995), démontrant ainsi toute l’importance que revêtait cet aspect de son inspiration.

Pour mieux comprendre ses recherches musicales, il est intéressant de passer en revue quelques unes des partitions les plus significatives de son abondante filmographie.

Il s’est d’abord tourné vers la composition de longs-métrages lorsqu’il a été chargé d’écrire la partition à la guitare du film de Ko Nakahira, Crazed Fruit (1956). Ce n’est que quelques années plus tard, cependant, lorsque son ami Hiroshi Teshigahara lui demande de composer la musique de son premier court-métrage José Torres (1959), que la carrière cinématographique de Takemitsu commence vraiment.

Mais sa première contribution remarquable ira pour Masaki Koyabashi et son film Hara-Kiri, fructueuse collaboration qui se poursuivra jusqu’en 1985, Takemitsu écrivant les partitions pour tous les films importants de Kobayashi. Pour ce film, tout est construit sur les oppositions entre lumière et ombre, simplicité et chaos, silence et son. Ce sera aussi la première fois qu’il donnera une place importante à un instrument traditionnel japonais, le biwa, sorte de luth japonais.

L’interaction entre son et image joue un rôle essentiel dans l’esthétique du film, le son ponctuant des moments charnières. L’utilisation minimaliste de la musique est ainsi parallèle à la sobriété de l’architecture ; les cliquetis fréquents des sabres, le son d’un éventail qui se replie et les accords du biwa créent toute une typographie acoustique ; la cacophonie de rythmes, proche du théâtre Kabuki, ponctuant de manière saisissante la chorégraphie des combats. Le point d’orgue est atteint dans le duel des deux samouraïs dans la plaine : le vent alternant entre bruissement et hurlement, l’ondulation conséquente des herbes, la brume, les nuages tourbillonnants combinées à la chorégraphie stylisée des guerriers. L’ensemble est sublimé par le grattage, la frappe et le trémolo du biwa, donnant à cette scène une forte tension dramatique.

L’écriture de Takemitsu reflète sa fascination et ses interrogations sur les concepts esthétiques de la musique traditionnelle japonaise. Elle frappe également par sa recherche chorégraphique et musicale entre immobilité et mouvement. Cette manière d’instiller l’inaction dans l’action nous éclaire ainsi sur le système rythmique japonais appelé ma où l’accent est mis sur l’importance du silence par rapport aux sons.

Il faut ici évoquer par une citation du compositeur Yoshihisa Taïra l’importance que revêt cette utilisation particulière du silence dans l’œuvre de Tōru Takemitsu, un concept japonais du silence qu’il faut différencier de celui du monde occidental :

Est ma par exemple l’espace vide entre deux piliers. Ce ma tire son importance du fait qu’il lie deux choses, que dès lors on ne peut plus dissocier. C’est ce vide vivant qui donne sa signification aux piliers. Autrement dit, l’espace où il n’y a rien vivifie les choses aux alentours.

La compréhension de ce concept ma permet ainsi de mieux apprécier à sa juste valeur l’œuvre musicale du compositeur.

Il continue, deux années plus tard, de télescoper son et image pour La Femme des sables de Hiroshi Teshigahara. La musique y exprime trois états du sable différents : la tension entre immobilité et mobilité, l’écoulement et l’écroulement. Son intention est de capturer le caractère du sable comme personnage, et non comme paysage. Les cordes se font tour-à-tour incisives et distendues, glissant d’une note à l’autre, installant une dramaturgie par moments épique. On assiste à une véritable collision entre son et image. La tension psychologique de l’emprisonnement (symbolisé par une maison engloutie continuellement par des dunes de sable) se renforce de sons d’instruments modifiés, déformés. L’effet cauchemardesque est renforcé par l’incrustation en contrepoint de sa musique dans les images. Takemitsu nous emmène ainsi progressivement, de manière efficace, dans des contrées inexplorées de l’inconscient, entre rêve et réalité, aux frontières de l’indicible.

Cette même année 1964, il crée la musique pour un autre chef d’œuvre, Kwaidan, retrouvant donc pour la seconde fois le réalisateur Masaki Kobayashi. Pour ce film, il a voulu créer une atmosphère de terreur, les silences entrecoupés de lignes de shakuhachi (flûtes japonaises) tordues ou de bruits fantomatiques créant une tension effrayante. Il privilégie également des sons de bois fendu, gratté, cassé, des voix de style nô, ainsi que le son d’un biwa joué avec férocité pour renforcer ce climat perturbant et angoissant. L’utilisation efficace de sons concrets et d’instruments traditionnels, la non-synchronicité entre image et son pour instiller des sentiments d’horreur dans le public et l’accent mis sur le silence sont les trois caractéristiques qui font que Kwaidan exercera un impact durable sur l’esthétique des musiques de films d’horreur.

Dodes’Kaden est la première collaboration de Takemitsu avec Akira Kurosawa, en 1970. Pour ce film, il crée plusieurs orchestrations, plusieurs ambiances à partir d’un thème central exprimant l’innocence d’un jeune personnage dont le rêve est de devenir conducteur de tramway. Le thème est simple, enfantin et mélodieux. Probablement la musique la plus accessible et populaire que le compositeur ait produite.

Mais c’est surtout grâce à sa seconde collaboration avec Kurosawa, quinze ans plus tard, qu’il marque les esprits du monde occidental. En effet la musique de Ran fait la synthèse des multiples influences qui traversent Takemitsu, aussi bien celles héritées de la tradition nippone que celles des cultures occidentales. La réalisation du film dure huit années et bénéficie dès lors d’une très longue période de maturation. Le projet musical n’a de cesse d’évoluer durant toute cette période, Takemitsu s’y investissant totalement et comme à son habitude y travaille dès l’écriture du scénario, ayant de longues discussions avec le réalisateur. Une fois le film entamé, il se rend régulièrement sur les lieux du tournage tout en visionnant les rushes le plus souvent possible. Au niveau musical, une grande importance est donnée aux sons de la nature, ils sont souvent amplifiés afin de par exemple refléter la raison qui vacille du Seigneur Hidetora, le son étant dans ce cas transformé en une matière stridente et agressive. Un autre exemple significatif d’implication est la divergence qu’il existe un moment entre Kurosawa et Takemitsu : au départ, le compositeur ne veut utiliser que des voix humaines stylisées, que des cris et des gémissements durant les scènes de combats. Initialement d’accord, Kurosawa devient cependant au bout des huit années obsédé par le son de Gustav Mahler. Le désaccord était profond entre eux, mais comme la décision revient toujours au réalisateur, Takemitsu s’est plié à ses exigences, et a fini par admettre que le résultat lui convenait.

Tout cela démontre la rigueur, mais aussi la souplesse de Tōru Takemitsu, deux aspects de son caractère qui se reflètent, bien sûr, dans ses compositions musicales.

Qu’il s’agisse de jazz, de musique traditionnelle japonaise, de post-sérialisme, de grandeur symphonique ou d’inventions électroacoustiques, toutes les facettes esthétiques de ce compositeur nous démontrent que la fusion qu’il applique, loin d’être superficielle, tend vers une universalisation de toutes les cultures, sans réelle démarcation entre elles.

Quand il déclarait souhaiter posséder le corps d’une baleine et nager dans un océan qui n’a ni Ouest, ni Est, tout en créant une musique en communion avec la nature, il ne faisait qu’exprimer son désir d’harmonie cosmique. À nous d’écouter ses œuvres et d’estimer s’il y est parvenu.

Article écrit par pIOtr AAkOUn

Temps mort : un drame carcéral poignant et humain

En traitant la thématique des jours de permissions, la réalisatrice Ève Duchemin nous plonge avec Temps morts dans un douloureux pan de l’univers carcéral. Ou, par le biais de trois portraits distincts, elle parvient à mettre en avant les douloureuses conséquences d’un séjour en prison et des difficultés de réinsertion. Certes, le tout possède des facilités et autres défauts d’écriture, mais l’ensemble se révèle être une œuvre déchirante et avant toute chose humaine.

Synopsis de Temps mort : Pour la première fois depuis longtemps, trois détenus se voient accorder une permission d’un week-end. 48h pour atterrir. 48h pour renouer avec leurs proches. 48h pour tenter de rattraper le temps perdu

Cela serait la solution de facilité de devoir comparer Je verrai toujours vos visages et le film qui nous intéresse ici, Temps mort. Et ce même si un bon mois sépare leur date de sortie respective. En effet, les deux titres abordent la même ambition : celle de plonger le spectateur dans un pan de l’univers carcéral. Non pas pour nous faire vivre ce qu’est la détention de manière viscérale – des titres comme Un Prophète l’ont très bien fait avant. Mais pour mettre en évidence les lourdes conséquences que peuvent induire un séjour en prison, et donc un crime. Sur la vie d’un détenu, quel que soit le crime dont il doit assumer la peine, et les dommages collatéraux que cela entraîne. Sur les victimes et les proches. Néanmoins, si Jeanne Herry évoquait tout cela par le prisme de la justice restaurative, la réalisatrice belge Ève Duchemin préfère traiter le sujet d’une toute autre manière. Et pour cause, avec son tout premier long-métrage de fiction – ayant plusieurs documentaires à son actif –, la cinéaste s’intéresse ici aux jours de permissions. Ces instants de liberté qui offrent à certains prisonniers l’occasion de commencer une réinsertion sociale et personnelle, le temps de quelques jours. Et qui peut se révéler difficile pour certains. C’est ce que Duchemin s’engage ici à mettre en avant. Et autant dire qu’elle y parvient grâce à une œuvre pour le moins poignante et intelligente.

Première force du long-métrage : son écriture. Afin de brasser divers thèmes et conséquences, la réalisatrice nous livre avec Temps mort le portrait de trois hommes bien distincts. À commencer par Colin, dont la permission permet d’évoquer l’ivresse de la libération mais aussi le risque de retomber dans la récidive à cause d’un cadre peu recommandable – ses fréquentations, une bande de dealers qui ont su éviter la prison contrairement à lui. Puis vient Anthony, un dépendant aux drogues et à l’alcool qui doit subir les dommages de son incarcération – devant suivre un traitement médicamenteux, pour supporter l’isolement et le confinement de sa détention. Et enfin Julien, un vétéran – 20 ans d’enfermement – qui doit faire face à la difficulté de retrouver du travail et des interactions sociales. Trois parcours, trois personnalités différentes mais mises sur un même pied d’égalité. Qui doivent subir leurs problèmes respectifs mais aussi communs. Comme la difficulté de retrouver un équilibre familial, de se faire pardonner ou accepter comme tel. De se dégager d’une image qui les rend pathétique aux yeux de leur entourage. Ou même de se sortir d’un état ô combien bridé, aussi bien sexuel que relationnel. C’est ainsi que se présente Temps mort : le destin de trois personnages vus non pas comme des monstres mais comme des êtres humains aux pesantes fêlures. Dont jamais les crimes ne seront racontés en détails, voire évoqués. Et pour lesquels nous ne pouvons qu’éprouver une profonde empathie.

Certes, l’ensemble n’est pas sans défauts, et notamment l’écriture. En effet, nous pourrions par exemple reprocher à Temps mort bon nombre de facilités, de raccourcis. Comme cette idée de prendre trois détenus d’une même prison, sans que ce détail scénaristique n’apporte quoi que ce soit niveau narration. Au contraire, les personnages pourraient provenir de prisons différentes que cela ne changerait strictement rien au titre. Même, il serait parti sur cette base, cela lui aurait permis d’aborder d’autres thématiques non moins intéressantes. Suivre une femme sortant de détention, par exemple. Montrer le cheminement d’une détenue devant renouer avec ses enfants et trouver sa place dans une société où être une femme est déjà une épreuve. Sans pour autant tomber dans du féminisme pur, traiter ce point de vue aurait pu apporter un petit plus à Temps mort. Autre facilité des trois intrigues : leur fatalité. Si l’histoire de Colin est celle qui se finit la moins douloureusement, il plane sur le film une ambiance pesante. Comme si chaque cas était aussi difficile que ceux qui nous sont présentés ici. Suivre en parallèle une permission plus légère aurait, quant à elle, pu donner un comparatif plus nuancé et moins éloigné de la vérité. Car franchement, il est impossible de croire que la réinsertion de certains détenus ne se déroule pas sous de meilleures circonstances. Pour un résultat beaucoup plus encourageant.

Mais malgré ces défaillances d’écriture, impossible de rester de marbre devant ces trois portraits. D’une part parce qu’ils sont racontés avec énormément de soin et de passion, Ève Duchemin ayant pris 5 ans à écrire leur parcours respectif. De l’autre, cette dernière s’est également investie pour nous faire vivre leur vécu et celui de leurs proches. En s’entourant déjà de comédiens prestigieux (Karim Leklou, Issaka Sawadogo, Jarod Cousyns…) qui offrent de remarquables prestations. Mais également en abordant une mise en scène toute en simplicité. Une mise en scène qui ne tombe jamais dans les artifices de réalisations (musique à outrance, effets tape-à-l’œil, montage stylisé…) et qui surligne ainsi la finesse de ses trois récits. Nous offrant pour le coup une œuvre déchirante et humaine, qui saura toucher le spectateur en plein cœur.

Encore une fois, il est facile de comparer Temps mort à Je verrai toujours vos visages. Et même s’il n’a pas le prestige de ce dernier – entendre par là un casting de têtes connues, comme Adèle Exarchopoulos, Gilles Lellouche ou encore Élodie Bouchez – ni une écriture parfaite, la première fiction d’Ève Duchemin n’en démérite pas moins. Au contraire, elle demande à ce que nous nous attardions dessus, tout en témoignant du talent d’une réalisatrice ô combien passionnée.

Temps mort – Bande-annonce

Temps mort – Fiche technique

Réalisation : Ève Duchemin
Scénario : Ève Duchemin
Interprétation : Karim Leklou (Anthony Bonnard), Issaka Sawadogo (Julien Hamousin), Jarod Cousyns (Colin Elajmi), Blanka Ryslinkova (Annie Bonnard), Johan Leysen (André Bonnard), Babetida Sadjo (Édith), Hassiba Halabi (Souad Elajmi), Diego Murgia (Thomas Bonnard) …
Photographie : Colin Lévêque
Décors : Luc Noël et Perrine Rulens
Costumes : Magdalena Labuz
Montage : Joachim Thôme
Musique : Fabien Leclercq (Le Motel)
Producteur : Annabella Nezri
Maisons de Production : Kwassa Films et Les Films de l’Autre Cougar
Distribution (France) : Pyramide Distribution
Durée : 115 min.
Genre : Drame
Date de sortie :  03 mai 2023
Belgique, France – 2023

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3.5

Dernière nuit à Milan : départ anticipé

En l’amour comme à la guerre, tous les coups sont permis dans cette Dernière nuit à Milan, où un policier prend le risque de bouleverser tout ce qu’il a accumulé en 35 ans de loyaux services. Un thriller italien d’une grande efficacité et d’une grande intensité.

Après nous avoir invité dans la demeure de Pablo Escobar, que l’on double d’une relation sentimentale interdite dans Paradise Lost, Andrea Di Stefano s’est rapproché d’un autre cartel de la Grosse Pomme avec The Informer. Il n’est donc pas étonnant de le voir prolonger ce genre d’univers, où la petite poignée de personnages qu’il développe forme une communauté très complexe. Rien n’est unilatéral dans les relations et c’est à présent dans la peau d’un policier, à la veille de sa retraite, que le cinéaste renoue avec le sentiment qu’une cité comme Milan peut aspirer les fonctionnaires les plus honnêtes, s’il en existe encore.

La ligne de conduite

L’ancienne capitale de l’Empire romain trouve une impulsion électro-musicale terrifiante dès l’ouverture, ce qui sert d’adrénaline au spectateur que l’on invite pour une nuit blanche. La partition de Santi Pulvirenti superpose ainsi le souffle de Franco Amore au nôtre, de quoi prendre la température dans des conditions extrêmes. Les ténèbres s’abattent sur tout le monde et chacun tentera, à sa manière, de puiser de l’espoir dans le peu de lumière artificielle que la ville puisse donner, en échange de lourds tributs.

Un homme droit, la colonne vertébrale de l’exemplarité, Franco incarne ce modèle d’agent de l’ordre old school jusqu’à ce qu’une opportunité s’offre à lui. 35 ans de carrière sans avoir à appuyer sur la gâchette et une étroite collaboration avec une organisation chinoise, autant dire que le faux sourire du héros en dit long sur ce qui l’attend dans sa dernière virée. À ce titre, Pierfrancesco Favino joue de son physique et ne dégage pas de doute quant à son personnage, un peu naïf, confiant et surtout éperdument amoureux de son épouse Viviana (Linda Caridi), centrale au récit. Le double sens du titre original confond Franco et cette idylle, qui vont être mis à rude épreuve, alors qu’un simple convoyage dérape dans un tunnel.

On s’appuie alors sur le flashback, tel un sas de décompression, afin de comprendre toute la détresse du policier, fraîchement revenu d’un jogging, avant de rejoindre une fête pour son départ anticipé. La célébration sera de courte durée et il faudra passer par autant d’éléments qui convoquent l’exercice de style qui peut rappeler un certain Michael Mann (Collatéral, Heat, Manhunter), jusqu’à déboucher sur une touche plus hitchcockienne, à la croisée des polars des années 70.

Pour l’amour du crime

Le vertige de l’intrigue réside dans tous les enjeux dont souffrent les autorités milanaises, dont la maigre reconnaissance pousse vers la corruption et donc vers des activités peu légales. C’est l’orgueil d’un mari qui est alors frappé par ce constat, tandis qu’il peine à finaliser son discours de retraite. Les jours qui précèdent cette dernière nuit de service nous dévoilent ainsi toutes les relations qui vont se briser par la suite, un fait inhérent aux films de braquage.

Lorsque Cosimo (Antonio Gerardi) renifle le pactole, les ficelles de la manipulation prendront suffisamment d’épaisseur pour que Franco dégringole de son piédestal. L’image qu’il projetait dans histoire n’est plus qu’une illusion et tout est à refaire en l’espace d’une nuit interminable. Cela transforme ainsi les sacrifices de Franco et de sa femme en un remords qui viendra interroger leur légitimité comme victimes et justifier leur fuite comme une nécessité. La clé du thriller tient alors dans les réactions de chacun, dans sa manière de mesurer le risque et de préserver une intégrité qui s’effrite à vue d’œil.

Qu’est-ce qu’un coup de foudre, si ce n’est un sentiment incontrôlable et irréversible ? Le long-métrage y répond avec une relecture de Bonnie and Clyde (1967), deux amants dont la culpabilité les mènera à leur perte. La photographie de premier ordre de Guido Michelotti sublime les instants de doutes du nouveau duo. Cette note d’attention à leur égard émane d’un respect pour ces êtres mutilés par une administration passive et corrosive. Les échecs de promotion en témoignent, car ce n’est plus la bonne conduite que l’on récompense, mais bien les plus opportunistes, quels qu’ils soient, bons ou mauvais, amis ou collègues, maris ou amants.

Précédemment découvert lors d’une séance spéciale à la Berlinale, Dernière nuit à Milan patiente dans les placards depuis qu’il a électrisé l’ouverture de la dernière édition de Reims Polar. Andrea Di Stefano parvient à trouver le bon ton, pour que ce labyrinthe psychologique d’une nuit, bien que la trajectoire soit prévisible, gagne en efficacité à la force de ses personnages et d’une narration fluide à plusieurs niveaux. L’amitié, la loyauté et le professionnalisme sont rigoureusement traités avec une chaleureuse humanité, tandis que l’on s’embourbe de plus en plus dans les ténèbres d’une cité où sommeillent les délits, parfois sans conséquence et parfois sans retour en arrière possible. La nuit effrénée trouve cependant un bel écho dans son ultime plan, qui ramène le héros à son état d’individu, dans une honnête destinée et une conclusion plus qu’ambiguë. C’est ce qui en fait sa force et son charme, une nuit de rêves et de cauchemars.

Bande-annonce : Dernière nuit à Milan

Fiche technique : Dernière nuit à Milan

Titre originale : L’Ultima Notte Di Amore
Réalisation & Scénario : Andrea Di Stefano
Photographie : Guido Michelotti
Montage : Giogiò Franchini
Musique : Santi Pulvirenti
Production : Indiana Production, MeMo Films
Pays de production : Italie
Distribution France : Universal Pictures International France
Durée : 2h05
Genre : Thriller
Date de sortie : 7 juin 2023

Synopsis : Franco Amore porte bien son nom. Il dit de lui-même que, durant toute sa vie, il a toujours essayé d’être un honnête homme, un policier qui, en 35 ans d’une honorable carrière, n’a jamais tiré sur personne. Ce sont en effet les mots qu’il écrit pour le discours qu’il tiendra au lendemain de sa dernière nuit de service. Mais cette dernière nuit sera plus longue et plus éprouvante qu’il ne l’imagine et mettra en danger tout ce qui compte à ses yeux : son travail au service de l’Etat, son amour pour sa femme Viviana, son amitié avec son collègue Dino, jusqu’à sa propre vie. Et c’est durant cette même nuit, dans les rues d’un Milan qui ne semble jamais voir le jour, que tout va s’enchaîner à un rythme effréné.

Dernière nuit à Milan : départ anticipé
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3.5

AKA : le gardien de la (nouvelle) galaxie

Qu’est-ce qu’on entend par « film Netflix » ? En général un déficit de production value, une écriture qui bégaye en monosyllabes, une mise en scène qui empile les cover shots mal étalonnés… Bref, du cinéma qui ne se soucie pas de se faire au rabais. Soit tout ce que n’est pas AKA, le nouveau film de l’action star maison Alban Lenoir, déterminé à ne pas laisser son Passion Project se diluer dans la fosse au contenu.

Vivre et laisser mûrir

Alban Lenoir le répète volontiers en interview : AKA fut un chantier de longue haleine. Entre l’idée et la présentation du film sur les petits écrans du monde entier, il s’est écoulé 15 ans. 15 ans durant lesquels le projet est passé par diverses phases avant de trouver asile chez la maison au N rouge. Du point de vue de l’industrie dans son ensemble, il s’agit sans doute d’un détail de production parmi d’autres. Mais dans le cadre d’une plateforme réputée pour sauter beaucoup trop d’étapes entre une ébauche de script et la mise en ligne d’un contenu pas fini, il s’agit d’un trait de caractère peu commun.

Le chromosome du long terme, c’est cette parcelle d’identité permettant à une œuvre d’être plus que son idée de départ. En l’occurrence, la volonté de Lenoir de se tailler un rôle sur-mesure « comme on en trouve pas en France », à la confluence de ses amours de jeunesse (Van Damme, Stallone, bref les années 80) et de ses passions d’adulte (Man on Fire, le cinéma coréen). Une recette alléchante a tôt fait de se terminer en liste d’ingrédients mal assortis si la préparation ne suit pas. Mais de toute évidence, le temps de développement a été mis à profit pour éviter qu’AKA ne ressemble à l’adaptation de la DVDthèque de son instigateur.

Ce n’est pas forcément une évidence acquise dès les premières images : la caméra s’impose plus qu’elle ne sert les enjeux dans une séquence d’ouverture qui met le spectateur à distance de la brutalité exposée. Des moments comme celui-là, il y en aura quelques-uns dans AKA. Le film de Morgan S. Dalibert se retrouve parfois rattrapé par le syndrome du premier film qui veut tout faire. On pense par exemple à cette embuscade dans un quartier résidentiel qui call-out des influences malgré elles trop conséquentes pour ne pas s’imposer au spectateur. Pas honteuse en soit, la scène ne fait cependant que rappeler que le réalisateur n’est pas (encore) le Michael Mann de Heat ni le Tony Scott de Man on Fire.

La fin de leur monde

Dommage et surtout pas nécessaire : AKA n’a absolument pas besoin de rappeler au public d’où il vient pour savoir où il va. Son Adam Franco (ce blaze !) de personnage principal n’est pas la variation hebdomadaire du black ops / bad ass qui se redécouvre une conscience, mais un personnage en trois dimensions qui gagne en relief avec un récit qui ne tourne pas qu’autour de lui.

Car c’est la force tout à fait inespérée du film : sa narration romanesque qui déjoue les attendus sans jamais lâcher la main des codes abordés. « On ne peut pas tout faire » : un film d’action soutenu et une intrigue aux interactions complexes, avec conserver l’efficacité de l’instant propre au genre avec le temps long des histoires qui se développent sur une autoroute à plusieurs voies. Dalibert et Lenoir, qui ont visiblement potassé leur sujet, rétorquent que si.

Le duo retrouve ainsi la dextérité des meilleurs polars coréens, qui savent ménager la chèvre et le chou sans donner l’impression de rentrer des ronds dans des carrés. Organique, en un mot, jusque dans des scènes d’actions pensées à l’écran et en dehors pour éviter l’écueil de la performance filmée. Ainsi le climax à rallonge, le jusqu’au boutisme de violence nécessaire pour faire exploser l’écosystème mortifère dépeint, plutôt que la démonstration de force sans relief ni reflet à la John Wick.

Et Alban Lenoir dans tout ça ? Force brute mais vulnérable, bloc de granit qui dissimule ses failles derrière ses cicatrices, l’acteur bouffe l’écran mais ne l’accapare pas. Soucieux de ne pas résumer le film à ses propres désirs de cinéma, Lenoir s’efface volontiers derrière les besoins de son récit gigogne. Il ne s’agit pas pour Adam Franco de prendre la place (relativement déserte) du film d’action francophone, mais de (re)trouver sa place dans le monde. Le genre de nuance qui se construit sur le long terme.

Bande-annonce : AKA

Fiche Technique : AKA

Réalisateur : Morgan S. Dalibert
Scénariste : Morgan S. Dalibert, Alban Lenoir
Avec Alban Lenoir, Eric Cantona, Thibault de Montalembert
28 avril 2023 sur Netflix / 2h 00min / Thriller, Action, Policier

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4

Vermeer, la plus grande exposition commentée par des spécialistes

Ce documentaire est destiné à mettre en valeur l’exposition organisée du 10 février au 4 juin 2023 par le Rijksmuseum d’Amsterdam, la plus complète jamais proposée de l’œuvre du peintre néerlandais Johannes Vermeer (1632-1675)

D’une durée d’1h30, ce film permet de profiter d’une exposition prestigieuse, avec un montage permettant de découvrir les œuvres (a priori, toutes celles rassemblées pour l’occasion sont montrées, soit 28 des 37 tableaux connus du maître de Delft), dans d’excellentes conditions (cadrages, luminosité, taille de l’écran), sans la foule qui va s’agglutiner devant les peintures (dont une bonne partie relativement petites), et avec des commentaires de spécialistes qui ont travaillé dessus, soit pour leur restauration, soit pour mettre en place l’exposition. Petit bémol, le documentaire ne dit pas quelles œuvres font encore l’objet de discussions entre experts (attribution à Vermeer incertaine). Par contre, on apprend qu’une poignée d’entre elles sont datées de la main du peintre, ce qui les place en position de repères chronologiques pour observer son évolution, lui qui a probablement passé toute sa vie à Delft. Le documentaire n’insiste pas sur ses origines (naissance dans un milieu réformé protestant, père tisserand et tapissier, puis aubergiste et marchand d’art), mais les spécialistes qui s’expriment ici avancent qu’il aurait étudié chez les jésuites, non loin de chez lui, où il aurait appris le dessin. Il épouse Catharina Bolnes, catholique issue d’une famille aisée et le couple s’installe dans l’auberge de famille, avant d’emménager dans la maison achetée par la mère de Catharina. Père d’une famille nombreuse, le peintre représente essentiellement des femmes sur ses œuvres, et non des enfants (sauf ceux de La ruelle), mettant en évidence un gouffre entre la sérénité que dégagent ses œuvres et l’agitation qu’on imagine dans la maison. Sa vie à Delft était marquée par la prospérité hollandaise de l’époque, une prospérité déjà malmenée au moment de sa mort, ce qui peut expliquer qu’il ne nous reste pas de témoignage concret sur sa vie : aucun dessin ni aucune trace de commande par exemple, alors qu’on imagine que certaines œuvres peuvent en avoir fait l’objet. Ce que le documentaire omet également (pour se concentrer sur les œuvres), c’est que Vermeer a risqué de tomber dans l’oubli, avant de voir sa popularité reprendre au milieu du XIXè.

Une exposition qui répond à des questions

Ce documentaire nous fait comprendre comment l’exposition est conçue, de manière on ne peut plus logique, avec une première salle (vaste) pour présenter les œuvres qui marquent les débuts du peintre : des sujets religieux ou encore issus de la mythologie, comme cela se faisait beaucoup à l’époque (influence de la peinture italienne). Ces œuvres de jeunesse n’ont de véritable intérêt que pour observer l’évolution de Vermeer en tant que peintre. L’artiste acquiert une toute autre dimension quand il commence à s’intéresser à ce qu’il observe autour de lui, à savoir sa ville de Delft. A ce titre, l’exposition propose les deux œuvres qui présentent des extérieurs : La ruelle et Vue de Delft et les intervenants les analysent de manière très fine et pertinente (avec en conclusion, un beau fondu-enchainé, entre la vue telle qu’elle se présente aujourd’hui et la peinture). On bénéficie ici des dernières avancées techniques qui permettent l’analyse des couches inférieures de peinture. Ainsi, pour La ruelle on constate que certains détails sont venus enrichir progressivement la composition, ce qui permet d’imaginer le peintre au travail et dans sa réflexion. Une peinture qui constitue un témoignage précieux sur la vie et l’atmosphère à l’époque dans cette ville de moyenne importance. Vue de Delft en donne un autre aperçu tout aussi intéressant, en proposant une vue d’ensemble de la ville. Là, Vermeer est à son apogée, avec une œuvre de taille correcte, qui donne beaucoup à voir et amène de nombreuses questions. Pourquoi une vue si éloignée ? Pourquoi si peu de personnages visibles ? Pourquoi le ciel (très chargé) prend-il tant de place ? Comment le peintre donne-t-il ces impressions de luminosité ? Autant de questions auxquelles les commentaires apportent des réponses convaincantes.

Vermeer et sa technique

On a également droit à de longues réflexions intéressantes sur toutes les compositions en intérieurs (avec de judicieuses associations entre œuvres qui se font écho). Des classiques concernent les tenues (dont la veste jaune bordée d’hermine qu’on retrouve sur plusieurs œuvres), l’éclairage provenant généralement d’une fenêtre sur la gauche, les poses qui donnent l’impression qu’on pénètre dans l’intimité des personnages. Cela culmine avec l’examen de La Jeune Fille à la perle tableau de dimensions modestes et simple portrait sans le moindre décor en arrière-plan. Par sa technique parfaite (coups de pinceau parfaitement invisibles), le peintre magnifie ce jeune visage à la peau fraiche, mis en valeur par un turban (magnifique association de couleurs), qui sonne comme un déguisement complété par cette perle à l’oreille qui brille autant que les lèvres humides et entrouvertes. Le regard confiant tourné vers nous pourrait indiquer que le modèle est une fille du peintre. Une interprétation parmi d’autres, puisque la peinture y invite (rappelons qu’il a inspiré un roman à Tracy Chevalier et que celui-ci a bénéficié d’une adaptation cinématographique qui méritent largement la découverte). Comme pour toutes les peintures ici présentées, La Jeune Fille à la perle est montrée d’abord dans son intégralité, puis en plan rapproché pour une étude plus détaillée.

Suite et fin de l’exposition

Elle s’intéresse à la dernière période du peintre, en particulier l’Allégorie de la foi, très intéressant pour son symbolisme, mais moins marquant que les scènes de vie de tous les jours dans des intérieurs. Le documentaire n’insiste pas trop sur cet intérieur qui n’est probablement rien d‘autre que la demeure du peintre. Il insiste plutôt sur les intentions de l’artiste, qui peuvent encore une fois faire l’objet de pas mal d’interprétations.

Pour conclure

Le plus intéressant dans la réflexion générale du documentaire tient en deux points à mon avis : la notion du temps (comme figé sur une impression fugace mais durable, exact pendant de la photographie, ce qui nous amène à l’usage plus que probable d’une chambre noire par le peintre) et à la lumière dans l’œuvre de l’artiste, qui se traduit par un travail à la limite du pointillisme et qui lui aussi traduit de façon plus que probable l’utilisation d’une chambre noire. Tout ceci pour dire que si la manière et les méthodes du peintre sont accessibles, ce qui reste hors de notre portée, c’est la capacité de l’homme à choisir les situations qui l’intéressaient, la composition et la mise en scène, l’ordonnancement. Là, nous touchons à l’intelligence, l’humanité de la personne ainsi que son vécu, son caractère, ainsi que sa façon de travailler sans doute aussi à l’écart que possible de l’activité de la ville et de la maison. Et, pourquoi si peu d’œuvres ? Manque de temps (vie familiale, autre activité rémunératrice, besoin de peaufiner encore et encore, ou révélateur d’un besoin d’échappatoire à la vie domestique) ? Tout cela est désormais trop loin pour arriver à des certitudes. Vermeer conservera éternellement sa part de mystère, ce qui explique en partie la fascination que ses œuvres exercent sur nous. A noter quand même que si ce documentaire donne un bon aperçu de l’exposition et de l’œuvre de Vermeer, il ne remplacera jamais la contemplation des tableaux de visu. A vrai dire, pour en profiter vraiment, il faudrait aller de musée en collection pour se poster devant chaque œuvre tranquillement.

Bande-annonce : Vermeer, la plus grande exposition

Fiche technique : Vermeer, la plus grande exposition

Titre original : Exhibition on Screen : Vermeer – The Blockbuster Exhibition – 90 minutes
Production : Expositions sur grand écran – Seventh Art Productions
Réalisateur : David Birkenstaff
Sorti le 25 avril 2023/ 1h 30min / Documentaire

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4

Sublime de Mariano Biasin : près des yeux, près du chœur

Avec Sublime, son premier long-métrage, Mariano Biasin réalise le beau parcours de sentiments adolescents, tissés dans une infinie délicatesse. Loin de l’événement et du grand spectacle, des histoires simples se dessinent, bien plus grandes que les autres.

Synopsis : Manuel, 16 ans, est un adolescent comme les autres. Dans sa petite ville côtière d’Argentine, il traîne avec ses amis et sa petite-amie, va à la plage, et joue de la basse dans un groupe de rock. Une routine parfaite pour un garçon de son âge. Mais sa vie se complique lorsqu’il commence à ressentir quelque chose de spécial pour son meilleur ami Felipe.

La construction d’un sentiment

Quand le film s’ouvre dans une vidéo de famille, une caméra mouvante se promène à droite à gauche, un peu perdue, ne semblant pas savoir où se poser. Prise sur le vif, elle croise quelques regards caméras, dont un, plein fer, d’un petit garçon au centre des attentions. C’est son anniversaire, il s’appelle Manuel. Et Felipe est venu. Le meilleur ami est déjà là dans ses bras, l’aide à souffler sur ses bougies avant une ellipse d’une dizaine d’années sautant dans une chambre d’adolescent, où on commence à parler de musique, de filles et d’amour. Ces ados que sont devenus Manuel et Felipe traînent sur la plage, se chamaillent, se marrent et refont le monde dans une bande de quatre amis qui constitue aussi un groupe où l’on joue plutôt bien le rock pour ce petit nombre d’années. Dès ses premières scènes, Sublime joue avec élégance à l’équilibriste entre tous les clichés associés aux romances adolescentes. La plage, le rock, les filles ont en effet déjà mené le bal de centaines d’histoires d’éveil amoureux, mais ici, la plage est celle d’un océan plutôt froid sur lequel on joue au foot. Le rock n’est pas celui qui mène vers une épopée de pop stars, mais vers un projet concret et crédible, un concert dans un jardin. Quant aux filles, elles sont celles que l’on cherche à séduire en grandissant, avec et pour elles. Mariano Biasin compose une histoire qui se dessine dans ses premières mesures comme un îlot inconscient de ce qui l’entoure, au service de personnages rapidement attachants dont on passera une belle partie du temps sur leur épaule, dans des plans serrés et intimistes, tous affectueux. Un groupe de rock se construit comme une chanson, avec des envies, un rythme et des sentiments. « Ton coeur bat super vite », entend Manuel de sa copine, quand ils sont tous les deux dans un van apprêté pour une première fois. Elle ne veut pas, hésite, il se relève : « ne t’inquiète pas » lui dit-il, la prend dans ses bras. C’est sobre, délicat et c’est très beau.

Sublime est un film construisant ce qui a souvent été présenté d’emblée dans tant de films mettant en scène des adolescents : un groupe de musique, une affection naissante, un questionnement. Tant de fois, quand d’autres se sont trouvé d’autres sujets en rout. Ici Mariano Biasin reste à fleur de peau au sein d’une répétition, dans une petite pièce où on fait ses gammes, mettant en scène les débats à quatre voix. « Cette chanson est trop lente » ou bien « on ne peut pas chanter celle-ci à un concert ». Une chanson se construit entre Felipe et Manuel, retouchée, avec toutes ses imperfections, le temps du film. Si ces rockeurs en herbe doivent aller chercher leur matériel, mendier un caisson de basse, le ramener, ceci matérialise autant leur envie de faire de la musique que cela réhabilite les textes de ces âges-là, art premier de tout ce que l’on ressent trop fort avec si peu de codes pour bien les appréhender. En classe, dans des scènes résonnant avec beaucoup de sens avec ces morceaux chantés, les quatre membres du groupe ne comprennent pas forcément les grands textes et ne font que les lire, passent presque à côté. Mais le respect et l’empathie employés pour les mettre en scène laissent penser au spectateur que si ces phrases écrites par de belles plumes ne sont pas encore comprises par ces ados-là, c’est peut-être parce qu’ils ne l’ont pas totalement mérité.

Sublime est principalement aussi un film dévoilant le lent basculement d’une amitié vers une affection plus profonde entre Manuel et Felipe. Manuel le ressent le premier, quand il doit quitter sa petite amie, faute d’attirance. Felipe essaie potentiellement de l’oublier en se lançant dans des histoires où le sexe à un rôle secondaire, cantonné à une phrase anodine. Felipe finit lui aussi par quitter sa copine, mais elles restent présentes toutes les deux car ils le font sans amertume et avec beaucoup de respect. Manuel écoute son ancienne amante, se confie à celle de son meilleur ami dans une scène magnifique où la pudeur est reine, parlant de ses fantasmes naissant dont il ne comprend pas tout. « Je reconnais cet air de celui qui se complaît à souffrir » lui annonce Lara, sage avant l’heure. Sans haine, sans colère et sans armes, les textes chantés recèlent une dignité ébouriffante, dans lesquels un narrateur annonce attendre l’amour face à une tempête, prêt à rester seul sur la berge. « En quoi c’est mal d’éprouver des choses ? » dit le père de Manuel à son fils, lui qui perd lentement l’affection de sa femme, enfermé à longueur de journée avec les guitares qu’il fabrique. Et il n’y a aucun mal, en effet, à l’éprouver. Aucun personnage ne relève l’homosexualité comme une marge, normalisant par cette bienveillante absence une romance, gagnant le plus beau des statuts : la normalité.

Cette banalisation de l’amour est le dernier signe à relever dans Sublime, osant oublier les personnages habituels jugeant une voie pour que celle-ci justifie son existence. À l’image d’un miracle télévisuel comme l’épisode 3 de The Last Of Us, dévoilant entre deux hommes une des plus bouleversantes romances du petit écran, en ne convoquant à aucun moment sa nature mais juste son plaisir contagieux, le film de Mariano Biasini réussit dans une autre sphère à revenir sur un champ scénaristique balisé, comme peu d’autres, pour élargir notre représentation de la normalité. Ce ne sont pas des adolescents se cognant à des harceleurs au lycée, la tête frappée contre des casiers, cherchant la célébrité pour des filles qu’ils ne voudront pas écouter. Ceux-là ont été beaucoup trop vus ailleurs depuis des années. Dans Sublime, ce sont plutôt des jeunes adultes ouverts, entiers, laissant les autres les façonner avec bienveillance en acceptant ce qu’ils ont de meilleur. Cela n’est pas pour autant angélique, les colères y existent tout comme les déceptions, mais ici une plage, un match de foot, quelques premières bières de sifflées sont ici bien plus qu’ailleurs qu’une petite banalité, c’est une forme sans détours du bonheur sans dramaturgie, profitant de l’instant comme un spectateur pendant une heure et quarante minutes. Du cinéma, en quelque sorte, et c’est tout le bien qu’on vous souhaite.

Bande-annonce : Sublime

Fiche technique : Sublime

Réalisateur : Mariano Biasin
Scénariste : Mariano Biasin
Avec Martin Miller, Teo Inama Chiabrando, Azul Mazzeo
Producteurs : Laura Donari, Juan Pablo Miller
Distributeur : Outplay
Genre : Drame
Année : 2022
Pays d’origine : Argentine
Durée : 1 h 40 min
Date de sortie (Argentine) : 17 novembre 2022
Date de sortie (France) : 17 mai 2023

« Au crépuscule de la Beat Generation » : pèlerinage au cœur de l’anticonformisme

Entremêlant les traits psychédéliques, les couleurs criardes, les teintes plus sombres et les représentations réalistes, Étienne Appert nous invite dans Au crépuscule de la Beat Generation à un voyage à la rencontre de quelques géants de la littérature américaine qui ont marqué et nourri la contre-culture du XXe siècle. Publié aux éditions La Boîte à bulles, ce roman graphique s’apparente à une déambulation, riche et inventive, au sein du mouvement Beat, qui a ébranlé l’Amérique des années 1950, et dont les répercussions se font encore sentir aujourd’hui.

À travers les yeux du journaliste français Gilles Farcet, protagoniste principal de l’œuvre, ayant côtoyé Allen Ginsberg et ses proches, Étienne Appert dévoile les principaux traits constitutifs de la Beat Generation, mouvement à l’avant-garde de la contre-culture américaine, notamment caractérisé par l’anticonformisme et l’usage de psychotropes. De la rencontre séminale entre Allen Ginsberg, Jack Kerouac et William S. Burroughs dans les années 1940 surgissent trois séismes littéraires : Sur la route, Howl et Le Festin nu. Écrit par Jack Kerouac en 1957, Sur la route est une œuvre semi-autobiographique qui raconte les aventures de deux amis voyageant à travers l’Amérique dans la quête d’un nouvel idéal de liberté. Howl, publié en 1956, prend la forme d’un poème épique au sein duquel Allen Ginsberg adresse une critique féroce et imagée de la société de consommation et du conformisme. Le roman de William S. Burroughs Le Festin nu, datant de 1959, s’apparente quant à lui à une œuvre expérimentale utilisant la technique du cut-up pour dépeindre un univers hallucinatoire et satirique sur la drogue, le pouvoir et l’oppression sociale.

Au crépuscule de la Beat Generation traduit à merveille, tant sur le fond que sur la forme, les fondements du mouvement Beat. Il ne s’agit pas tant d’un courant littéraire que d’une communion humaine ou d’une pulsation extatique qui, au cours de l’Histoire, a inspiré les mouvements beatniks, hippies, punk et écologistes. Le récit d’Étienne Appert, basé sur les témoignages de Gilles Farcet, nous plonge dans un univers fascinant où cohabitent Ginsberg, Kerouac, Burroughs, mais aussi Patti Smith, Ram Dass, Peter Orlovsky, Gregory Corso ou Gary Snyder. Cette constellation d’artistes, d’auteurs, de poètes, tantôt géniaux tantôt pathétiques, se complètent de personnages insolites tels que Neal Cassady, l’inspirateur des auteurs Beat, ou l’énigmatique Hank, ce fameux « clochard céleste » qui incarne et décrypte peut-être mieux que quiconque l’esprit Beat et la quête de béatitude qui l’anime, par-delà les fantasmes et les idées préconçues.

La mise en scène graphique d’Appert est un véritable spectacle pour les yeux. D’une imagination débordante, elle semble en prise directe avec le propos de l’album. Porteurs de traumatismes et de tragédies, les protagonistes du mouvement Beat se mettent à nu, parfois littéralement, pour aller au bout de leurs idées et d’une logique de liberté poussée à son paroxysme. Allen Ginsberg en est le symptôme le plus évident. Et l’auteur d’ajouter qu’en tant que pilier central d’un mouvement qu’il coordonne, documente et promeut, il apparaît non seulement comme le défenseur d’un patrimoine inestimable mais aussi comme un individu dépossédé, de manière tout à fait consciente, d’une partie de son image publique – régurgitée à travers des produits dérivés ou des mythologies médiatiques et populaires, allant du flower power à Bob Dylan. Au crépuscule de la Beat Generation le montre sans cesse affairé, entouré de sa cohorte d’artistes, de secrétaires et d’amis, capable de porter un regard vif et vierge sur toutes choses et en toutes circonstances.

Étienne Appert ne tait rien des aspects plus erratiques et tumultueux des figures emblématiques du mouvement Beat. Côté solaire, Gary Snyder se pose en chantre de l’écologie et du biorégionalisme, cherchant à donner une voix aux sans-voix dont la nature est constituée. Côté crépusculaire, Gregory Corso semble incontrôlable, sous la coupe de ses pulsions, aussi caractériel et dysfonctionnel qu’inspiré et talentueux. Et au cœur de cette fresque chorale et empreinte de psychédélisme, Hank occupe une place prépondérante. Ses propos, rapportés à différents moments du récit, fascinent Gilles Farcet et tendent à pénétrer au tréfonds de son psychisme. Le journaliste se questionne sur l’identité de cet homme, sur ce qu’il a produit et sur les raisons pour lesquelles il exerce une telle emprise sur lui. Le « clochard céleste » incarne en quelque sorte l’essence même de la Beat Generation, avec sa verve poétique, ses fulgurances et son acuité pour percer la réalité d’un monde qui cherche à se dérober.

Au crépuscule de la Beat Generation est une œuvre immersive, un véritable pèlerinage au sein d’un mouvement littéraire et artistique qui a marqué l’histoire et dont l’héritage est encore palpable aujourd’hui. Étienne Appert, bien aidé par Gilles Farcet, dépeint avec justesse les liens entre les auteurs Beat, le mouvement hippie et des penseurs qui les précèdent tels que Henry David Thoreau ou Ralph Waldo Emerson, dressant ainsi un panorama de la contre-culture américaine. Il évoque les drogues, les combats sociaux, le non-conformisme, la quête de liberté, y compris sexuelle, puissamment liés au mouvement Beat. Et finalement, le voyage initiatique auquel entendait se livrer Gilles Farcet donne lieu à une relecture, subjective, passionnée et passionnante, d’un contre-courant culturel dont la vigueur n’a eu d’égale que la richesse.

Au crépuscule de la Beat Generation, Étienne Appert
La Boîte à bulles, avril 2023, 240 pages

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4.5

Pour mieux comprendre « À quoi sert le droit ? »

Les éditions Gallimard publient un bref ouvrage illustré intitulé À quoi sert le droit ?. L’auteur Arthur Lochmann et le dessinateur Matthias Arégui vulgarisent les grands principes juridiques et évoquent la manière dont la législation s’élabore et régente les différents aspects de notre vie.

Vaste construction intellectuelle qui gouverne la vie en société, le droit a fait l’objet de nombreuses réflexions tout au long de l’histoire humaine. Arthur Lochmann et Matthias Arégui prennent aujourd’hui le parti de répondre à cette interrogation centrale : quelle est donc la finalité de cette discipline qui s’impose à nous et qui façonne notre quotidien ? Pour tenter de répondre à cette question, il convient d’examiner attentivement la manière dont le droit s’incarne dans notre existence collective. S’adressant en première intention aux enfants, les auteurs choisissent d’exemplifier leur propos avec des cas concrets et usuels, tels que le mariage et le contrat de travail. Ils soulignent par ailleurs la fonction anthropique du droit, qui se manifeste à chaque étape de la vie en régissant les relations sociales et en contribuant à résoudre les conflits qu’elles engendrent.

Au cœur de cette entreprise d’encadrement et de régulation se trouvent les juges. Ces gardiens de la loi ont pour mission d’interpréter et d’appliquer les règles édictées par le législateur. Car comme le rappelle Arthur Lochmann, le droit résulte de textes qui, par leur nature, sont sujets à l’interprétation et incapables de traduire précisément tous les scénarios de la vie quotidienne. À quoi sert le droit ? fait également état de la séparation des pouvoirs, principe cardinal de nos démocraties modernes, qui confère aux magistrats une indépendance leur permettant de veiller au respect de la loi tout en se gardant d’intervenir eux-mêmes dans la sphère politique et dans l’élaboration des lois. Le droit est censé s’adapter continuellement et prendre en compte les évolutions de notre société. C’est dans ce cadre que s’inscrit la reconnaissance progressive des animaux et de la nature en tant que détenteurs de droits. Cette réflexion éthique sur la place des êtres vivants dans l’ordre juridique amène à interroger les notions de droits et de devoirs, évidemment présents dans la démonstration d’Arthur Lochmann, qui ne manque pas par ailleurs de distinguer droit et morale – cette dernière relevant davantage de la sphère personnelle et intime – ni de verbaliser les tenants de la pyramide des lois.

Loin d’être une discipline figée, le droit est, on l’a énoncé, en perpétuelle évolution pour mieux répondre aux besoins et aux aspirations de la société qu’il sert. Cette dynamique peut parfois se manifester de manière rapide, comme en témoigne l’essor des transplantations cardiaques rendues possibles grâce à une nouvelle approche juridique en matière de santé. D’autres fois, les avancées s’avèrent plus lentes et laborieuses, à l’image de l’intégration des femmes dans le processus électoral ou de l’adaptation du droit aux bouleversements provoqués par le numérique et les réseaux sociaux. Comme le soulignent à dessein Arthur Lochmann et Matthias Arégui, le droit s’appréhende avant tout comme un instrument fondamental pour l’organisation et la régulation de la vie en société, permettant de préserver l’équilibre entre les individus et de résoudre les différends qui en découlent. Par son caractère évolutif et adaptatif, il œuvre inlassablement à l’amélioration de notre condition collective.

À quoi sert le droit ?, Arthur Lochmann et Matthias Arégui
Gallimard, mars 2023, 48 pages

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4

« Les Grandes Vies » : un coffret de six biographies chez Gallimard Jeunesse

Trois hommes et trois femmes. Le coffret Les Grandes Vies, publié aux éditions Gallimard, respecte une stricte parité en mettant à l’honneur Simone Veil, Molière, Gisèle Halimi, Frida Kahlo, Henry David Thoreau et Léonard de Vinci dans des opuscules biographiques richement illustrés et destinés aux enfants.

Ils ont tous occupé l’avant-garde de leur pays, de leur discipline et/ou de leur époque. Ils font l’objet d’une évocation passionnée, mettant en lumière leurs talents, leurs combats et leur parcours. Le coffret Les Grandes Vies rassemble six livres-portraits illustrés et conçus à hauteur d’enfant. La trajectoire de Simone Veil, Molière, Gisèle Halimi, Frida Kahlo, Henry David Thoreau et Léonard de Vinci y est passée en revue, leurs principaux faits d’armes y sont rapportés, le tout de manière synthétique, didactique et aérée.

Des artistes emblématiques

Léonard de Vinci, génie universel de la Renaissance, a excellé dans des domaines très variés. Polymathe maîtrisant la peinture, la sculpture, la musique, l’astronomie, l’anatomie, l’architecture et bien d’autres disciplines, il travailla pendant presque deux décennies pour Ludovico Sforza, seigneur de la ville de Milan, qui lui commanda des œuvres artistiques et des projets d’ingénierie. Parmi ses réalisations majeures, La Cène et La Joconde sont aujourd’hui considérées comme des chefs-d’œuvre inestimables de l’histoire de l’art. Il fut également un inventeur prolifique, avec des croquis et des idées visionnaires pour son époque, tels que les machines volantes ou les automates. Ses travaux scientifiques, et notamment dans le domaine de l’anatomie, bien que peu connus de son vivant, ont influencé des générations de chercheurs et d’artistes.

Dans le domaine artistique et culturel, deux autres personnalités se distinguent : Frida Kahlo et Molière. La première est racontée à travers ses problèmes de santé et ses autoportraits passés à la postérité, souvent teintés de symbolisme et d’éléments surréalistes. Ces derniers reflètaient ses luttes internes et ses questionnements sur l’identité, la maternité et la féminité. Frida Kahlo a été mariée au célèbre muraliste mexicain Diego Rivera, avec qui elle a entretenu une relation tumultueuse mais artistiquement enrichissante. Elle est devenue une icône féministe et culturelle, représentant la résilience face à l’adversité et l’affirmation de soi à travers l’art. Aujourd’hui considérée comme l’une des artistes les plus influentes et emblématiques du Mexique, son travail continue d’inspirer et de toucher des générations d’artistes et de militants. Molière fait l’objet d’un opuscule tout aussi passionnant, dans lequel sont mentionnés ses problèmes judiciaires et de liberté d’expression, mais aussi ses traits satiriques (notamment dirigés envers la bourgeoisie), ses talents de dramaturge et d’écrivain, ainsi que ses relations avec le pouvoir en place. Ses pièces, souvent écrites en vers, sont caractérisées par leur langage soigné et inventif, ainsi que par leur humour mordant et leurs situations burlesques. Les auteurs rappellent que Le Tartuffe, qui dépeint la fausse dévotion d’un hypocrite manipulateur, a provoqué une controverse majeure à l’époque de sa présentation et a ensuite été censuré par le pouvoir royal et l’Église.

De la politique et des idées

Apôtre du nature writing, Henry David Thoreau était un écrivain, philosophe et naturaliste américain, ainsi qu’une figure centrale du mouvement transcendantaliste, qu’il a découvert au contact de Ralph Waldo Emerson. Son œuvre majeure, Walden, relate son expérience de vie solitaire et autosuffisante près de l’étang de Walden, dans le Massachusetts. À travers cette expérience, Thoreau cherchait à vivre en harmonie avec la nature, à se détacher des contraintes sociales et à mener une vie simple et authentique. Mais comme en fait état l’opuscule lui étant consacré, il était également un ardent défenseur de l’égalité raciale et de la désobéissance civile, et il plaidait pour le droit de résister à un gouvernement injuste. Sa pensée a influencé de nombreux écrivains, philosophes et militants, dont Mahatma Gandhi et Martin Luther King Jr.

Plus proches de nous, Gisèle Halimi et Simone Veil sont porteuses de combats extraordinaires qui, parfois, s’entremêlent. Issue d’une famille modeste de Tunisie, Halimi a été marquée par son enfance sous le joug des traditions patriarcales, avant de se battre tout au long de sa vie, en tant qu’avocate, pour les droits des femmes, en mettant en avant les enjeux de l’égalité des sexes et de la libération sexuelle. Elle s’est notamment illustrée lors du procès de Bobigny en 1972, où elle a plaidé pour la légalisation de l’avortement, représentant une jeune fille mineure accusée d’avoir avorté. C’est cette affaire, précisément, qui la rapproche de Simone Veil, rescapée des camps de concentration nazis, ex-ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, ex-présidente du Parlement européen et ancienne membre de l’Académie française. Car Simone Veil a été la pointe avancée d’un combat en faveur de l’IVG et c’est une loi portant son nom qui légalise l’avortement et a marqué un tournant majeur dans l’histoire des droits des femmes en France, faisant d’elle une authentique icône féministe.

Un coffret louable

En parvenant à exposer clairement les grandes lignes biographiques de personnalités ayant marqué l’histoire des arts et des idées, le coffret Les Grandes Vies se pose en outil éducatif précieux et ludique. Il permet une première initiation avec des problématiques – racisme, écologie, égalité des droits, etc. – et des grandes figures artistiques – de la littérature, de la peinture, de la sculpture, etc. – sans jamais paraître trop scolaire ou empesé. Les illustrations, les citations, les fils chronologiques et la construction des opuscules, adaptée aux enfants, font sens et témoignent d’une réelle attention portée à la pédagogie et à la vulgarisation. Une entreprise louable, et chaudement recommandée.

Les Grandes Vies, ouvrage collectif
Gallimard, mars 2023, six opuscules de 64 pages

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4.5

« L’Animateur » : entre passion et maladie

Les éditions Delcourt publient le roman graphique L’Animateur, de l’auteur et dessinateur argentin Juanungo. Ce dernier y raconte les dernières semaines de son père, animateur pour le cinéma et la publicité atteint d’un cancer en phase terminale.

Dans L’Animateur, Juanungo livre un récit intimiste et touchant, inspiré de l’histoire de son propre père. Ce roman graphique en noir et blanc aborde avec justesse et sensibilité des thématiques universelles telles que l’amour, la passion, la maladie et les relations humaines. Neno, réalisateur de cinéma d’animation en fin de vie, est confronté à la dure réalité du cancer. Il mène de front deux combats, l’un contre la maladie et l’autre afin d’achever un travail qu’il a toujours envisagé sous l’angle de l’artisanat et de la passion.

L’arrivée d’un jeune infirmier aussi gauche que prévenant, manifestement ignorant de son métier d’animateur ainsi que de ses subtilités, bouscule les habitudes de Neno, mais ouvre ensuite la voie à des échanges profonds et sincères entre les deux personnages. Au fil des pages, Juanungo dépeint avec finesse les difficultés auxquelles sont confrontés les protagonistes, quand l’oncologie fait place aux soins palliatifs et quand les relations interpersonnelles sont conditionnées, pour partie, au fait d’accepter ou non sa condition de malade, d’individu diminué ayant besoin de soins et d’assistance.

L’animation se trouve évidemment au cœur du récit. Neno, passionné et exigeant, défend avec vigueur l’art de l’animation traditionnelle face à l’émergence d’une 3D générée par ordinateur qu’il estime désincarnée. Les références à Tim Burton et aux flipbooks portent appui à l’amour que porte le personnage à cette forme d’expression artistique, chronophage mais d’une authenticité soulignée à plusieurs reprises. On verra ainsi Neno accorder un grand soin aux mouvements des objets animés, ou encore évoquer l’âme qui leur est insufflée à travers leur traitement visuel.

La maladie constitue l’autre versant principal du récit. Elle est abordée sans concession, entre les soins oncologiques devenus palliatifs et les douleurs lancinantes qui rythment le quotidien de Neno. Juanungo illustre avec brio la détresse et la vulnérabilité d’un homme orgueilleux, contraint d’accepter une nouvelle condition qu’il n’a pas choisie. Les liens entre Neno et Déborah, unis par un amour pas tout à fait anesthésié, refont surface par l’intermédiaire de la maladie. Neno s’est installé dans les anciens locaux de leur société, où rien n’a bougé (pas même l’emplacement du téléphone), et Déborah paie secrètement les factures de ses soins.

L’infirmier convié au chevet de Neno se révèle être un personnage central. Porteur d’une histoire familiale complexe (sa mère est dépressive, son père a pris la poudre d’escampette), il semble chercher auprès de Neno un modèle paternel absent de sa propre vie. L’attachement qui se crée entre les deux hommes dépasse la simple relation professionnelle et met en lumière, en seconde intention, l’altruisme et la compassion des soignants. À cet égard, il est à noter que chaque douleur affectant Neno se répercute presque immédiatement sur l’état émotionnel de son infirmier.

Le roman graphique est également parsemé de références culturelles, que ce soit à travers les objets présents dans la maison de Neno ou les scènes montrant le protagoniste au travail, animant avec minutie et amour les images de sa dernière publicité. Juanungo réussit ainsi à enrichir son récit d’une dimension culturelle qui confère encore plus de profondeur à l’ensemble. Poignant, L’Animateur aborde avec justesse des problématiques difficiles. Juanungo, par son talent de scénariste et de dessinateur, réussit à donner vie à un récit qui ne manquera pas de passionner et toucher le lecteur.

L’Animateur, Juanungo
Delcourt, mai 2023, 256 pages

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4

La signification culturelle des scènes de jeux d’argent au cinéma

Le cinéma est un art qui peut avoir un réel impact sur la société et ses croyances. Le septième art peut refléter les comportements de la société sur de multiples sujets, les scènes de jeux d’argent étant l’un d’entre eux. Les scènes de jeux d’argent dans les films ont de profondes implications culturelles et montrent comment la société se comporte envers le jeu et ses joueurs. Dans cet article, nous examinerons les stéréotypes sur les joueurs, les exceptions à ces stéréotypes, les sujets abordés dans les scènes de jeux d’argent et quelques exemples tirés des films.

Les stéréotypes sur les joueurs et les cadres de jeu dans le cinéma

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Les scènes de jeux d’argent dans les films sont souvent accompagnées de stéréotypes négatifs sur les joueurs et l’environnement du jeu, c’est le moins qu’on puisse dire. Les joueurs sont généralement peints comme des tricheurs, des criminels ou des flambeurs qui font preuve d’une absence de responsabilité. Et quant aux cadres de jeu, ils sont souvent représentés comme des endroits sombres et dangereux, même si dans certaines scènes, les acteurs jouent dans des casinos en ligne. Justement, pour trouver des sites de jeux d’argent en ligne de confiance, vous pouvez utiliser des sources fiables comme arnaques.info qui trient le bon grain de l’ivraie pour les joueurs.

Ces stéréotypes peuvent affecter la façon dont les joueurs sont perçus dans la vie réelle.

La subversion des stéréotypes dans les scènes de jeu d’argent dans le cinéma

Dans le septième art, les scènes de jeux d’argent peuvent également renverser ces stéréotypes en offrant une représentation plus nuancée et complexe du joueur. Le film peut présenter les différentes raisons qui poussent les gens à jouer et montrer les forces et les faiblesses du joueur et de son entourage. Et, il faut notifier la nécessité d’en être conscient avant de s’adonner aux jeux casino même si vous jouez sur les meilleurs sites de jeux d’argent en ligne.

Les thématiques explorées dans les scènes de jeu dans le cinéma

Les scènes de jeux d’argent dans les films traitent généralement de thèmes profonds tels que la confiance, la chance, la trahison, le risque. Ils peuvent également examiner le jeu compulsif et l’obsession qui en résulte. La plupart de ces notions vous seront familières si vous êtes un passionné des jeux d’argent en ligne fiable. Vous pouvez également explorer de plus près ce que ces scènes véhiculent en visionnant des films sur les casinos.

Le jeu comme symbole de la chance et du destin

Dans de nombreuses cultures, le jeu est automatiquement associé à la chance et au destin. Les scènes de jeux d’argent dans les films contribuent également à refléter cette croyance en exposant des personnages prenant des risques dans l’espoir d’avoir de la chance. Ces scènes peuvent être utilisées pour représenter des moments tendus et d’incertitude, où le destin des personnages est remis en cause.

Le jeu comme illustration de la masculinité

Certains films peuvent utiliser des scènes de jeux d’argent pour représenter la virilité et la masculinité. Des personnages masculins sont montrés en train de jouer dans des établissements terrestres ou sur des sites de jeux d’argent, dans l’objectif de prouver leur aptitude et leur supériorité. Les scènes de jeux d’argent peuvent donc inclure des thématiques telles que le pouvoir, la domination, la compétition, etc.

Le jeu comme analogie de la vie

Le jeu est également utilisé comme métaphore de la vie elle-même. Dans de nombreux films, les acteurs jouent à des jeux pour échapper aux dures réalités de la vie. Les scènes de jeux d’argent peuvent donc être utilisées pour aborder des thèmes plus larges tels que le risque, la chance, l’échec, la réussite et le sens de la responsabilité personnelle.

Le jeu comme image de la société

Les séquences de jeu dans le septième art servent également à refléter les comportements et les croyances de l’environnement dans lequel le film a été réalisé. Les réalisateurs peuvent utiliser le jeu pour incarner les excès et les vices de la société, et dans certains cas mettre en lumière des personnages dominés par la poursuite du pouvoir et de la richesse. Dans d’autres cas, il peut être utilisé pour représenter la résilience et la capacité de survie d’un personnage particulier dans un environnement hostile.

Les exemples de scènes de jeu dans le cinéma

De nombreuses scènes de jeu dans le cinéma peuvent être citées en guise d’exemple. Prenons la scène emblématique de poker dans le film Casino Royale,  où James Bond (joué par Daniel Craig) a été envoyé à Monténégro pour participer à un tournoi de poker de haute volée. Le but de Bond est de vaincre le “méchant du film”, Le Chiffre, un banquier qui utilise le tournoi pour faire du blanchiment d’argent. Dans la scène, la réalisation utilise des plans rapprochés pour mettre en avant les expressions faciales des joueurs et la façon dont ils se comportent, créant de ce fait une tension dramatique. La musique, avec des notes rapides et dramatiques, ajoute également à la tension de la scène.

La scène du blackjack dans “Rain Main” et celle de la roulette dans “Le Cercle Rouge” font également partie des exemples les plus célèbres. Ces scènes montrent la manière dont les thèmes et les stéréotypes sont explorés dans les scènes de jeux d’argent dans le cinéma.

Au cinéma, les scènes de jeux d’argent peuvent avoir une variété de significations culturelles, mettant en évidence les comportements et les paradigmes associés à cette activité dans de nombreuses cultures à travers le monde. Elles peuvent servir à représenter la chance, le destin, la masculinité, la société, la vie elle-même ou d’autres thématiques. Les scènes de jeux d’argent peuvent être mises à contribution pour explorer des thématiques plus globales et universelles et qui concernent les spectateurs de tous les horizons.

Post ecrit par Boris S.

 

 

Quelles entreprises ont tendance à être les plus gros bailleurs de fonds de nouveaux films et séries télévisées ?

L’impact du financement du cinéma et de la télévision s’étend bien au-delà de la production et de la distribution de contenu. Les productions cinématographiques et télévisuelles ont un impact économique important sur les communautés locales et peuvent générer des revenus importants grâce à la création d’emplois, au tourisme et à la vente de marchandises et d’autres produits.

De plus, le financement des productions cinématographiques et télévisuelles peut avoir un impact sur les entreprises et les particuliers qui financent. Par exemple, une production cinématographique ou télévisuelle réussie peut générer des profits importants pour les entreprises et les investisseurs impliqués, tout en augmentant leur visibilité et leur réputation dans l’industrie.

Paysage du financement du cinéma et de la télévision

Le paysage du financement du cinéma et de la télévision est complexe et varié. Les cinéastes et les sociétés de production ont à leur disposition une gamme de sources de financement, des studios traditionnels et des sociétés de financement aux nouveaux acteurs comme les services de streaming et les plateformes de financement participatif.

L’une des principales sources de financement du cinéma et de la télévision sont les studios, qui fournissent un financement substantiel aux projets en échange des droits de distribution. Ces studios ont souvent un public cible spécifique et préfèrent financer des films et des séries télévisées qui correspondent à leur démographie cible. Ces dernières années, des services de streaming comme Netflix et Amazon Prime sont également devenus des acteurs majeurs dans le paysage du financement du cinéma et de la télévision, fournissant un financement important pour le contenu original.

Outre les studios et les services de streaming, les financiers indépendants ont également joué un rôle important dans le financement des films et des séries télévisées. Ces financiers, souvent des particuliers fortunés ou des sociétés de production, fournissent un financement en échange d’une part des bénéfices ou d’autres incitations financières.

Les plateformes de financement participatif telles que Kickstarter et IndieGoGo sont également devenues un moyen populaire pour les cinéastes et les sociétés de production de financer leurs projets. Ces plateformes permettent aux cinéastes d’atteindre des investisseurs et des soutiens potentiels, qui peuvent apporter des fonds pour aider à donner vie au projet.

Les entreprises qui sont les plus grands bailleurs de fonds

L’industrie cinématographique et télévisuelle est soutenue par un large éventail d’entreprises qui financent les productions. Certains des plus grands bailleurs de fonds comprennent de grands studios comme Warner Bros., Universal Pictures et Walt Disney Studios, ainsi que des services de streaming comme Netflix et Amazon Prime Video. Ces entreprises disposent généralement de ressources financières importantes et investissent dans une variété de projets allant des superproductions à gros budget aux films et documentaires indépendants.

En plus de ces acteurs établis, certaines sources de financement non conventionnelles ont émergé ces dernières années. Par exemple, certains financiers indépendants comme Annapurna Pictures et A24 sont devenus des acteurs majeurs de l’industrie, finançant des films et des séries télévisées acclamés par la critique.

Un autre exemple de source de financement non conventionnelle est l’industrie des casinos. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une source de financement courante, certains casinos ont investi dans des productions cinématographiques dans le cadre de leurs stratégies de marketing. Par exemple, en 2006, le Palms Casino Resort de Las Vegas, qui figure couramment en haut de nombreuses listes de casino en ligne meilleur site, a investi 15 millions de dollars dans la production du film « Lucky You », avec Drew Barrymore et Eric Bana. L’investissement a été réalisé en échange d’un placement de produit de premier plan dans le film, qui présentait la salle de poker du casino et d’autres commodités.

Impact du financement du cinéma et de la télévision

L’impact du financement du cinéma et de la télévision s’étend bien au-delà de la production et de la distribution de contenu. Les productions cinématographiques et télévisuelles ont un impact économique important sur les communautés locales et peuvent générer des revenus importants grâce à la création d’emplois, au tourisme et à la vente de marchandises et d’autres produits.

Le financement des productions cinématographiques et télévisuelles a également un impact culturel, car ces productions peuvent façonner la façon dont les gens pensent et ressentent des questions et des événements importants. Par exemple, les documentaires et les programmes d’information peuvent informer et éduquer les téléspectateurs sur les événements actuels et les problèmes sociaux, tandis que les productions de fiction peuvent divertir et inspirer le public.

De plus, le financement des productions cinématographiques et télévisuelles peut avoir un impact sur les entreprises et les particuliers qui financent. Par exemple, une production cinématographique ou télévisuelle réussie peut générer des profits importants pour les entreprises et les investisseurs impliqués, tout en augmentant leur visibilité et leur réputation dans l’industrie.

Conclusion

En conclusion, le financement est un élément essentiel de l’industrie cinématographique et télévisuelle, et les entreprises et les particuliers qui fournissent ce financement jouent un rôle essentiel dans le succès des productions. Alors que les grands studios et les services de streaming sont les sources de financement les plus courantes, des sources non conventionnelles telles que des financiers indépendants et même des casinos peuvent également jouer un rôle.

L’impact du financement du cinéma et de la télévision s’étend bien au-delà de l’industrie du divertissement, avec des impacts économiques, culturels et de réputation pour les personnes impliquées. Les productions réussies peuvent générer des profits importants, créer des emplois et contribuer aux économies locales, tout en divertissant et en inspirant le public.

En fin de compte, comprendre le paysage du financement et les entreprises et les individus qui fournissent ce financement est crucial pour obtenir les fonds nécessaires pour donner vie à un projet. En explorant toutes les sources potentielles de financement et en gardant l’esprit ouvert, les producteurs et les cinéastes peuvent augmenter leurs chances de succès et avoir un impact durable dans l’industrie.

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