Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.
En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.
La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.
Né d’une collaboration inédite et historique entre l’israélien Guy Nattiv (Skin, Golda) et l’iranienne Zar Amir Ebrahimi (Les Nuits de Mashhad), "Tatami" est un brillant drame qui confronte deux générations de femmes à un état totalitaire faisant obstacle à leur soif de victoire et leur désir de liberté. Sur fond d’un championnat du monde de judo en huis clos, nous suivons une athlète et son coach, en proie à un dilemme qui vont les opposer, mais également les rassembler.
Pour son second long métrage après le remarqué "Compte tes blessures", Morgan Simon continue d’explorer les relations familiales et signe avec "Une vie rêvée" un film intimiste empreint de tendresse, de justesse, de délicatesse et de modernité.
Malgré les regards passionnés et les baisers torrides qui foisonnent "Plus Jamais", nous ne rougissons malheureusement pas à ces scènes mielleuses. Pourquoi ? Parce que le film s'appuie sur des clichés qui font défaut sa qualité globale. Il semble clair que la production a souhaité coller le plus possible au livre, au détriment d'un contenu plus intelligemment écrit.
Entre l’emphase léchée du cinéma de Guadagnino et la veine cauchemardesque du chef de file de l’elevated horror Ari Aster, Zoé Kravitz livre avec Blink twice une peinture dégénérée de l’Amerique post Weinstein.
D’abord conçu comme un opéra, Emilia Perez a finalement trouvé son incarnation au cinéma, mais hélas, le film semble en souffrir, comme étouffé par un trop-plein d’idées et d’excès mal maîtrisés. Quand l’abondance ne mène nulle part, c’est qu’un mal plus profond s’y dissimule.
De la Quinzaine des Cinéastes au Festival d’Annecy, "Anzu, chat-fantôme" arrive enfin sur nos écrans. Endeuillée de sa mère, abandonnée par son père, une jeune fille doit confronter leur absence et faire équipe avec ce Anzu, un esprit aussi farceur qu’un félin et aussi malotru qu’un humain. À la force d’une esthétique qui rappelle "Mes voisins les Yamada" et d’une ribambelle de personnages secondaires séduisants, le film s’embourbe malheureusement dans une narration étirée qu’on perd de vue les enjeux initiaux.
La saga Alien, on ne la présente plus. Initiée par Ridley Scott en 1979, l'œuvre de science fiction portée par Sigourney Weaver a su marquer durablement les esprits. Histoire fascinante aux thèmes multiples, génie de mise en scène, approche de la menace qui n'est pas sans rappeler celle d'un certain Jaws, introduction de mythes, un nouveau monstre de cinéma était né. Mieux encore, "Aliens : Le retour" réalisé par James Cameron est aujourd'hui encore considéré comme l'une des meilleures suites de l'histoire du cinéma. Si les films ne se valent pas tous, l'aura du Xénomorphe reste particulièrement forte dans l'univers cinématographique. Alors, sept ans après un "Alien : Covenant" particulièrement décrié par les fans, que vaut cette nouvelle virée cauchemardesque ?
Dans Le Roman de Jim, les frères Larrieu s'emparent d'un roman comme taillé à leur image avec un personnage d'une tendresse infinie, campé par un Karim Leklou expressionniste. Ils délaissent un temps la fantaisie d'un Tralala pour atteindre l'épure, l'image parfaite teintée d'une nostalgie omniprésente.
On connaît la date et, surtout, on connaît la fin. Avec "Les Dates chocs de l’Histoire", Jean-Yves Le Naour revient aux éditions Bamboo sur ces heures aiguës où rien n’est encore joué, où le cours du monde peut infléchir. Deux premiers albums donnent le ton : "11 novembre 1918 : Au cœur de l’armistice" et "28 octobre 1962 : Au cœur de la crise de Cuba".
De la conseillère d’orientation qui enterre les vocations aux cours de religion, des humiliations de cour de récréation aux connaissances prétendument "inutiles", cet ouvrage collectif publié aux éditions Fluide Glacial examine l’école sans céder aux facilités de la nostalgie. Les styles graphiques et les tonalités s’y succèdent avec liberté : autobiographie, satire, mauvais esprit, tendresse et franche bouffonnerie se fondent dans un album où chacun semble retrouver un morceau de sa propre scolarité.
À dix ans, Lenny possède un défaut impardonnable : au milieu d’une famille délicieusement dysfonctionnelle, il paraît à peu près normal. Relom retourne ainsi le divan du psychologue comme un gant et fait de "Lenny – On ne choisit pas sa famille !" une petite comédie familiale féroce, volontiers grivoise, où les adultes auraient sans doute davantage besoin d’une consultation que l’enfant qu’ils y expédient.
Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?
Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.