Critiques films

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Companion : Deus Sex Machina

Il faut croire que l'on va devoir compter sur le talent de Sophie Thatcher à l'avenir, tant elle porte vers le haut ce "Companion", qui se veut une transposition somme toute réussie de l'univers de "Black Mirror" dans un contexte tout ce qu'il y a de plus contemporain et surtout lambda.

Coeur sanglant : Le cas Lindon, l’obligé de la peine perdue

Dans un documentaire frappant et exceptionnel, Coeur Sanglant, Thierry Demaisières et Alban Teurlai plongent dans la psychè de Vincent Lindon et donnent à voir-entendre avec âpreté, lucidité ravageuse et émotion terrassante un acteur fou d'amour, de vérité et de désespoir.

Un parfait inconnu : Timy, Please Don’t Go

Un Parfait Inconnu, le biopic de Bob Dylan réalisé par James Mangold. Timothée Chalamet impressionne par sa performance musicale, mais le film, malgré une reconstitution fascinante du New York des années 60, manque d'âme et d'intensité narrative.

Le Jardin zen de Naoko Ogigami : Olé !

Le Jardin zen : Inconnue chez nous malgré déjà 7 longs métrages à son actif, la cinéaste Naoko Ogigami manie un langage aussi sérieux que teinté d’ humour  pour dénoncer subtilement certains travers de sa société japonaise bien-aimée.

Jane Austen a gâché ma vie : rêves et sentiments

Le romantisme des écrits de Jane Austen a inspiré la littérature, la télévision et le cinéma anglais, mais surtout l’imaginaire de toute une génération de jeunes femmes qui vivent dans l’attente désespérée d’une histoire d’amour sincère et passionnée. Une vision idéalisée, devenue anachronique dans notre société où flirts et aventures d’un jour se consomment sans modération sur des applis de rencontre. "Jane a gâché ma vie" s’engouffre dans cette dichotomie en s’attachant à une libraire célibataire en quête d’une vie romanesque. 

Julie se tait : comment considérer le silence

Récompensé du prix SACD et du prix Fondation Gan à la Diffusion lors de la dernière édition de la Semaine de la Critique à Cannes, "Julie se tait", premier film de Leonardo Van Dijl, explore la résilience d'une jeune joueuse de tennis face à la pression, les abus et la quête de son autonomie. Un récit universel sur l’écoute et la guérison, à travers une performance émotive de Tessa Van den Broeck et une ambiance musicale signée Caroline Shaw.

La voyageuse : Huppert libre, sincère et divine funambule

Dans un film libre comme l'air " La voyageuse" , Hong San-Soo embarque Huppert pour la 3eme fois dans un voyage existentiel savoureux, coupant malicieusement avec tous les codes en proposant une héroïne génialement surprenante.

Jouer avec le feu : « Il est des hommes qui se perdront toujours »

Dans "Jouer avec le feu", Delphine et Muriel Coulin dépeignent avec justesse les liens fragiles entre un père veuf, incarné par Vincent Lindon, et ses deux fils. Entre incompréhension, filiation brisée et dérive idéologique, le film explore les tensions silencieuses et les blessures invisibles qui façonnent cette famille. Porté par des performances intenses, il questionne les normes sociales imposées aux hommes tout en effleurant les abîmes de l’intime.

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Faire la peau : le brûlot qui affronte le tabou de la violence des mères

Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?

« Valhalla Bunker » (T3) : le Reich, le président et le tennis de table

Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.

L’affaire Arnolfini : enquête sur un tableau de Van Eyck

« Johannes de Eyck fuit hic 1434… » « La phrase est doublement ambiguë. Elle ne dit pas que le tableau date de 1434, mais que la scène qu’il représente a eu lieu cette année-là. Et elle se garde bien de nous informer si, de cette scène, Van Eyck fut le témoin ou le protagoniste. Elle place le tableau sous le signe du double sens. »

Les oranges amères, une image bien choisie

« A l’origine, nous étions des êtres doubles : chaque humain était constitué de deux personnes, unies en un seul corps gigantesque. Notre force et nos capacités étaient d’autant plus grandes et notre pouvoir était tel que nous cherchâmes à rivaliser avec les dieux… »

La femme au portrait, meurtre sur le tournage du film

« VOUS AVEZ BIEN CONSCIENCE QU’ON NE PEUT RIEN TOURNER SANS CE SATANE TABLEAU ? »