Vaiana 2 : le bleu lumière ?

En 2016 sortait le premier Vaiana. Succès public et critique, tout aussi bien sur le papier qu’au box office, la mise en chantier d’une suite n’a surpris absolument personne. Originellement prévu pour une série Disney+, le projet a vite été retravaillé pour le grand écran. On craignait alors que Vaiana 2 subisse le sort des vieilles suites des classiques d’animation Disney. Rassurez-vous, c’est loin d’être le cas. Rassurez-vous moins, on n’est pas sur une future référence non plus.

Partir là-bas

Croyez moi, vous n’avez pas fini d’entendre parler de Vaiana. En plus de cette suite, qui ouvre la voie à de nouveaux opus, un film en prise de vue réelle, porté par « The Rock » Dwayne Johnson, est déjà en tournage. Si la qualité est au rendez-vous, pourquoi pas. Bien que les derniers remakes live de Disney soient… ben.. disons qu’ils existent et on s’en serait passé pour la plupart. De plus, même les projets d’animation récents du studio ont peiné à convaincre. Sérieusement, qui se souvient de Wish ou d’Avalonia : l’Étrange voyage ? Vaiana 2 a donc de multiples tâches : réconcilier les déçus, emporter un nouveau public, introduire des suites, le tout en étant un bon et beau film d’animation. Pas mal, peut-être trop pour un studio qui oublie de quoi il était capable, fut un temps…

Heureusement, cette suite n’est pas qu’une vulgaire série transformée à la va-vite en un long-métrage d’1h40. Nous retrouvons notre jeune polynésienne quelques temps après les évènements du premier opus. Devenue exploratrice hors pair, elle parcourt inlassablement les océans à la recherche d’autres peuples. Aidée par un magique coup de pouce de ses ancêtres décédés qui apparaissent toujours au bon moment, elle apprend l’existence d’une vieille île où toutes les routes maritimes convergeaient. Si d’autres navigateurs existent, c’est là qu’ils se trouvent. Il n’en faut pas plus pour notre héroïne pour repartir à l’aventure et, après une ou deux chansons, nous voici de nouveau sur les océans.

Accompagnée d’un équipage assez attachant (un agriculteur, un bodybuildeur idolâtrant Maui et une conceptrice de bateaux toujours à la recherche de la perfection) et de ses animaux de compagnie, la jeune femme se lance corps et âme dans son périple. Durant 1h40, le film enchaîne les péripéties amusantes et sans temps mort. On retrouve dans ce projet tout ce que l’on aime chez Disney, des personnages forts, des thèmes appuyés ainsi qu’un réel sens de l’aventure et de l’épique, tout en laissant à Vaiana suffisamment de failles pour que l’on s’y attache. On retrouve  aussi et malheureusement tout ce que l’on aime moins depuis quelques années déjà, à savoir une absence totale de prise de risque. Vaiana 2, c’est Vaiana 2. Ni plus, ni moins. Les thèmes, s’ils sont correctement abordés, sont vus et revus. On n’a jamais peur, pour personne, car il faut vendre des jouets et faire d’autres films. On sait d’avance où l’on va et que tout ce petit voyage se terminera pour le mieux et pour tout le monde. On ne retiendra qu’un seul twist sympathique, mais qui ne mène à rien. Dommage !

Le prochain voyage sera le plus beau

Avec la qualité des séries Disney + souvent médiocres, disons le franchement, on craignait pour le scénario de Vaiana 2. Mais, surtout, on redoutait le visuel. Que l’on vous rassure immédiatement, cette suite envoie méchamment ! Si l’originalité a coulé au plus profond des abysses, les équipes ont fait un superbe travail d’animation. Tant mieux, après un Wish particulièrement décrié à ce sujet. Vaiana 2 fourmille de décors et d’idées d’animations, au premier plan ou en arrière-plan. Enfin, c’est quand il le peut. Difficile de libérer tout son talent créatif lorsqu’on évolue dans le vide océanique durant une grande partie de ton film. Les fans d’Arcane, avec ses milliers d’idées à la minute, ressentiront peut-être un vide, mais difficile de bouder sans mauvaise foi la qualité visuelle du film.

Ce que Vaiana 2 peut faire, il le fait bien. Le rendu de l’eau est sublime, les animations faciales des personnages sont parfaites et la dernière demi-heure ne fait pas dans la demi-mesure, en offrant un vrai spectacle visuel. Evidemment, ce sont pour les chansons que les artistes ont pu déballer leur créativité. Si toutes ne se valent pas, leur mise en scène reste souvent d’une réelle efficacité. On citera par exemple « Je vais avoir un chee-hoo » (Can I Get A Chee Hoo) pour Maui qui emprunte énormément à la génialissime chanson d’Encanto, « Sous les apparences » (Surface Pleasure) et parfaitement chantée par Anthony Kavanagh. Bien sur, Vaiana n’est pas en reste et occupe une grande partie des chansons, dont « Aller plus loin » ou une superbe reprise de « l’Explorateur ».

Cerise Calixte, nouvelle perle française pour Disney fait toujours un superbe travail vocal avec son personnage. Si on regrettait fortement une synchronisation labiale catastrophique dans La Petite Sirène (2023), sa prestation pour Ariel avait marqué les esprit. Sa performance pour ses retrouvailles avec la petite polynésienne n’a rien perdu de sa superbe. On retiendra aussi « Invente ta route », superbe chanson interprétée par Ana Ka aux allures d’Hercules, tout autant dans la forme que dans le son. Tout ceci fait de Vaiana 2 un film d’animation très sympathique, mais dénué d’originalité et qui semble placé dans l’unique but d’annoncer les suites à venir.

Vaiana 2 : bande-annonce

Vaiana 2 : fiche technique

Titre original : Moana 2

Réalisation : David G. Derrick Jr

Scénario : Jared Bush / Dana Ledoux Miller

Casting original : Auli’i Cravalho / Dwayne Johnson / Nicole Scherzinger / Temuera Morrison

Casting francais : Cerise Calixte / Anthony Kavanagh / Jean-Luc Guizonne / Mareva Galanter

Musique : Mark Mancina / Opetaia Foa’i / Abigail Barlow / Emily Bear

Production : Walt Disney Pictures / Walt Disney Animation Studios

Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures

Durée : 100 minutes

Sortie : 27 Novembre 2024 en salles

Note des lecteurs1 Note
3

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Dimitri Redier
Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
Film préféré (Gladiator) - Série préférée (Mr Robot) - Acteur préfére : (Benedict Cumberbatch) - Actrice préférée (Emma Stone) - Réalisateur préféré (Denis Villeneuve) - Jeu vidéo préféré (The Last of Us 2) - Plat préféré (Les sushis…ça n’a aucun rapport mais je suis sûr que vous vous posiez la question)

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.