"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.
Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.
Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
"Hell in Paradise", de Leïla Sy, transforme un décor de rêve en piège oppressant où Nina, venue fuir son passé, se heurte à un système injuste et patriarcal. Sous le soleil trompeur des Maldives, le film dévoile la violence invisible, la solitude et la résistance fragile d’une femme que le paradis cherche à faire taire.
Abdellatif Kechiche signe avec Mektoub, My Love : Canto Due le deuxième volet de sa trilogie inspirée du roman La Blessure, la vraie. Entre sensualité, désir et fidélité au texte, le film nous replonge dans l’été 1994 à Sète, aux côtés d’Amin, Ophélie et Tony, dans une fresque où la lumière se teinte d’ombre et de perplexité.
Le cinéaste peint, avec un plaisir cinématographique assumé mêlant sens du spectacle et intrigue ciselée, la compromission progressive d’une star du cinéma avec le régime autoritaire qui a décidé d’en faire sa marionnette. S’il n’atteint pas les sommets des deux premières œuvres, le film confirme néanmoins le goût très sûr de Saleh et le talent de son casting dominé par le charismatique Fares Fares.
Edgar Wright réinvente "Running Man" en un blockbuster vibrant, satirique et intensément moderne. Entre action frénétique, critique acerbe de la société du spectacle et performance habitée de Glen Powell, le film offre une dystopie nerveuse et inventive, qui interroge notre époque saturée d’images sans sacrifier le divertissement.
"Trans Memoria" de Victoria Verseau révèle un voyage intime où transition, mémoire et deuil s’entrelacent. Entre archives, paysages désertés et poésie visuelle, le film explore des identités en mouvement, hantées par les absences mais portées par la résilience. Un documentaire sensible qui interroge ce que signifie devenir soi et habiter un corps en transformation.
Pour son premier long-métrage, Isabelle Carré adapte son roman autobiographique et nous plonge dans les souvenirs de son adolescence, marquée par un séjour en pédopsychiatrie à l’hôpital Necker dans les années 80. À travers le personnage d’Elizabeth, incarnée par la jeune Tessa Dumont Janod, elle évoque avec pudeur les fragilités de l’enfance, les liens d’amitié, les rêves d’évasion et les failles familiales. En parallèle, Elizabeth adulte revient sur les lieux, devenue animatrice d’ateliers de théâtre pour enfants en souffrance. Une œuvre intimiste et onirique, portée par une mise en scène délicate et un regard engagé sur la santé mentale des jeunes.
Dans "Détective Conan : La Mémoire retrouvée", le petit détective reprend du service dans un polar hivernal où les montagnes enneigées cachent secrets et souvenirs. Entre vengeance, code moral et tension psychologique, Conan suit les indices pour élucider un meurtre, mêlant action, introspection et la fidélité des personnages qui font le cœur de la saga.
Les Braises de Thomas Kruithof, avec Virginie Efira, s’impose comme un film social français sur les gilets jaunes. Très sage et évitant la caricature, il laisse pourtant un goût d’ennui poli malgré une mise en scène sobre.
Le Principe de Wellington de Nathalie Léger : une commande de scénario sur l’aveu devient une enquête vertigineuse sur l’écriture, la vérité et les masques du « je ». Entre anagnorisis tragique, Wittgenstein, Emily Dickinson et imitation des personnages aimés, la narratrice-écrivaine explore les confins du langage et de la fiction, interroge les affres de la création et la culpabilité, et tisse une émouvante apologie de la relation entre frères et sœurs.
« - Eu cartonne of Lucky Strike fore ziss fez en poil de cul !? Tut’moques de moi, l’ami ?
- Yes, my friend. Ten packs ! That’s a very good price for you… »
Tyler Boss et Martin Simmonds reprennent le mythe du Fantôme dans un récit d’enquête où le prestige du spectacle autorise toutes les outrances. Paru chez Urban Comics, ce volume de la collection Universal Monsters doit autant à son atmosphère graphique qu’à sa manière de faire du théâtre un lieu de désir, de peur et de faux-semblants.
Dans "Géographie du rap : Villes et scènes en France et aux États-Unis", le géographe Séverin Guillard étudie les signes et lignes de force qui relient les artistes à leurs villes, ainsi que les inégalités qui séparent les scènes locales des centres de l’industrie musicale. De Lille à Atlanta en passant par Paris, représenter un lieu, c’est aussi revendiquer sa place sur un échiquier complexe.
Dans "Le Parfum des feuilles de thé" (Robert Laffont), Camille Monceaux et Virginie Blancher suivent Akane et Mayumi, deux jeunes femmes qui quittent Tokyo pour reprendre une plantation familiale. Au rythme des récoltes, leur installation devient une histoire de transmission et de choix de vie, non sans doutes.