Les Orphelins : un film d’action qui cherche sa voix

Policiers rivaux, adolescente à protéger et déferlante d’action, Les Orphelins mise sur l’efficacité d’un duo explosif pour injecter une dose d’adrénaline au cinéma français. Un film d’action musclé où la castagne prend le pas sur les mots et le scénario.

Encore un défi cinématographique relevé par le studio français Inoxy Films, dont la volonté première est d’offrir un divertissement d’action inscrit dans l’ADN du cinéma bis. Un cinéma qui ose sans complexe, désormais identifiable par ses courses-poursuites en voiture nerveuses et percutantes, comme le montre la trilogie Balle Perdue. En marge de cette saga portée et diffusée par Netflix, Aka a également reçu un accueil chaleureux du public.

Face à l’arrivée des mastodontes hollywoodiens, le cinéma français répond présent grâce à des ambassadeurs comme Olivier Schneider, qui tentent de digérer et de réinterpréter ce qu’ils ont appris. Par conséquent, Les Orphelins possède tous les atouts pour ne pas rougir face aux blockbusters comme John Wick ou les derniers Mission: Impossible.

Cascadeur de formation (Le Baiser mortel du dragon, Le Transporteur, Danny the Dog), Olivier Schneider est rapidement devenu coordinateur de combats sur les plateaux de Taken, Fast & Furious 6 ou encore 007 Spectre. Son pedigree lui vaut une place de choix comme chef cascadeur dans Mourir peut attendre. Quelle que soit l’opinion sur le fond du film, c’est bien par sa forme et ses séquences d’action que la dernière mission de James Bond a marqué les esprits.

Les enfants sauvages

La vengeance est souvent le moteur d’un récit d’action. Farang et Kill l’ont récemment prouvé, tout en plongeant les spectateurs dans une spirale de confrontations riches en émotions. Les Orphelins souhaite s’inscrire dans cette lignée — et y parvient en partie. Le précédent film de Schneider pour Netflix, GTmax, affichait déjà cette volonté, malgré des dialogues peu stimulants et un scénario trop alourdi. Le cinéaste traîne encore quelques-uns de ces défauts, mais en pleine conscience, si bien que les séquences les plus fortes restent celles où les personnages s’expriment par leur corps, leur mouvement et leur physicalité.

Aussi stylisé soit-il, et même souligné par des dialogues parfois un peu appuyés, le film délivre sa dose d’adrénaline avec générosité. Sans prétendre à une grande finesse d’écriture, le film de Schneider va droit au but. Concis, rythmé, il regorge d’actes de bravoure et de scènes de castagne comme on les aime depuis les années 80. Difficile de ne pas penser à L’Arme Fatale ou Tango et Cash dans la manière dont fonctionne le duo principal. Les Orphelins s’inscrit clairement dans la veine du buddy movie.

Deux policiers que tout oppose – Alban Lenoir (en flic taciturne) et Dali Benssalah (plus impulsif) – se retrouvent à protéger une adolescente pratiquant la canne de combat, Leïla (interprétée par Sonia Faïdi). Traqués par une cheffe et une mère autoritaire, jouée par Suzanne Clément, Gabriel et Idriss résistent à une armée de sbires lancée à leurs trousses, tout en se retrouvant au cœur d’une histoire de famille recomposée. C’est dans ce méli-mélo faussement complexe et ambigu qu’on se laisse entraîner. Bien que Leïla soit plus active dans ce récit très masculin, il n’y en a que pour ces messieurs qui se braquent du regard. C’est essentiellement ringard, mais pas foncièrement déplaisant une fois remis dans son contexte.

La famille qu’on se choisit

Le tout, emballé en 1h35, donne un cocktail souvent explosif. Mais ces choix de rythme et de narration provoquent aussi des dommages collatéraux : certaines maladresses dans le ton, quelques dissonances entre le drame sérieux et le duel de testostérone à peine assumé. Si l’humour issu du choc des ego fonctionne mieux que dans l’immature Hobbs & Shaw, la tension dramatique s’efface parfois au profit de gamineries entre flics virils.

On perçoit quelques moments touchants, mais dans cette volonté de resserrer le récit, on sacrifie une part d’émotion. Le film navigue entre deux pôles : le mélodrame et l’action pure. Et c’est évidemment sur ce second terrain qu’il excelle, avec des poursuites, motorisées ou à pied, dans les décors naturels de Biarritz et Saint-Jean-de-Luz. Chacune des confrontations donne lieu à une démonstration technique impressionnante, que l’on tend à identifier comme de l’esthétique française. Un passage bref mais intense dans un marché couvert, où les héros tentent d’échapper à un SUV lancé à pleine vitesse, en témoigne parfaitement.

Si des œuvres similaires ont déjà connu le succès en streaming, ce premier pas vers le grand écran ne peut que renforcer une industrie qui affirme peu à peu son autonomie et sa vision du cinéma d’action. Il reste encore à s’affranchir de certaines références trop évidentes, parfois soulignées à l’excès, au risque de perdre en singularité. Mais dans l’ensemble, Les Orphelins a le mérite de proposer un divertissement efficace, balisé mais généreux, conçu en hommage au cinéma bis des années 80. On s’en réjouit, tout en gardant un œil lucide dans le rétroviseur. Et si une suite devait voir le jour, nul doute qu’elle pourrait tirer de précieuses leçons de ce premier coup d’accélérateur.

Les Orphelins – bande-annonce

Les Orphelins – fiche technique

Réalisation : Olivier Schneider
Scénario : Nicolas Peufaillit, Olivier Schneider, Jean-André Yerlès, Alban Lenoir
Interprètes : Alban Lenoir, Dali Benssalah, Sonia Faïdi, Anouk Grinberg, Romain Levi, Suzanne Clément
Photographie : Maxime Cointe
Son : Romain De Gueltzl
Décors : Marc Thiebault
Costumes : Marion Moulès, Matthieu Camblor
Montage : Tianès Montasser
Cascades mécaniques : David Julienne
Cascades physiques : Yves Girard
Musique : Paul-Marie Barbier, Julien Grunberg
Producteurs : Rémi Leautier, Sidonie Dumas, Rémi Cervoni
Sociétés de production : Inoxy Films, Gaumont Production
Pays de production :  France
Distribution France : Gaumont
Durée : 1h39
Genre : Action, Policier, Drame
Date de sortie : 20 août 2025

Les Orphelins : un film d’action qui cherche sa voix
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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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