Balle Perdue 2 : spectaculaire mais inconsistant

Forts du succès surprise du premier opus, Guillaume Pierret et Netflix remettent le couvert avec Balle Perdue 2. Une suite qui fonce à toute blinde dans les traces de Michael Bay, mais en sacrifiant malheureusement tout le reste à l’instar d’une production de Luc Besson.

Synopsis de Balle Perdue 2 : Après la mort de Charras, Lino et Julia ont pris la relève et forment la nouvelle équipe de choc de la brigade des stups. Bien déterminé à retrouver les assassins de son frère et de son mentor, Lino continue sa traque et ne laissera personne se mettre en travers de sa route…

Si le confinement en 2020 s’est montré pour le moins néfaste envers les salles de cinéma, certains titres ont su tirer leur épingle du jeu grâce à leur diffusion sur les plateformes de streaming tel que Netflix. Ce fut d’ailleurs cette dernière qui diffusa Balle Perdue, un film d’action français tout ce qu’il y a de plus banal – hormis une appréciable générosité dans la forme, digne des séries B américaines – ayant connu un franc succès auprès des abonnés. Un succès non négligeable, qui permit au titre de se hisser très vite dans les recommandations de la plateforme. Pour dire, Balle Perdue se hissa à la seconde place du top 10 des films en langue non anglaise les plus vus aux États-Unis ! À la suite de cela et Netflix étant plus que jamais enivré par une politique de rentabilité assez discutable, il n’est donc pas étonnant de voir débarquer sur nos écrans une suite. Sobrement intitulée Balle Perdue 2, celle-ci assume pleinement nous embarquer dans une nouvelle course-poursuite haletante et réitérer l’exploit du premier opus. Si le pari semble déjà gagné – le film a atteint en seulement quelques jours la première place du Top 10 de Netflix –, faut-il encore voir à quel prix la victoire est atteinte.

« Je suis un gros fan de Michael Bay, c’est le patron. » déclarait dans la semaine le réalisateur Guillaume Pierret pour le site Écran Large. Nous voulons bien le croire, tant son Balle Perdue 2 révèle son envie de rouler dans les traces de son homologue hollywoodien. Partant du principe qu’une suite doit aller plus loin que l’opus précédent, Pierret livre ici un véritable festival de tôles froissées, d’explosions spectaculaires et de gnons qui font bien mal. Pas de demi-mesure, la trame met rapidement en place son intrigue pour nous entraîner dans une course-poursuite pour le moins généreuse et, surtout, réalisée avec beaucoup de moyens et de technicité. Se vantant d’avoir un budget plus confortable, le réalisateur lâche totalement prise et nous sert sur un plateau d’argent des séquences d’action à la fluidité exemplaire. Bien loin des cuts hystériques à la Olivier Megaton (Le Transporteur 3, Taken 2 et 3, The Last Days of American Crime), Pierret prend le temps de poser sa caméra et de collaborer avec ses techniciens pour faire de son Balle Perdue 2 une série B diablement fun et plus impressionnante que son prédécesseur. Quitte à ne pas avoir peur du ridicule, comme de donner au véhicule principal le moyen de faire valdinguer dans les airs les autres voitures qu’il prend en chasse. Sur ce point, cette suite est une réussite !

Malheureusement, à trop vouloir se concentrer sur une action digne de Michael Bay, Guillaume Pierret en a oublié tout ce qui aurait permis à Balle Perdue 2 d’être un film d’action notable et non une simili production Besson. Car dans l’état actuel des choses, cette suite est d’une platitude exécrable à tous les niveaux. À commencer par un scénario inexistant au possible. Certes, ce dernier va à l’essentiel pour nous offrir le spectacle tant promis par le cinéaste et son équipe. Mais plutôt que de nous servir une véritable histoire comme l’avait fait le premier volet, Balle Perdue 2 reprend bêtement celle-ci comme d’un simple prétexte pour lancer une trop longue et incohérente course-poursuite durant laquelle les personnages ne font que tourner en rond – les héros et antagonistes ne font que de se « partager » un témoin à charge – sans que cela ait le moindre sens. Les corps-à-corps, fusillades et autres séquences d’action s’enchaînent certes sans temps mort, mais l’ensemble ne prend jamais le temps de souffler ne serait-ce que quelques minutes, que ce soit pour étoffer ses protagonistes ou bien créer la moindre intrigue qui puisse titiller l’intérêt du spectateur. Ajoutez à cela un casting en roue libre qui marmonne plus qu’autre chose et un sérieux manque de finition sur la post-production – bande originale soporifique et notamment pendant les scènes d’action -, et vous obtenez un film diablement fade. Sacrifié sur l’autel du grand spectacle pour pas grand-chose.

Pire, plutôt que d’être un long-métrage à part entière, Balle Perdue 2 se présente comme une banale transition. Une sorte de bande-annonce version longue à un inévitable Balle Perdue 3 – ce que confirment les dernières minutes, avec le retour de Nicolas Duvauchelle. Oui, ce second opus met la barre bien haute pour ce qui est de l’action cinématographique à la française. Mais le tout manque cruellement d’aboutissement et d’intérêt pour captiver pleinement l’attention, comparé à un premier volet bien plus sympathique. Ne reste plus qu’à espérer que le troisième corrige cette sortie de route tout en préservant la générosité du réalisateur qui, pour le coup, ne manque pas d’âme ni de passion.

Balle Perdue 2 – Bande annonce

Balle Perdue 2 – Fiche technique

Réalisation : Guillaume Pierret
Scénario : Guillaume Pierret et Alban Lenoir
Interprétation : Alban Lenoir (Lino), Stéfi Celma (Julia), Sébastien Lalanne (Marco), Pascale Arbillot (Moss), Diego Martín (Alvaro), Jérôme Niel (Yann), Khalissa Houicha (Stella), Quentin D’Hainaut (Yuri), …
Photographie : Morgan S. Dalibert
Décors : Delphine Richon
Costumes : Matthieu Camblor et Marion Moulès
Montage : Sophie Fourdrinoy
Musique : Romain Trouillet
Producteur : Rémi Leautier
Maisons de Production : Netflix France, Inoxy Films, Nolita TV et Versus Production
Distribution (France) : Netflix
Durée : 98 min
Genre : Action
Date de sortie :  10 novembre 2022
France – 2022

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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