Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.
En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.
La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.
Pour son premier long-métrage "La Danse des Renards", Valéry Carnoy signe un film d'initiation vif et sensible où le trauma devient le seuil d'une autre vérité. Le réalisateur explore avec finesse ces états psychiques labiles, ces glissements imperceptibles qui, à l’adolescence, font vaciller le corps et renaître l’âme.
Fresque cosmique, le film prend de la distance afin de présenter les paysages dévastés, fruit de la folie des hommes, comme une planète hostile colonisée par une civilisation étrange. Loin d’entretenir une vision insensible du malheur des hommes, Werner Herzog s’attarde sur sa cruauté et sa folie, renouant ainsi avec les principes du lointain romantisme allemand.
Vous souvenez-vous de l'incroyable "Seul au monde" sorti en 2000 ? Non ? Dommage, vous avez raté l'occasion de pleurer pour un ballon (et je ne parle pas de la Coupe du monde). Vous vous souviendrez peut-être du plus récent "Premier Contact", de Denis Villeneuve ? C'est peut-être l'écriture et la façon de filmer des extra-terrestres la plus intelligente qu'on ait eue au cinéma. En revanche, difficile de croire que vous avez oublié le sacro-saint "Interstellar", immense chef-d'œuvre intemporel qui a éclipsé la quasi-intégralité des films de science-fiction spatiaux depuis sa sortie. Prenez un peu de ces trois monuments du 7ᵉ Art, prenez un Ryan Gosling au top de sa forme. Bravo, vous venez d'obtenir "Projet Dernière Chance".
Dans les limbes d'un purgatoire fantasy, une princesse guerrière cherche la vengeance et trouve peut-être le pardon. Avec "Scarlet et l’éternité", Mamoru Hosoda signe une œuvre hantée par Shakespeare et les conflits contemporains — belle à regarder, moins convaincante à ressentir.
Martin Scorsese, Sam Raimi, Angelina Jolie, Gal Gadot : autant de personnalités qui se sont frottées de près ou de loin à cette adaptation du classique de James Whale de 1935, "La Fiancée de Frankenstein". Et pourtant à l'arrivée, c'est Maggie Gyllenhaal qui hérite du morceau et se lance à corps perdu dans la bataille quitte à signer une oeuvre malade de sa gestation chaotique mais indéniablement habitée. Un joli paradoxe en somme qui mérite le détour.
Il est toujours agréable de voir un cinéaste prendre un virage radical, à l'opposé de son registre de prédilection. Andrea Di Stefano a construit son cinéma dans la veine du thriller policier — "Paradise Lost", "The Informer", puis "Dernière nuit à Milan", son œuvre la plus aboutie — tout en parsemant ses récits d'une aura romantique entre ses protagonistes. Avec "Il maestro", il change de cap et s'aventure sur le terrain de la comédie italienne, en retrouvant Pierfrancesco Favino pour un road trip à travers l'Italie des années 80.
C’est à travers l’enquête d’un survivant du régime, le journaliste Michael Goldsmith, que nous est conté le règne de Jean-Bedel Bokassa, président puis empereur autoproclamé de la République centrafricaine entre 1966 et 1979. Aujourd’hui quelque peu oublié, cet épisode est pourtant une illustration tragique et cruelle de l’hubris humaine à la sauce africaine.
Pixar signe un film sur le courage de la révolte — et recule au moment de conclure. "Jumpers" est beau, drôle, inventif, porté par une animation somptueuse et un sens du gag qui fait mouche. Mais à force de brouiller ses convictions et de ménager son public, il finit par ressembler au compromis qu'il prétend dénoncer. Une fable écologique généreuse, esthétiquement irréprochable, et politiquement timorée.
Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?
Des néonazis, un président américain davantage préoccupé par sa teinture que par l’apocalypse, un Panzer qui tient de l’immeuble et une querelle lexicale autour du ping-pong : Fabien Bedouel boucle le cycle de "Valhalla Bunker" en mettant tous les potentiomètres dans le rouge. C’est énorme, idiot avec méthode, et dessiné avec une redoutable efficacité.
« Johannes de Eyck fuit hic 1434… » « La phrase est doublement ambiguë. Elle ne dit pas que le tableau date de 1434, mais que la scène qu’il représente a eu lieu cette année-là. Et elle se garde bien de nous informer si, de cette scène, Van Eyck fut le témoin ou le protagoniste. Elle place le tableau sous le signe du double sens. »
« A l’origine, nous étions des êtres doubles : chaque humain était constitué de deux personnes, unies en un seul corps gigantesque. Notre force et nos capacités étaient d’autant plus grandes et notre pouvoir était tel que nous cherchâmes à rivaliser avec les dieux… »