Vous souvenez-vous de l’incroyable Seul au monde sorti en 2000 ? Non ? Dommage, vous avez raté l’occasion de pleurer pour un ballon (et je ne parle pas de la Coupe du monde). Vous vous souviendrez peut-être du plus récent Premier Contact, de Denis Villeneuve ? C’est peut-être l’écriture et la façon de filmer des extra-terrestres la plus intelligente qu’on ait eue au cinéma. En revanche, difficile de croire que vous avez oublié le sacro-saint Interstellar, immense chef-d’œuvre intemporel qui a éclipsé la quasi intégralité des films de science-fiction spatiaux depuis sa sortie. Prenez un peu de ces trois monuments du 7ᵉ Art, prenez un Ryan Gosling au top de sa forme. Bravo, vous venez d’obtenir Projet Dernière Chance.
L’Espace, frontière de l’infini… sauf au cinéma
Comment réussir un film ? Existe-t-il seulement une règle universelle au cinéma qui décrète que ton projet est bon s’il respecte telle ou telle règle ? Non. L’appréciation d’une œuvre cinématographique est et restera toujours subjective. En revanche, on peut définir le cinéma, le vrai. Celui qui se voit, se ressent. Celui qui s’entend, pas celui qui s’écoute. In fine, on revient à cet éternel débat : un film qui ne fait pas d’effort sur l’image, le son, le montage et la réalisation peut-il être considéré en tant que tel ? Et, de tous les genres cinématographiques, pourquoi est-ce avec la science-fiction que l’on se pose le plus la question : mérite-t-il la salle de cinéma ? Puis, en 2026, on remarque quelque chose. Si la SF continue de crever l’écran, les œuvres qui se servent majoritairement de l’Espace comme terrain de jeu sont très rares. Sincèrement, combien de films spatiaux pouvez-vous me citer sur les 10 dernières années ? Combien de films se servent de l’immensité de l’espace pour raconter une histoire ? La réponse sera forcément : très peu. Déjà, parce qu’une partie d’entre eux ne sont pas extraordinaires (Passengers était oubliable, Alien Romulus très classique, et nous ne parlerons même pas des daubes sorties sur les plateformes de streaming) et aussi et surtout pour une raison encore plus bête : ils ne sont pas nombreux.
Projet Dernière Chance part déjà avec cet avantage/inconvénient, celui d’appartenir à un genre rarissime qui ne demande qu’à s’agrandir, et avec lui sa liste de bons films. Et, quand on regarde d’un peu plus près, on est légèrement hallucinés par le nombre de signaux positifs qui entourent le projet. Adapté du roman d’Andy Weir, à qui l’on devait Seul sur Mars, réalisé par les créateurs de la saga Spider-Verse (aka l’une des meilleures sagas d’animation jamais conçues) et porté par une sacrée tête d’affiche, que lui manquait-il ? Un bon directeur de la photographie ? Aucun problème, on te donne Greig Fraser, le génie derrière les images de Dune ou The Batman. Difficile d’imaginer qu’un tel assemblage de talents pouvait foirer. Tant mieux, non seulement ce n’est pas le cas, mais on tient là l’un des meilleurs films liés à l’Espace depuis… ben depuis un sacré bout de temps, finalement.
Where is Ryan ?
Oubliez les huis clos standardisés avec le cultissime Alien de Ridley Scott. Ici, point d’équipage destiné à mourir à petit feu. En fait, il serait plus juste de dire : point d’équipage, tout court. Et c’est déjà en cela que Projet Dernière Chance est brillant. Grace (Ryan Gosling) évolue seul durant une partie de l’histoire. On ne sait qu’une seule chose : la Terre est menacée d’extinction, une équipe a été envoyée dans l’espace pour la sauver. Pourquoi ? Comment ? Nous vous laissons bien entendu le soin de le découvrir. À ce sujet, il vous est fortement conseillé, si vous lisez ces lignes sans avoir vu d’image du film, de poursuivre sur cette lancée et de le découvrir en salle directement. Les dernières bandes-annonce en montrent trop. Alors, vous me direz, à raison, que l’idée de faire un huis clos dans l’espace ne vient pas du film, mais du roman. Oui. En revanche, la réalisation, la photographie, le rythme, le montage et les silences, surtout les silences, ne sortent pas d’un bouquin. On en revient au premier paragraphe, Projet Dernière Chance ne s’écoute pas, il se ressent, se vit. Rares sont les huis clos qui isolent autant leur(s) protagoniste(s) et celui-ci réussit ce test difficile avec brio. Le cinéma est, depuis sa création, une narration par l’image. Une idée qui se raréfie, tant les films aujourd’hui sont pensés pour la télévision, s’assurant que les dialogues soient compris par un spectateur fixé à son téléphone. Ici, on tient une œuvre authentique de cinéma, pensée pour la salle et pour des gens qui aiment cet art. Merci.
Rarement la solitude n’aura été aussi drôle, tant Ryan Gosling continue d’épater par ses mimiques comiques. Mais, cette fois-ci, l’acteur explore plus en profondeur sa palette dramatique, offrant ainsi le meilleur rôle de sa carrière. On l’accompagne dans cette odyssée spatiale, dans les moments de rire comme de larmes. Dommage, les nombreux flashbacks viennent casser l’immersion. Rien de dramatique, rassurez-vous. Tous ou presque sont essentiels à l’intrigue et n’impactent en rien le rythme du film. On tient bien quelques scènes dont on peut discuter de la durée ou de l’utilité, mais rien de méchant. En revanche, la fin tire réellement en longueur. Mais, là encore, rien qui n’impacte sincèrement le tout. 2h35 qui auraient pu durer 2h15 en retirant quelques passages ici et là ? Bah… on a vu pire. La claque visuelle et sonore devrait suffire à faire sortir de la salle avec le sourire… et les larmes. Oui, car le film est beau et sincèrement touchant, par endroits. Je disais plus tôt que Grace évoluait seul une partie de l’histoire. Sans dévoiler quoi que ce soit, les fans de Seul au monde devraient s’attacher à Rocky autant qu’à Wilson (le ballon qui a fait pleurer toute l’humanité). Et, pour les plus connaisseurs d’entre vous, ma comparaison avec Premier Contact vous donnera quelques indices sur ce personnage, physiquement présent sur le plateau lors du tournage. Puis, comment ne pas aborder plus en détail la partie sonore, bluffante. Certains passages se font dans un silence criant, aidés d’un mixage son aux petit oignons et de la superbe bande originale de Daniel Pemberton, déjà à l’œuvre dans les deux films Spider-verse. Bref, entre First Man et ce film là, on peut décidemment dire que l’espace réussit bien à notre Ryan et on attend déja avec impatience son prochain décollage.
Projet Dernière Chance : bande-annonce
Projet Dernière Chance : fiche technique
Titre original : Project Hail Mary
Réalisation : Phil Lord, Christopher Miller
Scénario : Drew Goddard, d’après le roman d’Andy Weir
Interprètes : Ryan Gosling, Sandra Hüller, Lionel Boyce, Ken Leung, Milana Vayntrub
Photographie : Greig Fraser
Montage : Joel Negron
Musique : Daniel Pemberton
Producteurs : Amy Pascal, Ryan Gosling, Phil Lord, Christopher Miller, Aditya Sood, Rachel O’Connor, Andy Weir
Producteurs exécutifs : Patricia Whitcher, Drew Goddard, Sarah Esberg, Lucy Kitada, Nikki Baida, Ken Kao
Sociétés de production : Metro-Goldwyn-Mayer, Lord Miller Productions, Waypoint Entertainment, Pascal Pictures et General Admission
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Sony Pictures Releasing France
Durée : 2h37
Genre : Science Fiction, Aventure
Date de sortie : 18 mars 2026