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Le Jardin zen de Naoko Ogigami : Olé !

Le Jardin zen : Inconnue chez nous malgré déjà 7 longs métrages à son actif, la cinéaste Naoko Ogigami manie un langage aussi sérieux que teinté d’humour  pour dénoncer subtilement certains travers de sa société japonaise bien-aimée.

Synopsis du film le Jardin Zen:  Luxe, calme et volupté. Tout va pour le mieux dans la vie parfaitement réglée de Yoriko et de tous ceux qui, comme elle, ont rejoint la secte de l’eau. Jusqu’au jour où son mari revient à la maison après de nombreuses années d’absence, entraînant avec lui une myriade de problèmes. Rien, pas même ses plus ferventes prières, ne semble restaurer la précieuse quiétude de Yoriko… Avec tout cela, comment faire pour rester zen ?

 L’Effet Papillon 

Après des décennies de règne sans partage des grands maîtres contemporains du cinéma japonais tels que Hirokazu Kore-Eda, Kiyoshi Kurosawa, Naomi Kawase et dans un autre genre Hayao Miyazaki sur nos écrans hexagonaux, voici venir l’émergence de cinéastes moins connus de nous, pour notre plus grand bonheur. Ainsi, Koji Fukada et son récent Love Life, un cinéaste que nous n’avons découvert qu’en 2016 avec Harmonium ; ainsi Ryusuke Hamaguchi, son magnifique  film Drive my Car et autres beautés minimalistes qui n’ont pas peur de se déployer sur un temps long, pour parler comme les politiciens. Ainsi encore la réalisatrice Chie Hayakawa et son bouleversant Plan 75. Une relève qu’on valide, sans faire offense à leurs illustres aînés qu’on aime suivre plus que jamais.

Et voici Naoko Ogigami, dont c’est le premier film distribué en France après déjà 6 autres longs métrages. Son film, Le Jardin Zen, dont le titre original,  traduit à l’international par Ripples (ondulations), rapporte en effet les mouvements sinusoïdaux des émotions de sa protagoniste Yoriko (Mariko Tsutsui, déjà remarquée dans les films de Fukada). On la découvre, dormant tête-bêche dans le lit conjugal. Bonne épouse en apparence, se réveillant avant tout le monde pour les tâches ménagères, silencieuse, effacée. Nous sommes en 2011, et par peur de la contamination radioactive, la panique s’abat sur la population après l’explosion du réacteur N°1 à Fukushima. On se rue sur les bouteilles d’eau minérale, et les billets pour l’île d’Okinawa s’arrachent. L’occasion d’apercevoir l’autre facette de Yoriko qu’on ne dévoilera pas ici. Est-ce par peur des radiations, on ne le saura jamais vraiment, mais son mari, Osamu Sudo, disparaît dans la nature, laissant femme et enfant et même son propre père malade derrière lui.

On retrouve Yoriko plusieurs années plus tard. Embrigadée dans une secte obscure qui vénère « l’eau de la vie verte » , pour ce que cela peut bien vouloir dire. Vivant désormais seule, elle mène une vie ascétique consacrée au travail qu’elle a dû prendre et surtout à la Vie Verte. Jusqu’à ce que brusquement, Osamu ressurgit de nulle part. Naoko Ogigami réussit à nous transmettre la progression mentale de Yoriko qui slalome entre la pureté à laquelle elle aspire et les bassesses que cette irruption de son mari réveille en elle. Le pardon, la tolérance, la bienveillance, tout cela est mis à rude épreuve, encore plus lorsque son fils vient en visite, porteur de nouvelles non désirées…  Le gimmick de sa montée de la côte vers sa maison  en vélo (et de la descente de la même côte selon les périodes)  est par exemple un outil qui fait penser à un thermomètre prenant la température de ses émotions. La ponctuation sonore qui trouve sa magnifique apothéose dans la dernière scène du film, un autre moyen d’installer un rythme qui suit les ondulations du titre : l’alternance du bon et du mauvais chez Yoriko, les changements qui s’opèrent en elle, suivant un effet papillon, au contact de ses différents interlocuteurs, membres de la secte, collègue(s) de travail, et bien sûr famille.

Sans en dévoiler davantage sur ses arcs narratifs plutôt nombreux, on peut indiquer que le Jardin zen est un métrage riche qui nous en dit long sur une société japonaise arc-boutée sur un modèle archaïque où le paraître reste l’aune à laquelle elle se mesure. L’emprise quasi-sectaire de la religion, le respect des codes sociaux qui régissent les liens familiaux, comme Yukiko Sode, une autre cinéaste récemment révélée, l’a mis en scène dans son très beau Aristocrats. C’est un film sensible en plus d’être beau, avec une finale à couper le souffle. Une réussite tout en discrétion !

Le Jardin zen – Bande annonce

Le Jardin zen – Fiche technique

Titre original : Hamon
Réalisatrice: Naoko Ogigami
Scenario : Naoko Ogigami
Interprétation : Mariko Tsutsui (Yoriko Sudo), Ken Mitsuishi (Osamu Sudo), Hayato Isomura (Takuya Sudo), Tamae Andô (Misae Watanabe), Noriko Eguchi (Hitomi Ogasawara), Akira Emoto (Taro Kadokura), Kami Hiraiwa (Setsuko Ito), Midoriko Kimura (Masako Hashimoto), Hana Kino (Mizuki)
Photographie : Hideo Yamamoto
Musique : Hiroko Ide
Producteurs : Kazumasa Yonemitsu, Hiromitsu Sugita, Makoto Watanabe
Maisons de production : TV Man Union Co-production :
Distribution : Art House Films
Durée : 120 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 29 Janvier 2025
Japon· – 2023

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« Alouette » : entre cauchemar et rédemption

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Alouette d’Andréa Delcorte, publié aux éditions Glénat, nous entraîne dans un univers étrange et oppressant où s’entremêlent survie, mémoire traumatique et quête identitaire. Le récit, oscillant entre réalisme brut et visions hallucinées, captive par sa narration duale habilement construite et son style graphique hypnotique.

L’architecture narrative d’Alouette est probablement sa première force. L’histoire se déploie sur deux axes temporels distincts : d’un côté, l’arrivée d’Alouette sur une île hostile après un voyage en mer des plus inquiétants ; de l’autre, les fragments de souvenirs de son passé douloureux, où elle luttait pour survivre avec son frère Pilou. Cette alternance spatiotemporelle renforce le mystère et la tension du récit. Les informations ne sont en effet distillées qu’au compte-goutte.

Dès son réveil sur l’île, Alouette doit faire face à un environnement menaçant, peuplé de créatures hybrides et de dangers insoupçonnés. Livrée à elle-même, elle est finalement recueillie par deux habitants tout aussi énigmatiques que l’île elle-même : un ancien capitaine de la marine, excentrique et résigné, et une femme austère hantée par un passé pesant. Leur présence apporte à la jeune fille un semblant de stabilité, mais la nature de leurs intentions reste longtemps en suspens.

Au fil des pages, des flashs violents ramènent Alouette à sa vie d’avant. Son passé, marqué par la misère et l’exploitation, apparaît par bribes fragmentées, renforçant l’aspect quasi onirique du récit. La pauvreté, la faim, la violence omniprésente et une exploitation implicite – notamment sexuelle – façonnent son histoire et expliquent comment elle est arrivée sur cette île. Pilou, son frère disparu, demeure son seul ancrage, mémoriel et familial, son ultime raison d’avancer dans un monde où la survie est un combat quotidien.

Ce passé sombre contraste avec la nature quasi fantastique de l’île sur laquelle elle a échouée. La frontière entre réalité et onirisme s’amenuise au fil du récit, rendant la quête d’Alouette encore plus complexe et palpable. Le lecteur est ainsi entraîné dans un voyage où les apparences sont souvent trompeuses, et où la lutte intérieure de l’héroïne se matérialise sous des formes tantôt concrètes, tantôt plus spectrales.

Alouette propose, en plus d’une histoire duale échevelée, une réflexion sur des thématiques lourdes et universelles. La survie en milieu hostile, la résilience face à l’adversité et la quête de rédemption se trouvent au cœur du récit. La relation fraternelle entre Alouette et Pilou, bien que mise à l’épreuve par la séparation et le trauma, demeure le moteur principal de l’intrigue. Le roman graphique questionne par ailleurs la manière dont l’enfance peut être brisée par un environnement toxique et comment la mémoire peut devenir un refuge autant qu’un fardeau.

Avec Alouette, le jeune Andréa Delcorte signe un album solo d’une maîtrise impressionnante. La narration fluide, les différentes strates de lecture et l’esthétique unique en font une bande dessinée atypique qui ne laissera probablement personne indifférent. Derrière cette fable aux accents horrifiques et survivalistes se cache une histoire profondément humaine, qui explore la résilience et la lutte contre ses propres démons. 

Alouette, Andréa Delcorte
Glénat, janvier 2025, 192 pages

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« Auschwitz » : une histoire concentrationnaire

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Dans son ouvrage Auschwitz, publié dans la collection « Repères » des éditions La Découverte, Tal Bruttmann s’attèle à décrypter l’histoire de ce qui demeure, pour beaucoup, le symbole ultime de la Shoah et de l’inhumanité du régime nazi. L’historien reconnu pour ses travaux sur l’antisémitisme et les politiques de répression nazies, nous invite à une exploration rigoureuse et méthodique de l’évolution d’Auschwitz : de son développement en tant que camp de concentration destiné aux Polonais à son rôle central dans la mise en œuvre de la « solution finale ». Entre données précises, éclairages inédits et mise en contexte, le livre se révèle être une contribution essentielle à la compréhension de cette page sombre de l’histoire.

Tal Bruttmann commence par situer Auschwitz, ou Oświęcim en polonais, dans son contexte géographique et historique. Cette petite ville est un lieu de tension historique entre l’Europe occidentale et orientale. Avant l’occupation allemande, au XIXe siècle, sa population est à parts égales polonaise et juive, reflétant une coexistence relative dans un espace marqué par la diversité culturelle. Mais avec l’arrivée des nazis, le visage d’Oświęcim change brutalement. La ville devient une composante du projet Lebensraum, cet espace vital rêvé par les idéologues nazis pour l’expansion allemande. La synagogue est détruite dès le début de l’occupation, et une politique de terreur visant à réduire les Polonais au statut d’esclaves est mise en place.

Tal Bruttmann souligne également la dimension régionale de la répression. Rapidement, plus de 200 camps sont établis dans la région environnante, regroupant 50 000 Juifs astreints à des travaux forcés, notamment pour la construction de routes et d’infrastructures industrielles. Auschwitz, dans ce cadre, se distingue rapidement comme un pivot destiné à devenir le plus grand des camps de concentration.

Dès janvier 1940, Heinrich Himmler décide de développer le système concentrationnaire autour de la caserne de Zasole. Initialement conçu pour les prisonniers polonais, le camp prend rapidement une autre dimension. Le nombre de détenus augmente sans cesse, nécessitant des agrandissements constants. En quelques années, Auschwitz devient une immense structure pouvant accueillir jusqu’à 100 000 personnes simultanément. L’entreprise IG Farben joue un rôle central dans ce processus : près de 10 000 détenus sont mis à disposition de l’entreprise pour fournir une main-d’œuvre corvéable à merci.

Le récit de Tal Bruttmann met en lumière la violence intrinsèque du camp dès ses débuts. Les premiers détenus sont affectés aux travaux de construction du camp lui-même, un processus qui cause des taux de mortalité effarants : jusqu’à 700 décès par mois en 1941. L’expansion vers Birkenau, terrain marécageux et insalubre, exacerbe encore ces conditions, avec une mortalité particulièrement élevée parmi les prisonniers soviétiques. Ces derniers s’ajoutent à des hiérarchies et des tensions internes au camp. Les criminels et, dans une moindre mesure, les détenus asociaux, servent de relais aux SS. Ces « kapos », souvent brutaux envers les autres détenus, incarnent l’effroyable logique de domination et de survie qui s’exerce à tous les niveaux. On trouve aussi, dans le camp, des homosexuels, des tziganes et, bien entendu, des prisonniers politiques.

De leur côté, les femmes sont logées à part et affectées à des travaux agricoles. Les Roms, eux, vivent dans des conditions particulièrement dramatiques, entassés dans des baraques prévues à l’origine pour des chevaux, où les épidémies de typhus et la gangrène font des ravages.

Quant à la mise en œuvre de la « solution finale », Tal Bruttmann montre comment celle-ci s’intègre progressivement dans l’évolution d’Auschwitz. Initialement, les chambres à gaz sont utilisées pour éliminer les travailleurs inaptes. Ce n’est qu’en 1944, avec la déportation massive des Juifs de Hongrie, que le camp atteint une dimension industrielle dans le meurtre de masse, avec 430 000 victimes en seulement quelques mois.

Le camp est caractérisé par ses interactions avec la ville et l’industrie. Auschwitz est transformée pour répondre aux ambitions nazies : en faire un modèle de collaboration entre répression politique et exploitation industrielle. Cette « ville IG Farben » résulte d’un remodelage constant, où chaque agrandissement du camp vise à maximiser son utilité, qu’elle soit économique ou meurtrière.

Les nombreux encadrés explicatifs du livre reviennent sur une longue série de sujets connexes, dont l’étude de Viktor Klemperer, philologue, qui a analysé la langue du Troisième Reich, ou encore les procédures d’enregistrement et de tri des déportés. Tal Bruttmann rend également compte de l’horreur par des descriptions saisissantes du stockage des effets personnels des victimes, ce qui laisse une image glaçante d’une machine de mort minutieusement organisée.

Avec Auschwitz, l’historien français nous livre une histoire exhaustive de ce lieu emblématique. Il montre qu’Auschwitz ne fut pas seulement un camp parmi d’autres, mais un espace en constante mutation, au cœur des politiques de répression et de génocide nazies. Ce livre éclaire également une confusion persistante : moins de 5 % des victimes de la Shoah sont mortes dans des camps de concentration, Auschwitz inclus.

Auschwitz, Tal Bruttmann
La Découverte/Repères, janvier 2025, 128 pages 

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« Islander : L’Exil » : une anticipation glaçante

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Premier tome d’une trilogie signée par Caryl Férey et Corentin Rouge, Islander : L’Exil est une œuvre d’anticipation saisissante. Elle nous transporte dans une Europe dévastée par des catastrophes successives, où la survie constitue rien de moins qu’un combat quotidien. Tandis que les nations ferment leurs frontières, l’Islande, dernière terre encore préservée, devient un refuge convoité, mais aussi un théâtre de tensions intenses…

Dans cette dystopie glaçante qu’est Islander : L’Exil, Caryl Férey et Corentin Rouge renversent brillamment notre vision du monde en plaçant les Européens dans la peau de ceux qu’ils avaient jusque-là regardés avec suspicion ou condescendance : des réfugiés en quête d’une terre d’accueil. Ici, l’Europe est ravagée par des catastrophes en série, et des foules hagardes, démunies, se retrouvent agglutinées au port du Havre dans l’espoir de fuir un continent devenu invivable. L’Écosse et l’Islande, encore relativement épargnées, érigent alors des frontières et n’accueillent ces naufragés de la civilisation qu’avec parcimonie, motivées par une hésitation teintée de peur – exactement comme les Européens l’ont si souvent fait avec les Syriens, les Afghans et tant d’autres par le passé. 

Sur cette toile de fond oppressante, les auteurs s’attachent à raconter l’odyssée de Liam, un homme qui a déjà tout perdu et qui, pour échapper à la déchéance, subtilise – non sans remords – le pass d’une migrante. Ce geste de désespoir l’entraîne dans une aventure où se mêlent quête identitaire et enjeux géopolitiques. L’Islande, pourtant perçue comme un ultime bastion de sécurité, se révèle en effet en proie à ses propres démons : la défiance à l’égard des exilés a fragmenté le pays et les Loyalistes, considérés comme plus progressistes, tendent désormais au repli national. Au Nord, des Sécessionnistes règnent sur un territoire qu’ils protègent par la force contre les migrants, volontiers expédiés dans des camps de travail où l’asservissement est aussi de nature sexuelle. 

C’est dans ce contexte que se devine l’émergence d’un mystérieux projet, « Islander », qui recèle plus de questions que de réponses. Dans ce premier tome au rythme haletant, beaucoup de trames sont laissées en suspens, et la tension monte à mesure que les frontières se referment et que s’érodent les derniers vestiges d’une solidarité révolue. Par un effet miroir troublant, l’album projette le lecteur dans une réalité inversée : la peur de l’autre, la xénophobie et la difficulté à envisager l’accueil comme un devoir collectif ne sont pas des problématiques lointaines ou l’apanage du continent africain, mais une donnée à laquelle se heurtent les Occidentaux. Caryl Férey et Corentin Rouge distillent un récit choral qui pousse à revisiter nos certitudes et à réfléchir à notre propre rapport à la migration.

Les vignettes produisent leur effet. L’Europe n’est plus qu’un champ de ruines : famines, sécheresses, inondations et conflits laissent des millions de personnes sur les routes. Le port du Havre regorge de réfugiés désespérés, traités comme du bétail, en manque de tout. Dans ce monde en pleine décomposition, les personnages se débattent entre survie individuelle et quête de sens. Le professeur Zizek semble dépositaire d’une grande autorité scientifique et morale, mais surtout d’une possible solution qu’il peine à faire entendre, et qui constitue le fil rouge de ce premier tome. Le lecteur croisera aussi Erika, figure-clé des Sécessionnistes, en rupture avec le modèle égoïste et brutal en œuvre dans sa région. Une autre façon de mettre en lumière les réactions extrêmes des sociétés face à l’arrivée massive de migrants. 

Islander : L’Exil est haletant, généreux, et il fait judicieusement écho aux crises actuelles, en questionnant notre capacité collective à affronter les défis environnementaux, politiques et sociaux. Vivement la suite, pour poursuivre cette immersion dans un monde probablement bien proche du nôtre qu’on ne le croit.

Islander : L’Exil, Caryl Férey et Corentin Rouge 
Glénat, janvier 2025, 160 pages

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« Sur les traces des archéologues » : cœur des mystères des « desert kites »

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Dans Sur les traces des archéologues, Séverine Laliberté et Nicola Gobbi nous entraînent dans une aventure fascinante où l’archéologie contemporaine s’appréhende comme un voyage humain et scientifique. À travers des paysages saisissants allant des déserts de Jordanie aux steppes du Kazakhstan, le lecteur suit une équipe internationale à la découverte des mystérieux « desert kites ». Ces constructions colossales en pierre, dont l’utilité reste sujette à débat, sont au cœur d’une enquête particulièrement immersive.

Contrairement à l’image romantique et solitaire véhiculée par des figures comme Indiana Jones, ce roman graphique propose une vision réaliste et pluridisciplinaire de l’archéologie. L’équipe de chercheurs, composée d’experts aux spécialités variées, rend parfaitement compte de la collaboration nécessaire pour interpréter les « desert kites ». Ces structures énigmatiques, visibles depuis le ciel sous la forme de cerfs-volants, témoignent d’une ingéniosité ancienne mais reste encore sujettes à discussions. 

L’album excelle à montrer la dynamique d’équipe : chaque découverte, aussi modeste soit-elle – un fossile, un fragment de poterie ou même des restes organiques – alimente le dialogue entre les spécialistes. Cette construction collective du savoir, où hypothèses et analyses s’entrelacent, devient le véritable enjeu du récit. Ce dernier n’omet pas pour autant les défis logistiques ou géopolitiques, qui renforcent le panorama réaliste des conditions de travail des archéologues. 

Si l’album séduit par son exploration originale et son souci du détail factuel, il souffre parfois d’un excès d’information corollaire, qui tend à diluer l’attention portée aux personnages. Si la richesse de la diversité humaine est bien perceptible, ces archéologues restent cependant en arrière-plan, quelque peu éclipsés par la grandeur et les mystères des kites. Ces derniers auraient servi à chasser les animaux, rassemblés dans un espace clos.

Sur les traces des archéologues réussit le pari de conjuguer vulgarisation scientifique, immersion culturelle et exploration visuelle. Il y a cependant fort à parier qu’il séduira avant tout les lecteurs friands d’archéologie et de civilisations anciennes. Les autres pourraient trouver l’aspect documentaire un peu trop exigeant. Il n’en demeure pas moins que Séverine Laliberté et Nicola Gobbi livrent un ouvrage instructif, à la fois sur les kites mais aussi sur le travail d’investigation mené par les équipes scientifiques. 

Sur les traces des archéologues, Séverine Laliberté et Nicola Gobbi
Steinkis, janvier 2025, 183 pages

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Robocat casino et les thrillers du jeu : Quand le suspense dépasse la fiction

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Les jeux d’argent ont toujours été une source d’inspiration pour le cinéma. Que ce soit dans des films de thriller, d’espionnage ou de drame, les scènes de casino apportent une tension dramatique inégalée, où le destin des personnages repose souvent sur une carte, un lancer de dés ou une mise risquée. Des classiques comme Casino Royale ou Ocean’s Eleven ont capté cette atmosphère envoûtante où le suspense, la stratégie et le hasard se mêlent dans un décor feutré et luxueux. Aujourd’hui, avec l’essor des plateformes numériques comme Robocat casino, cette expérience ne se limite plus aux salles de jeu traditionnelles : l’adrénaline et l’intensité du jeu sont désormais accessibles en ligne, où l’imprévu et les retournements de situation rappellent les thrillers cinématographiques les plus haletants.

Les casinos au cinéma : Entre tension et mystère

Le monde des casinos a toujours été un terreau fertile pour les scénaristes. Les films qui s’y déroulent jouent sur plusieurs éléments : le risque, la manipulation, le bluff et l’incertitude du résultat. Ces éléments se retrouvent dans des chefs-d’œuvre du cinéma comme :

  • Casino (1995) de Martin Scorsese – Plongée dans l’univers des casinos de Las Vegas où les jeux de pouvoir et de manipulation sont aussi dangereux que les paris eux-mêmes.
  • Casino Royale (2006) de Martin Campbell – L’une des scènes de poker les plus tendues du cinéma, où James Bond affronte son adversaire sous une pression extrême.
  • Ocean’s Eleven (2001) de Steven Soderbergh – Une bande de voleurs élabore un plan sophistiqué pour braquer un des plus grands casinos de Las Vegas, mêlant intelligence et suspense.
  • Croupier (1998) de Mike Hodges – Un regard plus intimiste sur les coulisses du jeu, où la frontière entre hasard et manipulation est plus mince qu’il n’y paraît.

Robocat casino : Une immersion dans le suspense du jeu

Tout comme ces thrillers cinématographiques, Robocat casino propose une expérience où l’imprévu et la tension sont au cœur du divertissement. À travers ses jeux de stratégie, ses jackpots inattendus et l’excitation d’une mise audacieuse, la plateforme rappelle ces scènes mythiques où tout peut basculer en un instant.

Dans les films de casino, les personnages doivent souvent jouer avec les probabilités, anticiper les coups de leurs adversaires et maîtriser leurs émotions pour maximiser leurs chances. Sur Robocat casino, les joueurs se retrouvent dans une situation similaire : ils doivent savoir quand prendre des risques, observer les mécaniques du jeu et faire preuve d’audace, tout en profitant d’une expérience immersive digne des plus grands thrillers.

Quand le cinéma et le jeu en ligne fusionnent

L’attrait des casinos dans les thrillers vient de cette montée d’adrénaline constante, où le spectateur, tout comme le joueur, est tenu en haleine jusqu’au dernier instant. Dans l’univers du jeu en ligne, cette sensation est reproduite avec des graphismes réalistes, des scénarios interactifs et des jeux en direct qui simulent l’excitation d’un véritable casino.

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Jane Austen a gâché ma vie : rêves et sentiments

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« En vain ai-je lutté. Rien n’y fait. Je ne puis réprimer mes sentiments. Laissez-moi vous dire l’ardeur avec laquelle je vous admire et je vous aime ». Le romantisme des écrits de Jane Austen a inspiré la Littérature, la télévision et le cinéma anglais, mais surtout l’imaginaire de toute une génération de jeunes femmes qui vivent dans l’attente désespérée d’une histoire d’amour sincère et passionnée. Une vision idéalisée, devenue anachronique dans notre société où flirts et aventures d’un soir se consomment sans modération sur des applis de rencontre. Jane a gâché ma vie s’engouffre dans cette dichotomie en s’attachant à une libraire célibataire en quête d’une vie romanesque. 

Les romans de Jane Austen ne cessent d’inspirer le petit et le grand écran. On ne compte plus le nombre de téléfilms, de séries BBC et d’adaptations cinématographiques fidèles ou revisitées, telles Raisons et Sentiments d’Ang Lee, Orgueil et Préjugés de Joe Wright, ou encore Orgueil et Préjugés et Zombies de Burr Steers. Mais loin de s’inscrire dans ce travail commun de retranscription, Laura Piani utilise le monde de Jane Austen comme toile de fond d’une romance résolument moderne.

Cinéaste franco-britannique, Laura Piani s’est déjà intéressée à des personnages féminins romantiques et détachés de leur réalité dans son court-métrage Prudence Ledoux a le vent en poupe. Avec Jane a gâché ma vie, elle signe un premier long-métrage qui mélange romance à l’anglaise et questionnement autour de la recherche du parfait amour. Initialement scénariste sur le projet, Laura Piani s’est tant investie dans l’écriture de ce récit, à la résonance très personnelle, qu’elle s’est finalement emparée de la caméra.

Coup de foudre à Austen House

Sous l’emprise des héroïnes de Jane Austen, qui se sont accomplies grâce à des mariages idylliques, Agathe rêve de trouver l’homme idéal et d’écrire des livres. Réfractaire à tout « sexe ubérisé » et « née dans le mauvais siècle », elle reste seule en attendant qu’un beau Marc Darcy se manifeste. Pour la sortir de cette impasse, Félix, son meilleur ami, force le destin et obtient à Agathe une place dans une résidence d’auteurs anglaise, la Jane Austen Residency.

Comme le laisse présager son titre, Jane Austen a gâché ma vie est parsemé de références à la célèbre écrivaine anglaise. Dans sa librairie, Shakespeare & Co, Agathe conseille ainsi Raison et Sentiments à des clientes. Elle se définit d’ailleurs comme Anne Elliot de Persuasion, une jeune femme qui est totalement « passé à côté de son existence ». En outre, Agathe rencontre Oliver, l’arrière-arrière-arrière petit-neveu de Jane Austen elle-même. Enfin, il était impossible d’évoquer Jane Austen sans inclure une somptueuse scène de bal.

Si Laura Piani puise largement, en le détournant, dans l’univers de l’auteur britannique, la comédie n’en fait pas son sujet principal. En effet, quitte à déplaire aux fans des romans, elle expose relativement peu l’influence d’Austen sur l’existence d’Agathe. Le film reste ainsi accessible à un public peu féru de littérature anglaise tout en donnant envie de lire, ou relire, des œuvres classiques qui résonnent toujours aujourd’hui.

En abordant les rêves et les sentiments d’une libraire coupée de son époque, Jane Austen a gâché ma vie compose une savoureuse romance anglaise inspirée du Journal de Bridget Jones, de Coup de foudre à Notting Hill ou encore de La Garçonnière de Billy Wilder. Charlie Anson y interprète Oliver, un gentleman timide et maladroit, au charme british un peu suranné qui n’est pas sans rappeler Hugh Grant. Face à lui, Camille Rutherford , une discrète actrice franco-britannique nommée deux fois aux César dans la catégorie Meilleur Espoir Féminin (Low Life, Felicità), insuffle à Agathe une élégance atypique et une gaucherie touchante. Sans tomber dans la mièvrerie, le film pose une question actuelle : comment trouver sa voie dans une société remplie d’idéaux et dont l’évolution des mœurs nous dépasse ?

Vivre à l’heure moderne

Tout comme Agathe, Laura Piani a travaillé chez Shakespeare & Co et déjà ressenti cette sensation de ne pas être en accord avec son temps. Dans une interview, elle expliquait qu’à l’âge de quatorze ans, elle découvrait Jane Austen alors que ses camarades se bourraient sur la plage. Par ses expériences, la réalisatrice française a ainsi acquis une tendresse particulière pour les personnes romantiques et inadaptées. Dans Jane Austen a gâché ma vie, elle désirait « montrer comment les gens qui passent leur vie dans les livres peinent à vivre la réalité d’une histoire d’amour contemporaine mais aussi d’écrire puisqu’ils ne lisent que des chefs d’œuvre. »

La comédie de Laura Piani nous incite donc à ne pas nous accrocher à une quête impossible de perfection, qui nous empêche d’avancer dans la réalité, mais à tirer parti de nos rencontres et nos talents. Dans ce cadre, au milieu de quiproquos amoureux très théâtraux, elle traite de solitude, de deuil, de désir et de sexualité, tout en louant l’indépendance et la créativité. Malheureusement, le film manque justement d’une étincelle de folie, d’inventivité, et déroule les codes du genre au sein d’un scénario étiré et entièrement cousu de fil blanc. Le soin apporté aux images, l’investissement des acteurs et les situations cocasses, avec pour décor la campagne anglaise, permettent de ne pas bouder son plaisir malgré cette faiblesse narrative. Que Jane Austen ait ou non gâché la vie d’Agathe, elle continuera sans nul doute d’attiser l’imaginaire des écrivains et des cinéastes.

Jane Austen a gâché ma vie : Bande-annonce

Jane Austen a gâché ma vie : Fiche technique

Scénariste-réalisatrice : Laura Piani
Directrice de la photographie : Pierre Mazoyer
Chef opérateur son : Lucas Héberlé
Scripte : Marie de Chassey
Directrice de casting : Lucciana de Vogüe
1ers assistants Mise en Scène : Quentin Janssen, Ludovic Giraud
Cheffe maquilleuse coiffeuse : Mademoiselle Jenny (Jenny Hermeline)
Ensemblière décoratrice : Agnès Sery
Cheffe costumière : Flore Vauvillé
Monteuse image : Floriane Allier
Monteuse son : Carole Verner
Mixeuse : Laure Arto
Compositeur : Peter von Poehl
Superviseur musical : Martin Caraux
Productrice : Gabrielle Dumon
Directrice de production : Monica Mele
Une production co-déléguée : LES FILMS DU VEYRIER & SCIAPODE
Distribution France : PANAME DISTRIBUTION
Pays de production : France
Durée : 1h34
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 29 janvier 2025

Julie se tait : comment considérer le silence

Récompensé du prix SACD et du prix Fondation Gan à la Diffusion lors de la dernière édition de la Semaine de la Critique à Cannes, Julie se tait, premier film de Leonardo Van Dijl, explore la résilience d’une jeune joueuse de tennis face à la pression, les abus et la quête de son autonomie. Un récit universel sur l’écoute et la guérison, à travers une performance émotive de Tessa Van den Broeck et une ambiance musicale signée Caroline Shaw.

Synopsis : Julie, une star montante du tennis évoluant dans un club prestigieux, consacre toute sa vie à son sport. Lorsque l’entraîneur qui pourrait la propulser vers les sommets est suspendu soudainement et qu’une enquête est ouverte, tous les joueurs du club sont encouragés à partager leur histoire. Mais Julie décide de garder le silence…

Les films de sport ont souvent été motivés par un désir de retranscrire une métaphore de la société, avec un ensemble d’individus complexes qui ont des limites à repousser. Que ce soit sous l’angle d’un biopic (Moi, Tonya, Marinette) ou d’un drame plus romancé (Match Point, 5ème Set), l’étude des personnages est centrale. Entre les jeux de pouvoir et de perversion, le cinéma offre à la gent féminine un poste plus actif qu’un outsider à plaindre, en opposition à des hommes diaboliques. Tout en nuance et avec justesse, Leonardo Van Dijl fait le choix d’occulter l’emprise ascendante qu’aurait l’entraineur sur ses joueuses, comme dans Slalom. Il préfère évoquer l’après-coup, une étape de révolte qui incite son héroïne à reprendre sa vie en main, tout en mesurant les conséquences d’une prise de parole publique. En adoptant le point de vue de Julie, Van Dijl esquive le portrait d’un martyr et redonne un souffle d’espoir avec une tendre pédagogie.

Le temps donne la parole au silence

Dès la première scène, nous découvrons une jeune femme que l’on devine être la Julie du titre. Dans une salle d’entraînement déserte, seule Julie occupe l’espace en répétant ses services et ses frappes sans utiliser de balle. Avec pour seul instrument la raquette qu’elle empoigne fermement, Julie affirme d’entrée de jeu une détermination silencieuse qui révèle sa force et ses cicatrices. Rien ne va plus dans une prestigieuse académie de tennis, où le suicide d’Aline pousse la direction à recueillir les témoignages individuels des joueurs. Dans le même contexte, un nom qui revient sans cesse dans les pensées et les discussions. Il s’agit de Jeremy, entraîneur commun d’Aline et de Julie, mis sur la touche pour des raisons obscures.

Peu à l’aise avec les mots, Julie ne peut compter que sur ses non-dits pour se faire entendre et peut-être comprendre. Tout le monde autour d’elle est loquace face aux mesures radicales de l’école, qui se garde également d’ébruiter tout soupçon ou préjugé. Il en va de leur « responsabilité », se marmonnent-ils plusieurs fois entre adultes. Cela peut paraître excessif, mais à travers les dialogues, le cinéaste belge capture sobrement la spontanéité et la simplicité des échanges. C’est pour lui une manière de tester les réactions de Julie qui, grâce à son silence, pousse son entourage à mieux l’écouter et à mieux l’aider à progresser, que ce soit dans sa scolarité ou avec une raquette à la main. Tout l’enjeu de sa trajectoire consiste ainsi à éviter d’être coupée dans son élan, telle une double d’Aline, une sportive aussi douée et ambitieuse qu’elle.

Retrouver la parole

La bluffante Tessa Van den Broeck, actrice non-professionnelle, nous cueille dans l’ambiguïté de sa Julie, ainsi que dans sa physicalité, plus authentique et moins artificielle que dans Challengers. Même observation dans le traitement du rythme, bien que les deux films emploient l’ambiance musicale et sonore comme un recours vers des émotions bien organiques. La musique de Caroline Shaw a la particularité de monter en crescendo et sans sombrer dans le pathos, toujours à des moments clés de la guérison et de l’éveil de Julie, aussi bien sur le plan sportif, social que mental. La lauréate du prix Pulitzer de la musique en 2013 apporte beaucoup de sensibilité au parcours boiteux de l’adolescente, l’encourageant également à prendre la parole pour se défaire une fois pour toutes de l’emprise insidieuse de son précédent coach.

Van Dijl façonne un monde en réponse à la noirceur qui enveloppe Julie. Il lui oppose un climat bienveillant, jamais malaisant, sauf quand elle s’isole avec son téléphone ou qu’elle part confronter Jeremy dans un face-à-face. En une phrase, toute la chaleur disparaît au profit d’une glaçante réalité, celle que Julie ne peut accepter ni révéler. Nombreux sont ces plans fixes où Julie doit affirmer sa combativité. Ne rien lâcher et toujours progresser sont les prémices de futures victoires dans le circuit BTF (La Fédération Belge de Tennis), quitte à changer ses points de repères, à commencer par l’assignation d’un nouvel entraîneur. L’instinct de survie de Julie l’amène alors à se rapprocher de sa famille, de ses amis et de son chien. La réussite scolaire suit également le même tempo, car elle retrouve peu à peu des couleurs et le sourire dans cette phase d’incertitudes et de pressions extrêmes.

En convoquant une photographie qui s’inscrit dans le style du cinéma belge, tel Lukas Dhont (Girl, Close) ou Laura Wandel (Les Corps étrangers, Un monde) dans une ambiance à mi-chemin de la contemplation et du néoréalisme, le réalisateur vient à bout de son premier long-métrage avec une assurance et une maîtrise qui méritent qu’on s’y attarde. Sans l’intention de rester confiné dans un carcan MeToo, Leonardo Van Dijl nous livre un récit universel sur une auto-résilience progressive et une étude grinçante, mais optimiste, sur nos capacités à déjouer la solitude et vaincre ses démons, quels qu’ils soient. En somme, Julie se tait donne lieu à une belle délivrance, en valorisant l’écoute à la parole, des notions qui sont amenées à se croiser et à se compléter après un temps de réflexion nécessaire.

Julie se tait – Bande-annonce

Julie se tait – Fiche technique

Titre original : Julie Zwijgt
Titre International : Julie keeps quiet
Réalisation : Leonardo van Dijl
Scénario : Leonardo van Dijl, Ruth Becquart
Interprètes : Tessa Van den Broeck, Ruth Becquart, Koen De Bouw, Claire Bodson, Laurent Caron
Image : Nicolas Karakatsanis
Montage : Bert Jacobs
Musique : Caroline Shaw
Direction artistique : Julien Denis
Costumes : Ellen Blereau
Son : Boris Debackere, Gustaf Berger, Arne Winderickx
Producteurs : Gilles Coulier, Gilles De Schryver, Wouter Sap, Roxanne Sarkozi, Delphine Tomson
Sociétés de production : De wereldvrede, Les Films du Fleuve, Hobab, Film i väst, Blue Morning Pictures
Pays de production : Belgique, Suède
Distribution France : Jour2Fête
Durée : 1h37
Genre : Drame
Date de sortie : 29 janvier 2025

Julie se tait : comment considérer le silence
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3.5

Fire !! : L’histoire de Zora Neale Hurston

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Voici la biographie en BD d’une femme à la personnalité remarquable et qui a beaucoup œuvré en son temps pour différentes causes, alors que sa condition initiale ne l’y prédisposait pas particulièrement. Cet album a le grand mérite de contribuer à faire en sorte que son action ne sombre pas dans l’oubli.

Née en 1891 à Notasulga (Alabama), cinquième enfant d’une famille de huit, Zora Neale Hurston a passé son enfance à Eatonville dont la particularité était de comporter une population exclusivement noire. De ce fait, la jeune Nora n’a pris conscience que tardivement de ce que peut être le racisme. L’année de naissance de sa mère, Lucy Ann Potts, coïncide avec l’important treizième amendement de la constitution des États-Unis, celui qui abolissait l’esclavage. Ainsi, Lucy Ann et son mari Richard, les futurs parents de Zora, ont pu acquérir un terrain pour y construire une ferme et Zora a grandi dans un environnement relativement protégé qui lui a permis de se forger un caractère remarquable. Ainsi, encore bien jeune elle eut une sorte de vision qui lui donna une idée de quelques étapes marquantes de sa vie future et lui fit sentir qu’elle ne devait jamais se laisser manipuler par les autres, car elle avait la capacité de se forger son opinion et de vivre selon ses besoins propres, étant entendu qu’ils ne se limitaient absolument pas à des actions égoïstes pour sa seule satisfaction personnelle, celle-ci consistant plutôt à défendre ce qu’elle considérait comme fondamental. Et elle trouva largement de quoi s’occuper !

Le parcours de Zora Neale Hurston

Dessinateur-scénariste de cette BD, Peter Bagge considère qu’elle avait un réel talent personnel pour l’écriture. Cela doit pouvoir se vérifier, puisque ses œuvres existent sous forme de traductions en français. Peter Bagge évoque un style vraiment personnel, comportant en particulier des expressions issues de son dialecte natal. Zora Neale Hurston a fait des études universitaires tardivement, allant jusqu’à mentir sur son âge pour se faire admettre et devenir la première diplômée noire de son Université. Elle s’est intéressée à l’ethnologie, en particulier pour faire l’inventaire des pratiques, us et coutumes des noirs-américains, afin d’en garder la mémoire. Et puis, elle a vécu une bonne partie de sa vie à New York où elle côtoya beaucoup de monde, entretint successivement un certain nombre de relations sentimentales avec des hommes, refusa au moins un mariage et en accepta un autre, mais n’eut jamais d’enfant et se comporta imperturbablement en femme libre. De son enfance à Eatonville, elle gardait en mémoire de nombreuses anecdotes qu’elle se plaisait à raconter lors des soirées mais beaucoup moins dans ses livres. A vrai dire, son tempérament d’artiste fut régulièrement en concurrence avec celui de la scientifique à la recherche de faits originaux et révélateur de la culture noire-américaine. Ainsi, elle s’intéressa de très près aux pratiques vaudou.

Zora Neale Hurston dessinée par Peter Bagge

Quant à la présente BD, elle s’avère agréable à lire malgré un aspect assez bavard. Son principal inconvénient est finalement de se présenter sous la forme de courts épisodes (2-3 planches) relatifs aux moments de la vie de Zora retenus par le dessinateur. Cela tient donc plutôt de l’enchainement d’anecdotes que de l’histoire de sa vie en continu. L’autre caractéristique de cette BD tient au style du dessinateur, qui aime mettre en scène ses personnages façon films d’animation à la Tex Avery. Il s’agit probablement d’une manière de rendre attractif ce qu’il présente et on peut dire que, d’une certaine manière, oui cela fonctionne. La justification pourrait en être le caractère extravagant de Zora Neale Hurston. Ainsi, Peter Bagge explique en postface, qu’elle suivait attentivement les évolutions de la mode et changeait donc très souvent de tenue, ce qu’il a presque complètement gommé dans cet album, pour qu’on identifie bien le personnage. En effet, ici elle porte presque systématiquement une robe jaune, couleur que le dessinateur affectionne semble-t-il. Il est vrai que le jaune fait bien ressortir le noir de la couleur de peau de Zora qui arpentait le Sud toute de blanc vêtue. Par contre, faire de Zora un personnage qui prend régulièrement des poses et attitudes grotesques (jusqu’au visage) donne une impression bizarre. On en a une idée avec l’illustration de couverture, où Zora tient un pistolet en main (elle en possédait effectivement un et l’avait régulièrement sur elle, ce qui a contribué à créer son « personnage »). Elle pose dans une attitude assez décontractée, robe blanche pour une fois, le jaune se trouvant sur la carrosserie de la voiture sur laquelle elle pose un pied. Son bras gauche se trouve plié, la main tenant sa ceinture. Quant au bras doit, on n’y fait pas attention au premier coup d’œil, mais il est dans une position impossible, en formant un arc de cercle, comme s’il était d’un seul tenant, sans coude. Voilà un exemple « gentil » des libertés que le dessinateur s’accorde pour exagérer les mouvements de ses personnages.

Pour en savoir plus

La BD donne donc un intéressant aperçu du personnage, des relations qu’elle a pu nouer et entretenir au cours de sa vie et des sujets qui lui tenaient plus particulièrement à cœur. Mais, tout compte fait, c’est le dossier qui figure en supplément à la fin qui s’avère le plus intéressant. Le dessinateur y explique comment il a pris connaissance du personnage Zora et tout ce qu’il a appris sur elle. En 35 pages fournies et agrémentées de quelques photos, on en apprend encore beaucoup plus et on comprend mieux comment le dessinateur a travaillé pour composer sa BD. Ne pouvant tout montrer, il a choisi ce qui lui semblait le plus représentatif ou ce qui l’inspirait plus particulièrement pour raconter Zora à sa façon. Cela fonctionne et donne surtout envie d’en savoir plus. En effet, le dossier de fin d’album est beaucoup plus fourni que les 72 pages de la BD qui s’avère finalement assez décousue. La vie de Zora Neale Hurston étant si remplie, si riche en centres d‘intérêts et en rencontres diverses et donc en anecdotes révélatrices, que le dessinateur en est réduit à enchainer les épisodeses qu’il considère comme les plus dignes de passer à la postérité. L’ensemble est agréable et certes original, mais laisse un goût d’inachevé. En plus, on peut malheureusement passer à côté du dossier bonus, car la BD étant déjà relativement bavarde et comportant une introduction (4 pages), on peut hésiter à y consacrer encore du temps. Ayant parcouru l’essentiel du dossier, je considère qu’il est finalement la plus intéressante partie de l’album pour se faire une idée correcte du personnage Zora Neale Hurston, d’autant que l’image qu’en donne Peter Bagge est déformée par son style. A noter que pour son titre, le dessinateur reprend celui que Zora Neale Hurston a choisi avec ses amis pour la revue littéraire qu’ils ont montée à l’époque, alors que Zora était régulièrement à court d’argent !

Fire !!, Peter Bagge (traduit de l’américain par Marie Brazilier)
Nada éditions : sorti le 10 octobre 2019 (France)

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3

« Terorisuto » : plongée au cœur de l’Armée Rouge japonaise

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Paru aux éditions Glénat, Terorisuto, de Frédéric Maffre et François Ruiz, explore l’histoire méconnue et fascinante de l’Armée Rouge japonaise, l’un des groupes révolutionnaires les plus radicaux du XXᵉ siècle. À travers le parcours de Kozo Okamoto, ce récit éclaire les enjeux idéologiques et humains d’une jeunesse alerte et jusqu’au-boutiste. 

À la fin des années 60, le Japon, à l’instar de nombreuses nations, est traversé par des mouvements de contestation estudiantine. La jeunesse nipponne, galvanisée par l’idéologie marxiste, se soulève contre un régime perçu comme rigide et élitiste. Ces manifestations prennent une ampleur inédite. Elles aboutissent par exemple à l’occupation chaotique de l’Université de Tokyo.

La révolte estudiantine, née de revendications concrètes comme la hausse des frais de scolarité, se radicalise sous l’effet d’une répression policière croissante. La confrontation s’intensifie, franchissant le seuil de la protestation pacifique pour adopter une logique violente, où les armes remplacent les slogans. Ce basculement marque l’émergence de la Fraction Armée Rouge (FAR), prémices d’une trajectoire sanglante.

Si l’Armée Rouge Japonaise naît dans les ruelles de Tokyo, son champ d’action s’élargit rapidement. Dès 1970, avec l’incident du détournement du vol Japan Airlines 351, le groupe affiche sa capacité à frapper loin de ses bases. À travers des collaborations avec des organisations comme le Front Populaire de Libération de la Palestine, il exporte son idéologie et ses méthodes au Moyen-Orient.

Terorisuto illustre parfaitement cette mondialisation du terrorisme par une succession d’événements marquants. Les militants nippons seront impliqués dans la prise d’otages à l’ambassade française de La Haye en 1974 ou encore dans l’attentat contre un club de loisirs de l’US Navy à Naples en 1988. Chaque opération semble traduire une escalade dans la violence et la complexité stratégique.

Figure centrale de Terorisuto, Kozo Okamoto incarne les paradoxes de cette jeunesse enragée. Issu d’un milieu ordinaire, il ne se distingue ni par son charisme ni par sa vision politique. Pourtant, son engagement dans l’Armée Rouge japonaise le propulse au cœur d’attentats retentissants, notamment au Moyen-Orient.

Terorisuto rend compte de phénomènes méconnus et radiographie les dynamiques internes de ces groupes révolutionnaires. Mori et Nagata, leaders d’un groupe, n’hésitent pas à recourir à la violence et à la torture pour imposer leurs vues auprès des leurs. Il y a notamment cette femme enceinte à qui l’on suggère de confier son enfant à la communauté, pour l’élever comme un pur révolutionnaire. Certains rebelles rejoignent la Corée du Nord, considérée comme une terre d’exil pour les gauchistes. 

Avec Terorisuto, Frédéric Maffre et François Ruiz signent une œuvre imparfaite mais passionnante. En retraçant l’histoire de l’Armée Rouge japonaise, ils interrogent la radicalité et ses dérives, tout en proposant une réflexion sur la mondialisation des luttes idéologiques. Tout ne peut certes être retracé en quelque 140 pages, et les caractérisations mériteraient parfois d’être plus fines, mais on saisit sans peine les tragédies en cours et leur portée.  

Terorisuto, Frédéric Maffre et François Ruiz
Glénat, janvier 2025, 136 pages

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3.5

« Pulsion » : ce qui nous anime

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Dans Pulsion (La Découverte), un ouvrage dense de plus de 600 pages, Frédéric Lordon et Sandra Lucbert revisitent l’appareil conceptuel de la psychanalyse en s’appuyant notamment sur la philosophie de Spinoza. Ils y déploient une réflexion foisonnante pour comprendre comment se créent et se meuvent nos désirs et leurs dévoiements, dans un ordre social qui les conditionne.

Voilà plusieurs décennies que la psychanalyse a quitté le devant de la scène intellectuelle, parfois soupçonnée de dogmatisme ou de ne pouvoir rendre compte, de manière satisfaisante, des mutations accélérées de nos sociétés. Frédéric Lordon et Sandra Lucbert entreprennent pourtant, dans Pulsion, de réinstaller la discipline au cœur d’une réflexion permettant de mieux appréhender ce qui nous anime. 

Pour ce faire, les deux auteurs s’appuient sur la philosophie de Spinoza : le conatus, cette force de persévérer dans l’existence, devient le socle d’une nouvelle conception de la pulsion, plus large que la seule libido freudienne. En filigrane, il est question de notre servitude volontaire. Comme ils l’ont annoncé lors d’une conférence enregistrée en public à Pantin, ils se réapproprient à leur façon cette interrogation de Freud : par quel motif et par quelle voie peut-on adopter une attitude aussi désavantageuse à l’égard de la vie ?

La réponse exige de comprendre la manière dont le collectif, à travers ses injonctions morales et ses normes économiques, encadre ou dévoie la force pulsionnelle de chacun·e. Dans un processus d’écriture à quatre mains adoptant une forme hybride, à la fois théorique et narrative, on suit le parcours de « Modus », un personnage conceptuel qui illustre différentes étapes de la construction psychique, depuis le chaos originel de la naissance jusqu’à l’emprise du regard social. De ces « contes psychanalytiques » émergent plusieurs constats : d’une part, la souffrance que provoque le patriarcat lorsqu’il impose un ordre symbolique sous couvert de loi intemporelle ; d’autre part, les effets délétères du capitalisme et de ses avatars, qui mobilisent l’énergie pulsionnelle pour la tourner vers l’accumulation et le désir de possession.

Signe de l’ambition du livre, les auteurs ne se limitent pas au seul champ psychique : ils entendent transformer notre vision de la politique et du social en soulignant que tout ordre symbolique, y compris le patriarcal, est historiquement déterminé et donc potentiellement révisable. Avec une érudition impressionnante (le lecteur trouvera en fin d’ouvrage un riche glossaire), Frédéric Lordon et Sandra Lucbert plaident pour un « déverrouillage » de nos structures intérieures : il s’agirait de reconnaître nos déterminations inconscientes pour mieux déjouer les pièges du racisme, du sexisme ou de la consommation effrénée.

On comprend, à la lecture de cet essai, que les structures psychiques (névrose, psychose, perversion) peuvent être réinterprétées en termes de « stratégies » du conatus. La psychose, habituellement pathologisée, n’est ainsi plus une maladie ou un état déficient, mais un type de stratégie positive face à des conditions sociales souvent hostiles. Les luttes contre la subordination de genre, la contestation des identités fixées ou le refus des normalisations psychiatriques relèvent alors d’une véritable politique du symbolique.

Pulsion propose une « psychanalyse matérialiste », dont la clé réside dans l’alliance entre l’immanence spinoziste et les catégories lacaniennes. Exigeante, parfois absconse, cette somme érudite et stimulante n’apporte pas de solutions clés en main, mais ouvre un champ d’investigation essentiel pour quiconque souhaite penser, puis transformer, le monde qui vient. Et, peut-être, s’affranchir des désirs qui l’enchaînent.

Pulsion, Frédéric Lordon et Sandra Lucbert
La Découverte, janvier 2025, 608 pages

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4.5

« La Fabrique de la honte » : une ombre sur la condition féminine

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La Fabrique de la honte paraît aux éditions Les Arènes. Élisabeth Cadoche et Anne de Montarlot y dissèquent l’un des mécanismes les plus insidieux de la domination féminine : l’utilisation systémique de la honte, externe ou intériorisée, comme levier de contrôle social. En s’appuyant sur une multitude de témoignages, souvent glaçants, et sur une analyse historique, sociale et psychologique solide, les auteures parviennent à démontrer la réalité d’une construction collective dont les femmes demeurent les cibles privilégiées.

La Fabrique de la honte ne se contente pas d’énumérer des exemples ad nauseam : l’ouvrage montre comment, depuis des siècles, la honte a été inscrite dans les structures mêmes de nos sociétés. L’empreinte du christianisme, le poids des traditions, l’héritage de modèles genrés rigides, tout concourt à maintenir les femmes dans un état de vulnérabilité émotionnelle. Le corps, en particulier, a toujours été un champ de bataille où se joue l’imposition de normes souvent inatteignables. Qu’il s’agisse des injonctions à la minceur, des diktats esthétiques véhiculés par les médias et les réseaux sociaux ou encore de la culpabilité imposée à celles qui osent s’écarter du schéma traditionnel de la maternité, la honte est brandie comme une sanction silencieuse et parfois définitive. Les auteures montrent combien elle est redoutablement efficace pour faire taire, isoler, voire infantiliser les femmes, les renvoyant à un statut de minorité permanente, au sein d’une société qui prétend pourtant tendre vers l’égalité.

De surcroît, Élisabeth Cadoche et Anne de Montarlot ne laissent pas l’analyse s’épuiser dans un constat stérile. Elles explorent la honte sous toutes ses facettes : la honte du corps, mais aussi celle liée au viol, aux violences sexuelles, à la sexualité féminine tronquée, réduite, trop souvent dominée par les désirs masculins… Les notions de gaslighting, de mansplaining, de slut-shaming – toutes ces stratégies visant à dévaloriser les femmes et à miner leur estime de soi – sont évoquées, et parfois rigoureusement décryptées. Le propos se nourrit d’études sociologiques, de réflexions philosophiques, de mises en perspective historiques et religieuses, ainsi que d’analyses sur les inégalités socioéconomiques. Un travail de fond qui met en lumière une réalité tentaculaire : la honte, produite et entretenue par le système, agit comme une arme psychologique d’une efficacité rare.

Le livre se caractérise aussi par sa dimension constructive. Les auteures ne se contentent pas de dresser un tableau sombre ; elles proposent des pistes concrètes, des exercices pratiques, un travail sur soi salutaire pour se libérer de cette mécanique délétère. S’affranchir de la honte, c’est se réapproprier sa voix, son désir, son rapport au monde. Les stratégies qu’elles préconisent – réapprendre à s’aimer, renforcer l’estime de soi, oser prendre la parole, se solidariser – ne relèvent pas d’une utopie naïve, mais bien d’un nécessaire travail de réarmement intérieur et collectif. Ainsi, La Fabrique de la honte ouvre un horizon possible, celui d’une société où les femmes ne seraient plus soumises au regard condamnateur, mais libres de forger leurs propres normes, en adéquation avec leurs désirs personnels et intimes.

Cet essai s’inscrit dans la lignée de celui de l’essayiste féministe Mona Chollet, qui a récemment publié Résister à la culpabilisation dans l’excellente collection « Zones » (La Découverte). Si Élisabeth Cadoche et Anne de Montarlot distinguent à dessein culpabilité et honte – notamment parce que la première se réalise de manière autonome quand la seconde est conditionnée au regard des autres –, force est de constater que leurs préoccupations et analyses se recoupent très largement, énonçant une condition féminine diminuée, empêchée, soumise à des forces antagonistes qui la structurent et l’enferment. Et si au départ, la honte n’est ni genrée ni inutile (car précieuse à l’insertion sociale), la manière dont elle s’applique et s’impose aux femmes est symptomatique des inégalités qui pèsent sur elles, tant en termes de prescriptions que de rapports de domination. 

La Fabrique de la honte, Élisabeth Cadoche et Anne de Montarlot  
Les Arènes, janvier 2025, 272 pages

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