Girl : le drame à fleur de peau de Lukas Dhont en DVD/Bluray

Avec son premier film, Girl, le jeune réalisateur belge Lukas Dhont nous offre un drame sensible et touchant, abordant d’un regard aussi réaliste que personnel le thème du transgenre. Découvert dans la sélection « un certain regard » du dernier Festival de Cannes, Girl a obtenu la caméra d’Or, la Queer Palm, et sort ce 19 février en Dvd/Blu-ray. Une occasion idéale pour émouvoir un large public.

A de nombreux égards, Girl n’est pas un film ordinaire. Son histoire unique, la force rare de son héroïne et son traitement d’une grande délicatesse composent un drame sincère, sonnant toujours juste, naturellement émouvant, et ceci tout en nuances, sans forcer le trait. Il raconte une période charnière de la vie de Lara, une jeune fille de quinze ans née avec le sexe masculin, désireuse d’aller au bout de sa construction identitaire en transformant son corps par la médecine et la danse. Un récit bouleversant qui ne tombe pas dans le piège du classicisme retenu de The Danish Girl et s’intériorise davantage que le magnifique Lawrence Anyways de Xavier Dolan.

Les premières œuvres cinématographiques sont souvent révélatrices de l’univers, des thèmes de prédilection et des objectifs d’un réalisateur. Girl ne déroge pas à cette règle en dévoilant le monde sensible d’une grande délicatesse de Lukas Dhont. Ce dernier n’a qu’un seul but exprimé tel un leitmotiv « toucher les gens », « faire sentir ». Un désir provenant en partie des émouvantes scènes de film que sa mère lui racontait lorsqu’il était enfant, tirées en particulier de Titanic. C’est bien l’émotion qui donne toute sa force au cinéma. Lukas Dhont a non seulement compris cette règle, mais l’applique avec douceur et réalisme dans une approche très personnelle. Le Dvd de Girl inclut d’ailleurs dans ses bonus une interview de Lukas Dhont, apportant un intéressant éclairage sur les sources et les partis pris du réalisateur.

Les inspirations de Girl : entre arts extérieurs et vécu personnel

Girl s’est construit avant tout sur la rencontre de deux histoires individuelles : celle d’une jeune transgenre de quinze ans et d’un futur réalisateur. Lukas Dhont a tout juste dix-huit ans lorsqu’il découvre dans les journaux le parcours de cette jeune fille, née dans un corps de garçon et intégrée parmi les danseuses dans une prestigieuse école. Cette lutte le touche tellement qu’à peine ses études de cinéma achevées, en 2014, il ne peut envisager de traiter un autre sujet. La quête de la jeune fille pour apprendre à se connaître et vivre en harmonie avec elle-même fait en effet échos à son propre vécu, à ses doutes quant à son attirance pour les hommes ou les femmes. Avant le tournage de Girl, Lukas Dhont et Victor Polster, l’excellent interprète de Lara, ont longtemps discuté avec la jeune femme pour comprendre tous les enjeux et les difficultés du combat courageux qu’elle a mené.

Même s’il repose sur une réalité, Girl est loin d’être dépourvu de sources artistiques. Lukas Dhont révèle qu’il préfère s’inspirer de la danse et du théâtre pour créer son propre univers. Il cite notamment les chorégraphies de Pina Bausch, sublimées dans le film Pina, révélant « l’effet de la danse sur le corps ». Au sein du cinéma belge, il reconnaît également l’importance du cinéma de Chantal Akerman, pour son appréhension novatrice du thème de la sexualité dans La Captive, adapté du roman La Prisonnière de Marcel Proust.

Le traitement de Girl : la recherche intérieure de l’accord avec soi-même

Si le personnage de Lara devient rapidement l’héroïne du public, elle reste avant tout celle de Lukas Dhont en prenant elle-même ses décisions sans considérer le regard des autres. Le réalisateur ne voulait justement pas se focaliser sur un discours moral extérieur ou sur des conflits familiaux. Il souhaitait montrer l’intériorité d’une jeune femme dont la transformation physique entraîne inévitablement une fragilité psychologique. Car pour Lara, cette métamorphose n’est pas ressentie comme un choix. C’est une nécessité, une urgence vitale. Lara ne peut tout simplement pas continuer avec le sexe masculin qui lui a été assigné et qui ne correspond pas à ce qu’elle est. Ainsi, Girl ne traite pas de la notion d’identité mais du rapport complexe que l’on entretient avec son corps.

Dans son film, Lukas Dhont veut montrer à travers ses personnages des figures exemplaires. Lara représente le courage, la force de conviction. C’est pourquoi ses désirs sans borne se heurtent aux limites de ce que son corps est capable de subir. En essayant d’accélérer sa transformation, elle en empêche tragiquement le processus. Lukas Dhont compare d’ailleurs Lara à Icare, cet homme mythique mort en volant trop près du Soleil. Le père de Lara symbolise l’amour. Il soutient sa fille corps et âme et l’accompagne à tous ses rendez-vous médicaux, dont le contenu a fait l’objet d’une documentation précise. Le réalisateur tenait en effet à ce que le suivi médical soit traité de façon réaliste. Interrogé sur l’absence de la mère, Lukas Dhont explique que celle-ci vise à donner plus d’ampleur à la relation entre Lara et son père tout en accentuant le rôle féminin que joue Lara auprès de sa famille.

Grâce à Girl, Lukas Dhont admet avoir exploré non seulement l’intériorité de Lara, mais aussi la sienne, en particulier la part de féminité existant en lui. Construire des films en se découvrant soi-même tout en touchant le public, une vaste ambition pour un réalisateur prometteur dont on entendra encore parler.

Girl – Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=apA__J_SRNQ

Caractéristiques du DVD :

Durée du film : 105 min
Durée totale : 160 min
Langues : français,
Sous-titres : français
Image : 16:9 compatible 4/3
Son : Dolby 5.1
Bonus : bande-annonce, entretien avec Lukas Dhont de Laure Adler (émission « l’heure bleue » du 21 mai 2018 sur France Inter)

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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