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Interstellar, un film de Christopher Nolan : Critique

Interstellar, une épopée spatiale retorse perdant malheureusement en lisibilité

Synopsis: Dans un futur proche sur une Terre exsangue, un groupe d’explorateurs utilise un vaisseau interstellaire pour franchir un trou de ver, récemment découvert, pour parcourir des distances jusque-là infranchissables et trouver une nouvelle planète habitable à coloniser pour l’humanité.

Nous sommes au Gaumont Marignan, en plein cœur de Paris, sur les mythiques Champs-Élysées. En ce Jeudi 30 Octobre, la tension si ce n’est l’excitation monte d’heures en heures, alors que la ville retient son souffle en attendant la venue du metteur en scène de l’œuvre la plus attendue de l’année : Interstellar de Christopher Nolan.

Une tension qui finit par atteindre son paroxysme, lorsque l’intéressé, vêtu d’un simple costume, loin des excentricités vestimentaires d’un Quentin Tarantino ou du sourire jovial d’un Steven Spielberg fait son apparition. De sa démarche et son sérieux quasi de marbre, on ressent déjà que l’homme derrière la renaissance aussi bien critique que public du héros de comic Batman, est quelqu’un d’humble. Quelqu’un de réfléchi aussi. Le genre de metteur en scène avec la tête sur les épaules, les idées en place et surtout le plaisir de se mêler à ses fans, avec la même décontraction et le même sérieux qu’il a derrière une caméra IMAX.

Invité d’une master class aux airs de subterfuge pour désépaissir le mystère entourant son dernier long-métrage, Nolan, loin d’être dupe, entretient le mystère jusqu’au bout en répondant de manière subtile voire absconse, aux questions d’un Fabrice Leclerc, rédacteur en chef de Studio Ciné Live, à la fois décontenancé et émotif de se voir si proche d’un metteur en scène qu’il n’hésite pas à qualifier « comme l’un des plus doués de sa génération ».

Un metteur en scène, qu’il souhaite comprendre et percer à jour en posant d’emblée une question aussi épineuse que symbolique et empruntant autant à une délectation proche du voyeurisme qu’à un réel souci d’information :

« Qu’est-ce que le cinéma ? »

Voyeurisme ? Vraiment ? Sous cette question à première vue anodine, quasi sempiternelle quand on s’adresse à un grand ponte du 7ème art, subsiste en effet un relent de mystère et d’intimité ; en somme la question sensée révéler la madeleine de Proust du géniteur de Memento, celle sensée explorer l’enfance et l’inspiration de la personne qui a décidé de consacrer sa vie à un art, et qui au moment de la supposée consécration, se doit de donner une réponse personnelle, loin des clichés rabattus ou s’entrechoquent les défendeurs des Méliès, des Chaplin ou des Keaton, et les nostalgiques de l’image en mouvement.

L’intéressé, non sans une pointe de surprise et un petit sourire esquissé en coin répondra alors de manière concise et rapide : « Le cinéma est pour moi une expérience, un ressenti. C’est une expérience de l’écran, propre à l’écran et seulement à l’écran, et qu’aucune page, aucune partition, aucune photo ne serait à même de rendre».

Christopher Nolan : le nouveau Kubrick ?

Expérience et Ressenti.

2 mots à la fois anodins et espérés, symbolisant autant la quête ultime de tout réalisateur souhaitant voir leur film ébranler les sens de celui qui le regarde, que le cheminement tracé dans l’esprit du réalisateur d’Insomnia. Un cheminement, qui aux yeux des références l’ayant poussé à sauter dans le bain de la réalisation (de ses aveux, 2001 l’Odyssée de l’Espace et Star Wars), rend compte de sa volonté à transformer ses films en voyage, empruntant aussi bien à la contemplation qu’aux sens et voguant vers des destinations, extraordinaires et éclectiques, allant des méandres torturés de l’esprit d’un amnésique (Memento) à l’ego et les coups-bas des prestidigitateurs (Le Prestige).

Ainsi tout est dit. Nolan, loin de courir après la renommée ou le profit (en atteste son refus de la 3D pourtant manne financière non négligeable des films hollywoodiens), se veut comme le successeur des Lucas, Spielberg ou autre Kubrick, metteurs en scènes ayant su au travers de leurs œuvres respectives, toucher du doigt la définition même du cinéma, à savoir divertir mais aussi faire naître le mouvement, faire voyager.

Pour autant, la comparaison avec Kubrick est davantage perceptible. Partageant avec son illustre ainé, l’attachement à une technologie dualiste, faite d’utilisation de vieux composants, tels que le format pellicule et de nouveaux procédés comme le recours aux nouvelles technologie (les effets spéciaux pour le premier, les caméras IMAX pour le second), Nolan s’impose comme un candidat de poids dans l’héritage kubrickien, tant la froideur inhérente de ses longs-métrages trouve souvent concordance avec l’esthétisme et le maniérisme formel du réalisateur de Shining.

Une froideur et un sens de l’image ne constituant pas leurs seuls points communs. Tous deux partageants, en effet un gout prononcé pour les scénarios alambiqués et ouverts à de multiples interprétations. Il suffit de voir la fin de 2001 l’Odyssée de l’Espace, afin de se demander le sens et l’identité de ce fœtus volant en orbite autour de la terre, et l’incessante question trottant dans les esprits des personnes ayant vu Inception, se demandant si la toupie de Leonardo DiCaprio tombe ou ne tombe pas, pour oser la comparaison.

Une comparaison qui n’aura de cesse de croître à la vue des œuvres respectives des deux hommes, apparaissant au fil du temps comme emplis des mêmes objectifs : conjuguer expérimental et populaire, émotions et abstraction, douceur et puissance, vertige et irrationnel.

Et Interstellar, dernière réalisation en date du réalisateur britannique, n’est pas près de changer la donne. Fort d’images émanant un doux parfum d’inconnu, de grandeur et de cosmos, le film témoigne déjà du projet le plus personnel, le plus épique et le plus ambitieux qu’il ait été permis de voir de la part de son auteur. Un projet, qui dans sa construction et son ambition sonnent comme un décalque d’Inception. A tel point qu’une question récurrente revient sur les lèvres après le visionnage : Interstellar ne serait-il pas simplement Inception dans l’espace ?

Interstellar : Inception dans l’Espace ?

Constat réducteur me direz-vous. Comment rapprocher une œuvre cérébrale complexe, retorse et sinueuse, d’une épopée cosmique, aux airs de films catastrophes ? Comment rapprocher une œuvre fermée sur elle-même agissant telle un huis-clos d’une œuvre s’engouffrant dans l’infini de l’espace ?

Outre le peu de lettres qui séparent Interstellar d’Inception, le geste reste le même, à savoir ébranler tout un pan du genre cinématographique. Inception l’avait fait à sa manière, en mélangeant le film de casse, genre du passé avec les prémices d’un concept SF, genre du futur, tout en faisant intervertir dans une rythmique bien rodée, le temps, l’espace et même la gravité. On y voyait ainsi des faubourgs parisiens se retourner, des montres s’arrêter, des temporalités s’accélérer ou ralentir, attestant déjà de la maitrise formelle de son auteur sur son sujet.

Interstellar quant à lui ose proposer la même chose, alterner le genre du passé avec le genre du futur mais dans des proportions différentes, usant ainsi de pléthores de théories scientifiques dont l’espace renferme, à l’instar des trous noirs, des trous de ver, de la gravité pour appuyer son propos SF. Un propos auquel le réalisateur décide d’adjoindre un volet dramatique insoupçonné, quoique facilement décelable au vu des trailers, conjuguant ainsi les effusions doudou auteurisantes et mélodramatiques d’un Spielberg avec la froideur clinique d’un Kubrick, pour un résultat faisant presque penser à un film d’amour…

Le ciel comme exutoire

Interstellar s’ouvre sur un plan curieux, si ce n’est anecdotique. Un travelling lent, sur une bibliothèque empoussiérée, comptant sur ses étagères moult chef d’œuvres du 6ème art allant de Faulkner à Steinbeck, 2 auteurs ayant eu pour ambition de dépeindre à travers leurs lignes l’Amérique profonde, l’Amérique rurale, la vraie, loin de celle ou les banquiers et la technologie s’entassent dans une exiguïté urbaine délirante.

Pour l’homme ayant toujours de près ou de loin fait situer ses intrigues dans des décors urbains, où la géométrie ambiante définissait par extension l’aspect rigoureux et donc froid de l’ensemble, c’est curieux mais non dénué d’intérêt et de pertinence. Puisque encore une fois, à travers ce prisme d’un passé presque révolu, Nolan s’attaque au temps. Une variable qu’il n’a eu de cesse d’étirer, de condenser, de dérouler, pour servir les intrigues de ses films.

Or dans le cas d’Interstellar, ce dernier est compté. La Terre, ici représentée par une ville rurale du Midwest, est à l’agonie. Balayée par des vents de poussières ayant eu raison des cultures, elle guette sa fin avec appréhension et voit ses habitants organiser leur survie. Dans ce microcosme ressemblant à s’y méprendre aux prémices d’un film catastrophe, l’influence des médias en moins, on y retrouve Cooper (Matthew McConaughey) ancien pilote de la NASA reconverti en agriculteur, faute de mieux. Les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, voilà la paradoxale condition dans laquelle il évolue, lui qui jadis tutoyait les cimes des nuages, et doit aujourd’hui regarder ses pieds dans la poussière non sans une grosse amertume.

Survivre au détriment de vivre. Telle est son mantra, sa profession de foi, l’idéal de vie qu’il s’est fixé alors qu’il voit les fondements de la société se désagréger sous le poids de cette fin du monde impossible à stopper. Pourtant, ce dernier est cultivé. Pessimiste mais cultivé. Une culture, qui aura raison de sa participation à la mission de la dernière chance, lorsqu’au hasard d’un fait qualifié plus tard de surnaturel, il découvre une base secrète de la NASA, abritant un vaisseau spatial en partance pour un trou de ver, phénomène astronomique rarissime, permettant de se téléporter dans le temps et l’espace et parcourir des distances jusque-là infranchissables de vie d’homme. L’occasion ainsi de concrétiser le rêve de cette humanité mourante, à savoir trouver une planète de substitution pour faire perdurer le genre humain.

Nolan l’amoureux

L’humain. Une notion, la plupart du temps absente des longs-métrages du metteur en scène. Non pas de manière physique, mais de manière émotionnelle. Ses films, plastiquement réussis, se cognait en effet à une froideur rare, directement tirée d’une ambiance voulue comme atone ou d’un concept ayant eu raison de l’humanité des protagonistes étant plongés dedans. A croire que l’hommage qu’il voue à Kubrick depuis sa plus tendre enfance, avait eu raison de son souhait d’expérimentateur. Pourtant, là où on peinait difficilement à cerner l’enjeu humain de ses précédentes réalisations, c’est presque avec une facilité déconcertante qu’on le décèle dans Interstellar. A croire que Nolan se serait assagi.

Délaissant le maniérisme cérébral de Memento, Nolan surprend. A l’instar d’un Spielberg, ses héros loin de la sophistication d’un Bruce Wayne ou d’un Dom Cobb, sont ordinaires. Une famille, comprenant des enfants en plein éveil, un père découragé et un grand-père presque alarmiste, placé devant un funeste destin. Une échappatoire aux airs de chevauchée fantastique, rendant ainsi l’humain la pièce maîtresse du film, qui pour une fois est poussé dans ses retranchements les plus intimes, comme lors d’un moment poignant ou Cooper comprend la notion de relativité, et l’impact qu’à cette notion sur le temps qui se déroule sur Terre.

Mais trop d’humain tue l’humain. A force de vouloir imprégner cette épopée cosmique d’un sentiment humain, terre à terre, quasi simpliste, tout en le confrontant à une vision trop complexe pour être appréhendée, Nolan en vient à perdre son spectateur, ce dernier tentant désespérément de comprendre le récit au gré de sentiments des personnages, qui s’ils sont cohérents, n’en demeurent pas moins indigents et larmoyants. Pire, il se joue de lui en lui ayant vendu un trip spatial dans la lignée d’un Gravity ou d’un 2001, alors que dans le même temps, celui-ci se sert de concepts SF ardus pour sacraliser l’amour, le seul sentiment d’après lui quantifiable, capable de se mouvoir à travers le temps et l’espace.

Ne reste alors que le sentiment de voyage accompli et le soin visuel apporté à l’ensemble pour pleinement apprécier cette épopée humaine incroyable oscillant entre space-opera, film catastrophe, physique quantique et drame familial. Images conférant dans une dernière partie retorse, le réel souhait de Nolan, à savoir faire un film dont le ressenti prime sur la compréhension, un peu comme un Kubrick dans ses années fastes.

C’est culotté et ambitieux, mais ça l’est sans doute un peu trop.

Bande-annonce: Interstellar

Fiche Technique: Interstellar

Date de sortie: 5 novembre 2014
États-Unis – 2014
Réalisation: Christopher Nolan
Scénario: Jonathan Nolan, Christopher Nolan
Interprétation: Matthew McConaughey (Cooper), Anne Hathaway (Dr Amelia Brand), Michael Caine (Pr Brand), John Lithgow (Donald), Jessica Chastain (Murphy Cooper adulte), Casey Affleck (Tom Cooper adulte), Mackenzie Foy (Murphy Cooper enfant), Wes Bentley (Doyle), David Gyasi (Romilly), Timothée Chalamet (Tom Cooper enfant), Topher Grace (le collègue de Murphy Cooper), David Oyelowo (le principal), Collette Wolfe (Mme Kelly), William Devane (Tom Cooper âgé), Ellen Burstyn (Murphy Cooper âgée), Matt Damon (Dr Mann)…
Durée: 2h50
Genre: Sy-fi
Image: Hoyte van Hoytema
Décor: Nathan Crowley
Costume: Mary Zophres
Montage: Lee Smith
Musique: Hans Zimmer
Producteur: Emma Thomas, Christopher Nolan, Lynda Obst
Distributeur: Warner Bros Pictures France

Le baiser du tueur de Stanley Kubrick – Critique du film

Le jeune Kubrick veut tout dire, veut tout faire (réalisateur, cameraman, monteur) et il a une heure pour le prouver. La trame sera celle d’un film noir, avec ses codes, (un jazz constant, des types un peu figés) auquel il ajoutera un dénouement plutôt guilleret. Convenu, sans grande ambition, le récit semble un prétexte sur lequel vont se greffer les obsessions visuelles de l’apprenti. Tout au plus pourra-t-on remarquer un recours séduisant à la voix off, qu’on retrouvera dans l’Ultime razzia, et un travail sur le récit emboité avec le récit de la jeune femme et sa propre voix pour le relater.

Synopsis : Davy Gordon, boxeur minable, se retrouve aux prises avec un ponte de la mafia pour lui arracher des griffes la femme qu’il aime…

Séminal

Dès le départ, l’intrigue se fonde sur le vis-à-vis, à l’honneur dans Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock (Rear Window), l’année précédente. Fenêtres et écrans se multiplient : en parallèle du dancing, le match de boxe crée un écho à deux chorégraphies qui vont converger, la première étape en étant la retransmission télévisuelle du match auquel assiste Gloria. Davey deviendra le voyeur de l’appartement de Gloria lorsqu’elle dort, puis du sien propre lorsque la police vient l’y chercher. Toutes les expériences visuelles se multiplient alors, avec plus ou moins de bonheur : vision à travers un aquarium, verre jeté sur la caméra qui se fend…

Mais c’est dans le rapport des protagonistes aux décors que Kubrick excelle. L’image récurrente des escaliers du dancing, point de fuite barré par l’écriteau « Watch your step » est en cela programmatique. La ville est une impasse, et chaque obstacle peut y faire chuter à tout moment celui qui l’arpente. La poursuite finale, avant le dénouement peu convaincant, alterne entre des extérieurs oppressants et barrés par l’orthonormé (fire escapes, buildings, impasses démesurées) et des intérieurs anxiogènes : entrepôts, ascenseurs, et bien entendu cette fameuse réserves de mannequins. Il est aisé de retrouver ici des ébauches de ce que seront les grands films à venir. Si la forme l’emporte sur le fond, la fascination est réelle et fortement prometteuse.

Fiche technique – Le Baiser du tueur

Titre original : Killer’s Kiss  [ co-écrit avec Howard Sackler]

Année : 1955
Pays : États-Unis
Genres : Crime, Drame,Film-Noir, Thriller
Réalisé par : Stanley Kubrick
Avec : Frank Silvera, Jamie Smith, Irene Kane, Jerry Jarrett, Mike Dana, Felice Orlandi, Shaun O’Brien,Barbara Brand, David Vaughan, Alec Rubin, Ralph Roberts, Phil Stevenson,Arthur Feldman, Bill Funaro, Skippy Adelman
Montage : Stanley Kubrick
Photographie : Stanley Kubrick
Scénario : Stanley Kubrick
Musique : Gerald Fried
Studios de production : Minotaur Productions

Auteur de la critique : Sergent Pepper

Fear & Desire de Stanley Kubrick – Critique du film

61 minutes pour tout dire : telle semble être la pression imposée à Kubrick (probablement par lui-même) pour ce galop d’essai qu’il reniera plus tard. Film ambitieux, maladroit et hétérogène, Fear & Desire n’est pas raté, n’est pas bouleversant non plus. Tout au plus peut-on, du haut de notre position dominante que l’histoire nous accorde, y voir quelques promesses de l’œuvre à venir.

Synopsis : Dans une guerre abstraite en terre inconnue, une patrouille militaire de quatre hommes, le lieutenant Corby, le sergent Mac et deux soldats, Fletcher et Sidney, se retrouvent derrière les lignes ennemies après que leur avion se soit écrasé. Ils avancent dans la forêt, surprennent deux militaires ennemis et les massacrent. Puis ils rencontrent une jeune fille et, craignant qu’elle ne les dénonce, l’attachent à un arbre. Pendant que ses trois camarades vont vers la rivière construire un radeau qui, espèrent-ils, les ramènera chez eux, Sidney garde la jeune femme. Il se révèle alors avoir l’esprit dérangé, autant à cause des violences de la guerre que de son désir naissant envers la prisonnière…

A field in nowhere

Dense et saturée d’intentions, sa fable sur une guerre universelle et atemporelle où un groupe restreint d’individus joue la comédie humaine offre des débuts un peu laborieux. Jeu théâtral, expérimentations formelles un peu vaines (voix off superposées, gros plans des visages en cut, discours pseudo philosophiques et didactisme moral) déréalisent probablement volontairement le propos mais au détriment d’une immersion dans le récit.

Le lien central entre le soldat et la femme (néanmoins sublimée par les gros plans et la lumière sur ses yeux), la folie croissante, ne sont pas totalement convaincants.

Alors qu’on attend patiemment la fin de la copie, une tension fondée sur la convergence relance l’intérêt : autour d’un lieu final, le huis clos des généraux ennemis encerclé par l’équipée fragile prend soudain du sens, et l’affrontement qui en résulte est plutôt pertinent, de même qu’on appréciera les belles images de fin faisant de l’humanité un radeau à la dérive, sur lequel un fou chante pour un agonisant.

Fiche technique – Fear & Desire

Titre original Fear & Desire (Le désir de la peur) [ co-écrit avec Howard Sackler]

Année : 1953
Pays : États-Unis
Genre : Guerre
Réalisé par : Stanley Kubrick
Avec : Paul Mazursky, Frank Silvera, Kenneth Harp,Stephen Coit, Virginia Leith
Montage : Stanley Kubrick
Photographie : Stanley Kubrick
Scénario : Howard Sackler
Musique : Gerald Fried
Maquillage : Chet Fabian
Direction artistique :Herbert Lebowitz
Produit par : Stanley Kubrick
Studios de production :Stanley Kubrick Productions

Auteur de la critique : Sergent Pepper

Stanley Kubrick : sa vie, son œuvre en citations

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  Il était une fois Stanley Kubrick

Kubrick : l’autodidacte, le cérébral, le visionnaire

Issu d’une famille juive et cultivée, originaire d’Europe centrale, Sanley naît en 1928 à New York, et grandit dans le Bronx.

Stanley Kubrick demeure indéniablement un artiste complet et indépendant, à la fois scénariste, photographe, producteur ou encore monteur, mais surtout un grand réalisateur multi-récompensé, qui a expérimenté tous les genres cinématographiques.

A l’instar de David Lynch, dont LeMagduCiné vous a proposé une rétrospective complète, le jeune Kubrick autodidacte, affiche très tôt un amour indéfectible pour la photographie. Dès son adolescence, son perfectionnisme apparaît : pour une image parfaite, il peut prendre plusieurs centaines de clichés! Il passe quatre ans au magazine Look, où il perfectionne la composition d’une image, les éclairages, l’usage des extérieurs et l’art de saisir le mouvement. Autre point commun avec Lynch, Stanley Kubrick a toujours été réticent à s’entretenir sur ses œuvres, laissant au spectateur la liberté de formuler sa propre interprétation, et préférant que l’image et la bande-son racontent l’histoire: « Quand vous dites les choses directement, elles ont moins de poids que si vous laissez les gens les découvrir par eux-mêmes ». Et si Lynch s’est battu toute sa vie pour défendre sa liberté de création artistique, notamment envers ses producteurs, c’est la censure que Kubrick doit affronter : en 1962, pour la réalisation de Lolita, son premier film polémique, et chef-d’œuvre de sensualité, adapté du roman éponyme et sulfureux de Vladimir Nabokov, le réalisateur cherchant à éviter la censure et le puritanisme américain, se tourne vers l’Angleterre pour le tournage. Il prévoit de revenir ensuite aux États-Unis pour son projet suivant, Docteur Folamour (ou : Comment j’ai appris à cesser de m’inquiéter et à aimer la bombe), véritable bijou d’humour noir sur la Guerre Froide, mais son acteur principal, Peter Sellers, ne peut pas quitter le territoire car il est au milieu d’une procédure de divorce. De même, Les sentiers de la Gloire ne sortent en France qu’en 1975, parce que le cinéaste a jugé inutile de le présenter à la censure. Enfin, Kubrick doit demander à la Warner de retirer Orange mécanique de l’affiche en Angleterre, en 1974, après les critiques fustigeant la violence du film, l’apparition de crimes s’inspirant d’Alex, mais également la réception de lettres de menaces de mort à son domicile. Pourtant :

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« Il n’y a aucun doute qu’il serait agréable de voir un peu de folie dans les films, au moins ils seraient intéressants à regarder. Chez moi la folie est très contrôlée ! » 

« J’ai une certaine faiblesse pour les criminels et les artistes; ni les uns ni les autres ne prennent la vie comme elle est. Toute histoire tragique doit être en conflit avec les choses comme elles sont. »

« Les grandes nations ont toujours agi en gangsters, les petites en prostituées. »

Mais fermons à présent ce parallèle, car si Lynch admirait et citait volontiers Lolita plus que 2001 d’ailleurs, il demeure un auteur intuitif (et sans influences), tandis que Kubrick est beaucoup plus cérébral. Pour ce dernier, le « quoi » doit toujours précéder le « comment ».

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Revenons plutôt au jeune Kubrick. Il aime la photographie, mais fréquente aussi assidûment les salles de cinéma. Ses goûts sont éclectiques (avec une préférence toutefois pour le cinéma d’auteur européen) : Ingmar Bergman, Michelangelo Antonioni, Fellini, mais aussi Orson Welles et Max Ophüls. Il s’impose, des meilleurs films aux pires navets. « Je ne peux pas faire pire » se dit-il, et décide de se lancer au cinéma à l’âge de 22 ans, avec une conviction forte: « Dans le cinéma, il n’y a jamais d’idées stupides ».

Kirk-Douglas-Stanley-Kubrick-Spartacus-filmLe jeune Kubrick a l’art de la débrouille. Dans ses premiers documentaires (dont The Day of the Fight), Kubrick fait tout lui-même : il est à la fois scénariste, cadreur, ingénieur du son, monteur et réalisateur. Plus tard, il avouera: «Même si mes deux premiers films étaient mauvais, ils étaient bien photographiés». Pour réaliser son premier long métrage Fear and Desire, Kubrick emprunte à son oncle 9000$, mais demeure très critique envers cette première œuvre, qu’il qualifiera de «tentative inepte et prétentieuse», et reniera définitivement.

C’est en 1954 dans Le Baiser Du Tueur  (Killer’s Kiss), que Kubrick insère pour la première fois une voix off.

Ce n’est que deux ans plus tard, en 1956, lors de son incursion dans le film noir, avec L’ultime Razzia (The Killing), que Kubrick dispose d’un budget honorable de 320 000 $, financé en partie par Harris et les United Artists. Pour la première fois le réalisateur dispose d’acteurs professionnels et d’une équipe technique complète.

Il faut cependant attendre 1957 et Les sentiers de la Gloire (The Paths of Glory) avec Kirk Douglas, véritable pamphlet antimilitariste, pour avoir le premier film majeur du cinéaste, qu’il jugera pourtant comme son plus impersonnel. On retrouvera le même acteur deux ans plus tard dans Spartacus, un péplum qui fait encore autorité dans le genre :

« La mort est la seule liberté que connaisse l’esclave». (dialogue du film)

« Les films historiques ont ceci en commun avec les films de science-fiction qu’on tente d’y créer quelque chose qui n’existe pas … »

« Innover, c’est aller de l’avant sans abandonner le passé. »

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C’est ainsi que les années 60-70 sont pour le cinéaste les plus prolifiques avec essentiellement, 2001 : l’odyssée de l’espace, peut-être son projet le plus ambitieux et visionnaire, à la fois métaphysique et envoûtant, qui constitue une véritable révolution dans l’histoire de la SF, et qui l’imposera définitivement comme l’un des cinéastes majeurs du XXème siècle :

« Ce qu’il y a de mieux dans un film c’est lorsque les images et la musique créent l’effet (…). Je serais intéressé de faire un film sans aucun mots (…). On pourrait imaginer un film où les images et la musique seraient utilisées d’une façon poétique ou musicale, où une série d’énoncés visuels implicites seraient faits plutôt que des déclarations verbales explicites. Je dis on pourrait imaginer car je ne peux pas l’imaginer au point d’écrire vraiment une telle histoire, mais je pense que si cela se faisait, ce serait utiliser le cinéma au maximum. Il serait alors totalement différent de toute autre forme d’art (…).

Ou encore :

« J’ai essayé de créer une expérience visuelle, qui contourne l’entendement et ses constructions verbales, pour pénétrer directement l’inconscient avec son contenu émotionnel et philosophique. »

Il innove ensuite avec Barry Lyndon, fresque historique et romanesque, d’une esthétique pure, entièrement filmée à la lumière naturelle et à celle des bougies. 

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En 1980, son adaptation de Shining, le livre de Stephen King, avec un Jack Nicholson halluciné, marque sa première et magistrale incursion dans le film fantastique à tendance horrifique. Une nouvelle fois, il s’y démarque par l’utilisation novatrice de la steadycam. Shining va consolider sa réputation de « mégalomane perfectionniste ». Kubrick considère ce film comme son œuvre la plus personnelle.

Ce perfectionnisme de l’image, et son extrême rigueur, parfois qualifiée d’autoritarisme (il pouvait, par exemple, effectuer plus de cinquante prises pour tourner une seule scène), se retrouveront dans sa mise en scène parfaite et particulièrement méticuleuse, et dans son cinéma en général, et ce tout au long de sa vie :

Exigence pour les scénarios et les thèmes abordés :

« La question est de savoir si l’on donne au public quelque chose qui vise à le rendre plus heureux, ou quelque chose qui corresponde à la vérité du sujet ».

Exigence pour la réalisation :

« Quiconque a eu le privilège de réaliser un film est conscient que c’est comme vouloir écrire Guerre et Paix dans l’auto-tamponneuse d’un parc d’attraction, mais lorsqu’enfin la tâche est bien accomplie, peu de choses dans la vie peuvent se comparer à ce que l’on ressent alors ».

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Avec le temps, Kubrick qui s’est expatrié en Angleterre depuis Lolita, devient de plus en plus discret et méticuleux : 12 ans se passeront ainsi entre Full metal jacket, un film de guerre intense, pour lequel il reconstitue le Vietnam dans une usine désaffectée de Londres, et son dernier film, Eyes Wide Shut, adaptation d’un court roman d’Arthur Schnitzler, avec comme couple vedette Tom Cruise et Nicole Kidman. Si l’« un des charmes du mariage est de causer des déceptions aux deux », on retrouve essentiellement dans ce film, ce qui a toujours fasciné Kubrick : le thème du double qui envahit tout et qui engendre la perte d’identité, l’angoisse existentialiste en somme, « nos pulsions les plus intimes, derrière les apparences ». Kubrick considére Eyes Wide Shut comme son « meilleur film », selon une révélation faite à son ami Julian Senior la veille de sa mort (« It’s my best film ever, Julian. »)

Kubrick s’éteint en 1999, chez lui, à Londres, à la stupéfaction générale.

Y aurait-il malgré tout dans la filmographie hétéroclite du ce génie un thème central ? Certainement celui de notre condition humaine, mais en réfutant toute analyse freudienne :

«  J’estime que ceci est essentiel : si un homme est bon, de savoir par où il est mauvais et de le montrer ; si un homme est fort, de décider à quel moment il est faible et de le montrer. Et je crois qu’il ne faut jamais tenter d’expliquer pourquoi il en arrive là ou pourquoi il fait ce qu’il fait ».

« Il y a un thème dont je suis conscient et qui se retrouve dans tous mes films : l’échec de la communication ».

De part sa créativité, Kubrick impose indéniablement le respect. CineSeriesMag vous propose donc une rétrospective complète de ses films majeurs.

Filmographie sélective de Stanley Kubrick :

1953 : Fear and Desire
1954 : Le Baiser du tueur
1956 : L’Ultime Razzia
1957 : Les Sentiers de la gloire
1960 : Spartacus
1962 : Lolita
1964 : Docteur Folamour
1968 : 2001 : l’odyssée de l’espace
1971 : Orange mécanique
1975 : Barry Lyndon
1980 : Shining
1987 : Full Metal Jacket
1998 : Eyes Wide Shut

Source principale des citations : Kubrick, Michel Ciment, éd. Calmann Lévy, 2004.

Chemin de croix, un film de Dietrich Brüggemann : Critique

Le film de l’allemand Dietrich Brüggemann vaut le détour à plus d’un titre. Ours d’argent du scénario à la Berlinale de 2014, le film a cependant une sortie plus que discrète en France, avec seulement 87 salles pour la France entière contre 691 salles pour, au hasard, Gone Girl.

Synopsis : Maria, 14 ans, vit dans une famille catholique fondamentaliste. A la maison comme à l’école, son quotidien est régi par les préceptes religieux. Entièrement dévouée à Dieu, elle n’a qu’un rêve : devenir une sainte. Suivant l’exemple de Jésus, elle entame son propre chemin de croix dont rien ni personne ne peut la détourner..…

Les sacrifiés de la foi

L’histoire est celle de la jeune Maria Göttler, élevée dans une quasi-secte religieuse, une branche intégriste de l’Eglise catholique, une branche heureusement presque morte, parce que non reconnue par le Vatican, qui veut devenir une sainte, ou plus exactement qui veut donner sa vie en sacrifice pour l’amour de son petit frère présumé autiste, et dans l’espoir d’obtenir ainsi sa guérison.

Maria a 14 ans, 14 comme les stations du classique chemin de croix catholique qui vont constituer le reste de sa vie, et constituer la trame du film au sens littéral du terme. Le premier intérêt du film est là, esthétique, une vraie idée de cinéma : chaque station du chemin de croix sera traduit par le réalisateur en un plan fixe, hormis le plan-séquence de la fin, et deux mouvements de caméra qui vont chacun correspondre à une étape cruciale de la vie de Maria. Le choix d’un tel dispositif narratif est une gageure, car à l’aridité du propos il ajoute l’immobilité de l’image en prenant potentiellement le risque de rebuter plus d’un spectateur.

Le chemin de croix catholique s’inscrit dans le laps de temps compris entre le moment où Jésus est condamné à mort et celui où il est enseveli. Chaque station de ce chemin de croix représente un pan de la douloureuse vie de Maria, incarnée avec beaucoup de justesse par la jeune Lea van Acken, fragmentée donc par le réalisateur en plans fixes séparés les uns des autres par un intertitre qui reprend l’intitulé officiel de la station. A la première station (« Jésus est condamné à mort »), Maria et cinq autres aspirants à la confirmation reçoivent les instructions du prêtre, un véritable général de guerre qui les incite au combat, un combat qui pourrait être en effet mortel, sans nuance et sans merci contre « l’ennemi » insidieux et omniprésent. La scène est splendide, austère et lumineuse à la fois, et Maria irradie d’un éclat presque lunaire, mais maladif, déjà. Les tableaux se succèdent ainsi, plus effrayants les uns que les autres, mais effroyablement beaux aussi, dans un cadre fixe au delà duquel il n’est possible ni à Maria ni au spectateur de s’aventurer. Un cadre fixe qui limite le champ des possibles au strict minimum, un cadre étouffant que très peu d’éléments viendront aérer : les jeux et rires d’un petit frère de 6/7 ans, encore inconscient de la singularité de sa famille, une fille au pair qui tente de faire le contrepoint dans cette assemblée triste.

Maria est en réalité une jeune adolescente comme les autres, dont l’évocation d’une glace mangée en commun, ou un film vu en commun avec un camarade de classe, apporte un peu de rose sur ses joues diaphanes, et une lueur dans ses yeux inquiets, mais que l’endoctrinement aussi bien maternel que paroissial a vite fait de classer dans les péchés mortels, l’amenant à culpabiliser à propos de tout, y compris de la condition de son plus jeune frère, autiste. Elle se persuade, et tente de persuader son entourage, que donner sa vie permettrait à Johannes son petit frère de parler enfin, cependant qu’à confesse, elle avoue avoir l’intuition (« l’orgueil » en langage de confesse) de mieux s’occuper de lui que leur propre mère, et qu’intérieurement peut-être pense-t-elle que la folie castratrice de sa mère habitée n’est pas pour rien dans le retard de développement de son petit frère…

Devenir une sainte devient alors une obsession. Quitter un monde où elle « se sent si seule » pour retrouver son Dieu au plus vite. La richesse du scénario est telle que ce désir peut être interprétée de plusieurs manières : sacrifice, envie d’en finir et s’évader du carcan que cette religion extrême lui impose, ou encore réelle ferveur religieuse, une ferveur pas si éloignée des « fous de Dieu » et autres bombes humaines qui attendent la belle récompense promise au paradis…

Afin de coller le plus possible au projet initial, le film souffre parfois de quelques invraisemblances. Dietrich Brüggemann et sa sœur Anna, ayant dans la vraie vie côtoyé ce milieu à l’occasion d’une crise mystique aussi foudroyante que brève de leur père,  ont voulu en effet que le scénario soit le plus fidèle possible au découpage du chemin de croix, et cette volonté nécessite quelquefois un passage au forceps. Mais l’histoire elle-même, celle de cette fraternité fictive proche de la Fraternité Saint-Pie X de Mgr Lefebvre et consorts, celle de cette mère aveuglée qui en oublie d’être mère, de ce père fantomatique à force de silence, de ces prêtres à la voix douce mais tranchante, toute cette histoire est tellement déconnectée de la réalité, qu’un événement comme un miracle finit par y trouver une place naturelle.

Chemin de croix est un film loin de tout sentimentalisme, qui s’inscrit dans la lignée des films cliniques et froids des voisins autrichiens Haneke et Seidl de son réalisateur. Brüggemann ne veut pas juger, ne propose pas un pamphlet anti-religieux, mais présente néanmoins  d’une manière qu’il souhaite factuelle mais aussi assez drôle les ravages d’un extrémisme qui pourrait s’appliquer à toutes les religions, voire à tous les sujets sociétaux.  Un film à qui il conviendrait de donner la place que le cinéma français d’aujourd’hui ne lui permet pas d’occuper…

Bande-annonce: Chemin de croix

Fiche Technique: Chemin de croix

Titre original : Kreuzweg
Réalisateur : Dietrich Brüggemann
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 29 Octobre 2014
Durée : 110 min.
Casting : Lea van Acken (Maria), Franziska Weisz (La mère), Lucie Aron (Bernadette), Florian Stetter (Père Weber), Moritz Knapp (Christian), Klaus Michael Kamp ( Le père)
Scénario : Anna Brüggemann, Dietrich Brüggemann
Musique : –
Chef Op : Alexander Sass
Nationalité : Allemagne
Producteur : Leif Alexis, Fabian Maubach
Maisons de production : UFA fiction
Distribution (France) : Mémento films

La French, un film de Cédric Jimenez : Critique

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Il y a près de quarante ans, la tragique destinée du Juge Michel bouleversait la France. Ce décès sonnait comme la première étape de la chute des trafics phocéens, enterrant définitivement son réseau de filières liées à la drogue à travers le monde. Ce trafic d’héroïne d’envergure internationale communément appelé « French Connection » a inspiré nombres d’auteurs et journalistes, notamment dans l’adaptation géniale du même nom de William Friedkin (1972) porté par Gene Hackman.

Synopsis: Marseille. 1975. Pierre Michel, jeune magistrat venu de Metz avec femme et enfants, est nommé juge du grand banditisme. Il décide de s’attaquer à la French Connection, organisation mafieuse qui exporte l’héroïne dans le monde entier. N’écoutant aucune mise en garde, le juge Michel part seul en croisade contre Gaëtan Zampa, figure emblématique du milieu et parrain intouchable. Mais il va rapidement comprendre que, pour obtenir des résultats, il doit changer ses méthodes.

Dans les années 1980, Philippe Lefebvre portera même à l’écran Le Juge, film qui s’inspire de la bataille juridique menée par le Juge Michel et interprété par Jacques Perrin et Richard Borringer. Mais avec La French, c’est peut-être la première fois qu’un auteur désire accordait autant d’importance à la figure juridique et héroïque de Pierre Michel et à son combat mené face à Gaêtan Zampa, icone du grand banditisme. A la tête du film se trouve un jeune novice des grosses productions, Cédric Jimenez dont c’est le second long-métrage après Aux Yeux de Tous. Après avoir réalisé quelques documentaires et sortant du succès d’estime de son premier long-métrage, Cédric Jimenez s’est mis en contact avec le producteur Alain Goldman. Il lui a évoqué son souhait de raconter une histoire liée à ses origines marseillaises, ce dernier ayant été bercé dans ce climat de trafics et de règlements de compte. L’histoire de Pierre Michel relevait de l’évidence pour le réalisateur. C’est en compagnie de sa femme journaliste qu’il a entamé l’écriture de La French et a tourné en 2013 ce qui allait être le plus gros budget français de 2014 et assurément le film hexagonal phare de cette fin d’année. Verdict.

La renaissance du polar noir des années 70

Au fond, le film de Cédric Jimenez ne s’intéresse qu’à la partie voilée du French Connection de William Friedkin. Il met en lumière ces actions mises en œuvre par la France pour démanteler le réseau de Zampa. Marseille est présenté comme un véritable personnage du film, concentrant toute l’atmosphère de la cité des années soixante-dix. C’est un film qui met un point d’honneur à représenter ces hommes d’honneurs prêt à mettre leur vie en jeu pour mettre un terme au grand banditisme de la cité phocéenne. Récit d’un homme, le film se concentre sur le juge Pierre Michel. Dessiné selon la bonne vieille figure héroïque du polar, Cédric Jimenez ajoute cependant quelques nuances à ses protagonistes et donne au film une vision moins manichéenne que ce qu’on aurait pu en attendre. Tout n’est pas noir ou blanc dans La French. Car si l’univers judiciaire et celui de la police sont montrés en profondeur, le réalisateur mesure la portée de son film et se focalise avant tout sur  ces notions de confiance, de respect, de bienveillance qui règnent dans le milieu criminel. Si tout se termine souvent en règlements de compte, cet univers de malfrats comporte quelques règles et principes bien déterminés. Bien que survolés, on sent l’intention du réalisateur de rendre ces personnages avant tout humains. En témoigne ces nombreuses scènes d’intimité familiales qui dessinent de vrais personnages qui souhaitent, au-delà de leurs ambitions, être de bons pères de familles et des hommes tout simplement respectables. Chacun a une conception précise dans sa manière de rendre le monde meilleur. Si Jean Dujardin et Gilles Lellouche ne se croisent à l’écran qu’à deux reprises, tout le film est basé sur cet affrontement à distance qui se joue dans les filatures, les perquisitions, les écoutes téléphoniques et les coups bas pour mettre un terme au crime qui nuit gravement à l’image de Marseille. Une ville ternie par la corruption menée par Zampa, tenant la police par l’argent et la peur des représailles. Dans ce milieu, il n’y a pas de sommation et certains en feront brutalement les frais. De cet affrontement, Cédric Jimenez fait tout pour que le spectateur trouve autant de compassion chez ce jeune juge fringant que chez ce Gaëtan Zampa qui impose un profond et coupable respect lorsqu’il négocie avec conviction les frais de sa marchandises. Et tandis que le Juge Michel souhaite limiter plus que jamais les dégâts liés à la drogue, bouleversé par ses rapports avec des héroïnomanes, Zampa arbore une figure paternelle avec l’un de ses hommes lorsqu’il le pousse à tirer sur un long rail de coke, lui apprenant par la même occasion les dangers liés à ce produit. Il le dira, c’est avant tout un commerçant et jamais il ne sera amené à goûter sa marchandise. Il ne fait pas cette besogne pour le plaisir de la drogue. Il le fait pour acquérir l’argent et le pouvoir qui participe à son existence dans la ville de Marseille.

Cédric Jimenez n’a pas lésiné sur les moyens pour retranscrire fidèlement cette frénésie de la fin des années soixante-dix et la mode régnante de l’époque. Intérieurs, voiture et mêmes les plus anodins accessoires telle une bouteille de Vittel, tous ces éléments sont présents à l’écran tels qu’ils l’ont été à l’époque de la French Connection. Le réalisateur a fait le choix de tourner le film en 35mm, afin que l’image bénéficie d’un soin tout particulier pour conserver ce grain infime propre à l’époque. Et dans un souci de réalisme et d’immersion, Cédric Jimenez et son directeur de la photographie Laurent Tangy se sont arrangés cojointement pour retranscrire à l’écran plusieurs types de plans afin de rendre le film plus vivant que jamais. Les plans fixes croisent les plans-séquences à 360°. A l’inverse, les scènes d’action caméra est à l’épaule renvoient à la « shaky-cam » de Paul Greengrass. Un parti-pris audacieux qui pourra parfois déconcerté tant certaines séquences s’avèrent illisibles. Dans un autre registre, La French se pose comme un élève modèle du style à la Scorsese avec ces malfrats, ces dialogues percutants, ces scènes d’actions radicales et ce montage musical à base de rock de l’époque qui laisse progressivement dérouler quelques sonorités électroniques. Il est d’ailleurs intéressant de voir Zampa s’en prendre à son disc-jockey lorsque celui-ci passe un morceau plus marqué « synthétiseur ». Comme une manière de montrer qu’il n’arrive pas à s’adapter aux changements de la société, du marché. L’image d’un homme progressivement amené à sa perte.

A la tête de cette superproduction française se trouve un casting de haute volée. A commencer par cet affrontement de potes entre l’oscarisé Jean Dujardin -tout droit revenu d’Hollywood pour ce film- et Gilles Lellouche qui incarne avec brio leurs protagonistes respectifs. On n’avait pas vu Jean Dujardin aussi bon depuis longtemps, même s’il conserve ses tics de sourire ravageur à la Brice de Nice. A leurs côtés, deux femmes d’exception en la personne de Céline Sallette qui s’affirme véritablement comme l’une des actrices françaises les plus populaires de cette année (Vie Sauvage, Geronimo) et Mélanie Doutey (qui jouait déjà dans Aux Yeux de Tous) rare mais impeccable. Des personnages féminins bien implantées au récit mais qui paraissent plutôt en retrait et font davantage office de soutien psychologique à leurs hommes respectifs. Enfin, deux petits gars bien sympas viennent compléter le portrait, Benoit Magimel tout en furie retenue et Guillaume Gouix qui trouve là un très bon second-rôle. Des performances tout en justesse qui ne tombe jamais dans la caricature mais participe pleinement à la réussite de ce film.

En choisissant d’adapter l’histoire du Juge Michel et de sa lutte contre la French Connection, Cédric Jimenez n’avait pas le droit à l’erreur tant l’histoire est bien ancrée dans les mentalités, particulièrement dans les Bouches-du-Rhône. L’écrire avec sa compagne journaliste a été un plus indéniable, tant il colle au près de la réalité des faits. Moins film d’action que récit de personnages, Cédric Jimenez se permet d’entrer plus en profondeur, au plus intime des familles impliquées avec ce Juge Michel qui dévoile une facette sombre d’ancien joueur de casino, tandis que Zampa montre une compassion pour la jeunesse et la volonté de faire vivre la Côte, par tous les moyens. Au-delà de l’argent, c’est le pouvoir et le respect qu’il implique qui intéresse ce malfrat. Il y a un vrai travail sur ces deux personnages pour éviter de ne les réduire qu’à des héros ou des méchants. Au fond, La French raconte l’histoire de deux hommes avec des intentions, des convictions, des principes presque identiques mais qui différent par leur appartenance à un côté ou de l’autre de la loi. Le film insiste malgré tout sur le caractère héroïque de sa figure centrale qu’est Pierre Michel, tandis que Gaëtan Zampa reste véritablement le méchant du film. Les plus critiques reprocheront ce manichéisme mais ce serait omettre le travail plus subtil de la personnalité de ces deux hommes. Le réalisateur se permet même une pique finale à l’encontre de cette police corrompue et du gouvernement, dont le mérite de l’opération lui est attribué. Image d’autant plus forte qu’elle est mise en parallèle avec les gerbes de fleurs nous rappellant la personne à l’origine du démantèlement. On reprochera seulement à Cédric Jimenez d’accentuer la dramatisation à de nombreuses reprises et notamment autour de ce final dont l’issue tragique était perçue d’avance. Dommage par ailleurs que le réalisme revendiqué par le réalisateur tombe trop souvent dans l’exagération scénaristique. L’étonnante brièveté d’achèvement de son récit en laissera également certains sur la faim. La French est comme un film qui prend le temps de parcourir les événements mais se termine trop abruptement.

Bien que le film soit marqué par quelques défauts et un rythme lancinant, La French est un polar français tout ce qu’il y a de plus divertissant et intéressant. Dans ce projet risqué, Cédric Jimenez réussit magistralement l’opération tant il s’est approprié le matériau avec soin. De la superbe retranscription des années 70 à la véracité des faits énumérés, l’histoire du Juge Michel est un vrai beau morceau de bravoure de la justice française, et un formidable point de départ pour ce film polar dans la veine des plus grands. Les plus nostalgiques repenseront avec dévotion à l’époque des films où les têtes d’affiche de polar étaient Belmondo, Delon ou Ventura. A l’esthétique digne d’un bon millésime, La French est un polar sombre, drôle, stylisé, maîtrisé et assurément le film français à voir en cette fin d’année et donne une raison de plus de voir ou revoir le French Connection de William Friedkin.

Fiche Technique: La French

Titre original: La French
France
Genre: Drame
Durée: 135min
En salles le 03 décembre 2014

Réalisation: Cédric Jimenez
Scénario: Audrey Diwan – Cédric Jimenez
Interprétation : Jean Dujardin (Le juge Pierre Michel), Gilles Lellouche (Gaëtan « Tany » Zampa ), Céline Sallette (Jacqueline Michel), Mélanie Doutey (Christiane Zampa), Benoît Magimel (Le Fou), Guillaume Gouix (José Alvarez)
Image: Laurent Tangy
Décor: Jean-Philippe Moreaux, Willy Margery, Pascalle Willame
Costume: Carine Sarfati
Montage: Sophie Reine
Son : Guillaume Roussel (compositeur), Cédric Deloche, Pascal Villard, Marc Doisne
Producteurs: Alain Goldman, Genevieve Lemal, Marc Vade, Vanessa Djian
Production: Légende Films, Gaumont, France 2 Cinéma, Scope Pictures
Distributeur: Gaumont Distribution
Budget : 18 000 000 €
Festival: Présentation au Festival du Film International de Toronto 2014

John Wick, un film de Chad Stahelski : Critique

Avec un synopsis, aussi simpliste, voir risible, on pouvait s’attendre au pire. Finalement, c’est une très bonne surprise. Un film d’action pure et efficace, qui ne s’embarrasse pas d’éléments dramatiques et plante rapidement le décor, par le biais de flashback, permettant d’expliquer dans quel état psychologique, se trouve John Wick.

Synopsis : John Wick, un ancien assassin reprend du service après que des malfaiteurs ont volé sa Ford Mustang et tué son chien, le dernier souvenir de sa femme décédée. 

On ne tue pas les chiens!

Losef Tarasov (Alfie Allen) a tué le chien et volé la voiture de John Wick (Keanu Reeves), il doit mourir et tout ceux qui se mettront sur son chemin, iront le rejoindre en enfer, point.

Malgré sa simplicité, le film fonctionne parfaitement pour diverses raisons : d’abord, il ne se prend pas au sérieux et se permet des interludes aussi drôles, qu’improbables, qui permet de détendre l’atmosphère. Ensuite, car les scènes d’action sont parfaitement chorégraphiées, que ce soit les gunfights ou les corps à corps. On doit cette réussite au duo de réalisateurs Chad Stahelski et David Leitch, dont c’est le premier film et pourtant, c’est maîtrisé du début à la fin. Il faut dire qu’en tant que cascadeurs, ils ont une certaine expérience dans le domaine de l’action. Mais aussi à Keanu Reeves, qui a suivi un entrainement intensif de quatre mois, permettant aux réalisateurs d’être au plus près de lui, conférant une immersion totale au milieu des combats, c’est purement jouissif. Enfin, son casting d’acteurs labellisés HBO : Alfie Allen (Game of Thrones), Dean Winters (Oz), Lance Reddick et Clarke Peters (The Wire), d’autres plus chevronnés : John Leguizamo, Willem Dafoe, Michael Nyqvist et Ian McShane, sans oublier un personnage féminin inoubliable parmi ces mâles débordant de testostérone, Adrianne Oalicki (Friday Night Lights).

En mélangeant tout ce beau monde, en leur offrant à chacun un rôle important, bref ou pas, on se régale de leurs performances. C’est parfaitement réglé, comme le moteur de la Mustang de John Wick. C’est froid, comme la photographie de Jonathan Sela. Les scènes se déroulant de nuit, sous la pluie ou dans l’obscurité d’une boite de nuit, le tout sur une bande son démentielle, renforçant la violence des images et des impacts des balles de John Wick, qui finissent toujours en pleine tête. Cette atmosphère sied bien à la noirceur du film, à cette vengeance aussi froide, que son héros.

La durée du film (1h40), permet de maintenir l’intensité de l’histoire, pour ne pas perdre le spectateur en cours de route. Le seul moment d’accalmie se déroulant dans cet hôtel rempli de criminels en plein New York, mais bénéficiant d’une neutralité; un peu comme la Suisse; ou la violence n’a pas lieu. Une bonne idée parmi tant d’autres dans ce film, qui à l’image de son héros, va droit au but, dans cette série B brillante et dévastatrice.

John Wick : Bande Annonce VOST


Fiche technique : John Wick

USA – 2014
Réalisation : David Leitch et Chad Stahelski
Scénario : Derek Kolstad
Distribution : Keanu Reeves, Michael Nyqvist, Alfie Allen, Adrianne Palicki, Bridget Moynahan, Ian McShane, John Leguizamo, Willem Dafoe, Jason Isaacs, Dean Winters, Lance Reddick, David Patrick Kelly, Bridget Regan.
Photographie : Jonathan Sela
Montage : Elisabet Ronaldsdottir
Musique : Tyler Bates et Joel J. Richard
Production : Basil Iwanyk, David Leitch, Eva Longoria, Chad Stahelski, Mike Witherill et Keanu Reeves
Société de production : Thunder Road Pictures
Société de distribution : Lionsgate
Genre : action
Durée : 110 minutes
Date de sortie en France : 29 Octobre 2014

Auteur : Laurent Wu

Clowns tueurs : Notre top 10 des clowns les plus flippants

Clowns tueurs : notre top 10 

La coulrophobie, vous connaissez ? Il s’agit de la peur panique et irraisonnée des clowns. Une phobie apparemment très répandue, surtout en ce moment, alors que des individus maquillés envahissent les rues des villes pour effrayer les passants et commettre les pires exactions en toute impunité. Halloween a beau être derrière nous, la tendance risque de perdurer encore un peu. Nous vous proposons aujourd’hui un petit top des clowns les plus flippants sur petit et grand écran, qui ont pu inspirer ces tristes faits divers.

10) Les clowns tueurs venus d’ailleurs

Quoi de pire qu’un clown au sourire bien perturbant pour donner des mauvais rêves ? Un clown extra-terrestre, bien sûr. Dans ce film complètement déjanté, un cirque volant abritant des créatures tueuses de l’espace atterrit sur Terre, et terrorise une petite ville des États-Unis. Dans le genre série B, on fait difficilement mieux. À noter qu’une suite est prévue pour l’année prochaine. En 3D, bien sûr.

clowns-venus-ailleurs9) Burger Kill

Qui n’a jamais été traumatisé dans son enfance par Ronald MacDonald, la pourtant sympathique mascotte de la chaîne de fast-food éponyme ? Visiblement, celui-ci a marqué l’imaginaire de Brendan Cowles et Shane Kuhn, qui ont mis en scène cette vaste farce, dans laquelle Horny le clown, la mascotte du restaurant Hella Burger, se met à massacrer tout le monde. Si ce film ne vous convainc pas de manger moins gras, sucré et salé, rien n’y parviendra.

Burger-kill-clown

8) Clown

Bon, là, on anticipe un peu. Mais les prémices de ce film, prévu prochainement, ont de quoi mettre l’eau à la bouche. Un homme se déguise en clown pour l’anniversaire de son fils, et découvre qu’il ne peut enlever le costume. Et si on vous dit que le clown en question sera joué par Peter Stormare, l’un des meilleurs psychopathes de l’histoire du cinéma ? Alléchant, on vous dit.

Clown-Peter-Stormare

7) Gacy

Rien n’est pire que quand la réalité et la fiction se mêlent. Sorti en direct-to-video en 2003, ce film est centré sur John Wayne Gacy, un citoyen apparemment modèle et clown professionnel, qui dissimule un tueur en série particulièrement prolifique. Et le pire, c’est que cette histoire est inspirée de l’histoire vraie de John Gacy, arrêté et condamné à mort pour agressions sexuelles et meurtres sur au moins 33 garçons et filles. Et on se demande encore pourquoi les clowns nous font flipper…

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6) La Maison des 1000 morts

Rob Zombie a su se créer, au fil des années, une petite communauté de fans fidèles, qui acclament son imagination débordante, peuplée de créatures étranges et d’histoires bien glauques. Parmi les fruits de son inconscient, on peut noter le terrifiant Captain Spaulding, vu dans La Maison des 1000 morts et The Devil’s Reject. D’abord présenté comme un personnage ambigu mais attachant, il se révèle le patriarche d’une famille de psychopathes dégénérés. Décidément, on ne peut vraiment pas faire confiance aux clowns.

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Bande-annonce : La Maison des 1000 Morts

5) Supernatural

Une série basée sur des chasseurs de phénomènes surnaturels, forcément, il y aura bien un épisode dédié à cette vieille phobie des clowns qui nous hante depuis l’enfance. Dans Supernatural, il aura tout de même fallu attendre le deuxième épisode de la saison 2, intitulé « Everybody loves a clown », et simplement traduit Le Clown dans nos vertes contrées. On y voyait un tueur se grimant en amuseur de foire pour inciter les enfants à les laisser entrer chez eux. Ils étaient alors libres de commettre leurs massacres. Pourtant, on ne peut pas dire qu’il avait une tête à inspirer confiance.

Bande-annonce – Supernatural – « Everybody Loves a Clown »

4) Balada Triste

Pas vraiment un film d’horreur à proprement parler, mais ce chef d’oeuvre signé du réalisateur Espagnol Alex de la Iglesia, mérite sa place dans ce top. L’histoire se situe pendant la guerre civile, et le scénario joue intelligemment avec l’Histoire pour l’incorporer dans son récit. Ici, point d’entités maléfiques, mais un jeune homme rendu fou par les tortures subies, et qui finit par se défigurer, et se créer son propre maquillage de clown en se scarifiant, dans le plus pur esprit du Joker de Batman. Mais en plus flippant encore, si possible. La scène à elle seule vaut le détour, et l’esthétique sombre du film en fait un incontournable.

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Bande-annonce : Balada Triste

3) American Horror Story

D’après les forces de l’ordre, toute cette sinistre affaire de clowns dans les rues aurait débuté suite à la diffusion d’un épisode de la saison 4 d’American Horror Story. Certains spectateurs auraient voulu rendre hommage au terrifiant Twisty, le clown tueur, et se sont filmés pour faire des canulars. La blague a pris de l’ampleur, et a commencé à partir en vrille. Le phénomène n’a pas tardé à s’exporter, et certains ont poussé le bouchon un peu trop loin. Il faut reconnaître que John Carroll Lynch, l’acteur sous le déguisement, livre une prestation impeccable. Freak Show est en tout cas à voir absolument, surtout en cette période d’Halloween, pour quelques frissons gratuits.

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2) Batman

Que l’on prenne celui du premier Batman, joué par Jack Nicholson, ou celui du Dark Knight, incarné par Heath Ledger, impossible de ne pas mentionner le Joker dans cette liste. Inspiré du conte L’Homme qui rit, de Victor Hugo, ce criminel a pris une ampleur indéniable au sein de la mythologie du Chevalier Noir, et reste probablement l’un des méchants les plus connus de l’univers des comic books. De simple bouffon à tendances criminelles, il a évolué en pur psychopathe avec les années, au gré de l’inspiration des auteurs. Son humour cynique et sa capacité à passer du statut de clown à celui de meurtrier en puissance, le rend d’autant plus dangereux.

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Bande-annonce : Batman « The dark knight »

1) Il est revenu

Si attribuer tout un phénomène (la coulrophobie) à une seule œuvre est un peu simpliste, nul doute que le roman de Stephen King Ça, ainsi que le téléfilm qu’il a inspiré, ont grandement contribué à la chose. Si l’entité maléfique qui hante les rues et les égoûts de Derry prend plusieurs formes au fil des pages, aucune ne marque autant que celle de Pennywise, dont l’apparence relativement innocente, dissimule un monstre millénaire aux accents Lovecraftien. Le livre doit faire l’objet d’une nouvelle adaptation au cinéma, chapeautée par Cary Fukunaga, qui s’est fait un nom en mettant en scène la saison 1 de True Detective. Il faudra alors trouver un remplaçant à Tim Curry, dont le sourire carnassier hante encore les cauchemars de millions de téléspectateurs.

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 Auteur de l’article : Mikael Yung

 

The Giver, un film de Phillip Noyce – Critique

La dystopie, ou contre-utopie, est un genre actuellement très à la mode auprès du public adolescent. Cette forme de société caractérisée par un État tout-puissant et des libertés individuelles restreintes, a probablement acquis ses lettres de noblesse grâce à George Orwell et son 1984 ou Aldous Huxley et Le Meilleur des Mondes. Au cinéma, Hunger Games a servi de précurseur, démontrant que les jeunes adultes pouvaient être sensibles à ce genre d’univers futuriste, et ouvrant la voie à plusieurs œuvres du même type. The Giver est un cas un peu particulier, le roman dont il s’inspire datant de plus de vingt ans.

Synopsis : Dans un futur lointain, les émotions ont été éradiquées en supprimant toute trace d’histoire. Seul « The Giver » a la lourde tâche de se souvenir du passé, en cas de nécessité. On demande alors au jeune Jonas de devenir le prochain « Giver »…

Un jeune homme pas comme les autres…

Sa construction est un modèle du genre. Un monde détruit par un événement dont on ne sait rien (comme c’est pratique), une société reconstruite pour correspondre aux idéaux d’une poignée de survivants, et une uniformité imposée pour éviter les risques de conflits. Et, bien entendu, au milieu de ce monde sans relief, notre jeune héros, Jonas, un adolescent qui déclare se sentir différent. D’une folle originalité, on l’aura compris. Ajoutez à cela le meilleur ami rigolo mais un peu lourdeaud, et la bonne copine qui commence à devenir de plus en plus intéressante au fur et à mesure que s’éveillent les hormones ; une famille aimante mais qui ne semble pas comprendre les changements chez leur fils ; une cérémonie de choix qui va influencer sa vie pour les années à venir… Vous obtenez le début de tout bon roman pour un adolescent qui se respecte.

On l’aura compris, The Giver ne brille pas par son originalité. Ce qui le démarque des Hunger Games, Harry Potter et autres Divergente, c’est l’absence d’adversaire clair. Pas d’antagonistes réels, rien qui permette à Jonas de faire ses preuves, aucune épreuve tangible et concrète. Hormis une figure maternelle censée gouverner le monde, mais qui se fait rare, personne ne viendra remettre en question la quête de vérité de notre héros. Résultat, on assiste à une bonne heure d’entraînement sans véritable but, suivi d’un dernier tiers ou les choses s’accélèrent, mais là aussi sans enjeux clairement définis. Ou plutôt, tellement nébuleux, qu’il devient difficile de se projeter, de ressentir toute la charge qui pèse sur ses épaules.

Un univers en noir et blanc

En fait, ce qui fait défaut à The Giver, c’est un univers bien défini. Ici, on ne connaît pas vraiment l’organisation de ce monde, la géographie manque de clarté, de même que l’histoire. Résultat, des incohérences apparaissent très vite dans le comportement des personnages secondaires, qui semblent parfois agir contre la nature qui devrait être la leur. Ce manque singulier de personnalité d’un monde trop froid, trop aseptisé, fait que le spectateur se désintéresse rapidement de l’histoire, puisqu’il ne parvient pas à saisir l’importance de ce qui se joue sous ses yeux. Et se pose la question qui sonne le glas de la crédibilité du film : pourquoi Jonas ? Pourquoi maintenant, et pas avant ? Qu’est-ce qui fait que, jusqu’à son arrivée, personne n’avait tenté d’entreprendre ce qu’il réalise ici ?

Ce manque de cohérence provient probablement du roman, car le film fait ce qu’il peut pour donner corps à cette nouvelle dystopie. La direction artistique est plutôt réussie, le choix du noir et blanc est osé mais s’impose, et les décors, s’ils ne brillent pas par leur originalité, renvoient parfaitement à ce manque d’identité qui caractérise cet univers. Si la mise en scène est parfois un peu maladroite, elle essaie au moins de donner du punch à un scénario qui en manque cruellement. Et tombe, il faut bien le reconnaître, souvent à côté de la cible. Le premier tiers reste intéressant, offrant quelques promesse que la suite, malheureusement, ne tiendra pas. The Giver, comme d’autres avant lui, restera donc au catalogue des bonnes idées pas forcément très bien exploitées.

The Giver – Fiche Technique

USA – 2014
Science-fiction
Réalisateur : Phillip Noyce
Scénariste : Michael Mitnick, Robert B Weide, d’après l’oeuvre de Lois Lowry
Distribution : Brenton Thwaltes (Jonas), Jeff Bridges (Le Passeur), Meryl Streep (La Doyenne), Odeya Rush (Fiona), Cameron Monaghan (Asher), Alexander Skarsgard (le père), Katie Holmes (la mère)
Producteur : Nikki Silver, Jeff Bridges, Neil Koenigsberg
Directeur de la photographie : Ross Emery
Compositeur : Marco Beltrami
Monteur : Barry Alexander Brown
Production : As Is Production, Tonik Production, Walden Media, The Weinstein Company
Distributeur : StudioCanal

Auteur de l’article Mikael Yung

Fury, un film de David Ayer : Critique

Fury : Une plongée viscérale dans l’enfer des tankistes de la Seconde Guerre Mondiale

Synopsis: Les aventures de cinq militaires, combattant dans un tank appelé Fury, pendant les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale… 

Considéré comme l’un des genres matriciels du cinéma, au même titre que les westerns de John Ford et Sergio Leone, le film de guerre est un indéboulonnable de l’art cinématographique. Agissant comme le catalyseur d’une société ayant tour à tour souhaité mépriser, oublier et saluer ces conflits et les soldats y ayant contribué, ou comme la volonté intrinsèque de démontrer les horreurs de la guerre et de dépeindre l’héroïsme de soldats au hasard d’un fait de guerre méconnu, le film de guerre a toujours affiché une étonnante complexité à l’ouvrage, donnant du grain à moudre aux plus sceptiques, encore peu enclins à accepter que la guerre ne se résume pas qu’à d’ignobles affrontements entre gentils et méchants.

Car le film de guerre ne constitue pas qu’un simple défouloir aseptisé hargneux et violent ou se côtoient bon et méchants, prêts à tout pour se tuer l’un l’autre. Cheminement mystique pour certains, moyen de révéler la part d’humanité et de faiblesse d’un homme pour d’autres, ou simple moyen de transformer un individu en homme, la guerre a toujours revêtu ces habits de transformateur, capable par sa seule barbarie d’ébranler les croyances, les pensées et les réflexions des personnes y étant plongées.

Tout ça amenant alors à considérer que le film de guerre, simple genre cinématographique en soi, constitue une preuve de l’évolution des mœurs de la société, changeant lentement au fil des années, telle une blessure prenant le temps pour cicatriser. Des mœurs, qui ont permis en plus de marquer une époque, à scinder le genre en deux parts bien distinctes.

Il y eut d’abord le visage de l’oubli, ou celui du Hollywood des années 1960, ou le moindre fait de guerre était mis en scène, sertis à l’occasion d’acteurs à très haute réputation (Steve McQueen / Lee Marvin / Charles Bronson) et d’une ambiance guillerette quasi comique. L’objectif ici : narrer avec humour ou du moins naïveté des faits d’armes connus ou méconnus, l’humour servant ici à accélérer bien malgré lui le lent processus de reconstruction psychologique des populations civiles, encore outrées et choquées d’avoir assisté à une guerre mondiale.

Puis il y eut, médias aidant, le visage critique. Utilisé à grande échelle à partir du conflit vietnamien, ayant eu droit à une inespérée surmédiatisation, la guerre, loin des figures héroïques dressées par le Hollywood des 60’s, devient sale, retorse, furieuse et surtout personnelle. Délaissant l’héroïque pour la polémique, la guerre est alors propice à dépeindre les événements cachés de tous, tels que l’impact psychologique et la violence furieuse qu’elle provoque au corps et à l’esprit du soldat.

Le film de guerre cessait alors d’être divertissant et se voulait être l’incarnation du non-dit, du caché. Entre faim, froid, folie, crasse, inhumanité, détresse psychologique pré-conflit et post conflit, le film de guerre revêtait des oripeaux chocs, sans concessions en privilégiant l’humain au fait de guerre accompli. Qu’ils soient frappadingues à l’instar du colonel Kilgore d’Apocalypse Now, ou plongés dans une naïveté telle, qu’ils opéraient barbecue et session d’écoute de Creedence Clearwater Revival dans Forrest Gump, ces soldats étaient alors l’incarnation vivante des ravages de la guerre.

Demolition Man !

Des ravages qu’a souhaité filmer David Ayer, metteur en scène bourrin et expéditif s’étant illustré à Hollywood par ses contributions à des productions puissantes telles que le célèbre Training Days ou le bourrin End of Watch, et qui déjà cette année nous avait pondu un vague décalque d’Expendables, avec Sabotage, divertissement old-school bourrin et sans concession, frôlant même la caricature goguenarde.

Pourtant, derrière ce choix pas forcément évident, transpire une volonté claire et perceptible d’Ayer de transcender son style au maximum de son potentiel. Car après avoir scénarisé et filmé les guerres urbaines contemporaines, il était temps de trouver un terrain où Ayer pourrait faire preuve d’une violence et d’une âpreté, qui ne paraissent pas excessives ou démesurées. Et dans un sens, le voir réaliser un film de guerre, était en plus de raviver le genre, sérieusement à l’agonie (évolution de la société oblige), logique. Lui l’artificier bourrin d’Hollywood, plus réputé pour ses récits coups de poings que pour sa dimension humaine, celui noyant la subtilité de ses œuvres, dans une violence terrifiante écrasant littéralement le reste, au risque de transformer chacun de ses films en un vague défouloir sans âme et sans réflexion, celui qui assure une beauté perceptible uniquement par l’éclat des balles et des répliques scabreuses qui fusent, avait enfin trouvé son domaine de prédilection.

Et malgré une campagne de promotion faisant la part belle à un fringuant Brad Pitt, on s’inquiétait un peu de voir que son film, donnant l’air de ressembler à une énième partie de Call of Duty, soit capable de rehausser le genre et surtout de faire la part belle aux tankistes, soldats trop souvent oubliés dans le traitement du conflit et dont l’espérance de vie ne dépassait pas les 5 semaines sur le front.

Pourtant, loin du spectacle d’action outrancier attendu avec Fury, David Ayer signe sans doute son meilleur film en affichant la quintessence de son style, tout en affichant un formidable élan d’humanité. De quoi le classer presque comme un classique du genre !

WELCOME IN THE DIRT !

Ça commence par un mot. FURY, le nom du tank, le nom du film, taillé dans un rouge vif témoignant déjà du festival de violence, de rudesse et de saleté qui se prépare. Puis, le noir de l’écran laisse place à un gris. Quasi crépusculaire, voire anthracite, telle l’évocation d’une plaine désolée, d’un paysage hostile. Ce paysage, boueux, atone, rempli de véhicules en flamme et de soldats morts, parait comme divin tel un au-delà lointain. Terre qui voit alors surgir de la brume, un cavalier allemand. Le temps de le voir déambuler au milieu de cadavres en charpies, que celui-ci est brutalement et sauvagement tué par un coup de couteau en plein œil.

L’occasion ainsi de quitter cette veine hollywoodienne où transpire la fierté et le patriotisme, pour s’enfoncer dans la crasse, l’inconnu et le détestable.

Simple, efficace et surtout mordant. En l’espace de 2 minutes, Ayer poignarde en plein cœur son spectateur, encore ignorant que le mois d’Avril 1945, pourtant précédant la capitulation allemande, fut un mois ou la lassitude et la fatigue des Alliés rencontrèrent la sauvagerie et l’inhumanité des Allemands, qui savant la fin proche, se permettaient de jeter toutes leurs forces dans la bataille pour infliger des pertes maximales à l’ennemi américain. Un contexte rude, sanglant, inhumain et barbare, où l’on découvre l’équipage du tank Fury, composé du chef Wardaddy, campé par un Brad Pitt toujours aussi badass lorsqu’il enfile un treillis, du mécano Graddy (Jon Bernthal), du canonnier Bible (Shia LaBeouf), du conducteur Gordo (Michael Pena) et du bleu Norman (Logan Lerman), simple dactylo, devenu manque d’effectif oblige, co-pilote de ce mastodonte d’acier.

Un équipage hétéroclite lancé dans une mission suicide qui suscite d’abord le rire, tant leur alchimie, durement acquise se ressent au hasard de blagues pas toujours finaudes, mais amenant avec une malice particulière le sentiment de camaraderie, propre à tout film de guerre collectif. Outre le fait que l’exiguïté de cette boite de métal rapproche, c’est surtout par l’horreur que doivent endurer quotidiennement ces 5 lascars que l’aspect fraternel l’emporte. Une camaraderie placée sous le joug autoritaire de Wardaddy, agissant en figure paternelle dominatrice, quasi invincible pour ses hommes, lui attribuant d’ailleurs le rôle de protecteur. Un rôle qui forcément sied guère à Pitt, dont le charme magnétique, et l’assurance sans faille fait illusion auprès de ses hommes, révélant ainsi la glorification militariste des gradés, portés en héros, quand bien même ces derniers restent et demeurent des hommes, capables d’éprouver la peine, la douleur et la souffrance face à des spectacles mortifères abominables.

Une mortification qui ne quittera plus le film, qui en déroulant son intrigue, déploie avec maestria l’horreur, la crasse et le dégoût qu’un conflit peut occasionner. Souvent comparé à Il Faut Sauver le Soldat Ryan, pour son traitement de la guerre, Fury prend le soin de ne jamais tomber dans le sentimentalisme de l’œuvre de Spielberg, et ce pour ne garder que l’essentiel, à savoir un visage de la guerre authentique couplé à festival de pyrotechnie rondement mené, et surtout innovant. Un festival incendiaire, où valdinguent dans la plus grande maîtrise, douille, obus et corps morcelés, provoquant parfois un éclat de rire involontaire, tant la violence souvent excessive parait sans limite. Au milieu de ce maelstrom de dégoût, Ayer décide d’innover en apportant un profil psychologique développé à ses personnages. Fini le sourire éclatant de Steve McQueen, ou l’assurance sans borne de Tom Hanks, les personnages sont lessivés, sales, mal élevés, répugnants, abattus, telles des épaves. Tandis que l’un boit pour se calmer, l’autre se plonge dans la Bible pour chercher un semblant de salut, accentuant ainsi la dimension mystique de la guerre qu’Ayer souhaite prouver. Entre les chants élégiaques du début, les mélodies de requiem du final, et la durée relativement courte dépeinte à l’écran (le film se déroule sur une seule journée de l’aube à l’aube) le film se transforme comme un rite initiatique, une procession de foi, une métaphore dans laquelle s’engage Logan Lerman, le bleu de la bande, et par extension, le spectateur, qui en sortant de celui-ci, se transforme, laissant l’inhumanité et la cruauté de la guerre, le frapper telle une balle perdue, et le transformer de l’intérieur comme de l’extérieur, rendant au film un parfum immersif et philosophique, que l’on aurait jamais attendu dans une œuvre de David Ayer.

Fury : Bande-annonce

Fiche Technique: Fury

États-Unis – 2014
Réalisation: David Ayer
Scénario: David Ayer
Interprétation: Brad Pitt (Don « Wardaddy » Collier), Shia LaBeouf (Boyd « Bible » Swan), Logan Lerman (Norman Ellison), Michael Peña (Trini « Gordo » Garcia), Jon Bernthal (Grady « Coon-Ass » Travis), Jason Isaacs (Cpt. Waggoner), Jim Parrack (Sgt Pete Binkowski), Brad William Henke (Sgt Davis), Xavier Samuel (Lt Parker), Scott Eastwood (Sgt Miles)…
Distributeur: Sony Pictures Releasing France
Date de sortie: 22 octobre 2014
Durée: 2h14
Genre:
Image: Roman Vasyanov
Décor: Andrew Menzies
Costume: Owen Thornton
Son: Paul N.J. Ottosson
Montage: Dody Dorn, Jay Cassidy
Musique: Steven Price
Producteur: Bill Block, David Ayer, Ethan Smith, John Lesher
Production: QED International, Le Grisbi Productions, Crave Films

Alleluia, un film de Fabrice du Welz : Critique

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Critique Alleluia : 

Synopsis: Manipulée par un mari jaloux, Gloria s’est sauvée avec sa fille et a refait sa vie loin des hommes et du monde. Poussée par une amie, Gloria accepte de rencontrer Michel via un site de rencontre. Michel, petit escroc bas de gamme, est troublé par Gloria, et Gloria tombe éperdument amoureuse. Par peur, Michel se sauve, mais Gloria va le retrouver et lui faire promettre de ne plus jamais la quitter. Prête à tout pour sauvegarder cet amour, elle se fera passer pour la sœur de Michel afin que celui-ci puisse continuer à séduire des femmes pour de l’argent. Mais la jalousie gangrène peu à peu Gloria.

Depuis Vinyan en 2008, Octopus d’Or au Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) la même année, Fabrice du Welz avait déserté les plateaux de tournage. Il faut dire qu’à sa sortie, le film fût un échec critique et public considérable. Six ans d’absence qui ont servi de remise en question pour le belge qui décida de se lancer dans une production ambitieuse lorsqu’il fût contacté l’an passé par Thomas Langmann, le fameux producteur français à qui l’on doit la réussite outre-Atlantique de The Artist. Ce dernier lui proposant un polar de commande, Colt 45 devait s’avérer être l’un des blockbusters français de l’année. En pleine pré-production, Du Welz ira jusqu’à dire que son polar se rapprochait d’un The Raid et à rien d’autres vu apparemment en France. Malheureusement, l’euphorie des débuts laissera place à un tournage chaotique, une production épouvantable et un Fabrice du Welz furieux et reniant totalement son film. Colt 45 est sorti au milieu de l’été et fût le désastre annoncé, n’attirant que quelques dizaines de milliers de spectateurs en salles pour un budget de près de douze millions d’euros. Un four financier. Au sortir de cette mésaventure, le réalisateur belge se dirigera vers une production plus modeste mais également plus personnelle. Avec Alleluia, il continue ce qu’il a entrepris en 2004 avec Calvaire, le thème de l’amour fou. Et d’après ce qu’il a annoncé, le film est le second opus de la Trilogie ardennaise, dont le dernier volet sera tourné d’ici deux ans, toujours avec Laurent Lucas.

Folie à deux

Alleluia s’inspire d’un fait divers macabre survenu au États-Unis, celui des Tueurs de la Lune de Miel. L’histoire d’un couple d’américains passionnément amoureux qui ont assassiné et dépouillé de vieilles veuves entre 1947 et 1949, avant d’être arrêté et condamné à la chaise électrique. Jusqu’au procès, ils évoqueront leur amour passionnel qui les a conduits à la folie. Fabrice du Welz s’approprie donc cette trame, mais s’éloigne du mythe et nous livre une histoire toute aussi passionnelle, installée cette fois-ci dans des terres ardennaises hostiles. L’ouverture du film se fait sur un plan fixe, celui d’un corps froid sur une table d’opération. Une femme arrive et commence à nettoyer ce corps avec une éponge, de manière très clinique. Le plan suivant élargit un peu plus le cadre et dévoile l’aspect mortuaire du lieu. Au sein de ce lieu si symbolique de la morgue, Gloria, cette femme avec son teint cuivré, contraste avec les couleurs froides de l’environnement mais fait preuve d’un grand calme et s’adapte au climat de la pièce. Ce sont les premiers plans d’un film qui verra cette femme être amenée à commettre les crimes les plus macabres. Ces premières images du film évoquent déjà l’expérience précieuse de cette femme amené à côtoyer régulièrement la mort. Au-delà de ces plans qui posent directement les bases d’un film qui va assurément retourner le spectateur, c’est la qualité d’image qui surprend. Fabrice du Welz fait le choix de la pellicule, tournant en 16mm avec un grain sale et poisseux. Choix pertinent tant il insiste sur l’aspect sauvage et primaire d’une histoire d’amour excessive dont la folie emmènera les deux protagonistes aux frontières de leurs limites. C’est ce que les psychologues appellent « folie à deux ». La rencontre entre Michel (Laurent Lucas impeccable) et Gloria (Lola Dueñas démente) est un des moments savoureux du film tant il fait preuve d’humour malgré lui. Dans un restaurant au cadre séduisant, Michel élabore une analyse de personnalité selon les chaussures des clients qui entoure leur table. Terriblement Cynique.

Car si Alleluia est un récit macabre, Fabrice du Welz y incorpore une dose d’humour noir efficace. Un équilibre parfaitement dosé entre l’humour et le drame, mettant à distance le spectateur de cette folie meurtrière. Cette folie portée par deux acteurs parfaits, à commencer par le revenant Laurent Lucas (présent dans Calvaire, le premier long métrage de Du Welz) qui incarne ce « gigolo » escroc mais charmant et d’une Lola Dueñas hystérique à souhait. Alleluia fait preuve d’une écriture psychologique fine des personnages, à tel point que le récit macabre des tueurs de la lune de Miel n’en devient que plus plausible. Après la première rencontre, le récit interroge sur cette alchimie qui opère entre Michel et Gloria. Déçue en amour, Gloria voit en Michel une preuve que l’amour -le vrai- existe encore après un mariage gâché. A l’inverse, Michel voit en Gloria une sorte de figure maternelle qu’il n’a jamais vraiment eu pendant son enfance. Tombant fous amoureux, Michel ne peut cependant s’empêcher de continuer son petit commerce d’arnaques de veuves malgré la passion qu’il éprouve pour Gloria, et réciproquement. Ils travailleront alors à deux. Mais jalouse compulsive, Gloria ne supporte pas de voir son amant être dans le lit d’une autre. C’est cette jalousie incontrôlable qui emmènera cette femme au-delà de ses limites. Elle pratique l’etouffement, l’égorgement et portera des coups d’une violence rare avec cette même conviction implacable, celle de ne pas partager son amant. Mais au fond, ces femmes assassinées ne sont que le reflet de Gloria, ces femmes qui ne demandaient rien si ce n’est un peu d’amour. Tous les protagonistes du film ne sont au fond que des personnages en souffrance, certains se trouvant même une force meurtrière insoupçonnée. C’est en agissant à deux que les amoureux se muent en une sorte de bête meurtrière passionnée, comme aime à le rappeler le réalisateur.

Pour représenter au mieux la complexité de cette histoire d’amour, la caméra de Fabrice du Welz est tout ce qu’il y a de plus charnelle puisqu’elle se trouve au plus près des corps dans ce film. Le cadre est très cloisonné, à la limite de l’étouffement et illustre alors les sensations ressenties par les personnages. Avec ce cadre qui laisse les corps s’offrir à la caméra, on peut ressentir à quel point l’histoire des Tueurs de la Lune de Miel apparaît comme un récit éminemment charnel pour Fabrice du Welz qui insiste sur le côté passionné et physique de ce fait divers. Alleluia transpire l’érotisme, le sexe à chaque plan avec ces moments de fougues où les respirations se croisent bruyamment donnant lieu à des moments de sensualité intense. Pour filmer ces acteurs, Fabrice du Welz a une technique bien précise qui consiste à ne pas faire adapter ses acteurs à la caméra mais plutôt à les laisser s’exprimer comme bon leur semble. Si l’esthétique en prend un coup, l’authenticité n’en est que plus forte et les acteurs apparaissent terriblement juste : Du couple d’assassins machiavéliques à toutes ces veuves, notamment la dernière interprétée par Hélena Noguerra, la femme de Fabrice du Welz, qui trouve le ton juste et remporte toute notre empathie. Quelques élans de surréalisme font même leurs apparitions comme cette danse tout droit venue de la magie noire. Une danse pratiquée autour d’un feu, qui consume l’amour de ces deux personnages fous et amoureux. Fabrice du Welz a toujours revendiqué son amour pour Tobe Hooper et pour le célèbre Massacre à la Tronçonneuse (qui est ressorti le 29 octobre au cinéma en version restaurée), et cela se ressent tant l’aspect sale de la pellicule reprend le visuel du film de Hooper. Du Welz fait même le choix de privilégier les longs silences contemplatifs et les bruitages plutôt qu’une musique illustrative qui pouvait s’avérait lourde. Tous ces choix radicaux participent à rendre l’expérience Alleluia d’autant plus singulière qu’elle nous fera passer par différents stades d’émotions, du rire à l’effroi en passant par l’empathie pure.

Entre le film d’épouvante, la comédie musicale, le drame et l’humour grinçant, Alleluia est à la croisée de différents registres qui fonctionnent étonnamment bien. Un juste équilibre des tons qui permettent de prendre de la distance sur ce fait divers tout en captivant littéralement la réflexion du spectateur. Comme tout film de genre en France, le succès sera certainement très mince pour ce nouveau film de Fabrice du Welz mais il faut reconnaître qu’il contient tout de la marque des plus grands. Pas étonnant alors que le Jury du FEFFS de cette année, présidé par Tobe Hooper en personne, ait rendue grâce à ce film en le récompensant du Prix du Jury. Un critique en ligne dira même que Alleluia est « une sorte d’épisode de Faites Entrer l’Accusé réalisé par Tobe Hooper ». Difficile de mieux qualifier le film par le biais de cette phrase. Surprenant retour au genre, réadaptation radical d’un fait divers et mise en scène des plus audacieuses, Alleluia est tout simplement un sacré film.

SUPPLÉMENTS DE L’EDITION DVD : ★★★☆☆

A l’occasion de la sortie DVD du film, la rédaction s’est penché sur les bonus compris dans le DVD :
Les suppléments du film (doté d’un transfert 16/9 et de mixages Dolby Digital 2.0 et DTS 5.1.) inclut une galerie photo comprenant également des affiches, six scènes coupées et une série d’entretiens avec les acteurs. Peu de bonus très concrets donc et un making-off qui manque clairement. Les scènes coupées ne servent qu’à compléter faiblement des bonus bien maigres. On comprend d’ailleurs rapidement pourquoi elles ont été retirées (scènes inutilement allongées ou tout simplement dispensables). Même si deux scènes valent le coup d’être vues pour appuyer un peu plus la relation sensuelle à la limite du fantastique entre Michel et Gloria. Quelques scènes en coulisses nous permettent aussi d’entrevoir la production du film. Toujours intéressantes mais d’une durée trop courte. On sent qu’il n’y a pas eu de véritable équipe dédiée au making-off durant le tournage.

Les habituels entretiens avec les comédiens du film sont évidemment présents. Si celui de Lola Dueñas n’est pas des plus pertinents, ceux avec Helena Noguerra et Laurent Lucas s’avèrent néanmoins plus enrichissants. Mais Laurent Lucas n’est même pas présent en images et seule son interview audio a été retranscrite, illustrée par des photos du film et des coulisses. Additionné à cela un entretien réalisé par Cinergie.be (un site de cinéma belge) qui vient compléter les bonus du film. On y voit une interview avec Fabrice du Weltz et Laurent Lucas évoquant le scénario et le tournage du film. Ce bonus est d’ailleurs disponible sur Youtube depuis janvier 2014. L’interview réalisée par le Festival Fantastique du Film Fantastique de Strasbourg s’avère dans ce sens plus intéressante et plus complète sur les intentions du réalisateur. On y entrevoit enfin un panorama plus complet du film et de l’état d’esprit de son géniteur. Les suppléments s’avèrent donc relativement dispensables mais révèlent parfois quelques éléments intéressants dans le processus de création du film. On regrettera donc l’absence d’un véritable making-off. Mais ce serai dommage de bouder son plaisir pour un film aussi plastiquement et narrativement réussi.

A savoir que pour les amateurs de HD, Alleluia n’est proposé qu’en DVD. Une décision compréhensible d’un point de vue commercial mais malgré tout regrettable. En effet, le Blu-ray supporte mieux la granulation de ce type de bande tournée sur pellicule grâce à un taux de compression, une plage colorimétrique et une résolution accrus. Il faudra donc se contenter de cette édition DVD.

Fiche Technique: Alleluia

Titre original: Alleluia
France-Belgique
Date de sortie : 26 novembre 2014 (DVD : 06 mai 2015)
Réalisation: Fabrice du Welz
Scénario: Fabrice Du Welz, Vincent Tavier & Romain Protat (dialoguiste)
Interprétation : Laurent Lucas (Michel), Lola Dueñas (Gloria), Stéphane Bissot (Madeleine), Edith Le Merdy (Marguerite), Anne-Marie Loop (Gabriella), Héléna Noguerra (Solange)
Genre: Thriller, drame
Durée: 90min
Image: Manuel Dacosse
Décor: Emmanuel Demeulemeester
Costume: Christophe Pidré & Florence Scholtes
Montage: Anne-Laure Guégan
Son : Vincent Cahay
Producteurs: Clément Miserez, Vincent Tavier, Matthieu Warter, Bart Van Langendonck, Fabrice Du Welz, Jacques-Henri Bronckart, Olivier Bronckart, Ludovic Delbecq
Production: Radar, Panique, Savage Film, One Eyed, Versus Production, Canal +, BeTV, Ciné +, Cofinova 8, Vlaams Audiovisueel Fonds, Centre du Cinéma et de L’audiovisuel De La Fédération Wallonie
Distributeur: Carlotta Films
Budget : 2 896 000 €
Festival: Prix du Jury Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2014, Sélection Quinzaine des Réalisateurs de Cannes 2014, Meilleur Film-Réalisateur-Acteur-Actrice au Fantastic Fest Festival de Austin 2014

#Vu dans le cadre du FEFFS 2014 avec la présence de son réalisateur, Fabrice du Welz. Ce dernier avait d’ailleurs répondu à quelques questions. Vous pouvez d’ailleurs retrouver [ici] l’article en intégralité.

Bande de filles, un film de Céline Sciamma : Critique

Critique Bande de filles

Synopsis : Marieme vit ses 16 ans comme une succession d’interdits. La censure du quartier, la loi des garçons, l’impasse de l’école. Sa rencontre avec trois filles affranchies change tout. Elles dansent, elles se battent, elles parlent fort, elles rient de tout. Marieme devient Vic et entre dans la bande, pour vivre sa jeunesse.…

Dahlias Noirs

L’ouverture de Bande de filles, un match de football américain, joliment agrémenté de cheveux quasiment au vent, un match de filles donc, est assez magistralement filmée, comme un ballet, sans un son. C’est pratiquement le même début que pour La naissance des pieuvres, premier film de la même Céline Sciamma qui œuvre ici : un groupe de jeunes filles pratiquant la natation synchronisée. Mais la comparaison s’arrête là, même si les deux films parlent de la même chose, du corps, de la naissance du désir chez les adolescentes, de la quête identitaire, sexuelle ou pas.

Cette séquence introduit la beauté du film : la force est là, mélangée à la féminité, le mouvement des corps, leur fusion aussi, en quelque sorte.

Les sportives sont des filles, des noires pour la plupart, et on les suit à la fin de match, un groupe compact, piaillant joyeusement, un bloc presque impénétrable qui se désagrège en petits fragments silencieux, au fur et à mesure qu’il s’approche de la cité, et que les fragments s’éparpillent chacun dans sa tour. Ce retour dans la nuit se clôt sur Marieme qui se dirige seule et sans la protection du groupe, vers son domicile.

Le film de Céline Sciamma porte sur elle, Marieme, sujet protéiforme par nécessité. Le match est derrière elle, la voici industrieuse, maman de secours pour ses jeunes sœurs, quand à l’orée de la nuit la vraie maman doit rejoindre l’armée des ombres pour nettoyer les bureaux des mieux nantis. La voici rêveuse, amoureuse, avec des étoiles dans les yeux quand ses pas croisent en cachette ceux d’Ismaël. En cachette, pour ne pas subir la loi du grand frère auto-érigé en gardien de la morale. Et la voici, déçue, puis en colère, destinée à un CAP qu’elle ne veut pas faire, plutôt qu’une Seconde générale qu’on lui refuse, une opportunité de vie meilleure qu’elle n’aura pas.

Du coup, Marieme rejoint une bande de filles, de belles filles des cités, conquérantes et fortes en gueule, issues d’une minorité ethnique qu’on n’a pas l’habitude de voir ni sous cet angle, ni globalement sous aucun autre angle. Cette bande de filles, menée par « Lady », magnifique reine de la jungle urbaine, entraîne Marieme  vers un côté d’elle-même qu’elle ne connaît pas : adieu les nattes de jeune fille sage, bonjour les extensions flamboyantes, les habits  affriolants, une nouvelle Marieme éclot, énergique, conquérante, à la limite de la violence. On sent que Céline Sciamma les admire, ces filles, le langage, la beauté de leurs corps, sublimés dans cette séquence où elles louent une chambre d’hôtel pour faire la fête à leur mesure, avec au menu une pizza, des vêtements volés, et une magnifique chorégraphie sur l’air de Diamonds de Rihanna. Filmé dans des tons bleus électriques, Lady, Marieme rebaptisée Vic comme Victoire pour l’occasion,  et leurs copines irradient d’un bien être que cet éclairage rend surnaturel et illusoire.

Le film est composé de trois parties séparées par de longs plans noirs, et cette première partie avec la bande de filles est la plus intéressante et la plus réussie de toutes, dans sa capacité à montrer à quel point leur univers est circonscrit dans des codes qu’il s’agit de ne pas transgresser, mais surtout dans un système qui ne leur fait aucune confiance, que ce soit l’Education Nationale, la vendeuse de chez H&M, ou encore le grand frère qui ne les respecte que quand elles ont prouvé « ne pas être qu’une meuf ». Le film est en mouvement continu, comme les personnages, avec des beaux travellings négociés dans un décor urbain pas forcément porteur.

Mais la lucidité de Marieme lui fait prendre conscience que ce « bonheur » n’est qu’un leurre, une voie sans issue qu’il convient de laisser très vite avant de se prendre le mur. Elle est de tous les plans, mais triste désormais, comme un drogué qui retrouve la terre ferme après l’euphorie du groupe de filles qui l’a portée brièvement vers un possible ailleurs.

Puis, au fur et à mesure que Marieme se cherche, et que la bande de filles disparaît du paysage, le film perd un peu de son energie. De très belles scènes subsistent, comme par exemple celle où Marieme prend l’initiative de la première fois dans l’unique et brève scène d’amour du film, en ayant pour ainsi dire le dessus sur un Ismaël confiant et « consentant ». Pour le reste, le film s’étire en langueur, en longueur. L’actrice semble se disloquer autant que le personnage essaie de se rassembler, elle semble perdue et imprécise, paraît manquer de la conviction nécessaire pour montrer à quel point elle n’est pas bien dans sa vie. La solitude de Marieme gagne le spectateur, son malaise aussi.

Le film de Céline Sciamma est très bien servi par ce quatuor de jeunes banlieusardes qui mettent la caméra à profit pour exister, pour briller aux yeux de la France, en tant que femmes en devenir bien sûr, mais en tant que noires aussi, en tant qu’une part d’une minorité habituellement invisible.

Toutes proportions gardées, Bande de filles fait penser au Wassup Rockers de Larry Clark. Marieme et ses semblables ne sont pas tellement différentes de leurs collègues adolescents latinos à l’avenir bouché, qui puisent les mauvaises décisions dans l’ennui et l’absence de perspectives, et la force dans le groupe. Un film qui donne à réfléchir, à défaut d’émouvoir vraiment.

Fiche Technique : Bande de filles

Réalisateur : Céline Sciamma
Genre : Drame
Année : 2014
Date de sortie : 22 Octobre 2014
Durée : 112 min.
Casting : Karidja Touré (Marieme, alias Vic), Assa Sylla (Lady), Lindsay Karamoh (Adiatou), Mariétou Touré (Fily), Idrissa Diabaté (Ismaël)
Scénario : Céline Sciamma
Musique : Jean-Baptiste de Laubier (Para One)
Chef Op : Crystel Fournier
Nationalité : France
Producteur : Bénédicte Couvreur, Olivier Père, Rémi Burah
Maisons de production : Holdup films, Lilies films, Arte France Cinéma
Distribution (France) : Pyramide Distribution