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Vie Sauvage, un film de Cédric Kahn : critique

Ce n’est pas elle qui a raconté son histoire dans un livre* et pourtant c’est sur son visage que le film démarre. Elle regarde, elle a l’air tendue. Ce visage-là, passionné et à vif, embaume le film et le clôt. Vie sauvage ne raconte pas, malgré ses premières images, le combat d’une mère mais la vie de deux enfants, soustraits par leur père.

Déçu que la justice donne les enfants à leur mère par principe, il ne se lance dans aucun combat judiciaire, il s’en va vivre comme il l’entend : loin de la satanique « société de consommation ». Cédric Kahn, le réalisateur, décide de filmer ce parcours avec une précision baignée d’une magnifique lumière et surtout de donner un espace à chacun des membres de cette famille « inspirée de faits réels ». Le film n’est ni noir, ni rose, il est gris, à tout instant, pas dans ses couleurs mais, dans les nuances qu’il donne aux êtres qu’il filme.

Le père de mes enfants

Le film commence brutalement, par une course folle, celle d’une mère qui fuit avec ses trois garçons, sans qu’on ne comprenne rien, et eux non plus. Les enfants refusent cette fuite brutale et semblent tiraillés entre leur père et leur mère. Car c’est d’abord sa fuite à elle, d’une vie qu’elle a pourtant longtemps aimée, que l’on voit, à travers ses yeux. Le père, on ne l’a qu’aperçu que partant, sans savoir qu’il quittait à jamais une femme épousée au pied d’un arbre centenaire, comme un indien. La mère veut rentrer dans les clous, emmener ses enfants à l’école. Elle choisit donc, en toute logique, le combat judiciaire pour obtenir la garde de ses enfants. Ses larmes coulent, mais si elle la porte en elle, elle ne distille aucune haine du père à ses enfants. Lui, débarque enfin tout en cri et en rébellion. Il n’a pas la patience d’attendre que la justice lui donne un droit tel ces « pères en colère » qui grimpent sur des grues pour crier qu’ils sont avant tout des pères, même divorcés ou séparés et que sans enfants, ça n’a pas de sens. Lasse d’attendre donc, il soustrait ses deux enfants à leur mère et à la société. Cette mère-là est inoubliable, pourtant, et c’est une belle idée, Cédric Kahn la laisse de côté, elle et son combat qu’on n’aperçoit que par quelques coupures de journaux, pour se focaliser sur le père.

« Nos enfants ne nous appartiennent pas, ils n’appartiennent à personne » 

Xavier Fortin, le vrai, s’est confié dans un livre écrit avec ses deux fils (Hors système), qui inspire la source même du film de Cédric Kahn. Mais le cinéaste, habitué au hors norme, et aux films âpres et réalistes, pose des questions qui dépassent celles du simple fait divers. Déjà avec Roberto Succo ( il y a 13 ans), il avait atteint autre chose. Ici, l’affaire ne lui sert pas à juger mais à observer. Si le film commence comme un drame, il se poursuit comme une aventure, pleine de suspens. C’est filmé avec précision et minutie, au cœur de la vie sauvage d’un père et de ses deux fils. Ce père, que la mère compare à un gourou, rejette le système, la société, les « beaufs » qui portent les cheveux courts et dorment au chaud, mangent à leur faim, vont à l’école, consomment. La loi ne l’intéresse pas quand elle est contre lui, beaucoup plus quand elle est avec lui, puisqu’il fait lui-même l’école à la maison à ses fils, en leur apprenant à écrire, à compter, à penser … comme lui. Éduquer c’est toujours imposer un style de vie mais c’est surtout le combat de toute une vie. Si ces deux-là s’attachent à leur père, enfants, ils découvrent plus grands, qu’ils n’ont pas consciemment fait de choix, que toutes les ruptures étaient déchirantes. Ils savent qu’ils ont subi une enfance, certes belle et au cœur de la nature, mais aussi une vie de mensonge et de cavale. Kahn s’évertue à remettre ces deux enfants au centre de son récit, de sa caméra, à nous faire comprendre à quel point ils ont été au cœur d’une déchirure puissante. Pas de sentimentalisme ici, mais une sauvagerie toute autre qui fait périr le sens même de la famille. D’une phrase, le père ballait l’identité de ses enfants, qui doivent changer de prénom, et Nora, son ex-femme, « et votre mère ? », « on dit qu’elle est morte ». Voilà, alors qu’il ne cesse de répéter que ses enfants sont des êtres à part entière, qu’ils n’appartiennent à personne, il les force tout de même à une « vie sauvage » et à son éducation à lui, frugale, intense mais aussi parfois désespérément triste, tant elle est aussi un combat pour une pensée unique. Quand les fils grandissent et qu’ils décident eux-mêmes pour eux-mêmes, le père y voit une agression. Ainsi, se couper les cheveux, lire un manga… deviennent autant de signes d’un rejet de son monde à lui. C’est comme ça qu’il les voit. La ville, les autres, le changement, la fin de l’isolement deviennent pourtant une tentation pour ces gamins devenus ados, qui ne savent plus vraiment ce qu’ils ont choisi, ce qui leur a été imposé de force. L’un est plus tenace que l’autre, violemment opposé au père et pourtant complètement attaché à lui. Ses réactions sont totales, entières, passionnées. Il veut faire son chemin seul, tout en cherchant tout autant à tuer qu’à protéger son père. Ses réactions sont changeantes, balbutiantes à l’image de son âge et de ses premiers battements de cœur amoureux.

50 nuances de gris

Le film de Cédric Kahn a deux forces : laisser à chaque protagoniste l’espace pour s’exprimer en refusant d’en juger ne serait-ce qu’un seul, et redonner toute leur place aux deux frères, au centre de ce combat père-mère. Que ce soit la vie sauvage ou un triste pavillon de banlieue, on sait que chacun a sa nuance de gris, que chacun regorge autant d’amour que d’un combat stérile. Sa caméra est précise, elle caresse les êtres, mais elle les casse aussi parce qu’après le soleil, la pluie vient toujours. De la terre nourricière, aux parents qui élèvent, plusieurs questions sont soulevées sur l’éducation et la norme, des questions qui ne trouvent pas de réponses mais sont d’intenses débats. Comme un colosse, comme un chef de clan, comme un père jusqu’au-boutiste, Mathieu Kassovitz est dans un contre-emploi assez fascinant même si l’acteur lui-même ne l’ait pas vraiment dans la vie. Aigri dans les interviews, il livre ici une intensité assez belle que Cédric Kahn, très bon directeur d’acteur, recueille avec brio. Le combat n’est pas encore fini quand la police, après ses filets ratés, vient récupérer les enfants d’une société qu’ils ont été contraints – sans violence – de fuir pendant 10 ans. Leur mère est là, ils ne pensent qu’à protéger, à « sauver » leur père. « Un homme qui a simplement élevé ses enfants, vous ne voulez pas le tuer pendant que vous y êtes ?», répond le plus grand et le plus déboussolé quand les policiers lui apprennent que son père peut faire jusqu’à 5 ans fermes. Voilà que l’on rejoint la mère, devenue plus sage dans  son allure, mais qui demeure une pasionaria (beau choix que Céline Sallette, l’actrice imprime tout le film de sa présence-absence qui ne dure qu’une heure pour nous mais a en réalité duré dix ans pour eux). Cette mère, otage et forcée à aller contre le désir de nature de ses fils, tente de pardonner, et pense avoir vécu des miracles. La scène est intense, elle est à l’image de la fin d’une aventure, du retour à un drame familial, nœud de tout le film. Le seul vrai miracle ici, c’est de montrer qu’éduquer, choisir mais surtout s’aimer « c’est sans fin en fait », comme le dit si bien Cédric Kahn**.

*Le livre, réédité par l’occasion, s’intitule Hors système, 11 ans sous l’étoile de la liberté, a été écrit par Xavier Fortin et ses deux fils

** Dans un entretien sur France Info

A propos du fait divers: trois points de vus, les médias, les deux frères et Cédric Kahn

En mars 2009, Xavier Fortin  est condamné à deux ans de prison, dont vingt-deux mois avec sursis. Onze and plus tôt, il avait récupéré ses deux fils, 6 et 7 ans, chez leur mère. Il ne les ramènera jamais. Vie Sauvage retrace les 11 années de cavale de Xavier, Shahi Yena et Okwari à l’écart de la vie moderne et sociale.  Les médias se sont rapidement emparés de l’affaire, notamment via le combat de la mère, Catherine Martin.

Les deux frères, Shahi Yena et Okwari, ont vu le film et ont déclaré à son propos, sur France Info, « ce film reste fidèle à notre histoire. 60% de réel, 40% de fiction ».

Quant à Cédric Kahn, il a expliqué son choix, pour la deuxième fois, d’adapter un fait divers, sur France Info: « Finalement, quand on rentre dans un fait divers, on s’approprie l’histoire de quelqu’un d’autreCe qui est assez beau, c’est qu’on devient soi-même un enquêteur. » Et sur le film en particulier :  » Moi, plus je suis rentré dans cette histoire, plus je me suis dit « c’est ça » et puis « non c’est plutôt ça ». Qu’est-ce que c’est que d’être père, d’être mère, d’être parents, en général? ». Pour réaliser ce film, Cédric Kahn a dû jouer sur la carte de la réconciliation en réunissant la validation de Xavier Fortin, de ses deux fils mais aussi de Catherine Martin, la mère, qui n’a plus beaucoup de contacts avec ses enfants à ce jour.

Bon à savoir : Vie Sauvage n’est pas le premier long métrage sur l’affaire Fortin, un autre film est sorti en avril 2014 sur les écrans français. Il s’agit de La Belle vie de Jean Denizot. 

Synopsis : Philippe Fournier, dit Paco, décide de ne pas ramener ses fils de 6 et 7 ans à leur mère qui en avait obtenu la garde. Enfants puis adolescents, Okyesa et Tsali Fournier vont rester cachés sous différentes identités. Greniers, mas, caravanes, communautés sont autant de refuges qui leur permettront de vivre avec leur père, en communion avec la nature et les animaux. Traqués par la police et recherchés sans relâche par leur mère, ils découvrent le danger, la peur et le manque, mais aussi la solidarité des amis rencontrés sur leur chemin. C’est une vie hors système, où ils se sentent nomades et libres. Une cavale de onze ans à travers la France qui va forger leur identité.

Vie Sauvage : Bande-annonce

Vie Sauvage : Fiche Technique 

Réalisation: Cédric Kahn
Scénario : Cédric Kahn, Nathalie Najem
Interprétation: Mathieu Kassovitz (Paco/Philippe Fournir), Céline Sallette (Nora/Caroline), David Gastou (Tsali, 9 ans), Sofiane Neveu (Okyesa, 8 ans ), Jenna Thiam (Céline)
Photographie : Yves Cape
Montage : Simon Jacquet
Durée: 1h45
Genre: Drame
Date de sortie: 29 octobre 2014

France – 2014

 

The Walking Dead Saison 1-4 : Critique

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Critique The Walking Dead – Saison 1-4

Synopsis: Lorsqu’il sort du coma, l’inspecteur Rick découvre un monde dévasté, les rues envahies de créatures cauchemardesques assoiffées de chair humaine. Il parvient à retrouver sa femme et son fils réfugiés au sein d’un groupe, et s’ensuit un long périple vers la survie, entre repos éphémères, deuils douloureux, lutte contre les morts-vivants, et conflits contre d’autres survivants humains. Une histoire qui changera chacun en profondeur, où tous se découvriront une force mais aussi une violence insoupçonnée.

Survivre à quel prix ?

Une version différente

The Walking Dead, c’est avant tout une série de comics devenue une référence. Si elle place ses héros face à des hordes de zombies, les affrontements contre les morts vivants ne constituent pas pour autant le point central. Non les comics se concentrent sur la psychologie des survivants, de ce qu’ils endurent, de leurs décisions, leurs troubles, et c’est ça qui rend l’histoire si passionnante.
Produit par Frank Darabont (La ligne verte, The Mist ), avant son éviction non clairement expliquée, la série du même nom a choisi d’être une adaptation libre. Si elle suit l’histoire dans les grandes lignes, elle n’hésite pas à s’en éloigner, pour en revenir plus tard par des chemins détournés. Elle n’hésite pas non plus à modifier le destin des personnages, en tuant certains ou en sacrifiant d’autres, voir même en en rajoutant. Ainsi Daryl, le chasseur à l’arbalète autrefois peu recommandable, devenu l’un des piliers du groupe, est une création exclusive de la série et n’existe pas dans la bande dessinée. En clair un ajout clairement judicieux ! Ce partit pris s’avère donc une bonne idée, puisqu’il évite de souffrir de la comparaison avec la version papier, en créant une espèce de version parallèle de l’histoire. Ainsi, les lecteurs peuvent être surpris et ne pas savoir ce qui les attend, tout en retrouvant l’esprit de la BD.

Des hauts et des bas…

Dès le pilote, on découvre une ambiance et un rythme lent rarement vues dans une série. The walking dead se démarque des films du genre en rappelant que les zombies étaient autrefois des humains, ce qui rend la situation encore plus dramatique, les survivants étant obligés de tuer ceux qui étaient auparavant leurs proches. Mais malgré sa qualité artistique, six épisodes s’avèrent trop courts pour bien développer la psychologie des personnages, et les thématiques de la survie et de l’apocalypse. Des travers que répare la saison deux qui accuse cependant une baisse de rythme en son milieu.

Mais si certains épisodes de cette saison peuvent paraître assez ennuyeux, ils n’en sont pas pour autant inintéressants : les personnages sont confrontés à divers dilemmes éthiques, l’un d’eux franchissant même dangereusement la ligne rouge, convaincu que la fin justifie les moyens. Plus que jamais, les survivants se demandent pourquoi survivre dans un monde si horrible, s’il y a un intérêt à conserver une part d’humanité ou au contraire tout faire pour rester en vie. Des questionnements qui ne cesseront jamais de les quitter. Tous ces éléments aboutissent à une fin de saison intense, qui compense largement les longueurs d’avant. Les zombies ne sont plus la seule menace. Le danger peut venir d’autres survivants ou même des propres membres du groupe.

…mais l’aspect humain est au centre de l’histoire

Le début de la saison 3 continue sur la lancée et offre les meilleurs épisodes de la série, tant au niveau de la psychologie des personnages que de l’action. Chaque personne du groupe s’est endurcie. Forcé par les événements, Rick a du devenir un leader impitoyable. Même s’il n’est pas pour autant devenu un tueur comme son ancien partenaire, il prend parfois des décisions qui peuvent choquer, comme refuser de sauver un inconnu qui appelle à l’aide. Le jeune Carl part face au danger comme n’importe quel homme, une arme à la main, au point de devenir dangereusement insensible. Carol ne ressemble plus du tout à la femme vulnérable qui vivait dans la peur de son mari, au point elle aussi, de ne plus hésiter à appuyer sur la gâchette si la situation l’exige. Tout le monde sait manier une arme, même le médecin Herschel, lui qui refusait auparavant de tuer des zombies au prétexte qu’ils étaient humains autrefois.

C’est qu’à ce stade, tous les survivants sont devenus plus forts et plus aguerris, ayant du affronter la mort, survivre et commettre des actes difficiles. Chacun est donc dangereux, prêt à tuer s’il le faut. Le groupe de Rick ne fait pas exception- surtout que comme chacun a déjà pu faire l’expérience, chaque rencontre est source de danger, ce qui attise la méfiance de part et d’autre. Les humains représentent dorénavant une bien plus grande menace que les zombies. Ainsi le groupe de Rick va devoir faire face à une autre communauté organisée, regroupée autour du Gouverneur, homme généreux en apparence mais qui dissimule une nature cruelle et malsaine. C’est qu’au-delà des nécessités de la survie, il n’y a plus ni ordre ni lois, l’anarchie règne et chacun est livré à la violence et la folie de ses semblables.
Toutefois, après une première partie excellente, la deuxième s’avère un peu plus faible, avec un face à face avec le Gouverneur qui s’étire en longueur, une conclusion à la « happy end », qui n’est pas forcément celle que l’on espérait, et une fin sans suspens.

La nouvelle communauté basée sur l’ancienne prison semble couler des jours plus tranquilles, mais le danger n’est jamais écarté, en dehors des murs comme à l’intérieur. Si certaines personnes réapprennent à vivre comme Michonne, d’autres comme Rick continuent de se chercher, coincés dans un monde qui n’offre que peu d’espoir. Après une première partie alternant assez efficacement actions et moments intimistes, la deuxième partie voit les survivants éparpillés après une attaque particulièrement dévastatrice. Chacun aura l’occasion de faire face à ses démons et de repenser son rôle. Des scènes touchantes et une réalisation soignée ponctuent ces épisodes, malgré quelques longueurs. L’image en vient à être belle, malgré l’horreur du monde dépeint.

Action et émotion

The walking dead semble donc alterner périodes prenantes et d’autres moins inspirées. Selon que l’on s’intéresse ou non à la psychologie des personnages, certains épisodes pourront sembler assez mous, mais c’est une série qui ne peut s’apprécier pleinement, si l’on ne cherche que du massacre sanglant de zombie. Les personnages sont perturbés, tous leurs repères anéantis, sous le choc de la perte d’êtres chers, d’une peur constante et d’actes qui les révulsent. Lorsqu’ils sont au mieux de leur forme, les créateurs parviennent à alterner efficacement scènes d’action soutenues et moments intimistes et contemplatifs. C’est durant ces moments que les personnages prennent aux tripes, et que chaque événement dramatique qui vient les secouer, devient carrément intense. Certes, il y a quelques longueurs qui auraient parfois pu être évitées, mais ces moments sont un passage obligé sans lesquels la série ne serait pas ce qu’elle est.

Un des point fort de cette série, c’est qu’elle n’hésite pas à sacrifier des personnages de premier plan, parfois plusieurs en un seul épisode ! C’est une des rares séries où, quand un personnage est en danger, on a vraiment peur pour sa vie, ce qui n’était pas forcément le cas pour d’autres séries qui prétendaient agir de même, mais étaient réticentes à se débarrasser de leurs protagonistes (Heroes surtout, voir Lost dans une moindre mesure). A ce titre, l’épisode 3×04 est particulièrement choquant! Même si certains nouveaux personnages ont la fâcheuse habitude de mourir, dés lors qu’ils deviennent intéressants…

Les questionnements qui agite les personnages va au-delà de la simple opposition bon/mauvais. Car les survivants ne cherchent pas simplement à rester en vie, mais aussi à protéger leurs proches, ainsi que les autres membres de leur groupe. Comment choisir la meilleure décision, même en voulant agir moralement, lorsque l’on se retrouve face à d’autres humains qui représentent une menace potentielle pour les siens. Les éliminer sans autre forme de procès ou les laisser en vie, au risque qu’ils s’en prennent à ceux qui sont sous notre protection ? Et c’est là où l’histoire prend tout son intérêt, par ses personnages qui deviennent tour à tour honorables ou condamnables. Une situation qui force le spectateur/lecteur à se demander comment il réagirait à pareil situation.
Leur dernière rencontre avec d’autres humains le prouve une nouvelle fois. Des gens apparemment bons qui se sont avérés être barbares, des survivants qui se sont irrémédiablement vautrés dans des actes cruels pour survivre, alors que cette cruauté n’était pas présente au début.
Enfin, si The walking dead captive autant, c’est parce qu’il joue sur nos propres peurs, notre peur de l’anéantissement de notre civilisation, du réveil de la bête qui sommeille en nos semblables.

Alors oui, il y a quelques maladresses, des choix pas toujours pertinents, des longueurs évitables, mais le soin apporté aux personnages, à leurs tourments, la réalisation soignée, situent la série au-delà d’un simple divertissement tout public, qui ne démérite pas l’étonnant succès d’audience rencontré. La série a su maintenir sa qualité, malgré les showrunners qui se sont succédés, et on espère que cela va continuer longtemps ainsi, les producteurs prévoyant de continuer l’aventure, encore plusieurs années.

Fiche technique: The Walking dead

Création : Frank Darabont, Robert Kirkman
Genre : horreur, série dramatique
Pays d’origine : États-Unis
Réalisation : Gwyneth Horder-Payton, Gregory Nicotero, Ernest Dickerson
Scénario : Charlie Adlard, Frank Darabont, Robert Kirkman, Tony Moore, Gregory Nicotero (certains épisodes de la saison 2 et 3)
Casting : Andrew Lincoln : Rick ; Steven Yeun : Glenn ; Chandler Riggs : Carl ; Melissa McBride: Carol Peletier ; Lauren Cohan : Maggie Greene ; Danai Gurira : Michonne
Effets spéciaux : KNB EFX, Gregory Nicotero, Stargate Studios
Musique : Bear McCreary
Production : Robert Kirkman, Frank Darabont, David Alpert, Charles H. Eglee, Gale Anne Hurd ; Gregory Nicotero (consultant)
Budget : 2,8 millions de dollars par épisodes8 (3,4 millions par épisodes lors de la première saison)8

Le Grimoire d’Arkandias, un film d’Alexandre Castagnetti et Julien Simonet – Critique

Critique, Le Grimoire d’Arkandias : De la magie mièvre et puérile

Synopsis : Dans le village de Ronenval, tout semble normal. Trop normal pour Théo qui ne rêve que d’une chose : échapper à son destin de boloss. Un jour, il déniche à la bibliothèque un livre de magie qui contient les secrets de fabrication d’une bague d’invisibilité. Avec l’aide de ses meilleurs amis Bonnav et Laura, il décide de fabriquer cette bague.

Trop souvent, le cinéma Français se cantonne à deux genres : la comédie et le policier. Avant toute chose, il convient donc de saluer le courage du producteur, Yves Marmion, qui a accepté de s’aventurer en dehors des sentiers balisés et trop souvent empruntés. Si Le Grimoire d’Arkandias est loin d’être exempt de défauts, il constitue malgré tout un changement bienvenu dans le paysage cinématographique, et on ne peut que souhaiter qu’il soit le premier d’une longue série, à tenter afin d’explorer de nouveaux territoires.

Plus jeune ne veut pas dire plus bête

Il faut dire aussi que la fantasy en France est un genre peu développé en littérature adulte. En l’occurrence, Le Grimoire d’Arkandias est adapté du roman pour enfant d’Eric Boisset. Le public visé est donc forcément jeune, voire très jeune, et cela se ressent. L’atmosphère est résolument tout public, les dialogues ne brillent pas par leur complexité et l’intrigue est réduite au strict minimum. En gros, un gamin comme les autres, voire un peu martyrisé, découvre la recette d’un objet magique qui va lui changer la vie. Un synopsis simple, qui aurait pu donner naissance à un scénario un peu plus complexe. Certes, Le Grimoire d’Arkandias s’adresse aux plus jeunes, mais ce n’est pas une raison pour tomber dans le mièvre.

C’est là le principal reproche adressé au film. On a parfois l’impression qu’il prend résolument les enfants pour des êtres dépourvus de toute intelligence et sens critique. Or, c’est justement à cet âge que se développent les références qui guideront et aiguilleront les goûts, qu’ils stimuleront à l’âge adulte. S’adresser aux plus jeunes, ne veut pas dire faire preuve de condescendance, et ce n’est certainement pas grâce à cette aventure qu’ils vont s’habituer au grand cinéma. Au-delà de l’intrigue simpliste, la réalisation est également loin d’être à la hauteur. Chaque mouvement de caméra est laborieux, et on a parfois l’impression que le cadreur est atteint du syndrome de Parkinson. Même Michael Bay parvient à plus de fluidité, c’est dire.

De l’importance du public cible

De plus, l’autre problème du film, c’est qu’il tombe parfois de manière spectaculaire à côté de sa cible. L’humour très potache et puéril, ainsi que les gags visuels très premiers degrés côtoient des dialogues qui semblent plutôt destinés à des pré-adolescents. Et l’âge du héros laisse à penser que ces derniers sont aussi visés par le film et son propos. À vouloir trop contenter les deux publics, Le Grimoire d’Arkandias risque bien de se fourvoyer. Les plus jeunes passeront à côté de certaines références et vannes un peu lourdes, tandis que les plus âgés auront du mal à se projeter dans ces deux héros résolument immatures.

D’autant que la production a fait le choix de confier les rôles principaux à de jeunes premiers, dont la prestation est pour le moins inégale. Si l’alchimie entre les deux jeunes garçons ne fait aucun doute, ils se laissent parfois déborder par l’enthousiasme, et ont bien du mal à avoir l’air sérieux en sortant des répliques pas toujours très heureuses. Surtout qu’ils sont entourés de plusieurs grands noms de la comédie, qui semblent avoir lancé un concours de celui qui cabotinera le plus. Si Clavier offre une prestation tout à fait correcte, le trio Isabelle Nanty-Anémone-Armelle mérite des claques, tant elles en font des tonnes.

Un premier essai pour le moins mitigé, donc, mais qui a le mérite d’exister. Le Grimoire d’Arkandias risque de se retrouver à la peine en cette période de grosses sorties, et de pâtir d’une cible mal définie. Toutefois, les plus jeunes devraient y trouver leur compte, et s’amuser de cette aventure bancale mais sympathique.

Le Grimoire d’Arkandias – Fiche Technique

France – 2014
Comédie, Fantastique
Réalisateurs : Alexandre Castagnetti, Julien Simonet
Scénaristes : Alexandre Castagnetti, Julien Simonet, d’après l’oeuvre d’Eric Boisset
Distribution : Ryan Brodie (Theo), Timothée Coetsier (Bonav), Pauline Brisy (Laura), Christian Clavier (Arkandias), Isabelle Nanty (Bertha Boucher)
Producteur : Yves Marmion
Directeur de la photographie : Yannick Ressigeac
Compositeur : Clément Marchand
Monteur : Thibaut Damade
Production : Cinéfrance 1888, Les Films du 24, UMedia, TF1 Droits Audiovisuels
Distributeur : UGC Distribution

Auteur : Mikael Yung

Magic in the Moonlight, un film de Woody Allen : Critique

Magic in the Moonlight ou le monde des illusions et des faux-semblants.

Synopsis: Le prestidigitateur chinois Wei Ling Soo est le plus célèbre magicien de son époque, mais rares sont ceux à savoir qu’il s’agit en réalité du nom de scène de Stanley Crawford : cet Anglais arrogant et grognon ne supporte pas les soi-disant médiums qui prétendent prédire l’avenir. Se laissant convaincre par son fidèle ami Howard Burkan, Stanley se rend chez les Catledge qui possèdent une somptueuse propriété sur la Côte d’Azur et se fait passer pour un homme d’affaires, du nom de Stanley Taplinger, dans le but de démasquer la jeune et ravissante Sophie Baker, une prétendue médium, qui y séjourne avec sa mère…

Play it again, Sam

Les années passent, et Woody Allen égraine ses films. Il le fait sans forcément séparer le bon grain de l’ivraie. Au bout de 44 films, il est capable de réaliser un film entier quasiment en pilotage automatique, presque sans se fouler. C’est bien dans cette catégorie que se situe ce nouveau film, totalement allénien, agrémenté des punchlines qui font sa signature et semblent être sortis de sa propre bouche, mais hélas peu inspiré, notamment au niveau du scénario.

Soit donc vers la fin des années 20, Stanley Crawford alias Wei Ling Soo, un magicien déguisé en une sorte de Dr Fu Manchu, odieux avec le personnel en coulisses, présomptueux et imbu de sa personne, mais qui s’avère être un Englishman policé et affable dès lors qu’il enlève son masque. Une manière sans doute habile pour Woody Allen d’introduire son sujet : le monde des illusions et des faux-semblants et par extension de l’invisible. Un sujet de prédilection.

Un soir, après une brillante représentation de plus, Stanley est rejoint par Howard, également magicien, opérant dans l’ombre du grand Wei Ling Soo, mais  néanmoins ami ; ce dernier l’invite à venir confondre une jeune medium américaine qui « sévit » sur la Côte et est en passe d’ensorceler le jeune et riche héritier Brice Catledge et sa famille, installés dans le Sud de la France (Woody Allen, ou plutôt sa sœur a écumé la Côte d’Azur pour trouver des spots tous plus splendides les uns que les autres). Stanley a forgé sa réputation sur sa rationalité, son esprit scientifique, et c’est donc incognito qu’avec son ami Howard, il rend visite à cette riche famille britannique, dans l’optique de démasquer la supercherie.

Stanley rencontre Sophie Baker, la jolie et pétillante medium, de près de 30 ans sa cadette, pétri de préjugés sur les prétendues « vibrations mentales » de cette dernière. Très vite pourtant, il est troublé par certaines révélations, et le film va raconter sa transformation par rapport à ses propres repères, (la science, la raison, la tempérance en toutes choses, jusqu’à l’invisible et Dieu), ainsi que l’idylle qui se noue ou pas entre les deux, avec à son apogée une « magie sous un clair de lune », une ouverture de l’Observatoire de Nice vers un ciel romantique en diable.

Le jeu de ces deux acteurs et des personnages secondaires est irréprochable. Colin Firth joue à merveille l’homme qui est revenu de tout, sûr de son bon sens, affichant presque du mépris pour ses semblables qui seraient crédules ou charlatans.  La jeune Emma Stone est une parfaite fausse ingénue, une « illuminée » dont le physique diaphane est en concordance avec cette jeune yankee des années 20, libre et sans le sou, affriolant le bourgeois dans ses adorables tenues Charleston. La tante de Stanley, flegmatique à souhait, une Vanessa incarnée par Eileen Atkins, finit d’apporter une gracieuse touche britannique au film de Woody Allen, tandis que Jacki Weaver, en crédule d’entre les crédules, un sourire niais permanent aux lèvres, apporte la touche de folie.

Et pourtant, le film de Woody Allen peine à nous émouvoir, tant il donne l’impression d’avoir été écrit sur un coin de table. Tout d’abord, l’allusion à la magie et au « monde invisible » est un sujet, qu’en tant que magicien amateur dans sa jeunesse, Woody Allen a déjà exploré dans des films comme Scoop ou encore Le sortilège du Scorpion de Jade. Les thématiques qu’il nous propose, sont celles qui ont émaillé ses films depuis toujours, la question de la mort en tout premier lieu. Sa relation avec Dieu aussi, avec cette scène improbable où Colin Firth s’essaie à la prière, quand sa chère Tante Vanessa se retrouve entre la vie et la mort suite à  un accident de voiture ; il le fait d’une manière si peu convaincue et encore moins convaincante, montrant en un seul plan à quel il ne peut pas s’y résoudre malgré tout, même si la vieillesse avance et que la tentation est grande de se laisser envelopper… La romance est peu crédible et a des allures factices, sans doute à cause de l’écart d’âge entre les deux protagonistes, aucun talent ne pouvant transformer un Colin Firth vieillissant en un perdreau de l’année !

En dehors d’un choix d’acteurs globalement judicieux, le grand talent de Woody Allen est, depuis un certain nombre de films maintenant, de faire confiance au très talentueux Darius Khondji pour la cinématographie. Le film est tourné dans des tons pastels et frais qui correspondent à l’idée qu’on peut se faire du Sud de la France des années 20, la French Riviera des britanniques et autres américains. Il est baigné d’une lumière naturelle superbement restituée, et de cadrages très équilibrés qui trouvent leur apothéose dans une scène de bal (à la villa Eilenroc de Juan-les-Pins) qui ne déparerait pas face au plus épique du Gatsby le magnifique très haut en couleurs de Baz Luhrmann. Darius Khondji en convient lui-même.

Il est maintenant dans les mœurs de parler d’un « bon » Woody Allen, et d’un « moins bon » Woody Allen. Magic in the Moonlight est à ranger parmi les seconds, une sorte de pause après le vrai élan créatif de Blue Jasmine. C’est un film un peu paresseux, mais un film paresseux d’un très grand faiseur, et il reste un plaisir des yeux supérieur à la moyenne de ce qui est donné à voir par les temps qui courent…

Fiche Technique: Magic in the Moonlight

Réalisateur : Woody Allen
Genre : Comédie, Romance
Année : 2014
Date de sortie : 22 Octobre 2014
Durée : 97 min.
Casting : Colin Firth (Stanley), Emma Stone (Sophie Baker), Simon McBurney (Howard Burkan), Catherine McCormack (Olivia), Eileen Atkins (Tante Vanessa), Erica Leerhsen (Caroline), Jeremy Shamos (George),Hamish Linklater (Brice), Marcia Gay Harden (Mme Baker), Ute Lemper (chanteuse cabaret), Jacki Weaver (Grace Catledge)
Scénario : Woody Allen
Chef Op : Darius Khondji
Nationalité : USA
Producteur : Letty Aronson, Stephen Tenenbaum, Edward Walson
Maisons de production : Dippermouth, Gravier Productions, Perdido Productions, Ske-Dat-De-Dat Productions
Distribution (France) : Mars Distribution

Web série Authentik : Entretien avec Anthony Lemaitre

Anthony Lemaitre est le créateur, producteur, réalisateur et acteur de la web série Authentik, il nous livre dans cet entretien les étapes de cette fantastique aventure.

Le « phénomène web série » a éclaté à la fin des années 2000, alors que les plateformes d’hébergement de vidéos en ligne telles que Youtube, Dailymotion ou Vimeo voient le jour, permettant aux amateurs de dévoiler leurs propres productions. Seulement, la web série a mis du temps à émerger comme genre à part entière, du fait de la mauvaise image de la vidéo sur le web. Aujourd’hui, elle intéresse les chaînes et les marques, est devenue un tremplin pour les créateurs et acteurs mais surtout émerge comme un format innovant qui laisse place à une plus grande liberté créative.

Nous avons rencontré Anthony Lemaître, créateur, réalisateur, producteur et acteur de sa propre web série Authentik. Avec déjà 17 épisodes de 2 à 3 minutes, racontant, sous forme de feuilleton, les aventures de Ben, un jeune de quartier naïf et sympathique, Authentik  brille par son réalisme, la justesse de ses dialogues et une réalisation travaillée.

  • Comment Authentik est-elle née ?

Ca fait plus d’un an, à la base je voulais juste faire quelques épisodes pour montrer ce que je savais faire en tant que comédien et réalisateur. Si j’ai continué, c’est suite à l’engagement du public, au succès. C’est l’histoire de Ben, un mec naïf, sympa. Il y a un tout petit peu de moi chez Ben. J’aime bien ce côté crédule, attachant. Mais les situations ne sont pas inspirées de ma vie.

  • Authentik est une web série qui fonctionne sur le modèle du feuilleton. Pourquoi ce choix ?

Oui, c’est une série feuilletonnante, alors qu’à la base je voulais faire des épisodes autonomes, des petites capsules, des trucs qui ne se suivaient pas. En fait, ce qui m’intéresse, c’est pousser une situation bien au bout, bien l’étirer et la faire tenir sur trois-quatre épisodes. La situation de base est très simple, le truc c’est d’en faire une véritable histoire.

J’aimerais élargir de toute façon le format si je continue, faire une vraie série de 13 ou 26 minutes, pas sur un banc mais qu’il y ait un vrai univers autour de Ben, qu’on voit peut-être son chez lui parce que j’ai peur qu’à la longue ça s’essouffle un peu… Le format, le champ/contrechamp, le fait que ça soit sur un banc, à l’extérieur (à la base juste une contrainte budgétaire) ça me bloque pas mal.

  • Toute la série est fondée sur un comique de situation , qui m’a fait pensé aux vidéos de Golden Moustache, en moins caricatural. Qu’en penses-tu ?

Je ne voulais pas que ça fasse sketchs, plutôt des petit courts-métrages, avec une belle lumière, que chaque épisode ait un peu son propre univers. Golden Moustache c’est très sketch, il y a pas de silences, pas de temps mort, on enchaîne les vannes, c’est pas du tout ce que je voulais faire. Friends m’a beaucoup inspiré pour Authentik : je trouve ça vraiment bien écrit, c’est bien joué. J’adore Ross, il a un côté un peu con comme Ben. Et Chandler aussi, il y a que Joey que je n’aime pas, trop débile. Il y a Kaamelott aussi que j’aime aussi beaucoup.

  • Pourquoi Authentik  ? 

Je voulais un mot, j’aime bien les titres courts. C’était aussi pour faire allusion à la manière dont c’est traité : à la base je voulais plus insister sur le côté «  jeunes de banlieues » et je voulais vraiment éviter les clichés, des jeunes de banlieues qu’on ne voit pas vraiment dans les fictions françaises. C’est fait de façon très réaliste.

  • Quelles sont les conditions de tournage ?

Pour un épisode, il faut environ 2h30. On utilise un 5D et une perche et c’est tout. C’est moi qui ait fait le montage. Etant autoproduit je n’ai pas vraiment de délai, je fais un peu ce que je veux . J’aime bien faire un premier montage, laisser reposer et y revenir la semaine d’après. Je prends beaucoup de temps pour faire le montage.

  • La web série permet-elle selon toi d’être plus libre au niveau créatif  ?

Carrément, au niveau artistique et au niveau des délais aussi. Je ne suis pas du tout dans l’urgence, je n’ai personne au dessus de moi. J’aimerais quand même que ça évolue, trouver une boîte de production, que ça fasse passer une nouvelle étape, un truc pro. Mais je pense que j’aurai plus de contraintes le jour où ce sera pro : là si je veux faire un autre plan il n’y a personne qui me dit non.

  • Quelles autres web séries regardes-tu ?

Dans les web séries humoristiques, il y a Camweb, le Meufisme, J’aime Mon Job qui sont sympas, complètement barrées. Les web séries non-comiques ont du mal à marcher. Il y a Ulysse, une web série fantastique qui marche bien et qui est vraiment pas mal. C’est ça qui est bien, c’est que chacun a son propre univers, son propre style : comme tu es libre, il y a des univers très marqués avec des éléments très personnels. La web série est pour les réalisateurs et acteurs une carte de visite pour montrer ce qu’ils savent faire.

Merci à Anthony pour cette interview !

Cette série a remporté le prix «coup de cœur» du jury au Festival Européen de Metz et a été sélectionnée au cross vidéo days (marché international de formats courts). La Websérie écrite, réalisée et produite par Anthony Lemaitre, avec Anthony Lemaitre: Ben, Halima Slimani: Nawel, Alexandra Simon: La Cougar, Jean Fornerod: Marc, Mehdi Djaoud: Dassoun, Sofiène Mhamdi: Hatem, Jamel Elgharbi: Gros Moussa, Frederic Imberty: Monsieur Culioli, Laura Segré: Karine, conte avec humour les aventures de Ben, un jeune de banlieue, aussi immature qu’insouciant.

Authentik compte actuellement 17 épisodes. La diffusion du 18ème épisode est prévue le 27 octobre prochain. En attendant, rendez-vous sur la page Facebook de la série et sur le site officiel.

 

 

 

 

 

The Knick : Saison 1 – Critique de la Série

[Critique] The Knick

Synopsis : Le staff de l’hôpital Knickerbocker de New York, des chirurgiens aux infirmières, doit repousser les limites de la médecine au début du 20ème siècle, à une époque où le taux de mortalité a soudainement augmenté et où les antibiotiques n’existent pas encore. Le Dr John Thackery, récemment nommé à la tête du service de chirurgie, est rejoint par le Dr Algernon Edwards, diplômé de Harvard et ayant pratiqué en Europe. Alors que le premier se bat contre ses addictions pour atteindre ses ambitions de grandes découvertes médicales, le second doit lutter contre les préjugés raciaux et gagner le respect de la population majoritairement blanche de l’hôpital et de la ville.

La médecine et ses démons

Steven Soderbergh a pris sa retraite, du moins au cinéma. Fort heureusement, la télévision peut encore profiter des ses talents, car ce n’est pas seulement un immense réalisateur, c’est aussi un excellent monteur et photographe, se cachant sous divers pseudonymes, comme ici : Peter Andrews et Mary Ann Bernard. On retrouve immédiatement sa patte, dans chacun de ses plans, baignés dans une lumière jaunie ou bleue, conférant une certaine froideur ou chaleur, selon le lieu ou les personnages, c’est visuellement magnifique. Sa caméra légèrement tremblante ou flottante, toujours posée, là ou on ne l’attend pas, nous offrant des plans improbables, mais toujours impeccables. Cet esthétisme est sublimé par la qualité de l’interprétation. Un autre des talents de Steven Soderbergh est de tiré la quintessence de sa distribution, tout en nous offrant une belle découverte, en l’occurrence Andre Holland, qui éclipse presque Clive Owen.

The Knick est une série à l’indéniable beauté visuelle, mais aussi par la grâce de ses dialogues et de son interprétation. Elle allie aussi bien le fond que la forme. Elle est exigeante et ne se contente pas seulement de nous conter la vie de cet hôpital, mais aussi de la vie au début du 20ème siècle. Elle aborde divers sujets : le racisme tout d’abord; le « nègre » est traité comme du bétail, voir un objet, quelque soit sa position sociale. Malgré son statut de médecin, le Dr Algernon Edwards (Andre Holland) est mis au ban, à cause de sa couleur de peau. Mais il fait preuve de persévérance, tout en prenant soin des « siens », pratiquant dans la clandestinité. Le Dr John Thackery (Clive Owen), avec la perte de son mentor, va se perdre dans la cocaïne, un produit en libre circulation à cette époque et utilisé dans la médecine. Les deux hommes vont mettre du temps à s’apprécier, ou du moins, à se tolérer, chacun ayant besoin de l’autre. le Dr Algernon Edwards vivant aussi une relation mixte, une difficulté de plus, dans lecontexte déjà compliqué de sa condition d’homme noir.

Dans un contexte économique difficile, le malade devient une source de profit, permettant à l’hôpital de survivre. Le Knickerbocker étant situé dans un quartier pauvre, son administrateur Herwan Barrow (Jeremy Bobb) compte sur des bienfaiteurs pour acquérir de nouveaux instruments chirurgicaux et ainsi concurrencer les grands hôpitaux des quartiers riches. Il utilise aussi ses brancardiers pour ramener les patients, usant parfois de la violence pour les soutirer à leurs confrères. Mais comme le Dr Thackery et la cocaïne, Herwan Barrow a son vice, une prostituée et le jeu, ce qui le pousse à flirter avec la mafia. Un cercle vicieux, ou lui-même devient une marchandise à leurs yeux.

La série aborde d’autres sujets tabou, comme l’avortement, illégal à l’époque, se faisant dans la clandestinité et pas forcément par les personnes, dont on s’attend. Le traitement des maladies mentales et la mortalité enfantine, ou avec le recul, on apprécie les progrès, comme dans la médecine traditionnelle. Elle reflète la réalité d’une époque, ne se contenant pas de parler de médecine, mais aussi des rapports hommes/femmes, de la condition de celle-ci, destinée à être une femme au foyer, par le biais de l’indépendante Cornelia Robertson (Juliet Rylance), pourtant aussi compétente que ceux-ci. Des différences sociales et ethniques. C’est un éclairage sur une société en pleine évolution technologique, mais encore ancrée dans ses convictions sociales, empêchant certains de s’épanouir dans leurs vies.

The Knick est une des meilleures séries de l’année, son réalisme met souvent à mal le téléspectateur, que ce soit par les situations ou par l’image. Le casting est parfait, en parfaite osmose avec la réalisation et le scénario. L’ironie du plan final, renvoie à l’absurdité d’une époque et de ses convictions.

Fiche technique : The Knick

USA – 2014
Création : Jack Amiel et Michael Begler
Réalisation : Steven Soderbergh
Distribution : Clive Owen, Andre Holland, Jeremy Bob, Juliet Rylance, Eve Hewson, Michael Angarano, Chris Sullivan, Cara Seymour, Eric Johnson et David Fierro
Scénario : Jack Amiel, Michael Begler et Steven Katz
Photographie : Steven Soderbergh
Montage : Steven Soderbergh
Musique : Cliff Martinez
Production : Jack Amiel, Michael Begler, Gregory Jacobs, Clive Owen, Steven Soderbergh et Michael Sugar
Société de production : Anynomous Content
Chaîne d’origine : Cinemax
Genre : Drame médical
Durée : 10 épisodes de 52 minutes

Auteur : Freddy M

Pas son genre, un film de Lucas Belvaux: Critique

Critique Pas son genre, de Lucas Belvaux

Synopsis: Clément, jeune professeur de philosophie parisien est affecté à Arras pour un an. Loin de Paris et ses lumières, Clément ne sait pas à quoi occuper son temps libre. C’est alors qu’il rencontre Jennifer, jolie coiffeuse, qui devient sa maîtresse. Si la vie de Clément est régie par Kant ou Proust, celle de Jennifer est rythmée par la lecture de romans populaires, de magazines « people » et de soirées karaoké avec ses copines. Cœurs et corps sont libres pour vivre le plus beau des amours mais cela suffira-t-il à renverser les barrières culturelles et sociales ?

La guerre des mondes

Lucas Belvaux, réalisateur belge chevronné et engagé, est connu pour sa dénonciation farouche des inégalités sociales et sa propension à contester l’ordre établi. Ses chroniques dépeignent souvent des hommes faibles, isolés, prolétaires. Touchés dans leurs virilités (cet attribut essentiel dans la représentation de respectabilité de la puissance masculine), ceux-ci n’en sont pas moins de vaillants guerriers bravant avec dignité et courage les interdits. Chantre de la lutte des classes, son cinéma âpre et tendu est un tract de militantisme.

Il délaisse ici son sujet de prédilection pour ce qui se présente comme une comédie douce-amère sur la difficile condition humaine.

Dans quelle mesure la philosophie de la pensée, censée nous guider vers la vérité de la vie, se heurte-t-elle au réel? Quelle force intérieure nous meut ? L’intellectuel est-il mieux armé face aux turpitudes de l’existence que l’âme modeste? Quelle est l’influence de notre éducation sur notre parcours et nos rencontres et sommes-nous éternellement condamnés à cette binaire opposition classe privilégiée/classe modeste? Le réalisateur ne prétend aucunement posséder les réponses à ces questions complexes, nous proposant simplement de partager sa réflexion. Cet homme, émérite prof de philo parisien au chemin linéaire, est muté dans le nord, à Arras. C’est pour lui une punition inacceptable, eu égard aux services rendus et à son immense talent. Contraint et forcé, il doit se résoudre à accepter cette proposition mais ne compte pas rester dans « l’enfer » nordiste. Attitude hautement hautaine que semble regretter Belvaux, première pièce à charge symbolique du mépris ostensiblement revendiqué par cette Bourgeoisie envers la province. Sa rencontre imprévue avec cette modeste coiffeuse, aux antipodes de sa personnalité, est l’opportunité rêvée pour lui de modifier sa perception simpliste du chemin à suivre.

Elle, pleine d’énergie et d’enthousiasme, est portée par son idéalisme fleur bleue qui lui donne cette confiance inébranlable en la vie. Pas épargnée par les coups du sort, elle tire parti de sa modeste situation et ne loupe jamais une occasion de s’émerveiller pour la plus infime joie. Tout lui est prétexte à faire la fête et la solidarité des collègues de travail et amies est son plus précieux bonheur. La bonté et la compassion dont elle fait preuve, touchent au plus haut point. Le couple improbable qui se forme sous nos yeux parait dans un premier temps n’avoir qu’une fonctionnalité somme toute illustrative, le scénario s’appuyant sur cette aide pour se construire plus facilement. Mais de fil en aiguille, cet itinéraire balisé prend formidablement sens et les sentiments se précisent de plus en plus avec le temps. Se découvrant des points communs qu’ils ne soupçonnaient pas, leur amour n’en est que plus intense. Le comportement néanmoins égoïste de son amoureux l’amène à se questionner sérieusement sur la véritable nature de sa relation. Pourquoi sent-elle une si grande distance de sa part ? Elle qui brûle d’amour et se consume à petit feu de sa nouvelle passion, ne comprend pas l’intériorisation et le ressenti cérébral de son compagnon.

Le premier plan du film débute par sa séparation d’avec son ex compagne. Tandis que celle-ci pleure sa douleur de la perte, lui l’a quitte avec empathie mais sans aucun signe de compréhension et de regrets. Comme si son intellectualisation de sa propre souffrance l’empêchait de partager ce moment pénible, faiblesse qu’il ne peut se résoudre à afficher sous peine de passer pour un lâche. C’est cet aspect troublant que lui reproche grandement sa nouvelle conquête. Vivre ne s’apprend pas dans les théories littéraires, fussent-elles de Kant. Il faut accepter de souffrir pour se révéler à soi-même et rien ne remplacera jamais ce risque-là. Tout est mécanique chez lui, jusqu’au plaisir charnel. Son amour est pur et véritable mais trop contrôlé pour accéder à la vérité des sentiments.

Émilie Dequenne, l’égérie des frères Dardenne et compatriote de Lucas Belvaux, est merveilleuse de sensibilité et de pudeur. Sa vitalité et sa gouaille nous touchent directement en plein cœur. Elle est la principale raison de courir voir ce très beau et délicat long-métrage. Son irritante niaiserie du début laisse rapidement place à une interprétation tout en finesse. L’émotion qu’elle dégage est remarquable. Aidée dans sa tâche par son partenaire, sociétaire de La Comédie Française, qui joue une partition nuancée avec beaucoup de talent. Le réalisateur n’a plus qu’à rendre ceci en image et le fait avec un exquis raffinement. On sent bien ici la préférence du cinéaste pour ces gens simples et combatifs et son procédé en pâtit un tantinet. La caractérisation des personnages est un peu trop stéréotypé dans son premier tiers et la volonté perceptible qu’il a d’embellir l’antagonisme Paris/Province en surjouant la fierté et la beauté campagnarde contre l’austérité et l’inélégance de la capitale desservent un brin la force de son travail. Mais ces petites réserves, mises à part, n’entachent en rien l’intelligence et la sincérité du résultat final. A voir absolument !

Fiche Technique: Pas son genre

Réalisation: Lucas Belvaux
Scénario: Lucas Belvaux d’après: le roman homonyme de: Philippe Vilain
Interprétation: Émilie Dequenne (Jennifer), Loïc Corbery (Clément), Sandra Nkake (Cathy), Charlotte Talpaert (Nolwenn), Anne Coesens (Hélène Pasquier-Legrand), Didier Sandre (le père de Clément), Martine Chevallier (la mère de Clément)…
Distributeur: Diaphana Distribution
Date de sortie: 30 avril 2014
Durée: 1h51
Genre: Comédie, Romance
Image: Pierric Gantelmi d’Ille
Décor: Frédérique Belvaux
Costume: Nathalie Raoul
Son: Béatrice Wick
Montage: Ludo Troch
Musique: Frédéric Vercheval
Producteur: Patrick Quinet, Patrick Sobelman
Production: Agat Films & Cie, Artémis Productions, France 3 Cinéma, RTBF, Belgacom

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais (Sabri)

Du roman au film, David Fincher se spécialise dans l’adaptation

Fight Club, Millenium, Gone Girl : quand David Fincher adapte des romans cultes

Si le cinéma est le 7ème art, la littérature est le 6ème. Il est donc logique que les deux s’entremêlent et se complètent. Et, si rien n’est plus beau qu’un scénario original, les plus grands auteurs n’hésitent pas à puiser l’inspiration dans le répertoire littéraire. Fidèles ou non, certaines adaptations sont rentrées au panthéon du cinéma. CinéSériesMag vous propose de se pencher sur certaines de ces tentatives de coucher sur la pellicule les mots qui ont fait le succès de leurs auteurs.

Fight Club (1999)

Sorti en 1996, le roman nihiliste de Chuck Palahniuk Fight Club est très vite optionné par la 20th Century Fox, qui flaire le bon coup marketing et souhaite surfer rapidement sur la réputation sulfureuse du livre. À l’époque, David Fincher est encore un jeune réalisateur, mais il s’est taillé une solide réputation grâce à Seven et The Game. De plus, son vif intérêt pour l’adaptation lui permet de se démarquer de ses autres concurrents.

Pas évident de transcrire sur la pellicule ce brûlot de 200 pages, entièrement écrit à la première personne et donc difficile à mettre en images. D’autant que le propos est pour le moins sulfureux, teinté d’une forme destructrice d’anarchisme personnalisée par Tyler Durden, anticonformiste charismatique aux idées révolutionnaires et aux idéaux acerbes. Fincher ne cherche absolument pas à diluer le propos de l’auteur, accentuant la critique du consumérisme galopant décrié par Palahniuk, et livrant une violente charge contre une société gangrenée par la publicité. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir lui-même recours au placement de produit, cela dit.

Le réalisateur parvient l’exploit de dissimuler jusqu’au bout le twist final, tout en parsemant son Fight Club d’indices et d’indications qui permettent d’apprécier tout autant le film à son second visionnage. Pour parvenir à ce tour de force, il appuie sur le thème de l’homo-érotisme déjà très présent dans le roman. Sa mise en scène est un modèle du genre, et son utilisation des images subliminales est une mise en abîme délicieuse. Tout dans sa réalisation est fait pour mettre le spectateur mal à l’aise, le renvoyant à ses propres contradictions. Les dialogues sont en ce sens savoureux, et respectent parfaitement l’esprit du livre, même s’il lui est impossible d’éviter la sempiternelle voix-off, gangrène de bien trop d’adaptations.

Malgré ses qualités indéniables et la campagne de publicité orchestrée par la production, Fight Club fait un bide à sa sortie. Seulement 100 millions de dollars au box-office, c’est l’un des plus gros flops de Fincher. Malgré tout, le film acquiert une dimension culte à sa sortie en DVD, et est considéré comme l’un des meilleurs long-métrages de l’année 1999. Aujourd’hui encore, il divise les critiques, certains pointant du doigt une apologie de la violence.

Millénium, Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes (2011)

Lorsqu’il s’attaque à l’adaptation du roman culte de Stieg Larsson, David Fincher est au sommet de sa popularité. Après avoir frayé majoritairement avec le thriller et le policier, il a obtenu deux nominations à l’oscar du meilleur réalisateur pour deux films très différents de ses habitudes, L’Étrange histoire de Benjamin Button et The Social Network. Ce dernier lui a valu des critiques élogieuses de la part de la presse et des spectateurs, et son statut d’auteur est désormais solidement assis. Les fans de la trilogie du Suédois sont donc logiquement aux anges, lorsque l’annonce est faite, même si une première adaptation existe déjà sous forme de mini-série.

David Fincher s’en donne à cœur joie, prolongeant le côté sombre et violent du roman sur l’écran. Parmi ses trouvailles visuelles, le générique est probablement celui qui a le plus fait parler. Une séquence façon introduction d’un film de James Bond, durant laquelle est résumé le film, ainsi que l’évolution de Lisbeth Salander, et rythmée par un remix brutal de Immigrant Song, de Led Zeppelin, signé du duo Trent Reznor-Atticus Ross. Cette courte scène résume à elle seule la maestria visuelle dont va faire preuve le réalisateur dans le reste du film. Adoptant une mise en scène froide, presque mécanique, Fincher souhaite par dessus tout rendre hommage aux paysages glacés de la Suède, filmant presque l’intégralité du long-métrage sur place. Il accorde une importance particulière à la photographie, mettant parfaitement en valeur la lumière grise locale.

Parmi les reproches qui lui sont adressées, certains spectateurs se plaignent de l’inversion de l’importance des personnages. Si, dans le roman, Lisbeth Salander a une place cruciale, certains ont l’impression que celle-ci s’efface dans le film pour laisser place à Blomkvist, transformé en une sorte de James Bond local. La personnalité des acteurs y est sûrement pour beaucoup. Daniel Craig a parfois du mal à faire oublier son rôle précédent, tandis que Rooney Mara, si elle fait preuve d’une prestation impeccable, peine un peu à soutenir la comparaison avec sa prédécesseuse venue du Nord, Noomi Rapace. Force est toutefois de constater que la jeune femme apparaît bien plus soumise que dans le roman de Larsson, ou même que dans le film originel.

Contrairement à Fight Club, Fincher n’a pas eu de difficulté à adapter le roman directement, collant avec fidélité au matériel tout en imprimant sa marque de fabrique au film. On y retrouve la mise en scène brillante et précise qui a fait le succès de The Social Network, et l’aspect presque mécanique de sa réalisation colle parfaitement à l’esprit du livre. Les fans de la trilogie Millenium attendant à présent avec impatience sa vision du deuxième roman, La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette, un projet en cours mais qui ne devrait toutefois pas voir le jour de sitôt.

Gone Girl (2014)

https://www.youtube.com/watch?v=esGn-xKFZdU

Dixième film pour Fincher, et déjà sa quatrième adaptation, après Fight Club et Millenium, donc, mais aussi Zodiac, son bide le plus retentissant à ce jour (moins de 100 millions de dollars engrangés). C’est à un autre monument récent du thriller qu’il s’attaque cette fois, Gone Girl, de l’Américaine Gillian Flynn, sorti en France sous le titre Les Apparences. Pour la première fois, le script est rédigé directement par l’auteure, afin d’assurer une fidélité maximum. Celle-ci a reconnu avoir apprécié travailler avec Fincher, « un grand réalisateur, qui adore le livre et ne compte pas en faire quelque chose d’autre que ce qu’il est déjà ».

Et voilà le problème principal de cette adaptation. En collant parfaitement à la fois à l’esprit et à la lettre du roman, le réalisateur perd un peu ce qui avait rendu Millenium intéressant, même après avoir lu le roman. On retrouve toute la patte du maître, sa mise en scène est toujours aussi plaisante et précise, et il ne laisse une fois de plus rien au hasard dans sa manière de raconter une histoire sur la pellicule. Simplement le produit fini est peut-être un peu trop formel, un peu trop froid pour véritablement convaincre. Si cet aspect déshumanisé de sa caméra sied une nouvelle fois au scénario et aux personnages glaçants de cynisme, la mayonnaise prend moins qu’auparavant. On retrouve tout de même l’essence de ce qui a fait le succès de Fincher jusqu’à présent, mais enfermé dans les carcans d’une narration pas forcément adaptée pour le grand écran.

Gone Girl le film souffre d’ailleurs des mêmes problèmes que Gone Girl le roman, à savoir un dernier quart un peu faible, comparé au grand huit émotionnel vécu pendant plus de deux heures. On sent que Fincher s’amuse beaucoup à dresser le portrait de cette manipulation format XXL, qui n’est pas sans rappeler son troisième film, The Game. Les apparences sont bien entendu trompeuses, et il sait jouer avec les nerfs de ses spectateurs. Il semble également prendre un malin plaisir à envoyer un message à ses détracteurs, n’hésitant pas à le taxer de sexisme, et qui sont une nouvelle fois montés au créneau à la sortie du film. Misogyne, Fincher ? Ou, au contraire, amateur de femmes à fortes personnalités ? Ce n’est pas Gone Girl qui permettra de trancher le débat, et le réalisateur n’a pas l’air de s’en soucier outre mesure.

Trois films, trois adaptations, trois œuvres très différentes. En prenant le parti de s’éloigner (légèrement) du matériau d’origine, Fincher a sans doute réussi l’un de ses plus beaux coups, celui qui a fit de lui un réalisateur culte. Mais il a également su imposer son empreinte au fur et à mesure de l’évolution de sa carrière, sa mise en scène s’épurant avec le temps pour arriver sur ses films glaçants que sont Millenium ou Gone Girl. Il serait d’ailleurs intéressant de voir comment, aujourd’hui, il s’attaquerait à l’adaptation de Fight Club. Finalement, Fincher prouve que, même en collant au mot près à une œuvre littéraire, un bon réalisateur pouvait imprimer sa propre identité à une adaptation. Ce qui démontre que 6ème et 7ème art ne sont pas forcément opposés, mais complémentaires, et qu’il suffit d’avoir un style bien affirmé, pour tirer le meilleur des deux mondes.

Auteur de l’article Mikael Yung

Au-delà des collines, un film de Cristian Mungiu : Critique

[Critique] Au-delà des collines, de Cristian Mungiu

Synopsis: Alina revient d’Allemagne pour y emmener Voichita, la seule personne qu’elle ait jamais aimée et qui l’ait jamais aimée. Mais Voichita a rencontré Dieu et en amour, il est bien difficile d’avoir Dieu comme rival.

Les enfants du péché

Le propre du cinéma est de vous embarquer dans un refuge auquel vous n’avez pas ou peu accès dans votre propre vie. Et plus encore, de vous y confronter de telle sorte que ce voyage dans l’inconnu vous questionne, et vous incite à bousculer vos supposés acquis. Au-delà des collines en possède toutes les caractéristiques, et il est en cela totalement universel, bien qu’il prenne pour cadre la Roumanie et arrime son intrigue dans un couvent de nonnes Jésuites. Le titre du film dit bien la complexité de la situation qu’il expose, de par ses possibles multiples significations. Le sens littéral est assez explicite, puisqu’il situe la localisation géographique précisément, dans une pleine déserte à flanc des collines. Mais il pourrait tout aussi bien désigner l’attention que l’on doit porter au caractère ambigu de cette étude biblique de la foi, aller au-delà de la signification de ce que nous donne à voir les images. Estimer que le long-métrage ne s’embarrasse d’aucune vérité et tient bien plus de la fable christique que de la rigueur catholique n’est pas non plus à sous-estimer. On voit donc bien par là ce que sous-entend Christian Mungiu et sa fin, sèche mais implacable, atteste l’envie manifeste de densifier son propos.

Point n’est besoin de croire en quelque religion pour adhérer au projet, car son but n’est pas de justifier ou d’accabler La Puissance Miséricordieuse, loin s’en faut, mais plutôt de soumettre à notre regard forcément partial, le déchirement glacial de ce don de soi. L’Ecclésiastique et ses soupirantes, dans un geste de dévouement sacré, du moins le pensent-ils sincèrement, tenteront par leurs faibles moyens de ramener à la raison L’enfant du Péché, cette envoyée du diable venue tester leur sacrifice monacal. N’est-ce pas là, la mission qu’il leur faut accomplir devant Dieu pour s’absoudre de toute vilénie? L’attitude, pour condamnable qu’elle soit, n’est jamais regardée avec condescendance et le metteur en scène fait au contraire preuve d’une belle et touchante empathie envers ces envoyés du Ciel. Il n’en dépeint pourtant aucunement des Saints venus prêcher le Droit Chemin et ne cache rien de leur brutalité, témoin le dialogue perturbant entre le médecin et le Pope. C’est là, la principale force du récit, ne jamais basculer dans un manichéisme sot et vain.

Qu’en est-il de l’incriminée? Victime de son amour inconsidéré pour sa jeune conjointe qu’elle retrouve après tant d’années de séparation, elle ne se résout pas à ce que celle-ci se soit convertie à L’Amour Sacré. Le choc qu’elle reçoit est indescriptible, et la rend dans un état de quasi démence. Blasphémant avec force, elle sacrifie sa santé pour échapper à l’orthodoxie régnante autour de sa bien-aimée et se réapproprier son cœur. Quel plus beau don de soi que la preuve d’amour éternelle? Cristallisant autour sa figure sacrificielle le doute et la remise en question de la croyance figée, elle est en cela l’autre versant de la foi chrétienne. La voie à suivre s’en trouve d’autant plus indécise que nul ne va à l’encontre de ses convictions les plus intimes, et que la repentance inhérente à toute erreur est ici difficilement imputable à l’une ou l’autre partie. Dilemme cornélien que Mungiu ne cherche jamais à résoudre ou à expliquer, ne s’intéressant qu’aux faits et gestes du quotidien de ses damnés de la terre. Absolument pas convaincue par ces prières et prosternations comme rituels obligatoires, le refus d’une quelconque idolâtrie de la non pieuse jeune femme, s’apparente aux yeux des religieux comme une évidence mentale qu’il faut à tout prix éradiquer. Constat accablant que cette incompréhension et ce dogmatisme d’un peuple qui ne peut se rencontrer qu’en s’affrontant.

Au-delà des collines : bande-annonce

Au-delà des collines : Fiche Technique

Titre original : După Dealuri
Réalisation: Cristian Mungiu
Scénario: Cristian Mungiu d’après: les livres Confession à Tanacu et Le Livre des juges de: Tatiana Niculescu Bran
Interprétation: Cosmina Stratan (Voichiţa), Cristina Flutur (Alina), Valeriu Andriuţă (le pope), Dana Tapalagă (la mère supérieure), Cătălina Harabagiu (sœur Antonia), Gina Ţandură (sœur Iustina), Vica Agache (sœur Elisabeta), Nora Covali (sœur Pahomia), Dionisie Vitcu (M. Valerică), Ionuţ Ghinea (Ionuţ)…
Image: Oleg Mutu
Montage: Mircea Olteanu
Producteur: Cristian Mungiu, Tudor Reu
Festival et récompenses: Selection officielle à Cannes où il a remporté les prix du scénario et de l’interprétation féminine

Durée: 150 minutes
Genre: Drame
Date de sortie: 21 novembre 2012

Roumanie, France, Belgique – 2012

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais (Sabri)

La Légende de Manolo, un film de Jorge Gutierrez – Critique

La Légende de Manolo, un conte de fée coloré à la sauce mexicaine

Synopsis : Le jeune Manolo est tiraillé entre les attentes de sa famille et ce vers quoi son coeur le porte. Avant de choisir de s’engager sur une voie, il embarque pour une incroyable aventure, qui le conduit dans trois mondes fantastiques, où il lui faudra affronter ses plus grandes peurs.

Hasta la muerte, baby

Le mois d’octobre se termine, les premiers frimas s’installent, l’automne arrive et avec lui la célébration des morts dans diverses cultures. En France, nous avons la Toussaint ; dans les pays celtiques ils ont Halloween, dont les traditions se sont largement répandues à travers le monde grâce à l’influence des États-Unis ; au Mexique, il y a le Jour des Morts, une célébration qui se distingue des précédentes par son caractère festif et coloré, alors que les vivants fêtent leurs disparus dans la joie. C’est de ces traditions que s’inspire La Légende de Manolo, qui puise dans le folklore du pays des tacos et des burritos pour proposer un conte de fées baroque et chaleureux.

Erase una Vez

Dans le fond, La Légende de Manolo n’a finalement pas grand chose d’original. Énième variation sur le thème de la quête de l’amour véritable, de la difficulté du passage à l’âge adulte et du poids des attentes familiales, il est un peu un pot pourri de ce que les contes de fées vous laissent imaginer. Les fans de Disney ne risquent pas le dépaysement, et certains passages font furieusement penser à des passages de leurs immortels chef d’œuvre, en particulier Aladdin ou La Belle et la Bête. Point de surprises de ce côté-là, donc, les enjeux sont connus, et aucune surprise ne viendra gâcher le plaisir des amateurs de happy ending.

Mais la beauté du film n’est pas tant dans le fond que dans la forme. Si le style d’animation ne plaira pas à tout le monde, force est de reconnaître qu’il est impeccable et plutôt original. S’inspirant des marionnettes avec lesquelles la narratrice tisse son récit, il parvient à ressembler à un spectacle tout en conservant fluidité et naturel. La direction artistique est également impeccable, faisant évoluer les personnages dans trois univers parfaitement distinct ayant chacun ses caractéristiques et son style visuel bien à lui. Que ce soit le monde des vivants, celui des âmes chéries ou celui des morts, chacun vibre de couleurs chaleureuses et possède sa propre identité, tout en renvoyant aux deux autres.

El Señor Burton

Bien sûr, cette idée d’un jeune homme allant chercher sa bien-aimée aux portes de la mort, quitte à traverser les enfers, rappellera des souvenirs à certains spectateurs. Si Guillermo Del Toro, qui produit le film, reconnaît une certaine parenté avec le mythe d’Orphée et Eurydice, force est de constater qu’il est difficile de ne pas penser à un certain Tim Burton, particulièrement à son film Les Noces Funèbres. La Légende de Manolo s’en distingue cela dit dans son ton, bien plus réjouissant et moins gothique. En fait, le film pourrait presque avoir été mis en scène par un clone moustachu du réalisateur d’Alice aux pays des Merveilles, le côté adolescent émo en moins, tant il fourmille d’inventivité visuelle.

Conte de fée coloré à la sauce mexicaine, vibrant d’originalité et de vie, La Légende de Manolo est le film familial idéal en cette période de fête des morts. Sans renouveler le genre, il vient offrir un joli contre-point aux productions plus formatées signées Disney, et se taille une jolie place au milieu des géants de l’animation que sont la maison aux grandes oreilles et Dreamworks. Une jolie bouffée de fraîcheur dans le ciel gris de cet automne naissant, qui donne envie de célébrer la mort et l’amour.

La Légende de Manolo – Fiche technique

USA-2014
Animation
Réalisateur : Jorge R. Gutierrez
Scénariste : Jorge R. Gutierrez, Doug Landale
Distribution : Diego Luna (Manolo), Zoe Saldana (Maria), Channing Tatum (Joaquin), Kate del Catillo (Katrina/La Muerte), Ron Perlman (Xibalba)
Producteurs : Guillermo Del Toro, Aaron Berger, Brad Booker, Carina Schulze
Directeur artistique : Paul Sullivan
Compositeur : Gustavo Santaolalla
Monteur : Ahren Shaw
Production : Reel FX Creative Studios, 20th Century Fox Animation
Distributeur : 20th Century France

Auteur : Mikael Yung

Doctor Who Saison 8 épisode 9 : Flatline – Critique

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Critique Doctor Who Saison 8 – Flatline

Synopsis : Clara se retrouve séparée du Docteur et découvre une menace venant d’une autre dimension. Mais que faire quand même les murs n’offrent aucune protection ?

Un nouveau regard…

Tout commence avec une chouette anamorphose, un petit jeu de perspective sympa, une image qui apparaît au regard en fonction de l’endroit (ou la manière) dont on la regarde. Dans ce cas précis, c’est un homme terrorisé par une force invisible qui disparaît, laissant une marque étrange sur le mur. Un subtil mouvement de caméra dans un angle inhabituel, nous révélera alors que cette trace est en fait son corps enfermé, au visage déformé par une expression de terreur pure. Les enjeux sont rapidement posés, il s’agira de faire un peu peur et de jouer avec les dimensions. Et c’est tant mieux parce que ça nous manquait les intrigues alambiquées et irrationnelles (A part Listen quelque temps avant).

Nous retrouvons donc le docteur et Clara après leur courte brouille de la semaine dernière. Elle a finalement décidé de rester avec son super copain pour vivre de nouvelles aventures, youpi ! Mais voilà le TARDIS plante sévère et ses dimensions extérieures se réduisent. Clara sort pour enquêter, tandis que le docteur reste coincé à l’intérieur, ne pouvant plus que passer sa main au travers de la porte. Devenant ainsi un docteur de poche. Une idée lumineuse propice à nombre de situations comiques et décalées. Clara devra alors agir à sa place, tandis qu’il tentera de comprendre ce qu’il se passe. Devenue alors Docteur par intérim (équipée du papier psychique et du tournevis), elle découvre avec l’aide d’un jeune tagueur, que la ville de Bristol est marquée par de nombreuse disparitions inexpliquées et l’apparition de mystérieuses fresques sur les murs.

La réduction de la taille du TARDIS était déjà une bonne idée, celle d’un antagoniste n’évoluant que sur deux dimensions est carrément brillante. Créant une tension soutenue de bout en bout et un suspense par anamorphose (fallait y penser). Prouvant également qu’il n’est pas forcément nécessaire d’en mettre plein la vue avec des effets spéciaux tape à l’œil pour impressionner et qu’un subtil mouvement de caméra sera toujours plus efficace que n’importe quel effet de sursaut artificiel. On pourrait même pousser l’analyse plus loin : des entités inconnues qui cherchent le secret de la troisième dimension pour conquérir le monde. Pourquoi ne pas faire l’analogie avec le cinéma américain (et peut être bientôt la télévision), qui dépense des millions dans ces nouvelles technologies de l’image en relief afin de faire monter le prix du ticket. Doctor Who est un pur produit de la télévision, et la 3D commerciale au détriment de l’intégrité et de l’identité des auteurs (les assaillants sont des corps sans âmes), il n’en veut pas chez lui. Dans le même ordre d’idée, le seigneur du temps ne n’apprécie pas vraiment d’être trimbalé dans un sac, pour être observé dans un format qui ne lui sied guère, comme on sortirait son portable pour regarder une série dans le métro. Peut être est-ce de la sur-interprétation, mais pourquoi pas après tout…

On en attendait pas autant de la part de Jamie Matheson qui avait signé le dispensable Mummy on the Orient Express de la semaine précédente. On reprochera tout de même quelques errance avec le retour de la formule du survival, encore et toujours un groupe de survivant qui se feront bouffer un à un, et la présence d’un personnage cynique détestable et obtus, pas forcément utile pour l’intrigue, juste là pour nous faire dire que quand même dans la vie, il y a des gens pas très sympas, incarné par Christopher Fairbank (Alien 3, Les gardiens de la galaxie), plutôt en forme pour le coup.

Clara endossant le costume du docteur (métaphoriquement) donne également de l’intérêt à cet épisode, on pourra alors regretter que son ami reste toujours présent grâce à une oreillette. Encore une occasion manquée de laisser un autre personnage exprimer tout son potentiel. Cela apparaît toutefois comme une manière déguisée d’adresser un message aux fans les plus retors : oui le docteur pourrait être une femme. Certains espèrent encore à chaque régénération un changement de sexe… Peut être, est-ce une façon de mettre l’idée en avant un instant pour la laisser germer dans notre cerveau et rendre la chose plus acceptable dans le futur, car il faut bien admettre que chez les seigneurs du temps, la parité n’est pas vraiment à l’ordre du jour. Romana date quand même du quatrième docteur et River Song n’avait que quelques caractéristiques de cette race alien… On attend toujours des nouvelles de la fille du Dixième d’ailleurs… Ou peut être pas. En tout cas, l’idée d’un docteur au féminin est assez plaisante, en espérant qu’elle fera son chemin dans les temps à venir.

En revanche chez les méchants, la présence féminine semble s’être démocratisée. Cette année c’est la mystérieuse Missy qui endosse le rôle. Une sorte de Mary Poppins version dark, qui suit avec attentions les aventures de nos deux héros. Nous la retrouvons à la fin de cet épisode, armée d’un…Ipad. Il est assez inquiétant de retrouver ce genre d’artefact entre les mains d’un personnage qui devrait se trouver dans une autre dimension (manifestement l’au delà). Pourquoi ? Parce que cela signifierait que les auteurs/réalisateurs/accessoiristes n’ont plus d’idée pour impressionner visuellement le chaland. Où est passé l’époque des machines merveilleuses, des inventions impossibles qui donnait justement à la science fiction son cachet si particulier ? La technologie aurait-elle dépassée la fiction ? Au point que toute les œuvres à venir se transforment en pub géante pour Apple ? Il y aurait eu des milliards de façons de signifier qu’elle suit à la trace Clara et le docteur. C’est soit par flemme, soit par manque d’inspiration, mais il est difficile de croire que l’un des conseiller artistique de la série ait décrété que ce serait une idée originale. Ou alors, Missy est une fan qui regarde les épisodes de la série sur son Ipad (on en revient au refus du Docteur d’être utilisé comme un portable de luxe) et intervient occasionnellement dessus; l’au delà serait en fait l’extérieur de la série et on fonce tout droit vers une fin complètement méta… mais non, ça doit juste être une maladresse.
Allez assez de questions bizarres pour aujourd’hui, l’épisode est bon, c’est l’essentiel. Et la semaine prochaine, le pull magique fait son retour…

Fiche Technique : Doctor Who

Titre original : Doctor Who
Genre : Aventure, Science fiction
Créateur(s):Steven Moffat (depuis 2008)
Pays d’origine : Royaume-unis
Date : 2005
Chaîne d’origine : BBC
Épisodes : Beaucoup…
Durée : 50 minutes
Statu : en cours
Avec : Peter Capaldi, Jenna Louise Coleman…

Le Labyrinthe, un film de Wes Ball : Critique

Le Labyrinthe, un mélange audacieux de Cube, Lost, et Sa Majesté des Mouches emballé dans un film haletant et étonnamment sombre

Synopsis: Quand Thomas reprend connaissance, il est pris au piège avec un groupe d’autres garçons dans un labyrinthe géant dont le plan est modifié chaque nuit. Il n’a plus aucun souvenir du monde extérieur, à part d’étranges rêves à propos d’une mystérieuse organisation appelée W.C.K.D. En reliant certains fragments de son passé, avec des indices qu’il découvre au sein du labyrinthe, Thomas espère trouver un moyen de s’en échapper.

Longtemps réservé à des productions aux tempéraments élitistes et intimistes adaptées de classiques de la littérature (on pensera notamment à La Planète des Singes de Pierre Boulle, ou à 1984 de George Orwell), les dystopies ou contre-utopie, comprenez des fictions futuristes dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur, font depuis un certain temps maintenant, les choux gras d’Hollywood.

Surfant sur la vague du retour en grâce de la dystopie dans la littérature teenage, Hollywood a ainsi exploité le filon de ces œuvres littéraires souvent déclinées en plusieurs tomes, et qui, visant une frange certaine de la population, ont su se doter la plupart d’idées intéressantes, dépeignant là encore des concepts d’un futur effrayant où l’humanité, soucieuse de conserver une certaine stabilité après des catastrophes qu’elles soient humaines ou naturelles, opère des rites jugés cruels, tels que le système de caste forcée (Divergente) ou celui de jeux de la morts, mettant en pâture des jeunes adolescents devant se tuer dans une arène pour satisfaire le peuple (Hunger Games).

L’occasion aussi pour Hollywood d’illustrer de manière plus subtile la difficulté du monde moderne, dans lequel s’engouffrent des jeunes adultes à un tournant de leur vie et en plein sursaut d’orgueil face à leur maîtrise des outils informatiques et technologiques, tout en déclinant parfois de manière excessive le potentiel littéraire et cinématographique des œuvres, poussées vers un abysse mercantiliste outrancier (en atteste le choix purement commercial de scinder en deux au cinéma les derniers volets des trilogies Hunger Games et Divergente).

Et au milieu de toutes ces productions pétaradantes, dotées de morales héroïques et libertaires, sentant bien gros le gigantisme américain, arrive le petit nouveau, en la personne de The Maze Runner, sobrement intitulé en français, Le Labyrinthe. Adapté comme à l’accoutumée d’un roman empruntant à la SF fataliste, l’histoire du Labyrinthe est curieuse voire anecdotique, tant son postulat de départ, empruntant aussi bien à la culture ciné (on pensera à l’esthétisme et le sens dédaléen du Cube de Vincenzo Natali), qu’à la culture télé (Lost et la prédestination de certains individus inconnus devant cohabiter et voguant vers un cheminement psychologique, leur faisant accepter leur condition au détriment de vouloir s’en sortir), innove des amourettes remplies de CGI sur fond de concept SF étiolées, étalant d’innombrables scènes d’actions explosivo-immersives comme vu précédemment.

Une innovation résidant aussi surtout dans son acheminement de l’intrigue, qui au contraire des précédentes adaptations en la matière, ne déploie pas dès le début, les tenants du concept de SF exploité par le film. Ainsi, point d’évocation d’anarchie, de dictature ou de pouvoirs politiques défaillants dès l’entame, point de constats amers sur la société et ses travers consuméristes. Le Labyrinthe fait le choix de commencer et relater son histoire par les yeux d’une personne, découvrant en même temps que son lecteur/spectateur les tenants de l’intrigue dans laquelle elle est plongée.

RUN OR DIE !

Cette personne, c’est Thomas. Reprenant connaissance dans un ascenseur montant inexorablement vers le haut, il ne se souvient plus de rien. Ni sa vie, ni ses amis, ni sa famille, ni comment il est arrivé dans cet endroit. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il débarque au milieu d’une clairière, sous les yeux attentifs d’autres adolescents de son âge, bloqués autour d’une muraille infranchissable, qui à l’orée de chaque jour, s’ouvre laissant entrapercevoir les contours d’un gigantesque labyrinthe.

Un labyrinthe insoluble, ayant pour finalité de créer une communauté quoique durement acquise, prévoyant une répartition des tâches et un ensemble de règles à laquelle tous les adolescents (rappelant alors ceux du roman Sa Majesté des Mouches) s’évertuent d’y contribuer ; une contribution physique voyant les coureurs, foncer dans le labyrinthe pour trouver une sortie, et les blocards s’occupant de la vie au camp.

Une scission permettant dans ce groupe, fragile et curieusement sans leader véritable, tranchant ainsi avec les relations dictatoriales des autres Divergente ou Hunger Games, de maintenir une harmonie. Harmonie, toutefois mise en branle par l’arrivée de Thomas, qui soucieux de connaitre la raison de sa présence entre ces 4 murs, perturbe l’ordre établi.

Considéré comme nuisible de par sa curiosité, apparaissant comme problématique au sein de ce microcosme masculin, rapidement banni, rejeté en permanence (comme en atteste son surnom du « nouveau » qui le suivra pendant presque tout le film), Thomas entend bien changer les mœurs de ses congénères, pour qui survivre est maintenant une priorité, au détriment de savoir qui peuvent être les personnes les ayant placés dans cet endroit, et surtout la raison de leur internement dans cette prison de pierre.

PRISON BREAK

Une volonté de s’en sortir et de percer les secrets de ces murs oppressants, qui apparait forcément à première vue comme prévisible, tant le film ne s’éloigne que très peu des poncifs du genre dystopiques en relatant encore une fois une personne quelconque, qui décide par excès d’héroïsme ou de bêtise, à se battre contre le système préétabli. Sauf que là où les CGI et les amourettes de Divergente et Hunger Games, nuisaient sérieusement à cet élan libertaire, en guimauvisant le ton du film, Le Labyrinthe, sans doute par l’absence notable de promotion, et le mystère entourant son intrigue, tranche avec ces derniers.

En présentant un concept sec, sale et sans concession, lié de manière corrélative avec l’avancée du héros dans sa quête, tout en développant juste assez pour rendre mystérieux les personnages qu’ils filment, Wes Ball, le réalisateur dont c’est ici la première réalisation, use à bon escient de son spectateur, l’impliquant suffisamment dans son histoire pour lui susciter l’envie d’en savoir plus.

Une histoire, s’accordant au support littéraire, qui se révèle dense, retorse et pas forcément explicite de bout en bout, renforçant paradoxalement le sentiment de claustrophobie et l’atmosphère anxiogène, ne serait-ce que par le biais d’un volet psychologique, nettement plus étoffé que son penchant action, qui pour le coup, n’est limité qu’à quelques scènes, plutôt bien faites dans leur fond comme dans leur forme.

Outre l’aspect financier avancé pour expliquer le manque d’action notable (le film a coûté à peu près 40 millions de dollars, soit seulement 1/3 du budget d’Hunger Games), c’est notamment pour sa propension à révéler les penchants de l’homme dès qu’il est livré à lui-même, la bestialité, l’instinct de survie, l’éveil de l’affirmation de soi, le sens de la communauté, les choix de vie (assimilables sur le coup à la transcription du passage à l’âge adulte), que le film parait aussi peu intéressé par l’action. Quasi simpliste, préférant étayer un fond dense, plutôt que de cacher derrière des scènes d’actions bancales, ponctuées de myriade d’effets clinquants et aseptisés, un vide scénaristique ou mythologique abyssal, le récit gagne en efficacité et en fluidité tout en affirmant son étonnante densité.

Une fluidité, se ressentant jusque dans la réalisation, qui sachant allier efficacité et mystère de bout en bout, parvient à rendre compte de la noirceur, étonnamment présente du film, et se dissipant juste à temps dans un final à twist ne donnant alors qu’une seule envie : savoir la suite.

Fiche Technique: Le Labyrinthe

Tire original: The Maze Runner
États-Unis – 2014
Réalisation: Wes Ball
Scénario: Noah Oppenheim, Grant Pierce Myers, T.S. Nowlin d’après: L’Épreuve de: James Dashner
Interprétation: Dylan O’Brien (Thomas), Aml Ameen (Alby), Will Poulter (Gally), Kaya Scodelario (Teresa), Thomas Brodie-Sangster (Newt), Ki Hong Lee (Minho), Jacob Latimore (Jeff), Blake Cooper (Chuck)…
Date de sortie: 15 octobre 2014
Durée: 1h54
Genre:
Image: Enrique Chediak
Décor: Marc Fisichella
Costume: Simonetta Mariano
Montage: Dan Zimmerman
Musique: John Paesano
Producteur: Ellen Goldsmith-Vein, Lee Stollman, Wyck Godfrey, Marty Bowen
Production: 20th Century Fox, Gotham Group
Distributeur: Twentieth Century Fox France