Le Labyrinthe, un film de Wes Ball : Critique

Le Labyrinthe, un mélange audacieux de Cube, Lost, et Sa Majesté des Mouches emballé dans un film haletant et étonnamment sombre

Synopsis: Quand Thomas reprend connaissance, il est pris au piège avec un groupe d’autres garçons dans un labyrinthe géant dont le plan est modifié chaque nuit. Il n’a plus aucun souvenir du monde extérieur, à part d’étranges rêves à propos d’une mystérieuse organisation appelée W.C.K.D. En reliant certains fragments de son passé, avec des indices qu’il découvre au sein du labyrinthe, Thomas espère trouver un moyen de s’en échapper.

Longtemps réservé à des productions aux tempéraments élitistes et intimistes adaptées de classiques de la littérature (on pensera notamment à La Planète des Singes de Pierre Boulle, ou à 1984 de George Orwell), les dystopies ou contre-utopie, comprenez des fictions futuristes dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur, font depuis un certain temps maintenant, les choux gras d’Hollywood.

Surfant sur la vague du retour en grâce de la dystopie dans la littérature teenage, Hollywood a ainsi exploité le filon de ces œuvres littéraires souvent déclinées en plusieurs tomes, et qui, visant une frange certaine de la population, ont su se doter la plupart d’idées intéressantes, dépeignant là encore des concepts d’un futur effrayant où l’humanité, soucieuse de conserver une certaine stabilité après des catastrophes qu’elles soient humaines ou naturelles, opère des rites jugés cruels, tels que le système de caste forcée (Divergente) ou celui de jeux de la morts, mettant en pâture des jeunes adolescents devant se tuer dans une arène pour satisfaire le peuple (Hunger Games).

L’occasion aussi pour Hollywood d’illustrer de manière plus subtile la difficulté du monde moderne, dans lequel s’engouffrent des jeunes adultes à un tournant de leur vie et en plein sursaut d’orgueil face à leur maîtrise des outils informatiques et technologiques, tout en déclinant parfois de manière excessive le potentiel littéraire et cinématographique des œuvres, poussées vers un abysse mercantiliste outrancier (en atteste le choix purement commercial de scinder en deux au cinéma les derniers volets des trilogies Hunger Games et Divergente).

Et au milieu de toutes ces productions pétaradantes, dotées de morales héroïques et libertaires, sentant bien gros le gigantisme américain, arrive le petit nouveau, en la personne de The Maze Runner, sobrement intitulé en français, Le Labyrinthe. Adapté comme à l’accoutumée d’un roman empruntant à la SF fataliste, l’histoire du Labyrinthe est curieuse voire anecdotique, tant son postulat de départ, empruntant aussi bien à la culture ciné (on pensera à l’esthétisme et le sens dédaléen du Cube de Vincenzo Natali), qu’à la culture télé (Lost et la prédestination de certains individus inconnus devant cohabiter et voguant vers un cheminement psychologique, leur faisant accepter leur condition au détriment de vouloir s’en sortir), innove des amourettes remplies de CGI sur fond de concept SF étiolées, étalant d’innombrables scènes d’actions explosivo-immersives comme vu précédemment.

Une innovation résidant aussi surtout dans son acheminement de l’intrigue, qui au contraire des précédentes adaptations en la matière, ne déploie pas dès le début, les tenants du concept de SF exploité par le film. Ainsi, point d’évocation d’anarchie, de dictature ou de pouvoirs politiques défaillants dès l’entame, point de constats amers sur la société et ses travers consuméristes. Le Labyrinthe fait le choix de commencer et relater son histoire par les yeux d’une personne, découvrant en même temps que son lecteur/spectateur les tenants de l’intrigue dans laquelle elle est plongée.

RUN OR DIE !

Cette personne, c’est Thomas. Reprenant connaissance dans un ascenseur montant inexorablement vers le haut, il ne se souvient plus de rien. Ni sa vie, ni ses amis, ni sa famille, ni comment il est arrivé dans cet endroit. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il débarque au milieu d’une clairière, sous les yeux attentifs d’autres adolescents de son âge, bloqués autour d’une muraille infranchissable, qui à l’orée de chaque jour, s’ouvre laissant entrapercevoir les contours d’un gigantesque labyrinthe.

Un labyrinthe insoluble, ayant pour finalité de créer une communauté quoique durement acquise, prévoyant une répartition des tâches et un ensemble de règles à laquelle tous les adolescents (rappelant alors ceux du roman Sa Majesté des Mouches) s’évertuent d’y contribuer ; une contribution physique voyant les coureurs, foncer dans le labyrinthe pour trouver une sortie, et les blocards s’occupant de la vie au camp.

Une scission permettant dans ce groupe, fragile et curieusement sans leader véritable, tranchant ainsi avec les relations dictatoriales des autres Divergente ou Hunger Games, de maintenir une harmonie. Harmonie, toutefois mise en branle par l’arrivée de Thomas, qui soucieux de connaitre la raison de sa présence entre ces 4 murs, perturbe l’ordre établi.

Considéré comme nuisible de par sa curiosité, apparaissant comme problématique au sein de ce microcosme masculin, rapidement banni, rejeté en permanence (comme en atteste son surnom du « nouveau » qui le suivra pendant presque tout le film), Thomas entend bien changer les mœurs de ses congénères, pour qui survivre est maintenant une priorité, au détriment de savoir qui peuvent être les personnes les ayant placés dans cet endroit, et surtout la raison de leur internement dans cette prison de pierre.

PRISON BREAK

Une volonté de s’en sortir et de percer les secrets de ces murs oppressants, qui apparait forcément à première vue comme prévisible, tant le film ne s’éloigne que très peu des poncifs du genre dystopiques en relatant encore une fois une personne quelconque, qui décide par excès d’héroïsme ou de bêtise, à se battre contre le système préétabli. Sauf que là où les CGI et les amourettes de Divergente et Hunger Games, nuisaient sérieusement à cet élan libertaire, en guimauvisant le ton du film, Le Labyrinthe, sans doute par l’absence notable de promotion, et le mystère entourant son intrigue, tranche avec ces derniers.

En présentant un concept sec, sale et sans concession, lié de manière corrélative avec l’avancée du héros dans sa quête, tout en développant juste assez pour rendre mystérieux les personnages qu’ils filment, Wes Ball, le réalisateur dont c’est ici la première réalisation, use à bon escient de son spectateur, l’impliquant suffisamment dans son histoire pour lui susciter l’envie d’en savoir plus.

Une histoire, s’accordant au support littéraire, qui se révèle dense, retorse et pas forcément explicite de bout en bout, renforçant paradoxalement le sentiment de claustrophobie et l’atmosphère anxiogène, ne serait-ce que par le biais d’un volet psychologique, nettement plus étoffé que son penchant action, qui pour le coup, n’est limité qu’à quelques scènes, plutôt bien faites dans leur fond comme dans leur forme.

Outre l’aspect financier avancé pour expliquer le manque d’action notable (le film a coûté à peu près 40 millions de dollars, soit seulement 1/3 du budget d’Hunger Games), c’est notamment pour sa propension à révéler les penchants de l’homme dès qu’il est livré à lui-même, la bestialité, l’instinct de survie, l’éveil de l’affirmation de soi, le sens de la communauté, les choix de vie (assimilables sur le coup à la transcription du passage à l’âge adulte), que le film parait aussi peu intéressé par l’action. Quasi simpliste, préférant étayer un fond dense, plutôt que de cacher derrière des scènes d’actions bancales, ponctuées de myriade d’effets clinquants et aseptisés, un vide scénaristique ou mythologique abyssal, le récit gagne en efficacité et en fluidité tout en affirmant son étonnante densité.

Une fluidité, se ressentant jusque dans la réalisation, qui sachant allier efficacité et mystère de bout en bout, parvient à rendre compte de la noirceur, étonnamment présente du film, et se dissipant juste à temps dans un final à twist ne donnant alors qu’une seule envie : savoir la suite.

Fiche Technique: Le Labyrinthe

Tire original: The Maze Runner
États-Unis – 2014
Réalisation: Wes Ball
Scénario: Noah Oppenheim, Grant Pierce Myers, T.S. Nowlin d’après: L’Épreuve de: James Dashner
Interprétation: Dylan O’Brien (Thomas), Aml Ameen (Alby), Will Poulter (Gally), Kaya Scodelario (Teresa), Thomas Brodie-Sangster (Newt), Ki Hong Lee (Minho), Jacob Latimore (Jeff), Blake Cooper (Chuck)…
Date de sortie: 15 octobre 2014
Durée: 1h54
Genre:
Image: Enrique Chediak
Décor: Marc Fisichella
Costume: Simonetta Mariano
Montage: Dan Zimmerman
Musique: John Paesano
Producteur: Ellen Goldsmith-Vein, Lee Stollman, Wyck Godfrey, Marty Bowen
Production: 20th Century Fox, Gotham Group
Distributeur: Twentieth Century Fox France

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Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

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