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Top 10 Films 2014 de la rédaction

Top 10 Films 2014

2014 fût indéniablement une excellente année cinématographique avec une production faste, éclectique et de qualité. Il y en aura de nouveau eu pour tout le monde avec des blockbusters efficaces, des séries B soignées, du film d’auteur acclamé, la part belle à l’animation et des surprises bien senties qui auront pleinement illuminé cette année. Mettons de côté les déceptions pour se pencher sur le box-office français. Celui-ci ne s’était plus aussi bien porté depuis 2011 (Intouchables), en partie grâce aux succès « locaux » de Qu’est-ce-qu’on a fait au Bon Dieu ? et Lucy. Après une édition 2013 grandiose, le Festival de Cannes n’a pas déçu et nous a offert une excellente programmation et un controversé mais beau palmarès. 2014, c’était aussi le retour sur grand écran de réalisateurs-auteurs de renom comme Wes Anderson, Hayao Miyazaki, David Fincher, Christopher Nolan, Ridley Scott et consorts. Chacun de leurs films reste toujours un événement en soi.

Revenons un instant sur le chemin parcouru par CineSeriesMag. Car en 2014, la rédaction  n’a cessé de s’agrandir et de vous offrir toujours plus de critiques de films et de séries. Désormais, l’équipe de rédacteurs vous offre régulièrement un récapitulatif des nouvelles actualités liées au cinéma. News, bandes annonces et autres contenus ont récemment débarqué sur CineseriesMag et la rédaction ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Par ailleurs, le nombre d’abonnés des pages Facebook et Twitter a considérablement augmenté. Les articles sont de plus en plus lus et cela nous fait d’autant plus plaisir que notre travail semble vous satisfaire. La principale nouveauté de l’année fût la présence de rédacteurs sur le terrain. En interviews avec les réalisateurs, spectateur de conférence ou reporter sur les festivals de films fantastiques de Strasbourg et de Paris, le rédaction ne se contente plus du visionnage mais va directement à la rencontre des équipes de films. Si on peut se targuer de sa réussite, c’est grâce à vous et uniquement vous qui continuez à nous suivre et à lire nos impressions, nos appréciations, nos déceptions. Votre fidélité est une source de motivation inépuisable et nous apprécions tous les commentaires que vous nous faites parvenir. Merci à vous.

Bref 2014, c’était bien et il est désormais temps de vous dévoiler notre palmarès.

La rédaction vous donne ses dix films préférés de l’année.

10. La Grande Aventure Lego

Assurément l’un des films les plus funs de l’année !
Qui n’a pas encore en tête ce morceau déjà culte « Everything is awesome » ou adoré cette réunion de briques de Batman, Gandalf, Lincoln, Michel-Ange, Michelangelo ou Wonder Woman. La qualité de l’animation de Christopher Miller et Phil Lord (déjà à l’origine de Tempête de Boulettes Géantes et 21/22 Jump Street) est une véritable prouesse visuelle. La rédaction a été particulièrement sensible au rythme déjanté et à ce parfum de nostalgie des jouets de notre enfance. Il est normal qu’il fasse partie de notre top 10.

9. Boyhood

Unique en son genre.
Boyhood est un projet expérimental qui a vu son réalisateur suivre le parcours d’un garçon sur douze ans, à raison de trente-neuf journées de tournage au total. Boyhood est un mélange subtil de fiction et de documentaire où l’on voit ce jeune garçon vivre les étapes clés de son existence tandis qu’il donne à voir sa perception de la Guerre en Irak, l’investiture de Barack Obama ou la sortie du nouveau tome de Harry Potter. Une épopée de presque trois heures grandiose et touchante. Il ne reste plus qu’à voir si l’Académie des Oscars sera aussi sensible au film que nous l’avons été.

8. Les Gardiens de la Galaxie

 D’inconnus du grand public, ils sont devenus instantanément cultes.
Ces personnages issus d’un comic Marvel ne laissaient absolument pas croire qu’ils deviendraient des héros aussi populaires que les Avengers. Réalisé par James Gunn, plus connu pour ses films trashs (ancien de chez Troma Films), Les Gardiens de la Galaxie est incontestablement le blockbuster fun et décomplexé de l’année. Comment oublier la cassette Awesome Mix Vol1 qui donne à écouter une bande-son complètement groovy ? Généreux, explosif, drôle, épique, Les Gardiens de la Galaxie a toutes les qualités du film Marvel cool et assumé. Et ce n’était pas gagné.

7. Dallas Buyers Club

Un film de rédemption poignant.
Difficile de rester insensible devant cette histoire vraie qui a su réhabiliter tout le talent de Matthew McConaughey, acteur autrefois moqué. Le récit de ce cowboy porteur du VIH qui va s’opposer au système pharmaceutique est un drame bouleversant de vérité. La rédaction a été particulièrement impressionnée par le jeu d’acteurs et la transformation physique des deux acteurs oscarisés.

6. Interstellar

Double ration de McConaughey, Interstellar est une épopée cosmique complexe, humaine et bouleversante.
Quelque peu boudé aux Etats-Unis où les critiques ont été un peu dur avec le nouveau Nolan, Interstellar est pour notre rédaction une odyssée de science-fiction magistrale qui peut aisément se ranger au panthéon des films SF. Terriblement attendu, Nolan a sans doute déçu certains de ses fans mais il est difficile de ne pas s’extasier devant le travail de maestria du britannique. Digne successeur de Kubrick ou Spielberg, Nolan confirme tout simplement qu’il est l’un des plus grands metteurs en scène actuels au monde.

5. 12 Years a Slave

En trois films, Steve McQueen est devenu le réalisateur le plus apprécié de sa génération.
Abordant constamment les sujets difficiles (radicalisme politique dans Hunger, sexe dans Shame), il dépeint ici un portrait dur et traumatisant de l’esclavagisme aux Etats-Unis. Sa mise en scène froide et intime fait de ses films des œuvres chocs qui ont l’audace de faire réfléchir. Dignement auréolé de l’Oscar du Meilleur Film, Steve McQueen a largement convaincu tous les critiques du monde entier. Il est normal qu’il fasse partie de notre top de l’année.

4. The Grand Budapest Hotel

Wes Anderson livre son film le plus dandy, le plus coloré et le plus burlesque qu’il soit.
En 2012, Wes Anderson intégrait la compétition à Cannes avec son Moonrise Kingdom mais repartait (malheureusement) bredouille. Cette année,  il est récompensé par l’Ours d’Argent à Berlin. The Grand Budapest Hôtel est une comédie poétique rocambolesque qui a su plaire aussi bien à ses fans qu’aux nouveaux spectateurs (et à notre rédaction). Wes Anderson est très certainement le cinéaste avec l’identité la plus singulière au monde.

3. Gone Girl

Gone Girl est une satire vive et piquante de la société américaine.
Déjà considéré comme un des pilliers du cinéma américain, David Fincher confirme avec Gone Girl tout ce qui fait son style. L’ambiance glauque et froide de ses films, sa maîtrise méticuleuse de l’image, les énigmes tortueuses de ses récits ou la recherche constante du jeu d’acteur parfait, Fincher est un maître du cinéma. Il le confirme avec cette adaptation d’un roman de Gillian Flynn qui a fortement troublé notre rédaction.

2. Mommy

Monumental et servi par des interprètes incroyables, Mommy est un film bouleversant de justesse.
A 25 ans, Xavier Dolan est un grand malade prolifique du cinéma qui démontre avec Mommy qu’il peut déjà être considéré comme un des plus grands réalisateurs québécois de tous les temps.  Sa mise en scène est d’une prouesse vertigineuse et Dolan est sur tous les fronts de son film (réalisation, image, costume, musique et même le dossier de presse). Il était à un cheveu d’avoir la Palme d’Or à Cannes. Il également à un cheveu de notre première place.

1. Her

Universellement beau.
Le film de Spike Jonze est un récit romantique universel qui nous met devant nos craintes, la peur du futur et de la technologie. Comment ne pas tomber amoureux de ce personnage qui vit une rupture difficile dans un monde où l’amour n’existe plus que par les ondes ? Joaquin Phoenix y est époustouflant de retenu, de sensibilité et de drôlerie. On serait tenté de dire que le film a « seulement » été auréolé de l’Oscar du Meilleur Scénario original. Spike Jonze est un réalisateur peu régulier, mais chacun de ses films est instantanément un classique. Devant tant de maîtrise et de merveilles visuelles, notre cœur s’est arrêté net. L’ensemble de la rédaction s’accorde à dire que Her est LE film de cette année.

Nota bene : à l’heure de publication, la Rédaction CineSeriesMag n’avait pas encore vu le formidable et incontournable Whiplash de Damien Chazelle, qui aurait assurément fait bonne place dans ce classement. On ne peut que vivement conseiller ce film, dans lequel le réalisateur français trouve le bon tempo de la torture mélomane, entre sang, sueur et larmes. Whiplash nous mène à la baguette, sublime nos sens et désynchronise notre myocarde.

Le top 10 séries 2014 de la rédaction

Top 10 Séries 2014

Parce qu’il n’y a pas que le grand écran dans la vie. Les années 2000 ont vu l’avènement de la chaîne HBO, qui propose les programmes les plus novateurs et les plus originaux de la télé US. Mais leurs poursuivants ont su rattraper leur retard, et offrir aux téléspectateurs avides d’émotions fortes leur dose quotidienne. L’année 2014 a ainsi particulièrement gâté les sérievores, qui ont eu leur lot de rebondissements, d’histoires originales, de personnages forts et d’intrigues machiavéliques. Certaines séries ont pris fin, et laissent un vide derrière elles, comme Breaking Bad. D’autres confirment leur bonne forme, et continuent à nous faire vibrer. D’autres, enfin, se sont taillée une sacrée réputation en seulement quelques épisodes.

Deux tendances sont à retenir pour cette année 2014. Tout d’abord, et cela n’aura échappé à personne, le petit écran suit les traces du grand, et commence à faire la part belle aux super-héros. Marvel et ses Agents of SHIELD accusent du retard sur DC, dont le Arrow continue à très bien se porter, et qui accueille deux petits nouveaux dans sa famille, Gotham, basé sur la jeunesse de l’homme chauve-souris, et le très populaire The Flash. Une tendance qui n’est pas prête de s’inverser, alors que les producteurs d’Avengers ont déjà annoncé une série Daredevil, entre autres réjouissances. Second point à retenir, si certaines séries ont inspiré des long-métrages, le chemin inverse s’opère désormais de plus en plus. Hannibal, Bates Motel, Une Nuit en enfer ou encore l’excellent Fargo sont la preuve que, plus que jamais, petit et grand écran se nourrissent l’un l’autre. Et ça, c’est forcément une bonne nouvelle.

Peut-être plus encore que le top 10 films, le top 10 séries 2014 a été chaudement débattu au sein de la rédaction. Chacun voulait voir son chouchou en haut de la liste, et des choix drastiques ont dû être faits, pour aboutir à un palmarès sévère, mais juste. Sans plus attendre, voici notre classement.

La rédaction de CineSeriesMag vous donne ses dix séries préférées de 2014

 10 The Knick (saison 1)

Le staff de l’hôpital Knicerbocker de New York, des chirurgiens aux infirmières, doit repousser les limites de la médecine au début du 20ème siècle, à une époque où le taux de mortalité a soudainement augmenté et où les antibiotiques n’existent pas encore automatiques.

Steven Soderbergh a annoncé depuis longtemps son désir d’arrêter le cinéma, mais personne ne s’attendait sans doute à le voir poursuivre sa carrière à la télévision. Ni à le voir réussir avec un tel panache. Dès les premières minutes, cet Urgences d’un autre âge nous a bluffé.

 9 Vikings (saison 2)

Scandinavie, à la fin du 8ème siècle. Ragnar Lodbrok, un jeune guerrier viking, est avide d’aventures et de nouvelles conquêtes. Lassé des pillages sur les terres de l’Est, il se met en tête d’explorer l’Ouest par la mer. Malgré la réprobation de son chef, Haraldson, il se fie aux signes et à la volonté des dieux, en construisant une nouvelle génération de vaisseaux, plus légers et plus rapides…

Après une première saison pleine de promesse, Vikings continue de nous époustoufler. Ragnar se place définitivement parmi les héros les plus charismatiques du petit écran.

 8 Penny Dreadful (saison 1)

Dans le Londres de l’époque Victorienne, Vanessa Ives, une jeune femme puissante aux pouvoirs hypnotiques, allie ses forces à celles d’Ethan, un garçon rebelle et violent aux allures de cowboy, et de Sir Malcolm, un vieil homme riche aux ressources inépuisables. Ensemble, ils combattent un ennemi inconnu, presque invisible, qui ne semble pas humain et qui massacre la population..

Devant son nom à un style de littérature populaire très à la mode dans l’Angleterre du 19ème siècle (un peu comme les Pulp aux États-Unis), Penny Dreadful nous a fait forte impression, notamment grâce à son ambiance gothique et son casting de haut vol.

 

 7 Orange is the New Black (saison 2)

Un an dans une prison pour femmes de sécurité minimale dans le Connecticut à la rencontre de personnages farfelus mais attachants…

LA série dont tout le monde parle en ce moment, et pour cause. Personnages attachants, situations rocambolesque et humour souvent décapant, Orange is the New Black est probablement la série la plus inventive actuellement.

6 The Walking Dead (saison 4)

Après une apocalypse ayant transformé la quasi-totalité de la population en zombies, un groupe d’hommes et de femmes mené par l’officier Rick Grimes tente de survivre…

L’adaptation à succès du comic book signé Robert Kirkman continue son sanglant parcours à travers une Amérique dévastée par une invasion de zombies. Brutale, graphique et toujours aussi violente, la saison 4 de The Walking Dead nous a beaucoup marqué. Mais pas autant que la 5...

 5 Game of Thrones (saison 4)

Il y a très longtemps, à une époque oubliée, une force a détruit l’équilibre des saisons. Dans un pays où l’été peut durer plusieurs années et l’hiver toute une vie, des forces sinistres et surnaturelles se pressent aux portes du Royaume des Sept Couronnes. 

Complots, intrigues et trahison sont toujours au menu de cette quatrième saison de Game of Thrones, qui voit son compteur de morts brutales s’alourdir encore un peu plus. Sans oublier une bonne dose de sexe gratuit. Et des dragons, bien entendu.

 4 House of Cards (Saison 2)

Frank Underwood, homme politique rusé et vieux briscard de Washington, est prêt à tout pour conquérir le poste « suprême »…

L’atout maître de Netflix, qui s’impose comme l’un des concurrents principaux de l’empire HBO. Inspiré de la série anglaise du même nom, House of Cards mêle savamment politique et thriller, dans un cocktail explosif.

3 Masters of Sex (saison 2)

La vie et les amours de William Masters et Virginia Johnson, deux chercheurs spécialisés dans l’étude des comportements sexuels…

Personne ne s’attendait probablement à voir cette série inspirée de faits réels cartonner à ce point. Pourtant, grâce à un duo principal attachant et, surtout, une galerie de personnages secondaires originale et décalée, Masters Of Sex s’est imposée comme l’une des découvertes de l’année dernière.

 2 Fargo (saison 1)

« Lorne Malvo », tueur à gages et manipulateur hors-pair, verse le sang sur son passage. Notamment dans une petite ville du Minnesota, en émoi suite à quelques cadavres laissés ici et là. Très futée, l’adjointe Molly Solverson mène son enquête. Parviendra-t-elle à faire éclater la vérité ?

Adapter le film culte des frères Coen en série aurait pu être une gageure, cela s’est révélé un franc succès. Tout en restant fidèle à l’esprit de l’original, Fargo se permet d’explorer plus en avant l’univers mis en place par les frangins cinéastes. Du bonheur sur petit écran.

 1 True Detective (saison 1)

La traque d’un tueur en série amorcée en 1995, à travers les enquêtes croisées et complémentaires de deux détectives, Rust Cohle et Martin Hart.

L’une des seules séries sur laquelle s’est établi un certain consensus. True Detective a tout emporté sur son passage en seulement huit épisodes grâce à un duo d’acteurs exceptionnel, une écriture intelligente et un univers sombre et glauque à souhait.

 

 

The Guest, un film de Adam Wingard : Critique

Critique du film, The Guest

Synopsis : Un soldat s’investit auprès de la famille d’un ancien camarade tombé au combat. Mais il devient un danger pour ces gens dès lors qu’ils découvrent les dangereux secrets de son passé.

Fallait pas l’inviter!

Après You’re next en 2013, un slasher surprenant et angoissant, plus dramatique qu’horrifique, avec des personnages plus profonds qu’à l’accoutumée dans ce genre de film, mais avec cette incapacité à rendre crédible les déferlements de violence, au point de les rendre souvent risible. Le réalisateur Adam Wingard, retrouve son scénariste Simon Barrett, pour ce thriller psychologique, lorgnant clairement du côté de Drive (2011), dans sa construction, esthétique, musique et un héros (Dan Stevens), avec des faux airs de Ryan Gosling et Bradley Cooper, mais sans avoir leurs talents d’acteur.

The Guest se déroule à l’approche d’Halloween et fait rapidement de David Collins (Dan Stevens), un croquemitaine. Dès son apparition de dos, se mettant à courir avec son sac à dos militaire, en direction de la ferme de la famille Peterson, le titre du film apparaît avec un son angoissant, donnant le ton de l’histoire.

Son intrusion dans la famille de son ami mort au combat, se fait avec une facilité déconcertante. La mère en deuil, lui ouvre toutes les portes, sans hésitation. Après une légère suspicion, il suffit d’une bière, pour que le père soit aussi sous le charme, de ce jeune homme aux yeux bleus, jouant de son charme, pour endormir ces gens influençables.

Le film est une série B, dénuée de psychologie, ne laissant place à aucun suspense. Pire encore, elle est plus proche d’un téléfilm, que d’un film, du moins dans sa première partie, avant que le rythme ne s’accélère et que la violence explose. Le schéma est le même que pour Drive : le calme, avant la tempête. A la différence, que Ryan Gosling était un personnage solitaire et protecteur, alors que Dan Stevens; même s’il possède aussi ces caractéristiques, est une bombe à retardement pour ceux qui l’entourent.

Dan Stevens souffre aussi d’un manque de charisme, et d’une absence d’émotions, faisant de lui une sorte de Robert Patrick, version T-1000 dans Terminator 2. Certes, c’est le rôle qui veut cela, mais on frôle en permanence le ridicule, avec cette fâcheuse tendance pour le réalisateur Adam Wingard, de rater ses scènes d’action, aux effets digne des productions des années 80. Il se révèle être l’héritier d’Albert Pyun, réalisateur des navrants, pour ne pas dire navets : Campus, Cyborg, Kickboxer 2 & 4, une sacrée référence.

Pourtant Dan Stevens, a du talent. Acteur Britannique de théâtre, révélé dans la série télévisée Downton Abbey, dans le rôle de Matthew Crawley. On a pu le voir plus tôt dans l’année, dans l’honnête thriller Entre les tombes, ou il campe un homme dont la femme a disparu. Il est à l’aise dans le genre dramatique, moins dans l’action. De plus, le supporting cast ne l’aide pas vraiment, à l’exception de Sheila Kelley et Brendan Mayer, les enfants des Peterson.

Personnages caricaturaux, une absence d’intrigue et de profondeur, The Guest est un film qui plaira aux amateurs de Drive, retrouvant sa musique électro-pop, son esthétique, avec de magnifiques plans, n’empêchant pas l’ensemble, d’être ennuyeux et basique. Pour d’autres, cela sera un plaisir coupable, où les neurones peuvent se reposer tranquillement, en s’éclatant face à la violence de certaines scènes. Puis pour certains, un film quelconque, qui laisse de marbre et s’oublie aussitôt, malgré quelques scènes réussies, de par leurs violences brutes.

Fiche technique : The Guest

USA – 2014
Réalisation : Adam Wingard
Scénario : Simon Barrett
Distribution : Ethan Embry, Dan Stevens, Lance Reddick, Joel David Moore, Meika Monroe, Leland Orser, Candice Patton et Jesse Luken
Montage : Adam Wingard
Photographie : Robby Baumgartner
Production : Keith Kalder et Jessica Wu
Société de production : Snoot Entertainment
Société de distribution : Picturehouse
Genre : Thriller
Durée : 99 minutes

Auteur : Laurent Wu

 

Loin des hommes, un film de David Oelhoffen : critique

 Des hommes et des dieux

Dans une vallée reculée de l’Algérie, près du désert, une petite école est dressée, là, résistant au vide qui se fait autour d’elle. A l’intérieur Daru (Viggo Mortensen), instituteur, fait la classe, en français. Il tente de retrouver, avec ses élèves, la date à laquelle on fait commencer communément l’Histoire. Quelques mains hésitantes se lèvent, et après une mauvaise réponse, l’un d’entre eux trouve : c’est l’écriture, sa découverte qui marque la naissance de l’Histoire, notre histoire, nos histoires. En bref, la naissance de la civilisation. C’est que cet instituteur, aussi étranger qu’algérien, sorte de citoyen du monde jamais à sa place nulle part, ne fait qu’apprendre à écrire à des enfants alors que les adultes tentent de prendre leur indépendance. Son enseignement est-il une résistance ou une colonisation ? Que dit-il vraiment à ces enfants ? On n’aura pas le temps de le savoir puisque des hommes armés débarquent dans l’école, non pas pour blesser Daru, mais pour le prévenir : la guerre est là, tout près. Plus tard, la paisible vie de l’instituteur se trouve bouleversée quand on lui confie Mohamed (Reda Kateb), un prisonnier qu’il se refuse à conduire « vers la mort ». Ce prisonnier-là a pourtant tué son cousin et devra le payer par la loi du sang. Cette loi que Daru ne cessera de remettre en question, et qui dit, en substance : « tu as tué l’un des miens, demain l’un des tiens mourra de mes mains » et ainsi de suite jusqu’à ce que tous soient morts. Le cycle sans fin est alors brisé. Si Daru refuse d’abord de conduire Mohamed, la mort d’une bête, qui s’effondre doucement, finira de le convaincre d’avancer, tout simplement. Chacun d’abord se méfie, se replie sur lui-même, prie pour rester en vie. Deux religions, deux identités, une seule maison et une marche commune. Dans une mise en scène sobre mais efficace d’abord, David Oelhoffen met ces deux hommes sur un même pied d’égalité. Daru offre à Mohamed son nécessaire, et veut le laisser fuir. Pourtant, Mohamed se résigne, sans courage, simplement, il accepte de mourir pour briser la loi. C’est presque un western avec son désert, son prisonnier, sa quête, sa colonisation. Voilà qu’il faut désobéir à la loi. Le réalisateur filme une violence sourde, jamais obscène,qui se retourne contre toute une civilisation à travers deux personnages : un pacifiste et un homme déchu.

« Deux hommes proches de la mort trouvent le chemin de la lumière »

La marche des deux hommes est une résistance sourde car elle n’est jamais violente par choix, car ni Daru, ni Mohamed ne souhaitent se confronter, ils veulent simplement ne pas choisir un camp, ne pas décider, mettre fin. Le film, au-delà des choix politiques, est une rencontre, un long échange de regards. Viggo Mortensen comme Reda Kateb offrent toute la force et la pudeur nécessaire à ces deux personnages. Bien sûr, l’instituteur ne choisit pas, ne décide pas. Il résiste par l’école alors même que c’est trop tard, comme lui fait comprendre un autre personnage : « il ne s’agit plus d’apprendre à écrire, on vous fout dehors ». Après un premier film (Nos retrouvailles) sur la paternité, David Oelhoffen nous sert un film sur la fraternité. Son titre « Loin des hommes », parle de destin, de fuite : partir, quitter le sentier tout tracé, fuir la barbarie, en cela il est le chemin qui mène loin de la civilisation mais c’est aussi un film profondément humain. Peu bavard, il guette tout se qui afflut sur le visage de Daru et de Mohamed : la peur, un sourire, mais aussi un regard de connivence pudique à la sortie d’un bordel. Si le grand héros avec un cœur « gros comme ça », c’est lui, Daru, qu’on suit dans le bordel où il part retrouver la paix charnelle, la force du film est de donner toute sa place à Mohamed. Une force qui le distingue magnifiquement de la nouvelle de Camus qu’il adapte L’hôte. Là, les deux hommes ont autant d’importance, quand Daru donne, quand Daru tue, quand Daru apprend, c’est pour et avec Mohamed. Il aurait pu être avec lui comme avec ses élèves, mais ce mutisme doux qui habite Mohamed, sa détermination vers la mort, déstabilise le dogmatisme de Daru. Même quand il exhorte Mohamed à vivre, ce dernier le renvoie à son impuissance. La liberté que veut transmettre Daru ne s’acquiert pas aussi facilement que dans les livres et c’est cela que montre David Oelhoffen, ce long chemin vers la lumière, sans rédemption. Tous deux le savent, la route est sans retour possible.

Et à la fin, la petite école est toujours là, plantée sur sa colline. Entre ces deux images d’école paisible, le film nous a maintenu dans une forme d‘inquiétude permanente quand au destin des deux hommes. Le rythme est lent, percé par de grands moments de rupture qui confrontent les deux hommes, et Daru surtout, à leurs croyances. Français, Algériens, leur engagement est là, il est total et ne peut se résoudre que dans la mort de l’autre camp. Ceux d’en face répondent aux ordres, Daru à ses convictions. Pourtant, au milieu, Mohamed veut toujours briser la loi. Qu’est-ce alors que cet engagement politique ? Plusieurs religions se côtoient ici, plusieurs hommes. Mais le film n’est pas plus sur la guerre d’Algérie qu’autre chose. Il prend cette partie de l’histoire comme toile de fond pour confronter des langues (Viggo Mortensen parle arabe et français dans un même souffle), des frères devenus ennemis, des idées. Le film ne décide pas qui a raison, qui a tort, il rend un hommage magnifique à cette rencontre, simple et puissante à la fois de deux hommes, deux grands acteurs qui regardent l’horizon et s’exilent enfin, loin des hommes, pour briser nos mythes fondateurs. Vivre, voilà simplement ce que décide Daru, même exilé, même meurtri. Et la lumière, comme la musique, (magnifiquement composée par Warren Ellis et Nick Cave, soient les compositeurs des films suivants :  L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford de Andrew Dominik et The Proposition de John Hillcoat) du film, le lui rendent bien. Mais le roi doit quitter son royaume.

Synopsis : 1954. Alors que la rébellion gronde dans la vallée, deux hommes sont contraints de fuir à travers les crêtes de l’Atlas algérien. Au cœur d’un hiver glacial, Daru, instituteur reclus, doit escorter Mohamed, un paysan accusé du meurtre de son cousin. Poursuivis par des villageois réclamant la loi du sang et par des colons revanchards, les deux hommes se révoltent. Ensemble, ils vont lutter pour retrouver leur liberté.

Loin des hommes – Bande-annonce 

Fiche Technique – Loin des hommes 

France – 2014
Réalisation: David Oelhoffen
Scénario: David Oelhoffen
Interprétation: Viggo Mortensen (Daru), Reda Kateb (Mohamed), Djemel Barek (Slimane)
Image: Guillaume Deffontaines
Durée : 1h37Date de sortie : 14 janvier 2015
Genre : Drame
Décor:  Stéphane Taillasson
Costume: Khadija Zeggaï
Montage:  Juliette Welfling
Musique: Nick Cave, Warren Ellis

coup de coeur csm

Satin rouge, un film de Raja Amari : Critique

Critique du film, Satin Rouge

Synopsis: Lilia est une mère tunisienne modèle, possessive et garante des traditions. Son mari décédé, elle surveille sa fille en permanence, pour sauvegarder l’honneur de celle-ci et éviter à la famille une perte de réputation. Face aux nombreuses soirées que sa fille passe à étudier chez une amie, et après une nuit où elle découche, elle décide de la suivre à un cours de danse du ventre. Observant celle-ci qui échange regards et sourires avec un musicien, elle se doute q’une liaison les unis. Elle se rend alors dans le cabaret où ce dernier joue tous les soirs…

Bons Baisers D’Orient !

Le Maghreb, tel qu’imaginé et fantasmé par beaucoup de monde, est un territoire peuplé de fanatiques religieux islamistes prêts à envahir notre si cher et tendre monde occidental à des fins sauvagement belliqueuses. Les récentes révoltes du peuple Arabe, la longue histoire du conflit israélo-palestinien, le métissage de plus en plus prégnant et inéluctable de notre pays, la peur d’une perde d’identité nationale au moment où l’Islam voit sa présence renforcée donc bien plus visible que les années précédentes sur notre sol, ainsi que bien d’autres sont des motifs véhiculés régulièrement aux informations, et ceci sans le temps de l’analyse nécessaire à la compréhension de cette culture foisonnante riche de plusieurs siècles. L’Occident saura pourtant s’en souvenir et grandement s’en inspirer pour bâtir et fortifier la sienne. Ces amalgames ingurgités et recrachés sans discernement aucun sont quelques-unes des explications du rejet de L’Homme musulman en général et de L’Homme Arabe en particulier.

Grâce soit donc rendu à Raja Amari de nous prouver que cette stigmatisation est particulièrement infondée et que cette entité possède au contraire une ouverture d’esprit largement accueillante, avec un sens de l’hospitalité faisant parti des us et coutumes de la civilisation Orientale. Il semble important de rappeler que la Tunisie, point d’orgue central du film Satin rouge, se tient relativement à l’écart d’une conception archaïque de l’Islam, contrairement à certains de ses plus ou moins proches partenaires maghrébins. De par son passé, elle a su éviter la majorité des écueils liés à cette problématique pour mieux transcender sa modernité et exalter le rapprochent interconfessionnel. C’était une volonté manifeste de son ancien président Habib Bourguiba et son peuple lui en était reconnaissant, même si ce consensus longtemps approuvé à fini par se fissurer à force d’emprise quelque peu dictatorial sur celui-ci. La Révolution du Jasmin qui s’en est suivi s’est avérée un rappel nécessaire pour quiconque outrepasserait cette règle d’or.

En situant le cadre de son scénario sur une mère élevant péniblement mais fièrement sa fille, la réalisatrice nous raconte sa Tunisie, pétrie de contradictions car habitée par une tradition ancestrale impossible à effacer et emprunte d’une modernité éprise de liberté et de renouvellement. Cette femme, veuve solitaire depuis qu’elle a perdu son mari, subvient tant bien que mal à leurs besoins en effectuant des tâches ménagères, et vit recluse chez elle en attendant tous les soirs sa progéniture, sa seule et unique famille proche. Le rituel, désuet au premier abord, est capital pour sa santé mentale et physique. C’est ce qui lui permet de se sentir toujours vivante. Il y a là une première radiographie du pays, entre une ancienne génération percluse de doutes ne sachant comment organiser sa vie nouvelle (chose encore plus marquante pour les femmes seules) et l’émergence d’une jeunesse étudiante embrassant l’avenir à pleins poumons. La dichotomie observée avec tellement de justesse souligne l’importance de la reconstruction identitaire qui doit s’opérer pour tirer le meilleur d’un passé inquiet pour assurer un avenir radieux. Un point de vue salutaire qui ouvre une analyse perspicace encore plus poussée pour tenter de prendre la pleine mesure du croissant doré. La télévision ou passe des romances sucrées, fil conducteur du récit, révèle bien des éléments essentiels de ce peuple. L’amour décomplexé et la beauté des sentiments se vivent par procuration dans une société où la place des hommes reste constitutive de son fonctionnement. Rêver à une vie meilleure reste un doux euphémisme en même temps qu’une vague promesse, qu’il est difficile de s’octroyer pour ces princesses. Arrive alors la découverte de ce cabaret, monde interlope intriguant s’il en est, ou le plaisir et la luxure de la danse paraissent, sinon prohibes, du moins fortement improbables pour les tenants d’une rigueur morale castratrice.

La danse du ventre, culture ancestrale fondamentale de L’orient, est un formidable moyen d’émancipation qui donne au corps féminin le plaisir jouissif de dominer le machisme ambiant. L’art qui s’en dégage doit impérativement être conservé et transmis, sous peine de voir un des piliers de cette culture enfoui à tout jamais. Son exécution demande force, courage et dextérité et la splendide sensualité qui en ressort ne doit pas se confondre avec une simple lascivité vulgaire. Partagée entre son désir de retrouver un souffle essentiel et renouer avec ses glorieux antécédents et l’angoisse d’un héritage moralisateur, la déesse se lancera finalement à corps perdu dans cette passion si longuement refrénée.

Le talent de Raja Amari prend tout son sens dans la description fine de la dualité éprouvée à l’égard de ce poids, elle ne juge personne mais regarde simplement les protagonistes s’échiner à respecter leurs convictions les plus profondes pour s’arrimer douloureusement à la vie qui passe. Le final en est la plus belle illustration. En fait de rancœur et d’amertume, cette mère Térésa soulignera sa bonté du cœur en faisant passer sa profonde tristesse d’avoir été trompée par l’homme qu’elle aime, par une ironie mordante au profit de sa fille tant aimée. Le magnifique portrait de la femme arabe dans toute sa splendeur. Hiam Abbas l’incarne à la perfection, rose fanée qui renaît au monde par la sensualité de ses courbes élancées. Elle seule (avec Ronit Elkabetz, une autre israélienne) correspondait parfaitement au portrait sensible de ces âmes tourmentées saisies par l’infinie charme de la mélancolie. Transpirant l’élégance et la classe folle, elle donne un visage radieux à ces perdantes grandioses.

Bande-Annonce Satin Rouge 

Satin Rouge : Fiche Technique

Tunisie, 2001
Réalisateur : Raja Amari
Scénario : Raja Amari
Avec : Hiam Abbass, Hend El Fahem, Monia Hichri, Maher Kamoun
Genre : Drame
Durée : 1h40
Sortie : 24/04/2002

Auteur : Le cinéphile Dijonnais (Sabri)

Les petites curiosités du cinéma – Anecdotes à déguster

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Anecdotes hilarantes sur le cinéma

On se pose tous ces questions : mais pourquoi les films sortent le mercredi, pourquoi peut-on manger des pop-corn ?  Quelle est la différence entre les effets spéciaux et les effets visuels ? Pourquoi les fauteuils sont-ils rouges ?  Jean-Sébastien Leroux, grand amateur et professionnel du 7ème Art et fondateur de Kidiwi Studio, vous offre avec son livre Les petites curiosités du cinéma, quelques anecdotes amusantes et particulièrement divertissantes, sur le monde du cinéma. Un petit objet de curiosité, en effet, qui peut constituer un joli cadeau de Noël aux curieux et aux cinéphiles les plus avisés.

Un florilège d’anecdotes distrayantes sur l’univers de l’Entertainement. Au fait, saviez vous qu’Avant, le cinéma pouvait tuer ? Étonnant mais vrai, en raison de l’utilisation de nitrate de cellulose lors de la fabrication de pellicule (composant extrêmement inflammable) interdit en France depuis 1922, suite à une tragédie s’étant déroulée en 1887…

Inglourious Basterds – Cinema Massacre

Les petites curiosités du cinéma est un livre drôle, on y trouve des réponses sur les liens entre mafia et cinéma, sur le titre le plus long et la durée moyenne d’un film. Des réponses sur : Comment compte-t-on les entrées ? La plus vieille salle ? L’évolution du prix de la place ? Quels sont les titres de films pornographiques les plus drôles empruntés au 7è Art ? Les plus gros changements de poids pour interpréter un rôle ? Quel est le film le plus sanglant de tous les temps ? Quel est le film le plus cher ? Hollywood ou Bollywood ? Quel est le générique d’ouverture le plus long pour un film ? Quel est le générique de fin le plus long ? Certaines réponses se trouvent sur le site l’Express

Quels sont les plus grosses erreurs dans les films ?  

Certaines erreurs nous font rire comme de voir une montre au poignet d’un soldat comme dans le film Gladiator, réalisé par Ridley Scott avec Russell Crowe, Joaquin Phoenix, dans Le Seigneur des Anneaux, Gandalf porte lui aussi une montre…

Qui n’a pas vu dans une scène, un anachronisme, une caméra ou encore des micros bien visibles… Dans le livre Les petites curiosités du cinéma, l’auteur a classé les films avec le plus de gaffes…

Des exemples à voir en passant votre souris sur les photos :

Le seigneur des anneaux : 173 fautes

Le Seigneur des Anneaux: le Retour du Roi (2003): 168 erreurs

En 142 sujets bien sentis, Jean-Sébastien Leroux nous entraîne dans son grand cinéma permanent : celui qui mêle sans avoir l’air d’y toucher, passion enfantine, érudition joyeuse et réflexions sur le 7e art.

Un petit système de fiches ingénieux pour éclairer les salles obscures, mais aussi nos lanternes!…

Les petites curiosités du cinéma, par Jean-Sébastien Leroux (ed. François Bourin), 156p., 16 euros.

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Moonrise Kingdom de Wes Anderson – Critique du film

Critique du film, Moonrise Kingdom

Synospsis : sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre, au cœur de l’été 1965, Suzy et Sam, douze ans, tombent amoureux, concluent un pacte secret et s’enfuient ensemble. Alors que chacun se mobilise pour les retrouver, une violente tempête s’approche des côtes et va bouleverser davantage encore la vie de la communauté.

Au pays de l’amour levant

« Voici l’île de New Penzance. 26 km de long. Plantée de pins et d’érables séculaires. Sillonnées de petits chenaux formées par la marée. Territoire Chickchaw. Pas de routes goudronnées (…) mais des kilomètres de sentiers, de chemins entrelacés, et un bac desservant la baie de Stone 2 fois par jour. Nous sommes en 1965. C’est ici, aux abords du détroit de Black Beacon, qu’une violente tempête, restée dans les annales, viendra s’abattre depuis l’est le 5 septembre. Dans 3 jours. »

Wes Anderson, dès son incipit, via le narrateur (Bob Balaban) nous plonge dans son univers créé de toutes pièces. L’île, factice, s’impose à nous ; submergé par les détails, le film s’ouvre sur un exposé, relevé géographique, topographique, et rapide historique. Le spectateur sait d’entrée où il se trouve et quand. L’élément dramaturgique est imposé dans les secondes qui suivent. Le décor est posé, les prémices de l’intrigue se découvrent lentement. Théâtralement W. Anderson ouvre son film sur un air de musique classique, disséquée par un présentateur, nous sommes dans une maison. Mécaniquement, la caméra observe la maison et ses habitants, un père, une mère, trois bambins, et leur grande sœur : Suzy. Jumelle au cou, enlaçant son chaton, le regard brave mais lointain, les cheveux roux, robe colorée, incandescente. Suzy Bishop (Kara Haward) gamine jugée difficile par ses géniteurs, avocats de profession. Sans véritable amis, passionnée de littérature fantastique, et entretenant une relation épistolaire salvatrice.

Comme souvent avec le réalisateur, l’amour est au centre, l’amour fou, l’amour impossible, l’amour y est surtout interdit. En effet déjà dans Rushmore, l’enfant tombait éperdument amoureux d’une institutrice, alors que dans La Famille Tenenbaum, le frère convoitait sa sœur (non biologique). Mais parmi les thèmes chers à Mr Anderson, la filiation, se distingue par sa récurrence dans sa filmographie : la quête d’une figure paternelle, l’approbation maternelle, autant de sujets qui viennent ponctuer ses films depuis une décennie.

Se dévoile ici, Sam Shakusky (Jared Gilman) héro, scout kaki, orphelin. Personnage central, mais absent lors de son introduction. Sam s’est fait la malle, pour le plus grand plaisir de ses camarades. Sam n’est pas très populaire, jugé bizarre, inadapté. Il est surtout celui qui répond aux lettres de Suzy, celui qui rempli sa boite aux lettres autant que son esprit.

L’on ne vous cachera pas que le diptyque amoureux se déroule autours de ces deux là. On vous laissera, en revanche, le loisir de tirer le voile sur leur histoire :

Vous les verrez s’enfuir, vous les verrez se retrouver, se perdre. Vous les verrez surtout s’aimer, comme seuls les enfants savent le faire. C’est avant tout un film d’amour, de copains, et d’aventure. Comme l’ont bien compris nos deux échappés, ou plutôt nos deux rescapés dirons-nous, qui se sont bien trouvés, échappant à un monde de grands qui ne les comprend pas. Cet amour, sentiment surpuissant, se cristallise durant la plus belle scène du film, au cœur de cette baie, jusque là innommée, devenue le « Moonrise Kingdom » après une brève envolée, passionnelle, liberticide par la suite.

La famille de Suzy s’opposera farouchement à leur liaison, pur délire infantile, fruit d’un esprit abimé, tordu, brisé. Sam apprendra de son côté, que la sienne, ou celle qui en faisait office, décide de ne pas le « reconduire ». Tel le bail d’un appartement que l’on veut quitter puisque la peinture s’écaille, et que le lavabo fuit. Se succéderont alors sur la scène de sa vie sans but apparent, des personnages tout aussi désarçonnés par les déceptions qui s’accumulent : le chef de tribu déchu (Edward Norton), le capitaine de police (Bruce Willis) dont l’amante le délaisse au profit d’un mari qui se sait trompé (Bill Murray). Interviendront ensuite l’action sociale, l’esprit scoute, et le cataclysme naturel, et dans un dénouement aux allures Shakespearienne, où la mort est sans doute préférable à l’amour brimé, Wes Anderson clôturera son meilleur film avec légèreté, dissipant la brume et les maux.

Nous baladant au gré d’une caméra toujours aussi vivante, cadrant ce qui ne saurait être cadré, la nature, insulaire, luxuriante, sauvage mais domptée. Dans une succession de tableaux aux couleurs délicieusement dépassées, spectre d’un décor onirique, idyllique, l’image y polarise l’attention dès que le récit s’y soustrait. Et, renforcée, par une bande originale sublime (signée Alexandre Desplat) le film ondule durant une heure et demie, glissant sur nos souvenirs d’enfants et nos expectations d’adultes.

Fiche technique – Moonrise Kingdom

Réalisation : Wes Anderson
Scénario : Wes Anderson et Roman Coppola
Interprétation: Jared Gilman (Sam), Kara Hayward (Suzy), Bruce Willis (Capitaine Sharp), Edward Norton (le chef scout Ward), Bill Murray (M. Bishop), Frances McDormand (Mme Bishop), Jason Schwartzman (Ben)…
Musique : Alexandre Desplat
Photographie : Robert D. Yeoman
Production : Wes Anderson/ Scott Rudin/ Steven Rales/ Jeremy Dawson
Société de production : Focus Features
Société de distribution (France) : Studio canal
Genre : Comédie dramatique
Durée : 93 minutes
Date de sortie française : 16 mai 2012

 

Qu’Allah bénisse la France, un film d’Abd Al Malik : Critique

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 [Critique] Qu’Allah bénisse la France 

Synopsis : Le parcours de Régis, un enfant d’immigrés congolais et élevé par sa mère catholique avec ses deux frères dans une cité strasbourgeoise. A travers la lecture, l’école, le hip-hop, l’islam puis l’amour, il va s’éloigner de l’influence néfaste de ses amis et de la violence urbaine, pour devenir un rappeur célèbre.

Un essai intimiste sur l’émancipation et la tolérance

Dix ans après la sortie de son roman autobiographique, le rappeur Abd Al Malik a réuni un budget conséquent et une équipe technique solide (avec notamment Pierre Aïm, le chef opérateur de La haine notamment, qui reproduit ici un splendide noir et blanc), afin d’adapter au cinéma cette chronique personnelle, dont l’intrigue se veut a contrario universaliste.

Rimes en Noirs et Blancs

La première spécificité du long-métrage est de se situer dans la cité du Neuhof, à Strasbourg, une ville éloignée des stéréotypes limitant les enjeux liés à l’immigration aux banlieues parisiennes ou marseillaises. Le contexte est modernisé, n’ayant pas lieu dans les années 80 durant lesquelles a grandi le réalisateur, mais bien de nos jours. Le quotidien, au cœur de ces cités HLM, du jeune Régis, est partagé entre sa scolarité (où il apparaît comme non seulement comme le seul noir, mais aussi comme un surdoué) et la petite délinquance. Sans vouloir rentrer dans le statut de révolté irréfléchi qui caractérise son frère ni, encore moins, de toxicomane, Régis est présenté comme un spécialiste du vol à la tire et du trafic de marijuana, cherchant malgré tout à se rattacher à des valeurs morales qu’auraient abandonnées ses amis. Une exposition qui, à trop vouloir donner une bonne image de son héros, en vient à stigmatiser son entourage, au point de sembler illustrative des arguments d’un élu FN local.

Heureusement, plutôt que de continuer à offrir un état des lieux alarmiste de la cité où il a grandi, Abd Al Malik a préféré concentrer la dramaturgie de la première partie de son scénario sur l’évolution individuelle de son alter-ego. Celle-ci passe par l’antagonisme entre les influences de ses amis et de son frère, et celles de trois femmes : sa mère, une catholique pratiquante dévouée au bien-être de ses fils, sa professeure de lettres qui lui apporte culture et confiance en soi, et sa voisine Nawel dont il est éperdument amoureux. La volonté de monter un groupe de rap apparait de plus comme l’unique moteur de son émancipation.

Le point de bascule scénaristique se fait lors de la confession du héros à l’islam, qui va dès lors devenir son principal vecteur psychologique. Cependant, celle-ci est mal amenée car peu justifiée. On voit Régis décider d’effectuer son rituel initiatique suite à la mort de l’un de ses amis d’enfance. Or, celui-ci ayant été caractérisé plus tôt comme un traître à qui Régis ne fait plus confiance, la scène de l’enterrement se voit affubler d’une surdose tragique en annonçant le sort funeste et prochain de plusieurs de ses participants. Plus que le deuil et le traumatisme de voir ses amis d’enfance tomber l’un après l’autre, l’influence de Nawel, au centre de la motivation de Régis de se trouver dans la pratique du soufisme une nouvelle identité spirituelle, aurait mérité un meilleur traitement.

Dès lors, la seconde moitié est plus axée sur les affres de la création artistique et la recherche de reconnaissance. Les obstacles que rencontrera Régis, qui se fait à présent appeler Abd Al Malik, et son groupe, seront essentiellement leur absence de moyens financiers et de la frilosité des majors, mais aussi l’islamophobie des médias de masse, la difficulté de mêler dévotion religieuse et ambition professionnelle (la question de la place de la musique dans l’islam, selon l’interprétation faite du Coran, sera d’ailleurs posée par son meilleur ami), mais aussi la résurgence d’anciennes affaires criminelles.

Voir ainsi Abd Al Malik être le seul parmi ses amis à éviter toutes ces embuches du destin pour atteindre le statut de star n’a pas du plaire à l’ancien groupe NAP, grâce à qui le rappeur s’est fait connaitre, bien avant de se lancer dans une carrière solo.

Au-delà de cet écart par rapport à la réalité, qui frôle le nombrilisme, la conclusion parvenue et son message prônant l’intégration républicaine et pluriethnique semblent être le summum de l’écriture terriblement littéraire et démagogique qui caractérise l’ensemble du scénario. Ponctué par des touches de poésie, via les paroles des chansons mais aussi par une voix-off pesante, le script est en effet tiraillé entre une volonté de sincérité touchante et un classicisme académique flagrant. Le résultat est une narration trop linéaire (hormis le premier plan) et un moralisme dénué de subtilité.

Ce que l’on retiendra finalement de meilleur dans l’écriture de Qu’Allah bénisse la France, est sans nul doute la prose avec laquelle Abd Al Malik écrit ses chansons mêlant argot local et références littéraires. Le film redonne ses lettres de noblesse à cet art en voie de disparition qu’est le rap conscient (les posters d’Assassin et de Raekwon aperçus dans la chambre de Régis lui font d’ailleurs un bel hommage).

D’un point de vue purement formel, on saluera la façon dont les images sont magnifiées par un noir et blanc de toute beauté, source de mélancolie et de délicatesse romantique. On ne s’étonne néanmoins pas de constater que la mise en scène du réalisateur soit parfois approximative, et que les cadrages, d’une maladresse qui prouve un certain amateurisme. Le couple d’acteurs, le jeune Marc Zinga (vu cette année dans Les Rayures du zèbre) et la rayonnante Sabrina Ouazani (aperçue dans Le passé d’Asghar Farhadi), comme tous les interprètes du film, majoritairement non-professionnels, réussissent à être parfaitement convaincants.

On ressort de ce film avec la tête pleine de bon sentiments et de tolérance mais aussi la certitude d’avoir assisté à une première expérience cinématographique d’un artiste qui n’en maîtrise pas le potentiel suggestif, et a signé par défaut, un pamphlet qui traite frontalement chacun des thèmes qu’il aborde. Du fait de la vacuité actuelle du marché français de films socialement engagés, Qu’Allah bénisse la France de par son traitement intimiste de l’islamisation des jeunes, devient, malgré ses maladresses, une œuvre singulière qui espérons-le, inspirera de jeunes cinéastes, de tous horizons, pour s’élever contre les propos racistes qui gangrènent de plus en plus notre pays.

Qu’Allah bénisse la France : Bande Annonce

Qu’Allah bénisse la France: Fiche technique

Réalisateur : Abd Al Malik
Interprètes : Marc Zinga (Régis / Abd Al Malik), Sabrina Ouazani (Sabrina Ouazani), Larouci Didi (Samir)
Scénario : Abd Al Malik
Photographie : Pierre Aïm
Montage : Kako Kelber
Musique : Abd Al Malik
Sociétés de production : G!braltar Films, Ad Vitam, France 2 Cinéma
Durée : 96 minutes
Genre : Chronique sociale
Date de sortie : 10 décembre 2014

France – 2014

Men, Women & Children, un film de Jason Reitman : Critique

Critique du film, Men, Women & Children

Synopsis : Men, Women & Children brosse le portrait de lycéens et de leurs parents qui doivent affronter l’impact des nouvelles technologies sur leurs rapports, leurs modes de communication, l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et leur vie amoureuse. Le film aborde ainsi plusieurs enjeux sociétaux, comme la culture des jeux vidéo, l’anorexie, l’infidélité, la course à la célébrité et la prolifération de contenus illicites sur Internet. Tandis que les personnages s’engagent dans des trajectoires, dont l’issue est parfois heureuse et parfois tragique, il est désormais évident que personne ne peut rester insensible à ce bouleversement culturel qui déferle sur nos téléphones, nos tablettes et nos ordinateurs. 

Internet, les réseaux sociaux et autres petites contrariétés 

Pour son sixième film, Jason Reitman adapte avec Erin Crissida Wilson, le roman éponyme de Chad Kultgen, traitant des relations humaines, à travers le prisme d’internet et des réseaux sociaux. Un film choral, n’évitant ni les longueurs et clichés. Pourtant cela fonctionne, grâce à un casting réussi, à des moments d’émotions et une certaine simplicité, qui peut-aussi être considérée comme un défaut.

Une voix-off nous accompagne tout au long des deux heures, c’est celle d’Emma Thompson. Elle nous conte tout d’abord l’histoire de la sonde Voyager 1, envoyée dans l’espace en 1977 pour signaler notre existence à d’autres formes de vies à travers notre galaxie. Elle a pris une photo de notre planète terre, qui est un insignifiant point bleu dans l’immensité de l’univers.

Sur ce point bleu, se trouve une ville du Texas ou va se nouer divers histoires, par le biais de personnages, parfois caricaturaux. On a un couple (Adam Sandler et Rosemarie DeWitt), n’éprouvant plus d’attirance l’un pour l’autre, noyé dans le quotidien, avec leurs deux fils, dont l’un d’eux (Travis Tope) est devenu accroc au sexe en ligne, au point de ne plus rien ressentir face à une personne IRL (In Real Life). Une mère (Jennifer Garner), surveillant toute les activités de sa fille (Kaytlin Dever), sur internet et les réseaux sociaux, au point d’avoir un traceur pour aussi connaitre ses moindres déplacements. Un fils (Ansel Elgort) vivant mal le départ de sa mère en Californie, le laissant seul avec son père (Dean Norris), dont le seul point commun et le football américain, qu’il va quitter, se plongeant dans les jeux en ligne. Une mère (Judy Greer) reportant sur sa fille (Olivia Crocicchia), ses rêves brisés de star hollywoodienne, en faisant d’elle une poupée, ne vivant que pour le succès et l’argent, au risque de basculer dans la pornographie. Enfin, une pom-pom girl (Elena Kampouris) obnubilée par son poids et amoureuse de la star du lycée.

A travers les diverses intrigues qui se nouent et parfois, se télescopent, le film traite de différents sujets, comme le suicide, l’anorexie et la pression sociale, poussant à sauter le pas sexuellement, malgré les risques de MST et Sida, et l’absence de dialogue sur le sujet.

Jason Reitman avait déjà fait une incursion dans le monde de l’adolescence, en abordant la grossesse chez l’adolescente dans le très réussi Juno, ou l’on avait déjà Jennifer Garner et JK Simmons au casting. On retrouve ici, un peu de son humour, mais par petites touches, l’histoire étant surtout un drame de la vie sociale. Mais il ne parle pas seulement des adolescents, car comme son titre l’indique, les hommes et femmes, sont aussi à l’honneur, même si ce n’est pas flatteur pour eux.

C’est surtout le manque de communication entre les générations, qui est pointé du doigt, en faisant d’internet et des réseaux sociaux, les responsables de ce fossé, qui s’est installé entre eux. Malgré tout ses outils mis à la disposition de l’être humain, la solitude est toujours aussi présente au sein de notre société. En début d’année, Her abordait déjà l’isolement de l’homme, se coupant du monde, après un drame et ne retrouvant qu’un peu de bonheur, au travers d’une intelligence artificielle, par le biais de la voix de Scarlett Johansson. Précédemment en 2013, le méconnu Disconnect avec Jason Bateman et Alexander Skarsgard, parlait du même sujet, mais sur un ton plus dramatique, au point de basculer dans le thriller.

Un casting réussi, peut sauver un film de l’ennui. C’est le cas ici, ou Ansel Elgort confirme son talent, déjà à l’oeuvre dans Nos étoiles contraires cette année. Jennifer Garner campe une mère rigide, qui finit par devenir détestable, tant sa performance est réussie. Adam Sandler, fait une nouvelle incursion dans le cinéma d’auteur, après Punch Drunk Love sous la direction de Paul Thomas Anderson en 2002. Il fait ici preuve de sobriété, démontrant encore une fois, qu’il pouvait être un bon acteur dramatique. Dean Norris, Rosemarie DeWitt et Judy Greer, sont de solides seconds rôles, sans oublier JK Simmons, qui est pratiquement dans tous les films de Jason Reitman. Kaitlyn Dever formant un couple émouvant avec Ansel Elgort, en devenant le point central du film.

Sur une musique pop et mélancolique de Bibio, Jason Reitman se fait un brin moralisateur, en stigmatisant cette nouvelle technologie. Elle semble salvatrice au début, avant de devenir destructrice, mais surtout par l’utilisation néfaste qu’en font les adolescents, tout comme les adultes. On peut regretter un manque de profondeur des personnages, dont certains devenant même insignifiants, tout comme l’absence de diversité, aussi bien physique, qu’ethnique.

Surement le film le moins réussi de Jason Reitman, même si sa réalisation se veut sobre, en restant au service des acteurs(trices), qu’il dirige toujours aussi bien. Il n’innove pas, ne prenant pas de risque, en restant tranquillement dans sa zone de confort, au risque de perdre de son mordant, mais aussi son public.

Fiche technique: Men, Women & Children

USA – 2014
Réalisation : Jason Reitman
Scénario : Jason Reitman et Erin Cressida Wilson
Distribution : Adam Sandler, Emma Thompson, Rosemarie DeWitt, Jennifer Garner, Judy Greer, Dean Norris, Ansel Elgort, Dennys Haisbert, Timothée Chalamet, Olivia Crocicchia, Kaytlin Dever, Elena Kampouris et JK Simmons
Musique : Bibio
Photographie : Eric Steelberg
Production : Jason Reitman, Helen Estabrook, Jason Blumenfeld, Michael Beugg et Mason Novick
Société de production : Right of way films
Société de distribution : Paramount Pictures
Genre : Comédie dramatique
Durée : 119 minutes
Date de sortie française : 10 décembre 2014

Auteur : Laurent Wu

 

Partons en voyage en Terre du Milieu avec Tolkien!

La Terre du Milieu, une destination originale, épique et plus que magique à visiter !

La Terre du Milieu est une destination qui plaira à quiconque aime voyager. Mais êtes-vous suffisamment courageux pour ce périple ? Si oui, préparez vos baluchons, vos victuailles, votre carte et vos boussoles, vous en aurez grand besoin pour cette aventure particulièrement périlleuse. Il est encore temps de revenir sur votre décision, hâtez-vous !

Si vous avez lu cette introduction, c’est qu’il est déjà trop tard. Vous êtes prêts à partir, allez c’est parti !

carte-terre-du-milieu

Et si la trilogie du Hobbit et celle du Seigneur des Anneaux ne se résumait pas uniquement à de simples adaptations réalisées grâce à l’imagination d’un homme? Et si Tolkien avait vraiment vu ce monde, vous savez cette fameuse Terre du Milieu, de ses propres yeux ? Pourquoi n’existerait t-elle pas, après tout ?

C’est un rêve, un fantasme que tous les fans de l’œuvre de Tolkien ou de Peter Jackson, ont dans le cœur. Une phrase poétique pour des histoires épiques (et pratiquement humaines). Des histoires qui ont su bercer l’enfance de chacun et réveiller notre âme infantile, cachée au plus profond de notre cœur de fan, maintenant adulte.

Partons donc ensemble en Terre du Milieu, et rencontrons les différents personnages que nous connaissons. La visite guidée sera courte mais votre voyage sera immensément long ! Si vous ne nous croyez pas, le seul moyen de le savoir est de faire ce périple dès maintenant, en imaginant tous, notre voyage en cette lointaine contrée qui s’annonce non seulement comme un excellent voyage littéraire, mais aussi un périple inattendu et improbable dans la trilogie du Hobbit.

► Dans un trou vivait un Hobbit. (C’est comme cela que Gandalf a débuté son histoire dans le 1er Hobbit, et que J.R.R Tolkien a lui aussi commencé son livre) Ce Hobbit n’était pas n’importe quel hobbit, il se prénommait Bilbon et habitait depuis sa naissance à Hobbitebourg. Situé dans la Comté, ce village est l’un des plus anciens de la Terre du Milieu et il abrite de nombreux Hobbits respectables. Cette bourgade sympa et sans bruit importun est un lieu en pleine nature. Une nature qu’il convient de voir de ses propres yeux, surtout si vous voulez faire la rencontre des Hobbits. Vous pourrez en passant goûter leur fameux cidre chaud à la cannelle.

C’est à Hobbitebourg que Gandalf, le vieux magicien ayant été l’un des Istari, et Thorin accompagné d’autres nains, convainquirent Bilbon de se joindre à leur quête pour récupérer Erebor. Et c’est après en effet qu’avec les nains (Thorin, Balin, Bifur, Bofur, Bombur, Dori, Dwalin, Fili, Gloin, Kili, Nori, Oin et Ori) et Gandalf, que le hobbit décida, après mûre réflexion, de partir à l’aventure, et ce pour notre plus grand bonheur.

C’est en direction du Bosquet aux Trolls qu’ils s’aventurèrent en premier lieu. Cette forêt sauvage des hautes herbes, située à l’ouest de Fondcombe, est un lieu effrayant où résident les Trolls des collines, des êtres puissants dépourvus de spiritualité, qui terrorisent quiconque a l’imprudence de traverser leurs terres, et qui dissimulent les monceaux de biens qu’ils dérobent dans des grottes peu profondes, afin que personne ne puisse trouver et voler leur trésor. Un lieu peu hospitalier donc. On vous déconseille fortement de tomber même en plein jour sur un Troll, qu’il soit des cavernes ou autre ! À évitez pour les malchanceux et même les amateurs d’aventures et de sport.

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Après le Bosquet aux Trolls passé, nos amis ont rejoint Fondcombe. Cette vallée secrète se situe dans les contreforts occidentaux des Monts Brumeux. Considérée comme la « Dernière Maison Familière à l’Est de l’Océan », c’est une Maison de sagesse, un lieu d’études, et un refuge accueillant pour tous les Elfes. Elle a traversé toutes les guerres des Deuxième et Troisième Ages. Un paysage à voir et à revoir donc ! C’est là, dans cette enclave elfique que le seigneur Elrond a lu les runes de la lune sur la carte des Terres sauvages de Thrin et que la communauté de l’anneau s’est formée. Une visite de ce lieu immanquable, la chaleur de l’endroit est magique et introuvable ailleurs, c’est une promesse assurément !

Bilbon a atteint ensuite la Grotte de Gollum, où pour sortir de ce lieu, il a joué à un jeu d’énigme avec un être étonnant. Peut-être aurez vous l’occasion et/ou la chance de le défier pendant votre visite…

Gollum

À savoir que la grotte de Gollum se situe sous une longue chaîne de montagnes s’étendant du nord au sud entre l’Eriador et le Rhovanion : c’est là que les anciennes Mines de la Moria et la grotte de Gollum se trouvent, et c’est dans cette même grotte que Bilbon a battu le vilain Gollum au fameux jeu d’énigme et qu’il est entré en possession de l’Anneau Unique.

Bilbon, Gandalf et les nains coururent ensuite jusqu’à la demeure de Beorn. Se trouvant sur une terre lointaine, Beorn, dernier homme capable de changer d’apparence, vit reclus. Vous le croiserez peut-être durant votre voyage, qui sait ? Pour info, on le retrouve dans le second volet.

Leur aventure ne s’est pas arrêtée là, nos amis la continuèrent en passant par la vaste forêt de l’est de Rhovanion. C’est dans cette forêt que le mal a étendu son manteau noir et que l’on peut faire la rencontre des araignées géantes. Un lieu à voir mais à ne pas visiter ! Bilbon et les nains savent de quoi je veux parler.

Thranduils-halls

La Forêt Noire bascula nos amis vers le Hall de Thranduil, situé au nord-est de la forêt ; ses innombrables passages (des grottes souterraines creusées dans les entrailles de la forteresse des Elfes Sylvains) protègent le roi Thranduil, son peuple et leur trésor.

Embarqués dans des tonneaux, Bilbon et les nains s’échappèrent de Thranduil en traversant la rivière de la forêt et firent la rencontre de Bard l’archer sur les rives en aval, qui les amenèrent à Esgaroth. Cette cité humaine située au sud de la Montagne solitaire, plaira à quiconque par ces animations, son paysage étonnant ; la bourgade est entièrement construite sur pilotis au milieu du lac « Long Lake ».

Comme nos amis, vous devrez continuer vers Erebor, le Royaume abandonné des nains. Ce pic était jadis la demeure d’un royaume prospère de Nains jusqu’au jour ou Smaug est arrivé. Il a alors contraint les nains à l’exil et s’est emparé de leur immense trésor.

Si l’envie vous en prend, vous pourrez crier ou bien dire pendant votre visite :  « Je ne suis pas venu pour vous voler, oh Smaug, l’incroyablement riche. Je souhaite simplement contempler votre magnificence! »
Vous pourrez terminer votre voyage vers la Montagne solitaire ; située dans le nord de Rhovanion, elle se trouve au dessus de la solitaire Erebor (Erebor aussi appelé le Royaume sous la Montagne) où des forces se sont affrontées dans l’une des batailles les plus historiques de la Terre du Milieu. Il s’agit bien-entendu de la Bataille des cinq armées. Un lieu qui plaira aux nostalgiques et aux fans d’Histoires, qui se souviendront et feront hommage au nain mort durant la bataille. Lieu que l’on peut admirer dans le troisième volet du Hobbit de Peter Jackson.

La-montagne-solitaire

Espérons que l’univers de J.R.R Tolkien offert par l’imagination et la réalisation de Peter Jackson vous plaira plus encore, après cette brève lecture du voyage et cette visite guidée en Terre du Milieu (réalisée par un habitant de cette contrée lointaine,) faîtes rien que pour vous!

Longuement décrite dans les livres de Tolkien, la Terre du Milieu est crédible car l’univers de Tolkien fait aussi appel à notre imaginaire et, en cela, trouve son intemporalité. Comme le dit Leo Carruthers, « Il y a des œuvres qui sont hors du temps et le Seigneur des Anneaux ainsi que le Hobbit en font partie. Tolkien fait partie de ces grands écrivains qui dépassent leur temps. Ses livres sont intemporels car ils ne sont pas limités à une seule période, ils dépassent leur génération ».

Retrouvez l’ultime volet du Hobbit le 10 Décembre 2014

Auteur : Lawrence L. Bourguignon

God Help the Girl de Stuart Murdoch : Critique du film

God Help the Girl, une mélodie twee pop douce et naïve qui rend heureux

Synopsis : la jeune Eve écrit des chansons en rêvant de les entendre un jour à la radio. À l’issue d’un concert, elle rencontre James, musicien timide et romantique qui donne des cours de guitare à Cassie, une fille des quartiers chics. Dans un Glasgow pop et étudiant, ils entreprennent bientôt de monter leur propre groupe. Un film musical de Stuart Murdoch, leader du groupe Belle & Sebastian.

God Help the girl nous désarçonne, en mélangeant le genre musical au genre narratif, tout en se démarquant des comédies musicales classiques. Certes, l’oeuvre s’inspire des classiques comme Grease et La Mélodie du Bonheur, mais l’interprète de manière moderne. Le terme moderne est important ici, indiquant un re-nouveau. Car cette comédie musicale est unique, ce film étant l’adaptation d’un album concept « God Help the Girl » (2009), créé par le leader du groupe écossais de swee pop des années 90, « Belle et Sebastian ».

Une idée de film originale, qui se transforme en pari risqué pour Stuart Murdoch. Sans l’incroyable participation financière des fans grâce à un site de Kickstarter, mais aussi l’aide du producteur Barry Mendel (connu pour avoir produit des films de Wes Anderson et Night Shyamalan), God Help the girl aurait pu ne jamais voir le jour.

Ce film-clip musical dépeint la dépression d’une jeune adolescente, Eve, qui fuit la réalité de sa maladie dans la musique et le Glasgow des années 90. Emily Browning interprète très pudiquement ce personnage hors nome, sachant montrer sa fragilité, mais aussi sa persévérance à accomplir son rêve. L’actrice nous berce de sa voix d’ange et on reconnait ici ses talents musicaux, qui avaient déjà été remarqués dans Sucker Punch de Snyder. Pourtant, la personnalité ambiguë d’Eve fait plutôt penser à son personnage d’Anna dans le film d’horreur Les Intrus de Charles et Thomas Guard : de la même manière, le spectateur se fit aveuglement au point de vue de l’héroïne, alors qu’un doute s’installe sur sa santé mentale tout au long du film.

A ces cotés, James (Olly Alexander) et Cassie (Hannah Murray), l’aident à s’intégrer dans un groupe et composer ses propres chansons. Le personnage très farfelu de Cassie, rappelle son homonyme de Skins. De nombreuses scènes l’évoquent : son choix de s’échapper par la fenêtre au lieu de passer tout simplement par la porte, ou encore son cornet de glace jeté à la va-vite pour courir rejoindre Eve.

Le réalisateur se reflète dans le personnage de James, en jeune guitariste gentil et un peu timide, qui fait tout pour aider Eve à réaliser son rêve. De la même manière qu’il a soutenu les chanteuses du groupe « God Help the Girl » à sortir leur propres chansons. Stuart s’est d’ailleurs beaucoup inspiré des histoires et expériences vécues avec le groupe « Belle et Sebastien ». Mais James tombe malgré lui sous son charme, et s’en mord les doigts. Car la belle, à l’image de l’héroïne Anna Karenine, est déjà éprise du mauvais garçon, Anton (Pierre Boulanger). Pourra t’elle s’en rendre compte avant qu’il ne soit trop tard et faire le bon choix?

Une certaine influence d’autres réalisateurs de comédies musicales se perçoit à travers les scènes musicales, mais pas seulement. L’esthétique colorée, le style vestimentaire des personnages, et même ces figures d’enfants/adultes rappellent l’univers de Wes Anderson (Moonrise Kingdom, The Grand Budapest Hotel, etc). Si le réalisateur nie toute influence de Jacques Demy, ( » Je n’ai vu aucun des ses fims. (…) Je n’aime pas les films musicaux. Ce qui est ironique, bien sur venant de quelqu’un dont le premier film est une comédie musicale »), il y a pourtant une ressemblance dans la chorégraphie synchrone, les décors en accord avec les costumes, et ces dialogues chantés qui nous font oublier presque que God Help the girl est un film. Des passages du sépia, aux filtres colorés puis aux négatifs et surimpressions, tout y passe pour rendre les scènes musicales très fantaisistes et irréelles. Ces moments où Emily Browning chante en regardant la caméra, nous ramènent à cette univers musical très décalé, qui heureusement, ne dure pas tout le film : ces séquences sont certes appréciables, mais parfois déstabilisantes pour le spectateur.

Les voix des acteurs ont parfois été mal synchronisées. Certes, ils n’étaient pas les chanteurs d’origine. Le liping (synchronisation du mouvement des lèvres avec l’image) parait décalé par moment, ce qui est une erreur frappante pour une comédie musicale. Puis la caméra qui voltige, toise les acteurs dans leur chorégraphie, en diagonale, puis en verticale, donne presque le vertige. Enfin, ce montage qui imite le clip musical et mélange les genres, donne une fois encore une dimension trop décalée par rapport au récit.

La B.O. du film est bien sur centrale, puisqu’il s’agit ici d’un film adapté d’un album concept, les paroles relatent les petites aventures d’Eve. Afin de mieux appréhender le film et son univers, il est indispensable d’apprécier ce style musical de vocal girls très mélancolique. Voici quelques extraits :

– The Psychiatric Is In

– If you could speak

– I’ll have to Dance with Cassie


Bien qu’étant assez abstrait et lyrique, le problème de dépression d’Eve est abordé avec finesse, et sans tomber dans le pathétique God Help the girl garde le ton léger de la comédie tout de long. En contraste, l’histoire parvient à traiter sérieusement le problème d’Eve qui doit arrêter de fuir, accepter de se faire soigner, pour enfin devenir la chanteuse qu’elle veut être. Un combat qui se manifeste dans sa passion pour la musique et le chant. En toile de fond, c’est la situation des jeunes de Glasgow qui est dépeinte, tout en opposant l’univers rock à la pop, les neds aux jeepsters. Des univers et des époques qui se mélangent et créent cette esthétique typique des films anglais.

Fiche Technique – God Help the girl

Réalisateur : Stuart Murdoch
Producteur : Barry Mendel
Scenariste : Stuart Murch
Casting : Emily Browning (Eve); Olly Alexander ( James); Hannah Murray (Cassie), Pierre Boulanger (Anton)
Durée : 111 minutes
Origine : Grande Bretagne
Date de sortie (FR) : 03/12/2014

Le Hobbit : la Bataille des Cinq Armées, un film de Peter Jackson : Critique

Critique du film, Le Hobbit : la Bataille des Cinq Armées

Synopsis : Atteignant enfin la Montagne Solitaire, Thorïn et les Nains, aidés par Bilbon, ont réussi à récupérer leur royaume et leur trésor. Mais ils ont également réveillé le dragon Smaug qui déchaîne désormais sa colère sur les habitants de Lacville. A présent, les Nains, les Elfes, les Humains mais aussi les Wrags et les Orques menés par le Nécromancien, convoitent les richesses de la Montagne Solitaire. La bataille des cinq armées est imminente et Bilbon est le seul à pouvoir unir ses amis contre les puissances obscures…

Un adieu à la Terre du Milieu assez décevant

Les aventures du Hobbit arrivent à leur terme, après que Peter Jackson ait laissé monter la pression par le biais d’un second opus qui se terminait d’une certaine manière à la limite du sadisme. Un troisième et ultime opus qui vient clore une trilogie qui aura su faire couler beaucoup d’encre parmi les spectateurs, certains ayant été aux anges jusque-là, d’autres n’étant toujours pas convaincus par l’entreprise d’adapter un livre de 300 pages (environ) en trois longs films. Si ce dernier argument n’était qu’une question de point de vue, il va pourtant se révéler être unanime aux yeux de tous, cette fameuse Bataille des Cinq Armées se présentant comme l’épisode le moins réussi de la saga (Le Seigneur des Anneaux y compris).

Comparer Le Hobbit avec l’autre trilogie a toujours été une réaction absurde. Certes, Peter Jackson a réalisé l’intégralité des films en reprenant la même équipe de tournage et des décors similaires. Mais les deux histoires de base étaient en tout point différentes : Bilbo le Hobbit se présentait sous la forme d’un conte pour enfants (d’où la légèreté de l’ensemble et quelques chansons rigolotes), Le Seigneur des Anneaux se montrait plus mature, plus violent (l’atmosphère y était beaucoup plus sombre). Que la saga du Hobbit n’ait rien à voir avec la première, c’est normal voire fidèle aux œuvres elles-mêmes. Seulement, avec ce film, Peter Jackson devait à tout prix établir la connexion avec Le Seigneur des Anneaux, faisant de cette comparaison une évidence qui va lui être fatale.

Non pas que le long-métrage soit mauvais, loin de là. Avec ce troisième opus, Peter Jackson a voulu se montrer généreux niveau spectacle, le changement de titre (Histoire d’un aller et retour à La Bataille des Cinq Armées) représentant parfaitement cette ambition. Du coup, le film démarre aussitôt là où le précédent avait laissé le spectateur (l’attaque de Lacville par Smaug), pour continuer sur la préparation de ladite bataille qui va occuper une place importante dans cet épisode (soit 75% de son contenu) jusqu’au dénouement tant attendu. Et question action et autres moments héroïques, le film n’en manque aucunement. Peter Jackson prouve une fois de plus qu’il est passé maître dans l’art du divertissement en arrivant à proposer des séquences sur le papier invraisemblables (dont les cabrioles de Legolas) tout bonnement récréatives et jouissives. Le tout servi par de bons acteurs qui rendent leur personnage respectif attachant (la mort de certains vous toucheront), des effets spéciaux de qualité et une bande son exceptionnelle. D’autant plus que Jackson s’est (encore) permis quelques libertés avec le livre pour, justement, renforcer l’intérêt du spectateur vis-à-vis de l’histoire : le travail scénaristique des personnages (Thorïn, Bard, Tauriel…), la modification de certaines séquences pour les rendre plus palpitantes à l’écran… En somme, tous les ingrédients qui font un blockbuster de qualité sachant divertir !

Malheureusement, cette bataille va en décevoir plus d’un, à cause du scénario qui montre qu’adapter Bilbo le Hobbit en trois films n’était pas la meilleure des idées. Le Retour du Roi (la comparaison rentre en scène !) proposait une bataille somptueuse, celle-ci étant découpée de moments parallèles bien écrits et puissants, qui renforçaient le côté spectaculaire de l’ensemble. La Bataille des Cinq Armées, c’est un affrontement qui s’éternise avec de simples duels (dont Thorïn face à Azog) prenant le pas sur la bataille principale (Peter Jackson ne semblant s’intéresser qu’à eux) et qui semblent avoir été ajoutés pour meubler le film (ce dernier n’ayant pas grand-chose à raconter), pour lui permettre d’atteindre une durée « rachitique » (par rapport aux films précédents) de 2h30 et se clôturer sur un dénouement expédié à la va-vite. En somme, La Bataille des Cinq Armées est un divertissement qui part dans tous les sens pour pas grand-chose et pour moins spectaculaire. La faute également aux effets numériques, toujours aussi beaux, mais qui atteignent ici leur limite : s’ils apportaient du charme et un côté enfantin aux deux premiers opus, ils rendent la fameuse bataille moins crédible et donc moins palpitante qu’annoncée. Le long-métrage est peut-être devenu un peu plus sombre pour ce rapprocher du Seigneur des Anneaux, il ne lui arrive pourtant pas à la cheville, manquant singulièrement de souffle. Ni même à celle des séquences des autres opus, comme la dernière demi-heure de La Désolation de Smaug.

Le fait qu’il s’agisse de la version cinéma (la longue, qui proposera 30 minutes supplémentaires, devrait débarquer dans les bacs en novembre 2015) mais aussi de l’épisode le plus court renforce également le côté décousu et brouillon du film. En plus de s’éterniser sur la bataille, cette version balance aux spectateurs des invraisemblances qui seront (sans doute) corrigées dans la longue : le sauvetage de Gandalf à Dol Guldur, Thranduil envoyant son fils Legolas à la rencontre d’Arathorn, l’intervention des Aigles chevauchés par Radagast et Beorn, le fait que Bilbon rentre chez lui avec un coffre… Tous les films de la saga se sont présentés ainsi, mais jamais cela ne se voyait autant : les coupures sont visibles comme le nez au milieu de la figure, donnant l’impression d’avoir une version incomplète au possible.

Le film est beau et remplit son cahier des charges avec savoir-faire. Peter Jackson, en tant que créateur de divertissements, n’a plus rien à prouver, sans l’ombre d’un doute ! Mais contre toute attente, La Bataille des Cinq Armées n’est pas la conclusion que le spectateur était en droit d’attendre. Au lieu d’avoir le graal en matière d’heroic fantasy, il se retrouve avec un film bancal et pas aussi généreux qu’il prétendait l’être. Un adieu à la Terre du Milieu assez décevant, qui peut encore se rattraper avec sa version longue. Mais à cause de cet opus, il est enfin clair que la trilogie du Hobbit n’a pas su rivaliser avec celle du Seigneur des Anneaux, et c’est fort dommage. Peut-être que l’attente était un peu trop forte. Il n’empêche que le résultat est là…

Le Hobbit : la Bataille des Cinq Armées – Bande-annonce

Fiche technique – Le Hobbit : la Bataille des Cinq Armées

Titre original : The Hobbit : The Battle of the Five Armies
États-Unis, Nouvelle-Zélande – 2014
Réalisation : Peter Jackson
Scénario : Peter Jackson, Fran Walsh, Philippa Boyens et Guillermo del Toro, d’après l’oeuvre de J.R.R. Tolkien
Interprétation : Martin Freeman (Bilbon Sacquet), Ian McKellen (Gandalf), Richard Armitage (Thorïn), Luke Evans (Bard), Evangeline Lilly (Tauriel), Lee Pace (Thranduil), Orlando Bloom (Legolas), Cate Blanchett (Galadriel)…
Date de sortie : 10 décembre 2014
Durée : 2h36
Genres : Fantastique, aventure
Image : Andrew Lesnie
Décors : Simon Bright
Costumes : Ann Maskrey et Richard Taylor
Montage : Jabez Olssen
Musique : Howard Shore
Budget :  250 M$
Producteurs : Peter Jackson, Fran Walsh, Carolynne Cunningham et Zane Weiner
Productions : New Line Cinema, Metro Goldwyn Mayer, WingNut Films et 3Foot7
Distributeur : Warner Bros. France