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Le Père Noël, un film de Alexandre Coffre : Critique

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Critique du film, Le Père Noël

Synopsis : Le petit Victor doit se coucher tôt car c’est ce soir que vient le père noël pour distribuer ses cadeaux. Quand il voit Tahar Rahim débarquer en tenue complète, il est persuadé que son vœu va se réaliser et que celui-ci va l’emmener sur son traîneau dans les étoiles. Problème, ce dernier n’est qu’un cambrioleur en permission pour une nuit hors de prison. Les deux vont s’entraider et passer un réveillon des plus mouvementés.

Une avant-première au goût de marketing

Il n’est pas inhabituel de voir des avant-premières le dimanche pour les gros films familiaux, mais celle-ci était un peu particulière. Tout d’abord par la présence des comédiens et du réalisateur, qui à part le petit Victor Cabal n’avaient pas grand-chose à dire. Ensuite pour la présence  de sacs de goodies sur les sièges. La projection étant tout public, on pouvait être surpris de retrouver ce genre d’action de communication d’habitude réservée aux professionnels.

A l’intérieur, on pouvait trouver : du soda, un petit père noël en chocolat, un jeu de société de voyage, un cahier de notes, ainsi qu’un bon de réduction pour le jeu vidéo à figurines « Skylanders ». Ce dernier point est particulièrement intéressant, car Le Père Noël propose un vrai placement produit durant tout le film, digne d’une production Luc Besson. Le jeu d’Activision se trouve dans la liste de Noël du petit garçon, au cœur d’une intrigue secondaire et fait partie des cadeaux de fin. S’il n’est pas complètement scandaleux de retrouver ce jeu dans le film, au vu du succès qu’il rencontre auprès des plus jeunes, il choque dans un contexte ou aucune autre marque n’est citée et où les jouets ont une place très secondaire.

Un film policier pour enfants 

Le Père Noël est un film qui se déroule en une nuit. Cette unité de temps donne une certaine crédibilité à l’intrigue. Tout repose en effet sur un malentendu initial (l’enfant a envie de croire que Tahar Rahim est le Père Noël) qui va très vite amener les personnages à collaborer dans une mission de cambriolages.

L’enjeu est en effet double pour Tahar Rahim : récupérer assez d’argent pour rembourser un mafieux (interprété par Michaël Abiteboul, le Seth Rogen roux français) et, parce qu’il se blesse rapidement, apprendre son « métier » à l’enfant.

L’essentiel de l’intrigue se rapproche donc d’un film policier : tension dans les cambriolages, bagarre, gros mots, police, et milieux interlopes sont au programme. Ce genre est très peu représenté dans le cinéma jeunesse (il ne nous vient à l’esprit qu’Une vie de chat) et il est facile d’imaginer pourquoi : comment rendre le suspense, la violence et l’immoralité sans choquer les enfants ?

Le Père Noël répond à cette question en adoptant le regard de l’enfant. Cette virée nocturne est pour lui l’occasion de découvrir Paris illuminée par les décorations hivernales, mais aussi de se découvrir des qualités d’acrobatie et de courage. Son regard est dirigé par les mensonges de Tahar Rahim : le grand méchant devient le père fouettard, un bidonville devient le village des lutins camouflé pour ne pas être découvert, tandis que les danseuses des folies bergères sont filmées comme des fées. Enfin, le contenu global du film reste relativement timide : le film est court (01h20), les méchants sont assez peu présents, et il ne s’y passe rien de bien impressionnant pour un adulte. Si la tension monte au fur et à mesure que l’enfant prend conscience de ce qu’il se passe, on n’est jamais vraiment inquiet quant au happy end final.

Un vrai film de Noël

Qui dit film de Noël, dit morale rédemptrice autour d’un chocolat chaud. Le Père Noël n’échappe pas vraiment à cette règle, même s’il essaie d’en jouer. En tant qu’apprenti du père noël, le jeune héros va apprendre à dire des gros mots, à cambrioler, voir ses premières femmes peu vêtues, ce qui surprend dans un tel film grand public. Heureusement vient toujours le moment où les bonnes mœurs sont respectées : jurer, c’est mal et voler encore plus. Au final c’est l’enfant qui va apprendre la vie à l’adulte, pour une histoire de rédemption comme nous les aimons tant : de délinquant sans futur, Tahar Rahim va pouvoir devenir une figure paternelle crédible. N’est-ce pas là le vrai miracle de Noël ?

Un beau cadeau de noël ?

Visuellement, Alexandre Coffre livre un travail sérieux : si le rythme n’est pas extraordinaire ou les cadres très innovants, le film est plutôt joli, avec notamment quelques plans qui vous feront dire : que c’est beau une ville la nuit ! Le duo Tahar Rahim Victor Cabal, fonctionne bien et on suit leurs aventures sans frisson particulier, mais sans non plus s’ennuyer.

D’où la question : faut-il voir ce film ? Le film ne s’adresse pas aux adultes, malgré la présence en vedette de Tahar Rahim. Contrairement à un grand dessin animé Pixar ou Aardman, il ne propose pas de scène visuellement époustouflante ou de discours à plusieurs degrés. Le film s’adresse à un public jeune (a priori entre six et douze ans) mais son aspect buddy movie criminel risque de faire peur aux parents. La salle était remplie d’enfants, mais il est difficile de dire s’ils ont aimé le film : le silence qui a régné tout du long semble tout de même être le signe qu’ils étaient intéressés par ce qui se passait à l’écran.

De sorte que oui, le père noël est un bon film dans le sens où il réalise pleinement son projet. Est-ce celui que le public attend ? Sa sortie le 10 décembre nous en donnera la réponse.

Le Père Noël – Bande-Annonce

Fiche technique : Le père Noël

France – 2014
Date de sortie : 10 décembre 2014
Réalisateur : Alexandre Coffre
Interprètes : Tahar Rahim (le père noël), Victor Cabal (Victor), Michaël Abiteboul (le père fouettard)
Scénario : Rachel Palmieri, Fabrice Carazzo, Alexandre Coffre, Laurent Zeitoun
Photographie : Pierre Cottereau
Décors : Gwendal Bescond
Musique : Klaus Badelt
Sociétés de production : Quad Productions, Mars Films, M6 Films

Frank, un film de Lenny Abrahamson: Critique

 Critique du film, Frank

Synopsis : Complètement par hasard John, apprenti auteur/compositeur à la recherche d’un premier engagement, se retrouve à enregistrer un disque avec le groupe de l’extravagant Frank. L’enregistrement se révèle rapidement être un moment autant épique qu’exaltant.

La nostalgie des 70’s

Nouveau film de Lenny Abrahamson (What Richard Did), Frank est un hommage aux groupes marginaux qu’on a vus fleurir dans les années 70, ces artistes bidouilleurs toujours à la recherche d’une création originale, d’un nouveau son et qui, la plupart du temps, finissaient dans l’anonymat des incompris. Frank est un film britannique jusque dans son code génétique : l’humour et l’esprit transpirent la langue de Shakespeare, la sauce à la menthe et la musique pop. Frank est un petit OVNI du 7ème Art, un film aux parfums d’artisanat à la distribution prestigieuse et au scénario qui trouve son humour dans un culot monstre et une marginalité assumée, tour d’horizon.

Michael est une tête !

Ce qui frappe dès l’affiche, c’est cette énorme fausse tête (aux airs d’Astro Boy) portée par Michael Fassbender (X-Men, Unglorious Basterds) et qui continue d’interroger même après la fin du film. Elle est un grain de folie aussi bien du personnage que des scénaristes Jon Ronson (auteur des mémoires dont est tiré le film) et Peter Straughan. Elle rebute à priori, parce qu’elle prévient de manière très claire que ce film sera différent et que cette différence, il faudra l’accepter pour profiter des 95 minutes parfois dignes de l’univers ubuesque d’Alfred Jarry. Néanmoins, les plus rétifs seront sauvés par un humour omniprésent, cet humour britannique qui figure sur la plus haute marche de la poilade mondiale. Car si les scénaristes ont créé des membres du groupe qui semblent très souvent si sûrs de la qualité indéniable de leurs créations (souvent proches des Précieuses Ridicules de Molière), ils n’oublient pas qu’un grain de folie peut être hilarant. On rit donc beaucoup et comme toujours chez les grands-bretons, l’humour est toujours à plusieurs degrés.

Avoir l’esprit de groupe

D’un côté il y a Frank, gourou doux dingue et auteur d’improbables paroles de chansons. De l’autre il y a le groupe, avec ses conflits, ses aspérités et ses rivalités. Il faut les voir, passer la moitié du film (des mois dans l’histoire), dans une vieille et miteuse maison isolée au milieu des bois, pour enregistrer « l’album de leur vie ». Il faut les voir se prendre tellement au sérieux, persuadés que leur album révolutionnera le monde de la musique. Pourtant, ils ne sont pas ridicules ou pathétiques, on se prend même à les admirer pour leur acharnement, pour leur travail sur une œuvre dont ils ne parviennent pas à accoucher, tels des conquérants de l’impossible. Tout cela vu à travers les yeux de John, dernière pièce rapportée et apprenti auteur/compositeur, tour à tour exalté ou désabusé par les frasques et les caprices d’artistes exigeants, il apprend, avec patience, l’art difficile de la composition : avec des notes de musique, avec les autres et avec lui-même.

Fassbender : la tête de l’emploi

De prime abord, Michael Fassbender qui passe la quasi-totalité du film avec une fausse tête sur sa vraie tête, au mieux ça inquiète, au pire ça refroidit. Puis l’acteur se souvient qu’un comédien doit avant tout savoir user de son corps et là, le tour de force est étonnant. Il parvient par des mouvements et des postures, à donner vie à cette tête de pacotille, il lui donne sentiments et expressions, pour nous rendre familier un homme masqué. Michael Fassbender n’est pas seul et n’est que la tête de pont d’un prestigieux casting dans lequel figurent entre autres Domhnall Gleeson (Il Était Temps, Star Wars VII : Le Réveil De la Force) et Maggie Gyllenhaal (White House Down, The Dark Knight), beaucoup plus extravertie qu’à l’accoutumée et pleine de conviction dans son rôle de pianiste irascible.

De l’art ou du néant ?

Quand on y réfléchit Frank restera comme une réflexion sur la création artistique et sur toutes les questions qu’elle soulève. Celle de sa définition : l’art doit-il être beau ? Le talent suffit-il à le définir ? Ne nait-il que parce-que son créateur est convaincu qu’il s’agit d’art ? Celle de son utilité : est-il un lien indispensable entre le créateur et son public ? N’est-il qu’une nécessité créatrice vitale pour son auteur ? N’existe-t-il que lorsqu’il trouve un public ? Un film à l’humour féroce sous lequel se cache donc un bijou d’humanité doublé d’une profonde réflexion qui rappellera donc étrangement Les Précieuses Ridicules de Molière, par cette capacité de certains à créer des œuvres totalement obscures, à ceci prêt que se posait la question du talent de ces précieuses. Quant au talent de Frank, chacun jugera…

Frank | Trailer Officiel

Fiche Technique : Frank

Réalisateur : Lenny Abrahamson
Origine : Royaume-Uni/Irlande
Direction artistique : Richard Bullock
Musique : Stephen Rennicks
Décors : Kevin Pierce
Photographie : James Mather
Costumes : Suzie Harman
Montage : Hughes Winborne
Production: David Barron, Ed Guiney, Stevie Lee et Andrew Lowe
Sociétés de production: Element Pictures, Film4 et Runaway Fridge Productions
Société de distribution : Artificial Eye
Durée : 95’
Sortie France : 4 février 2015
Casting : Michael Fassbender, Maggie Gyllenhaal, Domhnall Gleeson, Scott McNairy, François Civil
Récompenses aux British Independent Films Awards 2014:
– Meilleur scénario
– Meilleur Technicien

Auteur : Freddy M.

Poker Night, un film de Greg Francis – Critique

Critique du film, Poker Night

Synopsis : Jeter, un jeune enquêteur policier rejoint des collègues beaucoup plus anciens pour leur habituelle partie de poker au cours de laquelle ils confient certaines de leurs expériences au jeune Jeter. Mais une nuit, à la sortie d’une de ces soirées poker, Jeter et sa nouvelle petite amie Amy sont enlevés par un fou psychopathe. Seuls son ingéniosité et  les indices semés dans chacune des histoires de ses collègues policiers lui permettront de s’en sortir et de démasquer le coupable.

Voilà une des bonnes surprises de la semaine avec le film Poker Night, de Greg Francis. Prévu pour sortir le 19 décembre prochain dans les salles obscures américaines et disponible en vidéo à la demande depuis le 5 décembre, ce film est un subtil mélange de thriller et d’horreur avec un léger zeste d’humour noir. Car malgré son titre, ce film n’a pas pour thème le poker qui n’est ici qu’un prétexte à la rencontre entre policiers. Une connaissance basique des règles du poker sera nettement suffisante pour apprécier le film.

Un méchant remarquable

Les points forts de ce film sont légions, le premier d’entre eux étant certainement le scénario. Avec un système de flash-backs quasiment tout au long du film et les histoires parallèles de chaque flic, c’est tout un enchevêtrement d’événements différents qui parcourent notre cerveau, alors que l’on cherche la solution à ce mystère tout comme le héros emprisonné, sans nous perdre non plus pour autant dans une intrigue trop compliquée. Le méchant du film est aussi un personnage très fort, avec son masque terrifiant rappelant celui de l’Épouvantail Jonathan Crane dans Batman Begins, et un humour noir assez décapant au cours de scènes vraiment marquantes quand ils s’essayent à ses premiers méfaits.

Un casting 3 étoiles

Le casting est un ravissement, notamment en ce qui concerne les vieux flics désabusés assis autour de la table de poker. Avec Ron Perlman, célèbre pour ses rôles dans La Guerre du Feu et Alien, La Résurrection ou dans la très bonne série TV Sons Of Anarchy, Giancarlo Esposito, inoubliable Gustavo Fring dans Breaking Bad, Titus Welliver, bien connu des fans de Lost pour son rôle de némésis de Jacob, ou encore Ron Eldard et Corey Large, on a affaire à une belle bande de policiers chacun affectés différemment par leur métier. Beau Mirchoff, qui interprète le héros, est auteur d’une performance impressionnante. La plastique de sa petite amie Amy, jouée par Halston Sage, ne laisse également pas indifférent.

Noir mais pas gore

Comme un mélange entre Seven et Usual Suspects, on se retrouve toujours à se questionner sur l’identité du kidnappeur/amateur de jeunes filles lorsque l’on se retrouve plongé dans les flash-backs, tout en étant sur les nerfs et horrifié par les scènes de torture physique et psychologique des 2 amoureux. Bref, un vrai thriller, avec une vraie ambiance étouffante, aussi bien autour de la table de poker, dans la cave où le héros est retenu prisonnier, que dans les flash-backs sur la vie des policiers. Avec plusieurs niveaux de lecture, des renversements de situation et révélations inattendues jusqu’à la fin et des acteurs au top, Greg Francis, pour son premier film après avoir uniquement travaillé pour la télévision, nous livre un film prenant de bout en bout. Un bon petit plaisir à ne surtout pas bouder.

Poker Night – Fiche Technique

Canada, USA – 2014 Thriller Réalisateur : Greg Francis
Scénariste : Greg Francis Distribution : Beau Mirchoff (Peter), Ron Perlman (Calabrese), Giancarlo Esposito (Bernard), Corey Large (Davis), Titus Welliver (Maxwell), Ron Eldard (Cunnigham), Halston Sage (Amy) Producteur : Corey Large
Directeur de la photographie : Brandon Cox
Compositeur : Scott Glasgow
Monteur : Howard E. Smith Production : Wingman Production
Distributeur : XLRator Media

Le Monde de Charlie, un film de Stephen Chbosky : Critique

Le Monde de Charlie, une chronique adolescente simple, touchante et juste

Synopsis : Charlie, adolescent de 15 ans, fait son entrée au lycée mis se retrouve très vite exclu des autres, le jugeant bizarre à cause de sa sensibilité et de ses goûts. Pour son professeurs de Lettres, c’est un prodige et non un « looser ». Restant ainsi en marge de toute activité sociale, il fait un jour la connaissance de Patrick et de sa demie-soeur Sam, deux terminales qui vont le prendre sous leur aile et lui faire découvrir la musique, les fêtes et le sexe. Pour Charlie, un nouveau monde s’offre à lui…

Emma Watson poursuit ici sa carrière post-Harry Potter, après My Week with Marylin dans lequel elle apparaissait en tant que second rôle. Ici, elle se retrouve en tête d’affiche de l’adaptation du livre Pas raccord, orchestrée par l’auteur lui-même (Stephen Chbosky), et ce aux côtés de Logan « Percy Jackson » Lerman. Un petit film indépendant produit par John Malkovich et lauréat de bon nombre de récompenses. Un chef-d’œuvre en vue ?

Sur le papier, Le Monde de Charlie n’a vraiment rien d’extraordinaire. Pire, il sent la chronique adolescente mille fois traitée à plein nez. Il n’y a qu’à voir l’histoire, qui suit le parcours d’un adolescent mal dans sa peau, rejeté par les autres parce qu’il est jugé comme bizarre (renfermé sur lui-même) mais qui va s’épanouir au contact d’un groupe, ce dernier l’accueillant en son sein pour ce qu’il est. Et, cerise sur le gâteau, il va tout de suite tomber amoureux de la plus belle fille de la bande, à première vue inaccessible. De plus, le réalisateur-auteur insiste bien sur le côté nostalgique des 80’s de son bouquin, notamment à travers l’ambiance musicale du film : toute une playlist de morceaux connus voire mythiques (cela va de David Bowie à The Smiths, en passant par New Order) mais qui ne parlerons pas à tout le monde. Comme si le film (et donc le livre) ne visait qu’une seule cible dans le public, se fichant totalement des autres spectateurs. Oui, Le Monde de Charlie n’avait pas grand-chose d’exceptionnel à présenter. Et pourtant, Stephen Chbosky a su en tirer une comédie dramatique diablement attachante et universelle.

La grande force du film provient de sa distribution, tout simplement lumineuse. Pour cause, le cinéaste a su s’entourer de jeunots du cinéma qui ont bien plus que du charisme : un talent certain. Ce n’était pourtant pas gagner d’avance avec Logan Lerman, connu pour la saga Percy Jackson et qui n’avait pas vraiment convaincu avec sa performance d’éternel absent. Ici, sa prestation de Charlie transcende l’écran, jouant son personnage avec une justesse imparable. Et ce aux côtés d’une Emma Watson pétillante et naturelle. Quant aux seconds rôles, ils n’ont rien à leur envier, notamment Ezra Miller, qui arrive par moment à piquer la vedette au couple principal. Il est juste dommage que le scénario ne mette pas leur personnage respectif bien plus en valeur, ne se préoccupant principalement que de Charlie et de sa romance. En même temps, le film s’intitule Le Monde de Charlie

C’est bien là le défaut principal du long-métrage : ne pas s’attarder sur ce qui entoure le personnage de Charlie, ce qui concerne principalement les autres personnages. Ils ont beau se montrer importants pour lui, ils donnent pourtant l’impression de faire tapisserie ou bien de permettre au film d’arborer quelques thématiques (l’homosexualité, le respect et l’acceptation de l’autre, la religion dont le bouddhisme) mais de manière anecdotique, comme s’il avait fallu meubler l’ensemble pour avoir une durée de visionnage conséquente. Néanmoins, le film a beau se montrer classique, son écriture n’en reste pas moins travaillée, le long-métrage proposant une sous-intrigue et des faux-semblants sur le passé de Charlie (auquel sa tante n’est pas étrangère) qui titilleront la curiosité du spectateur et lui permettront de s’attacher encore plus au personnage principal. Surtout que Stephen Chbosky se permet d’établir une sorte de parallélisme entre ce protagoniste et sa bien-aimée, rendant leur relation (et donc l’ensemble de l’histoire) plus intéressante, qu’une banale idylle mille fois vue dans les autres films de ce genre.

Tout cela Chbosky, le fait avec une très grande simplicité, sans passer par des effets de style ou autres artifices de mise en scène. Le cinéaste-auteur, en réalisant Le Monde de Charlie, n’avait pas pour ambition de livrer un mélo pour faire pleurer les spectateurs. Il voulait dresser le portrait d’une époque. Celle des années 80, par le biais de la bande-originale ? Non, celle du lycée. Cette période qui rimait avec fêtes, découverte du sexe et consommation d’alcool (et parfois de drogue). Durant laquelle les adolescents pouvaient commencer à se sentir adultes en prenant compte des responsabilités de la vie, de leur avenir. Le Monde de Charlie ne se montre donc pas nostalgique par sa BO, qui n’est utilisée ici que pour apporter du charme à quelques séquences magistrales voire poétiques (la scène du tunnel, principalement), mais grâce à sa façon de retranscrire la vie de ces jeunes étudiants, dans lesquels le public se reconnaîtra facilement. Et c’est en cela que Le Monde de Charlie se montre universel : il s’adresse à tout le monde !

Pour ses débuts de réalisation, Stephen Chbosky réussit l’exploit d’adapter correctement son propre livre et d’en tirer une chronique adolescente touchante au possible, et ce malgré quelques défauts. Simple, juste et touchant, Le Monde de Charlie saura réveiller le lycéen qui sommeille encore en vous. Et revivre cela avec nostalgie, c’est tout bonnement rafraîchissant !

Le Monde de Charlie : Bande-annonce

Le Monde de Charlie : Fiche technique 

Titre original: The Perks of Being a Wallflower
Réalisation : Stephen Chbosky
Scénario : Stephen Chbosky, d’après son roman Pas raccord
Interprétation : Logan Lerman (Charlie), Emma Watson (Sam), Ezra Miller (Patrick), Nina Dobrev (Candice), Mae Whitman (Mary-Elizabeth), Erin Wihelmi (Alice), Kate Walsh (la mère de Charlie), Dylan McDermott (le père de Charlie)…
Image : Andrew Dunn
Décors : Merissa Lombardo
Costumes : David C. Robinson
Montage : Yana Gorskaya et Mary Jo Markey
Musique : Michael Brook
Budget : 13 M$
Producteurs : Lianne Halfon, John Malkovich et Russell Smith
Productions : Summit Entertainment et Mr. Mudd Productions
Distributeur : SND
Durée : 102 minutes
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 2 janvier 2013

États-Unis – 2012

 

L’Incomprise, un film de Asia Argento : Critique

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« L’Incomprise n’est pas un film autobiographique », proclame Asia Argento. Pourtant, la réalisatrice est née comme Aria dans le milieu du cinéma, et a commencé tôt à devenir actrice.

Enfant de la balle qui se trimballe

Alors, malgré les ressemblances du récit avec sa propre enfance, ce film n’est pas le fruit de l’égocentrisme d’un enfant de la balle. Dans ce film présenté dans la catégorie “Un Certain regard” au festival de Cannes 2014, Asia Argento veut surement briser tout préjugé que l’on pourrait avoir sur son travail, et sa relation avec le monde du 7ème art. « Chacun peut s’identifier à mon héroïne », rajoute Asia.

L’Incomprise s’adresse aussi bien aux adultes qu’aux enfants, grâce à sa manière maternelle de capturer les plus beaux instants d’Aria, (Giulia Salerno), de porter à l’écran cette figure d’innocence et de curiosité infantile, son brouillement intérieur, puis son véritable questionnement, sa volonté d’être reconnue et de trouver sa place. Oui, chaque enfant se reconnaît dans cette petite Aria perdue, sans repère et errante dans la rue.

Sans cesse reviennent ces scènes d’Aria abandonnée, accompagnée de son chat et son sac à dos, comme un symbole fort de son existence. Dans un milieu familial où règnent le chaos, les disputes et les gifles, la petite Aria dénote par son incompréhension innocente. Le récit nous dépeint ces deux parents en figures d’égoïsme pur, obsédés chacun par leur image (le père interprété par Gabriel Greko), et leur carrière (la mère interprétée par Charlotte Gainsbourg); avec leurs enfants préférés respectifs (Lucrezia pour le père, et Donatina pour la mère). Et au milieu, Aria, reste le vilain petit canard, dont personne ne veut, qui à tour de rôle se fait expulser du domicile paternel, puis de chez sa mère, ainsi de suite… Comme dit le proverbe « Your home is where is your heart is » : pour elle, cela signifie qu’aucun foyer ne la comprend; nul endroit n’est sa véritable place.

La réalisatrice partage sa vision décalée d’une famille presque politisée, avec des références  au communisme (principalement la récurrence du rouge et de l’étoile dans les décors), jusqu’à la scène finale où on entend un chant de marche communiste. Aria, représenterait cette recherche d’égalité qu’on lui refuse, et qui fait d’elle une in-comprise, dans le sens, non prise dans la communauté (sa famille, sa classe, ses amis, son coup de foudre).

De par son enfance baignée dans le milieu du spectacle, Asia Argento, connait bien la richesse du milieu artistique. D’où cette ambivalence parfaitement bien représentée par les décors chaotiques des lofts : ils sont à la fois riches de couleurs, de mélanges culturels, de poudre blanche et de paillettes ; ils sont aussi très élitistes, représentant cet univers dominé par l’art et la musique, avec des affiches de groupes et des tableaux, dans chaque plan. On peut aussi relever la richesse des costumes, et les coiffures qui se transforment et incarnent les multiples facettes de cette famille caricaturée. Par exemple, la mère (Charlotte Gainsbourg) est une  pianiste qui exprime ses éclats de rage sur les touches de son piano; Lucrezia (Carolina Poccioni) exprime son obsession du rose Barbie, la tournant au ridicule dans son rôle de vilaine belle-sœur; le père (Gabriel Garko) très superstitieux, s’agrippe peureusement les bijoux de famille à chaque chat noir ou miroir brisé. Ainsi, ce film tourne en dérision ses personnages et s’éloigne ainsi d’une représentation plus classique, quasi-sacrée de la famille italienne.

Ce n’est pas pour rien que Charlotte Gainsbourg interprète la mère d’Aria. « Enfant, lors que j’ai découvert l’Effrontée, je suis tombée amoureuse de cette artiste », confie Asia Argento. La ressemblance physique et psychique est effectivement frappante entre Aria et Charlotte : on y retrouve cette jeune fille en mal d’attention, perdue dans son monde d’illusions, qui court désespérément après cette jeune virtuose du piano. Dans L’Incomprise, Charlotte a grandi et s’est affirmée en tant que femme et actrice hors pair. Ici, l’actrice est méconnaissable avec cet accent italien, cette facette d’hystérique manipulatrice, digne des grandes comédiennes italiennes. Elle parvient encore à surprendre par la violence de l’expression de son corps, puis dans ce rôle de charmeuse mystique jouant à la sorcière, et dans une moindre mesure, en madone religieuse auprès de ses filles.

Aria change alors d’amants, comme elle change de look. A travers son remplacement incessant d’hommes, on voit son évolution qui s’adapte aux modes, et à son époque. En réalité, c’est Aria qui ne comprend pas exactement le monde qui l’entoure, comme si les gens lui parlaient une langue étrangère.

L’actrice Giulia Salerno est à la fois cette figure de Natalie Portman à ses débuts, dans le rôle de Mathilda dans Léon (Luc Besson, 1994), seule dans la rue avec sa plante verte, déracinée et sans attache; et de l’autre, la figure de l’enfant indépendant et courageux. Une solitude que l’on retrouve souvent dans les films de Truffaut, sur les enfants sans famille, comme dans son célèbre film Les 400 coups (1959). Mais elle reste unique, car elle n’est pas orpheline, mais rejetée  par ses semblables.

En réalité, sous ses apparences d’enfant, sa logique est très mature. Elle se questionne sur l’amour, l’amitié, la réussite autant qu’une adolescente, et presque comme une adulte. On le constate violemment dans sa représentation grossière de la sexualité et des hommes. Des caricatures, toujours d’hommes pervers, tactiles et dominateurs. Particulièrement, cette représentation à l’échelle de poupée d’une scène de viol, où l’on comprend le point de vue d’un enfant alerte et effrayé par une sexualité tabou.

Parfois en plongée très exagérée, ou à hauteur d’Aria, le cadre se resserre toujours sur elle. En la montrant toujours à l’étroit, plus petite, et rejetée. Que ce soit les lignes du décor ou les meubles qui l’enferment, qui la tassent ; quand elle se retrouve sur des sièges trop grands, des canapés trop longs, ou au contraire, des sofas trop étroits, où il n’y a plus de place pour elle. On s’identifie alors à son regard, quand on la voit en amorce, se faire remonter les bretelles par son père ou sa mère, être au milieu des disputes. Tel le spectateur dissimulé, on adopte son point de vue. Mais seule la caméra parvient à obtenir le même regard qu’elle, à être attentif et à rendre le spectateur à l’écoute.

Telle une héroïne tragique, elle incarne la raison de tous les malheurs de son entourage, et c’est elle la coupable numéro un. Une culpabilité inscrite même dans la lumière, tant rejetée dans l’ombre puis par instants, sublimée par l’éclairage centrée sur elle. Cette lumière sert aussi de vecteur pour nous représenter l’imaginaire de cette petite fille. Le film oscille à la limite du fantastique, où on ne discerne plus la réalité du fantasme d’Aria. Jusque dans la scène finale, où le spectateur doute, entre la franchise du récit et la mise en abyme d’une histoire issue de l’imagination débordante de la petite Aria.

Une mise en scène très théâtrale, dramatique, et plus proche de l’opéra dell’arte Italien, où les envolées lyriques et les ralentis rendent surréalistes les plans, notamment le passage où les enfants se rebellent lors de la fête, dans une farandole de plumes et de statuettes fracassées, sous le regard épouvanté d’Aria, qui nous rappelle fortement la scène d’anarchie dans le dortoir dans Zéro de Conduite.

Un univers assez décalé et replacé dans les années 80, plein de débauche et de couleurs criardes (rouges, roses, jaunes fluos). Une esthétique très colorée et frappante qui nous évoque les mélodrames d’Almodovar (Étreintes Brisées, Revolver, etc…), avec encore cette relation des costumes, les décors et même la musique. Avec son passage du classique au punk rock, la BO respire ce ton méli-mélo, artistique du film. Des musiques présentes également pour sublimer les instants forts, avec de l’opéra pour les scènes de disputes et de séparation, puis du punk rock dans les actes de rébellion et d’affirmation du caractère d’Aria, jusqu’au soft grunge assez indie, lors des dramatisations larmoyantes. En réalité, toute cette mise en scène et cette esthétique nous amènent à mieux comprendre la solitude ancrée de ce personnage, qui ne trouve sa place ni dans les décors, ni dans la musique, et reste enfermée dans ce cadre serré, seule et incomprise.

Synopsis : Aria (Giulia Salerno), neuf ans, fait face à la séparation très violente de ses parents. Au milieu de leurs disputes, mise à l’écart par ses demi-sœurs, elle ne se sent pas aimée…. Ballottée de l’un à l’autre, elle erre à travers la ville avec son sac à dos et son chat noir. Frôlant le désespoir, elle essaie de préserver son innocence.

L’Incomprise : Bande-annonce

Fiche Technique – L’Incomprise :

L’Incomprise (Incompresa)
Italie, France – 2013
Réalisation: Asia Argento
Scénario: Asia Argento, Barbara Alberti
Interprétation: Giulia Salerno (Aria), Charlotte Gainsbourg (la mère), Gabriel Garko (le père), Carolina Poccioni (Lucrezia), Anna Lou Castoldi (Donatina)…
Image: Nicola Pecorini
Durée : 1h43
Genre : Drame
Décor: Eugenia F. Di Napoli
Costume: Nicoletta Ercole
Son: Tullio Morganti
Montage: Filippo Barbieri
Musique: Brian Molko
Producteur: Lorenzo Mieli, Mario Gianani, Eric Heumann, Maurice Kantor
Distributeur: Paradis Films
Production : Wildside ; Paradis Films ; Orange Studio

 

Les Héritiers, un film de Marie-Castille Mention-Schaar – Critique

Les Héritiers, un film touchant mais maladroit

Synopsis : Lycée Léon Blum de Créteil, une prof décide de faire passer un concours national d’Histoire à sa classe de seconde la plus faible. Cette rencontre va les transformer.

Marie-Castille Mention-Schaar s’était faite connaître du grand public en 2012 en réalisant Ma Première fois, une romance un peu mièvre et bourrée de clichés entre deux adolescents bourgeois. Le film avait au moins eu le mérite de toucher le jeune Ahmed Drame, passionné de cinéma, et qui décide alors d’écrire un scénario basé sur une expérience vécue avec sa classe quelques temps auparavant, et de le lui envoyer. La réalisatrice, intéressée par cette histoire à la portée universelle, décide alors de lui donner un coup de main dans l’écriture, et de mettre le film en scène elle-même.

Le fond contre la forme

À la sortie, se pose l’éternelle question du fond contre la forme. Les Héritiers est, objectivement, un mauvais film d’un point de vue cinématographique. Ce n’est bien sûr pas ce qui en fait l’intérêt, mais nous y reviendrons. La mise en scène de Mention-Schaar n’a guère progressé depuis Ma Première fois, pire, elle semble même avoir régressé. Sous prétexte de nous faire ressentir l’émotion des personnages, elle se contente bien souvent de multiplier les gros plans, les entrecoupant généralement de plans de situation basiques, sans aucune recherche esthétique autre que celle de l’efficacité. Si on ne peut pas lui reprocher d’être techniquement à la rue, la pauvreté de la réalisation est tout de même à déplorer. D’autant que, une nouvelle fois, elle insiste pour nous ressortir des fondus au noir inutiles et franchement mal venus.

Côté scénario, ce n’est guère mieux. On a parfois plus l’impression d’assister à un documentaire qu’à un film, ce qui aurait pu être un parti pris, l’équivalent d’Entre les murs, du cinéma vérité. Sauf que la réalisatrice tente, assez maladroitement, de donner une personnalité à ses élèves. Résultat, on assiste à un empilement de clichés caricaturaux et de personnages monodimensionnels déjà vus un million de fois. Plusieurs pistes sont également explorées, qui permettraient de donner un peu d’attrait à cette histoire cousue de fil blanc, mais ne sont jamais résolues et tombent souvent comme des cheveux dans la soupe. Ils nuisent trop souvent au rythme, et donnent l’impression d’avoir été placés là aléatoirement pour relancer l’intérêt.

Vive la résistance

Mais l’intérêt de Les Héritiers, encore une fois, est ailleurs. Le film est une formidable leçon sur l’histoire, sur la tolérance, sur le respect de son passé et sur l’importance de ne jamais l’oublier. Une leçon toute bête, mais diablement importante, surtout en cette période où ressortent certains fantômes du passé (on va tout de même essayer d’éviter les clichés du bruit des bottes frappant le pavé). La simplicité même de cette histoire, sa portée universelle et toute l’émotion qui en découlent auraient pu, auraient dû faire de ce film une œuvre à voir absolument. Certains passages sont d’ailleurs terriblement émouvants, par la simplicité des sentiments affichés et par la force des témoignages, que l’on sent sincères.

Alors pourquoi, pourquoi confier cette histoire à une réalisatrice qui n’a jamais vraiment fait ses preuves, et qui se sent obligée de dérouler les violons pour forcer une émotion que les images suffisent à faire ressentir ? L’usage parfois abusif de la musique, la mise en scène tellement basique qu’elle en devient parfois lourdingue, les rebondissement forcés, tous ces éléments empêchent finalement le spectateur de vraiment rentrer dans le récit. Résultat, on a parfois l’impression d’assister à un film de ceux que l’on projette en classe d’histoire, entre deux récits sur la Seconde Guerre Mondiale, histoire de faire passer un message.

Dernier point, mais qui a son importance : il faut absolument que les réalisateurs cessent cette manie horripilante qui accompagnent trop souvent les films estampillés « inspiré d’une histoire vraie ». Cette obligation qu’ils ressentent de terminer par un écran noir sur lequel s’affiche l’avenir qui attend nos héros. Ça ne sert à rien, c’est souvent niais, et c’est devenu une habitude bien trop envahissante.

https://www.youtube.com/watch?v=exEwd1FYRxs

Les Héritiers – Fiche Techinque

France – 2014
Drame
Réalisateur : Marie-Castille Mention-Schaar
Scénariste : Ahmed Drame, Marie-Castille Mention-Schaar
Distribution : Ariane Ascaride (Anne Gueguen), Ahmed Drame (Malik), Geneviève Mnich (Yvette), Noémie Merlant (Mélanie)
Producteurs : Marie-Castille Mention-Schaar, Pierre Kubel
Directeur de la photographie : Myriam Vinocour
Compositeur : Ludovico Einaudi
Monteur : Benoît Quinon
Production : TF1 Droits Audiovisuels, UGC, France 2 Cinéma, Orange Studios, Loma Nasha Films, Vendredi Films
Distributeur : UGC Distribution

Auteur : Mikael Yung

Freaks, La Monstrueuse Parade, un film de Tod Browning: Critique

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Freaks, La Monstrueuse Parade, l’une des œuvres les plus marquantes du cinéma fantastique des années 30, un véritable chef-d’œuvre du 7ème Art.

 « Nous ne vous avons pas menti, nous vous avions annoncé des monstres, et vous avez vu des monstres. Ils vous ont fait rire et trembler… Pourtant, si le hasard l’avait voulu, vous pourriez être l’un d’eux. Ils n’ont pas demandé à naître, mais ils sont nés, ils vivent. Ils ont leurs codes, leurs lois. Offenser l’un d’entre eux, c’est les offenser tous… ».
Synopsis : années 30, le Cirque Tetrallini est en tournée à travers l’Europe. Des êtres difformes se produisent et s’exhibent en tant que phénomènes de foire. Le lilliputien Hans, illusionniste, fiancé à l’écuyère naine Frieda, est fasciné par la grande et belle Cléopâtre, la trapéziste. Apprenant que son soupirant a hérité d’une belle somme, celle-ci décide de l’épouser pour l’empoisonner ensuite avec la complicité de son amant Hercule, le Monsieur muscle du cirque. Mais le plan machiavélique est découvert, et les amis de Hans et Frieda vont se venger… 

 « L’enfer, c’est les autres »

Le cinéma est intemporel. S’il choque parfois, c’est qu’il ose souvent aborder une dimension ontologique qui nous effraie et nous scandalise, parce qu’il explore et creuse les bas fonds de notre âme humaine, qu’il nous projette dans un miroir où l’on ne veut se regarder. Mais contre notre volonté même, sa véracité captive, subjugue, et malgré nos cris, nos déclamations, sa faculté de créer le spectacle ailleurs, au dehors de la scène, nous survit et triomphe du temps. Sa véracité s’impose alors au sens le plus commun.

Conspué, charcuté, interdit de diffusion pendant près de trente ans, cuisant échec commercial, Freaks, La Monstrueuse Parade de Tod Browning avait bien lors de sa sortie, tous les défauts du monde : un film maudit – un film horrible même ! – d’un petit format (réduit à 64 minutes), qui précipita la fin de la carrière de son auteur, pourtant prolifique (essentiellement dans le cinéma muet des années 20), alcoolique notoire, mais devenu de par son œuvre, un provocateur de l’extrême, un véritable paria aux États-Unis et dans de nombreux pays. Mais oui enfin ! Quid de La Bienséance ? Pourquoi montrer sur pellicule, sans fard et concession, la difformité, ces erreurs de la nature, voire de les honorer ? Ou même a minima, d’oser instaurer une égalité de surface entre ces animaux de foire, ces reclus de la société, nains, cul-de-jatte, femme à barbe, manchot, sœurs siamoises ou autre homme-tronc, et notre normalité bourgeoise bien pensante? Tout à fait impardonnable, voyons ! Out !

freaks-la-monstrueuse-parade-les-vrais-monstres82 ans plus tard, Freaks, La Monstrueuse Parade apparaît pourtant non seulement comme l’une des œuvres les plus marquantes du cinéma fantastique des années 30, mais comme un véritable chef-d’œuvre du 7ème Art, créant un consensus d’admiration chez les cinéphiles. Une œuvre quasi testamentaire pour l’auteur de L’Inconnu (1927) ou encore du premier Dracula (1931), mais dont la poésie morbide inspira les plus grands : de Lynch dans Elephant Man, en passant par Tim Burton dans Big Fish, avec les sœurs siamoises chinoises… Jusqu’aux séries actuelles, avec le « Freakshow » d’American Horror Story… Mais à quoi doit-on cette longévité, et surtout ce revirement d’estime?

Le génie de Browning est tout d’abord de prendre son temps avant d’installer le malaise, puis de basculer définitivement dans l’épouvante. Une première partie conséquente de 37 minutes. C’est sans voyeurisme que le début du film nous permet de contempler ces « Freaks » dans leur humanité évidente, simples phénomènes et corps en mouvement, menant tranquillement leur vie quotidienne, toute simple somme toute, près de leurs roulottes : aperçus de jour, en pleine lumière, dans un parc, au repos, ils rampent, courent, discutent joyeusement, jouent, et dansent au soleil ; ils font preuve parfois d’humour et de tendresse ; ils font leur lit, boivent, mangent, fument, se marient, accouchent, observent ce qui se déroule autour d’eux, s’entraident les uns, les autres. Ce sont des êtres du commun. Ils n’appartiennent pas au registre du merveilleux. Nous nous approchons ainsi aux abords de ce cirque de l’étrange, mais nous n’y pénétrons pas. Ce qui est étrange véritablement, c’est la façon dont nous les observons : ils nous font peur, mais nous fascinent malgré nous. Ils sont devenus notre attraction vivante. Le voyeurisme malsain provient de notre regard, de notre jugement, non de l’écran. La première force de cette œuvre sublime, est d’abord de nous interroger sur notre rapport à l’altérité, la perception de soi et de l’autre.

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Car au-delà de la répulsion primaire, advient l’empathie. Le réalisateur met en exergue l’humanité évidente de ces personnes, en tant qu’êtres éthiques, et la monstruosité des autres, non pas de corps, mais à l’esprit difforme. Les vrais monstres du film ne sont pas les phénomènes de foire, ici véritables êtres de chair et de sang, mais bien les humains manipulateurs et amoraux. La monstruosité la plus évidente vient donc se dissimuler derrière le masque de la plus apparente normalité physique. Par leur solidarité, ils peuvent donner une belle leçon d’éthique à ceux qui se croient supérieurs et les méprisent : « en offenser un, c’est les offenser tous ».

Mais Browning, ce défenseur des opprimés, ne plonge pas pour autant dans les méandres d’un manichéisme trop facile, ni d’un angélisme niais, même s’ils portent sur ces « freaks » un regard affectif, presque paternel, et les filme avec pudeur (sans gros plan), dans une mise en scène sublime et une esthétique d’une beauté sans pareille. Après le repas de noce, la colère gronde, et le châtiment unanime de ces phénomènes de foire n’en sera pas moins terrible et radical : dans une scène finale mythique d’une beauté indéfinissable, de course-poursuite sous l’orage, la meute ne s’apitoiera pas, et frappera lourdement les coupables.

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C’est ainsi que Freaks, La Monstrueuse Parade, outre son message humaniste sur la tolérance et le respect, est aussi une œuvre fantastique, au climat étrange et inquiétant, et particulièrement exigeante, de par son réalisme. Ce récit fort, radical, intelligent est renforcé par la qualité d’interprétation des protagonistes, d’une modernité étonnante : les « freaks » d’abord, qui ne sont pas de vrais acteurs mais qui ont, rappelons-le, été recrutés dans des cirques ou des spectacles forains. Cette dénonciation de la bêtise et de la cruauté humaine est accentuée par l’opposition de nature et de caractère des personnages principaux: si Hans et Frieda, sont des êtres candides, attachants, aux bouilles attendrissantes, et apportent une dimension émotionnelle exceptionnelle à l’ensemble, brillamment interprétés par les nains Harry Earles et Daisy Earles (frères et sœur dans la vie), la longiligne Cléopâtre et le géant Hercule, appartiennent au monde de l’apparence et représentent la grande parade des vices de l’humanité : cupidité, jalousie, cruauté, et haine meurtrière, interprétés par de vrais acteurs, respectivement Olga Baclanova et Henry Victor.

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Oui, Tod Browning, ce visionnaire, ose poser la question de la véritable monstruosité, et transforme avec brio cette fantaisie clownesque en fable fantastique et philosophique. Le réalisateur n’épargne personne, même le spectateur, et démontre qu’au-delà de l’ordre sensible, la nature profonde fait de ces « freaks » des êtres humains à part entière avec leurs vertus, leurs faiblesses et leurs bassesses, comme tout un chacun. La ronde joyeuse dans la clairière installe d’abord un climat serein et la figure maternelle, Mme Tetrallini les présente comme ses enfants, mais aussi les enfants de Dieu. « L’enfer, c’est (toujours) les autres », pense t-on souvent, mais au fond si l’enfer, c’était nous ? Notre monde superficiel ? Notre regard sur autrui? Et nos jugements de façade?

Comme l’annonce le prologue : « Jamais plus une telle histoire ne pourra être filmée ». Fort possible ! Profitons donc de cette œuvre d’exception, authentique, d’une si grande finesse de réalisation, qui transcende nos non-dits et nos peurs les plus primaires.

Freaks (La Monstrueuse Parade) : Bande annonce

Freaks, La Monstrueuse Parade : Fiche technique

Réalisation : Tod Browning
Scénario : Al Boasberg, Willis Goldbeck, Leon Gordon et Edgar Allan Woolf d’après la nouvelle Spurs de Tod Robbins
Interprétation : Josephine Joseph, Roscoe Ates, Daisy Earles, Henry Victor, Violet Hilton, Peter Robinson, Frances O’Connor, Johnny Eck, Wallace Ford, Rose Dione
Direction artistique : Cedric Gibbons
Directeur de la photographie : Merritt B. Gerstad
Prises de vues additionnelles : Oliver T. Marsh et Paul Vogel (non crédités)
Montage : Basil Wrangell
Musique : Gavin Barns
Production : Tod Browning et Irving Thalberg
Société de production et de distribution : Metro-Goldwyn-Mayer
Budget : 310 600 $ (estimation)
Genre : drame
Durée : 64 minutes
Date de sortie : 7 octobre 1932
Etats-Unis – 1932

Paddington, un film de Paul King : Critique

Paddington, le film idéal pour les fêtes de Noël

Synopsis : Un ours péruvien du nom de Paddington débarque à Londres pour y trouver un nouveau foyer et d’une vie meilleure. Il réalise vite que la ville de ses rêves dont lui parlait sa Tante Lucy n’est pas aussi accueillante qu’il le croyait. Par chance, il rencontre la famille Brown qui va l’héberger le temps d’une nuit et en devient peu à peu un membre à part entière. Mais sa présence va attiser la curiosité de Millicent, une taxidermiste qui souhaiterait l’ajouter à sa collection…

Après la saga à succès Harry Potter, le producteur David Heyman s’attaque à une autre œuvre littéraire destinée au plus jeunes : les aventures de l’Ours Paddington, une série de vingt-trois livres écrits par l’auteur Michael Bond depuis 1958. Un personnage fictif qui a marqué bien des générations au point d’avoir sa propre statue à la Gare de Paddington (d’où il tire son nom). Mais parmi toutes ces peluches et séries animées, l’ourson n’avait pas encore eu droit à une adaptation cinématographique. David Heyman et le réalisateur Paul King (dont c’est le premier long-métrage grand public) changent la donne cinquante-six ans après la naissance du protagoniste, pour un divertissement familial qui débarque dans nos salles pour les fêtes de Noël.

Il est vrai que sur le papier, Paddington n’attirera pas spécialement les adultes, sauf pour emmener leurs enfants. Ils repéreront très vite les défauts majeurs du film, principalement son grand manque d’originalité : le long-métrage se montre comme le semblant britannique de Stuart Little, où là aussi un animal doué (en images de synthèse, qui plus est) de parole, va s’installer peu à peu dans une famille jusqu’à en devenir un membre à part entière, tout en provoquant quelques gags pour amuser les plus jeunes. Mais aussi le fait que les personnages humains sont largement mis de côté, et que certains comédiens ne s’en sortent pas si bien que le laisse prétendre leur réputation. Un constat qui s’adresse surtout à Nicole Kidman, qui fait peine à voir en surjouant à l’excès un ersatz de Cruella, sans avoir l’envergure ni la folie d’une Glenn Close. Faut-il donc avoir des yeux d’enfants pour apprécier pleinement le spectacle ? Pas totalement !

Que l’on soit petits aux grands, Paddington en touchera plus d’un. Cela, le film le doit principalement à l’ours lui-même. Superbement intégré à la réalité via des effets numériques de qualité, il saura vous séduire par sa personnalité, sa bouille (surtout ses yeux) et ses voix (que ce soit Ben Whishaw ou bien Guillaume Gallienne) qui le rendent adorable au possible. Vous vous attacherez dès le début à cette peluche et suivrez, du coup, avec un immense plaisir ses nombreuses péripéties qui riment avec un humour so british (situations décalées et quiproquos) faisant mouche et des bons sentiments, jamais en surdose. Oui, les gags ne sont pas aussi nombreux que prévus et les clichés répondent présents. Mais avec un héros si attendrissant, qui rencontre des personnages hauts en couleurs et qui provoque des catastrophes flirtant souvent avec le cartoonesque, vous ferez une impasse sur ces défauts.

D’autant plus que Paddington ne se dévoile pas au public tel un divertissement sans âme. Il se montre même assez adulte par moment en proposant d’autres qualités que son ourson, comme un aspect visuel (décors, costumes, effets spéciaux) qui offre au long-métrage une certaine poésie; nécessaire pour donner ce qu’il faut de féerie en ces temps de fêtes. Même la mise en scène parvient à renforcer cette atmosphère, en filmant l’habitation des Brown telle une maison de poupée lors de deux séquences. De plus, le film n’oublie pas de proposer bon nombre de thématiques pour les plus jeunes, afin de les « préparer » à la vie qui les attend : l’acceptation de l’autre, l’écologie (via la déforestation), l’impolitesse et l’égoïsme de la société actuelle… Des leçons de moralité qui n’en font jamais trop et qui parlent à tout le monde, cela ne fait pas de mal !

Paddington n’est pas le film qui prétend inventer quoique ce soit dans le domaine de la comédie familiale. Il se présente juste comme un divertissement qui a pour but d’égayer le public lors de son visionnage. Et il y parvient suffisamment pour être le long-métrage des fêtes de Noël de cette année 2014. Il y a bien Astérix – Le Domaine des Dieux qui rivalise avec lui, voire le surpasse. Mais en terme de féerie et de sentiments qui font chaud au cœur, c’est Paddington qui se présente comme le film idéal pour les prochaines vacances. C’est mignon, rigolo et suffisamment travaillé… que demander de plus ?

Paddington : Bande-annonce

Fiche technique – Paddington

Royaume-Uni, France – 2014
Réalisation : Paul King
Scénario : Paul King et Hamish McColl, d’après l’oeuvre de Michael Bond
Interprétation : Hugh Bonneville (Henry Brown), Sally Hawkins (Mme. Brown), Nicole Kidman (Millicent), Julie Walters (Mme. Bird), Peter Capaldi (Mr. Curry), Jim Broadbent (Mr. Gruber), Madeleine Harris (Judy Brown), Samuel Joslin (Jonathan Brown), et la voix de Ben Whishaw/Guillaume Gallienne (Paddington)
Date de sortie : 3 décembre 2014
Durée : 1h35
Genres : Comédie, fantastique
Image : Erik Wilson
Décors : Gary Williamson
Costumes : Lindy Hemming
Montage : Mark Everson
Musique : Nick Urata
Budget : 50 M$
Producteur : David Heyman
Productions : StudioCanal, Heyday Films et DHX Media
Distributeur : StudioCanal

Les Misérables, un film de Tom Hooper : Critique

Critique Les Misérables, un film bien trop long et étouffant pour être appréciable

Synopsis : Dans la France du XIXe siècle, un ex-bagnard, Jean Valjean, prend en charge la petite Cosette, fille de la défunte Fantine, une jeune ouvrière tombée dans la prostitution pour subvenir à ses besoins. Mais depuis sa libération, Valjean est traqué par l’intransigeant policier Javert, souhaitant le remettre derrière les barreaux pour ne pas avoir respecté sa liberté conditionnelle. Alors que le combats font rage dans les rues de la capitale, la vie du forçat et de la gamine va en être changée à tout jamais

Deux ans après avoir été couronné de succès avec Le Discours d’un Roi, le réalisateur Tom Hooper s’attaque cette fois-ci à un projet d’une toute autre envergure : Les Misérables. Énième version de l’oeuvre intemporelle de Victor Hugo, avec un casting cinq étoiles ? Pas exactement : il s’agit de l’adaptation sur grand écran de la comédie musicale créée en 1980 par Claude-Michel Schönberg et dont le succès international ne faiblit toujours pas. Une renommée que le film se devait de rattraper, voire de dépasser, pour rester dans les mémoires. Ce qui ne sera malheureusement pas le cas…

Pour voir Les Misérables, il faut vraiment être un adepte des comédies musicales. Avec le film de Tom Hooper, ne vous attendez pas à de longues discussions entre les personnages emblématiques nés de la plume de Victor Hugo. Ici, la quasi intégralité des répliques sont chantées. Si vous n’avez rien contre ce genre de spectacle, Les Misérables se présente alors comme la perle dont vous avez besoin. D’autant plus que sur le papier, le long-métrage a de quoi balayer d’une traite toutes les précédentes adaptations du roman, notamment grâce aux moyens mis à disposition et à un casting des plus prestigieux.

Ainsi, vous vous retrouverez face à un film musical qui tente d’innover en faisant chanter ses comédiens directement, sans les faire passer par la case de l’enregistrement en studio. Un procédé jusque-là jamais tenté au cinéma qui demande une préparation démesurée, auquel les acteurs s’y prêtent avec passion. Il faut vraiment les voir déambuler dans de décors splendides tout en arborant de splendides costumes, en poussant la chansonnette pour y croire. Même, chacun arrive à rendre les instants chantés terriblement émouvants par le biais de leur exceptionnelle. Et tout le monde y parvient à sa manière ! Que ce soit Russell Crowe, qui compense sa voix de paquebot par une présence charismatique irréprochable, ou bien Anne Hathaway, qui illumine l’écran de par sa justesse d’interprétation et sa puissance vocale. Autant dire qu’elle n’a pas volé son Oscar de la Meilleure actrice dans un second rôle. Même Helena Bonham Carter et Sacha Baron Cohen, pourtant secondaires, transcendent le film avec leur apparence burlesque qui rappelle un peu l’univers d’un certain Tim Burton, auquel les deux comédiens ne sont justement pas étrangers.

Pourtant, le film se loupe totalement à cause d’un seul détail qui gâche tout ce travail d’orfèvre : la mise en scène de Tom Hooper. Le cinéaste, se sentant encore sur le tournage du Discours d’un Roi, filme ses comédiens comme il l’avait fait avec Colin Firth : par le biais de gros plans. Est-ce pour créer une ambiance quelconque ou bien pour s’assurer que les voix live des comédiens soient enregistrées convenablement ? Nul ne le sait. Ce qui est sûr, c’est ce rendu étouffant donné par la caméra du réalisateur. Coller le personnage et le suivre dans ses moindres faits et gestes à la limite du voyeurisme excessif n’était vraiment pas la meilleure idée. Ce genre de divertissement demande du recul et beaucoup d’espace pour apprécier pleinement le spectacle. Là, c’est comme si vous étiez au premier rang d’une salle de théâtre et que vous observiez la scène avec une paire de jumelles.

Un défaut majeur qui ne fait que s’alourdir avec la durée du film, qui avoisine sans mal les 2h30. Avec ce sentiment d’étouffement qui se répète à chaque séquence, l’ennui pointe très vite le bout de son nez. D’autant plus que les chansons ont beau être splendides à écouter (surtout « I Dreamed A Dream »), elles n’en restent pas moins monotones, arborant toujours le même rythme lancinant. Ajouté à la mise en scène de Tom Hooper, ce constat ne peut que renforcer l’aspect torture du film, qui empêchera beaucoup de spectateurs de dépasser la limite des 1h30 de visionnage.

Au lieu d’être une adaptation pharaonique, Les Misérables vu par Tom Hooper n’est finalement rien d’autre qu’un fabuleux emballage massacré par son artisan. Le film avait de quoi rester dans les mémoires, il ne sera qu’un puissant somnifère. Peut-être que Tom Hooper n’était pas encore prêt à se frotter à un tel projet. Comme quoi, avoir l’Oscar du Meilleur réalisateur n’est pas un titre qui se confirme au fil de ses propres créations.

Les Misérables : Bande-annonce

Fiche technique – Les Misérables

Royaume-Uni – 2012
Réalisation : Tom Hooper
Scénario : William Nicholson, d’après l’oeuvre de Victor Hugo et la comédie musicale de Claude-Michel Schönberg, Alain Boublil et Herbert Kretzmer
Interprétation : Hugh Jackman (Jean Valjean), Russell Crowe (Javert), Anne Hathaway (Fantine), Amanda Seyfried (Cosette), Eddie Redmayne (Marius), Samantha Barks (Éponine), Helena Bonham Carter (Mme. Thénardier), Sacha Baron Cohen (M. Thénardier)…
Date de sortie : 13 février 2013
Durée : 2h37
Genres : Drame, film musical
Image : Danny Cohen
Décors : Eve Stewart
Costumes : Paco Delgado
Montage : Chris Dickens
Musique : Claude-Michel Schönberg
Budget : 61 M$
Producteurs : Cameron Mackintosh, Tim Bevan, Eric Fellner et Debra Hayward
Productions : Working Title Films et Cameron Mackintosh Ltd.
Distributeur : Universal Pictures Internationale France

The Strain : Saison 1- Critique

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Critique – The Strain

Nazis dans le métro

Projet porté par le mexicain Guillermo Del Toro depuis de longues années, The Strain arrive enfin sur les écrans, après être passé par la case roman, afin de convaincre les investisseurs de financer ce projet ambitieux, avec une première saison que l’on espérait a la mesure de son créateur : à la fois originale, glauque, poétique et intelligente. La chute ne sera que plus rude, The Strain est un échec artistique d’une envergure démesurée. On connaissait Del Toro créateur d’univers, on le découvre « un peu escroc », accumulant poncifs et clichés, et tentant de nous faire croire à une vision originale.
Avant d’aborder la série, il est important de séparer les notions de citations et de copie. La citation fait une référence directe ou indirecte, à une œuvre apprécié de l’auteur en y apportant une touche qui est propre à sa sensibilité, par exemple la scène de douche de Phantom of the paradise de De Palma, qui transforme le mythique couteau en débouche chiotte. Même configuration, petites différences qui transforment la scène l’intégrant pleinement au reste de l’œuvre. La copie en revanche, c’est la reprise d’éléments extérieurs, sans aucune modification, en général pratiquée par manque d’inspiration du réalisateur. Le plus méprisable advient, lorsque le réalisateur tente de vous faire croire que l’idée vient de lui, par exemple le scénario de Priest de Scott Charles Stewart (avec les prêtres qui tatanent du vampire), et se contente de pomper le scénario de La prisonnière du désert de John Ford, sans même le citer dans le générique. Mais que vient faire Del Toro au milieu de tout cela ? Et bien entre les deux extrêmes il n’y a qu’un pas, et The Strain penche constamment du mauvais coté.

La série était annoncée comme une nouvelle version du mythe du vampire. Pourquoi pas. Mais cela demande tout de même de connaître ses classiques, et Del Toro les connaît bien, tellement bien qu’il semble avoir du mal à s’en défaire. On commence avec un avion pleins de cadavres, qui atterrit mystérieusement a New York; à l’intérieur, un cercueil en bois semblant refermer une créature étrange. On pense tout de suite à l’arrivée de Dracula à Londres dans le célèbre roman de Bram Stocker (que l’on ne présente plus). Mais finalement rien de satanique là dedans, un docteur est dépêché en vitesse et découvre rapidement qu’il a affaire à un virus d’un nouveau genre, qui transforme les humains en buveurs de sang, et là on pense à Underworld; autant dire tout de suite que passer de Stocker à Len Wiseman en cinq minutes, ça fait un peu mal aux fesses pour les amateurs de vampires. The Strain ne s’arrête pas en si bon chemin : il y a un complot derrière tout cela avec un ancien nazi aux manettes (parce que oui, occulte égale nazi : on a tous vu Indiana Jones et Hellboy merci), et une grande entreprise qui contrôle tout comme dans Daybreakers des frères Spierig, ça commence à faire lourd comme héritage. Et puis les vampires ressemblent a Max Shreck dans le Nosferatu de Murneau et même le coup de la langue pour attaquer leur victime rappelle le folklore asiatique. Et on continue comme ça au cours de treize épisodes interminables, dont le seul moment de tension sera le siège dans la supérette… qui rappelle trop Assaut de John Carpenter. Donc pour le mythe revisité en profondeur, on repassera.

Le scénario lui, reste dans la même lignée en empilant les clichés, comme les cadavres dans un charnier. Un vieux juif errant qui a connu les camps de concentration, et sait très bien ce qu’il se passe, le scientifique sceptique ancien alcoolique trimbalant un gamin qui fait de l’asthme, une scientifique hispanique émotionnellement à fleur de peau (parce que chialer c’est un truc de nana, voyez…), qui se traîne sa mama atteinte d’Alzheimer, un méchant nazi vampire à la voix suave, parce que depuis Tarantino, le nazi ne crie plus, il est suave, un vieux milliardaire en quête de l’immortalité, et un mexicain vénère mais qui aime sa maman (parce que les maman c’est génial, on ne le dit pas assez à la télé). Toute la série se base sur la rencontre de ces personnages à divers moments de l’intrigue, et la découverte progressive du virus qui se répand à une vitesse folle dans la ville. On avance donc de découverte en autopsies, l’infection est biologique, mais il y a quand même un super vampire qui contrôle tout le monde. Parce que les vampires ne semblent avoir aucun libre arbitre, il agissent plutôt comme des zombies. C’est vraiment là que la série pèche, elle n’arrive pas à se décider entre magie et science, vampire et zombie, horreur ou action… A force de trop d’ambition, Del Toro livre une sorte de bouillie informe de tout ce qui c’est fait de bon ou de mauvais dans le genre. La cohérence est rapidement mise à mal, tant on n’arrive pas a cerner la nature de ces suceurs de sang. Un grand maître les contrôles tous, mais il y a d’autres vampires ninjas qui s’y opposent. Certains ont un libre arbitre, d’autres non. Ils sont allergiques à l’argent, biologiquement cela peut marcher, mais pourquoi leur reflets vibrent dans les miroirs ? Cela fait des lustres que l’on ne fait plus de miroir en argent et quand bien même, ceci n’aurait aucun sens, si on reste sur l’aspect scientifique… Trop d’imprécisions qui rendent l’ensemble assez indigeste. De plus, l’intrigue prend vraiment son temps, et c’est franchement agaçant.

On pourrait alors espérer se rattraper sur la direction artistique, mais là c’est encore pire. Entre les acteurs qui cabotinent et les maquillages immondes, on ne sait plus où donner de la tête, tant tout est risible. David Bradley pourtant bon acteur, en fait des caisses dans son rôle de vieux sage bourru. Le rôle était à la base prévu pour John Hurt, on le soupçonne d’avoir quitté le navire, prévoyant le désastre à venir. Corey Stoll, affublé d’une perruque ridicule, passe pour un Liam Neeson au rabais et Richard Sammel imite simplement Christophe Waltz. Seul Kevin Durand prend assez de distance pour faire quelques traits d’humour bienvenus, dans une série qui se prend trop au sérieux pour ce qu’elle a à offrir. Quand aux effets spéciaux, il suffit de regarder la tronche du maître : il ressemble au géant de Hot Fuzz (celui qui fait « yarp »), piqué par un essaim de frelon. Comment espérer être crédible après ça ? Impossible de ressentir le moindre frisson devant ce qu’il conviendrait d’appeler le maquillage le plus foireux des années 2000. Tout cela n’est pas aidé par une réalisation plate, et des flash-back qui déboulent toujours comme Robin des bois à une réunion d’anciens SS.

Que dire de plus. The Strain est sûrement l’une des pires nouveautés de l’année. Del Toro nous avait habitués à beaucoup mieux, c’est finalement triste de voir qu’un projet qui lui tenait autant à cœur, soit un échec complet. Oubliez cette série, relisez Dracula, Anne Rice, Anno Dracula de Kim Newman; essayez le jeu Vampire « Bloodlines », revoyez le film de Coppola ou même Underworld tant qu’a faire, et attendez Pacific Rim 2 ou Hellboy 3. Mais surtout laissez tomber The Strain

The Strain : Bande-annonce

The Strain : Fiche Technique

Créateur(s): Guillermo del Toro, Chuck Hogan
Acteurs:  Corey Stoll, David Bradley, Mía Maestro, Kevin Durand, Richard Sammel, Jack Kesy, Jonathan Hyde, Natalie Brown, Sean Astin, Miguel Gómez, Ben Hyland
Pays: Etats-Unis
Saison 1- Nombre d’épisodes:13
Genre: Drame, Horreur, Science fiction
Format: 42 mn
Diffusion d’origine: 13 juillet 2014
Chaîne: FX

Marie Heurtin, un film de Jean-Pierre Améris : critique

Critique – Marie Heurtin

Synopsis : Née sourde et aveugle, Marie Heurtin, âgée de 14 ans, est incapable de communiquer avec le reste du monde. Son père, modeste artisan, ne peut se résoudre à la faire interner dans un asile comme le lui conseille un médecin qui la juge « débile ». En désespoir de cause, il se rend à l’institut de Larnay, près de Poitiers, où des religieuses prennent en charge des jeunes filles sourdes. Malgré le scepticisme de la Mère supérieure, une jeune religieuse, Sœur Marguerite, se fait fort de s’occuper du « petit animal sauvage » qu’est Marie et de tout faire pour la sortir de sa nuit…

Bonjour au langage

Jean-Pierre Améris a choisi de diffuser son film en version adaptée pour les sourds et malentendants ainsi que pour les aveugles. C’est que son film, qui raconte l’histoire vraie d’une jeune sourde et aveugle rendue au langage par le toucher au 19e siècle, est avant tout un acte de communication, d’ouverture au monde. Au-delà, il dit que le cinéma est un langage, fragile harmonie entre des mots et des images, entre des corps et des voix. Les plans du réalisateur sont une succession de séquences aériennes, tournées tantôt vers les arbres, tantôt vers le ciel, ou de moments palpables, tangibles où les mains de Marie et de Sœur Marguerite découvrent « un monde où tout ce qui est vivant palpite sous les doigts ». Cette femme-là est, à elle seule, un éloge de la patience, de la persévérance. Le film évite, en s’élevant ainsi de l’infime à la cime des choses, des êtres, ne tombe (presque) jamais dans les bons sentiments faciles. Bien sûr, on sait ce qui finira par advenir … la réussite. Mais ce qui compte ce n’est pas tant cette histoire que le chemin pour l’accomplir. C’est d’abord une longue route dans la nuit, dans le noir où une religieuse persuadée d’avoir rencontré « une âme » s’arme de patience pour tenter d’apprivoiser celle que l’on voit comme « une enfant sauvage ». Leur lutte se passe au corps à corps, avec comme seul moment d’apaisement, ce petit couteau, premier mot signé, que Marie caresse et sent sans relâche. Dans ces instants-là, Marie doit apprendre à vivre avec les autres. C’est là la première étape, pleine de combats que nous donne à voir le réalisateur. Là, sa confrontation avec ce monde religieux, sans être dogmatique, où la parole divine, retranscrite en signes, compte bien moins que l’éveil au langage de chacune des jeunes filles sourdes admises là.

 

Si ce film ne révolutionnera pas l’histoire du cinéma, il est un moment d’une beauté indéfinissable. Il prend le temps, à l’heure où tout bousille, d’observer, écouter, sentir, tout ce qui nous entoure, de s’en enivrer. Le film est simple, doux mais aussi animal par moment. Les deux actrices principales, dont Isabelle Carré qu’on retrouve avec plaisir films après films, ont une alchimie certaine. Quand leurs mains se croisent, se touchent, s’effleurent et se disent en silence tout ce qu’il y a à ressentir. Quand elle s’apprivoisent doucement, l’émotion, jamais trop facile, est palpable. C’est que Jean-Pierre Améris, même quand ses héroïnes parlent de mort et de Dieu, privilégie le physique au spirituel. Marie éprouve le monde et apprend à faire, à partager. Dès qu’elle a appris cela, c’est enfin à Sœur Marguerite d’accepter sa destinée à elle : quitter le monde. Voilà qu’elle devra elle aussi accepter de lâcher prise, de faire confiance à autre chose. Quand Marie regarde le ciel, c’est presque trop appuyé mais c’est à l’image de ce film où la neige qui tombe est un émerveillement : plein d’une sensibilité qui réchauffe, avec ces cadrages serrés sur les doigts de Marie qui lui servent à signer « au toucher ». Le visage de Marie s’illumine au fur et à mesure que le film avance, et, dès lors, sa condition n’est pas misérabiliste car c’est un chemin vers le meilleur, vers le langage et l’odeur des fleurs que l’on sent l’été sur un chemin, comme celles que l’on dépose sur la tombe de ceux qu’on a aimé dans la vie, auxquels ont rend hommage dans la mort… La beauté est là, partout, dans chaque essence, dans chaque détail, qu’on croit ou non qu’ils sont habités par un Dieu ou par quoi que ce soit, c’est là, sous nos doigts… Une parenthèse qui dit la foi en l’autre, à une époque où l’on en a vraiment bien besoin… Et sans miracle : la vie, la mort ,tout simplement.

Bon à savoir : 

L’histoire d’Helen Keller, sourde muette contemporaine de Marie Heurtin, qui a appris cette même langue des signes dans sa main avec l’aide de sa gouvernante, a fait l’objet d’un film en 2002 :  » Miracle en Alabama » (d’Arthur Penn) qui valut un Oscar à ces deux interprètes. Jean-Pierre Améris voulait parler d’Helen Keller, mais les droits pour adapter son histoire étant trop élevés, il s’est renseigné sur les sourds et aveugles jusqu’à tomber sur l’histoire de Marie Heurtin. Son film est est donc inspiré d’un livre qui raconte l’histoire de Marie Heutrin et de Sœur Marguerite. Jean-Pierre Améris dit avoir cherché, et toujours chercher, à faire un film intemporel, et qui transcrive ce qui fait l’objet de tous ses films : « comment réussir à sortir de soi pour aller vers les autres et communiquer »*

* Interview complète ici

Miracle en Alabama d'Arthur Penn
Miracle en Alabama d’Arthur Penn

Marie Heurtin – Bande-annonce

Fiche Technique: Marie Heurtin 

France – 2014
Date de sortie : 12 novembre 2014
Réalisateur : Jean-Pierre Améris
Interprètes : Isabelle Carré (Sœur Marguerite), Ariana Rivoire (Marie), Brigitte Catillon (Mère Supérieure), Noémie Churlet (Sœur Raphaëlle), Gilles Treton (le père de Marie Heurtin), Laure Duthilleul (la mère de Marie Heurtin)
Scénario : Jean-Pierre Améris et  et Philippe Blasband
Photographie : Virginie Saint-Martin
Décors : Franck Schwarz
Sociétés de production : Escazal Films ; France 3 Cinéma et Rhône-Alpes Cinéma (coproductions)

Martha Marcy May Marlene, un film de Sean Durkin : Critique

Martha Marcy May Marlene, un titre déroutant pour un film qui ne l’est pas moins

Synopsis : après avoir fui une secte et son leader charismatique, Martha retrouve refuge chez sa sœur aînée Lucy et son beau-frère Ted, avec qui elle n’a plus eu contact depuis deux ans. Bien que ces derniers la recueillent, elle reste incapable de leur dévoiler la vérité. De plus, elle reste persuadée que les membres de cette communauté qu’elle a délaissés la pourchassent. Les souvenirs qui la hantent se transforment alors en une effrayante paranoïa et la frontière entre réalité et illusion se brouille peu à peu…

Elle a longtemps vécu dans l’ombre de ses sœurs Mary-Kate et Ashley, en participant à quelques-uns de leurs téléfilms sous son surnom Lizzie. Désormais, tout Hollywood la réclame ! Après l’avoir vue récemment à l’affiche du remake US d’Old Boy et de Godzilla, elle répondra également présente au casting d’Avengers 2 (son rôle ayant déjà été entraperçu dans la séquence post-générique de Captain America : le Soldat de l’Hiver). Mais sa notoriété, Elizabeth Olsen la doit à un seul film. À son tout premier rôle sur grand écran. Un long-métrage indépendant, loin du faste des studios, qui a fait fureur au Festival du film de Sundance 2011 (notamment récompensé par le prix de la meilleure mise en scène), et qui a su dévoiler le talent d’une toute nouvelle comédienne. Retour donc sur Martha Marcy May Marlene, un drame qui vaut le détour.

Pourtant, le pari n’était pas gagner d’avance pour Elizabeth Olsen. En effet, une « débutante » comme elle, voulant à tout prix piquer la vedette à ses frangines (dont on n’entend plus parler, soit dit en passant), en portant littéralement un film sur ses épaules. Le projet pouvait tout aussi bien fonctionner que s’effondrer comme un château de cartes. Heureusement, la comédienne s’en sort avec énormément de talent. Un talent que personne n’avait vu venir et qui en avait surpris plus d’un à sa sortie, démontrant que l’on peut très bien s’appeler Olsen, et faire autre chose que de la nunucherie style Hannah Montana. Cette chère Lizzie crève l’écran, tout simplement. Son charme, son naturel… sa prestation dans son ensemble surpasse amplement celle de ses complices (John Hawkes, Sarah Paulson, Hugh Dancy, Christopher Abbott…), qui nous paraissent secondaires. Bluffante de bout en bout, elle donne vie à son personnage avec beaucoup de crédibilité, à tel point que son jeu aide le spectateur à entrer dans l’histoire du film, déjà bien captivante sur le papier.

Bien que Martha Marcy May Marlene soit considéré comme un drame, il ne faut pas s’attendre à un tire-larmes ou à un mélo ayant pour but de titiller la sensibilité du public. Au lieu de cela, le film de Sean Durkin flirte avec le thriller psychologique, en mettant en place un suspense et ce dès le début du film. En effet, le long-métrage démarre par notre héroïne qui fuit un groupe, une communauté, une secte… on n’en sait rien ! Et quand elle va trouver refuge chez sa sœur, des souvenirs en flash-backs, vont être livrés petit-à-petit pour tenter d’aider le spectateur à comprendre le personnage : pourquoi est-elle partie pendant 2 ans ? Pourquoi a-t-elle fui ce fameux groupe ? De quoi a-t-elle peur ? Tant de questionnements qui vont forger la paranoïa de l’héroïne, qui ne va plus trop faire la différence entre la réalité et le passé.

Une trame pour le moins intéressante mais qui se retrouve embellie de la plus belle des manières par le réalisateur : plus les fameux souvenirs envahissent l’esprit du protagoniste, plus ils vont s’encrer dans sa réalité. Cela, Sean Durkin le montre en filmant deux séquences se passant à des temps différents mais cependant identiques : par exemple, l’héroïne s’apprête à sauter d’un bateau pour plonger dans l’eau, et quand elle se lance enfin, elle se retrouve avec les membres de sa «secte ». Des passages réalité/souvenir d’une rare fluidité qui peuvent frustrer au début mais auxquels il n’est pas difficile de s’habituer. Et comme le scénario place le public du point de vue du personnage, il peut, lui aussi, se demander si la plupart des informations qui lui sont dévoilées, se sont véritablement arrivées ou s’il ne s’agit que de l’imagination due à l’angoisse (pour ne pas dire folie) de l’héroïne. Certains pourront également se demander lequel de ces trois prénoms (Martha, Marcy May ou Marlene) est la véritable identité de cette dernière. Si l’histoire du film nous le précise, cela n’empêche pas ce doute.

Enfin, comme si cela ne suffisait pas, Sean Durkin installe peu à peu dans son film une ambiance qui, justement, pourrait définir l’état d’esprit du protagoniste. Même si c’est au spectateur de se faire une idée, notamment via la dernière séquence du film (un plan qui se termine comme tel, de manière brusque, qui peut laisser sur sa faim). Quoiqu’il en soit, le réalisateur, en commençant par filmer des plans de campagne et de belles maisons continue dans la noirceur, et crée une atmosphère de paranoïa envoûtante et entraînante, qui aide à faire douter sur la véracité des souvenirs de l’héroïne sans pour autant ôter le fait qu’elle peut être en grand danger à tout instant. Une maîtrise qui n’a pas volé ses nombreuses nominations et récompenses.

Attachant, passionnant mais aussi troublant, Martha Marcy May Marlene est un film à voir. Pour sa mise en scène et son actrice principale. Il serait même obligatoire de faire découvrir ce long-métrage, qui n’a pas su rembourser l’intégralité de son budget (moins de 4 millions de dollars dans le monde pour un budget de 10 millions) à cause de son statut de film indépendant. Même si les plaisirs coupables existent et que certains blockbusters valent le détour, il serait temps que le grand public se détournent d’Hollywood pour se pencher sur d’autres projets, certes moins imposants, mais pouvant être bien plus puissants, qu’un divertissement aux moyens pharaoniques.

Martha Marcy May Marlene : Bande-annonce

Fiche technique – Martha Marcy May Marlene

États-Unis – 2011
Réalisation : Sean Durkin
Scénario : Sean Durkin
Interprétation : Elizabeth Olsen (Martha/Marcy May/Marlene), John Hawkes (Patrick), Sarah Paulson (Lucy), Hugh Dancy (Ted), Christopher Abbott (Max), Brady Corbet (Watts), Maria Dizzia (Katie), Julia Garner (Sarah)…
Date de sortie : 29 février 2012
Durée : 1h41
Genre : Drame
Image : Jody Lee Lipes
Décors : Chad Keith
Costumes : David Tabbert
Montage : Zacahry Stuart-Pontier
Musique : Daniel Bensi et Saunder Jurriaans
Budget : 10 M$
Producteurs : Josh Mond, Antonio Campos, Chris Maybach et Patrick Cunningham
Productions : Fox Searchlight Pictures, Cunningham & Maybach Films, FilmHaven Entertainment et BoderLine Films
Distributeur : 20th Century Fox France