Les Misérables, un film de Tom Hooper : Critique

Critique Les Misérables, un film bien trop long et étouffant pour être appréciable

Synopsis : Dans la France du XIXe siècle, un ex-bagnard, Jean Valjean, prend en charge la petite Cosette, fille de la défunte Fantine, une jeune ouvrière tombée dans la prostitution pour subvenir à ses besoins. Mais depuis sa libération, Valjean est traqué par l’intransigeant policier Javert, souhaitant le remettre derrière les barreaux pour ne pas avoir respecté sa liberté conditionnelle. Alors que le combats font rage dans les rues de la capitale, la vie du forçat et de la gamine va en être changée à tout jamais…

Deux ans après avoir été couronné de succès avec Le Discours d’un Roi, le réalisateur Tom Hooper s’attaque cette fois-ci à un projet d’une toute autre envergure : Les Misérables. Énième version de l’oeuvre intemporelle de Victor Hugo, avec un casting cinq étoiles ? Pas exactement : il s’agit de l’adaptation sur grand écran de la comédie musicale créée en 1980 par Claude-Michel Schönberg et dont le succès international ne faiblit toujours pas. Une renommée que le film se devait de rattraper, voire de dépasser, pour rester dans les mémoires. Ce qui ne sera malheureusement pas le cas…

Pour voir Les Misérables, il faut vraiment être un adepte des comédies musicales. Avec le film de Tom Hooper, ne vous attendez pas à de longues discussions entre les personnages emblématiques nés de la plume de Victor Hugo. Ici, la quasi intégralité des répliques sont chantées. Si vous n’avez rien contre ce genre de spectacle, Les Misérables se présente alors comme la perle dont vous avez besoin. D’autant plus que sur le papier, le long-métrage a de quoi balayer d’une traite toutes les précédentes adaptations du roman, notamment grâce aux moyens mis à disposition et à un casting des plus prestigieux.

Ainsi, vous vous retrouverez face à un film musical qui tente d’innover en faisant chanter ses comédiens directement, sans les faire passer par la case de l’enregistrement en studio. Un procédé jusque-là jamais tenté au cinéma qui demande une préparation démesurée, auquel les acteurs s’y prêtent avec passion. Il faut vraiment les voir déambuler dans de décors splendides tout en arborant de splendides costumes, en poussant la chansonnette pour y croire. Même, chacun arrive à rendre les instants chantés terriblement émouvants par le biais de leur exceptionnelle. Et tout le monde y parvient à sa manière ! Que ce soit Russell Crowe, qui compense sa voix de paquebot par une présence charismatique irréprochable, ou bien Anne Hathaway, qui illumine l’écran de par sa justesse d’interprétation et sa puissance vocale. Autant dire qu’elle n’a pas volé son Oscar de la Meilleure actrice dans un second rôle. Même Helena Bonham Carter et Sacha Baron Cohen, pourtant secondaires, transcendent le film avec leur apparence burlesque qui rappelle un peu l’univers d’un certain Tim Burton, auquel les deux comédiens ne sont justement pas étrangers.

Pourtant, le film se loupe totalement à cause d’un seul détail qui gâche tout ce travail d’orfèvre : la mise en scène de Tom Hooper. Le cinéaste, se sentant encore sur le tournage du Discours d’un Roi, filme ses comédiens comme il l’avait fait avec Colin Firth : par le biais de gros plans. Est-ce pour créer une ambiance quelconque ou bien pour s’assurer que les voix live des comédiens soient enregistrées convenablement ? Nul ne le sait. Ce qui est sûr, c’est ce rendu étouffant donné par la caméra du réalisateur. Coller le personnage et le suivre dans ses moindres faits et gestes à la limite du voyeurisme excessif n’était vraiment pas la meilleure idée. Ce genre de divertissement demande du recul et beaucoup d’espace pour apprécier pleinement le spectacle. Là, c’est comme si vous étiez au premier rang d’une salle de théâtre et que vous observiez la scène avec une paire de jumelles.

Un défaut majeur qui ne fait que s’alourdir avec la durée du film, qui avoisine sans mal les 2h30. Avec ce sentiment d’étouffement qui se répète à chaque séquence, l’ennui pointe très vite le bout de son nez. D’autant plus que les chansons ont beau être splendides à écouter (surtout « I Dreamed A Dream »), elles n’en restent pas moins monotones, arborant toujours le même rythme lancinant. Ajouté à la mise en scène de Tom Hooper, ce constat ne peut que renforcer l’aspect torture du film, qui empêchera beaucoup de spectateurs de dépasser la limite des 1h30 de visionnage.

Au lieu d’être une adaptation pharaonique, Les Misérables vu par Tom Hooper n’est finalement rien d’autre qu’un fabuleux emballage massacré par son artisan. Le film avait de quoi rester dans les mémoires, il ne sera qu’un puissant somnifère. Peut-être que Tom Hooper n’était pas encore prêt à se frotter à un tel projet. Comme quoi, avoir l’Oscar du Meilleur réalisateur n’est pas un titre qui se confirme au fil de ses propres créations.

Les Misérables : Bande-annonce

Fiche technique – Les Misérables

Royaume-Uni – 2012
Réalisation : Tom Hooper
Scénario : William Nicholson, d’après l’oeuvre de Victor Hugo et la comédie musicale de Claude-Michel Schönberg, Alain Boublil et Herbert Kretzmer
Interprétation : Hugh Jackman (Jean Valjean), Russell Crowe (Javert), Anne Hathaway (Fantine), Amanda Seyfried (Cosette), Eddie Redmayne (Marius), Samantha Barks (Éponine), Helena Bonham Carter (Mme. Thénardier), Sacha Baron Cohen (M. Thénardier)…
Date de sortie : 13 février 2013
Durée : 2h37
Genres : Drame, film musical
Image : Danny Cohen
Décors : Eve Stewart
Costumes : Paco Delgado
Montage : Chris Dickens
Musique : Claude-Michel Schönberg
Budget : 61 M$
Producteurs : Cameron Mackintosh, Tim Bevan, Eric Fellner et Debra Hayward
Productions : Working Title Films et Cameron Mackintosh Ltd.
Distributeur : Universal Pictures Internationale France

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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