Critique du film, Men, Women & Children

Synopsis : Men, Women & Children brosse le portrait de lycéens et de leurs parents qui doivent affronter l’impact des nouvelles technologies sur leurs rapports, leurs modes de communication, l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et leur vie amoureuse. Le film aborde ainsi plusieurs enjeux sociétaux, comme la culture des jeux vidéo, l’anorexie, l’infidélité, la course à la célébrité et la prolifération de contenus illicites sur Internet. Tandis que les personnages s’engagent dans des trajectoires, dont l’issue est parfois heureuse et parfois tragique, il est désormais évident que personne ne peut rester insensible à ce bouleversement culturel qui déferle sur nos téléphones, nos tablettes et nos ordinateurs. 

Internet, les réseaux sociaux et autres petites contrariétés 

Pour son sixième film, Jason Reitman adapte avec Erin Crissida Wilson, le roman éponyme de Chad Kultgen, traitant des relations humaines, à travers le prisme d’internet et des réseaux sociaux. Un film choral, n’évitant ni les longueurs et clichés. Pourtant cela fonctionne, grâce à un casting réussi, à des moments d’émotions et une certaine simplicité, qui peut-aussi être considérée comme un défaut.

Une voix-off nous accompagne tout au long des deux heures, c’est celle d’Emma Thompson. Elle nous conte tout d’abord l’histoire de la sonde Voyager 1, envoyée dans l’espace en 1977 pour signaler notre existence à d’autres formes de vies à travers notre galaxie. Elle a pris une photo de notre planète terre, qui est un insignifiant point bleu dans l’immensité de l’univers.

Sur ce point bleu, se trouve une ville du Texas ou va se nouer divers histoires, par le biais de personnages, parfois caricaturaux. On a un couple (Adam Sandler et Rosemarie DeWitt), n’éprouvant plus d’attirance l’un pour l’autre, noyé dans le quotidien, avec leurs deux fils, dont l’un d’eux (Travis Tope) est devenu accroc au sexe en ligne, au point de ne plus rien ressentir face à une personne IRL (In Real Life). Une mère (Jennifer Garner), surveillant toute les activités de sa fille (Kaytlin Dever), sur internet et les réseaux sociaux, au point d’avoir un traceur pour aussi connaitre ses moindres déplacements. Un fils (Ansel Elgort) vivant mal le départ de sa mère en Californie, le laissant seul avec son père (Dean Norris), dont le seul point commun et le football américain, qu’il va quitter, se plongeant dans les jeux en ligne. Une mère (Judy Greer) reportant sur sa fille (Olivia Crocicchia), ses rêves brisés de star hollywoodienne, en faisant d’elle une poupée, ne vivant que pour le succès et l’argent, au risque de basculer dans la pornographie. Enfin, une pom-pom girl (Elena Kampouris) obnubilée par son poids et amoureuse de la star du lycée.

A travers les diverses intrigues qui se nouent et parfois, se télescopent, le film traite de différents sujets, comme le suicide, l’anorexie et la pression sociale, poussant à sauter le pas sexuellement, malgré les risques de MST et Sida, et l’absence de dialogue sur le sujet.

Jason Reitman avait déjà fait une incursion dans le monde de l’adolescence, en abordant la grossesse chez l’adolescente dans le très réussi Juno, ou l’on avait déjà Jennifer Garner et JK Simmons au casting. On retrouve ici, un peu de son humour, mais par petites touches, l’histoire étant surtout un drame de la vie sociale. Mais il ne parle pas seulement des adolescents, car comme son titre l’indique, les hommes et femmes, sont aussi à l’honneur, même si ce n’est pas flatteur pour eux.

C’est surtout le manque de communication entre les générations, qui est pointé du doigt, en faisant d’internet et des réseaux sociaux, les responsables de ce fossé, qui s’est installé entre eux. Malgré tout ses outils mis à la disposition de l’être humain, la solitude est toujours aussi présente au sein de notre société. En début d’année, Her abordait déjà l’isolement de l’homme, se coupant du monde, après un drame et ne retrouvant qu’un peu de bonheur, au travers d’une intelligence artificielle, par le biais de la voix de Scarlett Johansson. Précédemment en 2013, le méconnu Disconnect avec Jason Bateman et Alexander Skarsgard, parlait du même sujet, mais sur un ton plus dramatique, au point de basculer dans le thriller.

Un casting réussi, peut sauver un film de l’ennui. C’est le cas ici, ou Ansel Elgort confirme son talent, déjà à l’oeuvre dans Nos étoiles contraires cette année. Jennifer Garner campe une mère rigide, qui finit par devenir détestable, tant sa performance est réussie. Adam Sandler, fait une nouvelle incursion dans le cinéma d’auteur, après Punch Drunk Love sous la direction de Paul Thomas Anderson en 2002. Il fait ici preuve de sobriété, démontrant encore une fois, qu’il pouvait être un bon acteur dramatique. Dean Norris, Rosemarie DeWitt et Judy Greer, sont de solides seconds rôles, sans oublier JK Simmons, qui est pratiquement dans tous les films de Jason Reitman. Kaitlyn Dever formant un couple émouvant avec Ansel Elgort, en devenant le point central du film.

Sur une musique pop et mélancolique de Bibio, Jason Reitman se fait un brin moralisateur, en stigmatisant cette nouvelle technologie. Elle semble salvatrice au début, avant de devenir destructrice, mais surtout par l’utilisation néfaste qu’en font les adolescents, tout comme les adultes. On peut regretter un manque de profondeur des personnages, dont certains devenant même insignifiants, tout comme l’absence de diversité, aussi bien physique, qu’ethnique.

Surement le film le moins réussi de Jason Reitman, même si sa réalisation se veut sobre, en restant au service des acteurs(trices), qu’il dirige toujours aussi bien. Il n’innove pas, ne prenant pas de risque, en restant tranquillement dans sa zone de confort, au risque de perdre de son mordant, mais aussi son public.

Fiche technique: Men, Women & Children

USA – 2014
Réalisation : Jason Reitman
Scénario : Jason Reitman et Erin Cressida Wilson
Distribution : Adam Sandler, Emma Thompson, Rosemarie DeWitt, Jennifer Garner, Judy Greer, Dean Norris, Ansel Elgort, Dennys Haisbert, Timothée Chalamet, Olivia Crocicchia, Kaytlin Dever, Elena Kampouris et JK Simmons
Musique : Bibio
Photographie : Eric Steelberg
Production : Jason Reitman, Helen Estabrook, Jason Blumenfeld, Michael Beugg et Mason Novick
Société de production : Right of way films
Société de distribution : Paramount Pictures
Genre : Comédie dramatique
Durée : 119 minutes
Date de sortie française : 10 décembre 2014

Auteur : Laurent Wu

 

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