Her de Spike Jonze : critique du film

Her de Spike Jonze : Romance 2.0 dans un univers autistique

Auréolé du meilleur scénario original, Her de Spike Jonze (Max et le Maximonstre et Dans la peau de John Malkovich) sort aujourd’hui dans les salles de cinéma, un des films les plus attendus, accueilli plus que chaleureusement par les journalistes américains. Bâti sur un casting quatre étoiles où figurent l’excellent Joaquin Phoenix, Rooney Mara, Amy Adams, et Scarlett Johansson que l’on découvre uniquement à travers cette merveilleuse voix sensuelle dans le rôle d’une OS, (operating system), programme capable de répondre aux besoins de chacun, le point de départ d’une histoire d’amour dans la réalité augmentée…

Dans un futur proche qui ressemble à notre présent, Theodore Twombly, notre poète ‘new generation’, à la moustache rétro, tombe amoureux d’une SIRI, Samantha, dans un monde où la technologie du virtuel remplace les interactions sociales, les relations humaines, une réalité proche de notre vie actuelle… Dans cette société aux pantalons taille haute, où dans la rue les gens s’ignorent et utilisent la technologie pour communiquer indirectement, Spike Jonze explore les rapports et les sentiments humains.

Spike Jonze signe ici un film à double lecture, celle de la romance 2.0 entre un homme et une compagne virtuelle et celle d’un monde en train de mourir, incapable de communiquer de vivre pleinement, un univers d’êtres dépressifs. La thématique d’une relation particulière entre un humain et Samantha, une intelligence artificielle capable d’émotions humaines, évolue en une Love Story troublante, déconcertante impliquant toute sorte de questions dans notre ère des réseaux sociaux. La relation qui semble parfaite en apparence, pose la question sur ce que représente l’être aimé.

La cyber intelligence, Samantha, interprétée par la voix magnifique de Scarlett Johansson, réussit à donner corps à un personnage virtuel, une intelligence dotée d’une conscience, mais dont la nature n’est pas vraiment explorée. Ainsi Her de Spike Jonze semble être une histoire d’amour atypique, à première vue. Or, la thématique du second temps, celle qui se cache derrière la romance 2.0 est bien plus intéressante. Dans l’univers autistique de cette mégapole colorée et pourtant froide dans laquelle évolue Theodore Twombly, les gens semblent dévitalisés, asociaux, sans énergie vitale, incapables de mordre la vie à pleine dent…

Plus le film avance, plus on se rend compte que Théodore n’est pas le seul à développer une relation 2.0, les rues sont remplies de passants vivant dans une bulle virtuelle, incapable de poser les yeux sur un autre être humain, les oreilles scotchées sur les paroles de voix du nouvel cyber ami, un monde qui n’est pas sans rappeler la société de Solaria, dans Le cycle des Fondations d’Isaac Asimov.

Her est un ovni, malgré ses longueurs, et ses répétitions : cette romance futuriste décrite avec ses avantages et ses inconvénients dans un monde à l’agonie, rappelle par moment le brillant Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Une histoire d’amour sublimée dans des couleurs chaudes par le photographe Hoyte Van Hoytema (prochainement au générique du film Interstellar de Christopher Nolan), ce film qui n’a que les contours de la science fiction, Her parle d’abord de nous, de notre société où la solitude touche profondément les individus dans un monde pourtant connecté…

Même si le long métrage s’essouffle sur la durée, Her est un conte d’anticipation, une dystopie d’une lucidité prodigieuse, un beau tableau effarent sur la solitude à l’ère du numérique, sur une musique aux rythmes lents parfaitement intégrée, fredonnant une certaine « Moon Soong », une bande originale orchestrée par le groupe Arcade Fire et le compositeur Owen Pallett.

Synopsis : Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l’acquisition d’un programme informatique ultramoderne, capable de s’adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de ‘Samantha’, une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux…

Fiche technique : Her

Titre original : Her
Réalisation : Spike Jonze
Scénario : Spike Jonze
Interprétation : Joaquin Phoenix (Theodore Twombly), Scarlett Johansson (Samantha), Amy Adams (Amy), Rooney Mara (Catherine), Olivia Wilde (la fille du rendez-vous amoureux), Chris Pratt (Paul), Matt Lescher (Charles)
Sortie en salle : 19 mars 2014
Durée : 2h06
Genre : Drame, Romance, Science fiction
Directeur de la photographie : Hoyte van Hoytema
Décorateur : K.K. Barrett
Costumes : Casey Storm
Montage : Eric Zumbrunnen, Jeff Buchanan
Musique : Arcade Fire, Owen Pallett
Producteur : Megan Ellison, Spike Jonze, Vincent Landay
Production : Annapurna Pictures
Distribution : Wild Bunch Distribution

 

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