God Help the Girl de Stuart Murdoch : Critique du film

God Help the Girl, une mélodie twee pop douce et naïve qui rend heureux

Synopsis : la jeune Eve écrit des chansons en rêvant de les entendre un jour à la radio. À l’issue d’un concert, elle rencontre James, musicien timide et romantique qui donne des cours de guitare à Cassie, une fille des quartiers chics. Dans un Glasgow pop et étudiant, ils entreprennent bientôt de monter leur propre groupe. Un film musical de Stuart Murdoch, leader du groupe Belle & Sebastian.

God Help the girl nous désarçonne, en mélangeant le genre musical au genre narratif, tout en se démarquant des comédies musicales classiques. Certes, l’oeuvre s’inspire des classiques comme Grease et La Mélodie du Bonheur, mais l’interprète de manière moderne. Le terme moderne est important ici, indiquant un re-nouveau. Car cette comédie musicale est unique, ce film étant l’adaptation d’un album concept « God Help the Girl » (2009), créé par le leader du groupe écossais de swee pop des années 90, « Belle et Sebastian ».

Une idée de film originale, qui se transforme en pari risqué pour Stuart Murdoch. Sans l’incroyable participation financière des fans grâce à un site de Kickstarter, mais aussi l’aide du producteur Barry Mendel (connu pour avoir produit des films de Wes Anderson et Night Shyamalan), God Help the girl aurait pu ne jamais voir le jour.

Ce film-clip musical dépeint la dépression d’une jeune adolescente, Eve, qui fuit la réalité de sa maladie dans la musique et le Glasgow des années 90. Emily Browning interprète très pudiquement ce personnage hors nome, sachant montrer sa fragilité, mais aussi sa persévérance à accomplir son rêve. L’actrice nous berce de sa voix d’ange et on reconnait ici ses talents musicaux, qui avaient déjà été remarqués dans Sucker Punch de Snyder. Pourtant, la personnalité ambiguë d’Eve fait plutôt penser à son personnage d’Anna dans le film d’horreur Les Intrus de Charles et Thomas Guard : de la même manière, le spectateur se fit aveuglement au point de vue de l’héroïne, alors qu’un doute s’installe sur sa santé mentale tout au long du film.

A ces cotés, James (Olly Alexander) et Cassie (Hannah Murray), l’aident à s’intégrer dans un groupe et composer ses propres chansons. Le personnage très farfelu de Cassie, rappelle son homonyme de Skins. De nombreuses scènes l’évoquent : son choix de s’échapper par la fenêtre au lieu de passer tout simplement par la porte, ou encore son cornet de glace jeté à la va-vite pour courir rejoindre Eve.

Le réalisateur se reflète dans le personnage de James, en jeune guitariste gentil et un peu timide, qui fait tout pour aider Eve à réaliser son rêve. De la même manière qu’il a soutenu les chanteuses du groupe « God Help the Girl » à sortir leur propres chansons. Stuart s’est d’ailleurs beaucoup inspiré des histoires et expériences vécues avec le groupe « Belle et Sebastien ». Mais James tombe malgré lui sous son charme, et s’en mord les doigts. Car la belle, à l’image de l’héroïne Anna Karenine, est déjà éprise du mauvais garçon, Anton (Pierre Boulanger). Pourra t’elle s’en rendre compte avant qu’il ne soit trop tard et faire le bon choix?

Une certaine influence d’autres réalisateurs de comédies musicales se perçoit à travers les scènes musicales, mais pas seulement. L’esthétique colorée, le style vestimentaire des personnages, et même ces figures d’enfants/adultes rappellent l’univers de Wes Anderson (Moonrise Kingdom, The Grand Budapest Hotel, etc). Si le réalisateur nie toute influence de Jacques Demy, ( » Je n’ai vu aucun des ses fims. (…) Je n’aime pas les films musicaux. Ce qui est ironique, bien sur venant de quelqu’un dont le premier film est une comédie musicale »), il y a pourtant une ressemblance dans la chorégraphie synchrone, les décors en accord avec les costumes, et ces dialogues chantés qui nous font oublier presque que God Help the girl est un film. Des passages du sépia, aux filtres colorés puis aux négatifs et surimpressions, tout y passe pour rendre les scènes musicales très fantaisistes et irréelles. Ces moments où Emily Browning chante en regardant la caméra, nous ramènent à cette univers musical très décalé, qui heureusement, ne dure pas tout le film : ces séquences sont certes appréciables, mais parfois déstabilisantes pour le spectateur.

Les voix des acteurs ont parfois été mal synchronisées. Certes, ils n’étaient pas les chanteurs d’origine. Le liping (synchronisation du mouvement des lèvres avec l’image) parait décalé par moment, ce qui est une erreur frappante pour une comédie musicale. Puis la caméra qui voltige, toise les acteurs dans leur chorégraphie, en diagonale, puis en verticale, donne presque le vertige. Enfin, ce montage qui imite le clip musical et mélange les genres, donne une fois encore une dimension trop décalée par rapport au récit.

La B.O. du film est bien sur centrale, puisqu’il s’agit ici d’un film adapté d’un album concept, les paroles relatent les petites aventures d’Eve. Afin de mieux appréhender le film et son univers, il est indispensable d’apprécier ce style musical de vocal girls très mélancolique. Voici quelques extraits :

– The Psychiatric Is In

– If you could speak

– I’ll have to Dance with Cassie


Bien qu’étant assez abstrait et lyrique, le problème de dépression d’Eve est abordé avec finesse, et sans tomber dans le pathétique : God Help the girl garde le ton léger de la comédie tout de long. En contraste, l’histoire parvient à traiter sérieusement le problème d’Eve qui doit arrêter de fuir, accepter de se faire soigner, pour enfin devenir la chanteuse qu’elle veut être. Un combat qui se manifeste dans sa passion pour la musique et le chant. En toile de fond, c’est la situation des jeunes de Glasgow qui est dépeinte, tout en opposant l’univers rock à la pop, les neds aux jeepsters. Des univers et des époques qui se mélangent et créent cette esthétique typique des films anglais.

Fiche Technique – God Help the girl

Réalisateur : Stuart Murdoch
Producteur : Barry Mendel
Scenariste : Stuart Murch
Casting : Emily Browning (Eve); Olly Alexander ( James); Hannah Murray (Cassie), Pierre Boulanger (Anton)
Durée : 111 minutes
Origine : Grande Bretagne
Date de sortie (FR) : 03/12/2014

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