Orange is the New Black, saison 2 : Critique de la série

Critique Orange is the New Black, Saison 2 : Un Oz au féminin

Synopsis: Inspiré du livre autobiographique éponyme de Piper Kerman, Orange is the New Black est une série crée par Jenji Kohan (Weeds). On y suit le séjour en prison de Piper Chapman, une wasp à la vie rangée, rattrapée par son passé et envoyée dans un établissement carcéral pour femmes, pour y purger une peine de prison de 15 mois. Pour elle, l’orange sera la nouvelle tendance…

Orange is the New Black, c’est avant tout une incroyable palette de personnages (Taystee, Crazy Eyes, Poussey, Black Cindy…), étoffée et fort bien campée par des actrices comme Taylor Shilling aka Piper Chapman, qui tient le rôle principal. Une série au ton décalé et humoristique, plus accessible que l’incroyable chef d’œuvre de Tom Fontana. Un Oz au féminin, drôle sans les testostérones de son illustre sœur : en effet, les effusions de sang, les affrontements et les violences d’ordre mental ne sont pas au cœur de cette série, même si on peut assister à quelques scènes fortes, l’ensemble demeure une comédie aux dialogues fort bien écrits.

Un univers carcéral riche en surprises 

Retour rapide sur la saison 1 : Orange is the New Black suit le parcours de Piper Chapman (Taylor Channing), bourgeoise égocentrique, dans une prison fédérale pour femmes en compagnie de son ex, Alex Vause (Laura Peppon). Celles-ci, 15 ans plus tôt, avaient transporté de la drogue aux Etats Unis, et Alex avait du dénoncer la complicité de Piper pour réduire sa peine. Condamnée pour 15 mois, cette dernière doit faire sa place au milieu des fortes personnalités et communautés de la prison, tout en affrontant les sentiments d’Alex qui resurgissent.

A la fin de la saison 1, on s’était déjà attaché aux personnages les plus délurés comme Big-Eyes (Suzanne), Morello, Sophia, Red et l’adorable Poussey. Entre drame et romance, le dernier épisode nous laissait en haleine avec le départ d’Alex et la tentative de meurtre de Piper sur l’insupportable Pennsatucky.

Cette nouvelle saison était alors plus qu’attendue, après House of Cards, la chaîne Netflix qui a diffusé intégralement 13 épisodes le 6 juin dernier, permettant ainsi aux fans d’assouvir leur addiction à la série avec un binge-watching (regarder tous les épisodes ou plus de trois d’affilé).

De nouveaux clans se forment

Dans cette nouvelle saison, des nouveaux personnages font leur apparition, perturbant le confort des clans qui se font, se défont, se refont sans cesse. On assiste à l’arrivée de Vee, mère adoptive de Taystee, qui s’impose comme nouvelle meneuse et menace l’autorité déjà en péril de Red.

L’originalité de chaque épisode, est le retour sous forme de flashback des détenues avant leur arrivée en prison. L’intrigue se tourne alors plus sérieusement sur les personnages jusque-là secondaires, en abordant leur passé souvent troublant et permettant de mieux les comprendre. Le spectateur ne les voit plus comme de simples criminels en tenue orange, mais comme des semblables, ces femmes, mères et épouses, confrontées aux problèmes de la vie, qui ont commis des erreurs et en paient le prix. Le thème de la maltraitance envers les femmes, les problèmes de racisme d’homophobie et des familles défavorisés sont soulevés de manière réaliste, touchante et toujours aussi satirique.

Une Piper moins pleurnicheuse, plus forte

Si dans la saison précédente, le caractère un peu délicat et sensible de Piper était mise à rude épreuve, désormais elle a totalement changé. Après huit mois de prison, et un retour sur elle-même, c’est une autre femme. Elle connait les règles et combines de la prison et profite d’un statut presque de privilégié. Toujours aussi importante, mais moins centrée sur sa propre personne, ce qui avait tendance à devenir agaçant dans la saison précédente. Enfin, elle devient un personnage fort de caractère face aux nouvelles péripéties, même si elle reste passive en action. Moins omniprésente que dans la saison précédente, on ressent la lassitude de sa situation, et vers la fin, un retour craintif de ce qui l’attend à l’extérieur. Elle se rattache au souvenir de sa relation avec Alex comme une ancre désespérément jetée à la mer, et on prend pitié d’elle.

Encore plus d’intrigues, d’humour et d’érotisme

L’intrigue dramatique monte crescendo, dès le début de la série avec le transfert de Piper vers une autre prison. Dès le premier épisode, le spectateur est perturbé par ce nouveau décor, lui donnant un aperçu d’un autre milieu carcéral. Toujours de manière à la fois brutale mais drôle, Piper se confronte déjà aux nouvelles détenues après avoir tué leur précieux cafard. Une anecdote très causasse : des cafards entraînes à transporter des paquets de clopes… Avec une multitude de personnages bien construits, jamais mis de côté, la série maintient un rythme soutenu, et captive notre intérêt au fur et à mesure des épisodes.

Le spectateur découvre également de nouvelles intrigues amoureuses au sein des matons et à l’extérieur de la prison, particulièrement dans l’épisode spéciale St Valentin, et assiste à de nouveaux rebondissements concernant son couple préféré Bennet et Daya (enceinte), avec le retour inattendu d’un personnage qui en fera rager plus d’un. Et bien sûr, toujours aussi cru dans les dialogues, la série promet de nouvelles situations insolites, sexy et jouissives.

Dans les derniers épisodes, on craint pour nos personnages préférés, particulièrement à cause de la tension entre Vee et Red qui ne cesse de s’accroître, et de Piper en proie à ses propres drames familiaux et sentimentaux. Jusqu’au dernier épisode, la série nous sert une fin surprenante et réussie, gardant le spectateur en haleine pour la saison prochaine.

Fiche Technique : Orange is the New Black

Créée par: Jenji Kohan (2013)
Diffusée sur: Netflix
Casting: Taylor Schilling, Uzo Aduba, Danielle Brooks, Michael J. Harney, Natasha Lyonne, Taryn Manning, Kate Mulgrew, Yael Stone, Kimiko Glenn, Jason Biggs
Genre: Comédie Dramatique
Scénaristes: Liz Friedman, Jenji Kohan. Inspirée du livre de Piper Kernan 
Nombre d’épisodes: 13
Format: 52 minutes

Auteur de la critique : Céline Lacroix

 

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Backrooms : Plongée mitigée dans l’étrangeté du liminal

Le YouTubeur Kane Parsons adapte ses célèbres espaces liminaux au cinéma avec une direction artistique soignée et une atmosphère vraiment envoûtante. Dommage qu'un scénario trop bavard et un rythme poussif viennent freiner ce projet d'horreur psychologique pourtant bien plus prometteur qu'effrayant.

Le Vertige : Méditation dupieusienne ou aberration cinématographique

Avec "Le Vertige", Quentin Dupieux pousse son cinéma de l'absurde jusqu'à la limite de l'arnaque. Entre méditation cartésienne et pur foutage de gueule, le film embarque Alain Chabat et Jonathan Cohen dans un doute existentiel : et si rien de ce que l'on voit n'était réel ? Mêlant animation et personnages dérivés de cette expérimentation esthétique rétro, cette expérience aussi terne que radicale ne fait pas rire, mais fascine par son obstination. Décryptage d'un vertige métaphysique signé Dupieux.

The Furious : aussi bon que con (et on adore)

Prenez "Taken", ajoutez-y une pincée de "John Wick", beaucoup de "The Raid" et de "City of Darkness", et vous obtenez "The Furious". Entre série B décomplexée et scènes d'action d'anthologie, on tient l'un des meilleurs films d'action de ces dernières années.

Le Dernier Vrai Samouraï : jidai-geki mon amour

Sur le mode de la comédie fantastique, Le Dernier Vrai Samouraï est une mise en abyme savoureuse : un vrai samouraï qui en côtoie des faux, interprétant une version romancée de son propre monde, devenu désuet et un sujet de spectacle. Derrière l’hommage à un genre cinématographique, Jun’ichi Yasuda veut surtout saluer les artisans oubliés du cinéma nippon. Il y a donc de multiples grilles de lecture dans ce film qui, par ailleurs, demeure distrayant, humoristique et parfois spectaculaire.

Disclosure Day : la face sombre de l’émerveillement

Presque 50 ans après "Rencontres du troisième type", Steven Spielberg revient à ses grandes énigmes du cosmos avec "Disclosure Day". Un thriller conspirationniste, porté par Emily Blunt et Josh O'Connor, qui déconstruit la science-fiction pour mieux interroger notre époque sur la désinformation, la dissimulation gouvernementale et la foi en l'humanité. Une réussite !

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.