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Le Festival de Deauville honore Keanu Reeves lors de la cérémonie d’ouverture

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Festival de Deauville 41ème édition -Premier épisode: Orson Welles, Réserve indienne et Keanu Reeves

A Deauville le tapis est rouge mais les allées sont bleues, on se demande bien pourquoi lorsque l’on regarde au-dessus et en face. Avec ce plafond de lumière orageuse et cet horizon d’eau grisâtre, ce n’est pas le bleu pur, clair, lisse, qui tapisse la ville entière en ce moment; certes ce n’est pas bleu mais c’est très beau.

Mais il faut bien s’enfermer dans les salles à un moment donné, et lorsque l’on peut mêler le mythique au symbolique, c’est la combinaison parfaite pour commencer cette 41ème édition du Festival du film américain de Deauville que de se rendre à l’hommage rendu à Orson Welles. Car C’est évidement Orson Welles qui ouvre le bal, officieusement….Le documentaire « This is Orson Welles » était projeté ce matin, un poil hagiographique, mais efficace, entre témoignage et images d’archives, on se replonge dans cette histoire d’amour et de désamour que l’imposant cinéaste a entretenu avec Hollywood, ses incessantes frasques sur les tournages, la censure des studios, son envolée avec Rita Hayworth. Rita que l’on retrouve sur la toile dans la foulée, puisque comme à Cannes en mai dernier, « La dame de Shanghaï » est présentée, 67 ans plus tard. Sous de faux airs suaves, le film plonge dans les abysses sombres du polar, orchestré par un Welles sardonique, qui comme toujours se met en scène; ici un marin amoureux qui se retrouve au cœur d’un meurtre.

Le réalisateur islandais Baltasar Kormakur a lancé les festivités du festival de Deauville avec la projection d’Everest

Ce long métrage nous fait revivre la célèbre expédition de 1996, sur le plus haut sommet du monde, un drame himalayen en 3D  illustrant une histoire vraie, celle de la disparition de huit alpinistes dans l’Himalaya. Avec Jake Gyllenhaal (Southpaw, Night Call, Donnie Darko), Keira Knightley (Begin Again, Orgueil et Préjugés, The Imitation Game), Robin Wright (House of Cards), Josh Brolin (No country for old men, Inherent vice), Jason Clarke, (Zero Dark Thirty, Terminator Genesis...).

En parallèle, la compétition démarre, avec « Les chansons que mes frères m’ont apprises » de Chloé Zhao. La réalisatrice née à Pékin nous emmène dans une réserve indienne dans les déserts arides du sud des États-Unis. Un premier long métrage touchant et intéressant, tourné dans la réserve indienne de Pine Ridge, sur cette micro-société qui semble s’autodétruire.

Les chansons que mes frères m’ont apprises : Bande-annonce

L’immersion est telle que le film penche vers le documentaire, peut-être trop immersif, trop contemplatif de ces personnes; la jeune cinéaste ne rend pas une copié très vivante, malgré sa petite heure et demie, le film souffre parfois de ses longueurs. Mais le portrait catastrophique dressé, entre alcoolisme, trafic, et violence asphyxie, alors que les élégants plans sur cette réserve malade rafraichissent. Et sans savoir où l’on va, on apprécie le voyage, avec une image soignée, bien aidée par des paysages mortifères, et des visages marqués, presque agonisants. Dans ce tableau morbide, c’est une jeunesse qui tente de se frayer un passage, c’est un frère et sa petite sœur qui apprennent la mort de leur père absent depuis toujours. Un deuil sous forme de fuite en arrière. Car Johnny veut partir, veut fuir, tourner le dos et on le comprend, il va suivre sa copine qui va étudier à Los Angeles, arrêter son trafic d’alcool, respirer. Mais ses racines sont ses chaînes, et sa sœur son ancre, le film trouve sa densité et son sens ici, dans le choix final de Johnny. Une oeuvre langoureuse qui éclaire d’une lumière crue la vie des indiens dans l’Amérique d’aujourd’hui.

L’avant-première était mondiale en cette fin de soirée pluvieuse, et dans une salle pleine à craquer alors que la musique rugissait, Keanu Reeves (Liaisons dangereuses, Frears à My Own Private Idaho, Matrix, River Phoenix, Point Break) est apparu. Le canadien était l’homme de la journée, et présentait en exclusivité « knock knock » d’Eli Roth. L’histoire d’un époux et père quarantenaire qui a le malheur d’ouvrir sa porte à deux jeunes filles diaboliques. Une comédie crue qui ne fait jamais rire aux éclats mais qui divertit parfois, malgré l’embarras qu’elle peut procurer. Car sur fond de pédophilie, de nombreuses scènes et dialogues s’avèrent gênants : si c’était le but c’est réussi, dans le cas contraire cela pourrait être un problème.

Knock Knock d’Eli Roth : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=ti6S3NZ5mKI

L’hommage rendu au cours de ce premier jour du Festival de Deauville 41ème édition à Keanu Reeves s’est terminé sur le final de Matrix, sur fond de Rage Against the Machine, avec la chanson: Wake Up.

https://www.youtube.com/watch?v=gJbqKLcCjp4

Mr. Robot saison 1, une série de Sam Esmail : critique

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Diffusé sur la chaîne USA Network, qui produit aussi la série White Collar/FBI, duo très spécial, ce Mr. Robot fait l’effet d’un coup de tonnerre. Une fois de plus, une série américaine parvient à nous surprendre par son ambition et les moyens mis en œuvre pour la réaliser.

Cyber-attaque
Très vite, on sent les influences qui sous-tendent Mr. Robot. Les messages diffusés à la télévision par une fsociety qui se cache sous un masque pour délivrer une leçon anti-néolibérale, font inévitablement penser à V Pour Vendetta, mais dans une version geek.
Car Mr. Robot se déroule dans l’univers de l’informatique. Ses personnages principaux sont tous des ingénieurs en informatique et se promènent dans les programmes et sur Internet comme s’ils étaient chez eux. Le langage de programmation est quasiment leur langue natale. Et pourtant, la série ne s’adresse pas uniquement aux fans d’informatique. Les dialogues ne sont pas remplis de termes techniques et les intrigues qui s’entremêlent sont bien ancrées dans la réalité.
L’avantage de l’univers informatique, c’est qu’il permet de lancer des attaques sans précédents. Création de fausses preuves, prises de contrôle du réseau interne d’une prison, espionnage industriel ou privé, chantage, tout devient possible à celui qui maîtrise les ordinateurs.

Phobie sociale
Et Elliot, il maîtrise. À vrai dire, il est plus à l’aise dans le virtuel que dans la réalité. Atteint d’une évidente phobie sociale, il ne parvient pas à communiquer avec ses semblables. Pour lui, chaque humain se définit par les horreurs qu’il cache, et le piratage informatique permet de mettre à jour les vices impunis.
La scène d’ouverture de la série est bien significative. Elliot aborde le patron d’une chaîne de cafés et lui donne un dossier. En piratant ses comptes et ses fichiers, il a découvert que l’homme à la réussite implacable gérait un réseau de pédophilie. Voilà l’image qu’Elliot possède de l’humanité : des criminels en puissance. Dans un épisode, il imagine ce qui arriverait si chacun portrait, sur lui, un panneau qui annoncerait ses vices et ses phobies.
Du coup, pour lui, la meilleure façon d’aborder quelqu’un, c’est de le pirater. Avant (ou pendant) toute relation, il va voir les mails ou les comptes des personnes qui l’entourent. Son patron, sa psy, ses collègues ou ses voisins, tout le monde y passe. Et Elliot pense ainsi connaître les gens qui sont autour de lui.
Société anonyme
Mais cela ne suffit pas. Hacker, c’est également se faire justicier. Souvent, Elliot justifie ses piratages en affirmant qu’il œuvre pour un monde meilleur. Il veut évidemment combattre ce qu’il considère comme mal, et cela porte un nom : E Corp. E Corp, c’est une de ces multinationales qui agissent de tous côtés, depuis l’agriculture jusqu’à la technologie de pointe. Une entreprise tentaculaire qui symbolise l’ultra-libéralisme dans son ensemble.
Et qu’Elliot juge responsable de la mort de son père. C’est là que le justicier entre en lice. Attaquer E Corp, c’est dévoiler au monde toutes les illégalités commises par le groupe et l’entraîner à s’autodétruire.
L’aspect politique de la série est là, mais il ne faut pas résumer Mr. Robot à une simple œuvre anti-capitaliste. Jamais la série ne se contente de suivre un scénario bassement manichéen. Il ne s’agit pas du gentil hacker contre la méchante société anonyme. Au fil des révélations distillées tout au long de la saison 1, nous verrons que les liens entre les personnages et l’entreprise sont plus complexes qu’il n’y paraît.

Ce conflit est résumé par le lien qui unit Elliot à Tyrell Wellick, l’un des personnages les plus fascinants de la série. Tyrell (dont le prénom est un hommage évident à la Tyrell Corp de Blade Runner), c’est un peu ce que serait devenu Elliot s’il était rentré dans le moule social. Personnage intelligent, manipulateur et froid, il se révèle, lui aussi, être à la limite de la maladie mentale. Tyrell est un personnage complexe, obsédé, tiraillé par des pulsions maladives, le personnage le plus inquiétant de cette première saison. Longtemps, sa trajectoire est parallèle à celle d’Elliot, mais la saison est émaillée de quelques rares rencontres tendues.
Soupçons
L’une des grandes réussites de cette première saison, c’est la maladie d’Elliot. Visiblement instable mentalement, il s’enfonce de plus en plus dans sa paranoïa et incite les spectateurs à douter de tout ce qu’il dit. La série adoptant souvent le point de vue d’Elliot, les spectateurs voient ce qu’il voit et connaissent ses pensées, qui nous sont présentées en voix off, mais le doute s’installe progressivement et se maintient tout du long : les explications données par le personnage principal sont-elles justes ? Devons-nous voir le monde comme lui ?
Cette « ère du soupçon » envahit littéralement la saison et met le spectateur dans un état d’expectative inquiète. Les révélations qui vont s’enchaîner dans les derniers épisodes de la saison continueront à le déstabiliser, à bousculer les fondements.
La saison alterne les épisodes au rythme rapide et ceux, plus lents, qui permettent d’approfondir les personnages ou de complexifier l’intrigue.
Dans l’ensemble, l’interprétation est très bonne, mais le sommet est marqué par deux acteurs exceptionnels : Martin Wallström, qui tient le rôle de Tyrell, et qui nous offre un jeu très froid, quasiment inhumain, glacial au possible, le jeu d’un homme qui semble n’éprouver aucune émotion et paraît, dès lors, capable de tout.
Et puis, il y a Rami Maleck, qui incarne Elliot. Ses yeux toujours exorbités, son regard halluciné, son jeu mi-frénétique mi-perdu en font la révélation de cette série. À lui seul, il justifie de voir cette saison qui s’avère une grande réussite, aussi bien sur le plan du scénario que de la réalisation.

Synopsis : Elliot Alderson travaille pour une entreprise de sécurité informatique à New York. Un jour, il est contacté par un groupe de hackers, fsociety, qui cherche à détruire une des multinationales les plus puissantes, E Corp.

Mr. Robot : bande Annonce

Mr. Robot : Fiche Technique

Création : Sam Esmail
Réalisation : Sam Esmail, Jim McKay, Tricia Brock, Deborah Chow, Nisha Ganatra, Niels Arden Oplev, Christoph Schrewe
Scénario : Sam Esmail, Kate Erickson, Kyle Bradstreet, David Iserson, Randolph Leon, Adam Penn
Interprétation : Rami Maleck (Elliot Alderson), Christian Slater (Mr. Robot), Portia Doubleday (Angela Moss), Carly Chaikin (Darlene), Martin Wallström (Tyrell Wellick), Michael Gill (Giddeon Goddard), Frankie Shaw (Shayla).
Photographie : Tod Campbell, Tim Ives
Décors : Karin Wiesel
Montage : Franklin Peterson, Sam Seig, Andrew Thompson, Joe Bini
Production : Kyle Bradstreet, Margo Myers, Igor Srubshchik, Gregg Tilson
Sociétés de production : Universal Cable Productions
Distribution : USA Network
Budget :NR
Genre : suspens, drame
Nombre d’épisodes de la saison 1 : 10
Durée d’un épisode : 44’

Coup de chaud, un film de Raphaël Jacoulot : Critique

Les films sortis de nulle part et qui ne sont pas attendus au tournant sont souvent ceux qui réservent les meilleures surprises. Dans la torpeur de cet été, Coup de chaud de Raphaël Jacoulot est un de ceux-là, en plus d’être un film de circonstance du fait de la canicule qui a traversé la France au moment de sa sortie.

SynopsisAu cœur d’un été caniculaire, dans un petit village à la tranquillité apparente, le quotidien des habitants est perturbé par Josef Bousou. Fils de ferrailleurs, semeur de troubles, il est désigné par les villageois comme étant la source principale de tous leurs maux jusqu’au jour où il est retrouvé sans vie dans la cour de la maison familiale…

La chasse

S’ouvrant sur une pluie d’orage torrentielle, le film commence par un drame : Josef, un jeune homme trentenaire, court ensanglanté sous la pluie, tentant de rejoindre son domicile, un trou dans le ventre, pour enfin s’écrouler au milieu de la cour.

Dès le départ, le film montre des habiletés de montage, puisque l’image d’après, celle d’un beau générique gorgé de couleur et de soleil, est celle d’un cimetière, où on pense qu’on va assister à l’enterrement de Josef, et où le réalisateur au contraire dévoile Josef, plein de vie et l’œil fureteur, en train de chaparder un angelot accroché à la croix d’une tombe. Un « truc » de cinéaste appliqué par un cinéaste. Il en sera ainsi à plusieurs reprises : le cerveau du spectateur n’est jamais au repos, le réalisateur veille constamment à ce qu’il ne s’installe pas dans une routine.

 

Cette histoire est donc celle d’un petit village paisible du Sud-Ouest, un microcosme composé de villageois suintant légèrement l’ennui, mais surtout écrasés de chaleur et de contrariété à cause de la sécheresse qui s’installe durablement. Le drame du pré-générique est le climax autour duquel le réaliste déroule son scénario. Une tension sourde est palpable. Une famille de gitans s’est sédentarisée dans le coin, la famille de Josef. Vivant un peu à distance de la population, avec un haut portail barricadé à toute heure du jour, elle est cependant vue par le réalisateur avec le même regard qu’il a pour les autres protagonistes, au travers de plans mêlant chroniques intimes et sociales. Josef est le lien entre sa famille et le village. Faisant rouler ses yeux fous, entre innocence et insolence, il baguenaude dans le village, pétaradant au volant de sa petite voiture, musique criarde lancée à tous vents par les vitres ouvertes, amusant les uns, effrayant les autres.

La force du film de Raphaël Jacoulot réside dans sa gestion de cette tension, de ces tensions, en caractérisant non seulement les personnages, mais les relations entre eux, par de petites touches, un regard par-ci, un petit mot par-là, suscitant l’empathie ou le rejet du spectateur, voire toutes ces émotions à la fois par rapport à un même personnage. Le spectateur sait des choses que les personnages ignorent, et ces derniers agissent dans un hors-champ inaccessible au spectateur, ce qui ajoute encore du vertige au suspense du film. Le réalisateur ne prend jamais vraiment parti, en laissant chacun de ses personnages affronter le regard du spectateur aussi bien dans ses bons que dans ses plus sombres aspects.

La distribution est parfaite, tant sur le plan du physique des personnages, un peu lourd, un peu terrien, que dans le jeu des uns et des autres : chaque personne est exactement à la bonne place, et même l’étrange diction un peu mécanique de Josiane, la mère de Josef, prend du sens face à son fils atteint d’une « débilité débonnaire et affective ». Ou inversement. Un coup de chapeau en particulier à Karim Leklou qui  incarne ce Josef singulier, capable dans une même scène de jouer l’idiot du village et un agresseur fou et hors de contrôle. Tous les autres acteurs sont à l’avenant, Grégory Gadebois, Jean-Pierre Darroussin ou encore Carole Franck, en déployant un jeu plutôt minimaliste mais très expressif…

Le film de Raphaël Jacoulot est une réussite, un bel équilibre, qui permet de lui prédire une place de plus en plus importante parmi les réalisateurs marquants du cinéma français d’aujourd’hui. Sans être d’une audace folle, l’image de « son » chef opérateur, Benoît Chamaillard est très agréable à l’œil, réaliste tout en affichant une recherche certaine d’harmonie, jouant sur la lumière et les couleurs pour parvenir à une ambiance étrangement froide malgré la chaleur ambiante. Coup de chaud est un vrai beau « film social de suspense » qui aurait mérité une diffusion plus large, ou une date de sortie plus appropriée, afin d’être vu par un plus grand nombre de spectateurs cinéphiles qui, eux aussi, méritent des films sortant des sentiers battus…

Coup de chaud – Bande annonce

Coup de chaud – Fiche technique

Titre original : –
Date de sortie : 12 août 2015
Réalisateur : Raphaël Jacoulot
Nationalité : France
Genre : Policier
Année : 2015
Durée : 102 min.
Scénario : Raphaël Jacoulot, Louise Macheboeuf
Interprétation : Jean-Pierre Darroussin (Daniel Huot-Marchand), Grégory Gadebois  (Rodolphe Blin), Karim Leklou (Joseph Bousou), Carole Franck (Diane), Isabelle Sadoyan (Odette), Serra Yilmaz (Josiane Bousou), Camille Figuereo (Bénédicte Blin)
Musique : André Dziezuk
Photographie : Benoît Chamaillard
Montage : François Quiqueré
Producteur :Miléna Poylo, Gilles Sacuto, coproducteurs : Jacques-Henri Bronckart, Olivier Bronckart, Tanguy Dekeyser
Maisons de production : TS Production, Versus Production
Distribution (France) : Diaphana Films
Récompenses : –
Budget : NR

 

Les Mille et Une Nuits, un film de Miguel Gomes : Critique

[Critique] Les Mille et Une Nuits – Volume 1: L’inquiet – Volume 2: Le Désolé Volume 3: L’Enchanté

« Oh venturoso Rei, fui sabedora de que num triste país entre os países » ces mots en portugais qui introduisent chaque nouveau récit de Shéhérazade au sultan résonnent dans mille et une langues. Le sort du Portugal, triste pays parmi les pays, reflètent tous ces états, européens ou non, touchés de plein fouet par la crise économique. Si Miguel Gomes reprend la structure des Mille et Une Nuits pour parler de son pays, c’est pour mieux lui donner un caractère universel.

La légitimité acquise par le cinéaste après son magnifique Tabou lui donne le droit de faire ce qu’il veut. À savoir un film de plus de 6 heures, hybride, jonglant entre la fiction et le documentaire, dans un Portugal contemporains aux aires d’Irak antique, où la Shéhérazade d’autrefois côtoie les travailleurs d’aujourd’hui. Et tout cela fonctionne, miraculeusement.

Le projet fou de Miguel Gomes est à la hauteur du recueil sur lequel il se base. Mille et une nuits pour mille et une histoires du Portugal sur une année, lorsque le pays s’est nettement appauvri dus aux plans de rigueur du gouvernement. Il fallait bien trois films pour couvrir tous ces destins alimentés par la crise économique. Des histoires drôles, parfois tragiques, d’autres fois grotesques mais toutes racontées avec une poésie vertigineuse. Les esprits et la magie se mêlent de ce Portugal en crise et lui redonnent espoir.

Il est incroyable comme Miguel Gomes réussit à insuffler de la poésie dans tous ses récits. Que ce soit l’âme d’une vache morte participant à un procès, un coq qui essaye de s’exprimer ou un dieu du vent peu savant, ces apparitions magiques, comiques et hautement cinématographiques parviennent à faire de ce portrait d’un pays troublé un grand conte sur l’humanité.

Découpé en trois parties, Les Milles et Une Nuits prend la trajectoire que Miguel Gomes veut donner à son œuvre, celle d’un indéfectible optimiste. Dans le premier volet intitulé Inquiet, les hommes de ce pauvre pays, appelés les ‘’magnifiques’’, sont des chômeurs sous le diktat de quelques banquiers dont l’érection provoquée par le pouvoir devient permanente. Dans la seconde partie l’inquiétude passe à la désolation. De ses yeux joyeux et innocents, le chien Dixie voit la détresse des hommes. Une juge pleure quand elle réalise que tous les hommes de l’assemblée sont coupables du crime qui a été commis, coupables par désespoir. Mais finalement c’est l’enchantement qui prime, dans un ultime volet où Shéhérazade entreprend un voyage dans un Bagdad en forme de Marseille. Elle y découvre les merveilles du monde et revient dans son pays sachant qu’un espoir est possible.

Les Mille et une nuits exauce le vœu de tous les cinéphiles, celui d’un cinéma neuf, unique, qui laisse la place large à l’humour et la poésie tout en parlant de notre monde. Miguel Gomes évoque les problèmes économiques de notre époque sans mélancolie, mais avec une fraîcheur incroyable, en donnant aux petites gens la place des véritables héros de notre temps. Le réalisateur fuyant ses responsabilités au début du film a finalement su redonner du souffle à un pays broyé par l’austérité tout en redonnant du souffle à un cinéma d’auteur trop souvent banalisé. Et ce n’était pas une mince affaire, les Milles et Une Nuits est un miracle.

Synopsis : Après un long voyage de l’autre côté du monde, Shéhérazade raconte les innombrables petites histoires d’un état en crise pour ne pas ennuyer son roi. Les portugais, habitants de ce triste pays se sont tous appauvris après une cure d’austérité brutale mis en place par le gouvernement.

Les Mille et Une Nuits: Fiche Technique

Titre original : As mil e uma noites
Auteurs : Miguel Gomes, Mariana Ricardo, Telmo
Réalisateur : Miguel Gomes
Casting : Crista Alfaiate, Dinarte Branco, Carloto Cotta, Adriano Luz, Rogério Samora, Maria Rueff, Cristina Carvalhal, Luisa Cruz, Américo Silva, Diogo Dória, Bruno Bravo, Tiago Fagulha, Teresa Madruga
Chef opérateur : Sayombhu Mukdeeprom
Assistant réalisateur : Bruno Lourenço
Assistant opérateur : Lisa Persson
Chef opérateur son : Vasco Pimentel
Chef décorateur : Bruno Duarte
Chef costumière : Silvia Grabowski
Monteur : Telmo Churro
Mixeur : Miguel Martins
Directrice de production : Isabel Silva
Producteurs : O Som e a furia, Shellac sud, Komplizen films, Box
Le film a été présenté en 3 parties (L’Inquiet, Le Désolé et L’Enchanté) à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2015.

Auteur : Jim Martin

Au plus près du Soleil, un film de Yves Angelo: Critique

Une heure quarante-trois qui alterne plans serrés, plans séquences parfaitement calés, cadres ébouriffés mais savamment réglés, surtout des silences supra utiles. Le cinéma de Yves Angelo est maîtrisé, pardon Monsieur Jacques de La Palice !

Pour autant, bien que le postulat de départ soit une promesse flatteuse pour nous public gourmand parfois gourmet, le scénario pèche. Il faudra atteindre une heure douze pour comprendre que les climax médians qui hélas se chevauchent, ne seront que partiellement résolus. Qui ment réellement, pourquoi et comment ? Tout silence invite « les anges qui passent »… lourds de soupçons aurait-on envie de répondre. Le scénario se révèle inabouti malgré le jeu fort juste des acteurs et des personnages subtilement incarnés. Monsieur Angelo, de grâce, obligez-vous à parfaire le script, le monde a besoin de gens qui ont des choses à dire, à n’en pas douter, vous en faites partie mais imposez votre exigence originelle.

« Au plus près du soleil » brosse le portrait d’une société à plusieurs vitesses, on n’est en effet pas tous du même monde comme le précisent tour à tour Juliette (Mathilde Bisson sublimissime) et Olivier (Olivier Gadebois en bluffant clone de Maître Dupont Moretti) tel un « dramatique de répétition »
De façon non exhaustive (hélas, tant de sujets ne sont dans ce film qu’effleurés)

« Au plus près du soleil » aborde le prix à payer de ne pas avoir ou de ne pas savoir enfanter, une thématique complexe qui aurait suffi à supporter un film de cette ambition.
« Au plus près du soleil » aborde avec acuité les différences de genre ramenées à ce stade aux différences entre hommes et femmes dans leurs conditions respectives d’êtres humains pauvrement humains et si épidermiques (sic wikipedia : de ce qui touche la couche superficielle de la peau, ici étendons-le à la couche superficielle du corps puisque les esprits vacillent).
« Au plus près du soleil » ose épier l’inceste, un sujet bien trop grave pour être offert en pâture de façon trop esthétique, à une heure vingt-huit.
« Au plus près du soleil » enfin, débute sur le suicide inéluctable d’un homme, illustré par une plongée vertigineuse sur un océan mouvementé et se termine sur la perdition d’un autre illustrée par une plongée vertigineuse sur…. CUT. Il est déjà trop tard, les lumières se rallument. Nous aurions pu aimer une heure de film en plus…

Synopsis: Sophie, juge d’instruction, auditionne un jour Juliette, pour des faits d’abus de faiblesse sur son amant. Elle se rend compte après enquête que la prévenue est la mère biologique de l’enfant qu’elle a adopté. Loin de se dessaisir de l’affaire, Sophie s’acharne contre cette femme. Olivier, son mari, désapprouve son attitude et entre en relation avec Juliette sans lui révéler sa véritable identité. Mais la jeune femme découvre qu’Olivier est le mari de la juge. Elle ne comprend pas ce qu’il cherche, lui ne peut plus lui révéler la vérité…

Au plus près du Soleil: Fiche Technique

Titre original :Au plus près du soleil
Réalisation : Yves Angelo
Scénario : Yves Angelo, François Dupeyron, Gilles Legrand
Acteurs principaux : Sylvie Testud , Gregory Gadebois, Mathilde Bisson, Zacharie Chasseuriaud
Pays d’origine : France
Sortie : 9 septembre 2015
Durée : 1h43
Genre : Drame
Distributeur : Bac Films
Au Plus Près du Soleil sera présenté au Festival d’Angoulême 2015.

Interview de Adda Abdelli: créateur de la série Vestiaires

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Rencontre avec une forte personnalité dans un homme de cœur : Adda Abdelli, l’un des auteurs et acteurs de la série Vestiaires.

Qu’importe qu’ils soient handicapés ou valides, pourvu qu’ils nous fassent le Show !

Alors que leur série cartonne sur France 2 et que la Web-série  Vestiaires Libérés brille par son humour et ses réparties sur le net, Cinésérie-Mag a rencontré Adda Abdelli, un des deux créateurs de Vestiaires. Des révélations étonnantes sur les dessous de la série et son équipée loufoque.

LeMagduCiné : La série s’inspire de situations concrètes et des rencontres dans les vestiaires de la piscine de votre club handisport, quel déclic a fait émerger le projet ?
Adda Abdelli : À l’origine, la série a été écrite par Fabrice Chanut et moi-même. Nous étions tous les deux nageurs handisport avec l’avantage que Fabrice avait fait du cinéma, il venait de faire un court métrage (La Piscine avec Cyril Lecomte) et j’avais fait un One Man Show qui s’appelait Quelques maux de Moi. Du coup, on s’était dit qu’on pouvait faire quelque chose ensemble et un jour d’entraînement on a eu l’idée de se raconter ce qui se passait ici.

La plupart des situations ont été soit vécues, soit vues, soit exagérées :

Parmi les épisodes, y en a-t-il qui sont du « vécu » ?
La première saison et un peu de la deuxième sont énormément dans le vécu. La plupart des situations ont été soit vécues, soit vues, soit exagérées. Par exemple, deux personnages de la série existent vraiment notamment Ramirez qui fait parti du club mais qui fait du tennis de table et Caro qui existe aussi mais est un peu exagérée. Après évidemment, il a fallu se renouveler, être inventif.

Après Aubagne et Bègles, le tournage de la saison 5 de Vestiaires débutera en septembre et se passera encore dans la région Bordelaise, est-ce toujours dans les studios TSF de Terres Neuves à Bègles ?
La saison 5 se passera dans les mêmes conditions, à Bègles du côté de Bordeaux. Il y a une super équipe, une équipe jeune et une super ambiance. On est bien accueilli et ce sera la 3ème saison que nous travaillerons avec 90% des mêmes personnes. On prend nos habitudes et on se fait des copains ! Cela permet un tournage à l’extérieur et surtout, ça crée un effet « colonie de vacances ». À Aubagne, tous ceux qui habitaient dans la région rentraient le soir chez eux alors qu’à Bordeaux, nous sommes tous logés dans le même hôtel, acteurs et réalisateurs, et on mange ensemble.
À force d’être ensemble, on a fini par recréer un vrai club. Il est né des sympathies, des affinités entre les uns et les autres. C’est ce qui fait qu’on rentre facilement dans les personnages qu’on essaye de rendre attachants.

Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de la saison 5 de Vestiaires ?
Dans ces quarante épisodes validés (sur 130 écrits) pour cette saison, il y aura des comédies musicales, un petit clin d’oeil à Jacques Demi et à la piscine car c’est l’un des endroits ou on (les personnes handicapées) se sent le mieux. Clémentine Célarié et Pascal Légitimus vont revenir pour cette saison ainsi que Philippe Croizon que nous allons faire chanter ! Un épisode est un grand hommage aux Frères Ennemis, duo des années 70′ et deux personnages font leur apparition dont une (vraie) malvoyante. On aura aussi quelques figurants bordelais, ce qui était la volonté des réalisateurs et l’un d’entre-eux aura des répliques. On essaye de rendre vivant ce qui se passe à l’arrière-scène.

Vestiaires a un côté vivant et naturel, comment avez-vous apporté cet effet très spontané dans le jeu des acteurs ?
Au départ, deux producteurs parisiens ont lancé un casting national pour faire un pilote afin de rendre plus facilement compte de la série et pouvoir la vendre. On s’est vite rendu compte qu’il n’y avait pas tant de comédiens handicapés d’autant qu’en général, les lieux des castings ne sont pas accessibles aux fauteuils roulants. J’ai passé le casting comme tout le monde et fait un duo avec Alexandre Philip (Orson) qui a une répartie extraordinaire. Alexandre m’a poussé dans mes retranchements et évidemment j’ai réagi. Du coup, ils nous ont fait repasser plusieurs fois, ils ont redonné des textes, fait faire des improvisations. Le soir-même, on a appris qu’on était choisis.

Êtes-vous proche de votre personnage Romy ? Est-ce qu’il vous ressemble un peu ?
Les deux personnages principaux sont inspirés de Fabrice et moi et je peux dire que oui, il y a un petit peu de moi là-dedans. Un petit peu mais pas complètement car le personnage n’est pas trop rentre-dedans alors que je suis un peu comme ça. Il y a aussi ce côté père de famille et ce travail à la mairie.

Quand des professionnels se retrouvent à filmer un mec qui n’a pas de jambes, un autre qui a un petit bras et une fille qui oublie tout :

Comment s’est passée l’intégration des acteurs valides au sein de l’équipe ?
Les gens sont arrivés et se sont dilués dans la série. Ce qu’on voulait c’est que tout le monde oublie très vite les handicaps et ça a été à une telle rapidité que ça nous a surpris. Les gens de l’équipe technique nous disaient « Souvent sur d’autres tournages, on se dit vivement l’été pour qu’on retrouve nos potes ! On travaille beaucoup mais qu’est-ce qu’on s’éclate ! » et pour les acteurs, c’est pareil. Je crois qu’au bout de cinq saisons, tout ceux qui jouent avec nous ne voient plus les handicaps, et pourtant, ce sont des gens qui n’avaient au départ aucun rapport avec le handicap. Quand des professionnels se retrouvent à filmer un mec qui n’a pas de jambes, un autre qui a un petit bras et une fille qui oublie tout, ils pourraient se dire « Mais qu’est-ce qu’on fait là ? » mais, en fait, pas du tout !

Avez-vous des anecdotes de tournage amusantes voire rocambolesques ?
Déjà, se retrouver à jouer avec Pascal Légitimus des Inconnus, c’est de la folie. Je l’ai croisé lors d’une soirée et c’est lui qui m’a dit « Je veux tourner avec vous ». Et Clémentine Célarié est encore plus barrée que ce qu’on peut s’imaginer ! Souvent, ça va si loin que les gens s’imitent les uns les autres pendant le tournage. Juste avant qu’on entende le mot « Action ! », on a un collègue qui imite le handicap d’un autre et c’est très déstabilisant. Philippe est un très bon imitateur et puis, on a aussi Ramirez qui joue à montrer ses fesses ! On a souvent des fous-rires. Je chante très mal et il m’arrive d’oublier mes répliques c’est pourquoi Anaïs Fabre a souvent une main posée sur moi.

Fabrice Chanut expliquait en 2011, année de la première diffusion : Axel-Fournet-Fayard-vestiaires« C’est au moment du tournage qu’on a vraiment réalisé que des scènes banales pour nous pouvaient choquer, et que la série avait un discours sous-entendu. Si la série réussit à faire oublier le handicap, c’est gagné ». Faire oublier le handicap, était-ce un objectif ?
Quand on a écrit la série Fabrice et moi, le producteur nous a proposé de faire une simulation dans nos propres vestiaires. Nous nous sommes donc photographiés et avons présenté un montage. C’est là qu’on nous a demandé pourquoi nous étions habillés ; nous n’avions pas percuté que dans un vestiaire il fallait être en maillot de bain ! Leur discours sur le handicap, on ne l’a pas compris tout de suite car le handicap est ancré en nous. Mais on a réalisé qu’on mettait en scène des handicapés, en maillot, sans sentimentalisme et évidemment, c’était militant. On est en 2015 et je fais un grand nombre d’interventions dans les associations, les hôpitaux, les entreprises…

On a ouvert un « possible » :

La série m’a beaucoup interpellée ; je pense que l’humour est bénéfique quand on vit avec un handicap ou une maladie. Quels retours avez-vous du public en général et des handicapés en particulier ?
Je pense vraiment qu’on a touché quelque chose qui est beaucoup plus profond que ce qu’on pense ou qu’on imagine. Je m’en rends compte à chaque fois que je fais une intervention ou que je suis abordé dans la rue. Je suis souvent abordé par des parents d’enfants handicapés qui me disent à quel point c’est extraordinaire de « pouvoir rire avec eux ». On a tous grandi avec des référents dans les médias mais il n’y avait pas de référents handicapés jusque-là. Et voilà qu’à une heure de grande écoute, on a des images de comédiens handicapés qui existent vraiment, qui donnent des interviews. Pour un handicapé qui a entre 12 et 16 ans, c’est important car on a ouvert « un possible » qui ne l’était pas avant.

Ma fille de 9 ans aime beaucoup votre série, pensez-vous qu’elle puisse avoir un rôle éducatif ?
Oui, parce que le regard des enfants est extraordinaire. Il y a des parents qui nous disent que ce sont leurs enfants qui leur rappellent que c’est l’heure de Vestiaires. Je pense qu’il y a un côté éducatif et un côté clown car on a cette image des adultes qui ne sont pas très sérieux et donc sont un peu enfantins. Mon personnage n’a pas peur du ridicule : un jour il a des nénuphars sur la tête, un autre il a une robe de chambre rose. Dans la saison 5, on mettra les personnages face à un miroir et on parlera de la mort.

Vestiaires: Bande annonce

Cate Blanchett sera l’actrice Lucille Ball dans un prochain film

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Cate Blanchett interprétera Lucille Ball dans un prochain biopic sur cette star hollywoodienne des années 50′.

Cate Blanchett vient de signer pour incarner la superbe Lucille Ball, célébrité du petit écran américain des années 50′ connue pour son sitcom  I Love Lucy, dans un prochain biopic sur la défunte actrice.

Méchante belle-mère dans Cendrillon, princesse elfe dans les sagas Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux ou encore lesbienne dans Carol de Todd Haynes, la star australienne nous a maintes fois montré quel superbe caméléon elle était. Après deux Academy Awards pour Aviator et Chronique d’un Scandale et nombre de Prix de la meilleure actrice pour une carrière bien remplie, Cate Blanchett est en route pour un Oscar avec le très acclamé Carol. L’actrice joue aussi aux côté de Robert Redford dans Truth.

Le magazine The Wrapt a annoncé que le projet d’un film sur Lucille Ball était en développement et que le scénariste ne serait autre que Aaron Sorkin, connu pour le scénario de The Social Network et qui travaille actuellement sur plusieurs autres scénarii : Steve Jobs, Molly’s Game et Flash Boys. Le gage d’une histoire complexe et non linéaire.

Aucun réalisateur n’a été annoncé pour le moment mais les enfants de Lucille Ball, Lucy et Desi Arnaz Jr. devraient produire le film aux côtés de Sony-based Escape Artists.
Le film n’a pas encore de titre mais on sait déjà que l’histoire sera centrée sur une grande partie de la vie de Lucille Ball et sur ses 20 années de mariage avec Desi Arnaz. C’est durant cette période que le couple a tourné dans le célèbre sitcom I Love Lucy et qu’ils ont eu leurs deux enfants avant de se séparer en 1960.

La Bande-annonce du film Carol :

Zouzou, un film de Blandine Lenoir : Critique

Sorti au cinéma en décembre dernier, Zouzou est un coup de gueule et un grand cri d’amour qui a su toucher le cœur du public ! C’est un peu le point de rencontre entre le féminisme et la probité.

Un film au féminin :

À travers ces portraits de femmes et ses dialogues piquants et remplis d’humour, le film pose plusieurs questions : où finit la confiance et où commence l’indépendance ? Quand la liberté devient-elle inconscience, indifférence ? Et là-dedans, qu’en est-il du rapport de la femme au sexe ? À ce sujet, Blandine Lenoir admet volontiers : « Je me sens très concernée par les questions d’égalité des sexes et de liberté d’agir. En devenant réalisatrice, et mère, je suis aussi devenue féministe. »
Pour son dernier film, la jeune réalisatrice (Il était une Foi, Pour de Vrai) brode différents visages de la femme. Tour à tour, femme-enfant, femme mûre, femme aigrie, amoureuse ou secrète… Mais quand il s’agit de sexe, alors, toutes se révèlent.

Alors, finalement, le sexe : adjuvant ou opposant ?
Zouzou est une comédie qui allie la fraîcheur d’un casting pétillant au franc-parler des dialogues et à la tendresse de son scénario. Récompensé par les Prix du Public aux Festivals Renc’art de Montreuil 2014 et Cinéssonne 2014, Zouzou est un film moderne, touchant et vrai sur un sujet délicat : les relations sexuelles.

Une famille colorée :

Dans Zouzou, chacun des personnages féminins a son idée sur la question, jusqu’à la grand-mère, Solange (Tout ce qui brille, Entre Adultes), qui a pourtant d’autres chats à fouetter mais qui, par son silence, montre son approbation pour la chose en question. D’ailleurs, la matriarche vit en secret une amourette d’adolescente et boit la coupe jusqu’à la lie. Elle est dans le plaisir et dans l’instant, un peu comme sa cadette. Cette dernière, Lucie (Laure Calamy, Fidelio, L’Odyssée d’Alice, Sous les jupes des Filles), jeune enseignante célibataire, est très libérée et parle de sexe avec beaucoup (trop?) d’aisance.
Elle prend d’ailleurs un malin plaisir à choquer et à embarrasser ses deux sœurs, en particulier Agathe (Florence Muller, Malavita), l’aînée, divorcée et mère de Zouzou. Mal dans sa peau et en manque d’amour, Agathe est surtout déçue par les hommes et le sexe. Son statut la rend d’autant plus réfractaire à la relation précoce de sa fille. Relation qu’en fait elle jalouse !
Marie (Sarah Grappin, Mariage à Mendoza, Pitchipoï) semble être la plus discrète et la plus sage des trois sœurs mais aux pays des non-dits, il ne faut pas se fier aux apparences !

De ces échanges verbaux ou physiques, le quintette ressortira grandi, plus vibrant et plus vivant. De même que sa petit-fille Zouzou, la grand-mère assumera cet amour naissant aux yeux de sa famille pour l’intégrer dans la normalité tandis qu’Agathe donnera libre cours à ses désirs et s’abandonnera dans les bras d’un ex-amant. Lucie baissera enfin sa garde et avouera ses sentiments à l’homme qu’elle aime et Marie lèvera le voile sur sa vie intime pour prendre son envol. Zouzou, un film sur le sexe, ou comment joindre l’utile à l’agréable..!

Fiche Technique :

Titre : Zouzou
Réalisation et scénario BLANDINE LENOIR
Année : 2014
Casting : Lucie LAURE CALAMY
Solange JEANNE FERRON
Brenda Nelson NANOU GARCIA
Marie SARAH GRAPPIN
Agathe FLORENCE MULLER
Jean-Claude Rabette OLIVIER BROCHE
Fredo PHILIPPE REBBOT
Théo ANTOINE BECHON
Zouzou ANOUK DELBART
Caty LILA REDOUANE
Directrice de la photographie KIKA UNGARO
Ingénieur du son LAURENT BENAÏM
Assistante mise en scène CAMILLE GUILLÉ-MERGOT
Directeur de production JULIEN SILLORAY
Costumes PATRICIA OUMEDJKANE
Maquillage et coiffure JULIA FLOCH
Monteuse STÉPHANIE ARAUD
Montage son CÉCILE CHAGNAUD
Mixage LAURE ARTO
Musique BERTRAND BELIN
Production NICOLAS BREVIERE
Avec le soutien du CNC, de la Région Poitou-Charentes et du Département de la Charente

Synopsis : Les trois filles de Solange, aussi complices que différentes, viennent lui rendre visite dans sa maison à la campagne avec leurs enfants. Lorsque les quatre femmes surprennent Zouzou, 14 ans, au lit avec un garçon, les langues se délient, les moeurs se libèrent et les esprits s’échauffent. Trois générations de femmes vont alors nous offrir leurs regards tendres, durs ou légers sur le sexe et l’amour.

Zouzou : la bande-annonce

Ricki and the Flash, un film de Jonathan Demme : Critique

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Ricki and the Flash : Une affaire de famille… et de musique.

Parce qu’elle n’a depuis fort longtemps plus rien à prouver en tant qu’actrice, Meryl Streep, du haut de ses 66 ans, enchaîne depuis quelques années les prestations musicales. On l’a ainsi vu, avec brio (quoiqu’on puisse penser des films) pousser la chansonnette dans Mama Mia en 2008 ou dans Into The Woods en 2014. A l’occasion de Ricki and the flash, elle a suivi pendant plusieurs mois des cours de guitares, et le résultat est là dès la scène d’ouverture : L’énergie qu’elle dégage en reprenant la chanson American girl de Tom Petty and The Heartbreakers semble annoncer un film pêchu sur le rock, un sous-genre dans les personnages féminins sont trop souvent secondaires. Difficile de ne pas penser d’ailleurs à la transformation physique et aux exercices de chants de Tom Cruise dans Rock Forever. Et le fait que les morceaux soient tous interprétés en live, à tel point que Ricki and The Flash en devient un groupe crédité au générique, participe à faire de chaque prestation musicale un moment d’audace artistique. Mais voilà, le sujet principal se révèle rapidement ne pas être le rock, ni la vie compliquée de cette chanteuse underground inspirée de la propre belle-mère de la scénariste, mais ce que le personnage de sa fille va elle-même qualifier de « psychodrame pourri ».

Les thématiques du retour aux sources et des réconciliations de familles brouillées sont devenues des archétypes du cinéma indépendant américain. Nebraska en était un parfait exemple, à présent Ricki and the Flash en est un nouveau. Et tous les personnages de cette petite histoire sont forgés dans le même moule des stéréotypes de la comédie dramatique : Du père bourgeois (Kevin Kline, que l’on a rarement vu aussi peu investi par son rôle), à la fille dépressive (Mamie Gummer, la propre fille de Meryl Streep qui, loin d’avoir autant de talent qu’elle, se révèle une comédienne pleine de ressources), en passant par un fils gay et un autre sur le point de se marier. Seul personnage intéressant, la belle-mère qui ne sait pas comment réagir au retour de cette femme qui a abandonné les enfants qu’elle s’est efforcé d’élever en son absence. Mais ce personnage n’a droit qu’à une seule et unique scène dialoguée, qui n’est d’ailleurs pas pour rien le meilleur échange du film. Le clivage entre les modes de vie de cette rockeuse, qui vit dans une certaine précarité, et celle de ses enfants bobo est poussé, dans la dernière partie du film, jusqu’à la caricature la plus grotesque.

On a l’habitude de Diablo Cody qu’elle intègre à ses scénarios de comédie un fond féministe, mais ici la seule problématique posée dans ce sens est celui de savoir si une femme peut à la fois vivre ses rêves et être une bonne mère. La question est clairement posée lors d’une amusante scène de pêtage de plombs de Ricki sur scène, mais n’a pour unique développement que lorsqu’elle est résolue dans un final aussi niais que vintage. La naïveté de cette conclusion s’accorde en fait tout à fait au sentiment de retenue que l’on ressent tout au long du film, et dont on ne doute que l’origine est la volonté des producteurs de toucher un public familial : Le fait que la scène où les parents fument un joint avec leur fille ait été grossièrement coupée au montage en est la marque la plus frappante. En nait un décalage déplorable entre l’esprit de liberté et l’excentricité de l’héroïne et la frilosité de la mise en scène. D’ailleurs, il faut le reconnaître : Si Jonathan Demme restera à jamais le réalisateur de Philadelphia et du Silence des agneaux, cela remonte déjà à plus de vingt ans et il n’a depuis signé de remarquable que des documentaires musicaux. Son talent pour filmer des concerts se ressent donc, mais également ses difficultés à donner du corps aux émotions de ses protagonistes. Peut-être aurait-il alors dû consacrer à Ricki and the flash un documenteur à la façon de Spinal Tap plutôt qu’une fiction puérile.

Ainsi, on ne retiendra de Ricki and the Flash que les scènes chantées, et par extension sa bande originale, pendant lesquels l’inénarrable Meryl Streep nous prouve qu’elle n’en a pas fini de nous impressionner et qu’elle possède une énergie sans borne. Mais au-delà de ça, le reste du film n’est fait que de mélodrame déjà-vu, de personnages caricaturaux et de morale cul-cul-la-praline. Un tel travail musical pour une utilisation aussi puérile est purement un gaspillage décevant.

Synopsis : Depuis des années, Linda vit son rêve de chanteuse de rock’n roll en officiant sous le pseudo de Ricki dans un pub californien avec son groupe, et ce même si son travail en journée de caissière l’aide à peine à boucler ses fins de mois. Mais quand elle reçoit un appel de son ex-mari, qu’elle n’a plus revu depuis des années, l’avertissant que sa fille est en pleine dépression nerveuse après un divorce brutal, elle décide de renouer le contact avec sa famille qu’elle a délaissé depuis si longtemps.

Ricki and the Flash : Fiche technique

Titre original : Ricki and the Flash
Date de sortie : 2 septembre 2015
Nationalité : Américain
Réalisation : Jonathan Demme
Scénario : Diablo Cody
Interprétation : Meryl Streep (Linda/Ricki), Kevin Kline (Pete), Rick Springfield (Greg), Mamie Gummer (Julie), Audra McDonald (Maureen)…
Musique : Ricki and the Flash
Photographie : Declan Quinn
Décors : Stuart Wurtzel
Montage : Wyatt Smith
Production : Mason Novick, Marc Platt, Diablo Cody, Gary Goetzman
Sociétés de production: TriStar Pictures, LStar Capital, Clinica Estetico
Société de distribution : Sony Pictures Releasing France
Budget : 18 millions de $
Genre : Comédie dramatique, musical
Durée : 1h 42min

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La Volante, un film de Christophe Alo et Nicolas Bonilauri:Critique

Quand l’humanité s’envole…

Après le Rat (2000), une comédie présentée en compétition au Festival du film de science-fiction à Nantes, puis Camping (2009), un drame sentimental, Christophe Alo et Nicolas Bonilauri se lancent pour leur troisième long-métrage dans un thriller plus grand public. Celui-ci s’attache particulièrement aux femmes secrétaires intérimaires, qui changeaient régulièrement de poste dans les entreprises en l’absence d’emploi permanent. Elles sont parfois appelées « les volantes », surnom choisi par les réalisateurs pour le titre du film. La Volante met alors en scène la relation entre Thomas, un jeune directeur d’entreprise, et Marie-France, sa nouvelle secrétaire et mère du jeune garçon qu’il a accidentellement renversé neuf ans auparavant.
Tout l’intérêt de l’histoire réside dans le personnage à la fois énigmatique, fascinant et inquiétant de cette femme prête à assouvir une vengeance à laquelle le spectateur assiste comme un témoin, voire comme un complice. Très peu d’informations sont en effet communiquées à son sujet, puisque nous avons seulement connaissance lors de la première séquence de la relation tragique qui la relie à Thomas. Hormis ceci, il revient au spectateur de percer le mystère de Marie-France.

Quelques indices suggèrent des pistes, par exemple son interprétation d’une berceuse au piano et son désir d’apprendre la clarinette à Léo, le fils de Thomas né la nuit de l’accident, laissent à penser qu’elle était musicienne. Cependant, le film joue sur les ellipses et conserve ainsi de nombreuses parts d’obscurité. Quel type de mère était Marie-France ? Qu’est devenu le père de son enfant ? Que s’est-il passé durant les neuves années postérieures à la mort de son fils ? Autant de questions auxquelles il nous faut chercher, supposer ou imaginer des réponses.

La Volante traite de la vengeance comme une organisation minutieuse et machiavélique impliquant pour Marie-France de se transformer en profondeur. Lorsqu’on la revoit pour la première fois, après l’écoulement des neufs ans, elle est seule face à son miroir, en train de se maquiller et de répéter son rôle de secrétaire en vue de sa rencontre avec Thomas. Il s’agit d’une véritable mise en abyme du jeu de l’actrice faisant écho à la scène d’ouverture des Liaisons Dangereuses de Stephen Frears, dans laquelle on admire la Marquise de Merteuil s’habiller et s’apprêter. Jouant pleinement son rôle, Marie-France, magistralement incarnée par une Nathalie Baye jamais vue ainsi à l’écran, pénètre un pas après l’autre dans la vie de Thomas : dans sa vie professionnelle en devenant une secrétaire travailleuse et loyale, dans sa vie privée en s’occupant du jeune Léo, et enfin dans sa vie familiale en épousant le père veuf de Thomas, Eric. La relation de Marie-France avec Thomas évolue ainsi progressivement tout au long du récit. De collègue, elle devient rapidement une vraie mère de substitution pour Thomas. Une fois sa place chèrement acquise, elle est libre de s’adonner à sa vengeance.

Mais même le meurtre, d’une violence soudaine et sauvage, ne suffit pas. Marie-France désire également, peut-être plus que tout, récupérer son fils pour lequel Léo est devenu un substitut. Jusqu’où va-t-elle aller ? Va-t-elle retrouver son humanité perdue ? Voila ce qui constitue le suspense d’un thriller au thème assez peu original.
Par cette approche, le scénario de La Volante s’avère plutôt efficace. Le film installe en outre une atmosphère de tension hitchcockienne étonnante et réussie, sans jamais égaler le maître. Les réalisateurs ne se sont d’ailleurs pas cachés de cette influence, en évoquant comme source d’inspiration Pas de printemps pour Marnie dans lequel on retrouve un personnage de secrétaire au passé obscur. De plus, une scène où Marie-France conduit ressemble à s’y méprendre à une scène de Psychose dans laquelle Janet Leigh s’enfuit en voiture avec l’argent de son employeur. La Volante n’est pourtant pas dénuée de défauts. La mise en scène, volontairement froide, reste sans surprise, académique et impersonnelle.

De plus, à force de vouloir jouer sur les non dits, les ellipses et le mystère en dépouillant au maximum les dialogues, ceux-ci en deviennent un peu vides et parfois superflus. Enfin, les personnages secondaires, notamment la femme, le père et le fils de Thomas, Audrey, Eric et Léo, n’ont pas d’autre intérêt que de servir d’objets à la vengeance de Marie-France et manquent d’envergure. En définitive, La Volante reste un film assez envoûtant souffrant d’imperfections mais dont l’initiative bienvenue renouvelle le paysage du thriller français. 

Synopsis : Alors qu’il emmène sa femme à la maternité pour accoucher, Thomas percute et tue un jeune homme sur la route. Marie-France, la mère de ce dernier, ne parvient pas à se remettre du drame. Neuf ans plus tard, Marie-France devient la secrétaire de Thomas sans qu’il sache qui elle est. Peu à peu, elle s’immisce dangereusement dans sa vie et sa famille jusqu’à lui devenir indispensable.

La Volante : Bande annonce

La Volante : Fiche technique

Titre original : La Volante
Date de sortie : 2 septembre 2015 Nationalité : français, belge, luxembourgeois
Réalisation : Christophe Ali, Nicolas Bonilauri
Scénario : Christophe Ali
Interprétation : Nathalie Baye (Marie-France), Malik Zidi (Thomas), Johan Leysen (Eric), Sabrina Seyvecou (Audrey), Jean Stan Du Pac (Léo), Pierre-Alain Chapuis (Jean-Marc)
Musique : Jérôme Lemonnier Photographie : Nicolas Massart Décors : Paul Rouschop
Montage : Ewin Ryckaert
Production : Tom Dercourt, Sophie Erbs, Patrick Quinet
Sociétés de production: Cinema Defacto
Société de distribution : Bac Films Budget : NR
Genre : Thriller Durée : 1h27 min

 

Derrière le mur, la Californie, un film de Marten Persiel : critique

Dans la lignée des Seigneurs de Dogtown de Catherine Hardwicke sortie en 2005, dans lequel on découvre un Heath Ledger au look de surfer quasi-méconnaissable, Derrière le mur, la Californie reprend le même message et l’hommage.

Synopsis : Trois gamins découvrent l’amour du skateboard sur les trottoirs fissurés de la RDA. Une folie, un sport inacceptable, c’est sûrement ce qui le rendait si excitant. Ce conte de fées à l’accent underground a été créé par ce groupe de jeunes qui ont pu capter leurs vies en Super 8, nous permettant ainsi de découvrir la vie en RDA comme jamais auparavant. Cette histoire commence dès leur enfance dans les années 70, avant de basculer dans les années 80 et leur adolescence agitée, jusqu’à cet automne 1989. Ils ont alors 20 ans et tout ce qu’ils ont connu est sur le point de changer à jamais.

Avec ce premier long-métrage unique, Marten Persiel part à la recherche de la culture underground du skate en RDA mené par un mouvement de jeunesse auparavant inconnu. Skater lui-même, le réalisateur allemand décrit son film comme « un truc » à l’image du skate entre sport et danse. Diffusé sur Arte lors de sa sortie officielle en Allemagne en 2012, le docu-fiction s’éprend d’une volonté méta-cinématographique qui lui échappe au fur et à mesure qu’est foulé le pavé berlinois par les planches à roulettes nouvellement commercialisables.

Le film est dédié à Dennis Paraceck alias Panik, le véritable héros de cette histoire composite sur plus de 40 ans.
Puis, un groupe d’adulte se retrouvent pour célébrer la mort de leur ami parti trop tôt, dans une cour désaffectée. On perçoit encore des marques de marelle au sol et des canapés de récup figurent leur camp autour d’un feu et quelques bières, l’occasion de se remémorer ces années décisives. Qui sont-ils ? Amis proches ou lointain de Panik qui témoignent, avec toute la force nécessaire et la mélancolie que ces souvenirs provoquent en ces consciences esseulées, vestiges d’une époque révolue qui marquera à jamais l’Histoire de l’Allemagne, la chute des frontières. C’est en effet ce que représente le skate apparu avec ces trois gamins au cœur d’une cité en marge. Ce sport urbain, à présent reconnu dans le monde entier, est un personnage à part entière de cette reconstitution fictive, et toutes les personnes l’ayant pratiquées sont les moteurs d’une révolution en marche. Fougue, esprit de contradiction et rébellion ont permis à cette mise en scène, voyageant sans cesse entre intime et public, de transporter le spectateur au cœur d’un bouleversement sans précédent dans un pays divisé par une 2nde Guerre mondiale et les traces d’une Guerre froide qui ont tout emportées sur leur passage, excepté le désir ardent de s’en sortir.

Marten Persiel propose avec Derrière le mur, la Californie (intitulé à l’international This Ain’t California : Ce n’est pas la Californie) une docu-fiction où les images en Super 8 et animés dessinés façonnent avec impertinence cette jeunesse devenue adulte aujourd’hui. The American Dream en leitmotiv, comme l’atteste le titre, pour un sport en marge d’une société contrefaite et dirigée par la peur du progrès. Si le réalisateur se focalise sur la vie privée de ces quelques adolescents passionnés de skate, qui foulent les rues pour lutter contre l’ordre établi et brandir férocement leur indignation, il ne manque pas de faire appel à de véritables agents de l’histoire, car ces adultes qui témoignent aujourd’hui sont des acteurs, ne l’oublions pas, et ce récit de vie est construit de tout pièce. Ce qui est d’autant plus poignant. Rendre véritable et crédible un imaginaire est le défi de tout réalisateur digne de ce nom. Et l’exercice ici n’en est que plus marquant. On regrette parfois un montage effréné qui provoque quelques migraines au détriment de connexions plus intéressantes entre présent et passé, mais le chapitrage et la bande son underground allemand permet d’unifier le sac de nœuds. Il est difficile de comprendre toutes les péripéties que composent l’aventure cinématographique, car Marten Persiel s’attache avec ardeur plus à la dynamique qu’à son récit. Comme si par exemple telle ou telle rencontre, compétition de skate émergente…, survenait par fortune et non par volonté scénaristique. Mais il s’agit de véritables événements et le trouble subsiste. Croit-on à ce que l’on nous montre ? La problématique est fondamentale et au cœur, je pense, de Derrière le mur, la Californie. La remise en question des images, d’apparences véritables, assortie à un véritable effort de reconstitution, nous plonge, spectateurs insouciants n’ayant vécu que par procuration médiatique pour la plupart concernant la chute du mur en 1989 (26 ans déjà), dans un deuil à faire en permanence. Paradoxe ultime entre nécessité de changer d’air et crainte de l’oubli.

Le chef d’œuvre n’est que frôlé, car en s’attachant avec obstination à l’énergie d’une jeunesse vindicative, en cumulant figures de skate et chutes sur le béton, Derrière le mur, la Californie, manque de fidéliser son public. La dernière séquence émotionnelle revient au récit primaire de ces trois gamins que rien ne présageait séparer, si ce n’est la mort. Le développement s’amuse à détruire par lambeaux cette curiosité essentielle à tout spectateur, mais revient par intermittences à la pseudo-réalité de ce feu de camp. L’effet est déstabilisant, mais chacun est libre de trouver l’écho d’une exaltation qui sommeille en nous, éternels adolescents, le passage à l’âge adulte. Derrière l’entrave, la perte d’un idéal ? Ou l’importance du souvenir.. ? Il est regrettable que, malgré une pléthore de récompenses méritée, l’on peine à se souvenir cet ovni cinématographique. Ce ne sera pas mon cas !

Derrière le mur, la Californie : Fiche Technique

Titre original : This ain’t California
Allemagne – 2012
Réalisation : Martin Persiel
Scénario : Marten Persiel, Ira Wedel
Interprétation : Kai Frederik Hillebrand (Denis Paraceck enfant), Nora Decker (Hexe enfant), David Nathan (Nico adulte), Tina Bartel (Hexe adulte), Mirko Mielke, Christia, Rothenhagen, Torsten « Goofy » Schubert, Marco Sladek, René Falk Thomasius, Titus Dittmann, John Haak, Patric Steffens, Lea Wolfram (Doreen), Anneke Schwabe…
Date de sortie : 26 août 2015
Durée : 96 min
Genres : Docu-fiction

Images : Felix Leiberg
Costumes : Simone Eichhorn
Directeur artistique : Anne Zentgraf
Son : Michael Katschmarek
Musique : Lars Damm, Troy Von Balthazar
Montage : Maxine Goedicke, Bobby Good, Toni Froschhammer
Casting : Marco Sladek, Mirko Mielke, Goofy, Christian Rothenhagen, Titus
Producteur : Wildfremd Production GMBH

Les chemins arides, un film d’Arnaud Khayadjanian : critique

Il était une fois en Anatolie.

Cette référence au cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan est facile, mais reflète l’impression que donnent, toutes proportions gardées, les premières scènes du film d’Arnaud Khayadjanian. Filmé en plans très larges, comme dans les films du réalisateur d’Istanbul, les Chemins arides s’attarde en effet assez joliment sur les pans de nature de cette Anatolie de ses ancêtres, cette terre où, comme dit une des personnes turques interviewées dans le documentaire, « nous (les turcs, NDLR) vivons à la place des Arméniens ». Une parole forte prononcée d’une voix douce…

Arnaud Khayadjanian, jeune cinéaste de 28 ans, retourne sur le pas de ses ancêtres pour essayer de comprendre l’indicible, le massacre de toute la famille de ses arrière-grands-parents dans le cadre de ce qui est communément admis aujourd’hui comme étant le 1er génocide du XXe siècle, le génocide des Arméniens. L’intelligence du jeune réalisateur est de traiter ce sujet par l’autre bout de la lorgnette, un côté qui est peu évoqué quand on parle de ce génocide : ce sont les Justes d’Anatolie, ces Turcs qui ont aidé des Arméniens lors de cet effroyable évènement, à l’instar du simple paysan qui a aidé son arrière-grand-père, ou de Mehmet Celal Bey, le gouverneur de Konya qui a refusé d’appliquer les ordres de déportation. Il offre aux différentes personnes qu’il rencontre une partie très louable de ce sombre pan de l’histoire, une partie qui rend les turcs fiers, et qu’il illustre avec un tableau amené de Paris, le majestueux Bon Samaritain d’Aimé Nicolas Morot, mettant en scène un homme à dos d’âne, visiblement mourant et un autre homme tout aussi fatigué en train de le soutenir à bout de bras.

Avec cette biblique référence du bon samaritain, Arnaud Khayadjanian vient en ami au devant des Turcs, en « prochain », comme il le dit d’ailleurs dans sa note d’intention, avec peut-être aussi un naïf espoir qu’ainsi la parole se libère plus facilement, que l’indicible soit dit, que le déni du génocide s’efface de lui-même.

Et pourtant, tout au long de son périple, un voyage à l’Est de la Turquie qui l’emmène d’Erzincan à Kemah, par là même où sont passés ses ancêtres pour finir le plus souvent jetés dans l’Euphrate plus bas, pas un regard n’accrochera le sien, pas une mémoire ne reviendra ; la population ne sait rien, car dit-elle, elle n’a rien vu, elle n’a rien vécu de tout cela. Un des hommes rencontrés exprime à voix haute son très grand embarras d’être questionné sur le « passé ». Il est sidérant de voir le contraste entre l’attente patiente du cinéaste, et l’obstination des personnes interviewées à ne rien dire ; il mesure l’énormité du tabou qui frappe ce sujet un siècle après les événements. Même quand il rencontre Fikret Ali Ceyhan, le jeune descendant de Mehmet Celal Bey, très fier des actions de son aïeul gouverneur, très enthousiaste quant au frémissement ressenti auprès des intellectuels d’Istanbul (200 d’entre eux ont signé une pétition sur Internet pour demander pardon aux Arméniens), même à cette occasion, Arnaud Khayadjanian n’entendra jamais les mots « génocide » ni « massacres organisés ». Le jeune Fikret qui pourtant lui fait découvrir des tombes arméniennes se contentera de parler de déportation, par peur des ennuis, par peur de l’application de l’article 301 qui punit sévèrement l’usage du mot génocide, « insulte à l’identité turque ».

La construction des Chemins arides est plutôt simple et limpide. Le film est un moyen métrage qui alterne les entretiens avec les Turcs ou avec des membres de sa propre famille en hors-champ, et de magnifiques paysages de l’Anatolie, les montagnes rocailleux, le fleuve, une nature qui défie les éléments, qui a bravé un siècle de silence, et qui est toujours là pour témoigner de ce qui a été. La caméra s’attarde sur cette nature, comme pour laisser au cinéaste le temps d’intégrer ce qui est dit, mais surtout ce qui n’est pas dit…

Malgré le mutisme des uns et des autres, le film nous offre de beaux moments de fraternité humaine, comme cette femme qui embrasse les photos des arrière-grands-parents du réalisateur, dans un geste de reconnaissance, de compassion, un élan d’autant plus émouvant que sa parole est réprimée. Comme dit un parent du réalisateur en guise de conclusion pleine d’espoir : « peut-être qu’un jour, nos rapports redeviendront ceux de compatriotes ».

Les Chemins arides est un beau film documentaire très personnel, un voyage qui a pour vocation d’apporter des réponses aux questionnements du réalisateur. Pourtant, les réponses, ce n’est pas du « prochain » qu’il va les recevoir, mais de lui-même, au travers de ce chemin aride qu’il a expérimenté en Turquie, ce chemin sec et pourtant éminemment enrichissant, aussi bien pour le spectateur, que très certainement pour Arnaud Khayadjanian lui-même.

SynopsisArnaud Khayadjanian entame un périple en Turquie, sur la terre de ses ancêtres, rescapés du génocide arménien. À partir d’un tableau, de ses rencontres et de témoignages familiaux, il explore la situation méconnue des Justes, ces anonymes qui ont sauvé des vies en 1915…

Chemins arides: Bande annonce

Chemins arides: Fiche technique

Titre original : –
Date de sortie : 16 Septembre 2015
Réalisateur : Arnaud Khayadjanian
Nationalité : France
Genre : Documentaire
Année : 2015
Durée : 60 min.
Scénario : Arnaud Khayadjanian
Interprétation : Arnaud Khayadjanian, Richard Khayadjanian, Fikret Ali Ceyhan
Musique : Jack Bartman
Photographie : Thomas Favel, Zoltan Hauville
Montage : Aurélie Jourdan
Producteur : Magali Chirouze, Arnaud Khayadjanian
Maisons de production : Adalios, les Petits Princes
Distribution (France) : –
Récompenses : –
Budget : NR