Terminator Genisys, un film de Alan Taylor : Critique

La franchise Terminator est donc de retour et cette fois-ci elle a des idées précises sur où elle veut aller. D’habitude plusieurs années séparaient les nouveaux opus de Terminator, car les suites n’étaient pas nécessaires ni acquises. Sauf que là avant même la sortie de ce nouvel épisode, une trilogie fut annoncée et cette trilogie ne prendrait visiblement pas en compte ce qui avait été entrepris par Terminator Salvation et marquerait le retour d’Arnold Schwarzenegger.

Aberration

Après un premier film très réussi et paranoïaque sur fond d’électro punk qui interrogeait la déliquescence de la société, puis d’un deuxième qui réinventait sa formule dans un semi-remake inventif et prenant allant beaucoup plus loin dans ses réflexions et sa vision sombre et mécanique du monde, tout deux dirigés par James Cameron, la saga s’est empêtrée dans des suites plus discutables. Le troisième était une mauvaise réitération du 2, il reprenait beaucoup de scènes du 2 et plongeait dans le « toujours plus » mais pas le « toujours mieux » avec en plus un humour beauf et un méchant ridicule. Le quatrième film était déjà plus intéressant, malgré ses nombreux défauts, il faisait attention à ce qu’il touchait et comment il le touchait tout en élargissant la mythologie de l’univers et créant des personnages solides. Injustement mal aimé le film fut renié au profit de ce tout nouveau Terminator qui s’impose comme un reboot/remake de la saga. Mais est-ce que Terminator Genisys arrivera à faire mieux que ses prédécesseurs et à s’imposer comme la digne suite de Terminator 2 ? 

Alors la réponse est tout simplement non. Pour développer cet avis il faudra spoiler mais étant donné que la promotion catastrophique du film a déjà bien mâché le travail cela ne devrait pas être un souci. On ne doit pas toujours rabaisser une suite en la comparant sans cesse à ses aînés mais étant donné que ce film repompe allègrement des passages entiers des anciens films, la comparaison est inévitable. Le principe ici est de reprendre les événements du premier opus et de les modifier pour amener à une nouvelle timeline. Et au passage il va tout simplement faire insulte à la saga et la dénaturer complètement. Ce que l’on a appris au bout de quatre films n’a strictement servis à rien, John Connor n’est plus le sauveur de l’humanité mais son plus grand ennemi, Skynet n’est plus Skynet, le T-800 emblématique fini par devenir un T-1000 et etc. Le film enchaîne insultes sur insultes, dénaturant l’essence de la saga même dans ses dialogues, le T-800 répétant sans cesse qu’il est vieux pas obsolète alors que l’on nous disait bien dans un film précédent qu’il était obsolète, c’est ce qui faisait sa saveur.  L’ancien contre le nouveau mais le film renonce d’une certaine manière à ce principe. D’ailleurs il en fait des caisses sur la vieillesse de sa star multipliant des blagues sur son âge qui alourdissent l’ensemble surtout que ça revient sans cesse. De plus le film nous montre bien que les événements des anciens films étaient inutiles car John Connor tente de tuer ses futurs parents et quand un des personnages lui fait remarquer que si il tue ses parents il ne viendra pas au monde, lui explique dans une phrase stupide et qui ne veut rien dire que si, il peut naître sans ses parents… Voilà où se pose la stupidité du film car non John, si tu veux naître tu as besoin de tes parents et il y a pas d’histoire d’évadés du temps qui tienne. Techniquement John Connor ne devrait même pas être présent car dans cette réalité il n’est pas encore né car lorsque l’on retourne dans le passé le futur se modifie en fonction, donc John Connor ne devrait pas être ou pas de la même manière car le passé à été drastiquement modifié. Parce que le film ne se passe pas entièrement en 1984, Sarah Connor et le T-800 on créée une machine à voyager dans le temps ( si si ) et ils iront avec Kyle Reese en 2017, dans une réalité où John n’est pas encore né donc on ne devrait pas le retrouver à l’identique qu’au début, il a le même âge et le même passif alors que ses changements aurait dû l’influencer. Terminator Genisys se base donc sur de très grosses incohérences et il semble juste stupide à cause de ça. Passons aux autres défauts du film car si l’on continue sur les incohérences temporelles on pourrait écrire un livre et surtout que même le deuxième film, qui est le meilleur de la saga, n’en n’est pas exempt. On pourrait aussi s’étendre sur les nombreuses facilités scénaristiques, comme le fait que les héros on réussi à faire une machine à voyager dans le temps en 1984 mais que celle-ci n’a pu être entièrement faite en 2017 malgré la technologie et le savoir du méchant ou encore qu’à la fin Genisys décide de faire baisser le compte à rebours de son lancement de 10min ( compte à rebours qui symbolise le début de l’apocalypse ) au lieu de se lancer directement et ainsi de contrecarrer le plan des héros.  Mais ici un des défauts les plus abjectes du film c’est son opportunisme, ré-exploitant de manière gratuite des éléments de premier film, mettre le T-1000 dans la réalité de 1984 est inutile car le personnage ne sert à rien à part faire du fan service, il ne présente aucunes menaces et sa présence est anecdotique.

Même l’humour du film est repompé sur les anciens avec la fameuse scène du sourire qui est ici exploité à l’extrême devenant bien rébarbative. Le film veut trop flatter le fan de Terminator mais il n’a pas compris l’essence de la saga donc il la bafoue mais met suffisamment de fan service pour faire effet de poudre aux yeux même l’intro, qui est le passage le plus réussi, est tiré de storyboards non utilisé de James Cameron, donc même les bonnes choses du film ne proviennent pas d’idées propres au film. Surtout que cette intro réutilise la photo de Sarah Connor de Kyle Reese en changeant Linda Hamilton par Emilia Clarke, déjà c’est assez mal fait mais en plus c’est incohérent car la photo a brûlé avant que Kyle retourne dans le passé. A croire que ces soi-disants amoureux des anciens films qui ont fait Genisys ne les ont finalement pas vus… On peut d’ailleurs constater ça en voyant la caractérisation catastrophique des personnages. Kyle Reese n’a plus rien à voir avec le héros torturé, perdu et paranoïaque du premier film, il n’est qu’un héros lisse et lambda qui fait des blagues pas drôles tuant ainsi le personnage, Sarah Connor n’est ni charismatique ni badass, elle passe son temps à pleurnicher et à se faire aider par les autres plutôt que de faire des trucs intéressants et digne du personnage tandis que le T-800 ne fait que de l’exposition et de l’humour bien lourd tout le long du film. Ne parlons même pas de John Connor ni des personnages secondaires totalement sous-exploités.

Après plus que de gros problèmes dans la caractérisation des persos, c’est aussi de grosses erreurs de casting qui sont à déplorer. Que ce soit Jai Courtney, ici très plat comme à son habitude, Emilia Clarke, mauvaise tout simplement, ou Jason Clarke, en roue libre et peu convaincant, aucun n’a le charisme ni la carrure nécessaire pour incarner de tels personnages. Ils sont totalement lisses, aucun n’a la gueule de l’emploi. C’est juste les acteurs beaux mais fades pour plaire aux jeunes publics. Sinon Arnold Schwarzenegger s’amuse et ça se voit, mais malheureusement son rôle n’est pas à la hauteur. Il arrive néanmoins à nous amuser à quelques reprises. Et puis il faut aussi parler de J.K. Simmons qui en impose malgré un personnage sous écrit et mal exploité, si il avait eu un personnage intéressant il aurait fait des étincelles, dommage de l’avoir employé pour si peu. Il est aussi regrettable d’avoir employé Alan Taylor pour la réalisation tellement celui-ci est inapproprié pour un tel film. Il préfère l’efficacité plate aux coups de génies. Ici c’est maîtrisé mais c’est tout ce que l’on peut dire de la mise en scène. Surtout que le film reprend à l’identique des scènes des précédents films et se montre assez fade dans la construction de ses scènes d’actions. Les effets spéciaux sont tantôt réussis tantôt gerbant ( le combat final est hideux et la scène en hélicoptère est une aberration ) et les compostions musicales sont impersonnelles et pompeuses. C’est juste une réalisation fonctionnelle qui ne prend jamais aux tripes, qui n’est absolument pas iconique et qui est juste oubliable.

En conclusion Terminator Genisys est un très mauvais film. Non seulement il n’arrive pas à être une suite viable mais en plus il vient dénigrer toute la saga rendant même les premiers opus absolument inutiles alors qu’il voulait leurs rendre hommage. Alors tuer le père c’est une chose mais il faut aussi être en mesure de pouvoir prendre la relève. Ici c’est juste stupide et le film s’impose comme la suite la plus honteuse de la saga car elle est emprunt d’opportunisme et d’irrespect. Elle a beau repomper les autres pour flatter le fan mais elle dénature totalement l’esprit de la saga et fait ce qu’avait déjà fait Jurassic World mais en pire ( oui c’est possible ). Maintenant il ne nous reste plus qu’à espérer que les autres anciennes franchises qui sont récupérées pour connaître une nouvelle jeunesse seront traitées avec plus de respect que ça. Car mis à part le récent Mad Max on n’a pas été gâtés.

Synopsis : Le leader de la résistance John Connor envoie le sergent Kyle Reese dans le passé pour protéger sa mère, Sarah Connor et préserver l’avenir de l’humanité. Des événements inattendus provoquent une fracture temporelle et Sarah et Kyle se retrouvent dans une nouvelle version du passé. Ils y découvrent un allié inattendu : le Guardian. Ensemble, ils doivent faire face à un nouvel ennemi. La menace a changé de visage.

Terminator Genisys : Bande-annonce

Terminator Genisys : Fiche Technique

Titre original : Terminator Genisys
Réalisé par : Alan Taylor
Avec :Arnold Schwarzenegger, Emilia Clarke, Jason Clarke , Jai Courtney, J.K. Simmons, Dayo Okeniyi, Lee Byung-hun, Sandrine Holt, Michael Gladis, Matt Smith
Genre :Science-fiction, Action, Thriller, Aventure
Date de sortie :01/07/2015

Festival

FFCP 2026 : People and Meat, l’appétit des oubliés

"People and Meat" suit trois retraités de Séoul, deux ramasseurs de cartons et une marchande de légumes, qui s’attablent au barbecue pour mieux décamper sans payer. Une comédie tendre et douce-amère sur la vieillesse oubliée en Corée du Sud, portée par Park Geun-hyung, Jang Yong et Ye Soo-jung.

FFCP 2026 : The Journey to Gyeong-Ju, une famille à recoudre

"The Journey to Gyeong-ju", c’est une vengeance en famille, maladroite et douloureuse. Une mère et ses trois filles kidnappent le meurtrier de la cadette et filent vers Gyeongju. Kim Mi-jo mêle rires, larmes et suspense, avec un beau quatuor d’actrices, mais sans toujours trancher.

FFCP 2026 : Ideal and Weird Family, l’art de se séparer ensemble

Deux mères au bord du divorce, deux adolescentes sommées de choisir, un mariage en ligne de mire. Avec "Ideal and Weird Family", Kim Ji-hyun signe un premier film queer tendre et drôle sur une famille que la Corée refuse de reconnaître. Un road movie attachant, inégal, tourné avec les moyens du bord.

Programme de la 30ème édition du Festival du film francophone « Les Œillades » d’Albi

Du 17 au 22 novembre, le Festival du film francophone « Les Œillades » d'Albi soufflera ses trente bougies, en présence de trois invités d’honneur : le réalisateur marseillais Robert Guédiguian, le cinéaste franco-grec Costa-Gavras et l'actrice belge Natacha Régnier. Au programme de cet anniversaire marquant : 30 avant-premières prestigieuses réparties dans les trois salles albigeoises Arcé, Lapérouse et Cordeliers, dont 10 longs-métrages en compétition pour le Prix du Public, 10 séances « Reprises » pour redécouvrir les films coups de cœur de l'année, mais aussi la traditionnelle compétition de courts-métrages, une soirée consacrée à Jacques Tati, génie du burlesque moderne, une "petite nuit du cinéma" reconduite et un ciné-concert de clôture. Aperçu des festivités d'une 30ème édition qui s'annonce d'ores et déjà comme le rendez-vous incontournable de l'automne cinématographique tarnais.

Newsletter

À ne pas manquer

Gojira, l’enfant des cendres #02 – Le Projet G

En avril 1954, la Tōhō perd un film et en gagne un autre. D’une idée griffonnée par Tomoyuki Tanaka dans un avion naît le « Projet G », classé secret. Entre Ishirō Honda, Eiji Tsuburaya et Shigeru Kayama, découvrez comment Godzilla prend forme en six mois, de l’auberge de Shibuya au premier clap.

Gojira, l’enfant des cendres #01 – Le soleil couchant de l’empire

Né en 1954 des bombes et de la peur atomique, Godzilla est aussi l’histoire d’un pays. Des navires noirs de Perry en 1853 à l’essai de Bikini, en passant par l'ère Meiji, la guerre du Pacifique, Hiroshima et l’Occupation américaine, retrouvez le contexte qui a donné naissance au roi des monstres.

Moulin : l’étoffe d’un héros

Avec Moulin, László Nemes s'écarte des règles du biopic pour livrer une réflexion sur le statut du héros et sur le combat que se livrent l'obscurité et la lumière. Un geste de mise en scène qui n'égale certes pas celui du remarqué Le Fils de Saul mais donne un film plastiquement somptueux, servi par l'interprétation très juste de Gilles Lellouche et Lars Eidinger.

Sanguine : époques sanguines

Avec son premier long métrage féroce "Sanguine", Marion Le Corroller, évadée du monde la finance, injecte une dose de body horror survitaminé dans le cinéma français. Scènes choc, plastique ensanglantée, geste carnassier, "Sanguine" saigne fort l'époque et tous ses symptômes violents, quitte à s’essouffler sous le trop-plein d’idées dans sa dernière demi-heure.

Ulya, le très beau film de Viesturs Kairišs : quand on cherche du côté de chez soi

Dans la Lettonie soviétique, une adolescente issue d’une famille russe de Vieux-Croyants découvre le basket comme une sortie possible hors de son isolement. Avec Ulya, Viesturs Kairišs imagine le chemin intérieur qui mène Ouliana Semionova vers elle-même.
Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

Sanguine : époques sanguines

Avec son premier long métrage féroce "Sanguine", Marion Le Corroller, évadée du monde la finance, injecte une dose de body horror survitaminé dans le cinéma français. Scènes choc, plastique ensanglantée, geste carnassier, "Sanguine" saigne fort l'époque et tous ses symptômes violents, quitte à s’essouffler sous le trop-plein d’idées dans sa dernière demi-heure.

Ulya, le très beau film de Viesturs Kairišs : quand on cherche du côté de chez soi

Dans la Lettonie soviétique, une adolescente issue d’une famille russe de Vieux-Croyants découvre le basket comme une sortie possible hors de son isolement. Avec Ulya, Viesturs Kairišs imagine le chemin intérieur qui mène Ouliana Semionova vers elle-même.

Hope : Korean Rollercoaster!

Avec Hope, Na Hong-jin livre un blockbuster sud-coréen spectaculaire mêlant action, horreur et science-fiction, porté par une mise en scène virtuose malgré un scénario plus conventionnel.